Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour la catégorie 'Coup de cœur'

Anno Dracula, tome 1 de Kim Newman

Posté : 17 septembre, 2018 @ 9:47 dans Avis littéraires, Challenge, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Fantastique, Historique, Horreur Anno Dracula

Editeur : Le Livre de Poche 

Année de sortie : 2014 [1992/2011]

Nombre de pages : 643

Titre en VO : Même titre

Synopsis : Londres, 1888. Depuis que Dracula a épousé la reine Victoria, la terreur règne sur la capitale. Sous l’influence du sulfureux comte, les citoyens sont de plus en plus nombreux à rejoindre les rangs des vampires, toujours plus puissants, et il ne fait pas bon être simple mortel. Mais la riposte ne se fait pas attendre. Dans les sinistres ruelles de Whitechapel, des prostituées vampires sont assassinées par un mystérieux inconnu aux scalpels d’argent. Lancés dans la traque du tueur, Geneviève Dieudonné, une vampire à la jeunesse éternelle, et Charles Beauregard, espion au service du Diogene’s Club, vont devoir gravir les échelons du pouvoir. Et s’approcher dangereusement du souverain le plus sanguinaire qu’a jamais connu le royaume …

Une nouvelle édition du classique de Kim Newman, augmentée de textes bonus totalement inédits. 

Aucun autre roman n’a su revisiter le mythe avec autant de brio et d’inventivité. Chronic’Art. 

 

Avis : A VENIR 

Manderley for ever de Tatiana de Rosnay

Posté : 9 septembre, 2018 @ 12:56 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Biographie Manderley for ever

Editeur : Albin Michel – Héloïse d’Ormesson 

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 437

Synopsis : « J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. » C’est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l’écran par Alfred Hitchcock.

Depuis l’âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d’avoir la vie lisse d’une mère de famille, qu’elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l’œuvre torturée reflétait les tourments.

Retrouvant l’écriture ardente qui fit le succès d’Elle s’appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d’exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s’aventure dans ses vieux manoirs chargés d’histoire qu’elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de cœur, ses amours secrètes.

Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n’est pas un objet à posséder mais un état d’âme. 

 

Avis : Je voulais, depuis un moment, en savoir plus sur l’auteure d’un de mes romans préférés, Rebecca ! Je n’ai pas eu l’occasion de lire ce livre pendant l’étude de l’œuvre, mais je me suis dit qu’il n’était jamais trop tard !

Cette année, j’ai lu The Invention of Angela Carter d’Edmund Gordon. Je ne pensais pas être si émue par la vie d’une femme que je ne connaissais pas du tout et, pourtant, à la fin, je pleurais comme si j’avais perdu une amie. Eh bien, j’ai eu la même expérience avec Manderley for ever de Tatiana de Rosnay !

J’adore Rebecca et je voulais lire d’autres livres de Daphné du Maurier, histoire de retrouver cette ambiance troublante, ce thème du double, ce gothique sombre. Mais je voulais aussi découvrir la vie de l’auteure, comment elle en est venue à écrire ses livres, quelle a été son inspiration. Je n’ai pas été déçue ! Tatiana de Rosnay m’a emportée en Angleterre, au XXe siècle, pendant la Seconde Guerre mondiale, après la guerre ; partout, pendant toute la vie de Daphné ! J’étais dans le livre, et je n’avais pas envie de le finir parce que je voulais rester auprès des « personnages » ! J’ai découvert Daphné, une femme solitaire, complètement obsédée par son monde intérieur, imaginaire, capable de s’enfermer dans une pièce pour écrire écrire écrire jusqu’à ce que le livre soit terminé et qu’elle puisse l’oublier et passer à une autre œuvre tout aussi sombre. Mais elle est aussi joyeuse, heureuse même, voyageuse, aimante, tendre, passionnée auprès de ses ami(e)s et de ses amants ! Jamais, jamais l’auteure ne la juge, elle ou sa façon de vivre et de s’isoler, quelque chose que certains auraient pu prendre pour de la négligence envers sa famille ; sa seule façon de commenter, c’est à travers ce que Daphné elle-même pense, ses propres interrogations. L’écriture, c’est son travail, sa passion, son mode de vie. C’est comme respirer, cela lui permet de se décharger de quelque chose en elle qui pourrait la ronger, la hanter. J’ai adoré découvrir son inspiration, d’où elle tire ses personnages, ses maisons, ses intrigues ! 

J’ai aussi adoré découvrir sa famille, ses amis, les relations qu’elle entretenait avec chacun d’eux. Elle semble avoir été une femme fascinante, intimidante parfois, mais pourtant toujours joyeuse et pleine de vie ! Elle ne supportait visiblement pas la fadeur, ou les règles ; elle inventait les siennes, et se fichait de ce que les autres pouvaient en penser. Elle était aussi timide, ce qui m’a surprise. J’ai appris beaucoup de choses, par exemple, l’existence du procès pour Rebecca ! Elle a aussi souffert d’un manque de reconnaissance injuste : elle était considérée comme un auteur romantique, alors qu’elle ne l’était pas du tout ! Rebecca était à la fois une bénédiction et une malédiction ; ironiquement, Mrs. de Winter l’a hantée toute sa vie après qu’elle lui a donné naissance !

Depuis que j’ai lu son plus célèbre roman, je suis obsédée par le fait de trouver mon propre Manderley. C’est comme si elle m’avait contaminé avec sa passion pour Menabilly. Découvrir son obsession pour cette maison m’a à la fois réconfortée et effrayée. Le manoir lui a jeté un sort, et elle ne peut pas s’en débarrasser, quoi qu’elle fasse. Elle préfère même « Mena » aux gens, et je peux tout à fait la comprendre parfois !

Tatiana de Rosnay, contrairement à Edmund Gordon pour Angela Carter, ne spoile pas les œuvres de Daphné du Maurier ! Elle ne spécule pas non plus ; elle explique que tout ce qu’elle écrit lui vient soit des mémoires de l’auteure, soit d’autres biographies, comme celle de sa fille, Flavia Leng (Daphne du Maurier: A Daughter’s Memoir) ou celle de Margaret Forster (Daphne du Maurier). Elle a voyagé à Londres, à Menabilly, à Kilmarth, comme dans une sorte de pélerinage, dans les pas de Daphné ; c’était très émouvant. De plus, j’ai aimé son écriture !

Micro bémol : il m’a manqué quelques petites choses, même si je ne sais pas exactement quoi. Parfois, je me disais : « Tiens, j’aurais aimé savoir ce qu’elle ressent là » ou « Quelque chose manque ici, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus ! ». Mais cela n’a absolument pas gâché mon plaisir, et ce livre fait définitivement partie de mes préférés !

La fin était aussi émouvante que pour Angela Carter. J’ai eu l’impression de perdre une amie. C’était affreux, j’ai pleuré comme un bébé … Les dernières années de la vie de Daphné du Maurier sont tellement dures …

 

Donc, une belle biographie, touchante et instructive, qui nous donne envie de lire absolument toutes les œuvres de l’auteure ! On se sent proche d’elle, on entre dans son intimité, et on la quitte à regret … 

Home Fire de Kamila Shamsie

Posté : 5 septembre, 2018 @ 11:38 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

 

Genre : ContemporaineHome Fire

Editeur : Bloomsbury 

Année de sortie : 2017

Nombre de pages : 260

Titre en français : Pas encore traduit 

Synopsis : Isma is free. After years spent raising her twin siblings in the wake of their mother’s death, she resumes a dream long deferred – studying in America. But she can’t stop worrying about Aneeka, her beautiful, headstrong sister back in London, or their brother, Parvaiz, who’s disappeared in pursuit of his own dream – to prove himself to the dark legacy of the jihadist father he never knew.

Then Eamonn enters the sisters’ lives. Handsome and privileged, he inhabits a London worlds away from theirs. As the son of a powerful British Muslim politician, Eamonn has his own birthright to live up to – or defy. The fates of these two families are inextricably, devastatingly entwined in this searing novel that asks: what sacrifices will we make in the name of love?

A contemporary reimagining of Sophocles’ AntigoneHome Fire is an urgent, fiercely compelling story of loyalties torn apart when love and politics collide – confirming Kamila Shamsie as a master storyteller of our times. 

 

Avis : Avant même que ce livre gagne le Women’s Prize for Fiction en Angleterre, j’avais très envie de le lire, parce que c’est une réécriture d’Antigone, une de mes pièces préférées !

Donc, j’avais de grandes attentes ! Et j’ai compris pourquoi Home Fire avait gagné le prix, et avait été sélectionné pour le Man Booker Price. Je vais tenter d’être brève, parce que je ne sais pas si je vais rendre justice à ce livre, et que je pourrais en parler pendant des heures !

Tout d’abord, j’ai aimé l’écriture de Kamila Shamsie ; objectivement, elle écrit très bien, c’est fluide, agréable. Très bonne forme donc !

Ensuite, le lecteur est complètement absorbé par le livre grâce aux différents points de vue, et aussi grâce au fait que l’on commence avec celui d’Isma. On ne peut pas ne pas compatir, sympathiser avec chaque personnage ; grâce à leur point de vue, le lecteur les comprend, et les apprécie, malgré leurs erreurs et leurs faiblesses ; ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils sont pardonnables. La compréhension et le pardon n’ont rien à voir. Ils font tous des erreurs fatales, et le lecteur assiste au déroulement des événements, impuissant, juste capable de déplorer ce qui va inévitablement arriver.

J’ai ADORE le fait qu’Home Fire soit si fidèle à Antigone, et pourtant si contemporain, si actuel ! Les personnages, les événements ; tout colle parfaitement ! On retrouve donc Ismène sous les traits d’Isma, Antigone chez Aneeka, Hémon est Eamonn, Créon est Karamat, Polynice est Parvaiz. Je ne vous dirais pas si cette version moderne se termine comme la tragédie de Sophocle [SPOILER] évidemment que oui : la fin nous montre Aneeka et Eamonn enlacés, prêts à mourir ensemble, seule petite divergence d’avec la pièce dans laquelle Antigone meurt avant Hémon, qui se suicide ensuite ! Mais tout y est : la trahison d’Ismène, la putréfaction du corps de Polynice, l’inflexibilité de Créon, le fait qu’il soit le seul vivant à la fin (à part Ismène, bien sûr ; encore une petite divergence, sa femme n’est (pas encore ?) morte à la fin du roman contrairement à la pièce). On retrouve aussi la question du dévouement, des lois face à l’amour, de la force de cet amour qui pousse les personnages à faire « n’importe quoi » pour l’être aimé. J’ai adoré le fait qu’Antigone et Polynice soient ici jumeaux ; il ne me semble pas que ce soit le cas dans la tragédie d’origine ! [FIN DU SPOILER] Quasi, si on ne m’avait pas dit que c’était une réécriture, et que je n’avais pas repéré les noms des personnages, je n’aurais pas su que c’était une Antigone moderne malgré la fidélité à la pièce !

J’ai également adoré Aneeka, presque autant que l’Antigone d’origine. Têtue, belle, indomptable, elle veut faire justice, même si cela veut dire devenir hors-la-loi (et pourtant, elle s’y connaît en droit puisqu’elle l’étudie !) Elle ne mêle pas sa vie personnelle et les règles du monde extérieur : rien ne peut résister à l’amour qu’elle porte à son jumeau Parvaiz, malgré les erreurs qu’il a pu faire. Il sera toujours une part d’elle, quelque chose qu’elle ne peut, et ne veut pas renier. Comme Antigone, [SPOILER] elle utilise Eamonn/Hémon et finit par tomber amoureuse de lui ; mais leur amour ne peut survivre aux lois, représentées par Karamat/Créon. [FIN DU SPOILER] [SPOILER] Elle croit vraiment que son frère Parvaiz est quelqu’un de bien, qu’il s’est juste égaré sur le chemin ; et c’est ce que le lecteur finit par croire aussi, grâce au point de vue du jeune homme. Il s’est laissé emporter, enrôler, n’a jamais eu l’intention de devenir un véritable jihadi ; mais cela ne l’excuse pas pour autant. Traumatisé, paralysé par sa peur, conscient d’être coincé dans une situation intenable, il attend d’arriver au bout de ses forces pour réagir ; mais il est déjà trop tard. Une fois Parvaiz mort, Aneeka veut simplement l’enterrer, comme Antigone avec Polynice ; qu’il soit en paix, qu’il atteigne le ciel promis par la religion, ou plutôt, qu’elle-même soit en paix, et plus hanté par un frère qui lui hurle son innocence jusque dans ses rêves. Qui a-t-il de mal à ce qu’une jeune femme veuille que le corps de son frère soit enterré chez eux, afin de le pleurer, pas le jihadi, mais le frère qu’elle a perdu quand il est parti, et qu’elle a pensé retrouver au moment où il lui a échappé définitivement ? [FIN DU SPOILER] (me suis laissée aller aux spoilers, trop besoin d’en parler !)

En réalité, ce livre est parfois difficile à lire, parce qu’il frappe là où ça fait mal, comme Antigone le faisait déjà quand je l’ai lu. Mais ici, le sujet est beaucoup plus difficile à aborder, parce que très actuel. Antigone veut enterrer Polynice après que lui et son frère, Etéocle, se sont entretués. Créon refuse parce que Polynice est un ennemi de l’Etat. Et ainsi la tragédie commence. Ici, Parvaiz est un jihadi, un terroriste, enrôlé à Londres dans un moment de faiblesse, passé en Syrie pour découvrir le passé sur son père (ce n’est pas un spoiler, le résumé le dit clairement). Et nous ne comprenons pas le terrorisme, ce déchaînement de violence sans but apparent que de tuer des gens innocents, quelque chose contre quoi nous réagissons avec peur, et violence à notre tour. La violence ne fait qu’en créer davantage, et on ne se sort pas de ce cycle sans fin. Etant donné que le lecteur se voit offrir les points de vue de tous les personnages principaux, il peut comprendre comment tout arrive, comment tout se noue, comment chacun s’autodétruit. Antigone est une des plus belles tragédies ; mais, en lisant Home Fire, j’ai espéré une fin heureuse. Quelqu’un sera-t-il sauvé ? Le côté politique est évidemment très lourd ; Antigone traite de l’amour face aux lois, de la dévotion d’une sœur face à la « raison » d’un dirigeant. Ismène m’a toujours paru froide à côté de la passion d’Antigone, de son besoin que tout soit en ordre, même si ce n’est pas l’ordre de l’Etat ; elle ne comprend pas pourquoi elle devrait renier sa famille, malgré ses erreurs, pourquoi elle devrait faire taire un sentiment naturel. Elle ne peut pas s’empêcher de ressentir cet amour inconditionnel pour un être qui partage son sang ; peut-on vraiment lui en vouloir ? Dans le sens contraire, doit-on en vouloir à Ismène, qui a préféré renier Polynice après sa mort et celle d’Etéocle ? Eamonn, à nouveau, est un personnage qui paraît bien faible face à Aneeka/Antigone, mais aussi face à son père Karamat/Créon, qui tente de le raisonner, et ne cesse de penser au côté trop romantique, trop faible, mou de son fils. [SPOILER] Alors oui, d’accord, il est manipulé par une femme qu’il aime, il est emporté par l’amour. Il passe pour ridicule parce qu’il aime Aneeka, et qu’il veut la défendre face à son père. Pour retrouver un semblant de crédibilité, il ne peut que mourir dans ses bras. Quel dommage !! Et c’est si peu viril de montrer son amour n’est-ce pas ?!! (ironie quand tu nous tiens !) [FIN DU SPOILER]

J’ai été choquée par la façon dont les « non blancs » se sentent, sont traités, sont conscients de leur « différence » dans un monde censé les accepter. Je n’en avais pas conscience à ce point, et cela m’a tellement gênée. Je me suis sentie mal à l’aise parce que je me suis demandée si, moi aussi, je ne participais pas, inconsciemment, à cet amalgame constant, alors que ce n’est pas du tout ma façon de penser et de voir le monde. Voir les personnages se faire tout petit, se forcer à ne pas faire la moindre vague, sans quoi ils sont automatiquement dans le radar du gouvernement. Je ne pensais vraiment pas que c’était à ce point. J’ai eu tellement honte de notre monde, et surtout de cette façon de considérer les enfants à la lumière de ce que leurs parents ont fait. Antigone, Ismène, Polynice ne sont pas Œdipe ; Aneeka, Isma, Parvaiz ne sont pas leur père non plus. Et pourtant, la société fait comme s’ils étaient des bombes à retardement, comme s’il existait une question d’hérédité dans tout ça. Le passage de l’interrogatoire, au tout début du roman, m’a donné envie de balancer le livre. On reconnaît donc aux blancs leur individualité, mais pas aux « autres » ? Ridicule.

Enfin, la fin. Explosion de mon cœur en mille morceaux. [SPOILER] Cette dernière image était trop pour mon pauvre cœur. Comme dans Antigone, personne ne gagne, tout le monde perd, soit la vie, soit la personne qu’il chérit le plus au monde. Et, comme dans la pièce, j’ai pitié de tous. [FIN DU SPOILER] J’ai trouvé pris le parti d’Antigone en lisant la pièce [SPOILER] et, comme dans l’œuvre d’origine, enfin, Créon est sur le point de reconnaître que la jeune fille a raison, mais il est déjà trop tard … Karamat veut exaucer le souhait d’Aneeka au moment même où il ne sert plus à rien. [FIN DU SPOILER] Je prends toujours son parti dans la version moderne. 

 

Donc, un excellent roman, que tous devraient lire, sans aucune exception, même s’ils se fichent d’Antigone

Only Ever Yours de Louise O’Neill

Posté : 28 août, 2018 @ 11:08 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Science-fiction Only Ever Yours

Editeur : Quercus (riverrun) 

Année de sortie : 2015 [2014]

Nombre de pages : 390

Titre en français : Pas encore traduit 

Synopsis : The bestselling novel about beauty, body image and betrayal.

eves are designed, not born. The School trains them to be pretty. The School trains them to be good. The School trains them to Always be Willing.

All their lives, the eves have been waiting. Now, they are ready for the outside world. companion … concubine … or chastity. Only the best will be chosen. And only the Men decide. 

 

Avis : J’ai découvert Louise O’Neill cette année, et je me suis dit qu’il ne fallait pas m’arrêter en si bon chemin !

Autant vous le dire tout de suite : ce livre est un cauchemar. Je me suis sentie mal à l’aise, quasi malade, pendant la lecture !

J’ai vu de nombreux lecteurs se plaindre de la ressemblance avec The Handmaid’s Tale. Ici aussi, les femmes sont contrôlées, soumises. Mais, pour moi, ces deux livres ne sont pas identiques, comme certains le disent. Chez Margaret Atwood, nous découvrons le nouveau régime/système par les yeux d’une adulte qui a connu notre monde. freida, elle, a été créée synthétiquement ; elle ne connaît de notre monde que ce que veut bien lui montrer la chaîne Nature, et ce que lui expliquent les chastity. Elle n’a aucun respect pour elle-même, parce qu’elle ne sait pas qu’elle pourrait en avoir. Elle est comme programmée, elle suit les règles de l’Ecole, même si elles ne lui semblent pas toujours justes. Only Ever Yours pourrait quasi être une suite de The Handmaid’s Tale ; mais même le monde, les termes, sont différents. Chez Margaret Atwood, les femmes ont de la valeur grâce à leur fertilité ; chez Louise O’Neill, je pense que les concubines ne sont pas censées avoir d’enfants. Elles ne sont là que pour le plaisir des hommes. Certes, les compagnes ont des certificats de fertilité ; mais c’est surtout leur apparence qui compte ; ce n’est absolument pas le cas dans The Handmaid’s Tale ! Les servantes [SPOILER] portent des enfants qu’elles donnent ensuite aux épouses ; les compagnes ont leurs propres enfants, et exclusivement des garçons. [FIN DU SPOILER] L’idée, la soumission des femmes aux hommes, est la même ; mais l’exécution, l’histoire, les personnages, la fin, en gros tout le reste est différent !

Encore une petite comparaison : j’ai d’abord lu The Surface Breaks de l’auteure – que j’ai aussi défendu quand j’ai vu qu’il était taxé d’anti-féminisme et de misandrie ! – et je trouve que freida ressemble à Gaia, sans, bien sûr, être la même. Elles sont toutes les deux incapables de lutter contre la société, de résister à l’envie de lui obéir et de se soumettre, parce que c’est plus simple, et plus sûr ; et ce, parce qu’elles sont nées dans ces sociétés sexistes. Elles ne se sentent pas le droit de s’opposer aux lois, et donc, deviennent complices. Elles peuvent donc parfois être des personnages assez agaçants. Le lecteur a envie de les secouer, de les pousser dans le droit chemin, de leur insuffler le courage nécessaire. Donc, bien sûr, il y a du girl-hate, les filles sont des garces entre elles, se jugent constamment, se comparent, se dévalorisent, s’insultent subtilement. Leurs comportements sont dictés par la société dans laquelle elles vivent. Ici, l’auteure nous avertit de ce que pourrait devenir notre monde s’il se laisse gangrener par le sexisme, les inégalités de genre, etc. C’est de la dénonciation, mais du plaisir d’écrire un livre en mode Gossip Girl ! Parfois, je ne pouvais plus supporter freida. Mais, la plupart du temps, je compatissais et je la comprenais. Qui n’était pas stupide à son âge ? Elle est coincée, et veut survivre, être acceptée. Qui ne le voulait pas à son âge ? Il est très dur de s’attacher aux autres personnages ; aucun ne relève vraiment la barre, ne sauve l’honneur [SPOILER] en tout cas, jusqu’à la fin ! [FIN DU SPOILER] megan est insupportable, peut-être la pire de toutes, mais aussi celle qui est la plus lucide, et la mieux adaptée à ce nouveau système. Elle fait ce qu’on attend d’elle, elle respecte les règles. isabel est très ambiguë, difficile à cerner. Ayant seulement le point de vue de freida, le lecteur a du mal à la comprendre. Les autres sont des suiveuses : elles obéissent à la numéro 1, cachent leur identité derrière de faux sourires, de faux rires, et des statuts MyFace. (On peut d’ailleurs trouver dans ce livre une critique de la surutilisation d’Internet, le fait qu’on y poste notre vie, comme si cela nous permettait d’exister.) chastity-ruth m’a fait penser à Dolores Ombrage ! Mais quelle horreur cette dame !! 

C’est étrange à dire, mais j’ai ressenti des sentiments contradictoires en lisant ce livre. J’étais à la fois épouvantée, horrifiée, prête à pleurer ; de l’autre, rassurée.

Horrifiée parce qu’honnêtement, la façon dont les filles se traitent entre elles et pensent dans le livre, ressemble beaucoup à ce que certaines filles font dans la vraie vie ! La grossophobie existe, comme l’homophobie. L’apparence est la priorité de certaines femmes/filles ; certaines sont éduquées pour être belle et se taire, pour obéir aux hommes. Donc, Only Ever Yours est très réaliste. J’étais triste de me dire : « J’ai déjà entendu/vu ça ». C’était quand même pire dans le livre (heureusement !) : [SPOILER] Quand megan dit qu’elle veut bien qu’un Carmichael la batte autant qu’il veut, j’avais envie de vomir !! Comment peut-elle dire ça ?! Et quand freida le répète, mécaniquement, à isabel, c’est la seule eve à réagir différemment ! Son secret est terrible ! [FIN DU SPOILER] La société éduque les filles dans la compétition, la comparaison constante, par rapport à leur apparence ; ce n’est que mis en avant ici. Les filles ne sont pas les seules à souffrir : certains garçons n’ont pas l’air franchement heureux malgré leur position apparemment avantageuse. Ils sont forcés de cacher leur personnalité afin de trouver leur place ; certains d’entre eux aussi doivent plaire. [SPOILER] Darwin est le seul à ne pas passer, comme les autres, ses Heavenly Seventy avec les futures concubines ; mais il n’est pas innocent pour autant. Il n’est pas éduqué comme freida. Ce qu’il fait à la fin … Il ne semble pas se rendre compte de ce qu’il a fait avant que le procès se tienne. [FIN DU SPOILER]

Mais je me suis aussi sentie rassurée. Nous ne vivons pas dans un monde pareil. Nous ne sommes pas obligées de vivre dans la compétition/comparaison malsaine, à surveiller notre poids, notre apparence. Nous avons le choix. Nous choisissons ce que nous portons, vêtements ou maquillage, et ce que nous ne portons pas. Notre corps nous appartient, le leur non. La postface est aussi réconfortante : « J’ai écrit Only Ever Yours comme une lettre d’amour à l’adolescente que j’étais à quinze ans. Je l’ai écrit pour toutes les femmes qui ne se sentent jamais assez bonnes. J’ai écrit ce livre pour vous montrer, à vous, la personne qui êtes en train de lire, que ce n’est pas votre faute, que ça n’a jamais été votre faute. » En effet, le roman traite aussi de la violence domestique, et cette dernière phrase y fait référence dans tout le roman.

J’ai aimé l’écriture ! L’édition que j’ai lue comporte un commentaire de Jeanette Winterson : « Elle [Louise O'Neill] écrit avec un scalpel ». C’est exactement ça !! Son écriture correspond à la folie, à l’incertitude, au désespoir de son personnage principal. Elle permet de faire vivre le roman au lecteur.

La fin … Je n’étais pas prête du tout ! [SPOILER] J’avais deviné l’amour que ressentaient freida et isabel l’une pour l’autre ; quelques indices parsèment le roman. C’est un véritable amour, qui n’implique pas de sexualité, qui peut être platonique, mais qui est plus fort que tous les autres sentiments présents dans l’œuvre. [FIN DU SPOILER] Je n’avais pas du tout deviné le secret d’isabel ! De plus, tout le long du livre, j’avais tellement envie que freida réussisse, ça en devenait pénible ! J’étais tellement nerveuse !!! [SPOILER] Mais après le dernier Heavenly Seventy, je me suis rendu compte que ce n’était pas de l’amour qu’elle ressentait pour Darwin. C’était un besoin. Elle voulait se sentir en sécurité, trouver sa place dans la société. C’était malsain, même si on peut parfois avoir l’impression que ce n’est pas le cas. ET ça ne se termine pas comme la majorité des romans YA !! Pas de happy ending, que ce soit pour freida ou pour isabel, et c’est tout à fait logique !! Un happy ending ne peut pas exister dans une société pareille ! C’était tellement cruel. En refermant le livre, je ressentis tellement d’amour pour isabel. Je savais qu’elle n’était pas mauvaise, malgré le point de vue de freida, mais je ne la comprenais pas pour autant. [FIN DU SPOILER] Magistrale.

J’ai l’impression de ne pas avoir tout dit, de ne pas avoir touché au cœur du sujet. C’est si cruel, si triste, et si effrayant. Un coup de cœur !

 

Donc, un excellent roman dystopique, dans la veine de The Handmaid’s Tale, qui fait réfléchir sur notre propre société. 

Stone Mattress: Nine Tales de Margaret Atwood

Posté : 19 août, 2018 @ 12:29 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Nouvelle, Fantastique (?) Stone Mattress

Editeur : Bloomsbury 

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 268

Titre en français : Neuf contes

Synopsis : A recently widowed fantasy writer is guided through a stormy winter evening by the voice of her late husband. An elderly lady with Charles Bonnet syndrome comes to terms with the little people she keeps seeing, while a newly formed populist group gathers to burn down her retirement residence. A woman born with a genetic abnormality is mistaken for a vampire, and a crime committed long ago is revenged in the Arctic via a 1.9 billion-year-old stromalite.

In these nine tales, Margaret Atwood ventures into the shadowland earlier explored by fabulists and concocters of dark yarns such as Robert Louis Stevenson, Daphne du Maurier and Arthur Conan Doyle – and also by herself, in her award-winning novel Alias Grace. In Stone Mattress, Margaret Atwood is at the top of her darkly humorous and seriously playful game. 

 

Avis : Ce n’est plus un secret que j’aime Margaret Atwood. Ce recueil me faisait envie la dernière fois à la BU ; je me suis laissé tenter …

… et je peux officiellement classer Margaret Atwood parmi mes reines, aux côtés de Joyce Carol Oates et J. K. Rowling. Je sais maintenant, sans aucun doute possible, qu’elle ne peut pas écrire un livre que, au moins, je n’aimerais pas, si je n’adore pas. J’ai adoré Stone Mattress : c’était provocateursombre, bourré de talent et d’imaginationGénial quoi !!! J’ai particulièrement adoré les trois premières histoires ; elles forment un triptyque. C’était vraiment intéressant de voir les coulisses d’une série Fantasy reconnue, même si, apparemment, elle n’est pas formidable, et même, plutôt mauvaise. J’ai adoré le côté étrange, féérique de ces nouvelles ! Les autres évoquent/décrivent toutes, plus ou moins, un meurtre. Un autre des thèmes communs à la plupart des nouvelles est la vieillesse. Les personnages des trois premières nouvelles sont âgées, comme ceux de « I Dream of Zenia with the Bright Red Teeth », « The Dead Hand Loves You », ou « Stone Mattress ». C’est celle qui aborde clairement le sujet est « Torching the Dusties » ! 

« Alphinland » est la première du triptyque des nouvelles sur Alphinland. On y découvre Constance, une dame plutôt âgée, qui se trouve au milieu d’une tempête, dans son appartement dans le Nord des Etats-Unis. Je suis tombée sous le charme immédiatement, grâce à l’écriture, au personnage principal, mais aussi aux réflexions à propos de sujets multiples. C’était aussi une nouvelle émouvante étant donné que [SPOILER] cette femme parle à son mari mort ; il lui donne des instructions, l’aide à se souvenir de certaines choses, la réprimande, la félicite, la réconforte. [FIN DU SPOILER] J’ai aimé le lien de Constance avec le monde qu’elle a créé : c’est un refuge, son véritable chez-soi, celui qui n’est qu’à elle, et dans lequel personne ne peut entrer sans son autorisation. C’est aussi un lieu où elle enferme les gens, pour les garder près d’elle, ou pour les punir. C’est une sorte de réalisme magique/Fantasy ; j’ai adoré !

« Revenant » (je suppose que c’est le même titre en français !) est la deuxième nouvelle du triptyque ! Elle suit un des personnages mentionnés dans « Alphinland ». J’ai aimé avoir un point de vue différent sur le passé de Constance, même si je n’ai pas du tout aimé le personnage qui le donne ! J’ai aussi adoré avoir sa réaction quand il découvre que [SPOILER] Naveena ne travaille pas sur lui, n’étudie pas son œuvre de poète, mais celle de Constance ! Il pense qu’elle n’est pas vraiment écrivain parce qu’elle écrit de la Fantasy, ce qui alimente la réflexion sur ce sujet ! [FIN DU SPOILER] Concernant la fin[SPOILER] je pense que c’est Reynolds qui a tué Gavin, ou qui l’a laissé mourir après l’avoir découvert ! [FIN DU SPOILER] 

« Dark Lady » est la dernière nouvelle du triptyque, et permet au lecteur de découvrir un dernier personnage mentionné brièvement dans les deux histoires précédentes. Au début, j’ai eu du mal à l’apprécier, ou à la comprendre ; mais son frère, Tin, parce que le lecteur n’a que son point de vue, permet de s’attacher au personnage. La fin est émouvante ; j’aurais aimé avoir d’autres histoires dans le même monde. Cela permet d’aborder les thèmes de la magie, une sorte assez étrange, mais aussi de la littérature, et de l’élitisme de certains écrivains ou lecteurs, l’émergence de la Fantasy et de la science-fiction en tant que genres dignes d’être considérés.

« Lusus Naturae » est la première histoire qui n’a rien à voir avec les trois précédentes. Elle raconte la vie d’une jeune fille atteinte d’une maladie apparemment embarrassante. Il semblerait que ce soit une réécriture du mythe du vampire ; mais, en réalité, la jeune fille est maltraitée à cause des mythes ! La fin est affreuse ! J’ai compati à ce qui arrive au personnage principal, abandonnée de tous et, finalement, [SPOILER] forcée à se suicider pour ne pas être brûlée vivante. Sa dernière mention des anges est émouvante. [FIN DU SPOILER] 

« The Freeze-Dried Groom » est assez effrayante ! Un homme est viré de chez lui par sa femme, et part au travail. Je ne veux pas en dire trop pour ne pas vous gâcher la surprise ! En tout cas, sachez qu’il n’a pas l’air perturbé par une de ses découvertes, et qu’il est, je pense, trop téméraire pour survivre longtemps après la fin de la nouvelle !

« I Dream of Zenia with the Bright Red Teeth » est sans doute une de mes nouvelles préférées ! J’ai éclaté de rire à la mention du chien de Charis : comment elle l’a eu, son attitude, et sa réaction face à Billy ! J’ai adoré ce groupe d’amies, je me suis attachée à elle, et je suis convaincue qu’il y a une part de magie dans tout ça : [SPOILER] pour moi, Ouida est bien la réincarnation de Zenia ! [FIN DU SPOILER] 

« The Dead Hand Loves You » est l’histoire d’un écrivain qui a pris une malheureuse décision qui a des répercussions pendant toute sa vie : il paie encore ! C’était assez drôle de découvrir comment il est devenu une star de l’horreur, comment il a écrit son livre, d’où lui vient son inspiration. La fin était assez drôle elle aussi, ironique, et j’ai deviné le fin mot de l’histoire ! [SPOILER] au lieu de tuer Irena/Violet, un peu comme dans le livre, il la séduit et l’épouse ! C’était ce qu’elle voulait quand elle s’est séparée de lui, c’était évident ! [FIN DU SPOILER] 

« Stone Mattress » est aussi une de mes préférées, mais aussi une des plus cruelles du recueil. Nous suivons Verna pour une croisière : elle semble chercher un nouveau mari. Nous découvrons son passé, son histoire, et pourquoi elle est devenue telle qu’elle est. Sans doute une des histoires les plus sombres. Warning : le viol est un des sujets abordés ici.

« Torching the Dusties« , la dernière nouvelle, raconte l’histoire de Wilma, qui vit dans une maison de retraite de luxe. C’est l’histoire qui traite le plus directement de la vieillesse, et du fait que certaines personnes aimeraient se débarrasser des personnes âgées pour être plus riches. Il est difficile (impossible ?) pour le lecteur de ne pas s’attacher à Wilma, atteinte de DMLA, mais qui s’accroche à ses habitudes, et à Tobias, son gentleman, qui l’aide et l’accompagne, alors qu’ils comprennent peu à peu ce qui est en train de se passer aux portes de leur établissement de santé, entouré d’étranges hommes masqués. Un débat dans la nouvelle à propos des personnes âgées : méritent-elles leur retraite, ou doivent-elles mourir ? C’est dur, mais ce sont les deux options présentées par les interlocuteurs. Certaines personnes défendent les retraités, expliquent qu’elles ont travaillé toute leur vie, qu’elles méritent de se reposer en paix, et, qu’en plus, elles créent de l’emploi ; d’autres disent qu’ils devraient être assez courageux pour se suicider quand le temps est venu où ils ne sont plus utiles à la société, pour ne pas devenir un fardeau. Sinon, ce sont quand même des êtres vivants, des êtres humains : aimons-les, chérissons-les, apprenons d’eux, aussi longtemps que nous le pouvons.

 

Donc, un nouveau succès pour Margaret Atwood ! J’ai hâte de lire ses autres livres !! 

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