Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Ainsi philosophait Amélie Nothomb de Marianne Chaillan

Posté : 1 mai, 2019 @ 2:28 dans Avis littéraires, Coup de cœur, Partenariats | Pas de commentaires »

Genre : Philosophie Ainsi philosophait Amélie Nothomb

Editeur : Albin Michel 

Année de sortie : 2019

Nombre de pages : 203

Synopsis : Amélie Nothomb, morte? Elle ne se souvient de rien. Voici pourtant qu’une dénommée Plectrude lui annonce la sinistre nouvelle. Elle lui révèle également qu’une identité posthume est attribuée à chacun au terme d’une cérémonie. L’un ira au paradis des cinéastes et l’autre au paradis des boulangers, par exemple. L’éternité est moins longue lorsqu’on échange autour d’une passion commune… Amélie s’attend donc à retrouver Stendhal et Virginia Woolf au paradis des écrivains. Sutpeur! Elle se retrouve au paradis des philosophes, aux côtés de Platon et de Nietzsche! S’agit-il d’une erreur? En faisant appel de cette décision, Amélie va subir un drôle de Jugement dernier au cours duquel viendront témoigner les illustres gloires de la philosophie, depuis Spinoza jusqu’à Sartre.

Ecrit « à la manière » d’Amélie Nothomb, ce contre philosophique de Marianne Chaillan est un voyage aussi drôle que méditatif qui invite le lecteur à découvrir autrement l’œuvre de la romancière mondialement célèbre.

 

Avis : Je ne connaissais pas l’existence de ce livre avant d’entendre Amélie Nothomb en parler dans une vidéo ! Je me suis dit que le concept était très intéressant, et je me suis empressée de demander un service presse à la maison d’édition, qui a gentiment accepté de m’envoyer Ainsi philosophait Amélie Nothomb !

Je dois d’abord l’avouer : je suis « fan » d’Amélie Nothomb ; j’ai lu la majorité de ses livres, et la plupart m’ont beaucoup plu ! C’est une écrivaine accessible, gentille, et ouverte d’esprit ! Je n’adore pas toutes ses œuvres, mais celles que j’adore se trouvent assez haut dans le classement de mes livres préférés, notamment Journal d’Hirondelle, Biographie de la faim et Hygiène de l’assassin. Je trouve qu’Amélie a une imagination très fertile, décalée ; rien ne ressemble à un de ses romans ! Elle écrit très bien, d’une manière que je considère souvent comme poétique ; elle apprend des choses à son lecteur et le fait toujours réfléchir ! Ses œuvres sont intelligentes ! Donc, l’idée d’un livre qui ferait le lien entre elle et certains philosophes : autant vous dire que j’étais emballée !!

Et je n’ai pas été déçue ! Tout d’abord, j’ai adoré que ce livre soit en fait de la non-fiction déguisée en fiction. Pour ne pas brusquer le lecteur, pour ne pas lui faire lire un essai, Marianne Chaillan décide de reprendre la manière d’écrire d’Amélie Nothomb. Et on peut dire que c’est une réussite ! J’ai adoré cette histoire, ce cadre ! Amélie, personnage du roman, se trouve au paradis, assignée à celui des philosophes au lieu de celui des auteurs de littérature. Elle fait appel et, à son procès prennent part dix grands philosophes, qui vont analyser dix de ses livres. La lecture est fluide, rapide, et tout est compréhensible ! En effet, on pourrait penser qu’étant donné qu’on touche à la philosophie, les concepts sont compliqués, et donc que l’on ne comprend pas toutes les idées. Mais Marianne Chaillan, après avoir employé certaines notions, fait expliquer à ses philosophes leurs idées avec des exemples faciles à comprendre. Elle fait donc exactement ce que fait Amélie Nothomb sans s’en rendre compte : elles rendent toutes deux la philosophie accessible, l’une par la fiction ou la non-fiction – selon ses œuvres –, l’autre par une analyse poussée et qui fait parfois écho au ressenti des lecteurs. En effet, à la lecture de certains passages, je me suis rendu compte que j’avais compris certaines idées philosophiques en lisant l’œuvre de l’écrivaine, sans pour autant être capable de mettre des mots clairs et précis sur ce que j’avais ressenti. D’autres fois, Marianne Chaillan apporte un éclairage tout à fait nouveau sur les œuvres, je pense notamment au Fait du Prince, que je n’avais pas du tout lu de cette façon ! Et quelle joie de voir certains de mes livres préférés être analysés !

Je trouve également l’idée de ce livre excellente car, il faut l’avouer, Amélie Nothomb est souvent décriée, que ce soit par certains universitaires ou par certains lecteurs – parfois sans que ceux-ci l’aient lu d’ailleurs ! Marianne Chaillan montre ici que l’écrivaine a beau écrire quatre romans par an et n’en publier qu’un, celui-ci est riche d’idées, souvent original, et fait réfléchir pour qui gratte un peu la surface. Voir de grands philosophes expliquer à quel point ils ont apprécié leur lecture d’Amélie Nothomb, la nommer leur successeur, la reconnaître comme une des leurs, les voir dire « lisez tel roman pour comprendre mon idée » : comme c’était satisfaisant ! Pour autant, le procès de l’écrivaine ressemble plus à un éloge qu’à une défense contre les critiques, ce que j’ai également énormément apprécié ! Les analyses de Marianne Chaillan ne sont pas forcées, et on sent son amour à la fois pour l’œuvre d’Amélie et pour les philosophes que l’on rencontre. Ainsi philosophait Amélie Nothomb donne donc autant envie de relire les œuvres de l’écrivaine que de lire les œuvres des philosophes !! 

La fin est digne d’un roman d’Amélie ! La chute est inattendue, surprenante ! Et cette mise en abîme : j’adore !! 

Petit plus : j’ai adoré les jeux de l’autrice, du genre, reprendre le début des Catilinaires de Cicéron en écrivant « Jusqu’à quand abuseras-tu de ma patience Sartre ? Jusqu’à quand ta fureur nous poursuivra-t-elle ? » Ou voir de petites références littéraires/culturelles par-ci par-là ! Elle a aussi apporté de petites touches d’humour bienvenues !

Attention : pour ceux qui n’auraient pas lu les œuvres analysées, l’autrice spoile la fin. Je fais la remarque pour ceux que ça pourrait gêner. Je vous conseille donc de lire d’abord les livres d’Amélie, puis de vous plonger dans celui de Marianne Chaillan ! 

 

Donc, j’ai adoré ce voyage au pays des philosophes ! Tout était bon : l’écriture, l’histoire-cadre, les idées ! A lire, que vous soyez fan d’Amélie ou non ! 

 

Candide de Voltaire

Posté : 2 avril, 2019 @ 7:41 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Philosophie, Conte Candide

Editeur : Hachette 

Année de sortie : 1976 [1759]

Nombre de pages : 178

Synopsis : Pas de résumé à l’arrière de cette édition.

Résumé sur Livraddict : 

Candide, le fils supposé de la soeur du baron de Thunder-Ten-Tronckh, vit dans l’innocence d’une jeunesse protégée par l’enseignement de son précepeteur, Pangloss. Pour ce dernier tout est au mieux. Dans ce paradis, le jeune homme découvre l’amour en la personne de Cunégonde, la fille du baron. Les jeunes se font surprendre dans une position accablante et Candide est chassé, à grands coups de pieds dans le derrière. Notre héros se trouve de la sorte propulsé dans le récit.

 

Avis : J’ai entendu tout un tas de choses sur Candide : que c’était génial et que c’était nul notamment !

Je ne peux pas dire que Candide est nul, mais je ne pense pas non plus que c’est génial : c’est plus une question de goût. Donc, je ne déteste pas Candide, mais je ne l’adore pas non plus ! Je reconnais sa valeur littéraire, j’ai aimé les satires/critiques sociales et religieuses, j’ai aimé reconnaître les tropes de certains genres comme le conte de fées. Je suis d’accord avec certaines idées suggérées dans le livre : la guerre est absurde, et chaque camp se persuade qu’il est légitime, notamment grâce à la religion. Tout ne peut pas rester théorique, et on ne peut être toujours candide, ou optimiste à l’excès. Ainsi, tous les personnages sont tournés en ridicule, et notamment Pangloss et Candide. Ils refusent de reconnaître que tout ne va pas bien dans leur monde, et en subissent les conséquences. Le seul que l’on pourrait considérer comme épargné par le ridicule est Martin : certains le voient comme une figure du narrateur ou même de l’auteur dans l’œuvre !

L’écriture est très bonne – c’est Voltaire, comment pourrait-il en être autrement ? – et c’est l’un des rares auteurs qui injecte de l’humour dans ces œuvres !! J’ai ri au début de ma lecture, puis je me suis peu à peu lassée. Malgré l’ironie qu’utilise l’auteur, l’horreur de la guerre, par exemple, au début du conte, est assez difficile à digérer.

Même la fin, qui paraît « redorer » les personnages, en quelque sorte, n’est pas parvenue à me faire oublier le ridicule qui les a frappés tout le long de l’œuvre !

 

Donc, une bonne lecture, mais rapidement lassante.

 

La Guerre de la terre et des hommes, tome 1 de Pascal Bacqué

Posté : 12 septembre, 2018 @ 7:51 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Philosophie, Historique La Guerre de la terre et des hommes

Editeur : Massot littérature 

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 440

Synopsis : Mon édition ne comporte pas de synopsis, mais des commentaires de lecteurs. Je vous mets donc le synopsis que j’ai trouvé sur Internet, et les commentaires ! 

S’il n’y avait pas eu « l’objet de plus », tout aurait été plus simple : il ne se serait jamais rien passé. Mais depuis qu’il est apparu, les hommes n’ont pas eu de repos.

Churchill, Mai 1945. Son dîner avec Tolkien et Lord Bute, le grand compositeur. Le monde est au bord d’une nouvelle mue. Comme toujours, c’est dans la tourbe que les hommes sont redéfinis. Cette tourbe, c’est eux.
Décembre 999 : L’empereur Otton et le pape Sylvestre rendent visite à Harr, père d’Elias et d’Hermann. Pourquoi cette visite du pouvoir à l’Intelligence ? C’est un secret honteux. L’Histoire en procédera.
Entre les deux récits parallèles, ce livre est notre saga épique. Celle de la quête, par Mulligan et Bute, par Churchill et Tolkien, du sens et du vivant menacé.
Un étrange et véridique bilan de notre monde occidental, au moment de sa suspension angoissée au dessus du néant : avant la peur de l’avenir, affronter celle du passé.

« Lorsque j’ai découvert le texte de Pascal Bacqué, j’ai tout de suite eu le sentiment d’être devant un livre exceptionnel, devant l’ambition d’expliquer la face cachée du monde. De raconter le combat de la tourbe fondamentale et du bâton de la connaissance, seul capable, peut-être, de s’opposer au pouvoir du mal. Je pense que La Guerre de la terre et des hommes est un livre qui fera date non seulement dans l’histoire de la littérature mais également dans l’histoire tout court. »

Jean-Claude Fasquelle, ancien PDG des Editions Grasset & Fasquelle

« J’aime qu’un auteur ait aujourd’hui une ambition folle avec le monde, et vienne avec un livre-monstre. J’aime qu’il réanime la poétique et la langue française par un mythe, qui prend Tolkien comme un point d’appui. J’aime me trouver ici en compagnie de Churchill et de Jean Genet, de Georges Bataille, de Walter Benjamin …

J’aime l’idée que depuis l’aube de l’Histoire, quelque chose de notre avenir se joue dans la tension entre la Tourbe primitive et soixante-dix descendants de Noé, dépositaires du bâton de Moïse … J’aime ce mélange vertigineux, talmudique, d’érudition et d’humour facétieux. Bienvenue dans cette Arche de Bacqué ! »

François Samuelson, agent littéraire

« Ici se déroule le Roman de l’Histoire. Il faut le prendre au pied de la lettre, car sa lettre est esprit. Pascal Bacqué en est le scribe facétieux. Je veux dire : réfractaire. D’autant qu’il reprend le flambeau de James Joyce. »

Paul Audi, philosophe et écrivain

« La Guerre de la terre et des hommes est une œuvre inclassable, aussi limpide que prolifique, traversée par un souffle puissant qui bouscule les siècles. »

Antoine Mercier, France Culture 

 

Avis : Le livre m’a été envoyé par l’éditeur, que je remercie encore !

Première impression à l’ouverture du livre : « Mais qu’est-ce que je suis en train de lire ? Dans quoi je m’embarque ? » Nous sommes clairement en présence d’un ovni, une œuvre inclassable, et, en fin de compte, accès difficile d’accès. Je n’ai pas tout compris, j’en suis sûre, même si j’ai bien compris l’idée principale, le fil rouge, le « message » du texte. Ce roman nous présente une sorte d’histoire alternative pour nous faire comprendre la lutte entre la tourbe primitive dont sont issus les hommes, et le bâton de la connaissance, possédé par Hermann. J’ai tenté de prendre l’intrigue au sens philosophique, sans quoi le livre n’a pas de sens, et paraît complètement loufoque – il a tout de même l’air fou, même de ce point de vue ! Les trois personnages principaux sont Churchill, Tolkien et Bute ; il faut ajouter Mulligan et Hermann, ainsi que des personnages vivants à des siècles antérieurs, et qui permettent de comprendre la situation de 1945. Bien sûr, la Seconde Guerre mondiale, vu l’année, a une certaine importance, tout comme la Fantasy de Tolkien : l’histoire du Seigneur des anneaux prend une couleur mythique, puis historique, et l’auteur passe pour un visionnaire qui a compris l’histoire fondamentale, la lutte éternelle.

J’ai été conquise par la première partie, notamment quand j’ai compris le « message ». L’écriture est très bonne, et le narrateur joue avec le lecteur ; il lui laisse entendre qu’il est un personnage de l’histoire, mais qu’il ne peut pas encore révéler qui exactement. La deuxième partie m’a bien moins attirée ; le côté religieux m’a détachée du livre. Je suis tout à fait pour le côté spirituel, la recherche de quelque chose de plus chez l’homme, la question de l’esprit ; mais je ne pense pas que la religion soit le seul chemin. C’est celui que prend Fabrizio, même s’il n’est pas tout à fait convaincu. La troisième partie revient aux trois personnages, mais je n’ai pas retrouvé l’entrain de la première partie. Le fait de ne pas tout comprendre m’a un peu lassée, comme la répétition constante liée à « l’objet de plus ». La fin est énigmatique, je suis intriguée par la suite ; mais aurais-je la force de lire un deuxième tome aussi obscur que le premier ?

Bémol de taille pour moi : aucune femme qui tienne un rôle important. On pourrait dire que c’est aussi le cas chez Tolkien ; mais je n’oublie pas Galadriel, Arwen et Eowyn. Toutes sont différentes : Galadriel est mythique, une elfe-reine-déesse, qui convoite le pouvoir, mais y résiste. Arwen est amoureuse d’un homme, amour interdit par son père et les règles de vie elfique et humaine. Elle les brave sans regrets. Eowyn est une femme guerrière, capable de prendre les armes pour protéger son peuple, aussi vaillante que les hommes, et, surtout, capable de tuer celui qu’aucun homme n’est parvenu à abattre. Chez Pascal Bacqué, pas de femme, excepté les épouses de Churchill et Tolkien qui ont un rôle minime. Juste une femme mythique, réceptacle de l’amour, esclave des hommes, une femme démone au nom de sainte. J’aurais aimé avoir au moins un personnage féminin important, ne pas me retrouver seulement face à des hommes assez arrogants, que ce soit Churchill ou Benjamin. Certains tiennent des propos aberrants, que ce soit sur l’intelligence ou sur les femmes elles-mêmes ! Dommage ! Cela donne l’impression que le terme « hommes » du titre ne se rapporte pas au genre humain, mais bien à l’être de sexe masculin. 

 

Donc, un livre métaphorique sans aucun doute intéressant, et qui fait réfléchir, mais difficile d’accès, assez obscur, et sans aucun personnage féminin important ! 

Traité sur la tolérance de Voltaire

Posté : 14 août, 2017 @ 1:51 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Philosophie, Essai Traité sur la tolérance

Editeur : Folio (Sagesses)

Année de sortie : 2016 [1763]

Nombre de pages : 132

Synopsis : Convaincu de l’innocence de Calas exécuté en 1762, Voltaire met sa plume au service de la justice pour demander sa réhabilitation. Le négociant huguenot était accusé du meurtre de son fils qui voulait se convertir au catholicisme.

Avec une ironie mordante et un style inimitable, l’écrivain plaide pour le respect des croyances et l’esprit de tolérance.

 

Avis : Je n’avais pas l’intention de lire ce livre, mais il est au programme de l’année à venir ; donc, pas le choix !

Etrangement, je suis le genre de personnes qui ne lient pas les livres quand ils sont réédités pour une occasion particulière. Après l’attentat contre Charlie Hebdo, tout le monde s’est rué sur Traité sur la tolérance de Voltaire ; je me suis demandée à quoi ça leur servirait. Il était trop tard. J’ai maintenant lu ce livre, et je l’ai trouvé excellent, comme Micromégas, seul autre livre que j’ai lu de Voltaire. Et je me suis demandée ce que ces gens y ont trouvé. Je doute qu’il les ait rassurés, mais je pense qu’il a pu aider ceux qui ne savaient pas quoi penser, qui se retrouvaient bouche bée devant un événement qu’ils ne comprennent pas. Il a pu les empêcher de faire l’amalgame entre terroristes et musulmans, de répondre à la violence par la violence.

Mais parlons du livre en lui-même. Voltaire a écrit ce Traité sur la tolérance à l’époque de l’Affaire Calas, modèle d’intolérance et d’injustice. En effet, Jean Calas, protestant, est accusé d’avoir assassiné son fils parce qu’il voulait se convertir au catholicisme. Sans preuves, le capitoul de Toulouse a condamné Calas à la roue. La justice a tué un innocent à cause de sa religion, parce qu’elle n’était pas la tendance dominante. Peut-on faire plus intolérant, plus injuste et plus absurde ? Même si cette affaire date de 1763, je ne peux pas m’empêcher de m’énerver en y pensant. Mais comment peut-on être aussi cruel, aussi idiot, pour tuer quelqu’un parce qu’il ne pense pas comme nous ? Dans ce cas, si quelqu’un n’aime pas mon livre préféré, je vais le tuer parce qu’il a un avis différent du mien ? Mais, revenons à Voltaire ! Ici, il s’en prend à la religion catholique principalement, montrant en quoi elle a déformé l’histoire pour se faire plaindre – notamment quand Voltaire explique les relations entre Romains et chrétiens -, reproduisant une lettre scandaleuse d’un père de l’Eglise qui demande l’exécution de millions de personnes parce qu’elles sont protestantes. Mais comment peut-on concilier les principes de la religion avec ce genre de propos ?! Voltaire nous montre comment ils y parviennent – par hypocrisie et en jouant sur les mots, ce qui est agaçant au possible !! L’auteur nous parle également de la tolérance dans d’autres pays, et notamment au Japon et en Chine. J’ai vraiment aimé découvrir leur façon de penser, ainsi que l’histoire, racontée par Voltaire. Il nous explique même comment l’intolérance ne devrait pas exister dans la religion catholique, pourquoi, et qui a le droit d’être intolérants selon le texte de sa religion ! Bien sûr, Voltaire écrit avec une bonne dose d’ironie bienvenue ! Pour autant, il reste déiste, et sa prière à Dieu, à la fin du livre, sonne comme une prière aux hommes : réveillez-vous, rendez-vous compte que, si vous croyez en Dieu, et même si vous n’y croyez pas, l’homme n’a pas été créé pour s’entretuer, pour se nuire, pour se détruire. La vie est si courte, et notre passage sur Terre, si insignifiant, qu’il est idiot de passer ce temps dans la haine. J’ai retrouvé des réflexions de Micromégas vers la fin. Un chapitre a été ajouté pour nous parler de la réhabilitation de Calas et de l’indemnisation de sa famille ; ou comment réparer une injustice quand il est déjà trop tard. Je vous avoue que je suis souvent dégoûtée en voyant ce que l’homme est capable de faire à un autre homme pour des raisons ridicules.

 

Donc, ce livre est important, il délivre un message fort, et il est triste qu’il faille attendre un attentat pour qu’on écoute à nouveau Voltaire. Il est même triste qu’on est besoin de l’écouter : la tolérance devrait être acquise depuis le temps. Encore du chemin à faire !

Micromégas de Voltaire

Posté : 20 septembre, 2016 @ 10:12 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Micromégas Genre : Philosophie

Editeur : Folioplus classiques

Année de sortie : 2009

Nombre de pages : 37

Synopsis : Dans Folioplus classiques, le texte intégral, enrichi d’une lecture d’image, écho pictural de l’œuvre, est suivi de sa mise en perspective organisée en six points : Mouvement littéraire : Voltaire et les Lumières ; Genre et registre : Le conte philosophique et les armes du comique ; L’écrivain à sa table de travail : Elements pour une histoire de la publication de Micromégas ; Groupement de textes : Voyages et estrangement ; Chronologie : Voltaire et son temps ; Fiche : Des pistes pour rendre compte de sa lecture.

 

Avis : J’ai choisi ce livre par qu’il était petit, que je ne mettrais pas trop de temps à lire, et qu’un ami m’en avait parlé en me disant qu’il était très bon.

Mais quelle intelligence !! Voltaire nous offre ici une petite leçon d’humilité, tout en nous faisant rire ! En effet, à travers l’histoire du géant Micromégas, le philosophe nous fait comprendre notre orgueil et la limite à laquelle nous nous heurterons toujours en ce qui concerne la connaissance. On ne peut pas tout savoir, et même si l’on possédait plus de sens, si l’on pouvait percer dans plus de domaines de la science, il y aurait toujours un angle mort, un coin aveugle que l’on ne pourrait pas connaître. De plus, les mentions de la brièveté de la vie sont aussi très intéressantes : même si l’on vivait mille ans, cela ne nous suffirait pas ni pour tout connaître, ni pour être satisfait. J’ai adoré le passage de la fin où l’habitant de Saturne s’extasie sur la connaissance extérieure qu’ont les terriens ; quand il leur parle de la connaissance de l’âme, ils sont incapables d’être d’accord, incapables de donner une réponse correcte. En effet, on connaît mieux ce qui extérieur à nous ! Quel comble quand on le lit dans la bouche d’un extraterrestre ! J’ai également adoré la façon qu’a Voltaire de rabattre le caquet des autorités de l’époque en mentionnant la censure et autres bêtises en parlant d’un auteur qui n’existe pas, Micromégas. Je ne pensais pas trouver ce texte drôle, et finalement c’était bien le cas !

 

Donc, une excellente surprise, un texte qui nous fait réfléchir, et qui m’a fait rire quand je ne m’y attendais pas !

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