Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour la catégorie 'Coup de cœur'

Autumn d’Ali Smith

Posté : 12 octobre, 2017 @ 10:38 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : ContemporaineAutumn

Editeur : Hamish Hamilton

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 260

Synopsis : Autumn. Season of mists and mellow fruitfulness. That’s what it felt like for Keats in 1819.

How about Autumn 2016?

Daniel is a century old. Elisabeth, born in 1984, has her eye on the future. The United Kingdom is in pieces, divided by a historic once-in-a-generation summer.

Love is won, love is lost. Hope is hand in hand with hopelessness. The seasons roll round, as ever.

Ali Smith’s new novel is a meditation on a world growing ever more bordered and exclusive, on what richness and worth are, on what harvest means. This first in as seasonal quartet casts an eye over our own time. Who are we? What are we made of? Shakespearean jeu d’esprit, Keatsian melancholy, the sheer bright energy of 1960s Pop art: the centuries cast their eyes over our own history-making.

Here’s where we’re living. Here’s time at its most contemporaneous and its most cyclic.

From the imagination of the peerless Ali Smith comes a shape-shifting series, wide-ranging in timescale and light-footed through histories, and a story about ageing and time and love and stories themselves.

Here comes Autumn.

 

Avis : Dernièrement, je me suis fixée un petit objectif de dernière minute : je voudrais lire cinq auteures bien particulières avant la fin de l’année. Ces auteures sont Ali Smith, Angela Carter, Jeanette Winterson, Margaret Atwood et Jen Campbell. J’ai déjà lu au moins une œuvre de deux d’entre elles cette année, et Autumn me permet d’en découvrir une troisième ! Reste donc Angela Carter et Jeanette Winterson !

Je savais qu’Autumn traitait de l’actualité de l’automne 2016, c’est-à-dire le Brexit, la façon de traiter les migrants, la façon dont le monde est parti en vrille petit à petit jusqu’à ce que ce soit devenu assez énorme pour qu’on ouvre brutalement les yeux. Mais je ne pensais pas que cela allait me toucher à ce point, que j’allais ressentir tout ce panel d’émotions ! D’abord, de la confusion. Le début m’a semblé très bizarre et, sachant que j’ai toujours un peu de mal à entrer dans un livre, je me suis dit que ça partait mal. Mais le lecteur comprend vite pourquoi cette scène est étrange ; elle en devient touchante par la suite. Puis, de la compassion quand Elisabeth se retrouve face à une administration qui se fiche d’elle, et qui lui oppose des barrières ridicules. Chacun a ressenti cette colère sourde face à un administrateur qui vous met des bâtons dans les roues pour des raisons complètement absurdes. Il y a tellement mieux à faire que d’attendre des heures pour finalement se voir envoyer sur les roses ! Puis est venu un mélange d’indignation et de tristesse face à l’actualité : le rejet des migrants, l’essor du racisme, la situation précaire de ceux qui vivent en Angleterre mais qui ne sont pas Anglais quand le Royaume-Uni décide de sortir de l’Union Européenne. Elisabeth vit l’événement à l’intérieur du pays, et le lecteur est complètement impliqué dans le livre ; il se sent concerné, soit parce qu’il a vécu l’événement au Royaume-Uni même, soit parce que, même en ne vivant pas là-bas, il a été affecté par ce qui est arrivé. Il se rend compte que le pays est complètement divisé, que les gens deviennent un peu fous, qu’ils décident de montrer leur opinion sur les murs de la ville, que la ville elle-même prend des mesures qui font se dresser les cheveux sur la tête. Tristesse aussi face à l’histoire des personnages, Elisabeth et Daniel : le temps et l’amour perdus, les regrets. J’ai adoré la relation entre eux, j’ai adoré la façon qu’a Daniel d’éduquer Elisabeth, de lui permettre d’appréhender le monde différemment, de lui faire découvrir le pouvoir de l’imagination, de lui faire comprendre que ce n’est pas tant la vérité qui compte dans une histoire, mais l’histoire même, l’effet qu’elle a, ce qu’elle peut nous dire, l’importance qu’elle prend pour nous, la distorsion que l’on peut mener sur une histoire fictive pour en faire ce qu’on veut, juste parce qu’on peut le faire. Et, alors, de la joie. En un sens, ce livre m’a réconfortée. C’est comme si j’étais enveloppée dans du coton, entre deux périodes de tristesse. C’est rassurant de se dire qu’un livre pareil existe dans le monde qu’il décrit. L’écriture est vraiment belle, poétique, même si très particulière, et même si elle rend un peu le lecteur confus quand il n’est pas habitué. J’ai retenu de nombreuses citations magnifiques, et parfois même, des chapitres entiers qui m’ont fait chaud au cœur, tout en étant tristes en même temps – soit exactement l’effet qu’a l’automne sur moi ! Ce livre représente parfaitement l’automne, tout en faisant de la saison le décor de l’histoire. Autumn m’a aussi permis de découvrir Pauline Boty que je ne connaissais absolument pas, ainsi que de plonger un peu dans les années 60. Dernière chose : certains passages sont des rêves, mais le lecteur ne s’en rend compte que quand ils sont finis, ce qui peut le rendre confus, tout en apportant une certaine magie au livre.

Concernant les personnages, j’ai adoré Elisabeth et Daniel. On les suit à différents moments de leur vie, on les voit évoluer, on comprend leur situation actuelle. Le lecteur rencontre d’abord Elisabeth adulte, puis, petite fille. Adulte, elle est professeur d’histoire de l’art et semble en difficulté, puisqu’elle est retournée vivre chez sa mère et ne peut rien faire sans un nouveau passeport qu’elle ne parvient pas à obtenir. Petite fille, on la suit alors qu’elle noue une relation extraordinaire avec son voisin Daniel, alors déjà âgé de 80 ans. Eduquée par une mère qu’elle méprise, et qui ne semble pas bien s’occuper d’elle, elle a une vision très réduite du monde ; mais l’on sent déjà dans sa façon de réfléchir que, mise sur la bonne voie, elle peut avoir une plus grande ouverture d’esprit. Elisabeth est une femme qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, qui défend ses idées, même si cela veut dire qu’elle aura des ennuis, une femme qui ne comprend pas comment le monde a pu en arriver là où il se trouve, comment il peut toujours être aussi raciste et sexiste alors qu’il est censé avoir progressé. Il est facile de s’identifier à elle grâce à cela. Quant à Daniel, c’est officiellement un de mes nouveaux personnages préférés. Il est du genre qui vous touche en plein cœur, vous rend triste et joyeux, vous fait voir le monde en couleur alors que lui-même est entouré de gris. J’avais parfois envie de le prendre dans mes bras tant il me brisait le cœur. C’est quand le lecteur et Elisabeth sont sur le point de le perdre qu’ils se rendent compte de sa valeur, de l’impossibilité de vivre sans lui, de l’importance qu’il a pris. D’autres personnages se trouvent au second plan, comme la mère d’Elisabeth, sur laquelle notre regard change au fil du livre. D’autres n’apparaissent qu’une seule fois, et représentent plutôt une institution qu’un individu : un policier qui refuse de laisser Elisabeth marcher à un endroit précis de la ville, un professeur qui refuse de la laisser travailler sur un sujet qu’il méprise parce qu’il considère que l’artiste choisi est médiocre, pour ne pas dire sans aucune valeur, un fonctionnaire de la poste qui cherche la raison pour laquelle il pourrait refuser d’envoyer sa demande de passeport.

La fin est douce, elle fait sourire, et donne tellement envie d’une suite !! Je ne sais pas si l’on retrouve les mêmes personnages dans Winter, mais j’espère vraiment que c’est le cas !! De toute façon, je retrouverai l’écriture et la poésie de l’auteur.

 

Donc, une excellente première impression sur Ali Smith, même si ce n’est peut-être pas la meilleure façon de commencer à lire son œuvre. Une histoire douce, mais aussi triste, car ancrée dans une actualité dérangeante et violente.

The Girl on the Train de Paula Hawkins

Posté : 4 octobre, 2017 @ 10:26 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : ThrillerThe Girl on the Train

Editeur : Doubleday

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 316

Synopsis : To everyone else in this carriage I must look normal; I’m doing exactly what they do: commuting to work, making appointments, ticking things off lists.

Just goes to show.

EVERY DAY THE SAME

Rachel catches the same commuter train every morning. She knows it will wait at the same signal each time, overlooking a row of back gardens.

She’s even started to feel like she knows the people who live in one of the houses. ‘Jess and Jason’, she calls them. Their life – as she sees it – is perfect. If only Rachel could be that happy.

UNTIL TODAY

And then she sees something shocking. It’s only a minute until the train moves on, but it’s enough.

Now everything’s changed. Now Rachel has a chance to become a part of the lives she’s only watched from afar.

Now they’ll see: she’s much more that just the girl on the train …

 

Avis : J’avais entendu des avis assez mitigés à propos de ce livre, et, en le voyant à la bibliothèque de ma ville, je n’ai pas résisté !

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un thriller, et encore moins un aussi bien mené ! L’histoire est celle de Rachel qui prend le train tous les jours pour Londres, qui regarde la vie de Jess et Jason de la fenêtre et qui, un jour, voit quelque chose qui la choque, et qui va changer sa vie, ainsi que celle des autres personnages. D’abord, j’ai été un peu déçue par l’élément déclencheur, je m’attendais à quelque chose de plus gros ; mais, considérant l’état de Rachel au moment où elle voit la scène, il est normal qu’elle réagit de façon excessive. Pour elle, ce couple qu’elle regarde tous les jours représente le bonheur qu’elle n’a plus, une vie idéale et rangée, confortable, en sécurité, dans l’amour, une vie qu’elle a perdue. Rachel décide de réagir, afin de conserver l’image parfaite de cette vie ; le lecteur a l’impression que, si elle ne fait rien, c’est comme si elle reperdait tout à nouveau, comme si elle faisait une projection, comme si elle voyait sa situation s’appliquer à quelqu’un d’autre. Déjà là, on se rend compte que le livre n’est pas qu’un thriller fun et détente, facile à lire. C’est un roman psychologique, dans lequel le lecteur assiste (au présent et en flashback) à la chute de Rachel, à sa tentative pénible de remonter la pente. Face à la vacuité de sa vie, Rachel décide de se mêler des affaires des autres, elle décide d’entrer dans la vie de ces gens qu’elle ne connaît pas, dont elle a imaginé jusqu’aux noms. Je ne vous en dis pas plus, mais plus l’intrigue avance, et plus le lecteur se rend compte de l’intelligence de l’auteur, de sa façon d’intriquer les différents fils de l’histoire. En effet, la narration est divisée entre trois femmes : Rachel, Anna (la femme de l’ex-mari de Rachel) et Megan (Jess). Le lecteur voit facilement les liens qui unissent ces femmes, un de ces liens étant la soirée du samedi 13 juillet 2013, le jour où l’une d’elles disparaît. Qui l’a enlevé ? Est-elle morte ? Qui avait un mobile ? Le suspense est palpable jusqu’à la fin, puisque le lecteur ne parvient pas à fixer sa suspicion sur un seul personnage : tous pourraient être impliqués, tous agissent comme des tueurs, des psychopathes, des fous. L’écriture est agréable, j’ai trouvé de nombreuses réflexions intéressantes. Les pages se tournent vite, et, à un moment donné, il est tout simplement impossible d’arrêter de lire, tant il est urgent de comprendre tout le mécanisme de l’intrigue ! J’ai aimé l’utilisation du train, l’exploitation du fait qu’en voyageant ainsi, on voit des petits bouts de vie qu’on imagine sans jamais y entrer, des petits tas de vêtements, des expressions, des gestes. J’ai lu une partie du livre dans le train justement ! Seul bémol, mais j’ai l’impression que c’est expliqué à la fin : la vision des femmes de Rachel et Anna. Rachel parle d’elles comme ayant deux valeurs : leur apparence et leur capacité à avoir des enfants. Sexisme, quand tu nous tiens ! Je veux bien qu’elle soit désespérée, mais là ! Et Anna, quant à elle, ne supporte pas très bien la vie de mère, puisqu’elle s’y sent à la fois bien et enfermée, incapable d’être une femme maintenant qu’elle est mère.

Concernant les personnages, Rachel fait partie de ce genre de narrateurs que j’adore : ceux en qui on ne peut pas avoir confiance. En effet, alcoolique notoire et incapable de se souvenir de ce qu’elle a fait dans ces moments où elle est ivre morte, Rachel titube au bord de la folie. Le lecteur ne sait pas s’il ne peut la croire ou s’il doit réagir comme les policiers, en la considérant comme un témoin non digne de confiance. Au fil du texte, il s’attache à elle, la prend en pitié, aimerait qu’elle se relève définitivement, et finit par véritablement croire qu’elle sait quelque chose sur la soirée du 13 juillet. Le malheur de Rachel est dévastateur : ayant tout perdu, elle ne parvient pas à reprendre sa vie en mains, et préfère regarder la belle vie des autres à distance. Incapable de faire le deuil de son mariage, elle ne cesse de vouloir renouer avec son ex-mari, de regarder la maison dans laquelle elle a vécu, dans laquelle elle se sentait bien. Le lecteur remarque aussi peu à peu qu’elle ne cesse de se mentir, et que quelque chose ne va pas chez elle, comme elle-même le remarque à plusieurs reprises. J’ai fini par comprendre, ce qui n’a fait que renforcer ma sympathie pour elle. Anna, quant à elle, m’a d’abord agacée comme jamais. Etrangement, je me suis rendue compte que je me rangeais aux côtés de Rachel contre elle, la voleuse de mari, celle qui a peur d’une femme qui ne peut absolument rien contre elle. Ses réflexions me semblaient superficielles, et sa façon de dire qu’elle appréciait d’être une maîtresse m’ont donné envie de la gifler. Elle n’a aucune compassion, elle semble même contente de ce qu’elle a fait. Elle m’a aussi agacée par sa paranoïa constante. On comprend mieux son personnage à la fin, elle est (un peu) pardonnée. Megan, la dernière narratrice, est une femme qui cache un secret tellement lourd que, même après des années, elle ne parvient pas à en dormir la nuit, il la hante et l’empêche de vivre dans le présent, auprès de son mari Scott. De loin, elle a l’air indépendante, libre, heureuse ; mais ce n’est qu’une façade. Sa vie est aussi misérable que celle de Rachel ; elle a tout pour être heureuse, mais ne peut jamais l’être. Elle veut fuir, partir, mais se demande si, une fois arrivée ailleurs, elle ne voudra pas recommencer, indéfiniment, jusqu’au point de départ. Il manque quelque chose à sa vie, et elle ne comprend pas quoi. Deux personnages masculins se détachent ici : Scott et Tom. Scott est le mari de Megan. Du train, il a l’air tendre, attentionné, passionné, amoureux : parfait. Mais, une fois que l’on entre dans la vie de Megan, il est clair qu’il est un peu trop jaloux et invasif. Quant à Tom, il semble lui aussi l’homme parfait ; si parfait qu’il tente même d’aider son ex-femme alcoolique à remonter la pente, malgré la désapprobation de sa femme. Kamal est également un personnage masculin important, puisqu’il est un des deux suspects principaux du lecteur, de la police, et de Rachel !

La fin était EXCELLENTE ! Tout est expliqué, le lecteur comprend les personnages, tout s’imbrique parfaitement. Je dois dire que j’avais eu un doute au début du roman, mais l’auteur est parvenue à me prendre avec les multiples suspects. [SPOILER] Rachel, Anna et Megan ont été complètement manipulés par le même homme, celui qui, en fait, fait le lien entre elles toutes. Rachel n’est pas folle ; elle a été manipulée pendant des années pour lui faire croire qu’elle l’était, qu’elle était violente, qu’elle faisait peur, qu’elle était dangereuse, alors que c’était son compagnon qui la battait quand elle était dans un état second. Anna, elle, s’est aussi fait laver le cerveau, et sa réaction à la fin est tellement tardive qu’on se demande si elle va finir par réagir ! Megan, elle, a prononcé les mauvais mots au mauvais moment, et dans le mauvais endroit … [FIN DU SPOILER] The Girl on the Train m’a donné envie de lire d’autres livres de Paula Hawkins, en espérant qu’ils seront aussi bons !

 

Donc, un excellent thriller psychologique, qui fait tourner le lecteur (et les personnages) en bourrique, pour s’achever avec une fin magistrale !

The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood

Posté : 26 septembre, 2017 @ 8:10 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Science-fictionThe Handmaid's Tale

Editeur : Vintage Classics

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 479

Synopsis : ‘It isn’t running away they’re afraid of. We wouldn’t get far. It’s those other escapes, the ones you can open in yourself, given a cutting edge.’

Offred is a Handmaid. She has only one function: to breed. If she refuses to play her part she will, like all dissenters, be hanged at the wall or sent out to die slowly of radiation sickness. She may walk daily to the market and utter demure words to other Handmaids, but her role is fixed, her freedom a forgotten concept.

Offred remembers her old life – love, family, a job, access to the news. It has all been taken away. But even a repressive state cannot obliterate desire.

 

Avis : Cela faisait un moment que je voulais lire ce livre ! Comme je voulais participer à la Banned Books Week cette année, je me suis dit que c’était l’occasion ! (The Handmaid’s Tale a été banni pour scènes sexuelles explicites et le fait que le livre soit anti-religieux).

D’abord, ce livre est un chef-d’œuvre, autant par l’histoire que par l’écriture. Le lecteur a presque peur de se dire que l’auteur est visionnaire, tant elle décrit une situation qui pourrait arriver dans un futur pas si lointain. La République de Gilead est une société dystopique dans laquelle les femmes sont « protégées » – c’est-à-dire, privées de liberté – et sont mises en valeur par rapport à leur fécondité, leur capacité à produire (c’est le terme employé) des enfants. Autrement dit, on ne peut pas faire une société plus sexiste ou plus totalitaire. Les femmes sont réparties en catégories, selon leur capacité à procréer, leur âge et leur état d’esprit ; ces catégories sont représentées par une couleur – le rouge pour les Servantes -, et un habillement particulier – elles portent une sorte de bonnet qui empêche de voir leur visage. Il existe des camps pour celles qui ne se plient pas au régime, ou elles sont exécutées directement. Je ne veux pas trop vous en dire sur les catégories, et sur ce qu’elles veulent dire, je préfère vous laisser la surprise ; la narratrice ne s’explique pas dès le début, on en vient pas à pas à comprendre qui fait quoi, qui sert à quoi. Mais cette catégorisation de la femme entraîne une nouvelle sorte de discrimination. Les Epouses détestent les Servantes, et déclarent à plusieurs reprises dans le livre qu’elles « ne sont pas comme nous ». Aucune union, aucun soutien féminin, aucune compassion : elles agissent comme si chacune était née pour vivre de cette façon, comme si chacune avait eu le choix – il faut voir le choix proposé quand même ! -, comme si tout sentiment humain avait disparu en même temps que Gilead est apparu. Les femmes - et les hommes – qui commettent des crimes au sein de la société – sachant que pratiquer un avortement ou prêcher la religion catholique sont ici des crimes – sont pendus en place publique. Cette histoire est dérangeante justement parce qu’elle semble encore possible, parce que la vie décrite avant le régime totalitaire est à peu près la vie que nous menons maintenant : sentiment d’insécurité, attentats, dégradation des relations homme/femme. Le récit est celui d’une Handmaid (servante dans la version française il me semble) qui décrit ce qu’elle vit au quotidien, comment les Etats-Unis en sont arrivés là. Elle nous parle, par bribes, de sa vie avant, du basculement vers le régime totalitaire ; elle nous fait part de ses pensées, de sa façon de voir les choses, et, en même temps, on sent qu’elle a tout de même été bien embrigadée. J’ai eu de nombreuses fois les larmes aux yeux, le cœur serré et l’envie de vomir en lisant : c’est infiniment triste de penser qu’une société pareille pourrait exister, révoltant de voir comment on peut considérer les femmes – l’expression « vagin sur pieds » est utilisée dans le texte ! – étant donné que le sexisme inhérent de notre société devient ici loi (!!) et effrayant de se dire que certains aimeraient peut-être vivre dans un monde de ce genre ! La narratrice (dont on ne connaîtra jamais le vrai nom) tente de se convaincre que ce qu’elle vit est un rêve, ou que c’est une blague, un test, que tout va s’arrêter bientôt, qu’elle va retrouver ceux qu’elle aime et vivre normalement. Il est très facile de s’identifier à elle : le lecteur devient la narratrice, et se demande comment il aurait réagi à sa place. Impossible de la juger, je ne suis parvenue qu’à la plaindre. Le gouvernement a utilisé la religion pour justifier la classification des femmes et leur enfermement : le but de l’homme est de se multiplier. La citation de la Bible au début du livre est très éclairante à ce propos, et on comprend d’où découle tout le système ! Est aussi évoquée dans ce livre la pollution de la planète – de façon assez minime, mais c’est quand même présent. En effet, s’il y a peu d’enfants, c’est pour plusieurs raisons, et l’une d’elles est la pollution, qui a causé une catastrophe biologique, rendant la plupart des personnes stériles. Par exemple, les camps où sont envoyées les femmes sont en fait des endroits où la radiation est trop puissante pour y faire travailler qui que ce soit.  La nourriture manque, ou est de piètre qualité – soit à cause du commerce, soit à cause de la pollution. Concernant l’écriture, elle est vraiment excellente, très belle. Bien sûr, ici, nous suivons le récit d’une narratrice qui n’explique pas toujours ce qu’elle veut dire ; cela rend parfois le texte confus ou énigmatique, mais il n’en est que plus beau. Les sauts entre flashbacks et réalité ne m’ont pas du tout dérangés, au contraire ; j’ai trouvé que cette façon d’écrire était authentique. Il se dégage une certaine poésie de la prose de Margaret Atwood, poésie qui me convainc de lire d’autres de ses œuvres !

Concernant les personnages, la narratrice – je n’ai pas envie d’utiliser le nom qui lui est donné ! – est très attachante. Prisonnière dans la maison de son Commandeur, elle tente de se convaincre que tout va s’arranger et le lecteur prie avec elle pour que cela arrive. Toutes les émotions qu’elle ressent sont partagées par le lecteur : dégoût, désespoir, tristesse. Quand on comprend qui elle a perdu, l’indignation est telle qu’on a envie de balancer le livre ! Sa situation est considérée comme enviable par certains, affreuse par d’autres – clairement, je considère sa position comme particulièrement affreuse et déshonorante, contrairement à ce que la République de Gilead veut faire croire ! Elle veut se rebeller mais n’ose pas ; elle veut croire mais ne peut pas. La narratrice est complètement coincée entre deux mondes : elle ne peut plus vivre comme dans le précédent, mais ne veut pas accepter cette vie qu’on lui impose. Le suicide est régulièrement évoqué de manière détournée, et le lecteur comprend que certaines femmes en arrivent là ! Au fil des pages, on comprend bien que la narratrice n’est pas parfaite : elle tente de survivre dans un monde fait pour la détruire. Les personnages qui gravitent autour d’elle ne sont vus qu’à travers ses yeux, et donc, sont difficilement jugeables objectivement. D’abord, Moira. J’ai beaucoup aimé ce personnage, qui correspond à la rebelle typique – et pourtant, quelle déception quand on la retrouve ! Amie de la narratrice, elle avait prédit qu’un système de ce genre allait être mis en place. Avide de liberté, elle est inconciliable avec ce monde, et est même son antithèse parfaite. Le Commandeur est un personnage assez difficile à cerner. [SPOILER] D’un côté, il est l’un des fondateurs du système mis en place, donc, il est d’accord avec le fait d’avoir une Epouse « inutile » et une Servante qui produit des enfants ; d’un autre côté, il comprend qu’il manque quelque chose à cette société pour être véritablement bonne, mais il ne comprend pas quoi. Il décide alors de voir la Servante la nuit – ce qui est interdit par la loi – et lui demande un jour ce qui manque, selon elle. « L’amour ». EVIDEMMENT ! [FIN DU SPOILER] Cette société est complètement dépourvue de sentiments, elle ne repose que sur la question de la production d’enfants qui seront, à leur tour, embrigadés dans le système. Le lecteur ne sait trop quoi penser du Commandeur – exactement comme la narratrice ! – : avoir pitié, le haïr, l’apprécier ? Serena Joy, elle aussi, est difficilement cernable. Tour à tour détestable, objet de pitié et « agréable » – ce mot est peut-être trop fort pour la décrire -, elle aussi est, en quelque sorte, prisonnière dans cette société qu’elle n’a pas choisie. Quant à Nick, lui aussi est énigmatique. La narratrice se méfie de lui tout en voulant lui faire confiance, comme c’est le cas avec sa compagne, Ofglen. Gilead a détruit toute confiance entre les êtres en créant des Eyes qui surveillent constamment la population et qui peuvent se cacher derrière n’importe quel homme, jardinier, épicier ou Gardien. 

La fin est surprenante : je ne m’attendais pas du tout à ça ! Sur le coup, j’ai été un peu déçue de ne pas avoir certaines réponses à mes questions, j’avais tellement envie, par exemple, de connaître le véritable nom de la narratrice ! Mais ce livre reste tellement important, primordial même !! Tout le monde devrait le lire, histoire de comprendre ce que peut devenir notre société à force de sexisme, de religion et de pollution ! Une série TV est sortie : j’ai hâte et en même temps peur de la regarder !

A la fin de mon édition, Margaret Atwood donne son point de vue sur son livre : pour elle, une dictature aux Etats-Unis devait obligatoirement impliquée la religion, étant donné que le pays est très religieux. Tout ce qu’elle a mis dans ce système a déjà été mis en place ailleurs à une autre époque (la Chine dans les années 1970 par exemple, avec la politique de l’enfant unique), et ce qu’elle écrit est possible dans n’importe quelle société. Elle parle de son inspiration pour les costumes ainsi que celle pour le monde « souterrain ». Elle conclut en disant qu’elle espère que The Handmaid’s Tale restera un livre, et ne deviendra jamais une réalité.

Je vous joins ici un article de Marianne qui fait le lien entre The Handmaid’s Tale et les Etats-Unis de nos jours … Effrayant !! Il est tout de même aberrant que, de nos jours, ce livre puisse être utilisé contre un gouvernement qui était censé représenter la liberté à un moment donné de l’Histoire ! Quelle chute !

 

Donc, un livre important, effrayant, émouvant, révoltant, qui donne envie de tout faire pour que Gilead ne voie jamais le jour !! Coup de cœur, évidemment ! 

The Bookshop Book de Jen Campbell

Posté : 12 septembre, 2017 @ 2:33 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Non-fiction The Bookshop Book

Editeur : Constable

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 260

Synopsis : Every bookshop has a story. We’re talking about bookshops in barns, disused factories, converted churches and underground car parks. Bookshops on boats, on buses and in old run-down railway stations.

From the oldest bookshop in the world, to the smallest you could imagine, The Bookshop Book explores the history of books, talks to authors about their favourite places, and looks at more than three hundred weirdly wonderful bookshops across six continents. (Sadly, we’ve yet to build a bookshop down in the South Pole).

This book is a love letter to bookshops all around the world.

 

Avis : Ce livre est resté très longtemps dans ma wish-list, jusqu’à ce qu’il me soit offert par mon compagnon !

The Bookshop Book m’intriguait depuis que j’avais lu le synopsis du livre ; je me disais : « Un bouquin sur les librairies, un peu étrange, mais ça peut être bien. » Rectification : ce livre est GENIAL ! D’abord, il nous emmène dans le monde des librairies indépendantes, loin des chaînes commerciales, ou auprès de libraires qui ont fini par créer un empire livresque grâce à leur passion – comme la famille Blackwell en Angleterre. Jen Campbell a donc parlé à ces libraires dans le monde entier – même si on se trouve principalement en Europe, et même au Royaume-Uni, l’auteur nous parle aussi de librairies en Amérique, en Asie, etc -, ainsi qu’à des clients-écrivains qui nous parlent de leurs librairie préférée. Les libraires parlent de leur expérience, de leurs difficultés, du fait que la vie en librairie n’est pas toujours rose, du fait que libraire ne permet pas de gagner des millions, mais ils parlent aussi de leur vie avec les livres, de leurs discussions avec les clients, de leur passion, de la propagation de cette passion grâce à la librairie, de la magie des livres avec des anecdotes qui semblent sorties d’un roman. Franchement, ça m’a tellement donné envie !! Quant aux écrivains, ils expliquent comment ils sont entrés dans le monde des livres, pourquoi ils aiment les librairies, et comment serait la leur. Au fil des pages, tous mettent en avant l’importance de ces petites boutiques, neuves ou d’occasion, qui ont parfois peine à survivre, ainsi que l’importance du livre-papier – sans pour autant dénigrer l’e-book ; ils expliquent simplement qu’on aura toujours besoin de librairies, de contact avec le livre et avec celui qui le vend, et que le lecteur n’a pas du tout la même relation avec un livre et avec un e-book.

Honnêtement, ce livre est une ode à la littérature, à la passion des livres, c’était beau à lire, ça donne envie de se lancer dans l’aventure aussi - soit en faisant un petit tour dans toutes ces librairies (certaines sont tellement belles, photos à l’appui !), soit en rêvant sa librairie idéale ! Un livre à consulter avant de partir en vacances, pour aller voir la petite librairie qui n’attend que nous !

 

Donc, un excellent livre, qui donne envie de voyager et de lire, qui rend confiance aux lecteurs qui pensent que la littérature est dans une période de creux, et qui permet de rêver un peu !

Traité sur la tolérance de Voltaire

Posté : 14 août, 2017 @ 1:51 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Philosophie, Essai Traité sur la tolérance

Editeur : Folio (Sagesses)

Année de sortie : 2016 [1763]

Nombre de pages : 132

Synopsis : Convaincu de l’innocence de Calas exécuté en 1762, Voltaire met sa plume au service de la justice pour demander sa réhabilitation. Le négociant huguenot était accusé du meurtre de son fils qui voulait se convertir au catholicisme.

Avec une ironie mordante et un style inimitable, l’écrivain plaide pour le respect des croyances et l’esprit de tolérance.

 

Avis : Je n’avais pas l’intention de lire ce livre, mais il est au programme de l’année à venir ; donc, pas le choix !

Etrangement, je suis le genre de personnes qui ne lient pas les livres quand ils sont réédités pour une occasion particulière. Après l’attentat contre Charlie Hebdo, tout le monde s’est rué sur Traité sur la tolérance de Voltaire ; je me suis demandée à quoi ça leur servirait. Il était trop tard. J’ai maintenant lu ce livre, et je l’ai trouvé excellent, comme Micromégas, seul autre livre que j’ai lu de Voltaire. Et je me suis demandée ce que ces gens y ont trouvé. Je doute qu’il les ait rassurés, mais je pense qu’il a pu aider ceux qui ne savaient pas quoi penser, qui se retrouvaient bouche bée devant un événement qu’ils ne comprennent pas. Il a pu les empêcher de faire l’amalgame entre terroristes et musulmans, de répondre à la violence par la violence.

Mais parlons du livre en lui-même. Voltaire a écrit ce Traité sur la tolérance à l’époque de l’Affaire Calas, modèle d’intolérance et d’injustice. En effet, Jean Calas, protestant, est accusé d’avoir assassiné son fils parce qu’il voulait se convertir au catholicisme. Sans preuves, le capitoul de Toulouse a condamné Calas à la roue. La justice a tué un innocent à cause de sa religion, parce qu’elle n’était pas la tendance dominante. Peut-on faire plus intolérant, plus injuste et plus absurde ? Même si cette affaire date de 1763, je ne peux pas m’empêcher de m’énerver en y pensant. Mais comment peut-on être aussi cruel, aussi idiot, pour tuer quelqu’un parce qu’il ne pense pas comme nous ? Dans ce cas, si quelqu’un n’aime pas mon livre préféré, je vais le tuer parce qu’il a un avis différent du mien ? Mais, revenons à Voltaire ! Ici, il s’en prend à la religion catholique principalement, montrant en quoi elle a déformé l’histoire pour se faire plaindre – notamment quand Voltaire explique les relations entre Romains et chrétiens -, reproduisant une lettre scandaleuse d’un père de l’Eglise qui demande l’exécution de millions de personnes parce qu’elles sont protestantes. Mais comment peut-on concilier les principes de la religion avec ce genre de propos ?! Voltaire nous montre comment ils y parviennent – par hypocrisie et en jouant sur les mots, ce qui est agaçant au possible !! L’auteur nous parle également de la tolérance dans d’autres pays, et notamment au Japon et en Chine. J’ai vraiment aimé découvrir leur façon de penser, ainsi que l’histoire, racontée par Voltaire. Il nous explique même comment l’intolérance ne devrait pas exister dans la religion catholique, pourquoi, et qui a le droit d’être intolérants selon le texte de sa religion ! Bien sûr, Voltaire écrit avec une bonne dose d’ironie bienvenue ! Pour autant, il reste déiste, et sa prière à Dieu, à la fin du livre, sonne comme une prière aux hommes : réveillez-vous, rendez-vous compte que, si vous croyez en Dieu, et même si vous n’y croyez pas, l’homme n’a pas été créé pour s’entretuer, pour se nuire, pour se détruire. La vie est si courte, et notre passage sur Terre, si insignifiant, qu’il est idiot de passer ce temps dans la haine. J’ai retrouvé des réflexions de Micromégas vers la fin. Un chapitre a été ajouté pour nous parler de la réhabilitation de Calas et de l’indemnisation de sa famille ; ou comment réparer une injustice quand il est déjà trop tard. Je vous avoue que je suis souvent dégoûtée en voyant ce que l’homme est capable de faire à un autre homme pour des raisons ridicules.

 

Donc, ce livre est important, il délivre un message fort, et il est triste qu’il faille attendre un attentat pour qu’on écoute à nouveau Voltaire. Il est même triste qu’on est besoin de l’écouter : la tolérance devrait être acquise depuis le temps. Encore du chemin à faire !

12345...29
 

Baseball fans gather zone |
Eaudefiction |
Ici même |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Kpg1221gpk
| Elenaqin
| la saltarelle des baronnes