Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

The Song of Achilles de Madeline Miller

Posté : 22 août, 2019 @ 2:32 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : MythologieThe Song of Achilles

Editeur : Bloomsbury (Modern Classics)

Année de sortie : 2017 [2011]

Nombre de pages : 352

Titre en français : Le Chant d’Achille

Synopsis : Greece in the age of heroes. Patroclus, an awkward young prince, has been exiled to the court of King Peleus and his perfect son Achilles. Despite their differences, the boys develop a tender friendship, a bond which blossoms into something deeper as they grow into young men.

But when Helen of Sparta is kidnapped, Achilles is dispatched to distant Troy to fulfill his destiny. Torn between love and fear for his friend, Patroclus follows, little knowing that the years that follow will test everything they hold dear.

 

Avis : J’ai lu Circe l’année dernière, et ce fut un immense coup de cœur. J’avais donc peur de lire The Song of Achilles et de moins apprécier. Quelle erreur de ma part !

Il semblerait que Madeline Miller ne puisse pas écrire un mauvais livre. The Song of Achilles, à son tour, est un coup de cœur. Et pourtant, il aurait pu avoir des difficultés à me plaire ! En effet, bien que je sois fan de mythologie, je ne le suis pas du tout du héros Achille. Depuis que j’ai connaissance de l’histoire de la guerre de Troie, je me sens bien plus proche des Troyens que des Grecs. Comment se sentir proche d’un peuple qui décide de récupérer une femme qui a peut-être tout simplement décidé de quitter son mari ? d’un peuple dont le chef [SPOILER] n’hésite pas à faire assassiner sa propre fille pour pouvoir partir en guerre massacrer des centaines de gens ? [FIN DU SPOILER] d’un peuple qui compte Ulysse dans ses rangs, peut-être un des seuls personnages de la mythologie que je déteste vraiment ? Donc, The Song of Achilles partait avec un handicap : il était, à nouveau, dans le camp des vainqueurs, ceux que je n’appréciais pas. Et pourtant …

The Song of Achilles reprend le mythe d’Achille et Patrocle ; je ne veux pas trop vous en dire, mais il me semble que tout le monde est un peu au courant de la version de ce mythe qu’a choisi de transmettre Madeline Miller [si vous n’avez pas envie d’en savoir plus et que vous ignorez la reprise du mythe, ne lisez pas ce paragraphe !] : Achille et Patrocle ne sont pas seulement meilleurs amis, liés par un pacte, Patrocle étant le compagnon d’études d’Achille ; ils sont aussi amants, amoureux, faits l’un pour l’autre. Nous sommes donc face à une romance homosexuelle. Vous le savez, moi et les romances, nous ne faisons pas bon ménage ; et pourtant, c’était si beau … j’ai adoré ! Etrangement, même les scènes sexuelles, qui ne sont pas explicites, mais qui sont tout de même assez bien suggérées, ne sont pas gênantes ! J’ai vraiment adoré cette réécriture du mythe et, ce qui est extraordinaire : elle est cohérente avec le reste de l’histoire mythologique ! Tout s’explique grâce à cette version, rien n’est laissé de côté !

Plus encore : ce livre m’a fait aimer Achille ! Oui, ce héros grec qui tue mon héros mythologique préféré, qui se bat contre les Amazones, qui fait partie d’un complot pour mener une héroïne innocente à sa mort, Madeline Miller me l’a fait aimer. Après ça, je me dis que si elle veut tenter de réhabiliter Ulysse, elle peut carrément avoir toutes ses chances ! (haha) Il est à double facette : son aspect humain ressort quand il est avec Patrocle ; son aspect divin, imbuvable, arrogant, supérieur, ressort quand il devient un héros tel que l’entendent les Grecs, quand il touche son héritage divin du bout des doigts. C’était à la fois terrible et beau de le voir être tiraillé entre ces deux identités qui cohabitent en lui. Patrocle, quant à lui, est présenté comme étant l’exact opposé d’Achille : il est plutôt « faible », très loin de l’image du héros grec. Il est quelconque, sans beauté, sans force. Et il ne s’intéresse pas à la force. Il est plus dans la douceur. Ce pourrait être le seul bémol : Patrocle, dans la mythologie, est censé être un héros lui aussi. Mais, en fin de compte, ce n’en est pas un. [SPOILER] Evidemment que Patrocle est un héros pour les Grecs et dans la mythologie : son euphorie, sa folie meurtrière lui permet d’éliminer de nombreux Troyens, dont Sarpedon, avant de mourir lui-même ; plus encore, sa mort permet à Achille d’entrer dans une fureur telle qu’il est prêt à enfin tuer Hector, ce qu’il repousse depuis des années. [FIN DU SPOILER] Bien sûr, le lecteur rencontre d’autres personnages bien moins sympathiques, comme le père de Patrocle, qui ne mérite pas que je me souvienne de son nom, Agamemnon, en compétition avec Ulysse pour la place de personnage que je déteste le plus dans la mythologie, Ulysse lui-même, et sa foutue ruse ! Ajax et sa violence. On ne croise pas Cassandre, ni Clytemnestre. Iphigénie passe brièvement, et Briséis est une des figures féminines mises en valeur dans ce roman. Autre figure féminine, celle de la mère, Thétis. Difficile de l’apprécier : elle représente très bien la hauteur des dieux, leur manque de compréhension des hommes et de leurs sentiments, ce qui est bien repris dans Circe. Mais il se concentre clairement sur l’acceptation de ce lien tout particulier entre Achille et Patrocle, un lien mal vu, décrié, moqué – en l’absence d’Achille, évidemment !  

Je connaissais déjà la fin de l’histoire, je savais déjà tout ce qui allait arriver – même si j’avais oublié certains détails qu’ils étaient intéressants de voir manipulés par Madeline Miller ! Comme mon cœur s’est serré … comme c’était beau, tragique, violent, brutal, inévitable … L’autrice a un don pour les fins réussies, c’est sûr : celle-ci surpassait celle de Circe haut la main, c’est dire !

Est-il vraiment besoin de vous dire que l’émotion est au rendez-vous ? Je ne peux pas apprécier un livre qui ne me touche pas, que ce soit positivement ou négativement. Ce livre est, comme je l’ai dit, à la fois terrible et beau, cruel et magnifique. Dernière remarque : l’écriture de Madeline Miller est un tel régal !! J’ai hâte de lire sa prochaine œuvre, quelle qu’elle soit !

 

Donc, une magnifique histoire, une version du mythe qui reprend bien l’original tout en le magnifiant. Un coup de cœur à nouveau !!

 

Mythology: Timeless Tales of Gods and Heroes d’Edith Hamilton

Posté : 7 août, 2019 @ 2:09 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : MythologieMythology

Editeur : Black Dog and Leventhal

Année de sortie : 2017 [1942]

Nombre de pages : 353

Titre en français : La Mythologie

Synopsis : Since its original publication by Little, Brown and Company in 1942, Edith Hamilton’s Mythology has been a perennial bestseller and has sold millions of copies throughout the world. Expansive in its scope, Mythology brings to life for the modern reader Greek, Roman, and Norse myths and legends, as well as the gods, heroes, and mortals who inhabit them, and who have inspired human creativity from antiquity to the present.

Vivid, decadent, and full of action, Hamilton’s retellings of these timeless tales – from the birth of the goddess Athena, who sprung fully formed from the head of her father Zeus, to the great adventures of Ulysses and the labors of Hercules – appeal to readers of all ages and reveal essential truths about the behavior of man.

The book is organized into seven parts: The Gods, the Creation, and the Earliest Heroes; Stories of Love and Adventure; The Great Heroes Before the Trojan War; The Heroes of the Trojan War; The Great Families of Mythology; The Less Important Myths; and The Mythology of the Norseman, and includes genealogies. The ten full-color plates by Jim Tierney, specially commissioned for this 75th anniversary edition, are the perfect complement to Hamilton’s classic work.

 

Avis : Ce livre m’a été offert à Noël, en même temps que Fangirl ; je n’attends plus 5 ans pour lire mes livres, c’est merveilleux !!

Sans aucune surprise, j’ai adoré Mythology ! Mais, ce livre a quelque chose de plus : il fait partie de cette rare catégorie, les parfaits ! L’autrice nous raconte les grands mythes, plus quelques autres, dans leur intégralité, ce qui n’est pas le cas de tous les auteurs ! C’est la première fois que je trouve un résumé complet de la guerre de Troie ! Même les lecteurs qui n’ont aucune connaissance en mythologie peuvent apprécier ce livre : l’essentiel est dit ! Et pour ceux qui adorent la mythologie, ce bouquin est une perle ! Pour l’embellir encore d’avantage, il est illustré ; certes, les illustrations ne sont pas nombreuses, mais elles sont vraiment magnifiques !

Le livre se divise en sept parties. La première s’appelle « Les Dieux, la Création et les premiers héros ». On y découvre les Olympiens, mais aussi les plus petits dieux ainsi que le Panthéon romain ; comment le monde et l’humanité ont été créés ; des héros comme Prométhée, ainsi que des mythes comme celui de Narcisse ou d’Europe. J’ai adoré que l’autrice cite à chaque fois ses sources, tout en mettant en avant leurs avantages et leurs inconvénients ; mais aussi qu’elle interprète parfois certains mythes, notamment les mythes sacrifiels. Je ne les avais jamais vus sous cet angle !  La deuxième partie, « Histoires d’amour et d’aventures », se concentre – sans surprise ! – sur l’amour, et les grandes quêtes ! On y trouve les grands mythes amoureux, comme Cupidon et Psyché, ou Pyrame et Thisbé, mais aussi la Quête de la Toison d’or, ainsi que d’autres aventures comme celle de Phaëton ! Suit une partie sur « Les grands héros avant la guerre de Troie », partie dans laquelle se trouve une femme, Atalanta ! On y trouve aussi les héros les plus connus : Persée, Thésée et Hercule ! Viennent ensuite « Les héros de la guerre de Troie », une partie qui résume parfaitement l’histoire de cette guerre de la vengeance de Discorde à la fondation d’Albe par Enée !

La cinquième partie nous présente « Les grandes familles de la mythologie », à savoir celles d’Atrée, de Thèbes et d’Athènes. On y retrouve de grands mythes comme celui d’Œdipe ou d’Oreste ! La sixième partie se concentre sur « Les mythes moins importants », tels celui de Sylla ou des Danaïdes. Vient aussi un chapitre qui offre un court résumé de certains mythes rangés dans l’ordre alphabétique ! Et, enfin, la dernière partie traite de « La mythologie nordique » ! Etant donné la brièveté du chapitre, face à un livre complet sur la mythologie grecque, le lecteur se doute bien que cette partie ne sera pas autant fouillée que le reste. Seuls les grands mythes et personnages/dieux sont évoqués. On peut plutôt parler d’introduction à la mythologie nordique !

 

Donc, je ne peux que recommander ce livre à tous les fans de mythologie, mais aussi à ceux qui veulent la découvrir !

 

Ragnarök: The End of the Gods de A. S. Byatt

Posté : 21 août, 2018 @ 4:52 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Historique, MythologieRagnarok

Editeur : Canongate

Année de sortie : 2011

Nombre de pages : 171

Titre en français : Ragnarök : La fin des dieux

Synopsis : Ragnarök is the story of the end of the world. It is a tale of the destruction of life on this planet and the end of the gods themselves. What more relevant myth could any modern writer find?

As the bombs rain down in the Second World War, one young girl is evacuated to the English countryside. She is struggling to make sense of her new wartime life. Then she is given a copy of Asgard and the Gods – a book of ancient Norse myths – and her inner and outer worlds are transformed.

War, natural disaster, reckless gods and the destruction of life on this planet are just some of the threads that A. S. Byatt weaves into her Ragnarok. Just as Wagner borrowed from this dramatic Norse saga for the climax of the Ring Cycle, so A. S. Byatt reinvents it for our time in all its intensity and Glory. Linguistically stunning and imagitively abundant, this is a landmark piece of storytelling from one of the World’s truly great writers. 

 

Avis : Ce n’est plus un secret : j’adore la mythologie. Donc un livre sur Ragnarok, la fin du monde dans les mythes nordiques, je dis oui !!

Je pensais que j’allais adorer ce livre ; et pourtant, quelque chose n’a pas fonctionné. Je n’ai pas réussi à entrer dans Ragnarok, sans doute à cause du style d’écriture. Je n’ai pas accroché. Et donc, je ne me suis pas impliquée dans l’histoire, elle m’a laissé de marbre. Je n’ai pas ressenti le chaos de la fin des dieux, je ne me suis pas sentie révoltée, consternée, horrifiée, ou excitée. Je lisais simplement, sans rien ressentir, et c’était affreux.

L’idée était pourtant originale : mêler la Seconde Guerre mondiale et la mythologie nordique. Comme A. S. Byatt l’écrit dans sa postface, si elle ne donne pas un nom à l’enfant, si ce n’est que « the thin child », « la frêle/mince enfant », c’est parce que le livre n’est pas vraiment à propos d’elle, mais plus focalisé sur Loki, ses enfants, et la fin du monde. Ce qui est important, c’est aussi l’impact, l’influence de la lecture des mythes nordiques sur le lecteur, et, ici, sur un enfant qui vit la guerre. L’intrigue qui la concerne est secondaire, mais pas le rapport entre les deux mondes. La petite fille laisse les mythes influencer sa façon de voir les choses, de voir le monde réel ; mais ce n’est pas pour autant qu’elle croit en ces dieux ou en leurs histoires, tout comme elle ne croit pas en Jésus, Dieu, et les dogmes de la religion catholique, qu’elle place au même niveau que la mythologie nordique. Elle différencie aussi les mythes et les contes de fées. Il est clair que son « personnage » préféré est Loki, le farceur : il semble être le seul à être intelligent et à avoir un semblant de personnalité. Concernant les mythes eux-mêmes : certains sont repris, comme celui de Baldur, ou ceux concernant les enfants de Loki. Mais j’ai trouvé que certains passages étaient assez longs, notamment les descriptions d’Yggdrasil et Randrasill. Peut-être n’étais-je tout simplement pas réceptive à ce genre d’écriture à ce moment-là ! Peut-être que j’aurais adoré dans un autre état d’esprit ! 

La postface est vraiment très intéressante : l’auteure évoque sa vision des mythes, son roman et pourquoi elle l’a écrit de cette façon. Les dieux, dans les mythes, n’ont pas de personnalité propre ; donc elle n’a pas voulu leur en donner, contrairement à d’autres auteurs dans d’autres romans (qu’elle ne cite pas). Ils sont surtout des défauts, ou des qualités : Frigg est jalouse, Thor est brutal, Baldur est beau. Ils sont proches des humains par leurs failles, leur stupidité (mot employé par l’auteure) : ils voient venir Ragnarok, et ne font rien pour l’empêcher. Elle explique aussi que Jörmungandr, le serpent de Midgard, est, en fait, le centre de son roman : il représente l’humanité qui détruit peu à peu la planète qu’elle habite. Ce n’était pas vraiment une allégorie évidente ; et l’auteure se contredit un peu, étant donné qu’elle dit juste avant qu’elle ne veut pas que son roman soit une allégorie. Une bibliographie se trouve à la fin ; j’ai ajouté certains livres à ma liste de lecture !

 

Donc, un bon livre, j’ai aimé redécouvrir certains mythes, et j’ai tout un tas de nouveaux livres à lire sur différents sujets ! Mais, je n’ai pas apprécié le style d’écriture et ne me suis pas sentie concernée par l’histoire. 

House of Names de Colm Tóibín

Posté : 3 août, 2018 @ 2:22 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : MythologieHouse of Names

Editeur : Penguin Viking

Année de sortie : 2017

Nombre de pages : 262

Titre en français : Pas encore traduit 

Synopsis : ‘They cut her hair before they dragged her to the place of sacrifice. Her mouth was gagged to stop her cursing her father, her cowardly, two-tongued father. Nonetheless, her muffled screams were heard. »

On the day of his daughter’s wedding, Agamemnon orders her sacrifice. His daughter is led to her death, and Agamemnon leads his army into battle, where he is rewarded with glorious victory.

Five years later, he returns home and his murderous action has set the entire family – mother, brother, sister – on a path of intimate violence, as they enter a world of hushed commands and soundless journeys through the palace’s dungeons and bedchambers. As his wife seeks his death, his daughter, Electra, is the silent observer of the family’s game of innocence while his son, Orestes, is sent into bewildering, frightening exile where survival is far from certain. Out of their desolating loss, Electra and Orestes must find a way to right these wrongs of the past, even if it means committing themselves to a terrible, barbarous act. 

House of Names is a story of intense longing and shocking betrayal. It is a work of great beauty, and daring, from one of our finest living writers. 

 

Avis : Etant donné que j’adore la mythologie, je ne pouvais que lire House of Names !

Ce roman relate l’histoire de la famille d’Agamemnon ; il se voit ordonner le sacrifice de sa fille Iphigénie par les dieux pour que le vent cesse afin de partir faire la guerre à Troie, aux côtés de son frère Ménélas, afin de récupérer sa femme, Hélène. Cela ne plaît pas du tout à sa femme, Clytemnestre, qui tente tout pour l’empêcher. Elle rentre vaincue avec Oreste, son fils, auprès de sa seconde fille, Electre. Je connaissais déjà l’intégralité du mythe, donc les surprises n’en étaient pas, et je n’ai peut-être pas pris autant de plaisir qu’un lecteur qui ne connaîtrait pas l’histoire ; mais j’ai tout de même appris quelques détails que j’ignorais – sachant tout de même que l’auteur a ajouté des éléments pour faire du mythe un roman. J’ai aimé relire cette histoire sous la forme d’un long récit construit, en suivant différents personnages. Depuis que je connais cette partie de la mythologie, j’adore ce mythe. Quand je l’ai lu pour la première fois, je me suis tout de suite rangée du côté de Clytemnestre et Iphigénie – comme je me range toujours du côté des Troyens pour la guerre de Troie. J’ai détesté Agamemnon à cause de son geste, de son absence de sentiment et de courage ; mais aussi Oreste [SPOILER] pour les représailles contre sa mère [FIN DU SPOILER]. J’ai toujours adoré la version du mythe dans lequel Iphigénie est sauvée par Artémis qui la substitue à une biche et lui permet de devenir une de ses suivantes. Malheureusement, dans la version de Tóibín, elle meurt. 

J’ai adoré les passages à la première personne consacrés à Clytemnestre et Electre ; j’ai beaucoup moins apprécié ceux qui suivaient Oreste, notamment parce qu’il était à la troisième personne, et sans doute aussi à cause de mon antipathie initiale pour le personnage. J’étais beaucoup plus immergée dans l’histoire quand la narration était interne. De plus, je n’ai pas aimé la première partie consacrée à Oreste : sa violence naissante est dérangeante, et je n’ai pas supporté la scène avec les chiens – peut-être que c’est étrange, mais je peux lire des scènes de violence contre des hommes, pas contre des animaux ! J’ai préféré les parties qui le suivaient dans la seconde partie du livre.

Je me suis identifiée à Clytemnestre et Electre : elles sont compréhensibles, même si elles ne sont pas pardonnables. Je ressentirai sans doute la même chose que Clytemnestre face au sacrifice de ma fille pour des dieux en qui je ne crois pas, ou que je considère comme cruels et sourds aux suppliques des hommes. Etant donné que je me suis distanciée de la religion il y a quelques temps, je peux tout à fait comprendre sa colère, l’absurdité qu’elle voit dans cette mort inutile et inhumaine pour une raison qu’elle juge inférieure à la vie de sa fille, mais aussi sa propre distanciation avec la religion et sa haine de la lâcheté de son mari. Concernant Electre, je peux aussi la comprendre : sa mère ne se rapproche pas d’elle dans leur perte commune, ne lui explique rien de ce qui est arrivé. La fille de Clytemnestre la tient pour responsable de la mort d’Iphigénie ; elle ne fait rien pour s’en faire une alliée, la montant peu à peu, au contraire, contre elle, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Mais, en lisant les parties d’Oreste, j’ai eu énormément de mal à continuer à aimer Clytemnestre et Electre. En effet, chaque personnage est manipulateur, excepté le fils, qui est plutôt le manipulé. Enfant, il est écarté des décisions importantes, et ne comprend pas ce qui se passe autour de lui ; mais, adulte, il est carrément utilisé. C’est assez agaçant étant donné qu’il ne réagit pas, et se laisse complètement faire. Je ne suis pas parvenue à m’attacher à lui, ni à l’apprécier !

Malgré l’absence d’attachement aux personnages ou la distance qui s’est installée avec certains, il était fascinant de replonger dans cette histoire de trahisons et de meurtres. L’escalade de la violence est impressionnante, quand on se rend compte d’où elle part : un vent qui retarde la flotte du roi. A partir de sa décision de sacrifier sa propre fille, toutes les pièces de la destruction se mettent en place, et la famille est, en quelque sorte, maudite. Elle finit par imploser.

Niveau éléments secondaires, j’ai aimé la pudeur et l’absence de description directe quand il s’agit de sexualité. Le lecteur devine ce qui arrive : c’est subtil mais compréhensible. J’ai aussi aimé l’ajout de fantômes ; cela apporte quelque chose de nouveau à l’histoire. J’ai notamment adoré la façon dont ils sont considérés, le soutien qu’ils représentent pour un des personnages : ces passages étaient beaux. En revanche, j’ai attendu l’arrivée des Erynies en vain ; j’aurais aimé voir cette partie du mythe dans le roman ! 

 

Donc, il manque quelque chose à ce livre pour être une excellente lecture, mais je suis heureuse d’avoir lu ce mythe sous la forme d’un roman !! Je le recommande à ceux qui le connaissent comme à ceux qui voudraient le découvrir pour la première fois !! 

Circe de Madeline Miller

Posté : 4 juillet, 2018 @ 8:45 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 4 commentaires »

Genre : Fantasy, Mythologie Circe

Editeur : Bloomsbury 

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 333

Titre en français : Circé 

Synopsis : In the house of Helios, god of the sun and mightiest of the Titans, a daughter is born. But Circe has neither the look nor the voice of divinity, and is scorned and rejected by her kin. Increasingly isolated, she turns to mortals for companionship, leading her to discover a power forbidden to the gods: witchcraft.

When love drives Circe to cast a dark spell, vengeful Zeus banishes her to the remote island of Aiaia. There she learns to harness her occult craft, drawing strength from nature. But she will not always be alone; many are destined to pass Through Circe’s place of exile, entwining their fates with hers. The messenger god, Hermes. The craftsman, Daedalus. A ship bearing a golden fleece. And wily Odysseus, on his epic voyage home.

There is danger for a solitary woman in this world, and Circe’s independence draws the wrath of men and gods alike. To protect what she holds dear, Circe must decide whether she belongs with the deities she is born from, or the mortals she has come to love.

Breathing life into the ancient world, Madeline Miller weaves an intoxicating tale of gods and heroes, magic and monsters, survival and transformation. 

 

Avis : Depuis que ce livre est sorti, j’ai une envie folle de le lire !

En effet, Circe a tout pour me plaire : une héroïne qui se bat pour sa vie et son bonheur, de la mythologie en veux-tu en voilà, une flopée de réflexions sur la condition et la place de la femme, et de la magie ! Mais, allons-y doucement !

Tout sonnait juste, que ce soit la personnalité de Circé, l’écriture (et donc, sa voix, puisque le livre est écrit à la première personne avec son point de vue), ce qui lui arrive. Tout était logique, cohérent avec les mythes et ce que l’on sait de la mythologie grecque, de leur façon de dépeindre et de considérer les femmes. Cela ne veut pas dire que c’est agréable de lire que les nymphes sont considérées comme des choses à attraper pour assouvir les désirs des dieux ou des hommes sans leur consentement, ou que les magiciennes étaient reniées alors même qu’elles aidaient leur aimé. Mais ce n’est pas fantaisiste ou irréaliste.

J’ai adoré Circe : elle m’a émue, j’étais avec elle tout le long du livre. J’avais quasi envie d’entrer dedans ; je me sentais chez moi avec elle, ce qui m’arrive assez rarement, et seulement avec des personnages qui ont ce quelque chose en plus. Je pense qu’elle est devenue, grâce à ce roman, un de mes personnages mythologiques préférés ; j’ai toujours voulu en savoir plus sur elle depuis que j’ai lu L’Odyssée, et je suis heureuse qu’un livre lui soit finalement consacré ! Elle était incomprise et rejetée de tous ; son immortalité en tant que déesse lui a permis de grandir et de trouver une forme de sagesse. Elle a compris les règles du monde dans lequel elle vit, même si celles-ci lui semblent injustes et ne lui conviennent pas. J’ai, en revanche, eu du mal avec Ulysse. Je ne le supporte pas. Déjà, je n’aimais pas beaucoup L’Odyssée ; mais après avoir lu The Penelopiad (L’Odyssée de Pénélope) de Margaret Atwood, c’était fini ! Comme la majorité des (tous ?) les héros grecs, ses hauts faits sont, en fait, des actes barbares ou cruels. Malgré le fait que Circe soit séduite, elle voit bien sa violence, sa colère. [SPOILER] On voit enfin sa véritable personnalité à la fin, à travers les histoires de Télémaque et Pénélope. Celle-ci m’a fait penser à The Penelopiad (eh oui, encore !) où Ulysse est juste un homme violent transformé en héros par les aèdes et leurs chansons. L’épisode des servantes pendues se trouve dans les deux romans.[FIN DU SPOILER] J’ai adoré Dédale, et j’aurais voulu le voir plus longtemps. Il est un baume, un repos dans la vie de Circe. Bien sûr, il n’y a pas beaucoup plus de « bons » personnages ici. La majorité d’entre eux sont cruels, et il est difficile de les apprécier. Pasiphaé, Aeétès ou Hélios, pour ne citer qu’eux ! Pas d’amour ici, seulement de l’avidité et de l’envie. Mais, pour la majorité des personnages féminins, Circe comprend, en fin de compte, leurs motivations ; bien sûr, cela ne les absout pas !

J’ai adoré la façon dont les dieux sont montrés ! Ils ne sont pas parfaits, et leur immortalité ne leur apporte pas de sagesse, mais plutôt une maîtrise accrue de la cruauté. D’ordinaire, ces dieux cruels sont Zeus ou Apollon ; j’ai été surprise de voir Athéna ou Hermès décrits de cette façon. Il existe une frontière claire entre Olympiens, Titans et hommes. Les Titans ne sont pas mieux : ils vivent pour eux-mêmes exclusivement. Leur but est de trouver la gloire, que leur réputation soit assurée, et que les hommes leur offrent prières, libations et sacrifices. D’un autre côté, Circe mentionne les nymphes et les dryades comme elles sont vues par les dieux et les hommes : des fruits à cueillir, à dévorer. Et peu importe si elles pleurent tant qu’elles se changent en pierre ou en fleur ; elles ne vivent que pour le plaisir des autres, ce qu’indique leur nom même. Parlant de nom, petite parenthèse : j’ai adoré découvrir la signification de mots grecs dans le roman !! Revenons aux nymphes : même si Circe l’est en partie, elle est plus forte, et parvient à survivre aux choses qui lui arrivent. Cela amène des réflexions sur la femme et sa condition, sa place, à la fois dans la société et la mythologie grecque. Circe peut-elle s’élever au-dessus de cela ? Peut-elle être reconnue ? Est-elle différente ?

J’ai aussi adoré voir les mythes différemment, ou en découvrir de nouveaux !! Je n’en connaissais pas certains ! Par exemple : comment Scylla est devenue un monstre ? Pourquoi Circe vit-elle sur une île ? Qu’est-il arrivé à Ulysse une fois rentré à Ithaque ? Qu’est-il arrivé à Pasiphaé une fois son mari Minos mort ? J’ai adoré connaître les réponses !!

J’ai adoré la fin !! C’était parfait !! [SPOILER] Enfin, Circe trouve sa place ; elle peut être heureuse avec celui qu’elle aime. Elle peut quitter son île pour vivre vraiment, et pour explorer. Elle est puissante et sage, et, même si la peur revient, elle sait, maintenant mortelle, qu’elle retrouvera ceux qu’elle aime dans les enfers. [FIN DU SPOILER] J’ai hâte de lire The Song of Achilles (Le chant d’Achille), et tous les livres que Madeline Miller publiera par la suite sur la mythologie !!

 

Donc, un excellent livre, qui nous fait découvrir, si on ne la connaissait pas, la magicienne Circe ! 

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