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I found myself in Wonderland.

Journal d’un vampire en pyjama de Mathias Malzieu

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 19 mars 2017 @ 1 h 29 min

Journal d'un vampire en pyjamaGenre : Autobiographie

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 226

Synopsis : « Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’aie jamais vécue. »

Avis : J’ai reçu ce livre pour Noël, et j’étais à peu près sûre d’aimer au moins l’écriture, en raison du bon souvenir que m’avait laissé La Mécanique du cœur

Ce livre est une claque monumentale. L’auteur nous parle ici de son combat contre une maladie qui a failli le tuer, l’aplasie médullaire. Outre le fait que le lecteur en apprenne beaucoup sur les maladies du sang, et (ré)apprenne à quoi sert chaque composant du sang, les globules rouges, les blancs et les plaquettes, il se prend en pleine figure l’expérience effrayante de celui qui a besoin du sang des autres pour vivre, mais surtout, de celui dont la vie est entièrement bouleversée en quelques heures. Le lecteur ressent de l’empathie pour l’auteur, complètement perdu face à une situation à laquelle il ne s’attendait pas, et qui menace de lui être fatale. Malgré cela, il continue à user d’imagination pour nous raconter sa maladie, il utilise de nombreuses métaphores, toutes plus belles les unes que les autres : une écriture que j’ai, cette fois, adoré. De plus, l’auteur garde son humour, ce qui donne des passages où le lecteur rit alors que ce sont souvent des scènes effroyables : on sent l’envie de dédramatiser, la sincérité aussi, et cela fait encore plus de peine. J’avoue, je me suis mise à pleurer au milieu du livre, je ne pouvais plus me retenir, j’avais tellement mal au cœur, c’était tellement émouvant – même si le but n’est pas de faire pleurer, cela se sent -, et la force de l’auteur est si impressionnante. Surtout, ce livre fait prendre conscience des petits bonheurs de la vie, de nos joies simples, de ce qu’on tient pour acquis et qui ne nous émerveille plus, alors que ce ne sont pas des bonheurs et des joies évidentes pour tous. Aussi, on prend conscience des absurdités du monde, de nos plaintes inutiles et futiles.

On ne peut pas vraiment parler de personnages ici, mais je vais tout de même parler des personnes qui se trouvent dans le livre. L’auteur, Mathias Malzieu, est le « personnage principal » : le livre est surtout émouvant grâce à sa force, et à sa façon de raconter, grâce à son imagination, à sa réinvention de certaines choses, comme la maladie, à qui il donne un nom, et qui le suit partout. Malgré cela, le lecteur sent évidemment sa faiblesse, car il ne nous cache pas les difficultés qu’il traverse, les phases difficiles. Il mentionne des références littéraires, comme Leaves of Grass de Walt Whitman, ainsi que ses propres romans, puisqu’il semble étrangement qu’il les vive à travers sa maladie : comme le héros de Métamorphose en bord de ciel, il se retrouve en chambre stérile, comme Jack, dans La Mécanique du cœur, il a besoin d’une greffe, de quelque chose qui vient d’un autre pour vivre. Il fait également mention de la sortie de son film, Jack et la mécanique du cœur, qui sort au moment où il doit entrer à l’hôpital, et de ce livre même, qu’il est en train d’écrire. Il tente de résister, et cette résistance m’a brisé le cœur. Aussi, sa personnalité est différente de celle des autres, ce qui se voit avec le passage du taxi : il est fragile, il n’est pas fait pour ce monde dans lequel on s’énerve pour des choses qui n’en valent pas la peine, ou sans raison. Il m’a fait penser à un petit garçon perdu que j’ai eu envie de rassurer. Se trouve aussi dans le livre Rosy, sa compagne, qu’il appelle joliment « mon amoureuse ». Toutes les métaphores autour d’elle la rendent spéciale, elle ressemble à une fée qui lui rend la vie merveilleuse ; elle reste forte pour lui, ce qui est également très touchant puisqu’il s’en rend compte et en parle. La maladie est donc personnifiée, avec un nom-jeu de mots que j’ai trouvé ingénieux. Jeune femme plantureuse, elle ne cesse de narguer l’auteur, de lui faire peur, de le menacer et de le tenter. D’autres personnes se trouvent dans le livre, comme Olivia Ruiz, qui est mentionnée, Luc Besson, qui a aidé Mathias Malzieu à réaliser son film ; mais surtout le personnel des hôpitaux dans lesquels se retrouve l’auteur, une famille qui prend soin de lui, qui fait tout pour qu’il soit au mieux, pour qu’il garde espoir, pour qu’il s’en sorte. L’auteur mentionne aussi ceux qui l’ont abandonné quand ils ont appris sa maladie, lui montrant la face sombre de l’être humain.

Une des réflexions du livre est la façon dont notre société voit la maladie : le malade est un pestiféré, quelqu’un qui fait peur, parce qu’il est potentiellement contagieux, mais aussi parce qu’il est différent, faible, et que donc il doit être mis de côté. Et justement, le malade a besoin de l’inverse de ce comportement, ce que les infirmières et les proches de l’auteur lui apportent heureusement. Mais le monde extérieur, une fois sorti, lui fait peur, parce que tous ne comprennent pas ce qu’est la compassion, ce qu’est la sympathie, ou le simple savoir-vivre. J’ai parlé de la réflexion sur les bonheurs simples, invisibles mais indispensables une fois qu’ils ont disparu. Autre réflexion : celle sur l’imagination et la création. Ce sont elles, en partie, qui permettent à l’auteur de résister, de trouver un refuge, une échappatoire, un moyen de s’évader. J’ai aimé Eggman Records, son fauteuil œuf, sa poésie, ses chansons, son skateboard auxquels il s’accroche. Il réinvente la vie, la rend colorée, plus belle qu’elle n’est ; ou simplement, la vit comme il le veut, dans son monde, et pas tout à fait dans la réalité.

La fin est un peu une conclusion sur cette expérience vécue, qui a définitivement changé l’auteur. Je fais ici une remarque sur la couverture, que je trouve très belle, simple, et en même temps la couleur blanche me semble montrer l’espoir qui subsiste dans le livre. Un CD est joint à mon édition, je ne l’ai pas encore écouté, peut-être pas encore prête.  

Donc, un livre magnifique, difficile, mais sincère, qui émeut, fait réfléchir, nous apprend des choses et nous touche en plein cœur.

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