Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

House of Names de Colm Tóibín

Posté : 3 août, 2018 @ 2:22 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : MythologieHouse of Names

Editeur : Penguin Viking

Année de sortie : 2017

Nombre de pages : 262

Titre en français : Pas encore traduit 

Synopsis : ‘They cut her hair before they dragged her to the place of sacrifice. Her mouth was gagged to stop her cursing her father, her cowardly, two-tongued father. Nonetheless, her muffled screams were heard. »

On the day of his daughter’s wedding, Agamemnon orders her sacrifice. His daughter is led to her death, and Agamemnon leads his army into battle, where he is rewarded with glorious victory.

Five years later, he returns home and his murderous action has set the entire family – mother, brother, sister – on a path of intimate violence, as they enter a world of hushed commands and soundless journeys through the palace’s dungeons and bedchambers. As his wife seeks his death, his daughter, Electra, is the silent observer of the family’s game of innocence while his son, Orestes, is sent into bewildering, frightening exile where survival is far from certain. Out of their desolating loss, Electra and Orestes must find a way to right these wrongs of the past, even if it means committing themselves to a terrible, barbarous act. 

House of Names is a story of intense longing and shocking betrayal. It is a work of great beauty, and daring, from one of our finest living writers. 

 

Avis : Etant donné que j’adore la mythologie, je ne pouvais que lire House of Names !

Ce roman relate l’histoire de la famille d’Agamemnon ; il se voit ordonner le sacrifice de sa fille Iphigénie par les dieux pour que le vent cesse afin de partir faire la guerre à Troie, aux côtés de son frère Ménélas, afin de récupérer sa femme, Hélène. Cela ne plaît pas du tout à sa femme, Clytemnestre, qui tente tout pour l’empêcher. Elle rentre vaincue avec Oreste, son fils, auprès de sa seconde fille, Electre. Je connaissais déjà l’intégralité du mythe, donc les surprises n’en étaient pas, et je n’ai peut-être pas pris autant de plaisir qu’un lecteur qui ne connaîtrait pas l’histoire ; mais j’ai tout de même appris quelques détails que j’ignorais – sachant tout de même que l’auteur a ajouté des éléments pour faire du mythe un roman. J’ai aimé relire cette histoire sous la forme d’un long récit construit, en suivant différents personnages. Depuis que je connais cette partie de la mythologie, j’adore ce mythe. Quand je l’ai lu pour la première fois, je me suis tout de suite rangée du côté de Clytemnestre et Iphigénie – comme je me range toujours du côté des Troyens pour la guerre de Troie. J’ai détesté Agamemnon à cause de son geste, de son absence de sentiment et de courage ; mais aussi Oreste [SPOILER] pour les représailles contre sa mère [FIN DU SPOILER]. J’ai toujours adoré la version du mythe dans lequel Iphigénie est sauvée par Artémis qui la substitue à une biche et lui permet de devenir une de ses suivantes. Malheureusement, dans la version de Tóibín, elle meurt. 

J’ai adoré les passages à la première personne consacrés à Clytemnestre et Electre ; j’ai beaucoup moins apprécié ceux qui suivaient Oreste, notamment parce qu’il était à la troisième personne, et sans doute aussi à cause de mon antipathie initiale pour le personnage. J’étais beaucoup plus immergée dans l’histoire quand la narration était interne. De plus, je n’ai pas aimé la première partie consacrée à Oreste : sa violence naissante est dérangeante, et je n’ai pas supporté la scène avec les chiens – peut-être que c’est étrange, mais je peux lire des scènes de violence contre des hommes, pas contre des animaux ! J’ai préféré les parties qui le suivaient dans la seconde partie du livre.

Je me suis identifiée à Clytemnestre et Electre : elles sont compréhensibles, même si elles ne sont pas pardonnables. Je ressentirai sans doute la même chose que Clytemnestre face au sacrifice de ma fille pour des dieux en qui je ne crois pas, ou que je considère comme cruels et sourds aux suppliques des hommes. Etant donné que je me suis distanciée de la religion il y a quelques temps, je peux tout à fait comprendre sa colère, l’absurdité qu’elle voit dans cette mort inutile et inhumaine pour une raison qu’elle juge inférieure à la vie de sa fille, mais aussi sa propre distanciation avec la religion et sa haine de la lâcheté de son mari. Concernant Electre, je peux aussi la comprendre : sa mère ne se rapproche pas d’elle dans leur perte commune, ne lui explique rien de ce qui est arrivé. La fille de Clytemnestre la tient pour responsable de la mort d’Iphigénie ; elle ne fait rien pour s’en faire une alliée, la montant peu à peu, au contraire, contre elle, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Mais, en lisant les parties d’Oreste, j’ai eu énormément de mal à continuer à aimer Clytemnestre et Electre. En effet, chaque personnage est manipulateur, excepté le fils, qui est plutôt le manipulé. Enfant, il est écarté des décisions importantes, et ne comprend pas ce qui se passe autour de lui ; mais, adulte, il est carrément utilisé. C’est assez agaçant étant donné qu’il ne réagit pas, et se laisse complètement faire. Je ne suis pas parvenue à m’attacher à lui, ni à l’apprécier !

Malgré l’absence d’attachement aux personnages ou la distance qui s’est installée avec certains, il était fascinant de replonger dans cette histoire de trahisons et de meurtres. L’escalade de la violence est impressionnante, quand on se rend compte d’où elle part : un vent qui retarde la flotte du roi. A partir de sa décision de sacrifier sa propre fille, toutes les pièces de la destruction se mettent en place, et la famille est, en quelque sorte, maudite. Elle finit par imploser.

Niveau éléments secondaires, j’ai aimé la pudeur et l’absence de description directe quand il s’agit de sexualité. Le lecteur devine ce qui arrive : c’est subtil mais compréhensible. J’ai aussi aimé l’ajout de fantômes ; cela apporte quelque chose de nouveau à l’histoire. J’ai notamment adoré la façon dont ils sont considérés, le soutien qu’ils représentent pour un des personnages : ces passages étaient beaux. En revanche, j’ai attendu l’arrivée des Erynies en vain ; j’aurais aimé voir cette partie du mythe dans le roman ! 

 

Donc, il manque quelque chose à ce livre pour être une excellente lecture, mais je suis heureuse d’avoir lu ce mythe sous la forme d’un roman !! Je le recommande à ceux qui le connaissent comme à ceux qui voudraient le découvrir pour la première fois !! 

Circe de Madeline Miller

Posté : 4 juillet, 2018 @ 8:45 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 4 commentaires »

Genre : Fantasy, Mythologie Circe

Editeur : Bloomsbury 

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 333

Titre en français : Circé 

Synopsis : In the house of Helios, god of the sun and mightiest of the Titans, a daughter is born. But Circe has neither the look nor the voice of divinity, and is scorned and rejected by her kin. Increasingly isolated, she turns to mortals for companionship, leading her to discover a power forbidden to the gods: witchcraft.

When love drives Circe to cast a dark spell, vengeful Zeus banishes her to the remote island of Aiaia. There she learns to harness her occult craft, drawing strength from nature. But she will not always be alone; many are destined to pass Through Circe’s place of exile, entwining their fates with hers. The messenger god, Hermes. The craftsman, Daedalus. A ship bearing a golden fleece. And wily Odysseus, on his epic voyage home.

There is danger for a solitary woman in this world, and Circe’s independence draws the wrath of men and gods alike. To protect what she holds dear, Circe must decide whether she belongs with the deities she is born from, or the mortals she has come to love.

Breathing life into the ancient world, Madeline Miller weaves an intoxicating tale of gods and heroes, magic and monsters, survival and transformation. 

 

Avis : Depuis que ce livre est sorti, j’ai une envie folle de le lire !

En effet, Circe a tout pour me plaire : une héroïne qui se bat pour sa vie et son bonheur, de la mythologie en veux-tu en voilà, une flopée de réflexions sur la condition et la place de la femme, et de la magie ! Mais, allons-y doucement !

Tout sonnait juste, que ce soit la personnalité de Circé, l’écriture (et donc, sa voix, puisque le livre est écrit à la première personne avec son point de vue), ce qui lui arrive. Tout était logique, cohérent avec les mythes et ce que l’on sait de la mythologie grecque, de leur façon de dépeindre et de considérer les femmes. Cela ne veut pas dire que c’est agréable de lire que les nymphes sont considérées comme des choses à attraper pour assouvir les désirs des dieux ou des hommes sans leur consentement, ou que les magiciennes étaient reniées alors même qu’elles aidaient leur aimé. Mais ce n’est pas fantaisiste ou irréaliste.

J’ai adoré Circe : elle m’a émue, j’étais avec elle tout le long du livre. J’avais quasi envie d’entrer dedans ; je me sentais chez moi avec elle, ce qui m’arrive assez rarement, et seulement avec des personnages qui ont ce quelque chose en plus. Je pense qu’elle est devenue, grâce à ce roman, un de mes personnages mythologiques préférés ; j’ai toujours voulu en savoir plus sur elle depuis que j’ai lu L’Odyssée, et je suis heureuse qu’un livre lui soit finalement consacré ! Elle était incomprise et rejetée de tous ; son immortalité en tant que déesse lui a permis de grandir et de trouver une forme de sagesse. Elle a compris les règles du monde dans lequel elle vit, même si celles-ci lui semblent injustes et ne lui conviennent pas. J’ai, en revanche, eu du mal avec Ulysse. Je ne le supporte pas. Déjà, je n’aimais pas beaucoup L’Odyssée ; mais après avoir lu The Penelopiad (L’Odyssée de Pénélope) de Margaret Atwood, c’était fini ! Comme la majorité des (tous ?) les héros grecs, ses hauts faits sont, en fait, des actes barbares ou cruels. Malgré le fait que Circe soit séduite, elle voit bien sa violence, sa colère. [SPOILER] On voit enfin sa véritable personnalité à la fin, à travers les histoires de Télémaque et Pénélope. Celle-ci m’a fait penser à The Penelopiad (eh oui, encore !) où Ulysse est juste un homme violent transformé en héros par les aèdes et leurs chansons. L’épisode des servantes pendues se trouve dans les deux romans.[FIN DU SPOILER] J’ai adoré Dédale, et j’aurais voulu le voir plus longtemps. Il est un baume, un repos dans la vie de Circe. Bien sûr, il n’y a pas beaucoup plus de « bons » personnages ici. La majorité d’entre eux sont cruels, et il est difficile de les apprécier. Pasiphaé, Aeétès ou Hélios, pour ne citer qu’eux ! Pas d’amour ici, seulement de l’avidité et de l’envie. Mais, pour la majorité des personnages féminins, Circe comprend, en fin de compte, leurs motivations ; bien sûr, cela ne les absout pas !

J’ai adoré la façon dont les dieux sont montrés ! Ils ne sont pas parfaits, et leur immortalité ne leur apporte pas de sagesse, mais plutôt une maîtrise accrue de la cruauté. D’ordinaire, ces dieux cruels sont Zeus ou Apollon ; j’ai été surprise de voir Athéna ou Hermès décrits de cette façon. Il existe une frontière claire entre Olympiens, Titans et hommes. Les Titans ne sont pas mieux : ils vivent pour eux-mêmes exclusivement. Leur but est de trouver la gloire, que leur réputation soit assurée, et que les hommes leur offrent prières, libations et sacrifices. D’un autre côté, Circe mentionne les nymphes et les dryades comme elles sont vues par les dieux et les hommes : des fruits à cueillir, à dévorer. Et peu importe si elles pleurent tant qu’elles se changent en pierre ou en fleur ; elles ne vivent que pour le plaisir des autres, ce qu’indique leur nom même. Parlant de nom, petite parenthèse : j’ai adoré découvrir la signification de mots grecs dans le roman !! Revenons aux nymphes : même si Circe l’est en partie, elle est plus forte, et parvient à survivre aux choses qui lui arrivent. Cela amène des réflexions sur la femme et sa condition, sa place, à la fois dans la société et la mythologie grecque. Circe peut-elle s’élever au-dessus de cela ? Peut-elle être reconnue ? Est-elle différente ?

J’ai aussi adoré voir les mythes différemment, ou en découvrir de nouveaux !! Je n’en connaissais pas certains ! Par exemple : comment Scylla est devenue un monstre ? Pourquoi Circe vit-elle sur une île ? Qu’est-il arrivé à Ulysse une fois rentré à Ithaque ? Qu’est-il arrivé à Pasiphaé une fois son mari Minos mort ? J’ai adoré connaître les réponses !!

J’ai adoré la fin !! C’était parfait !! [SPOILER] Enfin, Circe trouve sa place ; elle peut être heureuse avec celui qu’elle aime. Elle peut quitter son île pour vivre vraiment, et pour explorer. Elle est puissante et sage, et, même si la peur revient, elle sait, maintenant mortelle, qu’elle retrouvera ceux qu’elle aime dans les enfers. [FIN DU SPOILER] J’ai hâte de lire The Song of Achilles (Le chant d’Achille), et tous les livres que Madeline Miller publiera par la suite sur la mythologie !!

 

Donc, un excellent livre, qui nous fait découvrir, si on ne la connaissait pas, la magicienne Circe ! 

The Greek Myths, book 1 de Robert Graves

Posté : 20 mars, 2018 @ 4:04 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Mythologie The Greek Myths 1

Editeur : Pelican Books

Année de sortie : 1972 [1955]

Nombre de pages : 370

Titre en français : Les Mythes grecs

Synopsis : Few modern writers are better qualified than Robert Graves to retell the Greek legends of gods and heroes for a modern audience. In the two volumes of The Greek Myths, with a dazzling display of relevant knowledge, he provides a complete mythology to replace Smith’s Dictionary of Classical Mythology of the nineteenth century. Graves’s work covers in nearly two hundred sections, the creation myths, the legends of the birth and lives of the great Olympians, the Theseus, Oedipus and Heracles cycles, the Argonaut voyage, the tale of Troy, and much else.

All the scattered elements of each myth have been assembled into a harmonious narrative, and many variants are recorded which may help to determine its ritual or historical meaning. Full references to the classical sources, and copious indexes, make the book as valuable to the scholar as to the general reader; and a full commentary on each myth explains and interprets the classical version in the light of today’s archaeological and anthropological knowledge.

 

Avis The Greek Myths était déjà dans ma wish-list quand j’ai vu son nom dans The Penelopiad de Margaret Atwood, concernant une théorie à propos de Pénélope et de ses douze servantes. Il ne m’en fallait pas plus pour enfin le lire !

Ma fac n’avait pas l’intégrale de l’œuvre, donc je n’ai emprunté que le premier volume … et heureusement ! Je n’aurais jamais réussi à engloutir 780 pages de mythes et leurs commentaires en ayant en délai au-dessus de la tête ! Je pense que ce livre se lit très lentement, au rythme choisi par son lecteur, et donc avoir à le rendre m’a un peu forcée à me dépêcher de le finir, ce que je trouve dommage. Je me procurerai sans doute la version intégrale pour pouvoir piocher dans le livre quand je veux, à l’endroit que je veux ! Surtout que j’ai emprunté The Greek Myths pour découvrir la théorie sur Pénélope … qui se trouve dans le deuxième volume, bien sûr !

Ce livre est très intéressant, et plutôt original dans sa façon de reprendre les mythes ; en effet, l’auteur veut visiblement que son œuvre soit complète, et donne donc les mythes, leurs variantes, et un commentaire historique qui permet de comprendre d’où viennent les éléments qui constituent le mythe. C’est passionnant ; mais les noms grecs et les nombreuses variantes entraînent la confusion du lecteur. Heureusement, Robert Graves a fait des rappels vers d’autres mythes, afin de montrer en quoi ils sont similaires – un peu problématique quand le mythe se trouve dans le deuxième volume … J’ai vraiment hâte de pouvoir parcourir une version intégrale, et de pouvoir prendre mon temps !!

La seule chose énervante dans ce livre, c’est la mise en avant – logique, ce n’est pas l’auteur qui décide de la mettre particulièrement en avant, elle est importante pour comprendre les mythes et la société – de la misogynie de la société grecque. Le nombre de viols, d’enlèvements ou de remplacements de cultes féminins par des cultes masculins – que j’avais déjà rencontrés dans From Hell d’Alan Moore – est tellement important qu’il finit par être agaçant. On sent bien la pensée grecque que la femme doit rester dans la maison, et qu’elle n’a rien à faire dans la vie publique ou les décisions du gouvernement ; les femmes guerrières, telles les Amazones, sont presque des aberrations, et meurent systématiquement dans les mythes où elles apparaissent. Parfois, je me demande vraiment pourquoi j’adore la mythologie ?!

 

Donc, une œuvre très intéressante, mais qui prend plus de temps que je ne lui en ai accordé.

 

 

 

The Penelopiad de Margaret Atwood

Posté : 26 janvier, 2018 @ 2:11 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Mythologie The Penelopiad

Editeur : Canongate

Année de sortie : 2006 [2005]

Nombre de pages : 196

Titre en français : L’Odyssée de Pénélope

Synopsis : Murder comes back to haunt you

For Penelope, wife of Odysseus, maintaining a kingdom while her husband was off fighting the Trojan war was not a simple business. Already aggrieved that he had been lured away due to the shocking behaviour of her beautiful cousin Helen, Penelope must bring up her wayward son, face down scandalous rumours and keep over a hundred lustful, greedy and bloodthirsty suitors at bay …

And then, when Odysseus finally returns and slaughters her murderous suitors, he brutally hangs Penelope’s twelve beloved maids. What were his motives? And what was Penelope herself really up to? Margaret Atwood has given Penelope a realistic and witty voice to tell her own story and set the record straight for good.

 

Avis : J’adore la mythologie, et quand j’ai vu que ce livre existait, je l’ai tout de suite ajouté à ma wish-list !!

Margaret Atwood offre ici une réécriture de L’Odyssée vu par Pénélope, la femme d’Ulysse. Petit bémol sur la traduction du titre en français : le nom du mari se trouve encore dans le titre, alors qu’il est complètement absent dans le titre en VO ! Ici, l’histoire est donnée sans toutes les fioritures et les mensonges qui l’accompagnent dans le mythe. Pénélope laisse entendre qu’Ulysse n’a pas accompli les grands exploits qu’on lui attribue dans L’Odyssée, mais plutôt qu’il s’est arrêté dans un bordel pendant très longtemps, ou qu’il s’est battu avec un aubergiste à cause de la note : tout est plus trivial ici, et, en quelque sorte, drôle en même temps ! Ulysse est un peu ridiculisé ; il est aussi montré, comme dans les mythes habituels, comme un homme rusé, un voleur et un menteur. Il n’y a pas de grand amour entre lui et sa femme ; ils font tous deux semblant de croire l’autre, tout en sachant qu’ils mentent tous les deux. Au revoir la belle histoire d’amour, le héros formidable, et l’épouse naïve et dévouée ! Le lecteur suit donc Pénélope de sa naissance à sa vie aux Enfers – aussi appelés l’Hadès. Elle raconte l’histoire après sa mort, des milliers d’années après, ce qui lui permet de faire des références à notre monde. Elle commence en nous expliquant qu’elle va dire toute la vérité, qu’il ne sert plus à rien de mentir maintenant que tout le monde est mort. Le lecteur s’empresse donc de la croire. Mais peut-il vraiment lui faire confiance ? Dit-elle vraiment toute la vérité ? N’essaie-t-elle pas de paraître, ou de se sentir moins coupable ? Parce qu’évidemment, elle se sent coupable : Ulysse n’a pas fait que tuer ses prétendants quand il est revenu à Ithaque ; il a aussi fait pendre ses douze servantes préférées, celles qu’elle considérait comme ses filles, et qu’elle n’a pas pensé à sauver à temps ! Entremêlés à l’histoire de Pénélope, les chœurs de ces servantes nous racontent leur histoire, mais aussi leur point de vue sur ce qui est vraiment arrivé – j’ai d’ailleurs aimé cette référence aux pièces grecques anciennes, comme l’écriture de Margaret Atwood, qui m’a encore séduite ! [SPOILER] Elles laissent entendre que Pénélope a trompé son mari avec certains prétendants ; l’image de Pénélope est tellement ancrée comme la femme fidèle et désespérée qu’il est difficile de l’imaginer autrement. Pourtant, le complot qu’elle ourdirait ensuite contre les servantes est plausible : qui dit alors la vérité ? [FIN DU SPOILER] J’ai aimé comme il est compliqué de démêler le vrai du faux, et comme chaque version d’une histoire est différente.

Ce point de vue féminin permet de redécouvrir la société grecque et sa façon de traiter les femmes. Comme Pénélope le dit, elles sont de la viande à acheter et à vendre, à ensemencer pour obtenir des héritiers, quand elles sont nobles. Les servantes nous montrent la façon dont elles sont traitées : comme des prostituées, des objets jetables. Le maître doit quand même d’abord donner la permission pour que les servantes soient violées ; s’il ne la donne pas, les nobles invités n’ont pas le droit de les toucher. Permission pour violer ? Vraiment ?!!!! De plus, la société grecque met en avant la domination de l’homme sur la femme, humain ou dieu. Combien de femmes ont été violées par Zeus par jeu ? Et cette théorie à la fin !!! Elle m’a fait penser à From Hell d’Alan Moore : Jack l’Eventreur explique comment les hommes ont complètement soumis les femmes, jusque dans l’architecture de Londres, dans la façon dont ils ont recouvert les traces de culte féminin par des symboles de puissance masculine. Margaret Atwood donne ses sources : The Greek Myths de Robert Graves, que j’ai maintenant encore plus envie de lire !! Je trouve cette hypothèse, et ce qu’elle implique, fascinante, et cela peut nous aider à comprendre comment nous en sommes arrivés là !

J’ai vu pas mal d’avis de lecteurs qui n’ont pas aimé le livre parce que Pénélope ne fait que se plaire d’Hélène et de sa beauté ; mais je peux tout à fait la comprendre. La beauté était – et est encore aujourd’hui – un tel critère de valeur qu’elle ne peut pas ne pas en parler et être à la fois jalouse et dégoûtée. La société nous fait voir la beauté de cette façon, et nous demande ensuite d’être hypocrite en prétendant ne pas lui prêter attention : nous sommes, en réalité, obligés de nous en soucier. Les apparences sont si importantes, que ce soit à l’époque ou de nos jours ; ce serait un mensonge de prétendre le contraire. Il suffit de regarder autour de soi, à la télé ou dans les cinémas. Cela ne veut pas dire qu’il faut nous contenter de cela, et être heureux de la situation ; mais ne soyons pas hypocrites non plus. Hélène n’est pas punie justement parce qu’elle est belle ; une autre femme aurait été condamnée à mort, Pénélope y compris. Elle a été façonnée par la société, comme nous le sommes ; nous pouvons tenter de lui échapper, de penser différemment ; elle ne pouvait pas. J’ai d’ailleurs aimé le mix entre mythologie et société moderne ; il aurait pu paraître étrange, mais il était réussi pour moi.

 

Donc, une très bonne réécriture mythologique, qui me conforte dans l’idée de continuer à lire Margaret Atwood !

Norse Mythology de Neil Gaiman

Posté : 3 décembre, 2017 @ 9:15 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Nouvelle, Mythologie Norse Mythology

Editeur : Bloomsbury

Année de sortie : 2017

Nombre de pages : 265

Titre en français : La mythologie viking

Synopsis : « Before the beginning there was nothing – no earth, no heavens, no stars, no sky: only the mist world, formless and shapeless, and the fire world, always burning. »

From the dawn of the world to the twilight of the gods, this is a dazzling retelling of the great Norse myths from the award-winning, bestselling Neil Gaiman.

 

Avis : Une petite lecture mythologique pour bien continuer décembre !

J’ai déjà lu L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman il y a longtemps, et je me souviens avoir beaucoup aimé ; mais il faut que je relise ce livre, je n’en ai qu’un vague souvenir. Toujours est-il qu’en lisant les synopsis des livres de Neil Gaiman, j’ai très envie de les lire !! Là, le sujet me poussait encore plus vers Norse Mythology : j’adore la mythologie, qu’elle soit grecque, romaine, nordique ou égyptienne. J’aime découvrir les différents mythes, apprendre les différentes caractéristiques des dieux. Neil Gaiman reprend ici une façon d’écrire assez ancienne, avec des procédés comme la répétition de noms. Cela peut paraître lourd, mais, pour ce livre, j’ai trouvé que cela coïncidait avec le type de récit. J’ai été emportée par la plupart des histoires, j’avançais sans m’en rendre compte, je ne voyais pas le temps passer ! J’ai aussi adoré le fait que les mythes nordiques soient un mélange de comédie et de tragédie : on se moque des dieux ou on souffre avec eux selon les histoires ; celles-ci les tournent en ridicule ou racontent leurs batailles et leur mort. Ce qui est agréable aussi dans ce livre, c’est que les femmes ne sont pas mal-représentées : elles ne font jamais ce qu’elles ne veulent pas faire. Mon histoire préférée reste la dernière, « Ragnarok, or the destinies of the gods », qui raconte la dernière grande bataille des dieux, et leur mort ; mais j’ai aimé le fait que, même à l’époque la plus noire, même à la fin des temps, l’espoir subsiste.

En lisant ce livre, on se rend compte que les studios Marvel, qui ont repris l’histoire de la mythologie nordique, l’ont complètement réécrite, à la différence de Neil Gaiman, qui ne fait que reprendre les mythes, les retranscrire pour les faire connaître. Dans les films de superhéros, mais aussi dans les comics je suppose – je ne les ai pas encore lus –, Thor est d’abord un dieu arrogant, convaincu de sa force et de sa noblesse, qui apprend l’humilité en arrivant sur Terre/Midgard. Dans les mythes nordiques, il n’est pas tout à fait le même : convaincu de sa force, il est un dieu bon, et … on ne va pas dire bête, mais il ne brille pas par son intelligence et sa sagesse. Il faut laisser cela à Kvasir par exemple. Quant à Loki, il est également différent entre les vrais mythes et les films : dans les premiers, il est décrit comme séduisant, dangereux, à la fois aimé et détesté par les autres dieux ; chez Marvel, il est tout cela, mais le spectateur peut penser qu’il est bon au fond. Dans la bataille de Ragnarok [SPOILER] dans les mythes, Loki est contre Thor et les autres dieux, et s’allie à ses enfants, dont Hel, la maîtresse des enfers ; dans les films, il aide Thor et détruit Hel avec lui. [FIN DU SPOILER] Les liens de parenté ne sont pas non plus les mêmes, et on ne retrouve pas les mêmes dieux. Odin est bien le père de Thor, mais pas celui de Loki ; celui-ci est désigné comme étant son « blood brother ». Hella dans les films, n’est pas la fille d’Odin, mais celle de Loki : elle s’appelle Hel, et ne semble pas avoir de pouvoirs particuliers. Heimdall est présent, mais, dans les films, Balder n’existe pas, et Sif n’a pas le même rôle que dans les mythes. Freya n’est pas la mère de Thor, mais une Vanir ; c’est Frigg l’épouse d’Odin. Je ne pensais pas qu’autant de modifications avaient été faites !

 

Donc, ce livre est parfait pour les fans de mythologie nordique, mais aussi pour ceux qui veulent la découvrir !

 

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