Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour la catégorie 'Coup de cœur'

Les Grandes oubliées : Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes de Titiou Lecoq

Posté : 20 octobre, 2023 @ 5:47 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Essai, HistoriqueLes Grandes oubliées

Editeur : Collection Proche

Année de sortie : 2023 [2021]

Nombre de pages : 224

Synopsis : L’Histoire revisitée sous l’angle féminin : raconter et comprendre ce grand oubli dans lequel sont tombées les femmes de la Préhistoire jusqu’à nos jours.

« On nous a appris que l’histoire avait un sens et que, concernant les femmes, elle allait d’un état de servitude totale vers une libération complète, comme si la marche vers l’égalité était un processus naturel. Ce n’est pas exact. On a travesti les faits. On a effacé celles qui avaient agi, celles qui, dans le passé, avaient gouverné, parlé, dirigé, créé.»

A la préhistoire, les femmes chassaient, au Moyen Âge, elles étaient bâtisseuses de cathédrales ou encore espionnes durant la guerre de Cent Ans ; au XIXe siècle, elles furent journalistes… À chaque époque, elles ont agi, dirigé, créé, gouverné mais une grande partie d’entre elles n’apparaissent pas dans les manuels d’histoire. Dans la lignée des travaux de Michelle Perrot, Titiou Lecoq passe au crible les découvertes les plus récentes. Elle analyse, décortique les mécanismes, s’insurge, s’arrête sur des vies oubliées pour les mettre en lumière. Sa patte mordante donne à cette lecture tout son sel. Les femmes ne se sont jamais tues. Ce livre leur redonne leur voix.

 

Avis : C’est une petite vidéo sur Insta d’une créatrice que je suis qui m’a donné très envie d’enfin sauter le pas et me prendre Les Grandes oubliées à sa sortie en poche.

L’autrice nous offre ici un essai féministe sur la place des femmes dans l’Histoire ou, plutôt, sur l’effacement de leur place. Plutôt que d’en donner les raisons, elle explique qu’elles n’ont jamais été absentes des grandes phases de l’Histoire et montre en quoi elles étaient présentes, ce qu’elles faisaient, ce que l’on n’apprend pas à l’école – parce que cela ne se trouve pas au programme ni dans les manuels notamment, puisque ceux-ci sont exclusivement (ou presque) tournés vers des figures masculines et que les femmes se trouvent dans des encarts spécifiques ou dans une entrée du programme sur la lutte pour leurs droits. Je me suis aussi assez souvent reconnue quand Titiou Lecoq évoque son anticipation des cours d’histoire, enfant, et sa désillusion, adulte, quand elle se rend compte qu’on lui a appris une partie de l’Histoire en laissant de côté ce qui, apparemment, n’est pas si important ou à l’écart de la « vraie » Histoire.

Je dois dire que je me suis parfois énervée en lisant : pourquoi ne raconter qu’une partie, des semi-vérités ? Pourquoi est-ce qu’en arrivant dans la vingtaine, j’étais convaincue que le Moyen Âge était une période sombre alors que la Renaissance était formidable ? Pourquoi ne traite-t-on pas de l’Histoire entière ? Et pourquoi, mais POURQUOI, considère-t-on que les femmes n’ont rien fait quand elles sont partout, juste écartées du discours national ? Je ne dois qu’à ma curiosité de connaître les noms de Frédégonde ou de Brunehaut/Brunehilde, qu’à mon envie de lire des femmes « classiques » d’avoir entendu parler, voire lu, Christine de Pizan ou Louise Labé. Mais je ne connaissais aucune dramaturge avant de lire ce livre. Pourquoi ? Je ne comprends pas l’intérêt de minimiser l’apport des femmes : la réussite des uns (ici, des unes du coup) ne diminue pas celle des autres. Ce n’est pas une compétition, ce sont les faits ! J’étais aussi un peu abasourdie de voir que l’oubli est aussi récent qu’ancien !

Elle fait également un sort au mythe du progrès qui voudrait que la condition des femmes s’améliore de siècle en siècle, avec l’idée, par exemple, qu’elles n’avaient aucun droit au Moyen Âge. Vous savez, la célèbre expression du « on n’est plus au Moyen Âge » quand on parle des droits des femmes ? On peut la jeter à la poubelle du coup. Je le sais depuis un moment, mais cet essai en remet une couche bienvenue ! Il n’y a pas non plus d’idéalisation des Lumières, de la Renaissance ou de la Révolution ici : les faits, donc. Et ce n’est pas très joli, comme le XIXe siècle et son invisibilisation des femmes – j’adore ce siècle, notamment pour sa littérature et les grands auteurs qui en sortent, mais pour les femmes, ce n’est clairement pas la meilleure période … L’autrice traite aussi de la langue, ce que j’ai beaucoup apprécié parce que je me pose pas mal de questions à ce sujet.

Ce que j’ai particulièrement aimé ici, c’est que l’autrice fournit toutes ses sources. A aucun moment, le lecteur ne se retrouve avec une théorie ou une affirmation historique sans avoir l’essai ou le travail d’historien dont elle est tirée. Evidemment, ma wish-list a explosé, puisque ces sources sont données pour permettre à ceux qui le souhaitent de se plonger plus avant dans les sujets qu’ils veulent creuser. J’étais d’ailleurs contente de constater que j’avais déjà lu certains des ouvrages cités ! Ainsi, même si cet ouvrage en est un de vulgarisation, il est possible d’approfondir pour les lecteurs intéressés, à travers des livres, mais aussi des articles ou des podcasts.

Enfin, j’ajouterais que, malgré ma colère, j’ai ri à plusieurs reprises parce que l’autrice s’exprime avec humour et sans être guindée. Elle ne rédige pas en historienne, mais en transmettrice (bon, le site me dit que c’est une erreur d’orthographe, mais tant pis !) ce qui rend son discours plus accessible à tous et pas seulement à ceux qui ont un parcours universitaire ou qui sont déjà versés dans l’Histoire.

 

Donc, un excellent essai, court et accessible, qui part de la Préhistoire pour arriver à nos jours en traitant de faits et en donnant ses sources. A mettre entre toutes les mains !

Au prochain arrêt de Hiro Arikawa

Posté : 20 octobre, 2023 @ 5:09 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : ContemporaineAu prochain arrêt

Editeur : Babel

Année de sortie : 2023 [2008]

Nombre de pages : 184

Titre en VO : Hankyū Densha

Synopsis : Ce roman de l’auteure des «Mémoires d’un chat» suit le trajet de la ligne Imazu de la compagnie de chemin de fer privée Hankyû. Organisé en deux parties de huit chapitres chacune (comme les huit arrêts du train), il se déroule au printemps dans le sens Takarazuka-Nishinomiya, et en automne pour le retour. À chaque arrêt, de nouveaux passagers montent, se parlent, s’observent. Et, d’un trajet à l’autre comme d’une saison à l’autre, le lecteur se fait l’observateur des paysages changeants, des multiples trajectoires de la vie et surtout de l’évolution de chacun des personnages montés à bord.

 

Avis : Cet été, j’avais très envie de lire des romans japonais, je me suis donc laissé porter et tenter !

C’est la couverture de ce roman qui m’a d’abord attirée : elle reflète un peu une atmosphère idéalisée du Japon avec les cerisiers en fleurs, les collines à l’arrière et ce train suspendu dans le vie, comme dans un ve, avec d’autres cerisiers en contrebas. A cela s’ajoute le fait que l’action se déroule dans un train et que c’est un moyen de transport que j’adore, aussi bien dans la réalité que dans la fiction.

Ce roman se divise un peu comme un recueil de nouvelles avec des chapitres qui suivent un personnage différent à chaque fois. Il est aussi composé de deux parties : une en juin et une en décembre à six mois d’intervalle. Le lecteur retrouve les mêmes personnages avec joie – j’aurais même adoré ce soit plus long tellement j’ai aimé les suivre dans leur petit bout de vie, dans leurs souvenirs, leurs problèmes, leurs petits bonheurs et leurs peines, tout cela dans le train. Cela, en plus du moyen de transport et du fait que l’on passe, en fait, par les mêmes gares tout au long du roman, donne l’impression – faussée – d’un microcosme, ce qui rend le livre cosy – en tout cas, je m’y suis sentie bien.

A travers ces hommes et ces femmes sont abordés différents sujets. Vu la douceur de la couverture, je m’attendais à un roman plutôt léger ; je me trompais. Le livre traite aussi de thèmes lourds, comme la violence conjugale – ce qui m’a vraiment surprise, sans doute parce que je ne m’attendais vraiment pas à ça ! -, la relation grand-mère/petite-fille – que j’ai adoré -, le deuil, les amours naissantes, l’amitié, la rupture, la vengeance … Tout cela est très bien orchestré puisque les personnages se rencontrent, interagissent ou pas les uns avec les autres et la parole passe ainsi, de l’un à l’autre, entre les chapitres, de manière très fluide et agréable. J’ai adoré Shoko et Tokié que j’ai particulièrement aimé suivre, à la fois pour leur histoire personnelle et pour les thèmes que l’on aborde avec elles. SPOILER 1 La composition est construite en une agréable symétrie et le roman se boucle de manière à la fois logique et élégante

 

Donc, un coup de cœur à la fois doux et rude, qui m’a donné envie de lire tous les autres romans de l’autrice – il ne me reste que Les Mémoires d’un chat, que je commence sous peu !

 

SPOILER 1 J’ai d’ailleurs adoré avoir une scène où les deux femmes parlent : c’était un cadeau de l’autrice, pour moi.

In the Lives of Puppets de T.J. Klune

Posté : 8 juillet, 2023 @ 5:47 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Science-fictionIn the Lives of Puppets

Editeur : Pan MacMillan

Année de sortie : 2023

Nombre de pages/minutes : 432/921

Synopsis : In a strange little home built into the branches of a grove of trees, live three robots–fatherly inventor android Giovanni Lawson, a pleasantly sadistic nurse machine, and a small vacuum desperate for love and attention. Victor Lawson, a human, lives there too. They’re a family, hidden and safe.

The day Vic salvages and repairs an unfamiliar android labelled « HAP, » he learns of a shared dark past between Hap and Gio-a past spent hunting humans.

When Hap unwittingly alerts robots from Gio’s former life to their whereabouts, the family is no longer hidden and safe. Gio is captured and taken back to his old laboratory in the City of Electric Dreams. So together, the rest of Vic’s assembled family must journey across an unforgiving and otherworldly country to rescue Gio from decommission, or worse, reprogramming.

Along the way to save Gio, amid conflicted feelings of betrayal and affection for Hap, Vic must decide for himself: Can he accept love with strings attached?

 

Avis : A VENIR

Fantasy & Moyen Âge édité par Anne Besson et Victor Battagion

Posté : 17 juin, 2023 @ 2:07 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Fantasy, Essai, Historique Fantasy & Moyen Âge

Editeur : ActuSF (Les 3 Souhaits)

Année de sortie : 2023

Nombre de pages : 491

Synopsis : Le Moyen Âge merveilleux du Seigneur des Anneaux, du Sorceleur ou de L’Assassin royal vous fait rêver ? Sorcières, magiciens et nains peuplent votre imagination depuis toujours ? Chevaliers, vikings et mercenaires vous passionnent ? Ce beau-livre est fait pour vous. Toutes ces histoires, des contes de fées à Game of Thrones, exercent sur nous un extraordinaire pouvoir de fascination. Prenez garde, pourtant. Explorer les arcanes de la fantasy d’inspiration médiévale pourrait bien changer à tout jamais votre destinée.
Derrière ces récits inoubliables se déploient des œuvres littéraires et artistiques multiples – de la légende du roi Arthur aux contes venus du monde entier –, et leurs influences historiques sont légion – invasions « barbares », art de la guerre dans le Moyen Âge européen et le Japon féodal, châteaux forts et femmes de pouvoir. Mêlées, sublimées, ces sources abreuvent des œuvres devenues incontournables.

 

Avis : Dès l’annonce de la sortie de ce livre, j’étais dans les starting blocks pour participer à la campagne de financement : quoi de mieux qu’une collection d’essais sur les liens entre Moyen Âge et Fantasy ?

J’ai adoré cette œuvre – j’ai presque envie d’ajouter « évidemment » ! Les sujets abordés sont diversifiés : on peut évoquer le condotiere, l’arc, l’utilisation des contes par exemple. Les auteurs écrivent à propos de différentes régions du monde : le Japon féodal et le continent africain, entre autres, se voient inclus dans cette anthologie. Les médias mentionnés sont eux aussi variés : la littérature, le cinéma, mais également les jeux (vidéo, de société, de rôle), les séries, les illustrations. J’ai vraiment eu l’impression d’une envie de tout dire, tout en étant conscient que ce n’était pas possible tant le sujet est vaste. A travers tous ces supports, le lien entre Fantasy et Moyen Âge est expliqué de manière claire à travers différents points de vue, différentes visions de la Fantasy et de ce que lui apporte la période médiévale, mais aussi ce que le genre apporte à l’Histoire. Le lecteur comprend qu’il existe une sorte de cercle (plus ou moins) vertueux d’influences entre littérature et histoire, disciplines qui s’enrichissent l’une l’autre.

De plus, ces articles sont rédigés par des spécialistes : non seulement leur niveau d’expertise est tel que l’on apprend des éléments nouveaux sur le sujet qu’ils abordent, mais en plus, ces auteurs donnent envie, pour la majeure partie d’entre eux, de creuser et de lire d’autres livres ayant un rapport avec les informations données. Cela occasionne, évidemment, une explosion de PAL et de wish-list, davantage centrée tout de même sur la fiction grâce aux nombreux exemples utilisés pour illustrer leur propos. Je précise que certaines œuvres sont spoilées, ce qui est dommage mais inévitable quand on étudie et analyse des ouvrages littéraires. Pour autant, cela ne gâche pas du tout le plaisir de lecture !

Je m’arrête enfin sur l‘esthétique du livre. Extérieurement, il est très beau, mais je vous recommande de le lire chez vous uniquement, parce que les manipulations l’abîment au fil du temps. A l’intérieur, les illustrations en couleurs qui émaillent le texte sont un délice : cela ajoute une véritable richesse à cette édition qui nous permet de voir ce dont elle traite au lieu de seulement l’évoquer. A la rigueur, le seul manque de l’ouvrage serait une bibliographie récapitulative à la fin, mais tant d’œuvres sont citées que cela devait être impossible !

 

Donc, un petit bijou qui permet d’explorer de manière assez complète les liens entre Fantasy et Moyen Âge donnant, par la même occasion, très envie de se plonger dans les œuvres analysées !

Derniers jours d’un monde oublié de Chris Vuklisevic

Posté : 31 mai, 2023 @ 3:28 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Fantasy Derniers jours d'un monde oublié

Editeur : Folio (SF)

Année de sortie : 2021

Nombre de pages : 349

Synopsis : Plus de trois siècles après la Grande Nuit, Sheltel, l’île du centre du monde, se croit seule rescapée de la catastrophe. Mais un jour, la Main, sorcière chargée de donner la vie et de la reprendre, aperçoit un navire à l’horizon. Il est commandé par une pirate impitoyable, bien surprise de trouver une île au beau milieu du Désert Mouillé.
Si la Main voit en ces étrangers une menace pour ses secrets, Arthur Pozar, commerçant sans scrupules, considère les intrus comme des clients potentiels, susceptibles d’augmenter encore, si possible, son immense fortune.
C’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Qu’elle les mène à la gloire ou à la ruine, la sorcière, la pirate et le vieux marchand en seront les instigateurs, bien malgré eux.

 

Avis :J’ai découvert ce titre grâce au Plib : il est dans ma wish-list depuis sa sortie, dans ma PAL depuis fin 2021… Je l’ai enfin lu !

D’abord, je m’arrête un instant sur le titre et la couverture. Le premier promet déjà au lecteur tout un programme de bouleversements dans un monde inconnu à découvrir. J’ai adoré le camaïeu de bleus de la seconde – « repris », d’ailleurs, sur la couverture du nouveau roman de l’autrice, Du thé pour les fantômes. De plus, SPOILER 1

Dès le début, j’ai apprécié le format que prend ce roman. Les personnages sont désignés par leur fonction, un procédé que j’adore. Cela donne immédiatement la certitude que leur rôle sera important au sein de la « politique » du monde ; il est d’ailleurs surprenant SPOILER 2 J’étais ravie de voir une « sorcière » parmi eux – c’est donc vraiment mon thème de l’année, même quand je ne choisis pas le livre pour en trouver ! Enfin, concernant le format, j’ai aimé l’espèce de mélange de médias qu’opère ici l’autrice : nous avons des phases de narration « normales », avec les trois mêmes personnages tout le long de l’œuvre, mais aussi des affiches placardées dans les rues par le gouvernement, des lettres, des communiqués, des extraits de journaux. Cela rend le monde créé encore plus vivant, mais aussi très « actuel » ; ce n’est pas un univers médiévaliste ou reliée à une époque historique antérieure.

J’en viens donc à l’Histoire : l’autrice a vraiment réussi à construire un monde auquel on croit, avec des dates précises, des chroniques, des registres, des traditions ancrées dans le temps, peu remises en question par ceux qui les font respecter. Sa façon, par exemple, de dater m’a fait penser à la nôtre. Cette immersion dans un univers imaginaire mais dont certains éléments sont proches du nôtre permet de ne pas se sentir tout à fait perdu et d’apprécier pleinement le savant mélange entre Fantasy et références « réelles ». Je tiens à préciser, en passant, que ce monde figé est terrifiantSPOILER 3 De plus, cela donne envie au lecteur d’obtenir toujours plus d’informations tout en restant dans un monde marqué par la magie.

Celle-ci, dans ce monde oublié, est liée aux, ou plutôt « classées » par, éléments tout en étant parfois plus complexe que cela. J’aurais aimé en voir plus, notamment concernant SPOILER 4 Alors qu’un bateau étranger s’approche de l’île, le lecteur s’attend à d’autres types de magie ou de technologie sans vraiment savoir ce qu’il va trouver : c’était intrigant de découvrir, peu à peu, les capacités des uns et des autres, ainsi que leurs limites. J’ai adoré les passages où un des personnages tente de comprendre un artefact apporté par les étrangers : SPOILER 5 Sheltel compte aussi des êtres particuliers, les Natifs, qui règnent sur l’île depuis « toujours ». Ce sont des personnages assez ambivalents : à la fois répugnants quand on évoque le roi en place ou la métamorphose SPOILER 6 et impressionnants SPOILER 7

Quant aux personnages, ils ont tous un côté attachant, touchant, et un côté sombre, voire insupportable pour certains. L’autrice crée ainsi des êtres complexes, vivants sur la page, et non des stéréotypes du genre. Nous suivons donc trois d’entre eux : Erika, Arthur et Nawomi. La première est une des pirates qui arrive face à l’île. Elevée sur le bateau, au milieu de soudards, elle est endurcie mais rêve d’une autre vie. SPOILER 8 Arthur, quant à lui, est désigné sous le titre, plutôt ironique pour moi, de « vieux marchand ». En effet, cette façon de l’appeler le fait passer pour tout petit quand il veut faire partie des grands de ce monde. Proche de la Bénie, la prêtresse aux coquillages, il l’aide à conquérir le peuple tout en étant le plus grand feutier de la société. Ce personnage est rongé par son besoin d’ascension sociale ce qui le conduira à prendre des décisions limites et ce qui le rend, parfois, insupportable. Pour autant, c’est aussi un personnage très touchant que le lecteur comprend, même s’il ne cautionne pas ce qu’il fait. SPOILER 9 Enfin, Nawomi est un personnage assez complexe également, tout en ambiguïté, drapée dans ses secrets. Main de Sheltel, elle est la garante des traditions mais révèle rapidement une face plus humaine : SPOILER 10 Ainsi, ces personnages forment des relations complexes avec d’autres êtres qui, eux aussi, ont plusieurs facettes. Aucun d’eux n’est un saint, un personnage entièrement « blanc » ; ils sont tous faits de nuances de gris qui les rendent humains, proches de nous et potentiellement dignes d’être pardonnés.

En effet, parce que ces protagonistes et leur entourage sont « gris », la violence extrême dont ils font preuve n’est pas épargnée aux lecteurs. Je ne m’attendais pas à certains éléments qui m’ont laissée bouche bée tant ils étaient cruels ou brutaux. Je pense, par exemple, au sort d’une femme dont la peau se couvre d’écailles, à l’enfance d’Erika, aux morts qui vont peu à peu avoir lieu. Dans ces moments-là, l’écriture, très agréable, fluide et parfois poétique grâce aux images utilisées par l’autrice, se fait très bien porteuse de l’horreur des situations décrites.

En effet, l’autrice n’a pas peur de faire souffrir ses personnages, d’en torturer, d’en tuer, éclaboussant le lecteur d’effroi et de désespoir par la même occasion. SPOILER 11 J’ai dû, une fois, m’arrêter de lire pour ne pas pleurer en public ! Cette cruauté passe aussi par un glissement du langage poétique à un langage parfois cru, attestant de la maîtrise de la langue par l’autrice.

 

Donc, un excellent roman, très bien mené et dont le monde, bien construit, donne l’illusion d’un univers qui existerait quelque part ; un livre qui m’a touchée et m’a donné envie de lire Du thé pour les fantômes, qui attend désormais dans ma PAL ! C’est un beau coup de cœur !

 

SPOILER 1 elle présage déjà les différents types de magie présents sur l’île et l’émergence d’un personnage en particulier qui va les contrôler et finir par prendre le pouvoir.

SPOILER 2 qu’ils en changent, mais c’est aussi original. Contrairement à la société dans laquelle ils vivent, ils ne sont pas (ou plus) figés dans leur fonction, mais peuvent évoluer, s’adapter. Erika voit son grade augmenter en devenant « La capitaine », acceptant ainsi l’héritage de celle qu’elle refusait de voir comme sa mère ; Arthur n’est plus qu’un « voyageur » parmi d’autres, il n’a plus de place privilégiée au sein d’une société qu’il voulait dominer ; enfin, Nawomi devient « la reine », ce qu’elle n’avait jamais envisagé auparavant. 

SPOILER 3 En effet, étant donné que Sheltel est une île sans voyageurs, fermée sur elle-même, les dirigeants ont mis en place un contrôle des naissances et des décès. Cela donne des scènes lors desquelles les personnages tuent des nouveaux-nés parce qu’ils ont des handicaps ou les envoient dans des refuges où ils seront peu à peu oubliés, mais aussi des scènes où les adultes doivent choisir entre leur bébé « déficient » et leur parent trop âgé pour travailler … L’acte généreux d’Erika, qui refuse de tuer Belle, va déclencher une forme de révolution qui va finir par détruire Sheltel et ses règles.

SPOILER 4 les prisonniers des cellules rouges.

SPOILER 5 ce feu cabareux est fascinant et donne envie, comme les quelques descriptions rapides du reste du monde, de découvrir aussi les continents, leur organisation, ce qu’ils sont devenus quand Sheltel a « disparu ».

SPOILER 6 lente de Nawomi 

SPOILER 7 lorsque l’on découvre le plein potentiel de ce personnage. Le lecteur se rend alors compte que les traditions de l’île, en plus d’avoir tué des milliers d’habitants, ont bridé le pouvoir des régnants, ne faisant d’eux que l’ombre de ce qu’ils auraient pu être.

SPOILER 8 J’ai eu un peu de mal à m’attacher à elle, notamment parce qu’elle tue Majeure – je n’ai aucune idée de pourquoi cette scène m’a troublée, étant donné le rôle de la jeune fille et sa personnalité. Peut-être est-ce parce qu’elle l’a aidée et qu’elle est tuée en retour ? Erika adresse elle-même cet imbroglio moral en se justifiant par le fait que c’était une question de survie. Elle semble assez perdue, en fin de compte, et se retrouve à devoir faire la même chose que sur le bateau : tuer. Au fil des pages, j’ai trouvé qu’Erika faisait davantage adolescente/jeune adulte qu’adulte d’une trentaine d’années – je ne me souviens plus de l’âge qui lui est donné dans le roman – sans doute à cause de ses difficultés à accepter que Kreed, malgré le fait qu’elle l’ait enlevée, lui a aussi permis de survivre et lui a fait office de mère, la protégeant malgré ses rudesses et lui permettant de devenir la femme qu’elle est désormais, capable de survivre sur une île inconnue. J’ai aimé que la relation entre les deux femmes soit abordée différemment vers la fin de l’ouvrage et, – c’est en partie là la force de l’autrice – malgré tout ce qu’elle a fait, j’ai eu mal au cœur lorsque Kreed entre dans la forêt.

SPOILER 9 J’ai eu mal au cœur lorsqu’il perd la Bénie avec laquelle il avait une relation étrange, un peu comme Kreed et Erika. Il la considérait comme sa fille tout en se servant d’elle – il n’a pas recueilli la petite par charité d’âme mais pour s’élever dans la société. J’ai aussi eu pitié de lui lorsqu’il se fait humilier par la foule à la fin du roman ; j’espérais vraiment, de tout mon cœur, qu’il n’allait pas finir comme ça !

SPOILER 10 elle cache sa mère, mi-démente, sous le parquet de sa maison au lieu de la rendre à Sheltel, mère qui a été violée par le Natif, faisant de sa fille une descendante indésirable et normalement immédiatement tuée. En effet, Nawomi voit son corps se métamorphoser au fil du roman : alors qu’elle lutte contre sa nature, elle finit par l’accepter et dévoiler son plein potentiel, un pouvoir qui va détruire la société sclérosée de Sheltel. J’ai adoré l’évolution de son personnage ! Le fait d’aller au-delà des lois de Sheltel fait d’abord souffrir Nawomi ; mais quand les désastres s’accumulent, elle finit par lâcher prise et renverse son père et sa cour. Pour autant, elle n’a pas l’air de devenir une reine tout à fait sympathique : Arthur voit en elle un nouveau tyran, c’est la raison pour laquelle il préfère quitter l’île

SPOILER 11 Je ne me suis toujours pas remise de la mort de Belle ! 

12345...59
 

Baseball fans gather zone |
Eaudefiction |
Ici même |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Kpg1221gpk
| Elenaqin
| la saltarelle des baronnes