Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Cosmétique de l’ennemi d’Amélie Nothomb

Posté : 29 avril, 2017 @ 10:53 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 4 commentaires »

Cosmétique de l'ennemiGenre : Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 123

Synopsis : « Sans le vouloir, j’avais commis le crime parfait : personne ne m’avait vu venir, à part la victime. La preuve, c’est que je suis toujours en liberté. » C’est dans le hall d’un aéroport que tout a commencé. Il savait que ce serait lui. La victime parfaite. Le coupable désigné d’avance. Il lui a suffi de parler. Et d’attendre que le piège se referme. C’est dans le hall d’un aéroport que tout s’est terminé. De toute façon, le hasard n’existe pas.

 

Avis : Je partais en week-end prolongé, donc je me suis dit que j’allais choisir de petits livres faciles à lire : Cosmétique de l’ennemi rentrait pour moi dans cette catégorie …

jusqu’à ce que je le lise ! Certes, c’est une lecture très rapide : en deux heures de voiture, je l’avais terminé. Mais je ne pense pas qu’on puisse dire que c’est un livre facile. L’écriture, comme toujours avec Amélie Nothomb, est fluide, et le lecteur passe de mot en mot très rapidement – ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas importants. De plus, le récit est principalement composé de dialogue, ce qui permet d’entrer dans l’histoire rapidement, ce qui donne plus de vie au livre, et ce qui donne des répliques bien senties, mémorables tant elles sont percutantes ! Mais le thème principal abordé n’est pas un de ceux que j’appellerai faciles ! Et surtout, avec le synopsis, je ne m’attendais pas du tout à ce genre d’histoire !! Je ne veux surtout pas gâcher la surprise à ceux qui ne l’ont pas encore lu, donc je ferai des encarts spoilers à chaque fois qu’ils me sembleront nécessaires ! L’histoire en elle-même commence doucement : un homme en aborde un autre dans un hall d’aéroport, et commence à l’importuner, à le suivre, à lui parler sans cesse, à lui raconter les grands événements de sa vie. Le lecteur est ici face à une situation dans laquelle il pourrait se trouver, ce qui lui permet de s’identifier d’emblée à Jérôme, l’importuné, et pas du tout à Textor, l’importun. Il choisit tout de suite un camp, et ce choix ne fera que se consolider au fil des révélations de Textor, assez affreuses pour faire tressaillir le lecteur, pour l’indigner, pour avoir envie d’entrer dans le livre et de lui faire payer lui-même ce qu’il a fait. C’est alors que surgit le premier rebondissement ! Je n’en croyais pas mes yeux !! Tout s’emboîte logiquement pour y aboutir, et pourtant, je ne l’ai pas du tout vu venir !! Je ne m’attendais pas non plus à la réaction des deux personnages ! Quant au second rebondissement, il m’a achevée ! Je n’étais pas du tout arrivée à cette conclusion, cela m’a vraiment surprise ! Amélie Nothomb a le don de faire croire à son lecteur qu’il a tout compris, alors qu’en fait, il est complètement à côté de la plaque ! Ainsi le thème principal est-il [SPOILER] la schizophrénie, le fait qu’un homme ait deux personnalités complètement opposées, et que l’une agisse indépendamment de l’autre. Ici, Textor rencontre Jérôme pour lui faire comprendre qu’ils sont deux, et que si le meurtre de sa femme n’a jamais été résolu, c’est parce que c’est lui-même qu’il l’a commis en oubliant qu’il est le meurtrier au moment de reprendre sa « première » identité. Cela pose aussi la question de la culpabilité après un crime, de la façon de chacun de le porter, ainsi que la question de savoir comment une personne peut se retrouver avec plusieurs personnalités, savoir ce qui cause ce trouble, cette division de l’être normalement unique. Cela pousse le lecteur à se poser des questions : qui sommes-nous vraiment ? nous connaissons-nous vraiment ? [FIN DU SPOILER] Complètement bluffant ! Petites remarques : avec la personnalité de Textor Texel et ses révélations, celui-ci m’a fait penser à Prétextat Tach dans Hygiène de l’assassin, surtout dans sa façon de parler ; de plus, leurs noms sont proches maintenant que je les écris côte à côte ! Ce nom, d’ailleurs, amène une réflexion sur le texte et le tissu, ce qui donne une belle mise en abîme. Enfin, le lecteur apprend toujours quelque chose avec Amélie : ici, l’étymologie de « cosmétique » par exemple !

Les personnages ne sont que deux en scène, malgré la proximité d’une foule dans un hall d’aéroport, ce qui donne une impression de huis-clos, renforcée par les révélations de Textor. Celui-ci est un personnage abject, impossible à aimer, et qui possède une conception de l’amour, de la liberté et du désir toute particulière ! Dès le début, dès son irruption dans le champ de vision et le champ auditif de l’autre personnage, il devient agaçant, quelqu’un dont on aimerait se débarrasser, quelqu’un qui ne vit que pour importuner les autres autour de lui. Ses révélations le rendent d’autant plus ignobles qu’il ne semble pas se rendre compte de la gravité de ce qu’il a fait : pour lui, ses actes étaient tout à fait normaux, et il les explique avec force arguments, énervant encore plus le lecteur et Jérôme, qui devient alors comme son reflet dans le texte. Celui-ci semble être un homme ordinaire, celui que l’on rencontre justement dans les halls d’aéroport en train d’attendre, agacé par son retard. Il est banal, même si, selon Textor, il est plutôt charismatique. Obligé de subir la présence de Textor, il l’écoute et réagit, avec ironie ou indignation, à ses multiples confessions. Mais il prend une dimension tout à fait différente dès le premier rebondissement ; cela est renforcé après le second rebondissement. [SPOILER] Si Jérôme était bien une figure du lecteur, celui-ci se retrouve dans une situation où lui-même est confronté à son être intérieur, à son propre Textor, à sa schizophrénie non-déclarée, à ses multiples facettes de sa personnalité, facettes qu’il cache, pour la plupart, parce qu’elles ne sont pas conventionnelles, ou qu’elles déplairaient à son entourage. Il se sent alors mal à l’aise, pris dans l’histoire d’une façon à laquelle il ne s’attendait pas, acteur par procuration d’une situation dans laquelle il ne veut jamais se trouver. [FIN DU SPOILER]

La fin est monumentale, tout comme l’est le second rebondissement. C’est le moment de vérité, le lecteur s’attend à tout ; la fin est divisée en deux parties, laissant le suspense entier : [SPOILER] en effet, le lecteur pourrait croire qu’elle vient quand Jérôme a achevé de tuer Textor, et qu’il s’en va ; mais en réalité, la véritable fin se trouve à la page suivante, séparée du corps du texte, comme un épilogue, et l’on se rend bien compte que Textor était bien Jérôme, une création de son esprit, un Mr. Hyde, son double projeté sous les yeux ! [FIN DU SPOILER]

 

Donc, un livre qui m’a grandement surprise, qui m’a troublée et mise mal à l’aise, qui aborde un thème important qui m’est cher. Bien sûr, un coup de cœur !

Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb

Posté : 29 septembre, 2016 @ 9:16 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

Genre : ContemporaineRiquet à la houppe

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 188

Synopsis : « L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. »

 

Avis : Ce livre me crie de le lire depuis un moment, je ne pouvais plus résister !

D’abord, cette couverture !!! Plus on avance, et plus j’ai l’impression qu’elles sont de plus en plus belles ! J’adore l’ambiance de celle-ci, le petit sourire, les couleurs aussi ! Le lecteur retrouve ici une nouvelle réécriture, cette fois de « Riquet à la houppe ». J’en ai déjà lu une de ce conte chez Pierre Dubois, et c’était la meilleure nouvelle de son recueil !! Ici, pas de comparaison possible il me semble : le genre n’est pas le même, et le conte réinventé est si différent chez les deux auteurs qu’elle ne semblerait pas pertinente – soit dit en passant, je n’ai toujours pas lu l’original de ce conte … Shame ! Certains aspects du conte sont repris – comme je ne l’ai pas lu, je ne peux pas être précise - comme les deux personnages. Ici, Riquet ne s’appelle pas Riquet, mais lui ressemble énormément. J’ai adoré lire son histoire, ainsi que celle d’un autre personnage – je ne donne pas les prénoms ici, toujours aussi originaux, je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir de les découvrir ! On suit les personnages de leur naissance à la fin du roman : on passe donc par leur enfance, leur adolescence, leur début dans l’âge adulte ; j’ai aimé les suivre, m’attacher à eux. J’ai eu du mal avec la souffrance qu’ils sont obligés d’endurer : qu’elle vienne d’eux-mêmes ou de la réaction des autres, tant de rejet m’a touchée. On retrouve de nouveaux thèmes et de belles convictions ; les thèmes d’abord : la laideur, et la réaction à cette laideur, la contemplation et le très peu de place qu’on lui accorde dans nos sociétés, la cruauté des enfants et l’hermétisme des adultes pour des êtres qu’ils ne comprennent pas, l’intelligence que l’on ne suppose pas à l’enfant, et qui est présente ici, enfin, la beauté, comme un joyau précieux, que ce soit celle d’une personne, d’un bijou, d’un animal, d’un objet du quotidien qui apparaît quand on le regarde véritablement. Quant aux « convictions », si on peut les appeler ainsi : la supériorité des oiseaux, que j’ai aimés découvrir ici ; j’ai souvent songé à apprendre leur nom à tous, et finalement, j’ajoure toujours, il est peut-être temps de s’y mettre, leur liberté, leur différence fondamentale avec l’homme, leur caractère « sacré » – j’ai aimé que l’auteur nous parle de la place des oiseaux dans l’histoire et dans les religions – ; le fait que l’homme recherche avant tout l’utilité, ce qui place les oiseaux, – et dans ce cas aussi, la littérature, si l’on ne recherche que ce qui peut servir pratiquement – au rang de choses négligeables, l’homme a oublié que la vie ne tourne pas autour de l’argent et de l’utilité, il en vient à se foutre de la disparition de quoi que ce soit si cela ne lui est pas utile dans la vie … vive l’homme ! ; la place de l’amour dans la littérature, et le cas particulier des fins heureuses, j’ai aimé trouver ici l’opinion même de l’auteure, qui prend la parole explicitement à ce moment-là, et qui parle aussi un peu d’elle-même – j’avoue que j’étais impressionnée par ce qu’elle dit ! L’écriture est toujours aussi belle, poétique, peut-être moins cynique qu’à l’accoutumée ; j’ai souri, j’ai ri, j’ai acquiescé, j’ai été étonnée, j’adore !

Riquet (dont je ne donnerai pas le nom !) est un personnage attachant. D’apparence repoussante, et même manifestement monstrueux, il compense par son intelligence supérieure qui lui permet d’arriver à ses fins sans même que les autres s’en rendent compte. Il a conscience de sa laideur et sait qu’il doit, d’une manière ou d’une autre, s’en accommoder, et faire en sorte que les personnes autour de lui passent outre sans s’en apercevoir. Sa passion pour les oiseaux apporte une nouvelle culture au lecteur – si celui-ci ne l’avait pas déjà, ce qui était mon cas ! Sa solitude, et son absence total de besoin des autres le rendent encore plus à part. Conscient d’être différent, il n’a pas envie de devoir changer pour les autres ; s’ils ne peuvent pas l’accepter, lui ne fera pas non plus d’effort. Certaines de ses répliques – même celles relayées par le narrateur quand il est bébé – m’ont fait rire ; Riquet n’est pas un personnage sinistre, ou qui se plaint sans cesse de son apparence, du rejet des autres, ou de quoi que ce soit. Quant au second personnage – vous n’aurez pas son nom non plus ! – elle – vous saurez juste que c’est une fille – est dans la contemplation, dans le regard vraiment porté sur les choses, une attention que les autres ne leur accordent pas. Elle aussi est rejetée, en raison de sa beauté et du fait qu’elle ne parle pas beaucoup, et préfère regarder. Elle est vite catégorisée - joli préjugé quand on ne cherche pas à comprendre les gens. Je me suis aussi beaucoup attachée à ce personnage : j’ai adoré l’endroit où elle grandit, la personne qui l’élève, la particularité de cette personne aussi, qui va un peu pousser la jeune fille vers son avenir. D’autres personnages se trouvent dans ce livre, je ne vous donnerai pas les noms non plus – c’est un plaisir pour moi de les découvrir, je ne voudrais gâcher celui de personne ! – : les parents de Riquet, stupéfaits par l’apparence de leur fils, d’excellents parents – j’ai adoré le passage avec le directeur !! – ; les parents du second personnage, que je n’ai pas du tout apprécié, le père est complètement effacé et la mère m’a semblé insupportable ; la grand-mère du second personnage, que j’ai adoré, si attachante et douce, si persuadée de l’intelligence supérieure de sa petite-fille ; d’autres personnages secondaires qui poussent les protagonistes d’un côté ou d’un autre, leur font emprunter des chemins qui les mènent irrévocablement vers …

La fin. Je l’ai aimé, je l’ai trouvé belle. Je ne peux pas trop en dire, mais j’ai aimé aussi le « mystère » qui reste tout de même entre les personnages.

 

Donc, un très bon roman, presque un coup de cœur, il ne manque pas grand-chose, juste l’émotion particulière que m’ont procuré mes Nothomb préférés. Tout de même en très bonne place dans l’ordre de mes favoris !

Les Catilinaires d’Amélie Nothomb

Posté : 20 juillet, 2016 @ 12:02 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Les Catilinaires Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 151

Synopsis : La solitude à deux, tel était le rêve d’Emile et Juliette. Une maison au fond des bois pour y finir leurs jours, l’un près de l’autre. Etrangement, cette parfaite thébaïde comportait un voisin. Un nommé Palamède Bernardin, qui d’abord est venu se présenter, puis a pris l’habitude de s’incruster chez eux chaque après-midi, de quatre à six heures. Sans dire un mot, ou presque. Et cette présence absurde va peu à peu devenir plus dérangeante pour le couple que toutes les foules du monde … C’est une comédie très noire, d’une lucidité tour à tour drôle et dévastatrice, que nous offre ici l’auteur d’Hygiène de l’assassin et de Stupeur et tremblements.

 

Avis : Une petite envie d’un bon livre d’Amélie Nothomb. J’ai opté pour celui-ci parce que j’en avais déjà entendu du bien.

J’ai vraiment aimé ce livre, pour plusieurs raisons. D’abord, je me suis facilement attachée aux personnages, j’ai eu l’impression d’une atmosphère agréable grâce à eux (en tout cas au début) : leur amour est beau, innocent, authentique, éternel. On sent une complicité rare entre deux personnes, et un reste d’enfance. Ils sont émouvants, surtout Juliette qui, par son prénom, m’a fait penser à la sœur de l’auteure, et à ce que cette dernière dit d’elle. Puis, leur rêve est beau, simple : vivre ensemble, à deux, isolés du reste de la société et de ce qu’elle fait de nous. Je me suis facilement imaginée à leur place à leur âge, et donc identifiée à eux. Leur petit rêve éveillé, qui se transforme vite en cauchemar. En effet, ils ne sont pas seuls ; près d’eux vit ce voisin qui va devenir invasif dès le premier jour, et ne plus les lâcher jusqu’à la fin. Peu à peu, cet homme exerce une pression psychologique sur le couple sans même parler. Ceux-ci sont incapables de le chasser, et même, ressentent de la culpabilité et de la gêne à sa place. Je dois avouer que certains passages m’ont énervé : comment peut-on laisser une situation s’enliser à ce point ? J’ai parfois ressenti de la haine pour ce voisin, du dégoût aussi, exactement comme le narrateur, qui change à cause de lui, qui devient différent de ce qu’il est depuis toujours, et que sa femme ne comprend plus. J’ai trouvé cela si triste … Il brise leur vie en s’immisçant chez eux de la sorte. Ce changement qui s’opère amorce la fin dont je parlerai plus bas. L’écriture est toujours aussi excellente, agréable à lire, à la fois cynique, parfois drôle, parfois cruel, et sérieuse. Petit plus : la couverture, que j’aime beaucoup !

Emile est le narrateur et personnage principal. Retraité, cultivé et désireux de passer tout son temps auprès de sa femme, son voisin est une véritable plaie pour lui, et il tente par plusieurs moyens de s’en débarrasser sans succès. Il lui tend ce qu’il croit être des pièges, veut l’ennuyer après avoir tenté de le faire parler, veut le mettre mal à l’aise, ou en colère. Rien ne marche, et il sent que sa vie devient un enfer sans jamais réussir à mettre à la porte ce malotru. Il change beaucoup au fur et à mesure du temps, ce qui est assez frappant, et m’a rendu triste, comme je l’ai dit. Juliette, quant à elle, semble la gentillesse et la pureté incarnée. Elle ne pense jamais à mal, plaide toujours en faveur de tous, sans qu’ils le méritent forcément. Pleine de bon sens, elle a déjà trouvé la solution, mais la politesse de son mari l’empêche d’agir. Juliette mêle l’enfant et l’adulte en une femme admirable, qui m’a touchée et à laquelle je me suis vite attachée. Le voisin est sans doute la personne la plus détestable que je connaisse ! Il m’a tellement énervé. J’ai ressenti une envie de le frapper comme rarement en lisant. Hautain, méprisant, persuadé que le couple lui doit quelque chose et que son attitude est normale, il se permet même de s’énerver quand ils font quelque chose qui ne lui convient pas ! Le sale type par excellence, et toutes les justifications du monde ne peuvent pas me le rendre sympathique. Il est vrai qu’avec ce que l’on apprend, il n’a pas l’air d’avoir eu la plus belle vie du monde, mais, comme dit Juliette, il a mal vieilli, et il suffit d’être indifférent, de ne pas le laisser interférer dans leur vie, ce qu’Emile n’est pas capable de faire. Sa femme est hallucinante, et m’a fait mal au cœur. Je ne veux pas gâcher la surprise, donc je ne dis rien, mais j’aurais aimé connaître véritablement son histoire. Dernier personnage de ce huis-clos : Claire, ou la joie incarnée. Ancienne élève d’Emile, je l’ai elle aussi trouvé tout de suite sympathique.

La fin est plutôt inattendue, je ne pensais vraiment pas que c’était une option envisageable ! Malgré tout, rien ne sera comme avant entre les personnages, ce qui me désole toujours !

 

Donc, un très bon Amélie Nothomb, dans lequel on retrouve son excellente écriture incisive, son imagination foisonnante, ses personnages attachants ou exécrables, et une fin à laquelle je ne m’attendais pas !

Biographie de la faim d’Amélie Nothomb

Posté : 8 juillet, 2016 @ 11:11 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Biographie de la faim Genre : Autobiographie, Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 190

Synopsis : L’auteur de Stupeur et tremblements (Grand Prix du roman de l’Académie française 1999) et de Métaphysique des tubes fait revivre ses souvenirs d’enfance au Japon et en d’autres lieux où l’a conduite la carrière de son père diplomate. Au cœur du kaléidoscope : sa faim. Le mystère de la faim, goinfre, joyeuse ou tragique et angoissante, quête perpétuelle d’un accomplissement inaccessible. Un récit pudique et sincère, qui manie l’humour noir et la provocation.

 

Avis : J’avais laissé ce livre de côté, un peu à cause du titre, qui ne m’inspirait pas vraiment. Et puis, je me suis lancée !

Quelle bêtise de l’avoir écarté si longtemps ! Ce livre est un véritable coup de cœur. J’ai un peu tiqué à la lecture des premières pages ; puis, l’écriture d’Amélie Nothomb m’a à nouveau convaincue, et je me suis très vite laissée porter. C’était un véritable voyage qui représente l’enfance et l’adolescence de l’auteure : on passe par de nombreux pays, que l’on voit à travers les yeux de l’enfant qu’était l’écrivain à l’époque. D’abord le Japon, terre adorée entre toutes, terre de liberté, endroit sacré ; puis la Chine, opposé complet du premier pays qui entraîne de nouvelles découvertes ; les Etats-Unis, et surtout New-York, lieu d’ivresse, de débauche, de folie ; d’autres pays encore, qui entraînent différentes réactions, notamment l’enfermement dans la lecture, un monde qui permet à l’enfant de s’évader d’une réalité qui l’effraie. L’enfance de l’auteure est merveilleuse ; j’ai vu beaucoup de lecteurs déploraient le narcissisme d’Amélie Nothomb dans ce livre : c’est oublier que ce n’est pas d’elle en ce moment qu’elle parle, mais de l’enfant qu’elle était alors. Et, souvent, les enfants sont tout sauf modestes ; ce sont plutôt de petits monstres excessifs que l’on adore. Loin de m’agacer, cet aspect de la petite fille m’a amusé, et j’ai trouvé que cela contrastait avec ce que je vois de la Amélie Nothomb adulte. A nouveau, comme je le disais plus haut, son écriture m’a séduite. C’est un mélange d’ironie, d’humour et de poésie, de cynisme parfois, où les mots ont un impact, ne sont pas choisis au hasard. Aussi, j’ai appris des choses, notamment sur le Vanuatu, des mots que je ne connaissais pas, des traditions de cultures différentes qui m’ont sidérée, notamment celle de la Déesse Vivante ! Petit passage par la couverture : je la trouve très jolie, et elle me fait penser à l’enfance.

Amélie est, bien sûr, le personnage principal de ce livre, d’une manière double : elle est l’enfant qui grandit et se transforme en adolescente, mais aussi la narratrice. La dernière parle de la première sans la juger, mais en nous montrant ses petits excès caractéristique de l’enfance. Elle nous explique à plusieurs reprises qu’elle n’était pas capable, à l’époque, de comprendre les subtilités de la politique des pays dans lesquels elle vivait, comme la Chine ; les jugements politiques sont portés par l’auteure adulte. L’Amélie de cinq ans profite de son enfance de rêve à plein temps. Après avoir lu Métaphysique des tubes et Le Sabotage amoureux, je savais déjà qu’elle était spéciale, mais aussi très attachante. Intelligente, elle se sent divine et différente : les passages à l’école le montrent. Aussi, elle est différente des autres par ses obsessions, ses addictions, qui, étrangement, ne m’ont pas autant choquée que j’aurais pu l’être. Mais, à partir d’un certain passage à la mer, que j’ai trouvé particulièrement choquant, j’ai senti que la lecture prenait un tour différent, et que le lecteur était sur le point d’entrer dans une période noire. L’Amélie adolescente m’a fait mal au cœur sans me faire pitié pour autant. Elle a traversé cette étape de la vie dans la souffrance et la haine. Elle est passée dans le monde adulte, et a décidé de partir retrouver ce qu’elle considère comme ses racines, voyage relaté dans Stupeur et tremblements et Ni d’Eve ni d’Adam, deux livres complémentaires qui font aussi partie de mes préférés de l’auteure. Evidemment, le lecteur rencontre d’autres personnages, notamment Juliette, la sœur d’Amélie. L’admiration que la cadette ressent pour son ainée est vraiment belle à lire ; Juliette devient princesse, fée, elfe, un être supérieur à côté duquel Amélie grandit dans l’amour et la contemplation de la beauté. Ce qui les lie devient même presque surnaturel par la suite : elles s’identifient l’une à l’autre, et peinent à se quitter, même pour peu de temps. La mère d’Amélie est admirée elle aussi : elle est la beauté incarnée, l’ange parmi les anges. Elle semble avoir du mal à comprendre sa fille, mais l’aime aussi fort que l’on peut aimer un enfant. Le père, lui, est un support pour sa cadette, et un personnage que j’ai trouvé assez sympathique. Le lecteur rencontre également Inge, jeune Allemande au destin étrange, Roselyne et Marie, deux camarades de classe d’Amélie, son frère, qui m’a semblé un intrus pour elle.

Le thème principal de ce livre est la faim. Pas seulement la faim de nourriture, mais aussi celle de tout, une faim universelle, celle de vivre, de connaître, de comprendre, une faim de beauté aussi. Je me suis retrouvée parfois, au début du livre. Puis, cette faim devient physique, elle se transforme en maladie quand l’enfant devient adolescente. Ces passages étaient difficiles à lire après la lecture de la première partie ; je me suis amusée et attachée à la petite fille, dont la lucidité, assez pessimiste, m’a impressionnée, et de lire cette période difficile m’a déchiré le cœur. L’adolescence est vraiment une époque ingrate, où l’homme remet tout en question et perd le goût de vivre sans apparente raison ; il quitte le monde de l’enfance qu’il ne retrouvera jamais, perd l’étonnement et la magie de l’être innocent et se sent corrompu par la réalité. Il ne peut plus vivre exclusivement dans son monde, ce qui le coupe momentanément des autres, qu’il déteste alors. 

La fin, comme souvent, est assez abrupte, mais se termine sur une jolie note : la matérialité ne compte pas, l’important, c’est d’être en vie.

 

Donc, un excellent livre, qui m’a profondément touchée, que je place parmi mes livres préférés de l’auteure, auprès de Journal d’Hirondelle.

Acide sulfurique d’Amélie Nothomb

Posté : 24 mai, 2016 @ 10:51 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Acide Sulfurique Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2008

Nombre de pages : 213

Synopsis : « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle. »

 

Avis : J’ai entendu parler d’Acide sulfurique il y a quelques temps, et il m’a semblé très intéressant, alors je me suis lancée !

Comme la plupart des Amélie Nothomb, ce livre se lit très vite ! Les pages se tournent pratiquement sans pause, et on arrive à la fin avant de s’en rendre compte. L’intrigue est assez effrayante : on met un certain nombre de personnes dans un train qui va jusqu’à un camp où elles seront forcées à travailler ou exécutées. Ce livre mêle télé-réalité et camp de concentration, rapprochant ainsi les émissions modernes avec les exécutions de la Seconde Guerre mondiale. Cette proximité peut sembler choquante, mais elle montre aussi les extrémités auxquelles on peut arriver, et également comment la télévision nous transforme. Le spectateur se transforme en voyeur, en monstre, il perd peu à peu toute humanité et devient capable de voir mourir des gens, et même pire ! Ce livre met en valeur les défauts de notre société, et évoque, comme le faisait Hannah Arendt, le mal ordinaire, celui que font les personnes « normales » en ne résistant pas, en ne s’impliquant pas, en ne faisant rien pour empêcher quoi que ce soit, ou même, en participant de manière passive. Ainsi, les spectateurs sont-ils les véritables monstres, puisqu’ils alimentent le phénomène. Le tatouage que les Juifs devaient porter dans les camps est repris dans le livre sous la forme d’une sorte de matricule composée de trois lettres et de trois chiffres qui remplace leur nom, inconnu de tous. Ce nom, cette identité, bien que les papiers soient détruits, reste une trace d’humanité que les prisonniers préservent des autres. En fait, ce livre m’a vraiment fait passer à Hunger Games, en moins développé ; il est sorti avant la série, donc il n’en est pas inspiré. Petite remarque concernant la couverture : je la trouve à la fois belle et cruelle. Petit plus : des références littéraires qui ont un certain poids.

Pannonique est l’héroïne du roman. Elle se retrouve dans le camp avec les autres prisonniers, mais elle est différente des autres. Elle dégage quelque chose, une aura, qui la fait apprécier de presque tous. J’ai aimé ce personnage : frappée par l’horreur des camps, elle fait ce qu’elle peut pour résister, et est même la seule à agir. Elle tente différentes stratégies qui ne fonctionnent pas toujours, son environnement lui est de plus en plus insupportable jusqu’à ce qu’elle atteigne sa limite. Dans le camp, elle rencontre Zdena, qui n’est pas une prisonnière. Apparemment stupide, incapable d’avoir une véritable conversation, de « dire quelque chose », elle est fascinée par Pannonique, et tente tout pour obtenir ce qu’elle veut. Le lecteur rencontre d’autres personnages comme EPJ 327, un homme lui aussi fasciné par Pannonique, qu’il considère comme la seule chose qui lui permet de ne pas mourir dans le camp, MDA 802, une jeune femme proche de Pannonique, qui tente de la forcer à faire certaines choses par intérêt, mais admire sa pureté et l’honneur qu’elle conserve, ZHF 911, une vieille dame affreuse qui rend la vie encore plus impossible aux prisonniers, PFX 150, une petite fille qui cache quelque chose, et d’autres personnages, prisonniers ou non.

La fin, comme souvent, est assez abrupte, mais je l’ai apprécié. Elle clôt bien le roman, sur une touche d’espoir.

 

Donc, un très bon roman, qui nous montre les défauts de notre société à travers une émission de télé-réalité poussée à l’extrême, avec l’horreur des camps de concentration en arrière-fond. Un livre qui fait réfléchir sur la responsabilité de tous également.

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