Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

A la recherche du temps perdu, tome 6 : Albertine disparue de Marcel Proust

Posté : 19 décembre, 2016 @ 8:40 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Albertine disparue Genre : Classique

Editeur : Folio

Année de sortie :2015 

Nombre de pages : 273

Synopsis : « Mademoiselle Albertine est partie » ! Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m’analyser, j’avais cru que cette séparation sans s’être revus était justement ce que je désirais, et comparant la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu’elle me privait de réaliser, je m’étais trouvé subtil, j’avais conclu que je ne voulais plus la voir, que je ne l’aimais plus. Mais ces mots : « Mademoiselle Albertine est partie » venaient de produire dans mon cœur une souffrance telle que je sentais que je ne pourrais pas y résister plus longtemps. Ainsi ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie.

 

Avis : Le cinquième tome m’a moins plu que les autres, j’avais un peu peur que celui-ci fasse pareil, puisqu’il est encore centré sur le même sujet, la jalousie du personnage envers Albertine.

Eh bien, j’avais raison ! Albertine disparue m’a encore moins plu que La Prisonnière. Le thème central est toujours la jalousie, le personnage est toujours aussi paranoïaque, et contradictoire surtout ! Il aime, il n’aime plus, il croit quelqu’un, il ne le croit plus, il veut savoir, il ne veut pas savoir. Cet aspect du livre m’a agacée : le personnage est tellement velléitaire ! Le lecteur a parfois envie de le secouer ! Et la pauvre Albertine, qui se voyait acceptée puis rejetée plusieurs fois à la suite, a décidé de partir. J’ai trouvé que le personnage principal tournait en rond, confronté à quelque chose qu’il ne veut pas comprendre, et qui, il en est certain, va s’arranger rapidement. On retrouve d’autres personnages, mais cela reste assez annexe par rapport à Albertine et au personnage principal. L’écriture est toujours aussi agréable, j’aime toujours autant : l’auteur sait parfois décrire des choses évidentes, mais pour lesquelles nous n’avons pas de mots. Pour la couverture, je me suis imaginée Albertine de cette façon tout le long du livre !

Concernant les personnages, comme je l’ai dit, le principal m’a agacée. Il est incapable de prendre une décision, incapable de comprendre ce qu’il ressent, confond l’amour et l’indifférence, semble vivre dans une tragédie au lieu de vivre dans la vraie vie ! Il ne profite jamais parce qu’il pense toujours à des plaisirs non accessibles, ou qui ne l’intéressent pas vraiment une fois atteints. Quant au narrateur, il juge sa conduite avec indulgence, et anticipe encore sur la suite en faisant au lecteur de petites allusions sur des révélations futures. Albertine, comme elle est partie, est plus effacée ici et vue, bien sûr, qu’au travers des yeux du narrateur / personnage, qui ne la comprend pas, et ne fait qu’imaginer ce qu’elle peut ressentir. C’est un personnage ambivalent que le lecteur finit par apprécier tant elle est malmenée ! Aussi, le personnage découvre des choses qui éclaire Albertine, qui la rende peut-être plus compréhensible, et qui montre qu’elle devait souffrir auprès du héros. D’autres personnages se trouvent dans ce livre, mais bien moins importants que les autres : comme la mère du personnage principal, toujours en deuil de sa mère, et dont le héros se souvient avec tendresse ici ; Robert de Saint-Loup, sur qui l’on apprend des choses auxquelles on ne s’attendait pas ; M. de Charlus, trop peu présent à mon goût, et qui vieillit (bien sûr) au fil du temps ; Oriane de Guermantes, toujours duchesse et toujours aussi encline à critiquer les autres, même ses amis décédés les plus chers ! ; Gilberte Swann, ou l’incarnation de l’ingratitude faite fille ; Andrée, ou la fille qui oublie son amie plus vite que son ombre ; Françoise, la domestique de la famille du personnage principal, toujours aussi bien décrite dans sa façon d’haïr et d’aimer à la fois.

La fin semble montrer l’incapacité – encore plus grande que dans les autres livres – du héros à écrire et même ici, à faire fonctionner son imagination. Il comprend aussi pourquoi ses deux histoires d’amour principales n’ont pas fonctionné et se demande comment serait sa vie s’il avait été plus perspicace. Il me semble que le dernier tome est centré sur l’écriture, ce qui opérera un changement de sujet assez radical avec ce volume !

 

Donc, le tome de la Recherche que j’ai le moins aimé, même si l’écriture est toujours aussi bonne.

A la recherche du temps perdu, tome 5 : La Prisonnière de Marcel Proust

Posté : 14 septembre, 2016 @ 2:37 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Classiquela-prisonnière

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 551

Synopsis : Albertine a renoncé à faire une croisière et lorsque, à la fin de l’été, elle rentre de Balbec avec le narrateur, elle s’installe chez lui, à Paris. Il ne se sent plus amoureux d’elle, elle n’a plus rien à lui apprendre, elle lui semble chaque jour moins jolie, mais la possibilité d’un mariage reste ouverte, et, en lui rendant la vie agréable, peut-être songe-t-il à éveiller en elle le désir de l’épouser. Il se préoccupe en tout cas de son emploi du temps, l’interroge sur ses sorties sans pouvoir bien percer si sa réponse est un mensonge, et le désir que visiblement elle suscite chez les autres fait poindre les souffrances en lui. Paru en 1923, La Prisonnière est le premier des trois volumes publiés après la mort de Proust et, quoique solidaire de Sodome et Gomorrhe qui le précède comme d’Albertine disparue qui le suit, une certaine unité lui est propre. Pour l’essentiel, trois journées simplement se déroulent ici – le plus souvent dans l’espace clos de l’appartement -, et ce sont comme les trois actes d’un théâtre où la jalousie occupe toute la place.

 

Avis : Toujours dans mon petit (haha) challenge A la recherche du temps perdu ; vous avez dû remarquer, je lis d’autres petits livres entre deux, pour ne pas être dégoûtée (on ne sait jamais, je ne veux pas prendre le risque !)

On retrouve évidemment l’écriture merveilleuse de Proust, toujours aussi poétique, toujours aussi agréable à lire, peut-être un peu plus brouillonne que pour les autres tomes, mais je ne m’en suis rendue compte que grâce (ou à cause) de certaines notes qui signalent que l’auteur avait ajouté quelque chose, barré autre chose, qu’un passage ne devait pas être là mais a finalement été ajouté ce qui fait que la cohérence du texte n’est plus tout à fait exacte, et on se retrouve avec des « Elle continua » alors que personne ne parlait dans le paragraphe précédent. Mais cela ne gâche absolument pas la lecture, rassurez-vous ! Aussi, contrairement à Sodome et Gomorrhe, cette fois, pas de chapitres, le lecteur est plongé dans le livre sans interruption, sans espaces, avec des paragraphes, encore une fois, qui peuvent être très longs, des phrases qui peuvent l’être aussi, mais, finalement, ce n’est pas la majorité : Proust utilise aussi le dialogue, se laisse entraîner par des réflexions qui émaillent le récit, l’enrichissent, le rendent plus proche du lecteur en quelque sorte, puisque celui-ci se sent impliqué (d’autant plus que le narrateur joue à nouveau avec lui, ce que j’adore !) Ces réflexions sont surtout dirigées ici vers l’amour et la jalousie, comme le lecteur pouvait déjà le deviner en sortant de Sodome et Gomorrhe. L’amour qui concerne Albertine, mais aussi d’autres personnages, que le héros voudrait doux, et qui se révèle douloureux, justement à cause de la jalousie, cristallisée autour de la jeune fille et de son passé, si obscur pour le protagoniste qu’il en veut à Albertine pour à peu près tout, et notamment pour les mensonges qu’il pense qu’elle ne cesse de lui servir au lieu de la vérité. Au fil de la lecture, le lecteur comprend peu à peu qu’il n’a pas tort, qu’elle lui ment effectivement ; mais le personnage principal rend si prisonnière la jeune fille, pourtant si espiègle à Balbec, que cela fait presque mal de lire. En tout cas, j’ai été agacée par cette jalousie maladive, cette possessivité qui empêche Albertine de vivre, la rend captive d’une vie cloisonnée, sans les divertissements qu’elle voudrait, sans des sorties seules, dans les promenades agréables entre amies, sans la possibilité d’être libre. La surveillance permanente qu’exerce le héros sur la jeune fille devient pesante, même pour le lecteur. C’est de la paranoïa, mais aussi du sadisme envers lui-même : il s’imagine tout un tas de choses pour lesquelles il n’a aucune preuve, rapporte la situation d’Albertine à la situation d’autres femmes qui n’ont rien à voir, est incapable de lui faire confiance : ce n’est pas de l’amour, c’est de la séquestration. Et le fait qu’il répète sans cesse qu’il ne l’aime pas … C’est la raison pour laquelle ce tome n’a pas été un coup de cœur : je n’ai pas pu me détacher de ce sentiment d’agacement à chaque fois que le personnage parle de son amour / non-amour et de ce qu’il fait pour surveiller Albertine.

Dans le synopsis, il est dit que l’action se déroule sur trois jours. J’ai eu du mal à les discerner nettement, tout est brouillé par les réflexions ajoutées à ces journées. Encore une fois, cela ne gâche pas la lecture : je me fiche un peu de savoir quel jour nous sommes quand je lis la soirée des Verdurin par exemple. Celle-ci est une scène de salon particulière : une fête est organisée par un invité, M. de Charlus, chez les Verdurin : ils n’ont pas voix au chapitre. Celle-ci montre encore l’hypocrisie de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie. Ce qui arrive à M. de Charlus à l’issue de cette soirée m’a vraiment fait de la peine, même si cela avait déjà été annoncé dans le tome précédent. Je trouve ce personnage fascinant : il évolue au fil des tomes, il change, et, malgré son air violent, j’éprouve une sympathie particulière pour lui. Il est aussi l’occasion de continuer de parler d’homosexualité, ce thème se cristallisant aussi autour d’Albertine. Mme Verdurin est particulièrement énervante dans cette scène, tellement que je n’ai pas réussi à éprouver un petit pincement au cœur pour ce qui lui arrive. La mort est traitée de façon si légère dans son cercle ! Et sa façon de considérer les gens, ses préjugés, ses jugements portés à la va-vite …

Ainsi, comme je l’ai dit plus haut, le personnage principal m’a agacé par sa jalousie et sa possessivité, mais aussi par le fait qu’il retient Albertine pour mieux la quitter lui-même. C’est si machiste dans un sens. Personne ne peut profiter d’Albertine si lui n’en profite pas, et elle ne peut pas avoir eu de vie avant lui. Quelques comparaisons mythologiques se font encore, mais la désillusion sur les salons, sur la sphère mondaine est consommée. La duchesse de Guermantes, si adulée, n’apparaît pratiquement plus, ou uniquement quand le personnage a besoin d’elle. Aussi, en voulant emprisonner Albertine, le personnage se rend lui-même esclave d’un amour qu’il ne ressent pas vraiment, plutôt d’une souffrance proche de l’agonie. Le narrateur est agréable et parsème le texte d’allusions futures (bien explicitées par l’éditeur, oh merci pour ces merveilleux spoilers !) ainsi que de phrases destinées au lecteur ! Albertine, que je n’apprécie pas énormément, m’a fait de la peine dans ce livre. Le titre du tome lui convient parfaitement : elle est prisonnière, esclave du personnage principal qui fait ce qu’il veut d’elle. Elle n’a pas l’air d’être très sujette aux sautes d’humeur ou aux colères. Finalement, le lecteur peut comprendre qu’elle mente : comment vivre avec quelqu’un qui ne vous fait pas confiance, qui fait tout pour contrecarrer ce que vous aviez pu prévoir juste parce qu’il a peur que vous rencontriez quelqu’un en lien avec votre passé ? J’avais parfois envie qu’elle se rebelle, mais elle semble rester soumise et docile. Françoise est toujours présente, et toujours aussi hostile à la jeune fille. La mère du personnage principal est également mentionnée, à travers ses lettres à son fils, qui ressemblent à celles de sa grand-mère jadis. Morel est un des personnages les plus exécrables du livre !

La fin est rapide, abrupte, et donne envie de commencer la suite immédiatement !! L’éditeur explique, de plus, qu’il n’y a pas de transition entre La Prisonnière et Albertine disparue, le tome suivant reprend exactement là où celui-ci s’arrête !

 

Donc, un très bon tome, que j’ai moins apprécié par rapport aux autres en raison de la jalousie très pesante du personnage, mais qui n’enlève rien à la qualité d’écriture et aux réflexions de Proust.

A la recherche du temps perdu, tome 4 : Sodome et Gomorrhe de Marcel Proust

Posté : 7 septembre, 2016 @ 7:44 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Sodome et Gomorrhe Genre : Classique

Editeur : Folio

Année de sortie : 1972

Nombre de pages : 599

Synopsis : (Aucun synopsis à cette édition, si ce n’est la liste des tomes d’A la recherche du temps perdu).

 

Avis : Etant donné que cette édition n’a pas de synopsis, je me suis un peu lancée dans l’inconnu, même si j’avais une idée du sujet avec le titre.

Je m’attendais, je ne sais pas vraiment pourquoi, à moins aimer ce tome par rapport aux autres. Et finalement, j’ai apprécié cette lecture autant que Le Côté de Guermantes, voire plus ! Ici, le livre est découpé en quatre chapitres de longueur totalement irrégulière, chapitres précédés d’un résumé en quelques phrases de ce qui va être raconté. Le fait que le tome ne soit pas écrit d’un bloc permet d’avoir des repères, contrairement à La Prisonnière, qui arrive ensuite, et qui ne comporte aucun chapitre ! L’écriture est toujours aussi excellente, toujours aussi poétique, faite de très longues phrases qu’il peut être parfois difficile à suivre, mais, avec un peu d’effort, le lecteur met tous les mots à leur place et comprend. Les paragraphes sont eux aussi immenses, ils font parfois plusieurs pages, ce que je n’avais jamais vu avant chez un auteur ! (c’est même plutôt l’inverse, on dirait que certains auteurs ont peur de faire de trop longs paragraphes). Concernant la couverture, les couleurs sont harmonieuses et renvoie à la focalisation sur Albertine et sa vie sexuelle présumée ; j’ai remarqué que les couvertures choisies pour ce tome, même dans les autres maisons d’édition, ne sont pas particulièrement belles comparées à celles des autres livres, que j’aime beaucoup ! Quant au titre, je savais que c’était une référence biblique, et une référence à l’homosexualité, mais je ne me souvenais plus tout à fait du mythe : j’ai donc fait de petites recherches, qui ont confirmé mes vagues souvenirs. Sodome et Gomorrhe sont des villes qui ont été détruites par Dieu parce qu’elles étaient pécheresses. Apparemment, le type de péché n’est pas spécifié, mais il est considérée comme étant l’homosexualité : Sodome est la ville des hommes qui aiment les hommes, et Gomorrhe, celle des femmes.

Et, en effet, ce tome est entièrement dirigé vers l’homosexualité et les deux personnages qui la représentent : M. de Charlus et Albertine. Cette focalisation m’a semblé apporter quelque chose de nouveau par rapport aux autres tomes, même s’ils étaient eux aussi focalisé sur des personnages : Swann ou la duchesse de Guermantes. Ce qui est surtout nouveau, c’est le sujet : je ne m’attendais pas à trouver un tome entier sur la sexualité de certains personnages que le narrateur connaît et apprécie. Ainsi, le narrateur nous raconte comment il a compris que M. de Charlus était un « inverti », et les discours sur l’homosexualité m’ont d’abord paru à double tranchant : elle est appelée « maladie », « vice », la société et la religion sont contre, ce doit être caché au maximum, personne ne doit savoir (sans doute des propos à remettre dans leur contexte même si, malheureusement, certains disent encore ce genre de choses !) Mais, d’un autre côté, il est difficile (contrairement au tome précédent) de ne pas s’attacher à M. de Charlus : il ne peut jamais être lui-même, il est moqué et raillé par des gens qui lui sont inférieurs en rang, il se fait manipuler par un simple violoniste des plus agaçants, il devient quasiment fou d’amour pour un homme qui ne l’aime pas. Il m’a fait mal au cœur, ce qui me l’a rendu sympathique. De plus, on sent la solitude que l’homosexuel doit supporter, puisque même ses amis se méfient de lui. Albertine, quant à elle, représente Gomorrhe dans l’esprit du personnage principal. Il n’a aucune preuve tangible, mais en voit partout depuis l’intervention de Cottard une fois qu’il a vu la jeune fille danser avec ses amies. Alors, le poison de la jalousie ronge le narrateur / personnage à un point tel que le lecteur sent qu’il est vraiment prêt à tout pour empêcher Albertine de céder à nouveau à son vice supposé. Cela explique déjà les titres des tomes suivants, La Prisonnière et Albertine disparue. Le narrateur devient paranoïaque, et son attitude envers Albertine est ambivalente : l’amour qu’il ressent pour elle n’en est pas, mais il a besoin qu’elle soit à lui. Il est cruel, puis doux, agressif, puis passionné. Le lecteur peut être agacé par ces revirements de situation et avoir plus l’impression qu’il joue avec elle plutôt qu’il ne l’aime véritablement ! On sent encore aussi une certaine naïveté dans les réflexions du personnage principal, qui s’imagine que, si Albertine aime les femmes, il n’a rien à craindre des hommes. Ainsi, la sympathie du lecteur va-t-elle aussi à Albertine, dont on ne connaît pas exactement les sentiments.

Autre élément important dans ce livre : les salons, qui sont toujours présents. Ici, l’aristocrate (ou bourgeoise) qui m’a le plus agacée est Mme Verdurin. Tant d’hypocrisie, de dédain, de stupidité, de lustre dans une même personne … Elle ne pense qu’à son bien-être personnel, à la tenue de son petit salon. Elle a des « fidèles » qui doivent venir tous les mercredis ; en somme, leur vie doit tourner autour d’elle. Encore une fois, tout n’est qu’apparence dans le milieu mondain. C’est à celui qui reçoit le plus, ou qui semble le plus comme ci ou le plus comme ça. Quand on tient salon, il faut penser à ne pas inviter untel en même temps qu’untel, parce qu’ils ne se supportent pas, et il serait bien d’avoir untel, mais il est dans une société bien plus élevée, alors on fait comme si c’était notre choix qu’il ne soit pas là. C’est un monde fait de faux-semblants, de jalousie, de coups bas, de rumeurs, de préjugés, de fausseté, d’hypocrisie ; ce doit encore être le cas de nos jours bien sûr. Le narrateur, lui, va dans les salons sans prendre garde à qui est invité ou ne l’est pas, et mentionne qu’il se fiche du rang social de ses amis. Il fait pourtant attention à ne pas commettre d’impair, parle comme il se doit à chaque personne, devine même comment leur plaire, notamment avec Mme de Cambremer. Le traitement de la mort, également, dans les salons, est choquante : quelqu’un qui avait l’habitude de venir meurt, mais on ne doit surtout pas le pleurer, on doit faire comme d’habitude, après tout, ce n’est pas si grave ! (!!!!)

Aussi, le narrateur, qui a perdu ses illusions au tome précédent, continue tout de même ses comparaisons mythologiques que j’adore, mais plus seulement à propos des aristocrates : c’est plus la nature, ou un homme « normal » qui sera comparé à un dieu. Cela apporte d’autant plus de poésie au livre. Le nom est toujours important, et son étymologie est ici décortiquée, ce que j’ai trouvé intéressant (back en cours d’ancien français haha !) ; malheureusement, cela lui fait aussi perdre de sa magie, comme dans le tome précédent les noms des aristocrates. Ainsi la poésie du nom est-elle retirée au lieu. L’humour est également présent (ce qui peut sembler étrange) notamment dans les scènes de salon, où les personnages se rendent parfois tellement ridicules ! Le lecteur ressent aussi de l’émotion, puisque le narrateur ressent le contre-coup de la mort de sa grand-mère, mais aussi par rapport à M. de Charlus, comme je le disais plus haut. Enfin, comme dans le tome précédent, même si je ne l’ai pas mentionné, le narrateur fait des allusions à ce qui va arriver ensuite dans d’autres tomes, ce qui crée une espèce de suspense, comme le fait de mentionner qu’une décision est une erreur, comme le lecteur s’en rendra compte plus tard. Petit plus : petit jeu du narrateur avec le lecteur au début du tome !

Concernant les personnages : comme je le disais tout à l’heure, le narrateur / personnage, toujours double, peut paraître ici agaçant, surtout dans sa façon de traiter Albertine. Le lecteur peut avoir l’impression que sa paranoïa va le rendre fou, tant elle empiète sur sa vie et lui fait faire des choses qu’il n’avait pas l’intention de faire, comme dans la scène finale ; il est très contradictoire et se laisse diriger par ses émotions. Il est aussi naïf, comme je l’ai dit, mais aussi dans le sens où il ne voit pas, par exemple, quand les gens sont amoureux ; en revanche, il est très lucide en ce qui concerne les demandes voilées des personnes qui lui parlent. Il sait comment leur parler, comment leur demander quelque chose si besoin est, il est moins timide que dans le tome précédent. En plus d’Albertine et de M. de Charlus, le lecteur retrouve d’autres personnages ici, comme Saint-Loup, plus effacé en raison de la focalisation sur la jeune fille et le baron, mais tout de même présent. Le narrateur s’éloigne de lui pour passer la majeure partie de son temps avec son amie, et éprouve même de la jalousie envers lui, qu’il connaît pourtant très bien ! ; la duchesse de Guermantes, effacée elle aussi puisqu’elle n’apparaît qu’au début, pendant la soirée de la princesse de Guermantes, ainsi que son mari, le duc ; les « fidèles » de Mme Verdurin, Brichot, très cultivé, qui aime parler de ce qu’il sait, mais qui ne se rend pas compte qu’il ennuie la majorité des convives, alors même que ce qu’il raconte est intéressant !, Cottard, médecin qui se croit le seul à pouvoir parler de médecine, mal élevé et imbu de lui-même, sa femme, bien plus effacée que lui, qui semble pourtant sympathique, la princesse Sherbatoff, exilée de Russie, qui ne peut pas aller dans un autre salon que celui de Mme Verdurin et qui affecte donc une aversion du monde tout ce qu’il y a de plus hypocrite, Morel, lui aussi mal élevé, imbu de lui-même, qui veut qu’on le prenne pour quelqu’un de haut placé alors qu’il est au bas de l’échelle sociale, Swann, qui apparaît brièvement, et que j’apprécié toujours autant, dont la valeur est rehaussée par tous les aristocrates que l’on découvre ici, sa femme Odette, qui commence son ascension sociale, et donc, prend les manies des autres, les amies d’Albertine comme Andrée, avec qui le personnage principal la soupçonne d’avoir des relations, la mère du narrateur, qui a radicalement changé depuis la mort de sa mère, ce qui est assez impressionnant.

La fin est assez rapide, puisque le chapitre 4 fait 20 pages. La décision du narrateur / personnage est prise sur le vif de l’émotion qu’il ressent, alors même qu’il avait décidé le contraire la veille : ce sont sa jalousie et sa paranoïa qui parlent. La transition est faite avec La Prisonnière.

 

Donc, un excellent tome, qui aborde un sujet que je ne m’attendais pas à voir dans A la recherche du temps perdu, un personnage qui change de comportement et qui montre ainsi les ravages de la jalousie et de la paranoïa. Le lecteur peut déjà s’imaginer que tout ne va pas bien se passer dans le tome suivant !

A la Recherche du temps perdu, tome 3 : Le Côté de Guermantes de Marcel Proust

Posté : 1 septembre, 2016 @ 10:07 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Le Côté de Guermantes Genre : Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 661

Synopsis : Avec ses parents, le narrateur a déménagé dans un nouvel appartement qui est une dépendance de l’hôtel de Guermantes : sa vie se trouve tournée vers la duchesse, et c’est précisément parce qu’il perçoit chez elle une sorte d’irritation à son égard qu’il gagne Doncières pour demander à son ami Saint-Loup d’intercéder en sa faveur auprès de sa tante. Mais il fréquente aussi le salon de la marquise de Villeparisis, et cette vie désormais mondaine ne sera que renforcée par la disparition de sa grand-mère et l’absence de ses parents partis pour Combray : son éducation est achevée. On a pu voir dans ce Côté de Guermantes paru en deux volumes en 1920, puis l’année suivante, un roman de transition simplement dévolu à l’évocation des salons. Mais la transition, sans doute, est ailleurs : dans le passage de l’adolescence à l’âge adulte qui permet au héros de faire son entrée dans une nouvelle société, et au romancier de s’attacher à la « poésie du snobisme ».

 

Avis : Cela fait un moment déjà que je voulais poursuivre ma lecture d’A la recherche du temps perdu, interrompue depuis presque deux ans. Un cours sur Le Temps retrouvé m’a forcé à m’y remettre !

Je me souviens avoir adoré Du côté de chez Swann, et aimé A l’ombre des jeunes filles en fleur ; j’avais, d’ailleurs, acheté la plupart des tomes suivants pour poursuivre rapidement. Mais, je l’avoue, la série de Proust, longue de sept tomes faits de très longs paragraphes, ainsi que de phrases gigantesques, m’a un peu fait peur, et j’ai mis de côté La Recherche. Cette année m’est proposé un cours sur « L’Art et la vie » ; y est étudié Le Temps retrouvé, dernier tome de La Recherche, que je voulais lire dans l’ordre. Alors, je me suis lancée un petit défi : lire Sodome et Gomorrhe, La Prisonnière, Albertine disparue et (en dernier !) Le Temps retrouvé, pour ne pas bouleverser l’ordre des tomes en lisant. Autant dire que cela va être assez difficile, mais allons-y tout de même !

Revenons au Côté de Guermantes. Le livre est divisé en deux parties qui correspondent aux deux volumes publiés séparément, car l’éditeur trouvait que le tome était trop long. J’ai préféré la première partie à la seconde ; elle m’a paru plus poétique, plus réfléchie, plus dans la recherche de compréhension de tout un tas de choses qu’il est difficile d’expliquer, et que Proust exprime à merveille. Y sont évoqués le nom et sa magie, déjà mentionnés dans Du côté de chez Swann ; on sent une frontière brusque entre l’imagination, ce que l’on se représente du nom, et la réalité, notamment, pour le narrateur, chez les personnes qu’il compare à des dieux, qui ne doivent pas être complètement humains, et qui le sont finalement trop. Aussi, j’ai adoré le fait que l’imagination du narrateur soit liée à la mythologie, et ce dès la scène à l’Opéra, où les hommes deviennent tritons et les femmes déesses marines. Ces évocations mythiques rendent le texte d’autant plus poétique, la scène d’autant plus irréelle. Cette façon de décrire est effective tout le long du livre, dans la seconde partie également, même si elle est moins présente. L’histoire, quant à elle, même concentrée sur la duchesse, nous présente des personnages que nous connaissons déjà, comme Saint-Loup, les parents et la grand-mère du narrateur, Albertine. Des intrigues « parallèles » se greffent à l’obsession du narrateur pour la duchesse de Guermantes, notamment celle de Saint-Loup, épris d’une femme « de petite vertu », de la grand-mère du narrateur, gravement malade, et qui se révèle tout à fait différente de la femme que le protagoniste a connue. (cette façon de découvrir une femme derrière une parente est bien décrite)

Dans Le Côté de Guermantes II, le lecteur sent la désillusion du narrateur : la réalité ne correspond pas à ce qu’il avait imaginé, la duchesse n’est pas telle qu’il la pensait, les aristocrates ne sont finalement que des hommes, et même parfois, profondément stupides. Ici, le salon est omniprésent : une des scènes dure très longtemps, la mesure du temps n’est plus la même, comme si le narrateur se concentrait sur cette soirée pour nous donner le modèle de chacune d’entre elles. Le salon était déjà présent dans la première partie, comme en transition, avec celui de Mme de Villeparisis. L’intelligence que le narrateur s’attendait à trouver n’est pas là, ou si peu, cristallisée autour d’une seule personne qui, pourtant, se montre légère à certains moments. L’image que le lecteur a des aristocrates est plutôt médiocre : représentés par la duchesse de Guermantes, par son mari, par M. de Charlus, ils montrent une désinvolture, une arrogance et une malveillance envers les autres qui frisent l’indécence. Un noble va mourir ? Le dîner de ce soir est plus important, même si ce noble est mon cousin. La princesse est dite intelligente ? Oh non, détrompez-vous, ce n’est qu’une apparence, elle est bête comme personne. Quelle hypocrisie constante ! Et quelle affectation d’ennui ! Et cette façon de juger tout et tout le monde ! J’ai été un peu agacée, sans doute la raison pour laquelle j’ai moins aimé cette partie. Celle-ci commence pourtant dans l’émotion, avec la maladie et la mort de la grand-mère du narrateur. Cela aussi fait office de transition : le protagoniste entre ensuite dans la vie mondaine des salons. Ainsi, Le Côté de Guermantes montre bien les distinctions sociales entre aristocrates et bourgeois (sans parler des domestiques), une distance et un mépris parfois de la part des premiers, ou une affectation de bienveillance qui ne fait que prouver leur supériorité. Est, enfin, évoquée dans le livre l’affaire Dreyfus, ce qui divise encore la société en dreyfusards et antidreyfusards, et ce qui donne lieu à des conversations sur les Juifs, sur l’armée, et le gouvernement. J’ai aimé retrouver le contexte de l’époque, ainsi que la division que l’Affaire opérait même dans les familles (Saint-Loup et sa mère par exemple). Aussi, à cause de (ou grâce à) la couverture, je me suis représentée, au début du moins, la duchesse de Guermantes avec le visage de la femme sur le portrait. J’adore la façon dont le peintre a peint la robe !

Concernant les personnages, ici, le narrateur est plutôt effacé, spectateur de ce qui se passe autour de lui plutôt qu’acteur. En effet, voulant être mis en relation avec la duchesse de Guermantes, il demande à quelqu’un d’intercéder en sa faveur, car ses maigres tentatives n’ont rien donné. Effacé aussi dans les conversations de salon, où les autres invités lui posent des questions, mais où la réponse est rarement retranscrite, ou dans un discours rapporté du style : « j’ai alors dit que ». On sent les réflexions faites par le narrateur au moment où il écrit, plus que par l’adolescent qui vit les choses au moment où le lecteur les lit. Ainsi, le narrateur / personnage est-il double, et est-ce plutôt le personnage qui est effacé ; le narrateur, lui, commente les attitudes, les événements, les paroles, lance parfois de légères piques, montre le ridicule ou la bêtise d’un personnage, d’une situation ou d’une réplique. Après le narrateur, le second personnage principal est la duchesse de Guermantes (qui s’appelle Oriane !) Dans la première partie, mystérieuse et inaccessible, hautaine et froide, déesse parmi ses sujets, elle devient tout le contraire dans la seconde. Ce revirement de situation est expliqué par les sentiments du narrateur à son égard (mais je ne vais pas tout dire quand même !) Il n’est pas possible de remettre en doute l’intelligence de la duchesse, ni son esprit ; mais ses critiques constantes sur les autres ont fini par m’agacer, et plus j’ai fait la connaissance du personnage, moins je l’ai apprécié. Sa bonté est équilibrée par une espèce de malveillance envers aristocrates et domestiques confondus. Ce que j’ai aimé jusqu’au bout chez elle, c’est son sens de la repartie, son originalité face à une situation (l’enveloppe de Mme la comtesse Molé) ou à une parole, ainsi qu’une culture que les autres aristocrates ne semblent pas avoir. J’ai aussi eu un peu mal au cœur pour elle en voyant son mari, le duc de Guermantes. Je n’ai pas pu aimer ce personnage, du début à la fin. Coureur de jupons, hypocrite, manipulateur, certain de sa richesse et de sa renommée, incapable de ne pas se vanter de ses origines, de sa naissance, de ce qu’il a, un homme qui trouve plus important un dîner que la mort d’un ami ou d’un parent, mais qui ne saurait être accompagnée d’une femme dont l’apparence n’est pas parfaite pour lui ! Certaines phrases m’ont fait grincer des dents, tout comme celles de M. de Charlus, dans la dernière scène où il apparaît (j’aurais réagi comme le narrateur, ou pire !) Les parents du narrateur sont plus effacés ici, excepté la mère à la fin de la première partie : elle semble si douce et courageuse, la dévotion même ; elle est touchante, tout comme la grand-mère. Malade, affaiblie, elle tente de conserver les apparences, jusqu’à ce que ce ne soit plus possible. Elle m’a fait mal au cœur, sa douleur est si forte, même si elle tente d’en préserver sa famille. D’autres personnages apparaissent, comme Saint-Loup, que j’apprécie pour son amitié protectrice envers le narrateur (qui a un sens de l’amitié assez particulier quant à lui !), pour son opposition à sa famille, pour ses manières différentes de celles des aristocrates guindés qui montrent leur dédain dès la première poignée de main ; Françoise, qui m’a agacé autant qu’elle agace le narrateur, qui m’a paru très contradictoire ; Swann, qui fait une brève apparition, et qui m’a semblé très chaleureux, agréable, tout à fait différent des autres personnages, une petite bouffée d’air frais ; Albertine, qui apparaît changée au narrateur, différente, mais plus désirable.

La fin est assez abrupte. Elle présage de nouveaux événements, une invitation, des disparitions. Un dernier agacement concernant l’attitude du duc !

 

Donc, un excellent tome, que j’ai aimé pour sa poésie, ses réflexions, pour la présentation du contexte social et politique, pour la découverte des salons, pour la mythologie du narrateur, pour la différence effrayante entre son imagination et la réalité de l’aristocratie, mais surtout pour l’écriture de Proust !

A l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust

Posté : 26 février, 2014 @ 2:06 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

A l'ombre des jeunes filles en fleursGenre : Classique

Editeur : Garnier

Année de sortie : 2009

Nombre de pages : 741

Synopsis : Voici, avec Rabelais, sans doute, Stendhal, Hugo, Balzac et Flaubert, le plus grand romancier de notre littérature. A l’ombre des jeunes filles en fleurs prend la suite de Du côté de chez Swann et constitue la deuxième partie du cycle proustien. Paru à la N.R.F. en novembre 1918, le livre obtient, grâce en partie à une campagne enthousiaste de Léon Daudet, le prix Goncourt en décembre 1919. Il apporte enfin à Marcel Proust une reconnaissance qu’il attendait depuis longtemps. Du côté de chez Swann racontait l’amour de Charles Swann pour Odette de Crécy. A l’ombre des jeunes filles en fleurs s’ouvre sur l’amour du narrateur pour Gilberte, la fille de Swann et d’Odette. L’intelligence, bien entendu, mais aussi un profond pessimisme sont au cœur d’A la recherche du temps perdu et d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs. Proust, qui était si gentil dans la vie de chaque jour, est impitoyable dans son livre. Son décor est fait de beauté, d’arbres en fleurs, d’œuvres d’art, d’élévation – et de cruauté entre les êtres. Cette cruauté, qui éclatera dans Sodome et Gomorrhe et dans La Prisonnière, est déjà présente dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs. Il est difficile de lire Proust, qui est longtemps passé pour un auteur ennuyeux, sans éclater de rire. Le comique des descriptions, des attitudes, des conversations ne cesse jamais de se conjuguer avec le charme des haies d’aubépines et des jardins sous le soleil, et avec l’horreur de ces passions qui torturent les humains.

 

Avis : J’avais vraiment aimé le premier tome d’A la recherche du temps perdu, j’ai donc eu moins d’appréhensions à aborder ce deuxième tome assez volumineux et tout de même impressionnant, que je devais lire pour les cours. J’ai commencé ce volume en Décembre, et je ne le finis que maintenant, non pas parce qu’il est très difficile à lire, ni parce qu’il est ennuyeux, mais parce que j’avais d’autres choses à faire et que, j’avoue, je l’ai un peu oublié … (shame on me !)

Ce deuxième tome est vraiment bien, même si je lui préfère quand même le premier. Les phrases sont toujours aussi longues, parfois même lourdes, on s’y perd un peu parfois, mais cela vaut vraiment le coup. Une fois dedans, on suit le fil qu’a tendu l’auteur et on a envie de savoir, on a envie que cela continue. Dans ce tome, on ne suit que le narrateur, dans son périple à Paris puis à Balbec. Il est facile de passer de la première à la deuxième partie, et on ne se rend pas compte du temps qui passe dans le livre.

La première partie est consacrée à l’amour du narrateur pour Gilberte, la fille de Swann et Odette. Le narrateur nous livre ses pensées, utilise de nombreuses images pour décrire ce qu’il ressent. En réalité, tout ce qu’il voit ou ressent est métaphorisé. Son histoire avec Gilberte est particulière : il l’aime, mais il ne lui dira pas, et il finira par l’oublier quand il partira pour Balbec. Dans cette partie, le narrateur nous parle aussi d’Odette, qui le fascine, et de son envie de plaire aux parents de Gilberte pour être accepté chez elle, ce qu’il finira par être. C’est également ici que le narrateur entretient des relations avec M. de Norpois et Bergotte, son idole. Il se sent déjà une vocation d’écrivain et cherche à s’inspirer de son modèle. Ses relations à Paris sont exposées, et l’on découvre déjà son envie de se rapprocher de ceux qu’il aime sans leur dire, de se les attacher, ce qui arrivera aussi avec Albertine dans la deuxième partie.

Dans celle-ci, le narrateur part pour Balbec, l’endroit où il désirait tant aller ! Mais il est déçu de le découvrir, il l’imaginait autrement. On retrouve le motif de la chambre, hospitalière ou hostile, à laquelle il devra s’habituer. Il est parti avec sa grand-mère et Françoise. Dans cette partie, le narrateur poétise le monde, et surtout, sa fenêtre qui donne sur la mer, et qu’il transforme en tableau. On découvre de forts liens entre la peinture et la littérature, mais également entre l’architecture et la littérature. La cathédrale, motif qui servit à l’auteur pour écrire son œuvre, revient à intervalles réguliers dans le livre. La poésie se mêle très largement à l’œuvre de Proust et la rend agréable, imagée. D’autres choses que ce que le narrateur décrit se cachent derrière les choses vues. Dans cette partie, le narrateur fait la connaissance d’Elstir, le peintre, mais également d’Albertine et de sa bande. On découvre ses hésitations amoureuses, sa passion, son désir, mais aussi ses déceptions quand il se rend compte que les gens ne sont pas tels qu’il les avait imaginés.

Le livre se finit sur le départ du narrateur de Balbec. On peut penser qu’il y retournera, et qu’il retrouvera les personnages importants qui ont été présentés ici. Le tome se termine sur un dernier tableau, puisque Françoise ouvre les rideaux sur la fenêtre que le narrateur observe chaque jour. Le temps se trouve également dans cette fin, puisque le jour d’été est assimilé à une momie en robe d’or, donc déjà mort.

On comprend le titre en ayant lu le livre en entier : Gilberte est une des fleurs, mais les jeunes filles en fleurs sont clairement les filles de la bande, toutes comparées à des fleurs différentes, mais aussi dans la fleur de l’âge, au moment où les désirs s’éveillent. Cela fait encore partie de la poétisation du monde du narrateur.

Un seul petit bémol : l’édition. Fautes à répétition, phrases mal construites, oubli de mots, ajout de bouts de phrases déjà écrits : c’est déjà assez compliqué à lire sans qu’en plus, on nous mette des bâtons dans les roues ! C’est vrai que c’est une belle édition, mais je préfère celles qui sont écrites convenablement !

 

C’est donc un très bon deuxième tome, empli d’émotions diverses, assez long, mais vraiment plaisant et qui donne envie de lire la suite !

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