Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Blind Willow, Sleeping Woman de Haruki Murakami

Posté : 7 décembre, 2015 @ 3:46 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Blind Willow Sleeping Woman Genre : Nouvelle, Contemporaine

Editeur : Vintage Books

Année de sortie : 2007

Nombre de pages : 436

Synopsis : Here are animated crows, a criminal monkey, an ice man, as well as the dreams that shape us and the things we might wish for. Whether in a chance reunion in Italy, a romantic exile in Greece, a holiday in Hawaii or in the grip of everyday life, Murakami’s characters confront loss, or sexuality, or the glow of a firefly, or the impossible distance between those who ought to be closest of all. Following the success of Kafka on the Shore comes a collection that gives full rein to Murakami’s inventive mastery. From the surreal to the mundane, these stories exhibit his ability to transform the full range of the human experience in ways that are instructive, surprising and relentlessly entertaining.

 

Avis : J’ai lu il y a peu de temps un premier livre de Murakami, La fin des temps, que j’avais aimé, mais qui m’avait vraiment semblé trop étrange pour être un coup de cœur. J’ai voulu vite retenter l’expérience, cette fois-ci avec un recueil de nouvelles dont j’ai entendu beaucoup de bien.

Généralement, j’aime beaucoup les nouvelles. Courtes, claires, sans lacunes dans le style d’écriture et dans l’action du texte, elles sont souvent très percutantes, et comportent normalement une « vraie » fin. C’est également le cas ici chez Murakami. Les histoires racontées sont frappantes, très différentes les unes des autres, toutes profondes et assez tristes. Elles reflètent la vie tout en lui ajoutant des penchants fantastiques. Ce recueil n’est pas un coup de cœur, mais il n’en est pas loin. Les nouvelles provoquent toujours une émotion vive une fois qu’elles sont terminées : un choc, une incompréhension, une révélation. Il n’y a qu’une seule fin qui m’a laissé perplexe, celle de « New York Mining Disaster ». L’écriture quant à elle, est prenante, elle emmène le lecteur dans le monde de l’auteur, elle est parfois poétique, mais aussi impliquée dans la réalité, comme quand l’auteur nous dit qu’une nouvelle est directement reliée à sa propre vie. J’ai préféré « Birthday Girl », « The Mirror », « A Folklore for My Generation: A Prehistory of Late-Stage Capitalism », « The Seventh Man », « The Ice Man », « Chance Traveller » et « Where I’m Likely to Find it » aux autres nouvelles. Les thèmes principaux m’ont semblé être la perte, la mort, le deuil, mais aussi la capacité de se relever après avoir perdu un être cher.

« Blind Willow Sleeping Woman » est la première histoire du recueil. On y découvre un jeune homme qui emmène son cousin à l’hôpital ; pendant le trajet, puis, pendant qu’il l’attend, il repense à un de ses amis, à sa petite amie, et à l’histoire qu’elle racontait à propos d’une femme endormie, et des saules-pleureur qui causaient ce sommeil. La mort est présente dans cette nouvelle grâce à l’histoire, mais aussi plus directement. Le narrateur ressent toujours un sentiment de perte, accentué par le fait qu’il se trouve dans un hôpital et que sa vie ne semble pas prendre la direction qu’il voulait lui voir prendre. Derrière la poésie de la nouvelle se cache l’horreur de la mort, mais peut-être aussi celle de la métaphore de la vie vue par le narrateur. J’ai beaucoup aimé « Birthday Girl« , l’histoire des 20 ans d’une jeune fille qui doit travailler ce jour-là et va rencontrer son patron pour la première fois. Ce qui lui arrive semble irréel, et, pendant un moment, le lecteur peut avoir envie d’être à sa place ; mais le choix de la jeune fille est surprenant. La fin l’est également : elle peut être interprétée de différentes façons, et j’ai été très surprise par ce que j’en ai compris ! C’était une vraie nouvelle dont la fin est une chute inattendue qui laisse le lecteur scotché ! « New York Mining Disaster » m’a semblé assez triste, dans la mesure où les morts s’enchaînent sans cesse. L’ironie de la situation du narrateur est grinçante. En revanche, j’avoue que je n’ai pas compris le rapport entre l’histoire et la fin de la nouvelle … « Aeroplane: Or How He Talked to Himself as If Reciting Poetry » présente deux personnages dont l’un récite une sorte de poème dès qu’il est seul. L’autre veut lui en parler, ce qui donne la nouvelle. Elle semble évoquer le besoin d’évasion, et le malheur du second personnage entre en résonance avec ce besoin. Ce poème donne lui donne aussi l’occasion de parler au premier personnage, de lui révéler quelque chose sur sa vie. « The Mirror » m’a fait penser à une nouvelle fantastique de Maupassant ou de Poe ; j’ai eu peur en la lisant ! Le fantastique est distillé de façon à terrifier à la fois le personnage et le lecteur, qui se sent emporté dans l’histoire contre son gré, et se met à regarder les miroirs différemment. Dans « A Folklore for My Generation: A Prehistory of Late-Stage Capitalism« , l’auteur lui-même s’implique dans sa nouvelle, ainsi que sa génération en général, pour montrer une espèce de syndrome qui les frappent tous. J’ai beaucoup aimé cette nouvelle, à la fois profonde, triste, dont les personnages pensent qu’ils vont s’en sortir à la fin, alors qu’ils finissent par renoncer peu à peu à leur but. Le début de la nouvelle est une présentation des mœurs dans les années 1960, puis débute l’histoire particulière d’un homme, qui raconte sa jeunesse. Plusieurs narrations se croisent ici : c’est à la fois un dialogue et une histoire racontée par l’auteur à partir de ce qui lui a été raconté. Le dialogue intervient comme un commentaire des deux hommes, l’auteur demandant des détails ou une confirmation. L’histoire du jeune homme se prolonge dans sa vie adulte, jusqu’à la conclusion : « It seems to me that very sad things always contain an element of the comical ». Et pourtant, tout comme l’auteur, je n’ai rien trouvé de drôle à la nouvelle. Elle m’a touché, je me suis sentie très mal pour le jeune homme, et je me suis dit que la vie parfois joue des tours cruels à certaines personnes. La conclusion de l’auteur est brève, mais résume bien sa pensée sur la question du rire face à une telle histoire. Elle fait également réfléchir sur sa propre vie, et la place de la « fatalité » dans celle-ci.

« Hunting Knife » est une étrange petite nouvelle où le lecteur fait la rencontre de deux couples : deux jeunes mariés, et une mère et son fils. Le second laisse le premier perplexe ; il semble différent des autres, sans que l’on puisse l’expliquer. La rencontre finale amène une scène étrange, et une révélation qui l’est tout autant. La mémoire semble être problématique pour un des personnages, peut-être à cause d’un accident antérieur. « A Perfect Day for Kangaroos » présente une visite dans un zoo par un couple. Le quotidien est ainsi bousculé ; ce n’est pas grand-chose, et en même temps, ce doit valoir le coup. L’on voit ici que si l’on s’attend à quelque chose d’extraordinaire, l’on peut être déçu de trop avoir idéalisé la chose. « Dabchick » est étrange, et même fantastique à la fin. Il montre les possibilités du langage, celles de créer rien qu’en parlant de quelque chose qui n’existe pas ; celles de convaincre aussi, et de se jouer de son interlocuteur. Le hasard, le « sort », est visible ici, à la fin également. « Man-Eating Cats » part d’un fait-divers pour raconter la vie d’un homme, et de sa liaison avec une femme plus jeune que lui. L’action se passe au Japon, puis en Grèce ; le changement de cadre occasionne un changement de vie total. Une anecdote du narrateur, le jeune homme, est à l’origine de la fin de la nouvelle, qui m’a laissé perplexe. « A Poor Aunt’ Story » est peut-être la plus triste nouvelle du recueil. Le narrateur est un écrivain qui veut écrire à propos d’une pauvre tante ; il se met donc à penser à ce genre de personnes, ce qui lui apporte une étrange visite, qui va se changer en fardeau social. Cela peut montrer la façon qu’ont les gens de traiter un certain type de personnes, comment ce type est abandonné, et semble mort avant même de mourir. Il devient inexistant tout en vivant encore. « Nausea 1979 » traite de la culpabilité, selon le narrateur, d’un jeune homme immoral, qui s’en veut de faire ce qu’il fait sans s’en rendre compte. « The Seventh Man« , par l’histoire que le narrateur raconte, m’a bouleversé. J’ai ressenti la culpabilité du personnage, son mal-être, le fait qu’il se sente hanté par celui qu’il a perdu. La fin était un soulagement ! « The Year of Spaghetti« , toute petite nouvelle, traite de la solitude d’un homme obsédé par les spaghettis. Au début, le lecteur peut trouver l’anecdote drôle, surtout avec la façon de raconter de l’auteur ; mais la fin coupe court à l’humour en le mettant en face de la véritable signification de cette année de spaghettis. « Tony Takitani » raconte l’histoire d’un homme à partir de la jeunesse de son père. Cela explique le prénom étrange du personnage, qui ne sonne pas très japonais. La solitude est le centre de cette nouvelle : elle n’est pas gênante au début de la vie de Tony, mais devient intolérable à partir d’un certain moment. Il la quitte et ne veut jamais la retrouver. Un renversement de situation bouleverse (et détruit) la vie de Tony, le poussant à faire quelque chose de très étrange. La fin est très triste : il ne lui reste que des souvenirs. « The Rise and Fall of Sharpie Cakes » est clairement une nouvelle fantastique, même si elle ne peut être identifiée comme telle qu’à la fin. Un concours s’ouvre pour créer un nouveau gâteau Sharpie, et le narrateur y participe, ne sachant pas du tout dans quoi il se lance. L’entreprise m’a semblé complètement délirante, et au narrateur aussi apparemment !

« The Ice Man » est profondément triste, par la métaphore d’homme de glace qui traverse la nouvelle. La solitude, la douleur sont matérialisées par cette appellation. Le voyage final n’entraîne rien de bon, et la solitude, le froid et le désespoir qui les accompagnent finissent par devenir totaux. « Crabs » est ancré dans la réalité : un couple va manger du crabe dans un restaurant. Mais la façon corporelle de réagir des deux jeunes gens n’est pas la même, ce qui les désunit de manière définitive. Cette nouvelle m’a semblé montrer l’inconstance des sentiments amoureux pour certains, et le fait que le moindre petit défaut de trop peut complètement changer la perception que l’on a de l’autre. « Firefly » est la plus longue nouvelle avec « The Folklore …« . Encore une fois, la mort tient une place importante, et régit même la vie du narrateur : son poids lui fait voir la vie et les gens autrement. Cela engendre une réflexion sur elle, assez pessimiste et fataliste. La perte est également au centre de cette histoire, puisque le narrateur en fait l’expérience : elle est bien rendue par cette phrase, séparée du texte : « I waited for ever », et symbolisée par la luciole. « Chance Traveller » est encore une nouvelle dans laquelle l’auteur s’implique. Cela la rend d’autant plus réelle, et le lecteur veut croire à ce qui est racontée. Elle part d’une anecdote de l’auteur, pour aboutir à une preuve par l’expérience d’un de ses amis. C’est vraiment une de mes nouvelles préférées : d’une certaine façon, elle peut redonner espoir. L’action d’ »Hanalei Bay » se situe à Hawaii. Je ne veux pas raconter l’histoire, donc je vais simplement dire qu’encore une fois, la perte et la mort sont au centre de l’histoire, et une petite note fantastique s’y ajoute. « Where I’m Likely to Find it » est à la fois drôle et profond. Un détective doit retrouver un homme qui a disparu entre le 24e et le 26e étages de son immeuble. Au fil des discussions qu’il a avec les différents voisins, il semble vraiment qu’il mène une enquête ; jusqu’à la dernière, où il est clair que c’est autre chose qu’il cherche. Une petite touche de fantastique semble aussi s’être immiscée ici. « The Kidney-Shaped Stone That Moves Every Day » est une mise en abîme : un jeune écrivain qui a perdu l’inspiration tente de reprendre l’histoire qu’il avait commencée, et qui porte le nom de la nouvelle. Derrière cela, son leitmotiv amoureux, hérité de son père, mène sa vie, et le pousse à faire de multiples erreurs. La fin est une sorte de petite leçon sur la façon de ne pas diriger sa vie, et cela donne une certaine définition de l’amour : « What matters is deciding in your heart to accept another person completely. And it always has to be the first time and the last ». Enfin, « The Shinagawa Monkey« , nouvelle fantastique, porte sur la perte de son identité, et sur la capacité de l’homme à se cacher la vérité quand elle est trop difficile à supporter.

 

En définitive, un très bon recueil de nouvelles, que je recommande pour découvrir Murakami !!

La Dame au petit chien et autres nouvelles de Anton Tchékov

Posté : 16 juin, 2015 @ 7:44 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

La Dame au petit chien Genre : Nouvelle, Classique

Editeur : Folio

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 375

Synopsis : Voici des nouvelles sur le « royaume des femmes ». Ainsi, la Dame au petit chien promène son ennui et son chien sur la digue d’une station de la mer Noire. Un homme solitaire la remarque, l’aime, mais ne peut triompher plus tard de toutes les barrières qui se dressent sur le chemin de leur bonheur. Tchékov souffrait d’une impossibilité d’aimer. Mais l’amour lui inspire émotion ou ironie (« Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas »), et une grande variété de tableaux : « Une nouvelle qui n’a pas de femmes, écrit-il, c’est une machine sans vapeur. » L’héroïne par excellence est pour lui la femme incomprise, qui rêve d’une autre vie, inaccessible.

 

Avis : J’ai d’abord entendu parler de ce livre dans un autre livre : Le Liseur de Bernhard Schlink, que j’ai beaucoup aimé. Je me suis dit : « Tiens, je ne connais pas du tout cette œuvre, je vais me renseigner ». Je l’ai finalement acheté, et j’ai mis un long moment avant de le lire !

Je dois avouer que je n’ai pas vraiment aimé le début du recueil. Je l’ai commencé en août 2014, et je l’ai arrêté parce que je n’arrivais pas à prendre de plaisir à ma lecture. Je l’ai mis de côté pour plus tard. En le reprenant, je me suis rendue compte que je m’étais arrêtée en plein milieu d’une nouvelle, ce qui est assez rare ! Je l’ai donc recommencé, et là, j’ai vraiment apprécié ma lecture. Je ne me souviens plus du tout des premières histoires, excepté « La Princesse », que j’avais vu en cours de philosophie en Terminale, et que j’avais bien aimé. Les nouvelles que j’ai lues en reprenant le livre m’ont semblé bien plus intéressantes que les premières. J’ai repris à « La Cigale », et j’ai tout de suite adhéré à la fois au style de l’auteur et à ce qu’il me racontait.

Le recueil est centré sur les femmes : le lecteur se retrouve en face de différentes dames, ou paysannes, et il se voit relater leur histoire. Les portraits que le livre nous offre sont assez variés : la Dame au petit chien ne ressemble pas du tout à Anna Akimovna, ou à Olga. Leur personnalité est recherchée, profonde, mais aussi assez réaliste, dans le sens où il existe vraiment des femmes comme elles sont décrites ici : certaines ne pensent qu’à l’argent, et d’autres tombent amoureuses régulièrement après la fin d’un amour précédent. J’ai particulièrement aimé « La Dame au petit chien » qui m’avait motivé pour lire ce livre. Le lecteur est touché par les sentiments que ressentent les personnages et qui passent par les mots : la passion impossible, la tristesse d’aimer quelqu’un que l’on ne peut atteindre, l’ennui de n’avoir personne à aimer, le dégoût de celui que l’on a épousé, l’amour simple et tendre, la perte brutale, le renouveau, l’adultère qui survient par ennui ou par amour sincère. En effet, l’amour est le centre du recueil : il est présent dans toutes les nouvelles sous différentes formes, à différents stades. Ainsi, le lecteur se laisse traverser par ces émotions diverses, et voyage, par la même occasion, dans les plaines froides de Russie, les rues de Moscou ou d’autres villes, dans les jardins ou les pièces de la maison des héroïnes, pièces où elles passent le plus clair de leur temps. De plus, l’écriture est agréable, sans fioritures, fluide et simple à lire. Enfin, j’ai trouvé plusieurs fois le même prénom dans différentes nouvelles, mais je ne sais pas s’ils désignent la même personne, ou si deux personnages portent le même nom. Si la première option est la bonne, c’est assez intéressant de retrouver le même héros dans plusieurs histoires, cela donne une idée de la tournure que prend sa vie, et cela m’a fait penser à Bernard Werber, qui écrit des nouvelles puis les reprend pour écrire des romans, ce que je trouve très intéressant, parce que si l’on a aimé la petite histoire, le roman nous permet de prolonger le plaisir que l’on a pris avec des personnages que l’on apprécie.

 

En définitive, un recueil que j’ai d’abord eu du mal à commencer, puis que j’ai aimé. Il nous présente tout un éventail de femmes très différentes, assez réalistes, et nous plonge dans des histoires d’amour variées dans une Russie tout aussi contrastée.

The Loneliness of the Long-Distance Runner de Alan Sillitoe

Posté : 13 juin, 2015 @ 11:40 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

The Loneliness of the Long-Distance RunnerGenre : Nouvelle

Editeur : Signet

Année de sortie : 1994

Nombre de pages : 176

Synopsis : The classic collection of short fiction from ‘one of the best English writers of our day’ – The New York Times. ‘Cunning is what counts in life’, says the seventeen-year-old narrator of the title piece of this exuberant collection of darkly comic tales that established Alan Sillitoe as one of England’s best writers and gave a voice to an entire generation of angry young men. There is the rebellious youth of ‘The Loneliness of the Long-Distance Runner’, whose running becomes a metaphor for his refusal to bow to societal rules in a delinquents’ home. ‘On Saturday Afternoon’ tells the story of a young man, fed up with life and angry at the world, who learns a life lesson when he stumbles across a neighbour attempting suicide. In ‘Noah’s Ark’, a boy who plays a con game at an amusement park gets taken for a spin himself. And ‘The Decline and Fall of Frankie Buller’ is a rollicking tale of unbriedled childhood fantasy and a moving tribute to the liberating powers of imagination. Poignant, often uproarious, and full of life, these nine stories provide stunning social commentary, a collection that stands as a modern classic.

 

Avis : Ce livre m’a été prêté avec un paquet d’autres par quelqu’un que j’apprécie beaucoup et qui participe désormais à mon acquisition de culture littéraire !

J’aime beaucoup les nouvelles, et je trouve qu’il n’y en a pas assez dans la littérature en général, et c’est vraiment dommage. Je trouve que c’est très agréable de lire de petites histoires sans lien les unes entre les autres. Cela peut avoir autant d’impact qu’un roman, peut faire autant réfléchir, et peut aussi bien détendre. Ici sont réunies neuf nouvelles, toutes liées à une exposition de la société telle qu’elle est en Angleterre dans les années juste avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, toutes montrant des tranches de vie assez difficiles, un peu étranges parfois, par exemple dans ‘On Saturday Afternoon’. Souvent les nouvelles sont un peu tristes si on prend du recul, toujours surprenantes dans la réflexion des personnages en tout cas ! C’est une vision du monde que je n’avais pas du tout, donc c’est vraiment un changement d’horizon. L’écriture est particulière, car, lorsque l’auteur écrit à la première personne, il utilise la façon de parler des personnages qu’il a créés, l’argot qu’il est un peu difficile de comprendre parfois, puisque c’était une lecture VO (je ne sais pas si ce livre est sorti en français d’ailleurs, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur). Dans le reste des nouvelles, l’écriture est très bonne, très fluide, relativement facile à comprendre.

Dans ‘The Loneliness of the Long-Distance Runner‘, l’on découvre un jeune garçon qui a une façon de penser qui m’a paru complètement décalée ! Pour lui, son honnêteté n’est pas celle du directeur de Borstal, établissement pour jeunes délinquants ; pour le jeune protagoniste, la vie est une lutte entre ceux qui sont comme lui et ceux qui sont comme le directeur. Pourtant, jusqu’à la fin, le lecteur se demande si le protagoniste ne va pas changer d’avis sur ce qu’il a décidé dès le début : en effet, il est placé dans l’intériorité du personnage, et il suit la moindre de ses pensées. Cela donne quelques répétitions, puisqu’il semble beaucoup ressasser. Lors de la course finale, le lecteur a l’impression d’une extension du temps : tout ce qui est « raconté », ce sont les pensées du protagoniste, avec quelques interruptions liées à la course, mais elle ne semble pas au cœur de l’intrigue, c’est plutôt ce que le personnage en pense qui compte : ce n’est donc pas le fait, mais ce qu’il représente qui importe. La seconde nouvelle est ‘Uncle Ernest‘, la triste histoire d’un homme qui se sent seul, qui n’a personne, et qui va trouver du réconfort comme il peut. La fin est assez triste, il ne voulait pas faire de mal à qui que ce soit, et pourtant, c’est comme cela que la plupart des gens l’ont ressenti, et l’on peut penser qu’en réalité, c’est aussi comme cela que ça se serait passé. Dans ‘Mr. Raynor the School-Teacher‘, l’on découvre un professeur un peu particulier, qui préfère regarder par la fenêtre plutôt que de faire cours, et qui se laisse aller à penser à des filles qu’il ne fait qu’apercevoir, filles qui prennent leur envol ou dont les ailes sont coupées trop tôt. En ce qui concerne ‘The Fishing-Boat Picture‘, le lecteur découvre un couple un peu particulier, qui ne semble pas vraiment s’aimer. Puis, l’histoire finit peu à peu par tourner autour d’un tableau de bateau, le dernier de la flotte. J’ai trouvé cette nouvelle assez étrange, surtout parce que le lecteur ne possède que le point de vue de l’homme, et pas celui de Kathy, qui agit de plus en plus bizarrement. Elle est très mystérieuse, il est très difficile de la cerner, et à la fin, on ne comprend toujours pas vraiment pourquoi elle a fait tout ça, mais simplement qu’elle n’a fait que lui mentir. Dans ‘Noah’s Ark‘, un jeune garçon suit son cousin Bert dans ses « aventures » pour obtenir de l’argent. Il rêve d’être riche, de pouvoir aider ses parents, de pouvoir se faire plaisir aussi. Il est tiraillé entre la culpabilité de ne penser qu’à lui, en tant que jeune enfant confronté à la misère, et l’envie de faire des choses d’enfants, de s’amuser à la foire, de manger à sa faim, et de faire un tour sur l’arche de Noé. La fin est un peu triste, puisque après une journée d’amusement, le lendemain, tout sera pareil, la même misère, le même manque d’argent, et le même abattement.

Dans ‘On Saturday Afternoon‘, j’ai trouvé l’histoire assez étrange, et frappante. Un jeune garçon vit dans une famille où l’on est violent lorsque l’on est énervé, sans raison apparente. Il rencontre un homme qui a acheté une corde, et une fois qu’il l’a entendu dire à une dame qu’il allait se suicider, il le suit, afin de voir ce qu’il va vraiment faire. Les deux personnages dialoguent, et l’enfant ne réagit pas comme on aurait pu s’y attendre. La fin est assez inattendue, mais une leçon est restée au petit garçon comme au lecteur. Dans ‘The Match‘, le lecteur découvre un homme qui semble avoir des problèmes de vue, et qui se trouve à un match de football avec un ami. L’on se trouve dans les pensées du personnage sans point de vue interne, ce qui permet de savoir des choses que Lennox ne sait pas. La fin est significative : la colère ne mène à rien, et il est normal que ceux qui la subissent sans l’avoir provoquée se rebellent contre elle. La nouvelle ‘The Disgrace of Jim Scarfedale‘ met en scène Jim Scarfedale, sa mère et le narrateur, qui les espionne. Il découvre ainsi la vie de ses voisins, et notamment celle d’un jeune garçon qui ne sait pas se séparer de sa mère pour voler de ses propres ailes. Il reste dans ses jupons. C’est alors qu’il se marie sans parler de la jeune femme à sa mère. Le narrateur pense à une rébellion, enfin ! Mais ce n’est pas exactement ça … La dernière nouvelle, ‘The Decline and Fall of Frankie Buller‘ commence par la présentation d’une bibliothèque qui impressionne les visiteurs de son propriétaire, Alan. Il se souvient alors de Frankie Buller et de son enfance à se battre pour le gang du jeune homme, bien plus âgé que ses disciples. On le découvre, détesté par ces concitoyens parce qu’il entraîne les enfants dans des bagarres, des histoires de guerre, alors que la véritable guerre s’approche de l’Angleterre. La fin montre la décadence de celui qui était le chef du narrateur.

J’ai trouvé ces nouvelles assez pessimistes en réalité ! Elle montre la vie populaire, la misère des gens qui travaillent sans jamais avoir assez pour vivre convenablement, et les conséquences de cette misère sur les enfants et les jeunes, qui sont le centre de ces nouvelles. J’ai préféré la première aux autres, je l’ai trouvé assez profonde, et c’est celle qui m’a le plus frappé par le fait que ce n’est pas du tout la façon de penser que l’on rencontre habituellement.

 

En définitive, un très bon recueil de nouvelles, qui nous montre une façon de penser très différente de la nôtre, mais aussi une misère que l’on ne connaît pas, et qui frappe aussi bien par les mots que par les images qu’ils créent.

Cronopes et Fameux de Julio Cortázar

Posté : 21 janvier, 2015 @ 9:03 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Cronopes et Fameux Genre : Nouvelle

Editeur : Folio

Année de sortie : 1995

Nombre de pages : 157

Synopsis : Savez-vous lire l’heure en effeuillant un artichaut ? Tuer les fourmis mis à Rome ? Monter un escalier en connaissance de cause ? Poser correctement un tigre ? Vous faut-il des instructions pour pleurer ? Pour avoir peur comme il faut ? Vous arrive-t-il de jeter les timbres-poste que vous trouvez laids ? De tremper un toast dans vos larmes naturelles ? Avez-vous parfois envie de dessiner sur le dos d’une tortue une hirondelle ? Si vous répondez « oui » à six de ces questions vous êtes un Cronope, un de ces êtres qui font, depuis quinze ans, carrière en Amérique latine : on dit – on écrit même dans la presse – que Monsieur X ou Y est ou n’est pas un Cronope authentique. Cela suffit pour que le lecteur sache à qui il a affaire. Dans le cas contraire, vous risquez d’être un de ces Fameux qui conservent leurs souvenirs enveloppés dans un drap noir : pour votre tranquillité, mieux vaut s’abstenir de lire ce livre. Publiées en Argentine en 1962, ces histoires sont le miroir du regard intime de Julio Cortázar. Elles lui ont même valu un siège au Collège au Pataphysique. Précédant les grands romans et les nouvelles fantastiques qui ont fait sa réputation en France, ces mini-textes éclairent le comportement de tant de personnages farfelus et graves qui sont les protagonistes des œuvres maîtresses de Cortázar.

 

Avis : J’avais hâte de lire ce livre, il m’intriguait et m’avait l’air assez original au vu du résumé.

Et pourtant, j’ai un avis assez mitigé sur ce livre. Tout d’abord, il est composé de nombreuses nouvelles, et séparé en quatre parties. Toutes sont étranges, certaines plus que d’autres, mais je pensais qu’elles seraient assez différentes, et sur ce point-là, je ne me suis pas trompée. Toutes sont vraiment très courtes, elles ne dépassent pas trois pages. Mais cela ne gâche pas l’impact de chacune d’entre elles sur le lecteur. En peu de mots, l’auteur sait dire ce qu’il a à dire, sait faire passer son « message ». Pourtant, le fait que ce livre soit étrange – un peu trop peut-être parfois – m’a un peu gêné et je n’ai pas tout suivi. Certaines nouvelles sont vraiment spéciales, et assez incompréhensibles. D’autres m’ont touché, j’y ai vu de la poésie derrière l’étrangeté du texte. La dernière nouvelle, qui est composée de plusieurs en réalité, est peut-être celle que j’ai préféré. Je l’ai trouvé à la fois touchante et drôle (j’ai éclaté de rire en lisant les premières lignes de « Le Lion et le Cronope » tant ces phrases m’ont paru absurdes !).

La partie « Instructions » est sans doute la plus étrange au vu des situations dans lesquelles sont placés les personnages. Je n’ai pas tout compris, et je pense que c’est normal ! Par exemple : qu’est-ce que poser un tigre ? Est-ce littéral ? Je me suis trouvée un peu bête de ne pas comprendre et, en même temps, ce n’est pas tout à fait clair. Ces instructions sont donc très originales et franchement farfelues ! D’autres situations semblent inimaginables comme celle qui s’intitule « Perte et récupération du cheveu ». Je me suis demandée comment l’auteur avait pu imaginer une histoire pareille ! Elle semble simple et pourtant impensable. Dans cette partie, j’ai particulièrement aimé « De la conduite à adopter dans les veillées funèbres » qui montre la possible hypocrisie d’une famille qui ne tenait pas à la personne qui est morte. Dans la partie suivante, « Matière plastique« , l’une des histoires les plus étranges, m’a semblé être « Conduite des miroirs de l’Ile de Pâques ». Celles que j’ai préférées sont « Chameau déclaré indésirable » et « Discours de l’ours ». « Ecrasement des gouttes » est aussi très poétique. « Histoire sans morale » est aussi une très belle histoire, assez ironique.

La dernière partie, « Histoires de Cronopes et de Fameux« , est vraiment très très étrange, puisque le monde que l’on aborde est complètement inconnu. Je n’ai pas vraiment accroché, et je trouve ça dommage. Peut-être que si un jour je relis ce livre, cette partie passera mieux. Vers la fin, je me suis tout de même attachée aux Cronopes et aux Espérances, beaucoup moins aux Fameux. Les histoires qui les concernent tous sont aussi farfelues que celles des parties précédentes. La dernière nouvelle m’a laissé une très bonne impression. Donc je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce livre, ni que je l’ai vraiment aimé.

 

En définitive, un livre assez farfelu, étrange, mais tout de même poétique parfois. Je pense le relire plus tard, pour voir si mon avis diffère.

Exercices de style de Raymond Queneau

Posté : 26 février, 2013 @ 9:56 dans Avis littéraires | 1 commentaire »

Genre : NouvelleExercices de style de Raymond Queneau dans Avis littéraires couv35385875-178x300

Editeur : Folio

Année de sortie : Réédition 2012

Nombre de pages : 154

Synopsis : Le narrateur rencontre, dans un autobus, un jeune homme au long cou, coiffé d’un chapeau orné d’une tresse au lieu d’un ruban. Le jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s’asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus. Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes. Mise en images, portée sur la scène des cabarets, elle a connu une fortune extraordinaire. Exercices de style est un des livres les plus populaires de Queneau.

 

Avis : En apprenant que je devais lire Exercices de style dans le cadre de mes études, j’ai eu peur d’être déçue par ce livre. Il n’avait pas l’air très attrayant. Donc, je n’en attendais rien.

J’ai eu tort de penser que je n’allais pas en tirer grand-chose ! J’ai trouvé cela très intéressant : ce livre nous permet de connaitre les différentes manières d’écrire un récit en nous montrant l’exemple, plutôt qu’en nous faisant un cours magistral où on utiliserait des mots compliqués, en nous demandant de refaire la même chose sans comprendre ce que l’on a appris. C’est très loin d’être ennuyeux : je me suis bien amusée et j’ai tenté de déchiffrer certaines façons d’écrire. L’avantage, pour bien comprendre, c’est que l’on connait déjà l’histoire. On sait à l’avance ce qu’il va se passer, cela nous permet de nous concentrer sur le style d’écriture et de reconnaitre certains mots. Je ne connaissais pas certains styles d’écriture comme celui des aphérèses, ou des syncopes. Cela nous permet de les connaitre sans prise de tête, et sans explication compliquée.

Souvent, quand on écrit quelque chose, on pense le faire de manière normale. Avec ce livre, on comprend qu’il n’existe pas vraiment de façon d’écrire normalement. Chacun choisit celle qu’il préfère. C’est pourquoi les récits ne sont jamais les mêmes.

 

Une très bonne lecture, rapide et amusante, que je conseillerais à toute personne qui aime écrire.

 

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