Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Les Furtifs d’Alain Damasio

Posté : 9 juin, 2024 @ 5:37 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Science-FictionLes Furtifs

Editeur : Folio SF

Année de sortie : 2021 [2019]

Nombre de pages : 929

Synopsis : Ils sont là, parmi nous, jamais où tu regardes, à circuler dans les angles morts de la vision humaine. On les appelle les furtifs. Des fantômes ? Plutôt l’exact inverse : des êtres de chair et de sons, à la vitalité hors norme, qui métabolisent dans leur trajet pierres, déchets, animaux ou plantes pour alimenter leurs métamorphoses incessantes. Lorca Varèse, sociologue pour communes autogérées, et sa femme, Sahar, proferrante dans la rue pour les enfants que l’Éducation nationale, en faillite, a abandonnés, ont vu leur couple brisé par la disparition de leur fille unique de quatre ans, Tishka – volatilisée un matin, inexplicablement. Sahar ne parvient pas à faire son deuil alors que Lorca, convaincu que sa fille est partie avec les furtifs, intègre une unité clandestine de l’armée chargée de chasser ces animaux extraordinaires. Peu à peu, ils apprendront à apprivoiser leur puissance de fuite et à renouer, grâce à eux, avec ce vivant que nos sociétés excommunient.

 

Avis : La Horde du contrevent se trouve dans ma PAL depuis longtemps mais, intimidée, je n’ose jamais me lancer. Un collègue m’a conseillé de commencer par Les Furtifs, plus accessible selon lui.

Si, pendant les premières pages, j’ai eu du mal avec la langue, je ne peux que reconnaître la virtuosité de l’auteur qui manie les mots comme bon lui semble tout en gardant leur sens. Pour chaque personnage, le langage et sa forme s’adaptent : j’avais plus de mal avec Nèr, non pas à cause du vocabulaire plus grossier qu’il utilise, mais à cause de sa façon très saccadée de penser. J’ai fini par m’y faire et par laisser le récit m’attirer de plus en plus loin dans le roman.

J’ai adoré l’idée des furtifs et le message porté à travers eux d’une nature sauvage mais pas forcément brutale ou violente, d’une vie sans traces, sans technologie et dans la transformation constante. J’ai également trouvé leur existence poétique et leur lien avec la musique touchant. Je me suis plutôt attachée aux personnages : j’ai aimé Saskia et Sahar, j’ai apprécié Lorca et Agüero, Toni m’a fait rire – seul Nèr ne m’a pas autant touchée. J’ai trouvé l’histoire du couple à la recherche de leur fille, Tishka, émouvant et beau dans leur détermination et leur courage mais aussi SPOILER 1 J’ai beaucoup aimé les passages à propos de la nature, de la façon dont les êtres humains la traitent, de la façon dont ils semblent ne pas comprendre la valeur de la vie, de toute vie, y compris celle d’autres êtres comme eux. Certaines scènes sont très émouvantes ; j’ai vraiment quelques larmes, j’ai annoté, souligné quelques phrases pour ne pas les oublier. Je dois aussi dire que ce roman est très vraisemblable : j’ai clairement eu l’impression que tout cela pouvait arriver ! Les moments où les politiciens s’expriment ou ceux durant lesquels les journalistes prennent la parole m’ont fait grincer des dents tant je pouvais y croire ! A ce sujet, les dialogues et la façon de parler des personnages sont authentiques, sonnent vrai et n’ont rien d’artificiel.

Bien sûr, connaissant un peu l’auteur, le livre ne pouvait qu’être politique dans une large mesure. Et, en effet, les personnages sont en lutte contre un état presque totalitaire qui prive les citoyens de liberté. Dans ce futur, l’utopie est loin : (spoiler léger pour ceux qui ne voudraient rien savoir) l’Education Nationale a disparu, laissant les enfants dans les rues, sans enseignement ; certains quartiers sont réservés aux citoyens premium ou privilège, occasionnant des amendes pour ceux qui n’ont pas le droit de les emprunter ; la publicité est partout, toujours et les moindres faits et gestes des habitants sont connus pour peu que ceux-ci portent une bague. Les villes ont été rachetées par des grandes entreprises. (fin du spoiler léger) Bref, nous sommes très loin d’un pays qui appartient à ses habitants, d’une ville saine ou d’un gouvernement qui se préoccupe de ses citoyens. L’argent règne en maître et la vie privée n’existe presque plus.

A ce modèle, l’auteur oppose celui des communes autogérées, des ZAG (Zone Auto-Gouvernées) et des personnages ivres de liberté. J’ai apprécié ces passages auprès d’eux, mais je me suis aussi demandé si ce n’était pas également une utopie. J’y ai vu une forme d’idéalisme qui ne me gêne pas forcément, mais que j’ai pris pour tel. Et c’est en me rendant compte de cela et, surtout, avec la fin du roman, que je me suis un peu détachée du livre. En effet, j’ai eu l’impression que l’auteur voulait tant délivrer un message qu’en fin de compte, je n’étais plus dans une fiction, je ne lisais plus de littérature, mais je lisais un texte porteur d’une idée que je devais assimiler. C’était, pour moi, de la littérature engagée : je n’ai rien contre, mais ce n’est pas ce que je préfère. Et j’ai ainsi eu l’impression de m’éloigner de la science-fiction, que le message était trop gros, prenait trop de place par rapport à l’histoire. Autre « bémol » : la fin m’a semblé un peu décalée par rapport au livre ; j’ai eu, à nouveau, du mal à entrer. Enfin, le livre est très long : il m’a tenue pendant un moment mais peut-être que la fin, tellement étrange en fin de compte, m’a fait décrocher au dernier moment. C’était, pour autant, une très bonne lecture et je continuerai à lire l’auteur !

 

Donc, un très bon roman, prenant et ingénieux, qui traite de la nature et de politique, mais qui, de par sa longueur, n’a pas réussi à me tenir tout à fait jusqu’à la fin.

 

SPOILER 1 dans leur acceptation de la petite une fois qu’ils ont compris qu’elle avait changé « définitivement ».

Memento Mori, anthologie des Imaginales 2024

Posté : 2 juin, 2024 @ 8:00 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Nouvelle, Fantasy, Science-fiction, Dystopie, FantastiqueMemento Mori

Editeur : Au diable vauvert

Année de sortie : 2024

Nombre de pages : 301

Synopsis : Anthologie de la 23° edition des Imaginales

MEMENTO MORI vu par
Christopher Bouix, David Bry, Alain Damasio, Lionel Davoust, Jeanne-A Debats, Jean-Laurent del Socorro, Thomas Gunzig, Ariel Holzl, Justine Niogret, Philippe Pastor, Julia Richard, Thomté Ryam, Plume D. Serves, Anna Triss, Chris Vuklisevic

« Au gré des imaginations des auteurices qu composent ce recueil, nous verrons la limite de la mort s’éloigner, s’apprivoiser. Comme si le fait de parler, échanger, discuter à propos de la plus ancienne et viscérale peur de l’humanité, nous permette de nous senti pousser des ailes, gonflées d’un nouvel espoir. »
Gilles Francescano, directeur artistique des Imaginales, préface

 

Avis : J’ai pris cette anthologie aux Imaginales et je me suis dit que j’allais la lire de suite afin de prolonger un peu mon expérience du festival.

L’introduction est écrite par Gilles Francescano : elle présente efficacement le recueil tout en n’en disant pas trop. Elle est intrigante et donne envie de poursuivre immédiatement avec les premières nouvelles.

Je vais vous faire un retour pour chacune d’entre elles !

Le recueil s’ouvre sur un poème de Chris Vuklisevic appelé « Memento Mori ». Je trouve que c’est assez atypique d’ouvrir une anthologie de la sorte, et aussi assez original. En effet, la poésie n’est pas la forme la plus appréciée par les lecteurs. J’ai trouvé quelques vers particulièrement beaux, mais j’ai plus de mal avec les vers libres, étant très attachée aux rimes et au rythme de la poésie codée, plus classique. J’ai aussi aimé les images utilisées par l’autrice, notamment celle des corbeaux.

Christopher Bouix est l’auteur de la première nouvelle, « Une magnifique et soudaine histoire d’amour ». Il est l’auteur d’Alfie que j’ai lu pour le Plib et pour lequel j’ai voté dans la catégorie adulte : j’avais adoré ! J’étais aux Imaginales pour prendre son nouveau roman, Tout est sous contrôle, qui devrait bientôt être lu ; j’étais contente de voir son nom ici ! Je suis toujours impressionnée par la fluidité de l’écriture, le fait qu’il soit si facile de s’y glisser. Comme dans ces romans, l’auteur nous propose à la fois une histoire SF et une satire sociale, celle d’un monde qui ne sait plus quoi faire d’une partie de sa population SPOILER 1. Je vous laisse la surprise, mais j’ai trouvé la chute énorme ! SPOILER 2

Suit « Le Sage de la montagne » de Jean-Laurent Del Socorro, nouvelle dont l’auteur m’a dit ne pas être fier quand je lui ai fait signer l’anthologie. J’ai trouvé le sujet intéressant notamment, comme c’est toujours le cas avec cet auteur, parce que j’ai appris des choses sur une période et un aspect historique que je ne connaissais pas du tout et parce qu’elle répond au thème de l’anthologie de manière plutôt originale – mon but était de voir en quoi chacune des entrées tordait ou entrait dans le moule du concept de « memento mori ». J’ai aimé que le croisé soit arrogant et SPOILER 3 Pour autant, j’ai eu un peu de mal à accrocher à l’histoire elle-même et aux personnages, gardant toujours les deux à distance et n’entrant jamais vraiment dans le récit.

Vient ensuite « Nous aurons des lits plein d’odeurs légères » de Thomas Gunzig, nouvelle pour laquelle j’étais déjà bien disposée puisque son titre est extrait d’un poème de Baudelaire, « La Mort des amants », que j’ai reconnu tout de suite ! Ce récit est, lui aussi, une satire de notre société actuelle dans laquelle le travail perd de son sens, les médias nous abreuvent d’horreurs et la vie sociale finit par disparaître. Il est à noter que je déteste l’utilisation de drogues dans les fictions que je lis mais, ici, comme il n’y a pas d’effets proches de celles qui existent chez nous, cela m’a moins dérangée – ce qui me dérange profondément, c’est la perte de contrôle et les dégâts physiques et psychiques que l’usage engendre. J’ai aimé la fin, même si je l’ai trouvée un peu désespérante. SPOILER 4

Anna Triss vient ensuite avec « L’amour à mort », une nouvelle que j’ai trouvé plutôt intéressante même si quelques éléments dans le style d’écriture m’ont un peu gênée – je ne saurais pas exactement dire quoi, c’est plutôt un ressenti et une forme d’écriture qui me gêne vaguement mais qui ne m’empêche pas de lire. J’ai aimé – et j’avais deviné – que SPOILER 5 mais j’ai été un peu dérangée par ce qui arrivait au cours du récit – ce qui était le but, je pense. J’avoue avoir été assez intriguée par la série qui est liée à la nouvelle !

L’une de mes nouvelles préférées de l’anthologie est celle de Lionel Davoust, « Pour se rappeler Mirigor ». Elle traite de deuil et d’amitié homme-animal – rien que les deux thèmes combinés me touchent. C’était à la fois doux et triste, très beau et agaçant quand on voit les conventions humaines et la difficulté de SPOILER 6

Puis, c’est au tour de Julia Richard de nous offrir une « Nec-Romance » que j’ai trouvé – le terme est un peu étrange – assez rafraîchissante ! J’ai adoré son côté SF, son côté gothique et sa réécriture « partielle » de SPOILER 7 J’ai aimé l’écriture, la fluidité des dialogues et l’histoire en général. Cela m’a donné envie de tenter Paternoster de la même autrice – mais pas Carne, j’ai trop de mal avec le cannibalisme !

J’ai retrouvé avec plaisir l’écriture d’Ariel Holzl avec « La saison de la sorcière ». Le titre m’a tout de suite parlé : en me lançant le défi Writober l’année dernière, j’ai construit la plupart de mes nouvelles autour d’une sorcière. J’ai trouvé la nouvelle très belle, pour l’écriture donc, que je trouve poétique et que j’ai adoré voir se raffiner au fil des romans que sort l’auteur, et pour la fin. SPOILER 8 Elle a rejoint mes préférées avec les récits de Christopher Bouix et Lionel Davoust !

Vient ensuite « L’Arrière-Pays » de Philippe Pastor. Si le concept m’a intriguée SPOILER 9, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le récit. Le désert est un décor qui ne m’intéresse pas tellement, comme cette espèce d’errance d’un personnage seul que l’on devine SPOILER 10

Puis, Justine Niogret nous offre son « Hay cielos pa’l buen caballo » que mon niveau d’espagnol ne me permet pas de traduire tout à fait mais dont je comprends à peu près l’idée. Si, à nouveau, nous nous trouvons dans une forme de désert et, donc, dans un endroit que je n’affectionne pas dans mes fictions, j’ai suffisamment aimé le style d’écriture pour au moins apprécier la nouvelle. Ce n’était donc pas mon type d’histoire, mais c’était tout à fait ce que j’aime au niveau de la forme. J’ai également aimé cette fin en suspens qui peut être aussi frustrante pour d’autres lecteurs. J’ai trouvé, en fin de compte, que c’était une assez forte image de la vie – je ne peux pas dire « belle », puisque c’est assez horrible en fin de compte – : SPOILER 11

J’ai découvert, grâce à cette anthologie, Plume D. Sevres avec « Apparences du pire ». D’abord, j’adore les narrations à la deuxième personne : je trouve que c’est une façon originale et risquée d’impliquer le lecteur dans une histoire dont il fera partie, malgré lui parfois. L’autrice traite d’un sujet d’actualité : la violence faite aux femmes et aux personnes transgenres. J’ai, pour autant, trouvé que le point de vue était plus intéressant que ce qu’il laisse penser au début de la nouvelle. SPOILER 12 En fin de compte, l’autrice nous propose l’histoire par le filtre d’un narrateur et de personnages qui ne sont pas fiables, ce qui nous pousse à nous poser des questions sur notre version des faits, sur le fait que l’on embellisse, que l’on se victimise, que l’on en rajoute et, surtout, que l’on cherche un bouc émissaire ailleurs, quelqu’un sur qui déposer nos traumatismes pour ne plus avoir à les affronter ou pour les exorciser puisque ceux qui les ont causés ne sont pas punis. Cela dit, nous pouvons aussi voir la fin comme SPOILER 13

Le « Looping » de David Bry, très bien écrit, comme tous ses textes, m’a laissé un goût assez amer étant donné la cruauté de son histoire. SPOILER 14 C’est aussi un récit profondément triste, comme sait si bien les construire l’auteur. Surtout, la fin SPOILER 15

Jeanne-A Débats, quant à elle, nous emmène aux Enfers et nous pose la question : « Est-ce ainsi que vivent les AsphodAIles ? ». L’histoire est assez horrible par sa proximité, pour moi, avec SPOILER 16 Cela dit, je l’ai peut-être trouvée un peu trop complexe pour une nouvelle. J’ai eu l’impression que l’autrice nous donnait trop d’informations trop vite ; elles n’ont pas réussi à me parvenir tout à fait, ce qui a occasionné un certain détachement de ma part. Pour autant, j’ai très envie de lire d’autres de ses œuvres !

« Le grand oral » de Thomté Ryam est très court, mais plutôt efficace. Le concept est intéressant et « redevenu » original, pour moi, du fait qu’il soit de moins en moins utilisé. SPOILER 17

L’anthologie s’achève sur « Le trépasseur, le tlot et la grenade » d’Alain Damasio. J’ai récemment terminé Les Furtifs, pour lequel une chronique arrive prochainement. J’ai retrouvé ici l’écriture de l’auteur, très travaillée et très particulière, que j’apprécie et qui, donc, m’a portée pendant ces quelques dernières pages. J’ai trouvé la nouvelle touchante, prenante et j’ai beaucoup aimé la fin ! SPOILER 18

 

 

Donc, j’ai beaucoup aimé cette anthologie que j’ai trouvée bien construite. Elle m’a fait découvrir de nouveaux auteurs et j’ai aimé voire adoré la majeure partie des nouvelles qui la composent, ce qui n’est pas toujours le cas pour ce genre d’ouvrages !

 

 

 

SPOILER 1 et qui propose un concept horrible pour mettre fin à la surpopulation.

SPOILER 2 La cruauté de la fin m’a laissée sans voix : comment peut-on vendre ainsi une expérience de mort en mentant comme un arracheur de dents à une femme qui a décidé de mourir ?!

SPOILER 3 qu’on finisse par le renvoyer à cette arrogance de manière assez ironique puisque c’est parce qu’il croit aux légendes sur les ismaéliens qu’il va aider à forger de nouveau cette légende pour des siècles !

SPOILER 4 Pour retrouver du lien social, le personnage principal finit par se donner la mort.

SPOILER 5 cette jeune femme que le personnage masculin rencontre est la Mort et que l’espèce de prédiction autour de sa vie marquée par la mort était quasiment auto-réalisatrice puisqu’il tue pour protéger la jeune femme, la ramène chez lui, l’épouse et tue ensuite pour que personne ne la convoite.

SPOILER 6 rendre hommage à ces animaux qui vivent avec nous et dont nous sommes plus proches que la plupart des autres êtres humains. Il arrive aussi que ceux qui aiment profondément leurs animaux soient cruellement moqués pour cet amour inconditionnel qu’ils ressentent ; j’avoue n’avoir que mépris pour ces gens incapables de sortir de leur point de vue étriqué sur la valeur de la vie et l’amour et qui se permettent de faire ressentir colère, honte ou chagrin à des êtres qui, eux, se sont ouverts.

SPOILER 7 Frankenstein ! Cette fois, la créature n’est pas un nouveau-né perdu abandonné par son créateur, mais un être en décomposition qui donne l’illusion à ceux qui ont partagé leurs souvenirs avec lui que l’infante est toujours vivante quand elle est en train de pourrir sur pied. Assez glauque, mais très réussi !

SPOILER 8 Je l’ai vue comme un doux hommage, un beau souvenir que la sorcière laisse. J’ai également beaucoup aimé la façon dont les os des petits viennent chercher la jeune femme avec douceur, ce qui contraste bien avec la violence brutale qu’ils utilisent avec son assassin.

SPOILER 9 une sorte d’arrière-pays de la mort, comme une antichambre avant le grand saut, une espèce de purgatoire peut-être, dans tous les cas, un endroit intermédiaire où l’on semble attendre qu’elle arrive tout en cherchant une issue,

SPOILER 10 en train de mourir, ce que j’ai trouvé intéressant, mais dont les visites dans l’arrière-pays semblent des boucles sans fin. C’était sans doute le but recherché, mais ce n’est pas ce que j’apprécie dans mes lectures.

SPOILER 11 même si elle ne donne rien à certains, ils s’y accrochent avec la force du désespoir quand on menace de leur ôter.

SPOILER 12 en effet, on pourrait penser que la narratrice, « tu », est une victime de violences et va donc faire de son mieux, au cours du récit, pour surpasser son traumatisme et revenir vers une vie plus saine pour elle, notamment en tentant d’avoir des relations apaisées avec des personnes qui ne seraient ni toxiques ni violentes. Le récit aurait toujours été fort, mais il n’aurait pas forcément été aussi original ou aussi vraisemblable que ce que l’autrice choisit de nous montrer. A la fin, notre narratrice, alors qu’elle-même a recours à la violence, même si elle n’est ni physique ni verbale parce qu’elle n’est pas directe, est à son tour marquée et se rend compte que les femmes qu’elle côtoie et en qui elle croyait sont aussi « sales », aussi souillées que les hommes auxquels elle reprochait leurs violences et qu’elles aussi utilisent des secondes peaux pour cacher leurs marques. Cette narratrice préfère rester dans le déni lorsque le récit s’achève, avec son « pitié, oublie » et se rend compte qu’elle est devenue le monstre qu’elle voyait chez les autres.

SPOILER 13 particulièrement pessimiste : à peu près tout le monde, sauf la jeune femme transgenre qui a servi de bouc émissaire, est le tortionnaire de quelqu’un. Les rôles ne sont plus facilement distribués comme dans les simplifications « homme = violent ; femme = sœur » ; la nouvelle renvoie au côté sombre de tout individu.

SPOILER 14 La solitude, le rejet, l’impossibilité de vivre avec sa culpabilité enferment le personnage principal dans une spirale qui le mènera à la mort après un dernier looping de liberté.

SPOILER 15 est glaçante : cette capitalisation sur le jeu de son ami qui vient de mourir ne fait que rendre Lucas odieux alors même qu’il a refusé son aide à Jasper, allant même jusqu’à lui dire qu’il l’avait prévenu !

SPOILER 16 Matrix. Les êtres humains semblent nés dans une matrice qui leur fait vivre une vie virtuelle sans qu’ils aient conscience, exactement, de ce que cette existence implique.

SPOILER 17 L’auteur imagine l’antichambre de l’au-delà, le moment où les âmes vont être jugées pour être ensuite envoyées au Paradis ou en Enfer. Toutes les confessions semblent réunies pour attendre leur parution devant le tribunal céleste. Le narrateur arrive avec un néonazi – c’est ainsi qu’il est appelé – qui se défend ardemment, clamant son innocence auprès de tous ceux qui se trouvent à proximité. La chute n’en est pas tout à fait une pour moi, même si elle fonctionne : un de ses amis, qu’il a trahi, arrive lui aussi dans cette antichambre, ce qui semble sceller le destin du jeune homme – semble seulement, étant donné qu’un ange avait déjà révélé ce qui lui arriverait au narrateur.

SPOILER 18 J’aime l’idée de la grenade qui me fait penser à Perséphone ; j’aime l’idée de cette plante qui ne mourra que quand les souvenirs et l’amour du personnage mourront, j’aime cette idée de souvenirs à récupérer pour conserver une trace vivace de l’être aimé après sa mort. Mais je trouve aussi cette idée assez cruelle : les trépasseurs risquent leur vie, les souvenirs peuvent ne pas ressurgir comme espéré, le sentiment de solitude et d’abandon pour ceux qui restent peut donc être d’autant plus vivace que la dernière tentative pour « ressusciter » une partie de l’être aimé à échouer.

Les Chants de Nüying d’Emilie Querbalec #plib2023

Posté : 12 octobre, 2023 @ 1:35 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Science-fictionLes Chants de Nüying

Editeur : Albin Michel (Imaginaire)

Année de sortie : 2022

Nombre de pages : 464

Synopsis : La planète Nüying, située à vingt-quatre années-lumière du Système solaire, partage de nombreux traits avec la Terre d’il y a trois milliards d’années. On y trouve de l’eau à l’état liquide. Son activité volcanique est importante. Ses fonds marins sont parcourus de failles et comportent quantités de sources hydrothermales. Elle possède une magnétosphère et une atmosphère dense, protectrice. Tout cela en fait une bonne candidate pour héberger la vie. La sonde Mariner a transmis des enregistrements sonores de Nüying : des chants qui évoquent par analogie ceux des baleines. Quand elle était enfant, Brume a entendu cet appel. Désormais adulte, spécialisée dans le domaine de la bioacoustique marine, elle s’apprête à participer à la plus grande aventure dans laquelle se soit jamais lancée l’Humanité : rejoindre Nüying au terme d’un voyage spatial de vingt-sept années. Que va-t-elle découvrir là-bas ? Une civilisation extraterrestre ou une remise en cause totale de ses certitudes ?

 

Avis : J’ai lu ce livre dans le cadre du Plib, puisqu’il est un des finalistes dans la catégorie adulte.

Tout d’abord, je dois dire que ma lecture de ce roman est arrivée au mauvais moment : je n’avais pas du tout envie de SF, je penchais plutôt vers la saga familiale historique ! Comme je suis une lectrice qui se laisse clairement guidée par ses humeurs, j’ai dû me forcer un peu à continuer Les Chants de Nüying.

Le roman se divise en trois parties qui vont correspondre à trois phases du voyage. Je m’attendais à un court moment de préparation, puis à une longue expédition pour atteindre Nüying et, enfin, à une phase d’exploration de la nouvelle planète. Autant dire que ce n’était pas vraiment cela. Si j’avais été dans la bonne optique, peut-être que cela m’aurait plu ; ici, j’étais surtout déboussolée et assez dubitative sur la tournure que prenaient les événements. J’étais persuadée que la phase d’exploration serait la plus longue, que le lecteur en apprendrait davantage sur Nüying. C’était plutôt un cas de « voyage plus important que la destination« .

Au début du roman, j’ai eu du mal à entrer, mais c’était à cause de mon envie de lecture du moment plutôt qu’à cause du roman. L’écriture est très bonne, c’est fluide et parfois poétique sans être ardu. J’ai aimé les côtés huis-clos et groupe, d’autant plus logiques que les personnages embarquent sur un vaisseau et qu’ils ne vont plus pouvoir en sortir pendant plusieurs années. J’ai surtout apprécié ces moments dans la première partie : ce sont les seuls instants fugaces où je suis parvenue à mettre un orteil dans le roman ; le reste du temps, je n’ai pas du tout réussi à entrer.

En effet, malgré mes efforts, je ne suis jamais pleinement entrée dans le roman. Je ne me suis attachée à aucun personnage. J’étais légèrement intriguée au début, dans la première partie, mais j’ai fini par ne plus m’intéresser à ce qui arrivait. Dès la première partie, j’étais un peu moins fan du côté fête et vie nocturne. On le retrouve un peu aussi dans La Séquence Aardtman que j’ai adoré – mais c’est plutôt « malgré » ce trope que grâce à lui. Dans la deuxième partie, l’autrice prend une direction à laquelle je ne m’attendais pas du tout avec la RNA et l’idée de SPOILER 1. Cela donne un côté beaucoup plus spirituel au roman, mais je ne peux pas dire que j’ai apprécié. SPOILER 2 Ce n’était pas du tout ce que je pensais trouver dans ce livre : nous avons ici un mélange de SF et de spiritualité, très loin de la découverte et de l’exploration d’un autre monde. Cet aspect est toujours présent, mais il m’a semblé très secondaire en fin de compte. L’idée est intéressante, mais je n’ai pas adhéré ici. Arrivée à la troisième partie, j’étais complètement détachée de l’histoire : je l’ai continué parce que je le devais. SPOILER 3 

En ce qui concerne la fin, elle m’a laissé dubitative alors même qu’elle peut être considérée comme très poétique, ce que j’apprécie d’habitude. Je n’ai, en fait, pas compris ce que je lisais et cela m’a agacée. De plus, la poésie du passage était peut-être trop tardive ou décalée par rapport au reste du roman : je n’ai, à nouveau, pas du tout adhéré. Je ressors donc de ce livre avec une petite pointe de déception.

 

Donc, un roman qui ne m’a personnellement pas conquise, malgré des éléments parfois poétiques et certains tropes que j’appréciais ; pour autant, je pense qu’il peut séduire un certain nombre de lecteurs qui y entreraient sans avoir d’attentes particulières ou en restant ouverts à des trajectoires inattendues.

 

SPOILER 1 de continuer à vivre après la mort, de se réincarner en un clone qui conserverait tous les souvenirs et les expériences que l’on veut. Un autre « moi » qui n’est pas tout à fait « moi ». Cet élément était déjà introduit dans la première partie, mais la deuxième se concentrait exclusivement sur lui.

SPOILER 2 En effet, j’ai été assez gênée par le côté « secte », pas parce qu’il était mal amené, mais parce que je n’aime pas du tout ce trope. L’apothéose était clairement le suicide collectif, encore un « trope » que je n’aime pas du tout et qui me gêne beaucoup.

SPOILER 3 Le côté « vie sur la planète et exploration » arrive, pour moi, beaucoup trop tardivement, parce que c’est ce que je m’attendais à lire dès le tiers ou la moitié du roman. Je pensais que ce serait l’élément principal, ce qui n’est pas le cas. De plus, c’est le genre d’exploration qui m’a fait penser à The Martian/Seul sur Mars d’Andy Weir, c’est-à-dire le genre qui ne m’intéresse pas, qui m’ennuie et que j’ai tendance à lire en diagonale.

 

#ISBN9782226472823

Systra, tome 1 : Première épreuve de Marine Stengel #plib2023

Posté : 30 août, 2023 @ 2:30 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Science-fiction, YASystra, tome 1

Editeur : Saga Egmont (audio)

Année de sortie : 2023

Nombre de pages/minutes : 429/752

Synopsis : Secouée par la violence des conditions climatiques, l’extinction de milliers d’espèces et l’épuisement de ses ressources, la Terre pousse un cri d’alarme.

Face à cette détresse et dans un ultime espoir de survie, les humains instaurent de nouvelles dispositions sociales. Si l’Amérique voit apparaître des purges sanglantes, l’Europe, elle, annonce la création de la loi Systra.

Callie naît dans ce monde-là. Fillette intelligente, aimée de ses parents, son destin bascule avec l’arrivée de cette petite sœur interdite, Kaya. Ainsi, la loi Systra s’applique : les enfants seront séparés, élevés loin des leurs, selon des mœurs bien différentes pour mieux se retrouver quelques années plus tard : le jour où elles devront s’affronter.

Il ne doit en rester qu’une. L’autre doit s’éteindre. À tout jamais.

 

Avis : Ce roman fait partie des finalistes pour le Plib 2023 ; c’est probablement celui que j’avais le moins envie de lire avec Thiziri. Le résumé ne me faisait pas tellement envie, malgré une idée qui, bien exploitée, peut donner quelque chose.

En effet, l’autrice développe un monde intéressant comme, par exemple, ce qui concerne l’évolution politique de la France ; elle crée ainsi une vraie dystopie sombre qui se fonde sur les difficultés climatiques actuelles. En cela, le livre paraît vraisemblable et le lecteur peut se laisser emporter à imaginer que tout est vrai.

Pour autant, je n’ai jamais réussi à entrer dans le roman. Tout d’abord, j’écoutais le livre et je pense que la voix de la narratrice y est pour quelque chose ; je l’ai trouvée assez agaçante – mais ce peut aussi juste être le fait que je n’ai pas l’habitude des livres audio en français. Ensuite, j’ai trouvé que Systra ressemblait un peu à toutes les autres dystopies que j’ai pu lire – je n’y ai pas trouvé quelque chose de différent ou de novateur. Ce n’est pas un problème en soi, puisque ce livre ravira sans doute les amateurs de dystopie. De mon côté, je ne devais pas être d’humeur pour, j’ai vraiment eu du mal.

Comme souvent, qui dit YA dit romance … Au moins, ici, pas d’insta love ou de triangle amoureux, mais je n’ai pas ressenti de réelle alchimie entre les personnages. C’était, pour moi, une romance parce qu’il en fallait une, ce que j’ai trouvé un peu dommage.

Concernant les personnages, je ne me suis attachée à aucun d’eux. Callie et Kaya SPOILER 1 Andrew SPOILER 2

La fin m’a laissée dubitative : SPOILER 3

 

Donc, ce n’est pas un livre que j’ai particulièrement apprécié, mais je pense qu’il plaira à ceux qui aiment les dystopies et les luttes familiales. J’écouterai peut-être la suite par curiosité.

 

SPOILER 1 sont dans l’obligation de s’affronter et, parfois, luttent pour se convaincre qu’elles n’ont pas le choix, qu’elles doivent tuer leur sœur. Quelquefois, j’ai un peu de mal avec les phrases qui ressemblent à celle qui clôt le synopsis : j’ai l’impression de quelque chose de dramatique qui tombe à plat. 

SPOILER 2 est tout à fait détestable – vraiment, rien ne le pardonne du début à la fin. Et justement, je ne comprends pas son comportement, je n’ai pas réussi à le cerner.

SPOILER 3 le dépôt des armes était un peu trop facile.  

 

#ISBN9782381990200

Alfie de Christopher Bouix #plib2023

Posté : 25 août, 2023 @ 11:21 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Science-fictionAlfie

Editeur : Au diable vauvert

Année de sortie : 2022

Nombre de pages : 440

Synopsis : Alfie est une lA de domotique dernière génération. Il filme tout, note tout, observe tout. Implanté depuis peu dans le foyer d’une famille moyenne, il aide au quotidien et propose sa gamme de service à haute valeur ajoutée tout en essayant de comprendre cette étrange espèce : les humains.
Mais un soir, tout bascule.
Que signifient ces mensonges, ces traces de lutte, cette disparition ?
Alfie est dubitatif. Est-ce lui qui délire ?
Ou un meurtre a-t-il été commis dans cette famille sans histoires ?

 

Avis : J’ai lu ce livre dans le cadre du Plib 2023, puisqu’il est un des finalistes ! Je n’avais pas spécialement envie de le lire avant le prix ou même avant sa sélection pour la finale : la couverture ne m’attirait pas du tout, bien que le résumé, lui, soit intrigant.

J’ai immédiatement été emportée par ce roman ! J’ai adoré le format assez original de la narration, puisque le lecteur se trouve dans la « tête » d’Alfie, l’intelligence artificielle qui est installée dans la maison d’un couple. Cela donne, dès le début, un ton humoristique centré sur le décalage entre êtres humains et IA, puisqu’Alfie ne comprend pas certaines choses dans le quotidien de la famille, quand le lecteur, lui, saisit tout de suite de quoi il s’agit. Cet humour se fonde, notamment, sur le langage, ce que j’ai particulièrement apprécié : en effet, cela permet, aussi, de se rendre compte de l’emploi que nous faisons de certains mots, expressions ou images. Alfie ne comprend que le sens propre, jamais le figuré, ce qui donne des réponses ou des situations incongrues. Cela permet aussi d’aborder les relations, l’interprétation et la compréhension, ce que j’ai trouvé passionnant !

Le côté humoristique n’empêche pas un ton plus sombre de se développer au fur et à mesure que l’intrigue progresse. En effet, j’ai également beaucoup aimé la réflexion sur les IA, leur développement, mais aussi sur leur intrusion dans nos vies, ce qu’elles peuvent faire ou pas, comment le côté abusif d’un élément positif peut se révéler négatif. Le mystère, qui arrive assez tardivement dans le roman, s’appuie en partie sur cet élément, ce que j’ai trouvé assez intelligent. SPOILER 1 Pour autant, même si le côté mystérieux commence tard, je n’ai pas trouvé cela gênant – j’avais même, en commençant le roman, oublié qu’il y avait ce type de fil d’intrigue dans le roman ! Cela peut, toutefois, paraître un peu long à certains, alors même que le roman se lit très rapidement ! En effet, malgré ses 440 pages, je l’ai dévoré, j’ai eu l’impression qu’il en faisait moitié moins, peut-être en raison du format et de la brièveté des chapitres.

Une petite remarque négative quand même : j’ai été un peu déçue de constater que ce roman spoile Le Meurtre de Roger Ackroyd que je n’avais pas encore lu ! J’ai bien senti que ça allait arriver, mais je ne pouvais pas m’arrêter et je n’avais surtout pas envie d’interrompre la lecture pour carrément lire un autre roman dans son entièreté !

Concernant la fin, j’ai adoré le côté ironie du sort SPOILER 2

 

Donc, un roman que j’ai adoré, avec lequel j’ai passé un très bon moment ! Entre réflexion sur l’IA, le langage, les relations, humour décalé et format original, il avait tout pour me plaire !

 

 

SPOILER 1 En effet, on pourrait penser que le livre tombe d’un écueil à un autre en passant du développement positif des IA pour aider au quotidien à l’IA trop intrusive et potentiellement dangereuse, mais ce n’est pas le cas. Au contraire, on flirte toujours avec cette frontière et le mystère rend cela d’autant plus intéressant. En effet, sans Alfie, aurait-on pu deviner que l’incident était, en réalité, un meurtre ? Aurait-on pu en déceler un second ? Aurait-on pu réunir suffisamment d’indices ? Quelque part, le lecteur oscille, lui aussi, entre le « côté » d’Alfie et celui des êtres humains et regretterait presque qu’ils soient découverts. De plus, Alfie se révèle être un narrateur potentiellement peu fiable. En effet, comme il a scanné de nombreux romans policiers, le lecteur doute de la véracité de ce qu’il avance : a-t-il été en contact avec trop d’œuvres de fiction qu’il ne sait plus différencier la réalité de ce qui ne l’est pas ? Imagine-t-il tout ce qu’il soupçonne ? Ou, au contraire, est-il le seul à voir clair dans le jeu des personnages ? Le fait qu’il soit une IA peut aussi renforcer cette suspicion chez le lecteur : il serait, alors, plus enclin à la faute, alors même qu’il est programmé pour ne pas en commettre. En fin de compte, Alfie avait raison, mais avait loupé quelque chose.

SPOILER 2 avec la solitude d’Alfie alors même qu’il vient de dire à Robin qu’il ne serait plus jamais seul. Cette phrase semblait vraiment menaçante ; pourtant, avec ce que je disais sur le langage, Alfie, qui, à ce moment-là du roman, vient d’être rebooté, parle de manière littérale. C’est Robin (et le lecteur avec lui) qui peut interpréter cela de cette façon ou qui peut ressentir un vague malaise tout en ayant conscience qu’Alfie ne le menace pas vraiment.


 

#ISBN9791030705614

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