Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Biographie de la faim d’Amélie Nothomb

Posté : 8 juillet, 2016 @ 11:11 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Biographie de la faim Genre : Autobiographie, Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 190

Synopsis : L’auteur de Stupeur et tremblements (Grand Prix du roman de l’Académie française 1999) et de Métaphysique des tubes fait revivre ses souvenirs d’enfance au Japon et en d’autres lieux où l’a conduite la carrière de son père diplomate. Au cœur du kaléidoscope : sa faim. Le mystère de la faim, goinfre, joyeuse ou tragique et angoissante, quête perpétuelle d’un accomplissement inaccessible. Un récit pudique et sincère, qui manie l’humour noir et la provocation.

 

Avis : J’avais laissé ce livre de côté, un peu à cause du titre, qui ne m’inspirait pas vraiment. Et puis, je me suis lancée !

Quelle bêtise de l’avoir écarté si longtemps ! Ce livre est un véritable coup de cœur. J’ai un peu tiqué à la lecture des premières pages ; puis, l’écriture d’Amélie Nothomb m’a à nouveau convaincue, et je me suis très vite laissée porter. C’était un véritable voyage qui représente l’enfance et l’adolescence de l’auteure : on passe par de nombreux pays, que l’on voit à travers les yeux de l’enfant qu’était l’écrivain à l’époque. D’abord le Japon, terre adorée entre toutes, terre de liberté, endroit sacré ; puis la Chine, opposé complet du premier pays qui entraîne de nouvelles découvertes ; les Etats-Unis, et surtout New-York, lieu d’ivresse, de débauche, de folie ; d’autres pays encore, qui entraînent différentes réactions, notamment l’enfermement dans la lecture, un monde qui permet à l’enfant de s’évader d’une réalité qui l’effraie. L’enfance de l’auteure est merveilleuse ; j’ai vu beaucoup de lecteurs déploraient le narcissisme d’Amélie Nothomb dans ce livre : c’est oublier que ce n’est pas d’elle en ce moment qu’elle parle, mais de l’enfant qu’elle était alors. Et, souvent, les enfants sont tout sauf modestes ; ce sont plutôt de petits monstres excessifs que l’on adore. Loin de m’agacer, cet aspect de la petite fille m’a amusé, et j’ai trouvé que cela contrastait avec ce que je vois de la Amélie Nothomb adulte. A nouveau, comme je le disais plus haut, son écriture m’a séduite. C’est un mélange d’ironie, d’humour et de poésie, de cynisme parfois, où les mots ont un impact, ne sont pas choisis au hasard. Aussi, j’ai appris des choses, notamment sur le Vanuatu, des mots que je ne connaissais pas, des traditions de cultures différentes qui m’ont sidérée, notamment celle de la Déesse Vivante ! Petit passage par la couverture : je la trouve très jolie, et elle me fait penser à l’enfance.

Amélie est, bien sûr, le personnage principal de ce livre, d’une manière double : elle est l’enfant qui grandit et se transforme en adolescente, mais aussi la narratrice. La dernière parle de la première sans la juger, mais en nous montrant ses petits excès caractéristique de l’enfance. Elle nous explique à plusieurs reprises qu’elle n’était pas capable, à l’époque, de comprendre les subtilités de la politique des pays dans lesquels elle vivait, comme la Chine ; les jugements politiques sont portés par l’auteure adulte. L’Amélie de cinq ans profite de son enfance de rêve à plein temps. Après avoir lu Métaphysique des tubes et Le Sabotage amoureux, je savais déjà qu’elle était spéciale, mais aussi très attachante. Intelligente, elle se sent divine et différente : les passages à l’école le montrent. Aussi, elle est différente des autres par ses obsessions, ses addictions, qui, étrangement, ne m’ont pas autant choquée que j’aurais pu l’être. Mais, à partir d’un certain passage à la mer, que j’ai trouvé particulièrement choquant, j’ai senti que la lecture prenait un tour différent, et que le lecteur était sur le point d’entrer dans une période noire. L’Amélie adolescente m’a fait mal au cœur sans me faire pitié pour autant. Elle a traversé cette étape de la vie dans la souffrance et la haine. Elle est passée dans le monde adulte, et a décidé de partir retrouver ce qu’elle considère comme ses racines, voyage relaté dans Stupeur et tremblements et Ni d’Eve ni d’Adam, deux livres complémentaires qui font aussi partie de mes préférés de l’auteure. Evidemment, le lecteur rencontre d’autres personnages, notamment Juliette, la sœur d’Amélie. L’admiration que la cadette ressent pour son ainée est vraiment belle à lire ; Juliette devient princesse, fée, elfe, un être supérieur à côté duquel Amélie grandit dans l’amour et la contemplation de la beauté. Ce qui les lie devient même presque surnaturel par la suite : elles s’identifient l’une à l’autre, et peinent à se quitter, même pour peu de temps. La mère d’Amélie est admirée elle aussi : elle est la beauté incarnée, l’ange parmi les anges. Elle semble avoir du mal à comprendre sa fille, mais l’aime aussi fort que l’on peut aimer un enfant. Le père, lui, est un support pour sa cadette, et un personnage que j’ai trouvé assez sympathique. Le lecteur rencontre également Inge, jeune Allemande au destin étrange, Roselyne et Marie, deux camarades de classe d’Amélie, son frère, qui m’a semblé un intrus pour elle.

Le thème principal de ce livre est la faim. Pas seulement la faim de nourriture, mais aussi celle de tout, une faim universelle, celle de vivre, de connaître, de comprendre, une faim de beauté aussi. Je me suis retrouvée parfois, au début du livre. Puis, cette faim devient physique, elle se transforme en maladie quand l’enfant devient adolescente. Ces passages étaient difficiles à lire après la lecture de la première partie ; je me suis amusée et attachée à la petite fille, dont la lucidité, assez pessimiste, m’a impressionnée, et de lire cette période difficile m’a déchiré le cœur. L’adolescence est vraiment une époque ingrate, où l’homme remet tout en question et perd le goût de vivre sans apparente raison ; il quitte le monde de l’enfance qu’il ne retrouvera jamais, perd l’étonnement et la magie de l’être innocent et se sent corrompu par la réalité. Il ne peut plus vivre exclusivement dans son monde, ce qui le coupe momentanément des autres, qu’il déteste alors. 

La fin, comme souvent, est assez abrupte, mais se termine sur une jolie note : la matérialité ne compte pas, l’important, c’est d’être en vie.

 

Donc, un excellent livre, qui m’a profondément touchée, que je place parmi mes livres préférés de l’auteure, auprès de Journal d’Hirondelle.

Acide sulfurique d’Amélie Nothomb

Posté : 24 mai, 2016 @ 10:51 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Acide Sulfurique Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2008

Nombre de pages : 213

Synopsis : « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle. »

 

Avis : J’ai entendu parler d’Acide sulfurique il y a quelques temps, et il m’a semblé très intéressant, alors je me suis lancée !

Comme la plupart des Amélie Nothomb, ce livre se lit très vite ! Les pages se tournent pratiquement sans pause, et on arrive à la fin avant de s’en rendre compte. L’intrigue est assez effrayante : on met un certain nombre de personnes dans un train qui va jusqu’à un camp où elles seront forcées à travailler ou exécutées. Ce livre mêle télé-réalité et camp de concentration, rapprochant ainsi les émissions modernes avec les exécutions de la Seconde Guerre mondiale. Cette proximité peut sembler choquante, mais elle montre aussi les extrémités auxquelles on peut arriver, et également comment la télévision nous transforme. Le spectateur se transforme en voyeur, en monstre, il perd peu à peu toute humanité et devient capable de voir mourir des gens, et même pire ! Ce livre met en valeur les défauts de notre société, et évoque, comme le faisait Hannah Arendt, le mal ordinaire, celui que font les personnes « normales » en ne résistant pas, en ne s’impliquant pas, en ne faisant rien pour empêcher quoi que ce soit, ou même, en participant de manière passive. Ainsi, les spectateurs sont-ils les véritables monstres, puisqu’ils alimentent le phénomène. Le tatouage que les Juifs devaient porter dans les camps est repris dans le livre sous la forme d’une sorte de matricule composée de trois lettres et de trois chiffres qui remplace leur nom, inconnu de tous. Ce nom, cette identité, bien que les papiers soient détruits, reste une trace d’humanité que les prisonniers préservent des autres. En fait, ce livre m’a vraiment fait passer à Hunger Games, en moins développé ; il est sorti avant la série, donc il n’en est pas inspiré. Petite remarque concernant la couverture : je la trouve à la fois belle et cruelle. Petit plus : des références littéraires qui ont un certain poids.

Pannonique est l’héroïne du roman. Elle se retrouve dans le camp avec les autres prisonniers, mais elle est différente des autres. Elle dégage quelque chose, une aura, qui la fait apprécier de presque tous. J’ai aimé ce personnage : frappée par l’horreur des camps, elle fait ce qu’elle peut pour résister, et est même la seule à agir. Elle tente différentes stratégies qui ne fonctionnent pas toujours, son environnement lui est de plus en plus insupportable jusqu’à ce qu’elle atteigne sa limite. Dans le camp, elle rencontre Zdena, qui n’est pas une prisonnière. Apparemment stupide, incapable d’avoir une véritable conversation, de « dire quelque chose », elle est fascinée par Pannonique, et tente tout pour obtenir ce qu’elle veut. Le lecteur rencontre d’autres personnages comme EPJ 327, un homme lui aussi fasciné par Pannonique, qu’il considère comme la seule chose qui lui permet de ne pas mourir dans le camp, MDA 802, une jeune femme proche de Pannonique, qui tente de la forcer à faire certaines choses par intérêt, mais admire sa pureté et l’honneur qu’elle conserve, ZHF 911, une vieille dame affreuse qui rend la vie encore plus impossible aux prisonniers, PFX 150, une petite fille qui cache quelque chose, et d’autres personnages, prisonniers ou non.

La fin, comme souvent, est assez abrupte, mais je l’ai apprécié. Elle clôt bien le roman, sur une touche d’espoir.

 

Donc, un très bon roman, qui nous montre les défauts de notre société à travers une émission de télé-réalité poussée à l’extrême, avec l’horreur des camps de concentration en arrière-fond. Un livre qui fait réfléchir sur la responsabilité de tous également.

Pétronille d’Amélie Nothomb

Posté : 9 mai, 2016 @ 9:40 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Pétronille Contemporaine

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 169

Synopsis : « Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans. »

 

Avis : J’aime la plupart des livres d’Amélie Nothomb, à des degrés différents, et pas du tout de façon homogène comme certains de ses lecteurs.

Ici, nous sommes en présence d’une autofiction : l’auteure semble raconter sa vie dans une sorte d’autobiographie, mais elle se sert en fait de la réalité pour écrire une fiction dont elle est le personnage principal. J’aime beaucoup cette façon d’écrire, en tout cas, chez Amélie Nothomb, parce que cela peut perdre le lecteur entre fiction et réalité, ce qui peut lui faire tout remettre en doute. Et si l’on doutait que ce fût de la fiction, il suffit de lire la fin ! Le thème central de ce livre est l’amour de l’auteure / du personnage principal pour le champagne. Elle désire le partager, et se met ainsi en quête de la personne idéale. Je dois dire que je ne partage pas cette « passion », et qu’une distance s’est tout de suite installée entre le livre et moi. Sont également évoqués d’autres thèmes, comme la façon de découvrir une ville et de l’aimer, la manière de considérer les écrivains selon leur classe sociale, la discrimination dans la littérature entre les prolétaires et les autres. De plus, je n’ai pas réussi à apprécier le personnage de Pétronille, qui m’a plutôt agacée. Sinon, j’ai retrouvé l’humour acéré de l’auteur et certaines situations rocambolesques qui font à la fois rire et tressaillir de colère/dégoût, comme celle avec Vivienne Westwood. L’écriture est toujours aussi plaisante à lire, avec un langage parfois soutenu, comme dans la plupart des livres que j’ai déjà lus de l’auteure. Petit plus : j’aime beaucoup la couverture, notamment le contraste de ses couleurs.

Amélie Nothomb est donc le personnage principal de ce roman. Elle est toujours aussi attachante, drôle et gentille, altruiste aussi dans sa façon de considérer Pétronille. Elle reste modeste quand elle parle de ses livres, et ne se voit pas du tout comme une célébrité : cela ne lui apporte pas d’avantages, elle ne considère pas le métier d’écrivain comme un moyen d’avoir de l’influence ou du pouvoir. Par cette autofiction, elle nous permet – peut-être - de la découvrir un peu : son côté que Pétronille appelle « folie » notamment, et qui lui permet de rester elle-même quand d’autres écrivains prennent immédiatement la grosse tête. Plusieurs de ses romans sont cités, comme Acide sulfurique, que ce roman m’a donné envie de lire ! Quant à Pétronille, je n’ai pas réussi à la trouver attachante. Elle m’a semblé jouer un rôle, même si le narrateur la désigne comme authentique. Libre et indépendante, elle cherche le risque à tout prix, même – et surtout semble-t-il – si sa vie est en danger. Depuis longtemps, j’ai du mal avec ce genre de comportements, c’est sans doute la raison pour laquelle je n’ai pas su aimer le personnage. Son emportement quand elle est ivre ne me l’a pas non plus rendue sympathique ; de plus, il mène à l’acte final, qui n’est pas non plus pour plaire. D’autres personnages apparaissent brièvement comme Vivienne Westwood, qui est le centre d’une scène aberrante qui m’a fait rire tout en me faisant enrager.

La fin m’a paru très abrupte, je ne m’y attendais absolument pas ! La fiction est reine, ce qui me plaît, dans le sens où ce qui arrive n’existe pas dans le monde réel, même si le personnage principal porte le nom de l’auteure. Mais, en même temps, j’ai trouvé ça tellement rapide, que je n’ai pas su pleinement l’apprécier.

 

Donc, un bon roman, mais qui ne fait pas partie de mes préférés de l’auteur, sans doute en raison du thème principal et d’un personnage que je n’ai pas su apprécier.

Une forme de vie d’Amélie Nothomb

Posté : 2 mars, 2016 @ 7:49 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Une forme de vieGenre : Contemporaine, Autobiographie

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 123

Synopsis : Ce matin-là, je reçus une lettre d’un genre nouveau. A. N.

 

Avis : Une couverture assez sinistre, un titre qui sous-entend une vie pas comme les autres, et un synopsis qui laisse entendre que la correspondance tiendra une place privilégiée. J’étais très intriguée par une espèce de roman épistolaire.

L’idée est originale du début à la fin : le narrateur reçoit une lettre très spéciale qui lui fera peu à peu découvrir la vie d’un homme tout sauf ordinaire. A travers lui sont abordés les thèmes de l’obésité et de la guerre des Etats-Unis en Irak. En effet, le correspondant du narrateur est obèse, et entretient une relation très particulière à son embonpoint ; il le hait comme il l’aime, et tente de trouver un sens à sa maladie, sens qu’il trouve dans le fait qu’il est au front, en Irak, et qu’il ne supporte plus la guerre. La nourriture est ici vue comme une drogue au même titre que la cocaïne ou l’héroïne, et elle est même dite pire, car il est impossible de s’en sevrer tout à fait. Le danger encouru par la personne atteinte est mentionné, ainsi que l’impossibilité de se mouvoir ou de vivre correctement. Par cette maladie, l’être pousse un cri et demande de l’aide, alors que, souvent, les autres le rejettent et y voient simplement un excès voulu. Quant à la guerre, le correspondant dit maintes fois qu’elle est inutile et injuste, qu’il ne comprend pas ce qu’il y fait : une belle critique de la part d’un Américain même, à travers les mots d’une auteure belge. L’écriture, quant à elle, est toujours aussi bonne, même si le sujet ne prêtait pas forcément à poésie. L’humour est toujours présent, même par petites touches.

Un autre thème important ici est celui de la correspondance. A travers son roman, Amélie Nothomb évoque sa pratique de l’écriture, l’importance qu’elle accorde au courrier, comment elle y répond. J’ai eu l’impression parfois de lire des indications de ce qu’il ne faut pas lui écrire si l’on veut lui envoyer une lettre, et je me suis dit que si ce n’était pas déjà fait, j’aurais eu peur de lui envoyer ! En effet, l’auteure ne supporte pas certaines lettres à sens cachés, certaines demandes ou façons de parler, et cela est tout à fait légitime : elle mentionne tout de même une professeur de français qui lui demande de corriger ses copies ! On sent également que chaque lettre est importante pour elle, notamment avec la mention de ce qu’elle fait de celles dans lesquelles les correspondants demandent à ne pas être traités comme tout le monde : je ne m’attendais pas à sa réaction, qui m’a fait rire et reconnaître qu’elle a raison. Aussi, l’auteure évoque la pratique de l’écriture, le doute qui lui est inhérent, la difficulté parfois de créer, le besoin de le faire pourtant. Elle mentionne le fantasme des lecteurs sur les écrivains, ce qu’ils pensent qu’ils sont, et ce que les auteurs sont vraiment.

Concernant les personnages, le narrateur porte le nom de l’auteure, ce qui pousse le lecteur à imaginer la véritable Amélie Nothomb embarquée dans cette aventure. Elle est égale à elle-même : gentille, elle s’efforce d’aider son correspondant quand elle sent sa détresse, et ne s’imagine pas une seconde le laisser tomber. A travers l’histoire du roman, elle semble aussi rassurer ses véritables correspondants ou les mettre en garde. On sent qu’elle s’implique vraiment dans sa correspondance, qu’elle tente de trouver des solutions si un problème se présente, qu’elle se soucie des gens qui lui écrivent, que ce ne sont pas juste des mots sur du papier, mais que des êtres se trouvent au bout. Bien sûr, elle attend la même chose de la part de ceux qui lui écrivent. La façon dont elle réagit avec son correspondant montre qu’elle ne réagit pas comme la plupart des gens, ce qui en fait quelqu’un de spécial. Quant à Melvin Mapple, le lecteur peut facilement s’attacher à lui et le plaindre. Le fait d’imaginer ce qu’il vit est difficile et fait mal au cœur. Sa démarche est originale : exorciser ce qu’il ressent par l’écriture à quelqu’un. Ce qu’il fait par la suite m’a choqué, je ne m’attendais pas à ce revirement de situation !! Le lecteur peut se sentir trahi, et en même temps, le comprend : c’était un besoin chez lui de vivre autrement, par l’écriture, dans la pensée d’un autre. Il n’y a pas vraiment d’autres personnages, excepté ceux mentionnés par le narrateur et Melvin Mapple.

La fin est très surprenante ! Il est peu probable de s’y attendre. Le narrateur se retrouve coincée dans une situation inextricable, et le lecteur se demande vraiment ce qu’elle peut faire pour s’en sortir ! C’est surréaliste, et délicieusement fou !

 

En définitive, un bon roman, intéressant à lire pour la façon de voir l’écriture et la correspondance, intéressant aussi pour les surprises successives dont l’auteure nous régale.

Le crime du comte Neville d’Amélie Nothomb

Posté : 28 décembre, 2015 @ 7:15 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Le crime du comte NevilleGenre : Contemporaine

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 135

Synopsis : « Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. »

 

Avis : Une petite cure d’Amélie Nothomb en ce moment, ça fait du bien ! Le titre m’intriguait, j’avais hâte de voir ce que le roman pouvait donner !

Toujours une couverture qui en jette, un peu insolite, une photo où l’auteure pose de façon originale. J’ai découvert, à ma grande surprise que, comme Barbe bleue, lu il y a peu, ce livre est une réécriture. Cette fois, c’est un mythe que l’auteure reprend, celui des Atrides, et j’ai adoré l’idée, que j’ai trouvé assez originale. J’aime beaucoup la mythologie, l’Antiquité, les légendes, et cette reprise m’a enchanté. J’avais hâte de voir ce que cela donnerait finalement ! Ici, le comte Neville rencontre une voyante qui lui prédit qu’il tuera un de ses invités pendant la fête qu’il donnera le 4 octobre. Cela va bouleverser le héros ; le lecteur va ainsi suivre ses réactions face à cette prophétie. C’est ainsi que l’on se rend compte de l’impact que peut avoir une prédiction sur la vie de quelqu’un : on finit par y croire, par se persuader que cela va arriver, par tenter de contrôler ce qui n’est pas contrôlable, par frôler la folie. Les prénoms ont encore une signification lourde : le destin s’y accroche, le lecteur sent le poids de ces noms, et s’attend à du tragique.

Le comte Neville est le personnage principal du roman ; criminel potentiel et annoncé, il ne comprend pas comment il peut tuer un de ses invités, ni lequel sera sa victime. Torturé par l’idée de perdre sa réputation et sa noblesse, il ne fait que penser en boucle à la prophétie de la voyante ; elle le hante et le transforme, il se voit capable de tout, et le jouet de forces qui le dépassent. Une demande horrible va lui être formulée, et sa réaction m’a choqué ! Cela montre le pouvoir d’un sort sur la conscience de quelqu’un : il est prêt à tout, et ce qui a été dit doit se réaliser. Alexandra, la femme du comte, m’a semblé très douce, parfaite, et m’a un peu fait penser à Oona O’Neill, héroïne de Oona & Salinger. Malgré le peu de pages, je me suis attachée à elle : elle m’a donné la vision d’une vie parfaite, d’un couple qui s’aime et que les années n’altèrent pas. Elle est heureuse dans sa vie de femme, d’épouse, de mère, et ne se laisse pas toucher par le malheur. J’ai aimé le passage où l’auteure décrit sa façon de changer de sujet quand celui-ci traite de problèmes. Les deux premiers enfants du comte Neville, dont je tairai les noms pour la petite surprise, ont l’air aussi parfait que leur mère. Ils sont beaux, talentueux, ont quelque chose que les autres n’ont pas. Quant à la dernière enfant du comte Neville, dont le nom dévie, et défie, le destin, elle est étrange, et tout à fait différente de ses frère et sœur. Quelque chose s’est passé en elle, quelque chose a changé, et personne n’y peut rien. Elle souffre de sa situation, sans que personne ne s’en rende compte. Elle m’a touché, quand elle aurait pu m’agacer ; j’ai ressenti de la compassion pour elle. Sa crise d’adolescence se double d’un autre problème, plus profond, plus grave. Le lecteur croise d’autres personnages dans ce livre : des nobles, comme le père du comte Neville, qui nous montrent la face cachée de la noblesse, Louise, que l’on découvre et que l’on aime tout de suite, malgré le fait qu’elle soit un personnage du passé, Béatrice, qui m’a fait mal au cœur pour le peu de temps pendant lequel elle apparaît.

L’auteure nous montre une noblesse différente de celle que l’on imagine habituellement. Ici, leurs privilèges sont des poids, et les empêchent de vivre comme tout le monde - et même de vivre tout court parfois. Le paraître est ce qui est le plus important pour eux, d’où les fêtes, les secrets. Ils doivent toujours se cacher derrière les apparences, doivent montrer qu’ils vivent une vie qu’en réalité, ils n’ont pas. Je n’avais jamais vu la noblesse de cette façon, et je dois dire que cela m’a un peu choqué. Surtout, l’histoire de Louise ; mais aussi la réaction du comte Neville sur les précédents, et son  »acceptation » de ce qu’il croyait ne jamais pouvoir faire, pour préserver les apparences, mais aussi pour ne pas détonner dans le paysage noble. Comment peut-on laisser faire tout ça ? La famille devient secondaire par rapport à la noblesse, à la vie que l’on doit sembler mener, à ce que les autres pensent de nous. Ce doit être horrible de vivre de cette façon, même – et surtout – si c’est dans un château ! Finalement, il est mieux de voir la vie du bon côté et de se dire que beaucoup ont moins que nous : il nous manque peut-être certaines choses, mais elles ne sont pas nécessaires, et ce que l’on a est déjà très bien.

La fin m’a surprise, elle est tout à fait différente de celles des autres livres d’Amélie Nothomb. Elle est très abrupte, ce qui est un peu décevant peut-être, mais qui peut aussi montrer la brutalité du changement de situation. J’ai ri du renversement, peut-être un peu soulagée aussi. C’est une bonne surprise en tout cas ! J’ai eu un peu l’impression d’un conte de fées, contrairement à une tragédie.

 

En définitive, un très bon roman, que j’ai beaucoup aimé, et que j’ai trouvé assez différent des autres ! Une bonne réécriture originale, et des personnages qui montrent un autre aspect de la noblesse, que l’on pense connaître sans savoir.

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