Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Tiny Beautiful Things: Advice on Love and Life from Someone Who’s Been There de Cheryl Strayed

Posté : 29 juillet, 2020 @ 2:15 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Mémoires, TémoignageTiny Beautiful Things

Editeur : Atlantic Books

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 359

Titre en français : Pas encore traduit

Synopsis : Life can be hard: your lover cheats on you; you lose a family member; you can’t pay the bills—and it can be great: you’ve had the hottest sex of your life; you get that plum job; you muster the courage to write your novel. Sugar—the once-anonymous online columnist at The Rumpus, now revealed as Cheryl Strayed, author of the bestselling memoir Wild—is the person thousands turn to for advice.
Tiny Beautiful Things brings the best of Dear Sugar in one place and includes never-before-published columns and a new introduction by Steve Almond.  Rich with humor, insight, compassion—and absolute honesty—this book is a balm for everything life throws our way.

 

Avis : J’errais sans but sur Scribd – comme souvent – quand, soudain, je suis tombée sur ce livre. Et je me suis dit : « pourquoi pas ? »

Ce livre est un recueil de lettres échangées entre Sugar/Cheryl Strayed et ses lecteurs/correspondants quand elle écrivait une rubrique « courrier des lecteurs » pour un journal. J’avais compris, grâce aux résumés et au titre, que ces lettres étaient très personnelles et qu’elles demandaient des conseils de vie, parfois lors de périodes très difficiles. Mais je ne m’attendais pas à être une épave sanglotante dès le premier échange de lettres !

Tiny Beautiful Things est un livre puissant, très touchant et authentique ; je l’ai lu petit à petit pour ne pas être engloutie par lui. Le lecteur sent que l’autrice ne juge aucun de ses correspondants et qu’elle essaie vraiment de tous les aider de manière personnalisée. Elle-même se livre dans ses lettres-retours : elle parle de ses expériences personnelles, faisant de ce livre des sortes de mémoires. On sentait parfois que la difficulté de répondre pour elle était réelle, qu’elle avait pris le temps de bien choisir ses mots, de bien mettre en ordre ce qu’elle disait. Je ne peux qu’imaginer comme il devait être dur de répondre à certains courriers. Je pense notamment au père qui a perdu son fils et qui ne sait pas comment continuer à vivre sans lui … J’ai pleuré en lisant ce livre, mais il m’a également emplie d’espoir.

 

Donc, un livre que je recommande à tous, avec quelques avertissements quand même : presque aucun sujet n’est léger dans ce livre.

It’s Not Ok to Feel Blue and Other Lies édité par Scarlett Curtis

Posté : 29 juillet, 2020 @ 2:11 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Essai, Témoignage, PsychologieIt's Not Ok to Feel Blue

Editeur : Penguin

Année de sortie : 2019

Nombre de pages : 554

Titre en français : Pas encore traduit

Synopsis : We are living in the middle of a mental health epidemic and we have a choice: we can either be like all generations who came before us and be floored by it – or we can start to make a difference.

Here are the extraordinary people making that difference – Other People Don’t Feel Blue (and other lies) is a collection of stories and essays from those who have suffered through the worst, and know what it’s like to fight to feel better.

This isn’t just a book. It’s a shout, a scream that cuts above the noise and lets everyone know they are not alone. Funny, sad, clever, relatable and important, this collection is part of the global movement that is working to dismantle the shame that surrounds mental illness. It will be a shining example power of words to make us all feel better.

 

Avis : Il est difficile de faire une chronique pour ce livre, c’est la raison pour laquelle je ne voulais pas le faire. Mais, il existe assez peu de livres de ce genre, donc je me suis dit que ce pouvait être intéressant de vous en parler.

Ce livre est un trésor : il vous fera rire, pleurer mais, surtout, vous vous sentirez compris, vous ne serez pas seuls, vous serez acceptés et légitimes. C’est une lecture très personnelle, que vous soyez attirés par ce livre parce que vous êtes vous-mêmes sujets à des problèmes de santé mentale, que ce soit le cas de vos proches ou que vous vous intéressiez simplement au sujet. Les contributeurs sont d’horizons divers : blancs, noirs, bruns, hétéros, gays, trans, souffrant de troubles mentaux, proches de personnes qui souffrent de maladies mentales. Tous et toutes sont connu.es, mais certains évoquent les différences de traitements des maladies mentales selon les classes sociales.

Ce livre n’est pas un manuel ou un bouquin de développement personnel, mais il vous aidera tout de même un peu. Etrangement, je me suis sentie « en sécurité » pendant que je lisais ce livre, comme si j’étais entourée de gens qui me comprenaient et que rien ne pouvait m’arriver pendant que j’étais avec eux. Il reste donc près de moi.

It’s Not Ok to Feel Blue, même s’il n’est pas écrit pour aider « pratiquement », fait quelque chose qui est rarement fait : il met en avant la maladie mentale, il l’évoque sans tabous grâce à des témoignages de personnes qui sont sous les feux des projecteurs et qui peuvent donc utiliser leur réputation pour amener le dialogue sur la santé mentale. C’est en se taisant qu’on fait progresser la maladie, qu’on nourrit la bête. C’est en parlant qu’on comprend davantage et qu’on peut commencer à faire avancer l’opinion et passer outre le « il/elle est fou/folle, laisse tomber ».

 

Donc, vous serez triste en lisant ce livre parfois, mais vous ne serez jamais seuls.

Un chat des rues nommé Bob de James Bowen

Posté : 31 août, 2018 @ 1:51 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : TémoignageUn chat des rues nommé Bob

Editeur : Pocket 

Année de sortie : 2014 [2012]

Nombre de pages : 256

Titre en VO : A Street Cat Named Bob

Synopsis : Réfugié dans la drogue depuis l’adolescence, James est un jeune Anglais en manque de repères. C’est sur un coup de tête qu’il décide de s’installer à Londres pour réaliser son rêve : jouer dans un groupe. Hélas, il rencontre toute une bande de SDF et, très vite, James fait la manche dans la rue.

Un jour, il trouve un chat abandonné, en manque de soins. Il laisse toutes ses économies au vétérinaire pour le sauver. Dès lors, les deux compères ne se quittent plus. Des sorties de métro où il vend des journaux jusqu’aux quartiers dans lesquels il chante, James emmène Bob partout. Tous deux rencontrent un succès fou. Un duo irrésistible et une amitié hors du commun qui vont aider James à sortir de l’enfer. 

 

Avis : Ce livre m’a été offert il y a longtemps, et je me suis dit qu’il serait temps de lire certains de ses bouquins qui attendent sur mes étagères depuis une éternité ! 

Un chat des rues nommé Bob est l’autobiographie de James Bowen : il y raconte sa rencontre avec Bob, un chat qu’il a trouvé dans la rue, et qui a changé sa vie. Ce livre est émouvant et montre bien au lecteur l’amitié qui existait entre humain et animal. Cet aspect était vraiment très beau, et authentique ! J’étais convaincue avant de commencer, mais c’est vraiment réconfortant de le voir écrit, de le lire ! Cela démystifie aussi l’idée du chat qui n’aime pas son humain ! Je me suis beaucoup identifiée à James quand il parle de son sens des responsabilités depuis qu’il a Bob sous sa protection, mais aussi quand il évoque le fait qu’il le considère comme son enfant, son bébé. Je suis exactement pareille avec mon chat !

James Bowen ne cherche pas à embellir ce qu’il a vécu : il nous raconte clairement ce qui est arrivé, sans langue de bois. Le lecteur lit donc de beaux moments, avec Bob, avec les gens dans la rue, de vrais actes de gentillesse et/ou de générosité ; mais aussi de très mauvais moments, des actes de violence, de stupidités, des idiots, des Monsieur/Madame-je-sais-tout. Un des passages du livre décrit les symptômes du manque que ressent James après son sevrage de la méthadone (qu’il prenait de manière thérapeutique en remplacement de l’héroïne). Il est médicalement assisté, mais c’était tout de même affreux à lire – je n’imagine même pas à vivre ! Il écrit aussi à propos des gens qui pensent, littéralement, qu’il est une merde, que son métier n’en est pas un (qu’il soit musicien ou vendeur de journaux), qu’il n’est bon à rien, et que c’est pour ça qu’il se trouve dans la rue ; en un sens, ils lui font comprendre ou lui disent texto qu’il mérite d’être dans la rue. James est devenu invisible justement parce qu’il vit dans les rues, ou qu’il y travaille au moins ; Bob lui redonne de la visibilité et James retrouve foi en l’humanité grâce à lui. La volonté de James de reprendre sa vie en mains est impressionnante ; il a tant de courage et de force !

Quelque de choquant dans ce livre (en plus des gens insultants et de la phase de manque) : le fait que les gens ne s’intéressent à James que parce qu’il a un chat et, en fait, ne s’intéressent pas à lui, vraiment, mais à Bob exclusivement. Ils pourraient lui parler, lui posaient des questions ; mais ils ne parlent qu’à et que de Bob, jamais de James. J’avoue que je tends à beaucoup plus sympathiser pour et avec les animaux qu’avec les humains ; mais le manque d’intérêt était un peu trop extrême ici !

 

Donc, une autobiographie qui délivre de beaux messages sur la valeur de l’humanité, et la force de l’amitié humain/animal. 

Le pianiste de Wladyslaw Szpilman

Posté : 6 août, 2018 @ 11:57 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : TémoignageLe pianiste de Wladyslaw Szpilman

Editeur : Pocket 

Année de sortie : 1998

Nombre de pages : 267 + 28

Titre en VO : The Pianist: The Extraordinary Story of One Man’s Survival in Warsaw, 1939-45

Synopsis : Septembre 1939 : Varsovie est écrasée sous les bombes allemandes. Avant d’être réduite au silence, la radio nationale réalise sa dernière émission. Les accords du Nocturne en ut dièse mineur de Chopin s’élèvent. L’interprète s’appelle Wladyslaw Szpilman. Il est juif. Pour lui, c’est une longue nuit qui commence …

Quand, gelé et affamé, errant de cachette en cachette, il est à un pouce de la mort, apparaît le plus improbable des sauveteurs : un officier allemand, un Juste nommé Wilm Hosenfeld. Hanté par l’atrocité des crimes de son peuple, il protègera et sauvera le pianiste.

Après avoir été directeur de la radio nationale polonaise, Wladyslaw Szpilman a eu une carrière internationale de compositeur et de pianiste. Il est mort à Varsovie en juillet 2000. Il aura fallu plus de cinquante ans pour que l’on redécouvre enfin ce texte étrangement distancié, à la fois sobre et émouvant. 

 

Avis : Ce livre m’a été prêté il y a longtemps, et je l’ai ENFIN lu !

Difficile d’ »évaluer » ce livre, étant donné que c’est l’autobiographie de l’auteur : il relate sa vie pendant la Seconde Guerre mondiale, à Varsovie. J’ai lu quelque part que le style d’écriture était assez sec, que c’était plutôt impersonnel ; je ne pense vraiment pas que ce soit le cas. J’ai été choquée, horrifiée, par ce que j’ai lu, même si j’ai déjà lu des mémoires sur la guerre, sur la déportation, ou sur les nazis. Et si l’auteur est qualifié d’écrire de manière impersonnelle, c’est peut-être parce qu’il n’en fait pas des tonnes. Il n’en rajoute pas, mais il n’embellit pas non plus ; il dit simplement ce qui est arrivé, en nous faisant part de son état d’esprit, de son désespoir. Une des scènes qui m’a glacée est celle du départ de sa famille dans un wagon à bestiaux : il ne sait pas où ils vont, mais il est convaincu qu’il ne les reverra jamais. Et la réaction de son père … Rien que d’en parler, je me sens mal. 

Ici, le lecteur ne voit pas la vie dans les camps, mais la vie à Varsovie, entre 1939 et 1945, ce qui est arrivé aux Juifs, ce que les nazis ont fait, comment Wladyslaw Szpilman a survécu. On voit donc l’espoir, l’attente, l’angoisse, l’incrédulité au fil des années et des actions entreprises par les nazis. Le pire était sans doute de lire les assauts dans les maisons/bâtiments, ou la façon dont ils exécutaient les gens sans aucune raison, apparemment juste pour le plaisir. Leur cruauté était vraiment difficile à lire, difficilement imaginable, et difficile à comprendre : elle n’a aucun sens ! L’auteur nous révèle aussi que les nazis n’étaient pas les seuls à faire la loi dans le ghetto de Varsovie, ou en Pologne en général ; il parle notamment d’Ukrainiens ou de Lituaniens. Aussi, ce livre brise le mythe de la solidarité entre les Juifs pendant la guerre : certains collaborent, d’autres ne veulent rien avoir à faire avec les plus pauvres. Est aussi mentionnée la non-intervention des Juifs d’autres pays. L’espoir que l’auteur et ses proches plaçaient dans les puissances européennes fait mal au cœur : ils sont convaincus que la France et l’Angleterre ne vont pas tarder à mettre fin à l’avancée nazie. Elles sont idéalisées, et leur défaite sonne le glas pour les habitants du ghetto. 

J’ai aimé lire les extraits du journal, tenu pendant la guerre, de Wilm Hosenfeld à la fin du Pianiste : ils permettent de découvrir un peu l’homme qui a sauvé Wladyslaw Szpilman, qui lui a permis de tenir jusqu’à l’arrivée des secours. Il a été considéré comme un Juste en 2009 : il jugeait malhonnête et déshonorable ce que faisaient les nazis, mais n’osait pas se rebeller ouvertement contre le régime. On peut sentir, dans les extraits, qu’il se sent lâche de ne pas réagir, mais qu’il ne peut pas pour autant tout à fait obéir, d’où l’aide qu’il apporte à l’auteur.

On présente souvent ce livre, et le film qui en est tiré, comme une autobiographie dans laquelle l’auteur est sauvé grâce au fait qu’il est pianiste. Je ne pense pas vraiment que ce soit le cas : même s’il n’avait pas joué pour Wilm Hosenfeld, celui-ci ne l’aurait sans doute pas tué. Pour autant, je comprends que l’auteur, à l’époque, pensait devoir sa vie à la musique ; étant donné qu’il ne savait pas à qui il avait affaire, sinon que c’était à un Allemand, il devait penser que, s’il ne jouait pas, le nazi le tuerait. J’ai eu mal au cœur d’apprendre que M. Szpilman n’a pas pu retrouver la trace de son bienfaiteur pour le sauver après la guerre. La place de la musique est, évidemment, non négligeable dans le livre, puisque l’auteur s’accroche à son travail, puis à son avenir de pianiste pendant la guerre ; il veut notamment protéger ses mains, et il apprend ses partitions par cœur. 

 

Donc, une autobiographie qui permet d’avoir un autre point de vue sur la guerre, de se trouver en plein cœur de Varsovie, dans le ghetto, et de suivre un homme prêt à tout pour survivre, malgré le désespoir d’avoir perdu les siens. Je regarderai l’adaptation !  

In Cold Blood de Truman Capote

Posté : 30 août, 2017 @ 9:29 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Témoignage In Cold Blood

Editeur : Penguin (Essentials)

Année de sortie : 2012 (1965)

Nombre de pages : 343

Titre en français : De sang froid

Synopsis : ‘Dick became convinced that Perry was that rarity, « a natural killer » – absolutely sane, but conscienceless, and capable of dealing, with or without motive, the coldest-blooded deathblows’

On 15 November 1959, in the small town of Holcomb, Kansas, a wealthy farmer, his wife and their two young children were found brutally murdered. Blood all over the walls, the telephone lines cut, and only a few dollars stolen. Heading up the investigation is Agent Al Dewey, but all he has are two footprints, four bodies, and a whole lot of questions.

Truman Capote’s detailed reconstruction of the events and consequences of that fateful night, In Cold Blood is a chilling, gripping mix of jounalistic skill and imaginative power.

‘One of the stupendous books of the decade’
Sunday Express

 

Avis :Ce livre était dans ma wish-list depuis très longtemps quand j’ai vu que je devais (potentiellement) le lire pour un de mes cours pour l’année qui arrive ; je me suis dit que c’était une bonne occasion pour sauter le pas !

Il est difficile de dire que l’on a aimé ce genre de livres ; après tout, c’est quand même le compte-rendu d’un quadruple meurtre, d’une enquête, et les conséquences de ce meurtre. Puis, en règle générale, ce n’est pas vraiment ce que j’aime lire. Mais In Cold Blood fait partie de cette catégorie de livres importants pour lesquels ce n’est pas le plaisir que le lecteur prend à lire qui compte, mais la réflexion que le livre apporte, le point de vue qu’il donne sur la société. Certes, le style de Truman Capote ajoute clairement quelque chose, et fait de ce livre de la littérature : on peut parfois parler de suspense, même si on sait déjà qui sont les tueurs, et qu’ils seront arrêtés – sans quoi, il n’y aurait pas de livre ! L’auteur ajoute quelques effets dramatiques, du genre « C’est la dernière chose qu’il fit avant de mourir », « elle ne savait pas que c’était son dernier jour », etc. En un sens, ce livre m’a fait penser à Laëtitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka, mais en réussi ! Là où Jablonka échoue, est excessif, se met en avant, Truman Capote touche dans le mille, écrit parfaitement, ne fait rien de trop et, surtout, ne donne pas son opinion ! Jamais, dans les 343 pages de In Cold Blood, je n’ai trouvé de « je », de « à mon avis », ou d’éléments personnels de la vie de Truman Capote. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il n’oriente pas son livre dans la direction qu’il veut lui donner, mais jamais il ne met son avis personnel en avant, ce que j’ai beaucoup apprécié ! Aussi, j’ai trouvé que le compte-rendu était très bien réalisé : on suit d’abord, en parallèle, la famille Clutter et les tueurs le samedi 14 novembre, puis les tueurs et les enquêteurs, toujours en parallèle. Le « format » change souvent : on se retrouve parfois avec un aspect de l’histoire raconté uniquement à travers le témoignage d’un témoin, parfois, c’est le narrateur qui prend le relais pour toute une partie du récit. L’auteur cite énormément verbatim ce que les accusés ou les témoins disent, ce qui rend le livre encore plus glaçant.

Je disais un peu plus haut que ce livre nous donne un certain point de vue de la société : il traite d’un sujet important aux Etats-Unis comme partout, la criminalité. Et ici, plus précisément, un mass murder sans aucun motif, commis de sang-froid – l’expression est utilisé par un des tueurs à un moment donné. Le pire est sans doute cette phrase d’un des tueurs (ce n’est sans doute pas la phrase exacte, et je traduis, donc bon !) : « Je ne pensais pas lui faire du mal, jusqu’à ce que je lui tranche la gorge ». On dirait véritablement un psychopathe ! Lorsque Perry Smith et Richard Hickock sont arrêtés (ce n’est pas un spoiler puisque c’est une non-fiction !), à un moment donné, voyant qu’il n’y a pas de motif pour les meurtres, l’un des avocats demande une évaluation psychologique. Cela n’a pas été retenu en « faveur » des accusés, mais il est clair que les deux avaient un problème : entre manque d’éducation (familiale je veux dire), maltraitance et accidents, il est clair que leur vie n’était pas rose. Je ne réussis pas à les plaindre pour autant, et je ne comprends toujours pas, même après avoir lu leur confession, pourquoi ils ont tué toute la famille Clutter. C’est franchement effrayant. Et cette frayeur, de se dire que certains peuvent tuer comme ça, sur un coup de tête, est soutenue par l’émotion que l’on ressent à lire le dernier jour de chaque membre de la famille : Mr. Clutter, qui semblait apprécié de tous, intègre, travailleur, généreux et honnête, Mrs. Clutter, invalide, malade, dépressive, qui se remettait doucement, Nancy, la benjamine, qui avait tout pour réussir, tout pour être heureuse, et qui semblait l’être, Kenyon, qui, étrangement, m’a un peu plus ému que les autres, je ne saurais même pas expliquer pourquoi. Les détails sont donnés, mais on ne revient pas sans cesse dessus : ils sont répétés dans la confession de Perry Smith, pour les comprendre. Ce livre nous fait aussi réfléchir sur le système judiciaire aux Etats-Unis, et notamment sur la peine de mort. En effet, pour un quadruple homicide, il est certain que les deux coupables seront mis à mort, par pendaison, sans doute une des pires morts imaginables. Le sujet est traité dans le livre, étant donné qu’ils sont, effectivement, tous deux exécutés. L’agent chargé de l’enquête, Al Dewey n’assistait jamais à aucune exécution, excepté celles-ci, pour lesquelles il sentait qu’il se devait d’être présent. Différentes opinions sont données sur la question : certains expliquent pourquoi ils sont pour, d’autres pourquoi la peine de mort leur semble inutile. Les avocats des accusés utilisent la Bible (« Tu ne tueras pas », l’amour du prochain), tout comme ceux qui défendent la famille (la loi du Talion ; si quelqu’un tue, il doit mourir à son tour). Est mentionnée aussi le problème de la société qui réprime le crime par le crime, qui tue elle-même quand elle demande de ne pas tuer. Les exécutions sont racontées, et l’étonnement de l’agent est évoqué : les gens autour de lui parlent comme au café, normalement. L’un d’eux dit à son voisin que la pendaison n’est pas une mort douloureuse, et l’autre lui répond que, pourtant, il lui semble avoir entendu Hickock murmurer. Chacun a mis environ 20 minutes à mourir !! Même si le pendu ne sent rien parce que son cou est cassé net, qu’il perd conscience immédiatement, et que son cœur ne bat plus que de façon mécanique, cette exécution publique, ce spectacle est horrible, devrait révulser toutes les personnes qui y assistent ; or, ce n’est absolument pas le cas. C’est presque aussi effrayant que le manque de motif de Perry Smith ! Une des personnes venues voir arriver les accusés à la prison dans laquelle ils devaient attendre leur exécution a répondu, après qu’on lui a demandé quel châtiment devrait subir Smith et Hickoch, qu’ils devraient rester enfermés dans une cellule pour le restant de leur vie, sans distractions, l’un en face de l’autre, pour réfléchir et se repentir. Si seulement c’était possible !

Apparemment, la fin aurait été inventée par Truman Capote, afin de bien clore son livre. C’est, en tout cas, une sorte de boucle qui se ferme ; ceux qui restent sont toujours hantés par les Clutter, Nancy semble toujours vivre pour son amie, presque en son amie, puisque l’agent les compare.

Petit plus : l’écureuil Red m’a fait penser à Mister Jingles dans La Ligne verte de Stephen King ! Je me suis demandée si King ne s’était pas inspiré de Capote pour créer le personnage de la petite souris du coup !

 

Donc, un très bon livre, qui raconte le fait-divers, mais qui fait plus également : il nous montre un certain aspect de la société, et de l’homme, nous fait réfléchir sur la justice et la peine de mort, et nous laisse mal à l’aise, effrayé.

12
 

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