Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Thursday Next, book 1: The Eyre Affair de Jasper Fforde

Posté : 21 mars, 2020 @ 10:33 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Science-fiction, Uchronie The Eyre Affair

Editeur : New English Library

Année de sortie : 2001

Nombre de pages : 373

Titre en VF : Thursday Next, tome 1 : L’Affaire Jane Eyre

Synopsis : There is another 1985, somewhere in the could-have-been, where Thursday Next is a literary detective without equal, fear, or boyfriend. Thursday is on the trail of the villainous Acheron Hades who has been kidnapping characters from the works of fiction and holding them to ransom. Jayne Eyre herself has been plucked from the novel of the same name, and Thursday must find a way into the book to repair the damage.

She also has to find time to hald the Crimean conflict, persuade the man she loves to marry her, rescue her aunt from inside a Wordsworth poem and figure out who really wrote Shakespeare’s plays. Aided and abetted by a cast of characters that includes her time-travelling father, Jack Schitt of the all-powerful Goliath Corporation, a pet dodo named Pickwick and Edward Rochester himself, Thursday embarks on an adventure that will take your breath away.

 

Avis : J’ai ENFIN terminé un livre ! J’ai eu du mal à lire ces derniers temps : The Eyre Affair m’a sortie d’une panne de lecture qui s’annonçait loooooongue !

Une amie, en voyant ma PAL, m’a conseillée de me lancer dans ce roman ! Et elle avait raison ! J’ai immédiatement adoré l’univers : nous sommes dans une uchronie - ou histoire alternative – dans laquelle, en 1985, la police est divisée en sections spéciales qui s’occupent de crimes particuliers : la section 27 s’occupe de ceux liés à la littérature ! Ah, et le voyage dans le temps est possible ! J’ai adoré les références littéraires parsemées un peu partout – quand j’ai vu le nom « Mycroft » : fangirling instantané ! J’ai beaucoup aimé Thursday en tant que protagoniste : elle participe aussi du ton du roman, à la fois léger/fun, et très sérieux, puisqu’on évoque son expérience pendant la guerre de Crimée, la perte de son frère, sa culpabilité et sa difficulté à pardonner à Landen. J’ai beaucoup aimé l’écriture de l’auteur, ainsi que les scènes absurdes/illogiques, qui m’ont fait penser au Guide du voyageur intergalactique ou aux Annales du Disque-Monde ! Je me suis sentie bien dans ce monde ! Et j’ai aimé que Jane Eyre devienne un point central du roman à un moment donné ! Simplement, je ne vous conseille pas de lire le synopsis, en tout cas pour l’édition anglaise : il en dit trop, comme souvent !

Pour autant, j’ai été gênée par quelques éléments : tout d’abord, le fait que Thursday nous raconte l’histoire, même quand elle n’est pas présente, par exemple, lors de scènes avec Hades ou Mycroft. C’était un peu étrange, et peu cohérent ; mais elle est supposée raconter l’histoire une fois que tout est terminé. Mais, surtout, j’ai eu du mal avec Hades en tant qu’antagoniste. [SPOILER] J’ai trouvé incohérent que le but d’Hades soit de faire le mal. Cela sonne faux pour moi. Il est rare que les « méchants » agissent par pure méchanceté, sans intentions derrière la tête : ici, l’intention avouée d’Hades est simplement de faire le mal pour le mal. Très caricatural. Mais je pense que c’était le but assumé de l’auteur ! [FIN DU SPOILER]

 

Donc, j’ai passé un très bon moment, et j’ai hâte de lire la suite des aventures de Thursday !

The Hitch Hiker’s Guide to the Galaxy, book 2: The Restaurant at the End of the Universe de Douglas Adams

Posté : 5 mars, 2020 @ 9:20 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Science-fictionThe Hitch Hiker's Guide to the Galaxy

Editeur : Windmill

Année de sortie : 2014 [1980]

Nombre de pages : 157

Titre en VF : Le Guide du voyageur intergalactique, tome 2 : Le dernier restaurant avant la fin du monde

Synopsis : First a legendary radio series, then a sequence of bestselling books, and most recently a blockbuster movie, The Hitch Hiker’s Guide to the Galaxy is one of the greatest fictional enterprises of the twentieth century. Reissued in time for the first novel’s thirty-fifth anniversary, this hardback omnibus edition features all five parts of the trilogy, along with a wealth of extra material prefaced and contextualised by Jem Roberts, the official biographer of Douglas Adams, to complete the canon.

This unique hardback edition is indispensable for any would-be galactic traveller, and a must-read for all Douglas Adams fans.

 

Avis : Cette série est en train de devenir une de mes préférées !

Je n’ai pas grand-chose à dire de ce livre : les points positifs que j’ai donnés pour le premier tome sont les mêmes, et je suis de plus en plus séduite par le ton et l’humour de cette saga ! Je me sens bien dans le groupe que forment les personnages, et, point bonus : ils sont réunis dans un vaisseau spatial !J’ai aimé qu’on suive un peu plus Zaphod ; c’est un personnage assez intrigant, qui apporte pas mal de mystère à l’histoire ! J’ai beaucoup aimé le passage au restaurant qui donne son nom  à ce tome : de plus en plus étrange, et, en même temps, tout à fait logique !

J’adore toujours autant cette logique de l’illogique que l’on découvre dans le premier volume, ainsi que les critiques sociales que l’on peut déceler un peu partout ! J’ai à la fois envie de lire toute la série d’une traite, et de la savourer lentement !

C’est une lecture très rapide, à la fois légère avec l’humour, mais parfois exigeante au niveau scientifique

 

Donc, un deuxième tome encore meilleur que le premier ! 

The Hitch Hiker’s Guide to the Galaxy, book 1 de Douglas Adams

Posté : 20 février, 2020 @ 3:31 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Science-fictionThe Hitch Hiker's Guide to the Galaxy

Editeur : Windmill

Année de sortie : 2014 [1979]

Nombre de pages : 153

Titre en VF : Le Guide du voyageur intergalactique, tome 1

Synopsis : First a legendary radio series, then a sequence of bestselling books, and most recently a blockbuster movie, The Hitch Hiker’s Guide to the Galaxy is one of the greatest fictional enterprises of the twentieth century. Reissued in time for the first novel’s thirty-fifth anniversary, this hardback omnibus edition features all five parts of the trilogy, along with a wealth of extra material prefaced and contextualised by Jem Roberts, the official biographer of Douglas Adams, to complete the canon.

This unique hardback edition is indispensable for any would-be galactic traveller, and a must-read for all Douglas Adams fans.

 

Avis : Cela fait un long moment que j’ai cette superbe édition dans la PAL : il était temps que je l’en sorte !

Je ne m’attendais à rien de spécial, et je pense que c’est la meilleure façon pour moi d’apprécier un livre ! En raison de cette absence d’attente, j’ai vraiment apprécié ma lecture ! Je peux le dire : j’ai, a priori, tout aimé dans The Hitch Hiker’s Guide to the Galaxy ! Je peux même dire qu’on est assez proche du coup de cœur : il pourrait arriver avec le prochain tome !

J’ai donc aimé :

l’humour : il m’a vraiment fait rire parfois, et je ne m’y attendais pas ! Je n’ai jamais lu de livre à l’humour « Monty Python », donc je ne savais pas vraiment ce que j’allais découvrir. Je me suis surprise à éclater de rire parfois, d’autres fois à sourire. Je trouve qu’il est très difficile de faire rire avec un livre : quel talent ! Cet humour est omniprésent dans le roman, sans pour autant être lourd ou ridicule, à aucun moment ! Triple exploit donc !

la critique sociale : elle est clairement associée à l’humour parfois, et elle m’a fait rire à plusieurs reprises, même si, parfois, le ton devient un peu plus sérieux, basculant presque dans « l’humour noir ». Pour autant, le « fun » revient toujours pour alléger le roman, tout en apportant matière à réflexion ! J’ai lu, avant ce premier tome, les introductions de Richard Dawkins et Nick Haraway, et j’ai reconnu certains éléments auxquels ils font allusion, comme les difficultés d’Arthur avec l’administration[SPOILER] C’est à la fois drôle et affreux que la Terre soit détruite, exactement comme la maison d’Arthur – on aime voir le thème du double/une mise en abîme ici !! – à cause de l’incapacité des Terriens à se rendre sur Alpha Proxima pour faire opposition à la destruction de la planète ; ou que cette élimination aurait pu être évitée si elle était sur le point de se produire cinq minutes plus tard ! [FIN DU SPOILER]

- le côté scientifique : pas sûre d’avoir tout compris, mais ce que j’ai saisi était très intéressant, très instructif, et ajoute vraiment quelque chose à l’histoire ! J’ai adoré le moment où un personnage mentionne le fait que les hommes sont la troisième espèce la plus intelligente sur la Terre ! Ce livre permet, en même temps, de remettre l’homme à sa place dans l’ordre cosmique – insignifiant donc !

le côté absurde : d’ordinaire, je n’aime pas l’absurde – c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai eu un peu de mal avec Alice au pays des merveilles – mais, ici, j’ai vraiment été séduite ! Probablement parce qu’on suit ici une sorte de logique de l’illogique ! [SPOILER] Mention spéciale à l’apparition des souris ! [FIN DU SPOILER]

- les extraits du Guide du voyageur intergalactique : j’ai eu l’impression d’être encore plus immergé dans le livre, et j’ai aimé que le titre reprenne justement le titre d’un livre qui va visiblement aider les personnages au cours de la série ! 

- Arthur en tant que personnage principal : il peut vraiment servir de relais au lecteur ! Terrien, il ne comprend absolument rien de ce qui se passe autour de lui et a besoin d’explications – qu’il n’obtient pas toujours d’ailleurs ! – tout comme le lecteur ! Il est maltraité par tous et par tout au fil des pages, et c’est à la fois drôle et terrible !

 

Donc, une excellente surprise ; j’ai vraiment hâte de lire la suite ! 

Les Nocturnes de Tess Corsac #plib2020

Posté : 11 février, 2020 @ 6:07 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Science-fictionLes Nocturnes

Editeur : Lynks

Année de sortie : 2019

Nombre de pages : 366

Synopsis : 125 Rouges. 125 Verts. 250 amnésiques. Et combien de Nocturnes ?

Nous avons cherché par tous les moyens à découvrir pourquoi nous étions enfermés ici. Si seulement nous avions su… Aurions-nous quand même été jusqu’au bout ?
Nous avons cherché par tous les moyens à découvrir pourquoi nous étions enfermés ici. Si seulement nous avions su… Aurions-nous quand même été jusqu’au bout ?

Un nom, un bloc, une couleur d’uniforme : Rouge ou Vert. Ce sont les seules informations dont disposent les deux-cent-cinquante pensionnaires de la Croix d’If, entrés dans l’institut sans le moindre souvenir et sans opportunité de sortir.
Natt Käfig est un Rouge du bloc 3A. Il est le dernier à avoir vu Laura, une Verte, avant sa mystérieuse disparition. Il se fait approcher par un groupe d’élèves… Qui sont ces  » Nocturnes  » qui ont besoin de son aide et qui pensent que Laura avait découvert les raisons de leur présence dans l’institut ? Rouges et Verts vont devoir collaborer pour percer le secret de la Croix d’If et échapper à l’administration. Y parviendront-ils en apprenant qu’ils sont prisonniers pour des motifs différents ?

 

Avis : J’ai reçu ce livre dans le cadre des Livres Voyageurs du Plib ! Je les remercie encore : cela m’a permis de lire pas mal de livres sélectionnés !

Autant vous le dire tout de suite : j’ai ADORE cette lecture ! J’ai (pratiquement) tout aimé, c’était vraiment excellent ! Dès les premières pages, j’ai été happée par l’histoire. Tout est mystérieux, tout est flou, même pour le narrateur Natt. Les révélations qui émaillent le texte éclairent les personnages en même temps que le lecteur ; j’avais deviné certaines d’entre elles, pas toutes ! Je n’ai pas trop envie de vous en dire, donc je vais faire une section spoilers à la fin de cette chronique. J’ai tout de suite accroché à l’intrigue ; je me suis rapidement attachée à plusieurs personnages, dont Natt, la Chouette et Aaron. Ils souffrent tous de différentes manières, et gèrent la situation différemment. Ils sont tous les trois courageux, et deux d’entre eux se voient confrontés à une faiblesse : Natt et son manque de confiance en soi, la Chouette et son incapacité à gérer les relations sociales. Aaron, quant à lui, semble parfait : il a la carrure d’un leader, et est capable de prendre en main la situation. J’ai adoré que, peu à peu, le livre devienne quasiment philosophique, et propose une véritable réflexion sur un sujet en particulier – dont je vous parle en sections spoilers ! J’ai ADORE le fait que le lecteur se retrouve au sein d’un groupe ; certes, nous ne sommes pas dans une ambiance très joyeuse, mais ce lien entre les personnages était d’autant plus fort ! La fin convenait parfaitement : j’aurais peut-être déçue si elle avait été différente, ç’aurait sans doute été trop. Rajoutez, avec tout, un bon zeste d’émotion, et vous avez un nouveau coup de cœur !

Seuls mini bémols : de petites fautes de français, et l’absence des adverbes de négation dans les dialogues fait authentique, certes, mais cela m’a plusieurs fois stoppé dans la lecture parce que je butais sur les mots ! 

 

Maintenant, la SECTION SPOILERS ! L’intrigue m’a un peu fait penser à celle du Labyrinthe : des enfants sont enfermés dans un endroit pour mener une expérience sur leur comportement. Les Rouges et les Verts se retrouvent dans la même situation, avec une grosse variante. Les scientifiques ont ici séparé criminels et victimes, et ont décidé de mesurer leur indice de criminalité. Le but est de voir comment ils évoluent après avoir oublié ce qui leur est arrivé. Le lecteur apprend, au cours du roman, que les jeunes gens sont volontaires : ils ont demandé à avoir recours à la mnémochirurgie pour oublier leur passé et vivre une vie normale. Les scientifiques en ont profité pour les parquer à l’institut et faire une expérience sur sujets humains. Les personnages sont donc tous amnésiques, incapables de se souvenir de leur vie avant l’institut de la Croix d’If. *

J’ai trouvé la réflexion sur la violence fascinante : les plus susceptibles d’être dangereux sont les criminels (récidive) et les victimes (reproduction). J’étais persuadée que les Rouges étaient les anciennes victimes ; il était trop logique d’utiliser le Rouge pour la culpabilité et le Vert pour les victimes. Dès que le lecteur apprend à quoi correspondent les couleurs, il a à la fois envie et peur de connaître l’histoire des personnages ; en effet, certains passages sont parfois difficiles à lire, tant les personnages souffrent de la situation dans laquelle ils se trouvent. Le moment où Natt et Léo se retrouvent dans la forêt et où ils se battent m’a vraiment fait mal au cœur. La narration à la première personne permet de se mettre dans la peau du narrateur et de ressentir ce qu’il vit. J’ai également adoré que la réflexion soit presque philosophique : les personnages s’interrogent, tentent de comprendre, et prennent des routes radicalement opposées. Léo décide de se venger ; Natt décide de pardonner ; Yann désire à nouveau oublier.

Pour autant, comme je l’ai dit plus haut, j’ai adoré le phénomène de groupe qui se crée peu à peu. C’est vraiment un de mes tropes préférés. Les personnages, séparés de leur famille et de tous leurs repères, s’en créent de nouveaux à la Croix d’If. Les amis que Natt se fait à l’institut sont une nouvelle famille qu’il a terriblement peur de perdre – cette fin était TELLEMENT angoissante ! J’avais peur qu’il perde effectivement tout le monde, ou que ce ne soit qu’une ruse de l’institut ! Comme je l’ai dit aussi, la fin était, pour moi, parfaite : Natt conserve sa famille, mais, de manière assez réaliste, les véritables coupables ne sont pas punis, parce qu’ils ont prévu un plan de secours, bien sûr ! Le procès est une mascarade. Et les personnages perdent tout de même plusieurs amis, morts ou qui décident d’avoir à nouveau recours à la mnémochirurgie. La dernière scène m’a vraiment émue : Yann et Amélie ne se rendent pas compte qu’à quelques pas d’eux se trouvent leurs anciens amis, ceux qu’ils ont oubliés.

 

Donc, un excellent roman que je recommande fortement !!

 

#ISBN9791097434274

Chroniques du Pays des Mères d’Elisabeth Vonarburg

Posté : 11 janvier, 2020 @ 2:54 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Science-fictionChroniques du Pays des Mères

Editeur : Mnémos

Année de sortie : 2019 [1992]

Nombre de pages : 485

Synopsis : Attention, spoilers dans le synopsis !

Sur une Terre dévastée, le Pays des Mères a pu s’établir grâce au recours des femmes à une insémination artificielle incertaine car les hommes sont devenus rares, un virus déséquilibrant les naissances. La jeune Lisbéï sait qu’elle est promise au titre de « Mère ». Pourtant, son destin se révélera tout autre quand elle apprendra sa stérilité. Loin de chez elle, devenue « exploratrice », elle accomplira l’un de ses rêves les plus chers : découvrir les secrets du passé lointain du Pays des Mères.

Chroniques du Pays des Mères nous propose une réflexion douce, intime et profonde sur ce que pourrait être un monde blessé, entretenu et réparé par les femmes. Son écriture, son style comme ses thématiques entrent tout particulièrement en résonance avec les questions contemporaines.

Elisabeth Vonarburg est une des figures les plus marquantes de la science-fiction, reconnue tant dans la francophonie que dans l’ensemble du monde anglo-saxon.

Chroniques du Pays des Mères a remporté le prix spécial Philip K. Dick, le Grand Prix québécois de la SF, ainsi que le prix Aurora et le prix Boréal.

L’autrice a reçu en 2018 le Prix Extraordinaire des Utopiales pour l’ensemble de sa carrière littéraire.

 

Avis : J’ai reçu ce livre en service presse, je remercie encore la maison d’édition ! Cela faisait un moment que j’avais envie de découvrir Elisabeth Vonarburg, j’en ai profité en voyant cette sortie !

Nous sommes accueillis dans le livre par la préface de Jeanne-A Debats, que j’ai beaucoup aimé ! Elle traite de science-fiction féministe, et récuse les accusations d’utopies misandres que certains de ses romans peuvent attirer. J’ai adoré son ton, son ironie, et elle m’a donné envie de lire davantage de SF féministe !

Ce roman va nous faire suivre la vie de Lisbéï, la première née de la Mère de Béthély. Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans un monde très différent du sien : dans le Pays des Mères, ce sont les femmes qui dirigent après la rébellion des femmes esclaves des Harems. A Béthély, c’est le féminin qui domine donc dans la langue : on ne dit pas « un bébé », mais « une bébé », comme « une enfante ». C’est un peu perturbant au début, mais c’est tout à fait logique : la langue montre aussi un certain reflet de la société dans laquelle nous vivons. Et elle n’est pas la même d’une région à une autre : certaines d’entre elles ont gardé des habitudes des époques précédentes. J’ai vu dans ce roman une sorte de féminisme subtil, qui nous montre à la fois la façon dont les femmes sont traitées actuellement, et comment une société entièrement dominée par les femmes pourraient être. Le but est l’équilibre, quelque chose de compliqué, mais de réalisable.

Certes, Chroniques du Pays des Mères est un roman de science-fiction, mais pas de ceux qui sont bourrés d’action, avec des vaisseaux spatiaux partout, et des scènes de bataille épiques. C’est une lecture lenteimmersive : c’est véritablement tout un univers différent que l’on découvre, ses habitudes, ses principes, son organisation, sa religion. Et je m’y suis sentie bien, à l’aise, comme dans un nouveau chez-soi. C’est écrit de telle sorte qu’on dirait quelque chose de el, de tout à fait possible. En effet, les femmes dirigent après s’être rebellées contre les hommes, qui les avaient réduites en esclavage. On pourrait prendre parler de science-fiction post-apocalyptique : la terre a été dévastée par les hommes, qui l’ont polluée et l’ont vidée de ses ressources. C’est un futur lointain, où les femmes tentent de réparer les erreurs des gouvernements précédents en prenant les choses en mains. Mais, bien sûr, cette façon de vivre a de gros problèmes que Lisbéï comprend au fil des pages. Le lecteur, lui, le voit immédiatement : notre monde est simplement inversé, et les hommes sont considérés comme des sous-femmes. Il n’y a pas vraiment de violence physique – le problème est évacué par cette société – mais un autre type de violence, tellement dévastateur qu’il coûte des vies. J’ai eu si mal au cœur de lire certains passages concernant le Service : [SPOILER] c’est à la fois cruel pour les femmes et pour les hommes, surtout en sachant qu’aucun des eux n’a le droit de connaître et d’élever ses enfantes. Mon cœur a saigné pour Dougall, pour Toller, et pour certains des hommes que l’on rencontre dans ce roman ! [FIN DU SPOILER] Mais, même si les hommes sont considérés de cette façon, cela ne fait pas de ce roman une utopie misandre, loin de là. Le lecteur comprend bien que le système mis en place n’est pas idéal, qu’il occasionne trop de souffrance pour être considéré comme parfait, qu’il a des limites, et que les personnages s’en rendent compte au fur et à mesure, notamment Lisbéï en grandissant. Jamais la situation des hommes n’est considérée comme juste, comme le Service n’est jamais considéré sain : c’est une obligation pour repeupler le Pays des Mères, pas un idéal de vie.

Sur le coup, j’ai été surprise par le côté religieux du roman. J’ai vu Garde comme l’équivalent de Jésus, et j’ai aimé que les recherches de Lisbéï la poussent à s’interroger sur l’identité de Garde : humaine ? divine ? les deux à la fois ? Elle doit réfléchir à sa foi, mais aussi aux faits historiques ; un peu le même problème que certains avec Jésus, qui a véritablement existé, et qui est aussi censé être le fils de Dieu. J’ai aimé que Dieu soit remplacé par Elli – qui donne, par la même occasion, le pronom neutre, ce qui est très perturbant parfois ! -, et qu’il y ait également des fanatiques religieuses et des femmes violentes dans le roman. J’ai adoré le côté spirituel, la façon dont esprit et corps sont mêlés et explorés : c’est subtil, et beau à lire. J’ai adoré les passages de la taïtche, qui s’apparente pour moi à une méditation poussée à l’extrême. J’ai adoré le côté « mutation« , une sorte de mystère partagé par plusieurs personnages.

Concernant les personnages, j’ai été très touchée par les relations qui se tissent, ou manquent de se tisser entre eux. Lisbéï m’a paru très proche, sans doute parce que l’on découvre le monde à travers elle et ses journaux, parce qu’elle est la narratrice sans l’être. J’ai également adoré la majorité des êtres qui l’entourent : Tula, Guiséia, Selva, Mooréï (dont je me suis également sentie très proche), Toller, Kélys, Antoné (qui représente, avec Mooréï, la dichotomie science/religion [SPOILER] même si Antoné finit par intégrer cette dichotomie [FIN DU SPOILER])

Et la fin … C’était tellement énorme, je ne m’y attendais pas du tout ! J’ai ADORE !!

[SPOILER] Il est vrai que Kélys m’a toujours paru étrange, très mystérieuse, et complètement différente des autres personnages ; mais de là à imaginer cette fin ! [FIN DU SPOILER]

 

J’ai l’impression de ne pas du tout avoir fait justice à ce livre, comme c’est souvent le cas quand je finis un roman de cette envergure : je me sens toute petite, un peu perdue quand je tourne la dernière page, secouée. Et j’ai terriblement envie de recommander ce livre à tous : il demande du temps, des efforts, de la réflexion, et cela fait en partie sa valeur.

 

Donc, un excellent roman, sans aucun un chef-d’œuvre qui mérite d’être davantage lu et connu.

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