Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Mithridate de Racine

Posté : 24 août, 2015 @ 2:32 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

MithridateGenre : Théâtre, Classique

Editeur : Folio

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 116

Synopsis : MITHRIDATE : J’ai vengé l’Univers autant que je l’ai pu.

La Mort dans ce projet m’a seule interrompu.

Ennemi des Romains, et de la Tyrannie,

Je n’ai point de leur joug subi l’ignominie.

Et j’ose me flatter, qu’entre les Noms fameux,

Qu’une pareille haine a signalés contre eux,

Nul ne leur a plus fait acheter la victoire,

Et de jours malheureux plus rempli leur Histoire.

Le ciel n’a pas voulu, qu’achevant mon dessein

Rome en cendre me vît expirer dans son sein.

Mais au moins quelque joie en mourant me console.

J’expire environné d’Ennemis, que j’immole.

Dans leur sang odieux j’ai pu tremper mes mains.

Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains.

 

Avis : Dans un cours sur les rois, je dois normalement étudier cette pièce de Racine, avec la précédente chroniquée, Le Roi se meurt de Ionesco, et Le Roi Lear de Shakespeare. Comme j’aime beaucoup Racine, la lecture de cette œuvre s’annonçait très bien.

On pourrait penser que les classiques ne nous réservent plus de surprise, car ils sont connus de tous et que leurs formules sont toujours les mêmes. Pourtant, j’ai été surprise par cette pièce ! C’est la première tragédie que je lis de Racine qui se finit à peu près « bien ». Il n’y a pas d’effusion de sang et de morts successives comme dans Phèdre par exemple, où la majorité des personnages, principaux et secondaires, meurt. Dans cette pièce, le lecteur assiste à l’éclosion d’un amour, mais aussi à la lutte d’un père qui a le choix entre faire son propre bonheur ou celui de son fils. Cela donne, comme d’habitude avec les maîtres de la tragédie, à des vers sublimes, harmonieux, qui transpercent le lecteur, et lui font goûter la musique de la poésie, en même temps que la profondeur des sentiments exprimés. De plus, pour moi, l’histoire de la pièce était à découvrir car je ne connaissais pas du tout celle de Mithridate et de ses fils.

Les personnages sont des extrêmes, comme souvent dans les pièces. Mithridate est roi et va se marier avec Monime. Il a deux fils, et se rend compte que l’un d’eux au moins est un traître. Le roi pense alors faire ce qui est juste, mais semble agir trop tard, comme toujours dans les tragédies. La fatalité le rattrape, et les Romains avec elle. Monime m’a un peu fait penser à Phèdre en beaucoup moins extrême et en beaucoup moins maudite ! Elle ne maîtrise pas du tout sa destinée, s’en remet aux mains du Roi qui peut faire ce qu’il veut d’elle. Elle aime en secret et finit par se confier à Phoedime. Elle finit par s’opposer au Roi. Xipharès, le premier fils, a l’air courageux et loyal, obéissant envers son père : jamais il ne penserait à le trahir. Il aime pourtant, et cet amour est contraire aux vœux de son père. Il devra, évidemment, en subir les conséquences. Pharnace est le traître de la pièce. Sitôt qu’il pense son père mort, il tente de s’approprier son Empire et d’épouser sa promise. Il se tourne vers les Romains, les Ennemis naturels de son père, sans le moindre état d’âme.

La fin est évidente, car il faut bien que quelqu’un meurt dans une tragédie, mais surprenante, parce que peu meurent. Elle laisse pourtant présager des temps difficiles pour les personnages survivants.

 

En définitive, une bonne pièce, avec une histoire à découvrir, et une écriture magnifique qui révèle bien la profondeur des sentiments humains.

Poésies de Stéphane Mallarmé

Posté : 27 juillet, 2015 @ 11:26 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Poésies Genre : Poésie

Editeur : GF

Année de sortie : 2009

Nombre de pages : 310

Synopsis : « Où fuir dans la révolte inutile et perverse ? / Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! »

 

Avis :  J’ai toujours eu un peu peur de Mallarmé, mais quand j’ai étudié « Ses purs ongles très longs dédiant leur onyx » l’année dernière, je me suis dit que c’était très beau, mais que je risquais de ne rien comprendre. Et puis, j’ai enfin sauté le pas !

J’ai ressenti un plaisir dans ma lecture que je n’avais pas ressenti depuis un assez long moment : le plaisir de mots savamment employés tout en gardant l’émotion, la beauté de ce qui est dit, le lyrisme. Certains poèmes m’ont vraiment transportée, surtout ceux du début du recueil, qui font partie de l’Edition Deman, Bruxelles 1899. J’ai été touchée, j’ai eu des frissons, et j’ai compris à quel point la poésie m’avait manqué ! Le jeu des sons ne fait que renforcer la puissance des poèmes : Mallarmé sait jouer avec les mots, il sait ce qu’il veut leur faire dire, même si parfois, c’est un peu compliqué à comprendre pour le lecteur ; et surtout, il sait faire résonner la poésie chez celui qui lit. La poésie, ici, peut simplement être écoutée pour les sonorités qu’elle révèle. Les mots s’accordent parfaitement, et c’est un régal pour le lecteur.

Dès le début de ma lecture, j’ai cru reconnaître des façons d’écrire, des mots utilisés, des expressions. J’ai parfois cru retrouver Baudelaire dans ce livre, et je me suis identifiée à Mallarmé, qui dit que le poète est un « pur et extraordinaire génie » qui a éveillé en lui la vocation poétique. J’écris moi aussi (même si, évidemment, je n’ai pas le talent de ces deux grands auteurs), et je pense que c’est grâce à Baudelaire, qui m’a fait voir tout ce que l’on pouvait faire de la langue, tout ce que l’on pouvait dire en quelques vers, toute la portée et la puissance de l’écriture et du poème. Mon premier recueil de poésie a été Les Fleurs du Mal, et il restera toujours premier pour moi, le meilleur de tous !

Je ne sais que dire de plus, simplement qu’il ne faut pas s’arrêter à « l’hermétisme » que certains voient dans les vers de Mallarmé ; il faut tenter d’aller au-delà, mais aussi de se laisser porter par la mélodie des poèmes. C’est un auteur à découvrir, un des plus grands poètes de la littérature française !

 

En définitive, un recueil merveilleux, où l’on peut être emportée par certains poèmes, où certains autres, il est vrai, sont difficiles à comprendre, mais où la puissance des mots, et le jeu des sons emportent tout de même le lecteur, qui ressort frappé du génie de Mallarmé.

L’Homme qui rit de Victor Hugo

Posté : 10 juillet, 2015 @ 9:01 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

L'Homme qui rit Genre : Classique

Editeur : Pocket

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 762

Synopsis : Angleterre, fin du XVIIe. Un jeune lord est enlevé par une troupe de brigands et mutilé, la bouche fendue jusqu’aux oreilles. Abandonné durant une nuit d’hiver, l’enfant trouve refuge auprès d’un philosophe ambulant et devient saltimbanque, parcourant les routes et haranguant les foules aux côtés de son nouveau protecteur. C’est le début de quinze années d’errance pour celui qu’on surnommera, en référence à son visage défiguré, « l’Homme qui rit ». Mais, derrière ce sourire forcé, se cache une âme révoltée par l’arrogance de la noblesse …

 

Avis :Une de mes camarades de classe a fait un petit exposé sur ce livre en analysant deux passages du livre. Le lyrisme et la beauté des pages qu’elle a lues m’ont donné envie de le lire tout entier pour découvrir ce que je pensais être une merveilleuse histoire d’amour (je n’aime pas ça dans les livres récents, parce que c’est souvent à l’eau de rose, mais, dans les classiques, c’est souvent tragique, et là, j’aime). Seul petit hic : elle nous a lu la dernière page tout en nous disant que ce n’était pas la fin, alors que si … Je déteste les spoilers !!

Dès le début, j’ai eu du mal avec ce livre. Je comprends très bien qu’il faille installer l’intrigue, et qu’il faille des explications pour ce qui va arriver, mais je ne m’attendais tellement pas à ça que j’ai été déçue. Le livre commence par nous présenter Ursus, Homo et les comprachicos. Je me suis dit que c’était un passage obligé, étant donné que les deux premiers sont des personnages importants, et que les seconds sont à la base de l’histoire. On découvre ensuite Gwynplaine enfant. Ici, j’ai commencé à entrer dans l’histoire, et je me suis dit que j’allais rapidement m’attacher aux personnages. Mais on repart ensuite avec les comprachicos, et là … Je déteste les histoires en mer, les naufrages, et l’utilisation du vocabulaire ultra-technique de Victor Hugo à propos des bateaux et des consignes en mer ne m’ont pas du tout aidé. J’ai commencé à vraiment avoir du mal, et je me suis même dit que j’allais peut-être arrêter ma lecture. Mais j’avais envie de découvrir le passage lyrique, l’histoire de Gwynplaine et de Dea, jeune fille que j’avais trouvé éblouissante, même avec une seule page ! J’ai donc poursuivi, retrouvant Gwynplaine, mais le quittant presque immédiatement pour des histoires de lords. Bien sûr, cela a une importance pour l’histoire, mais les descriptions sont longues, et je me suis ennuyée parfois … C’est tout de même toujours intéressant de voir les intrigues de Cour, les manipulations que les grands utilisent entre eux, leur déconnexion de la réalité aussi, qui me semble toujours d’actualité. Ce n’est qu’au deuxième livre de la deuxième partie que j’ai retrouvé les pages lyriques que j’avais aimées, qui m’avaient émue. L’écriture de l’auteur est très belle, lyrique, et vise à transmettre une émotion authentique ; mais elle est aussi très alambiquée, compliquée. Il faut parfois savoir lire entre les lignes. Je ne vais pas tout raconter, mais par la suite, on alterne dans les différents univers que l’on a déjà entrevu, et la suite est plus plaisante que le début, même si ce n’est pas ce à quoi je m’attendais.

Les personnages, sans doute à cause des longues descriptions, ne sont pas vraiment attachants. Bien sûr, l’on a pitié d’eux. La misère tient la majorité d’entre eux, et les souffrances ne semblent pas prêtes de s’arrêter pour eux. Gwynplaine est déjà malheureux à cause de son visage, défiguré et déformé. L’auteur insiste énormément sur sa laideur, sur le fait qu’il ne peut plaire à aucune femme, et que son malheur est de faire rire les gens quand, en son for intérieur, il pleure ou se rebelle. C’est un personnage assez naïf, qui a connu les grandes misères de la vie, sans savoir ce qu’est le sexe. Lorsqu’il le découvre, il se sent souillé, et tente de s’arracher cette idée de la tête. Il est tourmenté entre différentes parties de sa vie, différentes personnes, et ne se rend pas tout de suite compte du jeu qu’est la vie pour les lords. Il va découvrir un monde très différent du sien, va l’appréhender avec sa candeur naturelle, et va se retrouver dans une misère encore plus profonde que celle qu’il a déjà connue. « Le mieux est l’ennemi du bien » : je pense que Gwynplaine représente bien cette expression. Il veut agir, mais en est incapable. Il veut faire ouvrir les yeux au monde d’en haut tout en restant dans le monde d’en bas, et essuie un échec cuisant à cause de sa malédiction. J’ai vraiment eu mal au cœur pour lui, et cela montre vraiment que les apparences comptent souvent plus que la réalité : le masque que l’on porte est celui que les autres voient, et ils ne se préoccupent pas de ce qui est au fond de nous, de notre véritable nous, de notre âme. Le personnage auquel j’ai vraiment pu m’attacher et qui m’a conquis dès le début est Dea. Elle est une étoile dans un monde d’obscurité, elle est tout pour Gwynplaine, et elle aussi peut faire mal au cœur. Aveugle, elle voit autre chose que ce que nous voyons normalement. Il y a, en effet, dans le livre, une vraie réflexion sur l’apparence et la réalité, incarnée à la fois par Dea et Josiane (surtout dans le passage de sa salle de bain !). Dea ressemble véritablement à un ange, elle est pure, douce, et mérite une vie toute aussi douce qu’elle. Sa cécité sonne comme une bénédiction et un palliatif à la malédiction de Gwynplaine. Josiane, quant à elle, est perfide, vicieuse, et manipulatrice. Le type même de la lady qui pense que le monde est à ses pieds, et qu’elle peut en faire ce qu’elle veut. On côtoie également des personnages comme Ursus, philosophe, médecin, un peu tout en fait, qui semble bourru et haineux envers le genre humain, mais qui n’est en réalité qu’un ours mal-léché, qui aime sincèrement ceux qui vivent avec lui ; Homo, loup civilisé, le pilier d’Ursus, qui les suit comme un chien ; Barkilphedro, l’ingrat par excellence, manipulateur et destructeur de vie, qui ne pense qu’à son bonheur, et à son argent. Les multiples lords nous montrent une facette de la noblesse que l’on connaissait déjà : leur indifférence face aux misères du peuple, et leur ignorance aussi. En effet, ce livre est aussi une réflexion sur la noblesse et son absence de conscience de ce que vit le peuple. Ils sont riches, et ne voient pas pourquoi ils aideraient le peuple. Les questions qui les concernent sont celles de leur argent, et pas des problèmes du petit peuple.

L’histoire d’amour entre Gwynplaine et Dea est une des plus belles que j’ai lues. Elle est pure, douce, platonique, rien de charnel ne la trouble, mais, à cause de cela, rien de concret ne les lie. Leur lien est spirituel, leurs âmes sont amoureuses, et leurs corps les gênent plus qu’ils ne les aident. Ils sont liés depuis leur rencontre, mari et femme sans l’être. Les passages qui racontent leur amour sont parmi les plus beaux que j’ai lus, et c’est pour cette raison que j’ai lu ce livre. J’ai aimé ma lecture grâce à ces pages. Mais je pense vraiment que sans les descriptions, trop nombreuses à mon goût, le livre serait encore mieux ! Par exemple, à la fin, Gwynplaine monte dans un bateau, et là, l’auteur ne trouve rien de mieux à faire que de nous décrire le bateau avec tout un tas de termes techniques au lieu de nous dire ce qui arrive au personnage. L’action est interrompue brutalement, et je trouve que ça empêche le lecteur de pleinement entrer dans l’histoire et de l’apprécier à sa juste valeur.

La fin est superbe de lyrisme, et d’une tristesse incommensurable. La vie ne peut pas être plus cruelle je pense. J’ai vraiment trouvé que Roméo et Juliette avaient trouvé leurs égaux !

 

En définitive, j’ai aimé ce livre pour son lyrisme amoureux, pour Dea, pour une belle histoire d’amour, pour des réflexions profondes, mais je trouve que les descriptions gâchent vraiment certaines scènes. Je me suis parfois ennuyée, et se fut une lecture laborieuse, mais je ne pense pas que je vais l’oublier de sitôt aux vues de la fin !

Bel-Ami de Guy de Maupassant

Posté : 30 mai, 2015 @ 3:04 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Bel-AmiGenre : Classique

Editeur : Pocket

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 408

Synopsis : Le monde est une mascarade où le succès va de préférence aux crapules. La réussite, les honneurs, les femmes et le pouvoir : le monde n’a guère changé. On rencontre toujours – moins les moustaches – dans les salles de rédaction ou ailleurs, de ces jeunes aventuriers de l’arrivisme et du sexe. Comme Flaubert, mais en riant, Maupassant disait de son personnage, l’odieux Duroy : « Bel-Ami, c’est moi. » Et pour le cynisme, la fureur sensuelle, l’athéisme, la peur de la mort, ils se ressemblaient assez. Mais Bel-Ami ne savait pas écrire, et devenait l’amant et le négrier d’une femme talentueuse et brillante. Maupassant, lui, était un immense écrivain. Universel, déjà, mais par son réalisme, ses obsessions et ses névroses, encore vivant aujourd’hui.

 

Avis : J’avais adoré les nouvelles de Maupassant, notamment Le Horla et celles qui l’accompagnent, et son roman Une vie, et j’entendais beaucoup parlé de Bel-Ami. Je me suis lancée en me le faisant prêter !

Je dois dire que le premier chapitre ne m’avait pas vraiment interpellée : j’ai suspendu ma lecture pendant un très long moment avant de la reprendre il y a quelques jours. Je suis ensuite vraiment entrée dans l’histoire, m’intéressant aux personnages et à l’intrigue qui se formait peu à peu. L’on suit ici un jeune homme, Georges Duroy, qui va tenter de se faire une place dans la société, et de s’enrichir grâce à des moyens plus ou moins moraux. Il va notamment trouver un poste dans un journal, ce qui va lui permettre de se propulser dans le monde. Le lecteur est donc ici immergé dans le monde de la presse, un monde que l’auteur présente comme corrompu, peuplé de journalistes qui entretiennent des liens étroits avec les politiques, qui magouillent pour obtenir des informations qui ne sont pas encore dévoilées, et qui usent de tous les moyens pour s’enrichir. L’on peut dire qu’aujourd’hui, pour certains, cela n’a pas vraiment changé : il y a toujours autant de liens corrompus entre certains journalistes et certains politiques, des liens qui permettent aux deux parties de s’enrichir en tentant de se mouiller un minimum. Et, même quand le pot-aux-roses est découvert, certains nient encore la vérité : une des scènes du livre illustre bien cette défiance et ce déni ridicules. L’opportunisme est très présent dans le livre : il régit la vie du personnage principal : c’est parce qu’untel meurt qu’un mariage a lieu, parce qu’unetelle est amoureux de lui que la fortune lui sourit. Les femmes ont un grand rôle dans son histoire : elles sont utilisées pour qu’il acquiert une réputation, mais elles sont aussi des objets de consommation. Il les prend parce qu’elles l’intéressent, mais se lasse rapidement d’elles, et les remplace par d’autres, plus fraîches ou moins amoureuses. Il est d’une cruauté sans égale avec certaines, les corrompant pour les jeter aussitôt, ayant obtenu ce qu’il voulait. Même quand le lecteur pense qu’il est tombé amoureux et qu’il s’est rangé, il trouve des prétextes pour repartir à la conquête des femmes, en laissant celle qu’il a conquise sur le côté, ou en lui faisant des coups bas qui stupéfient le lecteur ! En ce qui concerne l’écriture de Maupassant, elle est bien sûr très belle, très fine, pleine, qui sous-entend parfois des choses que le lecteur doit deviner, mais qui lui offre aussi des moments « lyriques » qu’il sait apprécier.

L’adjectif « odieux » du synopsis n’est pas de trop pour qualifier Duroy : il est malsain dans certaines situations, mesquin dans d’autres, mais aussi tellement ambitieux qu’il est prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut. Au premier abord, le lecteur peut avoir de la sympathie pour lui : il est pauvre, n’a pas un travail qui lui rapporte beaucoup, et aimerait avoir une vie meilleure, comme la plupart d’entre nous. Il est facile, à ce moment-là, de s’identifier à lui et de l’apprécier. Mais, il arrive un moment où la sympathie disparaît devant les actions du personnage : lors de la rédaction de ses articles, lors de son mariage, lors de sa promotion, lors de ses conquêtes, lors de ses coups bas, et jusqu’à la fin, où il semble clair pour le lecteur que Duroy, corrompu, ne changera pas de sitôt. Il nous devient odieux, mais même alors, nous ne pouvons que reconnaître à quel point il est intelligent et rusé. Il sait retourner une situation à son avantage, ou faire en sorte d’obtenir ce qu’il veut, même quand son interlocuteur n’est pas en accord avec lui. Son intelligence le rend dangereux, puisqu’il parvient à faire tomber un personnage en particulier, et est prêt à en faire tomber d’autres. Le lecteur pourrait penser qu’il agit comme un enfant capricieux qui, découvrant un nouveau jouet, se lasse du précédent pour en posséder un autre : c’est un peu ce que représentent les femmes pour Duroy. L’argent est ce qui semble le motiver le plus dans la vie, ainsi que sa réputation, qu’il défend au péril de sa vie (même si la scène concernée est tournée en ridicule). Il est prêt à tout, même à déshonorer les autres, pour s’élever. J’ai trouvé, dans certains passages, que le personnage était un peu tourné en ridicule quand il désirait montrer sa valeur, parce qu’il n’en a pas ; elle ne lui vient que des autres. De nombreux personnages font les frais de l’ambition de Duroy : Forestier, censé être un de ses meilleurs amis, qui le met sur la voie de la réussite ; Madeleine, une intellectuelle qui fait le travail de son mari, qui a l’apparence de la douceur et de la pureté, et à qui il arrivera quelque chose d’affreux à cause de Duroy (même si, par la suite, cela ne semble pas si affreux quand on apprend ce qu’elle est devenue) ; Mme de Marelle, chaleureuse et voluptueuse, qui attire les hommes et semble tomber facilement amoureuse, pardonnant aussi facilement ; Mme Walter, une fausse dévote honnête et pure comme une vierge en ce qui concerne l’adultère ; M. Walter, patron de Duroy, qui se rendra vite compte de l’intelligence et de la roublardise du jeune homme ; Suzanne, jeune fille innocente, naïve et ignorante qui ne se rend absolument pas compte de ce qu’elle fait. D’autres personnages, moins importants, gravitent autour de Duroy, comme ses parents, que l’on ne rencontre qu’une seule fois, et les autres journalistes, comme Rival, Boisrenard, ou Norbert de Varenne.

Ce dernier est celui qui introduit un des thèmes profonds de ce livre : la peur de la mort. Au début du livre, il prévient Duroy contre elle, déclamant un monologue pessimiste que le personnage ne veut pas comprendre, mais qui le rattrapera au milieu de l’œuvre, le frappant de plein fouet, et le poussant, peut-être, à vivre aussi vite qu’il le peut, à en profiter tant que c’est possible, à s’entourer de femmes et d’argent. D’autres thèmes sont également présents : l’athéisme, comme le disait le synopsis. La seule religion présente dans le livre est celle des femmes qui sont en réalité de fausses dévotes, qui prennent la religion comme prétexte pour se donner un semblant de morale et de réputation. C’est le cas de Mme Walter : elle est l’exemple même de la fausse dévote que Dieu ne sauvera pas. De plus, avec la ressemblance entre Duroy et le Jésus du tableau Jésus marchant sur les flots, on peut voir une corruption de la religion elle-même qui, au lieu de donner de l’espoir, fait voir le corrupteur sous les traits du Messie. Les prêtres présents dans le livre ne sont d’aucune aide aux personnages qui ont besoin d’eux, et la religion n’est pas suffisante pour endiguer leur vice.

Le titre, Bel-Ami, est expliqué dans l’histoire, et l’on se rend vite compte à quel point ce titre est ironique, à quel point il ne correspond pas au personnage qu’il désigne. La personne qui a donné ce surnom n’est pas d’une importance prépondérante, mais elle montre la naïveté et la candeur de ce surnom inapproprié.

La fin montre bien que l’histoire est un cycle continu : ce n’est pas l’événement qui clôture le livre qui va empêcher Duroy de continuer de corrompre et de faire du mal autour de lui. Au contraire, cela lui donne peut-être une opportunité supplémentaire d’en faire, puisqu’il s’élève encore, et devient de plus en plus riche. Il aurait été assez intéressant d’avoir un aperçu de ce qu’il se passe après ce dernier événement, ce que j’ai trouvé un peu dommage.

 

En définitive, un livre qui dépeint la société de l’époque à travers le portrait d’un arriviste qui use de tous les moyens possibles pour s’élever, un livre qui ne se lit pas pour le plaisir de s’identifier aux personnages mais pour l’intelligence de l’écriture et de Duroy, une intelligence présente à chaque ligne, et qui nous fait aimer l’œuvre malgré la cruauté et le pessimisme qui y sont présents.

L’Œuvre de Zola

Posté : 8 avril, 2015 @ 10:14 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

L'Œuvre Genre : Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 489

Synopsis : Dans aucun autre roman Zola n’a mis autant de lui-même que dans L’Œuvre. Zola, le critique d’art, ami de Cézanne, fervent défenseur de toute l’avant-garde qu’incarne Claude Lantier dans le roman. Zola, l’écrivain naturaliste, rêvant de donner son existence « à une œuvre où l’on tâcherait de mettre les choses, les bêtes, les hommes, l’arche immense ». Zola, l’homme enfin, et les souffrances quotidiennes de la création vues à travers l’insatisfaction et l’angoisse de déchoir d’un peintre génial et d’un romancier travailleur. L’Œuvre ou le roman de la passion de l’art au détriment de la vie et de l’amour.

 

Avis : Ce livre m’a été conseillé par une amie qui m’est très chère : je ne pouvais donc pas lui refuser cette lecture ! J’avoue (shame on me !) que je n’avais jamais lu Zola avant ce livre : je n’avais pas très envie de me frotter à ce géant, surtout quand j’entendais les commentaires qui évoquaient la longueur de certaines pages, la difficulté à arriver au bout. Et, en fin de compte, je remercie vraiment mon amie pour m’avoir poussée à lire L’Œuvre !

L’histoire est centrée sur un peintre, Claude Lantier, qui a du mal à se faire connaître, et qui se voit toujours refuser les tableaux qu’il envoie au Salon. Etant donné que j’adore tout ce qui touche à l’art, je me suis tout de suite dit que ce livre avait une chance de m’intéresser. Et, en effet, dès le début, j’ai été happée dans le livre. La première scène entre Claude et Christine m’a immédiatement charmée : la force de la peinture, la difficulté de Claude à se maîtriser quand il s’agit de son art, l’innocence de Christine qui découvre un monde très éloigné du sien. J’ai tout de suite eu envie de découvrir la suite de l’histoire, de savoir s’ils allaient se revoir, si Claude réussirait sa toile, si Sandoz publierait un roman qui aurait du succès, si les amis de Claude, eux aussi, connaîtraient la réussite. Mais le monde que nous présente l’auteur, celui des artistes à Paris, est un monde compliqué où ceux qui ont du talent ne sont pas toujours ceux qui ont du succès. Cela donne naissance à certaines pages qui m’ont transportée, m’ont fait ressentir ce que devaient éprouver les personnages : de la joie, du bonheur, de la tristesse, du désespoir. Cette exposition de l’art dans une œuvre littéraire m’a vraiment touchée. L’écriture de Zola est vraiment belle, et fait ressentir quelque chose au moment de la lecture. De plus, il semble que Zola parle de lui à demi-mots dans ce livre : on le retrouve dans le projet de Sandoz, on retrouve ses amis dans ceux de Claude, et plus particulièrement Cézanne et Manet dans le personnage principal. Enfin, le passage de la vie à Bennecourt était un de mes passages préférés du livre avec le début et la scène avant la fin. Elle donne un aperçu de la vie à la campagne, d’un bonheur simple et champêtre, sans soucis et sans contraintes, mais aussi sans amis, avec une personne choisie, qui éloigne Claude de sa folie d’artiste. En lisant ce passage, je me suis dit que ce n’était pas la meilleure chose à faire : il s’éloigne de son rêve et s’empêche de le réaliser en plongeant dans l’oisiveté. Pourtant, parfois, cela vaut mieux semble-t-il. J’ai changé de vision sur ce passage en lisant la fin du livre.

Le réalisme des personnages est frappant : ils sont complexes, touchants. Claude est un acharné de travail qui ne se rend pas compte qu’il passe à côté de sa vie. Il a des amis, mais pas vraiment de famille, et il passe son temps à penser à ses toiles, à sa peinture d’avant-garde qu’il voudrait faire apprécier dans tout Paris. On peut s’identifier à lui si l’on est proche de l’art, ou si l’on en exerce un, et cela peut faire peur : sa vie n’est pas vraiment celle que l’on peut rêver d’avoir, puisque, souvent, le rêve d’un artiste est de vivre de son art, ce qui n’est pas le cas ici. Il se laisse souvent emporté par sa peinture, au risque de faire des choses qu’il regrette ensuite. Christine, quant à elle, représente l’innocence et la pureté dès son apparition au début de l’œuvre. Je me suis immédiatement attachée à elle, et j’ai espéré qu’elle reparaîtrait dans le livre par la suite. Elle est douce, pleine d’amour et de passion, et elle veut lui laisser libre cours, ce qu’elle fait un bref moment. Quand elle se trouve empêchée de l’exprimer, elle fait tout pour satisfaire celui qu’elle aime, pour lui être agréable. Elle est souvent bafouée, méprisée, et j’ai souvent eu pitié d’elle. Elle n’ose pas réagir, et cela la place dans une position qui la dégoute. En plus de Christine, j’apprécie particulièrement le personnage de Sandoz. L’écrivain a un projet pharaonique, comme celui de Zola : réaliser une grande œuvre qui montrerait toutes les facettes de la vie humaine. Mais, comme son ami Claude, il est tiraillé par les douleurs de la création. Cela lui prend du temps, et il vit dans un brouillard, il ne voit plus sa famille, fait des choses sans s’en rendre compte parce qu’il pense à autre chose. Il est très présent pour son ami, et c’est le seul à rester quand tous sont partis. Même quand Claude le repousse, il est là, il le soutient. Il est également franc avec lui, et lui dit quand une toile n’aura pas de succès par exemple. Il lui souffle des idées à l’oreille, comme celle concernant la femme qu’il aime. Jacques est, quant à lui, un personnage assez difficile à apprécier. Il fait souvent pitié, mais on ne peut pas dire qu’il soit vraiment attachant. Les autres amis de Claude, Dubuche, Jory, Mahoudeau, Fagerolles, Gagnière, sont assez ambivalents : chacun d’eux recherche le succès par des voies différentes. Vers la fin, le vœu de Sandoz ne se réalise pas, et la nature humaine refait surface chez les amis de longue date.

L’auteur présente, dans cette œuvre, l’art dans toute sa difficulté : celle de créer, celle de donner vie à son œuvre, celle d’être satisfait de ce que l’on fait, mais aussi celle d’être reconnu par ses contemporains. On y trouve la douleur de la création, la cruauté de celle-ci, qui n’est que rarement à la hauteur des espérances de l’artiste, l’envahissement que représente l’art dans la vie de celui qui peint ou qui écrit. Il n’y a que peu de place pour quoi que ce soit d’autre. Cela montre une autre facette de l’art, là où l’on ne pouvait voir que le succès, l’argent et le bonheur d’être connu, ou la médiocrité, le manque de talent et la misère. Le choix des artistes à succès se fait au Salon, ou à l’Institut, et cela ne veut pas dire que ceux qui sont refusés sont mauvais. Pourtant, ceux-ci ne sont pas appréciés à leur juste valeur : c’est en tout cas, ce que l’on peut comprendre ici.

La fin est ambivalente : juste avant la scène finale, une autre nous donne de l’espoir. J’ai aimé ce passage, qui sonne un peu comme une révélation. Mais l’ultime scène est désespérante, et m’a glacé d’effroi. Pourtant, si l’on prend du recul, elle était prévisible. Est-ce que le livre pouvait vraiment finir autrement ? La dernière phrase prononcée par Sandoz m’a semblé montrer toute l’ironie de la situation : lui y retourne …

 

En définitive, un livre que j’ai vraiment adoré, qui m’a transportée et m’a donné une autre vision du métier d’artiste. Sans doute un de mes livres préférés !

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