Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Pétronille d’Amélie Nothomb

Posté : 9 mai, 2016 @ 9:40 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Pétronille Contemporaine

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 169

Synopsis : « Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans. »

 

Avis : J’aime la plupart des livres d’Amélie Nothomb, à des degrés différents, et pas du tout de façon homogène comme certains de ses lecteurs.

Ici, nous sommes en présence d’une autofiction : l’auteure semble raconter sa vie dans une sorte d’autobiographie, mais elle se sert en fait de la réalité pour écrire une fiction dont elle est le personnage principal. J’aime beaucoup cette façon d’écrire, en tout cas, chez Amélie Nothomb, parce que cela peut perdre le lecteur entre fiction et réalité, ce qui peut lui faire tout remettre en doute. Et si l’on doutait que ce fût de la fiction, il suffit de lire la fin ! Le thème central de ce livre est l’amour de l’auteure / du personnage principal pour le champagne. Elle désire le partager, et se met ainsi en quête de la personne idéale. Je dois dire que je ne partage pas cette « passion », et qu’une distance s’est tout de suite installée entre le livre et moi. Sont également évoqués d’autres thèmes, comme la façon de découvrir une ville et de l’aimer, la manière de considérer les écrivains selon leur classe sociale, la discrimination dans la littérature entre les prolétaires et les autres. De plus, je n’ai pas réussi à apprécier le personnage de Pétronille, qui m’a plutôt agacée. Sinon, j’ai retrouvé l’humour acéré de l’auteur et certaines situations rocambolesques qui font à la fois rire et tressaillir de colère/dégoût, comme celle avec Vivienne Westwood. L’écriture est toujours aussi plaisante à lire, avec un langage parfois soutenu, comme dans la plupart des livres que j’ai déjà lus de l’auteure. Petit plus : j’aime beaucoup la couverture, notamment le contraste de ses couleurs.

Amélie Nothomb est donc le personnage principal de ce roman. Elle est toujours aussi attachante, drôle et gentille, altruiste aussi dans sa façon de considérer Pétronille. Elle reste modeste quand elle parle de ses livres, et ne se voit pas du tout comme une célébrité : cela ne lui apporte pas d’avantages, elle ne considère pas le métier d’écrivain comme un moyen d’avoir de l’influence ou du pouvoir. Par cette autofiction, elle nous permet – peut-être - de la découvrir un peu : son côté que Pétronille appelle « folie » notamment, et qui lui permet de rester elle-même quand d’autres écrivains prennent immédiatement la grosse tête. Plusieurs de ses romans sont cités, comme Acide sulfurique, que ce roman m’a donné envie de lire ! Quant à Pétronille, je n’ai pas réussi à la trouver attachante. Elle m’a semblé jouer un rôle, même si le narrateur la désigne comme authentique. Libre et indépendante, elle cherche le risque à tout prix, même – et surtout semble-t-il – si sa vie est en danger. Depuis longtemps, j’ai du mal avec ce genre de comportements, c’est sans doute la raison pour laquelle je n’ai pas su aimer le personnage. Son emportement quand elle est ivre ne me l’a pas non plus rendue sympathique ; de plus, il mène à l’acte final, qui n’est pas non plus pour plaire. D’autres personnages apparaissent brièvement comme Vivienne Westwood, qui est le centre d’une scène aberrante qui m’a fait rire tout en me faisant enrager.

La fin m’a paru très abrupte, je ne m’y attendais absolument pas ! La fiction est reine, ce qui me plaît, dans le sens où ce qui arrive n’existe pas dans le monde réel, même si le personnage principal porte le nom de l’auteure. Mais, en même temps, j’ai trouvé ça tellement rapide, que je n’ai pas su pleinement l’apprécier.

 

Donc, un bon roman, mais qui ne fait pas partie de mes préférés de l’auteur, sans doute en raison du thème principal et d’un personnage que je n’ai pas su apprécier.

Une forme de vie d’Amélie Nothomb

Posté : 2 mars, 2016 @ 7:49 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Une forme de vieGenre : Contemporaine, Autobiographie

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 123

Synopsis : Ce matin-là, je reçus une lettre d’un genre nouveau. A. N.

 

Avis : Une couverture assez sinistre, un titre qui sous-entend une vie pas comme les autres, et un synopsis qui laisse entendre que la correspondance tiendra une place privilégiée. J’étais très intriguée par une espèce de roman épistolaire.

L’idée est originale du début à la fin : le narrateur reçoit une lettre très spéciale qui lui fera peu à peu découvrir la vie d’un homme tout sauf ordinaire. A travers lui sont abordés les thèmes de l’obésité et de la guerre des Etats-Unis en Irak. En effet, le correspondant du narrateur est obèse, et entretient une relation très particulière à son embonpoint ; il le hait comme il l’aime, et tente de trouver un sens à sa maladie, sens qu’il trouve dans le fait qu’il est au front, en Irak, et qu’il ne supporte plus la guerre. La nourriture est ici vue comme une drogue au même titre que la cocaïne ou l’héroïne, et elle est même dite pire, car il est impossible de s’en sevrer tout à fait. Le danger encouru par la personne atteinte est mentionné, ainsi que l’impossibilité de se mouvoir ou de vivre correctement. Par cette maladie, l’être pousse un cri et demande de l’aide, alors que, souvent, les autres le rejettent et y voient simplement un excès voulu. Quant à la guerre, le correspondant dit maintes fois qu’elle est inutile et injuste, qu’il ne comprend pas ce qu’il y fait : une belle critique de la part d’un Américain même, à travers les mots d’une auteure belge. L’écriture, quant à elle, est toujours aussi bonne, même si le sujet ne prêtait pas forcément à poésie. L’humour est toujours présent, même par petites touches.

Un autre thème important ici est celui de la correspondance. A travers son roman, Amélie Nothomb évoque sa pratique de l’écriture, l’importance qu’elle accorde au courrier, comment elle y répond. J’ai eu l’impression parfois de lire des indications de ce qu’il ne faut pas lui écrire si l’on veut lui envoyer une lettre, et je me suis dit que si ce n’était pas déjà fait, j’aurais eu peur de lui envoyer ! En effet, l’auteure ne supporte pas certaines lettres à sens cachés, certaines demandes ou façons de parler, et cela est tout à fait légitime : elle mentionne tout de même une professeur de français qui lui demande de corriger ses copies ! On sent également que chaque lettre est importante pour elle, notamment avec la mention de ce qu’elle fait de celles dans lesquelles les correspondants demandent à ne pas être traités comme tout le monde : je ne m’attendais pas à sa réaction, qui m’a fait rire et reconnaître qu’elle a raison. Aussi, l’auteure évoque la pratique de l’écriture, le doute qui lui est inhérent, la difficulté parfois de créer, le besoin de le faire pourtant. Elle mentionne le fantasme des lecteurs sur les écrivains, ce qu’ils pensent qu’ils sont, et ce que les auteurs sont vraiment.

Concernant les personnages, le narrateur porte le nom de l’auteure, ce qui pousse le lecteur à imaginer la véritable Amélie Nothomb embarquée dans cette aventure. Elle est égale à elle-même : gentille, elle s’efforce d’aider son correspondant quand elle sent sa détresse, et ne s’imagine pas une seconde le laisser tomber. A travers l’histoire du roman, elle semble aussi rassurer ses véritables correspondants ou les mettre en garde. On sent qu’elle s’implique vraiment dans sa correspondance, qu’elle tente de trouver des solutions si un problème se présente, qu’elle se soucie des gens qui lui écrivent, que ce ne sont pas juste des mots sur du papier, mais que des êtres se trouvent au bout. Bien sûr, elle attend la même chose de la part de ceux qui lui écrivent. La façon dont elle réagit avec son correspondant montre qu’elle ne réagit pas comme la plupart des gens, ce qui en fait quelqu’un de spécial. Quant à Melvin Mapple, le lecteur peut facilement s’attacher à lui et le plaindre. Le fait d’imaginer ce qu’il vit est difficile et fait mal au cœur. Sa démarche est originale : exorciser ce qu’il ressent par l’écriture à quelqu’un. Ce qu’il fait par la suite m’a choqué, je ne m’attendais pas à ce revirement de situation !! Le lecteur peut se sentir trahi, et en même temps, le comprend : c’était un besoin chez lui de vivre autrement, par l’écriture, dans la pensée d’un autre. Il n’y a pas vraiment d’autres personnages, excepté ceux mentionnés par le narrateur et Melvin Mapple.

La fin est très surprenante ! Il est peu probable de s’y attendre. Le narrateur se retrouve coincée dans une situation inextricable, et le lecteur se demande vraiment ce qu’elle peut faire pour s’en sortir ! C’est surréaliste, et délicieusement fou !

 

En définitive, un bon roman, intéressant à lire pour la façon de voir l’écriture et la correspondance, intéressant aussi pour les surprises successives dont l’auteure nous régale.

Le crime du comte Neville d’Amélie Nothomb

Posté : 28 décembre, 2015 @ 7:15 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Le crime du comte NevilleGenre : Contemporaine

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 135

Synopsis : « Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. »

 

Avis : Une petite cure d’Amélie Nothomb en ce moment, ça fait du bien ! Le titre m’intriguait, j’avais hâte de voir ce que le roman pouvait donner !

Toujours une couverture qui en jette, un peu insolite, une photo où l’auteure pose de façon originale. J’ai découvert, à ma grande surprise que, comme Barbe bleue, lu il y a peu, ce livre est une réécriture. Cette fois, c’est un mythe que l’auteure reprend, celui des Atrides, et j’ai adoré l’idée, que j’ai trouvé assez originale. J’aime beaucoup la mythologie, l’Antiquité, les légendes, et cette reprise m’a enchanté. J’avais hâte de voir ce que cela donnerait finalement ! Ici, le comte Neville rencontre une voyante qui lui prédit qu’il tuera un de ses invités pendant la fête qu’il donnera le 4 octobre. Cela va bouleverser le héros ; le lecteur va ainsi suivre ses réactions face à cette prophétie. C’est ainsi que l’on se rend compte de l’impact que peut avoir une prédiction sur la vie de quelqu’un : on finit par y croire, par se persuader que cela va arriver, par tenter de contrôler ce qui n’est pas contrôlable, par frôler la folie. Les prénoms ont encore une signification lourde : le destin s’y accroche, le lecteur sent le poids de ces noms, et s’attend à du tragique.

Le comte Neville est le personnage principal du roman ; criminel potentiel et annoncé, il ne comprend pas comment il peut tuer un de ses invités, ni lequel sera sa victime. Torturé par l’idée de perdre sa réputation et sa noblesse, il ne fait que penser en boucle à la prophétie de la voyante ; elle le hante et le transforme, il se voit capable de tout, et le jouet de forces qui le dépassent. Une demande horrible va lui être formulée, et sa réaction m’a choqué ! Cela montre le pouvoir d’un sort sur la conscience de quelqu’un : il est prêt à tout, et ce qui a été dit doit se réaliser. Alexandra, la femme du comte, m’a semblé très douce, parfaite, et m’a un peu fait penser à Oona O’Neill, héroïne de Oona & Salinger. Malgré le peu de pages, je me suis attachée à elle : elle m’a donné la vision d’une vie parfaite, d’un couple qui s’aime et que les années n’altèrent pas. Elle est heureuse dans sa vie de femme, d’épouse, de mère, et ne se laisse pas toucher par le malheur. J’ai aimé le passage où l’auteure décrit sa façon de changer de sujet quand celui-ci traite de problèmes. Les deux premiers enfants du comte Neville, dont je tairai les noms pour la petite surprise, ont l’air aussi parfait que leur mère. Ils sont beaux, talentueux, ont quelque chose que les autres n’ont pas. Quant à la dernière enfant du comte Neville, dont le nom dévie, et défie, le destin, elle est étrange, et tout à fait différente de ses frère et sœur. Quelque chose s’est passé en elle, quelque chose a changé, et personne n’y peut rien. Elle souffre de sa situation, sans que personne ne s’en rende compte. Elle m’a touché, quand elle aurait pu m’agacer ; j’ai ressenti de la compassion pour elle. Sa crise d’adolescence se double d’un autre problème, plus profond, plus grave. Le lecteur croise d’autres personnages dans ce livre : des nobles, comme le père du comte Neville, qui nous montrent la face cachée de la noblesse, Louise, que l’on découvre et que l’on aime tout de suite, malgré le fait qu’elle soit un personnage du passé, Béatrice, qui m’a fait mal au cœur pour le peu de temps pendant lequel elle apparaît.

L’auteure nous montre une noblesse différente de celle que l’on imagine habituellement. Ici, leurs privilèges sont des poids, et les empêchent de vivre comme tout le monde - et même de vivre tout court parfois. Le paraître est ce qui est le plus important pour eux, d’où les fêtes, les secrets. Ils doivent toujours se cacher derrière les apparences, doivent montrer qu’ils vivent une vie qu’en réalité, ils n’ont pas. Je n’avais jamais vu la noblesse de cette façon, et je dois dire que cela m’a un peu choqué. Surtout, l’histoire de Louise ; mais aussi la réaction du comte Neville sur les précédents, et son  »acceptation » de ce qu’il croyait ne jamais pouvoir faire, pour préserver les apparences, mais aussi pour ne pas détonner dans le paysage noble. Comment peut-on laisser faire tout ça ? La famille devient secondaire par rapport à la noblesse, à la vie que l’on doit sembler mener, à ce que les autres pensent de nous. Ce doit être horrible de vivre de cette façon, même – et surtout – si c’est dans un château ! Finalement, il est mieux de voir la vie du bon côté et de se dire que beaucoup ont moins que nous : il nous manque peut-être certaines choses, mais elles ne sont pas nécessaires, et ce que l’on a est déjà très bien.

La fin m’a surprise, elle est tout à fait différente de celles des autres livres d’Amélie Nothomb. Elle est très abrupte, ce qui est un peu décevant peut-être, mais qui peut aussi montrer la brutalité du changement de situation. J’ai ri du renversement, peut-être un peu soulagée aussi. C’est une bonne surprise en tout cas ! J’ai eu un peu l’impression d’un conte de fées, contrairement à une tragédie.

 

En définitive, un très bon roman, que j’ai beaucoup aimé, et que j’ai trouvé assez différent des autres ! Une bonne réécriture originale, et des personnages qui montrent un autre aspect de la noblesse, que l’on pense connaître sans savoir.

Barbe Bleue d’Amélie Nothomb

Posté : 23 décembre, 2015 @ 3:34 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Barbe BleueGenre : Contemporaine

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 170

Synopsis : « La colocataire est la femme idéale. »

 

Avis : Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de livre d’Amélie Nothomb, et j’avais envie de me replonger dans son univers !

Déjà, j’aime beaucoup la couverture ; en général, celles des livres de l’auteure sont originales, et ont ce petit quelque chose qui fait qu’on les aime. C’est le cas ici. Rien qu’en lisant le titre, le lecteur comprend qu’il a affaire à une réécriture du conte, Barbe bleue, l’homme qui tue ses femmes, pour schématiser. On entre donc dans l’histoire avec l’a priori d’être face à un meurtrier. L’idée d’une colocation pour choisir l’élue m’a semblé originale. C’est une bonne transposition de l’histoire à notre époque, tout en gardant un côté ancien avec le personnage de Don Elemirio. La reprise du conte est elle aussi ingénieuse : l’héroïne, Saturnine, ne sait rien de Don Elemirio et de ce qu’on dit de lui. Elle n’est attirée ni par l’homme, ni par son histoire, et veut simplement un logement à Paris. Mais quand elle apprend que huit femmes ont disparu après avoir vécu chez lui, elle est persuadée qu’il les a tuées. Son attitude alors est celle de la rébellion et du rejet : elle ne tombera pas amoureuse de Don Elemirio comme les autres femmes. L’intrigue m’a peu à peu fasciné : Saturnine entre dans le quotidien de Don Elemirio et tente de découvrir ce qui est arrivé aux huit femmes. Les couleurs sont importantes dans ce livre : elles sont une partie de nous et nous caractérisent profondément. Le champagne est très présent : il est un lien entre les deux personnages. J’ai retrouvé Hygiène de l’assassin, que j’ai adoré, dans les dialogues, dans la relation des deux personnages, dans la surprise de la fin. Le côté « conte » du récit m’a semblé se concentrer à la fin, dans la dernière phrase. La religion est également présente dans ce livre : Don Elemirio est catholique pratiquant, et même un peu fanatique peut-être. Elle lui permet de justifier certains de ses actes, même si cela semble absurde. Enfin, j’ai adoré le jeu d’onomastique de l’auteure sur les noms qui apparaissent dans l’œuvre, notamment celui des femmes, dont celui de Saturnine ; l’on fait référence à son étymologie au début et à la fin du livre.  

J’ai vraiment beaucoup aimé le personnage de Saturnine. C’est une jeune femme indépendante, qui n’a jamais connu l’amour, et qui est certaine de ne jamais tomber amoureuse du « Barbe bleue » moderne, qui l’a dégoute, et qu’elle accuse sans vergogne d’avoir assassiné les huit femmes précédentes. Elle lui parle comme elle le désire, et semble prendre l’ascendant sur lui dans la mesure où il ne lui fait pas peur, et qu’elle se permet tout. Peu à peu, elle découvre Don Elemirio, son quotidien, son passé qu’il lui raconte, son secret, la photographie qui le passionne. C’est une jeune femme intelligente et elle tente de percer à jour son mystérieux hôte. Aussi, le logement qu’elle a trouvé ressemble à un rêve, et il semble qu’elle ne pourra plus se passer du luxe qu’elle y découvre. De ce point de vue, c’est Don Elemirio qui a l’ascendant sur elle. Il est espagnol, noble, et a des positions bien arrêtées sur à peu près tout. Il semble parler par énigmes, ou Saturnine ne pose pas les bonnes questions à cause de l’idée toute faite qu’elle a de lui. Il semble avoir une haute opinion de lui-même, et m’a un peu fait penser à Prétextat Tach, en beaucoup moins cynique. C’est un reclus, il déteste la société, et n’y est pas adapté. Les huit femmes qu’il a connues font partie de son mystère : son histoire d’amour m’a fait penser à Journal d’Hirondelle par son étrangeté. Dans le livre, Saturnine prend la place du lecteur pour poser toutes ses questions à Don Elemirio. On ne sait que ce qu’elle apprend. D’autres personnages apparaissent ici : les huit femmes précédentes, Corinne, l’amie de Saturnine, Mélaine, l’homme de service de Don Elemirio, le chauffeur et les femmes qui viennent répondre à l’annonce pour la colocation : elles sont obsédées par le noble Espagnol, sont attirées par sa réputation sulfureuse et veulent le découvrir.

Le thème du secret est central ici : Don Elemirio cache celui-ci dans une pièce interdite pour la femme qui vit avec lui ; mais il précise que cette porte n’est pas fermée à clé pour une question de confiance. Il considère que son secret doit être respecté, et qu’elles n’ont pas à vouloir le découvrir. Cela peut faire référence au jardin secret que l’on garde pour soi, que l’on ne révèle à personne. Pour autant, les hommes sont toujours curieux, et lorsqu’on leur montre un endroit interdit, mais accessible, il est pratiquement certain qu’ils y entreront. Cette curiosité est aussi au centre du livre : Saturnine veut finalement savoir ce qui se cache derrière la porte, veut savoir ce qu’il est advenu des femmes, ce qui mène à une scène étrange, de nuit, où menaces et questions fusent. Le lecteur lui aussi veut connaître la vérité, et tourne les pages aussi rapidement que possible pour savoir.

La fin est surprenante, à la fois pour ses révélations et pour l’événement qui survient ; elle m’a encore fait penser au premier livre de l’auteure, même si c’est tout de même différent. Elle est aussi abrupte, sans doute pour refléter la rapidité de la décision de Saturnine. J’ai eu mal au cœur, même si cela devait se passer de cette façon. L’amour est toujours étrange dans les livres d’Amélie Nothomb, et c’est peut-être ce qui les rend uniques et aussi passionnants. Seul bémol : j’ai trouvé l’œuvre trop courte.

 

En définitive, un très bon roman, une bonne reprise du conte Barbe bleue, et des retrouvailles avec le style d’Hygiène de l’assassin, que j’adore.

Les Combustibles d’Amélie Nothomb

Posté : 25 août, 2015 @ 3:18 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Les Combustibles Genre : Théâtre

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2001

Nombre de pages : 89

Synopsis : La ville est assiégée. Dans l’appartement du Professeur, où se sont réfugiés son assistant et Marina, l’étudiante, un seul combustible permet de lutter contre le froid : les livres …
Tout le monde a répondu une fois dans sa vie à la question : quelle livre emporteriez-vous sur une île déserte ?
Dans ce huit clos cerné par les bombes et les tirs des snipers, l’étincelante romancière du sabotage amoureux pose à ses personnages une question autrement perverse : quel livre, quelle phrase de quel livre vaut qu’on lui sacrifie un instant, un seul instant de chaleur physique ?
Humour, ironie et désespoir s’entretissent subtilement dans cette parabole aux résonances singulièrement actuelles.

 

Avis :Il me semble qu’Amélie Nothomb n’a écrit qu’une seule pièce de théâtre, et j’ai eu envie de la lire, histoire de voir ce que cela donnait !

Rien qu’à l’idée de brûler un livre, je me sens mal : c’est vous dire le malaise que j’ai ressenti parfois en lisant ! Bien que certains considèrent que les livres ne soient que du papier et de l’encre, c’est beaucoup plus pour les lecteurs qui ne parviennent plus à s’en passer. L’importance de la littérature est mise en valeur ici par sa destruction : en détruisant les œuvres qui lui sont chères, l’homme se détruit lui aussi, détruit l’humanité en lui, sa dignité, et ce qui lui reste face à la guerre. Certes, la vie est plus importante, car si l’on meurt, on ne peut plus lire de toute manière ; mais sa préservation amène à son annihilation. Le froid tue lentement, mais l’immolation de ce que l’on aime aussi. L’auteure a inventé les noms des écrivains et des livres qu’elle cite, ce qui nous permet de ne pas imaginer totalement la destruction des œuvres que l’on aime, ou que l’on connaît : cela nous permet une certaine distance avec ce qui arrive dans le livre. J’ai eu énormément de mal à m’imaginer à la place des personnages, je ne me suis pas du tout identifiée à eux : que ce soit par leurs comportements, ou par leur façon de penser. En tout cas, j’ai retrouvé dans ce livre l’écriture très spécifique d’Amélie Nothomb, un écriture que j’aime toujours autant, à la fois cynique, sérieuse, poétique.

Les personnages, comme dans la plupart des romans de l’auteure, sont étranges pour le lecteur, qui a du mal à s’imaginer à leur place. Le professeur, d’abord : il nous montre une facette du métier d’universitaire qui est assez surprenante, même si elle n’est pas forcément vraie pour tous. Il semble une véritable contradiction, et pourtant, le lecteur comprend pourquoi il agit de la sorte. Il est un peu loufoque, et peut sembler assez pervers. Les livres ne semblent finalement pas avoir une grande importance pour lui, ou l’on peut penser qu’il a sombré dans la folie. Daniel est le personnage avec lequel le lecteur peut le plus facilement s’identifier : il garde ses principes et ses idéaux jusqu’au bout, et ne comprend pas que les autres ne fassent pas de même. Il veut les défendre bec et ongles, veut rester humain coûte que coûte, veut protéger les livres, sans rien pouvoir faire pour les sauver. Enfin, Marina est celle qui est la plus surprenante, et en même temps, la plus banale peut-être. Je ne me suis pas du tout identifiée à elle : elle réagit selon l’instinct animal, l’instinct de conservation semble-t-il. Elle ne pense qu’à se réchauffer, et les livres ne semblent plus compter que comme des combustibles, c’est d’ailleurs elle qui donne l’idée de les brûler.

La fin est évidente : après avoir détruit la littérature, l’homme s’autodétruit. Il y a un dernier espoir qu’un livre survive, et les hommes avec lui.

 

En définitive, j’ai trouvé que ce livre montrait bien l’importance de la littérature dans la vie de l’homme, et l’insignifiance de celle-ci si les livres disparaissaient. Une bonne œuvre, qui fait réfléchir, même si je préfère les romans de l’auteure.

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