Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier

Posté : 30 novembre, 2015 @ 11:19 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Vendredi ou les limbes du PacifiqueGenre : Classique

Editeur : Folio

Année de sortie : 1989

Nombre de pages : 254

Synopsis : Tous ceux qui m’ont connu, tous sans exception, me croient mort. Ma propre conviction que j’existe a contre elle l’unanimité. Quoi que je fasse, je n’empêcherai pas que, dans l’esprit de la totalité des hommes, il y a l’image du cadavre de Robinson. Cela suffit – non certes à me tuer – mais à me repousser aux confins de la vie, dans un lieu suspendu entre ciel et enfers, dans les limbes en somme … Plus près de la mort qu’aucun autre homme, je suis du même coup plus près des sources mêmes de la sexualité.

 

Avis :  Ce livre ne me tentait pas du tout au début ; je n’ai jamais vraiment été attirée par les histoires sur des îles désertes. Mais je me suis laissée tenter !

J’ai été assez surprise par ma lecture. D’abord, je m’attendais à une écriture plus alambiquée, moins abordable. Je l’ai trouvé excellente, claire, et elle portait bien la philosophie du livre. Quant au scénario, mes doutes sont levés : j’ai aimé l’histoire de cet homme qui doit se perdre pour se retrouver, et qui va comprendre la portée du temps et de la vie seul sur une île pendant de longues années. Bien sûr, ce livre est une réécriture de Robinson Crusoé, qui se trouve dans ma PAL depuis un moment maintenant, et que j’avais déjà envie de lire. Ne l’ayant pas fait, je ne peux pas encore comparer les deux romans, et voir leurs similitudes et leurs dissemblances. On retrouve, évidemment, les personnages de Robinson et Vendredi, que l’on connaît d’une manière ou d’une autre, comme l’histoire en général. Ici, elle est pourtant remaniée, et l’auteur y apporte quelque chose de neuf. En raison de sa solitude, Robinson va passer par plusieurs stades, bien mis en contraste dans le livre, et va peu à peu se rapprocher des origines, et de la terre, sa mère nourricière. J’ai vraiment dans l’histoire, jusqu’à l’arrivée de la sexualité : j’ai trouvé ça vraiment étrange, même si les explications que le personnage donne se tiennent. C’est un véritable retour à l’origine, presque un retour à une mythologie pour un homme perdu dans un monde qu’il apprivoise. Il est vrai que le parcours de Robinson est chaotique : il tente de s’en sortir de différentes manières, de ne pas sombrer dans la folie, de décider de s’y complaire, de tenter de voir le bon côté des choses, de regretter ce qu’il avait construit et qui n’est plus. Ses efforts sont constants, soit pour garder une attache à sa civilisation, soit pour rester simplement humain, et ne pas complètement devenir animal. A un moment donné, un renversement se fait, et celui-ci est amorcé par l’arrivée de Vendredi. Il est tellement différent de Robinson que l’on peut penser, à première vue, qu’ils ne pourront jamais s’entendre, et que leurs relations seront difficiles. Des tensions existent, et des manières très ingénieuses sont trouvées pour les désamorcer. La nature est, évidemment, très importante ici : le personnage principal effectue un retour, d’abord forcé, aux sources. Il découvre un monde qu’il ne soupçonnait pas, et un nouvel homme en lui. La terre sur laquelle il s’est échoué n’a pas de nom, mais, s’il fait des efforts, et s’il ouvre les yeux, elle lui fournit ce dont il a besoin pour vivre … tout, sauf de la compagnie humaine.

Robinson, personnage principal, évolue énormément au fil des pages, et ceci est visible notamment avec le journal de bord, qu’il tente de tenir régulièrement afin de consigner les avancements de sa pensée. On dirait presque que le personnage fait le deuil de sa vie précédente : il se laisse sombrer dans la tristesse et le désespoir, avant de nier sa condition de naufragé en tentant de conserver des traces de sa civilisation sur l’île. Il finit par admettre que cela ne sert à rien, que ça frôle même l’absurde parfois. De marin, l’homme passe par bien des « métiers » : général, gouverneur, berger, administrateur. Il finit par devenir sage, et philosophe véritablement lorsqu’il s’interroge sur le temps, la vie, la mort, et l’importance d’autrui pour soi-même. Vendredi, quant à lui, représente la joie de vivre. Il semble pouvoir s’accommoder de tout ; semble seulement, car l’esclavage ne fait que montrer à son maître que la liberté est faite pour lui. Ce personnage est, comme le dit Robinson, « éolien » : l’air est très important pour lui, ainsi que la nature, qu’il respecte, mais de laquelle il prélève ce dont il a besoin sans remords. Il ne fait que rire, et s’adonner à des loisirs qui causeront une destruction irrécupérable. D’autres personnages sont présents dans ce livre, comme Tenn, affectueux et joueur, le capitaine Van Deyssel, prophète de ce qui arrivera à Robinson, les membres d’équipage du Whitebird, qui rappelle à Robinson sa vie passée, les Araucans, tribu d’où est issu Vendredi.

Une réflexion sur le temps est menée ici avec brio par l’auteur. Robinson ne le voit d’abord pas passer, et ne s’en préoccupe pas. Loin de toute société, il lui échappe, et quand il tente de le rendre tangible, il sait qu’il peut l’arrêter à tout moment, le suspendre quand il le désire. Seul sur l’île, Robinson est maître du temps. Il est également celui de la vie, qu’il contrôle complètement : s’il le veut, il peut complètement détruire l’île, comme il peut tuer Vendredi et lui-même. Mais la réflexion la plus profonde est celle qui évoque autrui. Seul, Robinson n’existe pas, parce que personne ne le voit exister. Aucun œil ne lui renvoie son reflet : c’est ainsi qu’il perd tout. Sans autrui, pas de société, pas de moi, parce que pas de toi, pas de nous. Nous vivons aussi par l’autre, et c’est pour cette raison que nous ne pouvons vivre sans lui. La folie est proche pour Robinson quand il est seul : il tente de se ressaisir, mais se demande à quoi tout cela peut lui servir : autrui n’est pas là pour voir, pas là pour récompenser ou pour blâmer. Les récoltes qu’il peut obtenir, elles sont trop volumineuses pour lui seul, et vont pourrir sans autrui. Vendredi sauve Robinson de sa solitude : cela les lie indubitablement.

La fin m’a un peu surprise : je ne m’attendais pas à ça de la part de Vendredi. La décision de Robinson était logique, comme celle d’un autre personnage. Tout recommence, l’histoire de l’ermite n’est pas terminée, même si le lecteur ne la lira pas.

 

En définitive, un très bon roman philosophique, qui nous fait réfléchir, et nous renvoie une image neuve de nous-mêmes.

Stabat Mater Furiosa de Jean-Pierre Siméon

Posté : 23 novembre, 2015 @ 9:06 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 4 commentaires »

Stabat Mater Furiosa Genre : Théâtre

Editeur : Les Solitaires Intempestifs

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 62

Synopsis : Stabat Mater Furiosa, cri solitaire d’une femme qui se révolte contre la guerre et la violence, fut montée pour la première fois en 1999 par Christian Schiaretti. Depuis plus de soixante mises en scène ont été réalisées en France. Cette pièce d’un poète venu au théâtre a été traduite en huit langues et jouée dans quatorze pays. 

« on n’entend pas le pas d’un homme

qui va à son travail

et quand un homme court vers ce qu’il aime

c’est son souffle qu’on entend

mais quand la foule des guerriers se met en chemin

c’est son pas d’abord qu’on entend

son pas qui martèle

oui les coups de marteau sur la terre

le pas qui frappe et qui dit je suis là je suis partout »

 

Avis :Je n’avais jamais entendu parler de ce livre avant qu’un de mes professeurs l’année dernière n’en lise un extrait en cours …

un extrait qui m’avait retournée, après les attentats contre Charlie Hebdo. C’était le passage où la prière commence. En effet, la femme qui parle prie la vie, et s’adresse à « l’homme de guerre ». C’est un cri, un désespoir, mais surtout de la colère que l’on ressent à travers lui. Une colère qui enfle, qui indigne, qui donne envie de hurler. Une colère que l’on comprend, que l’on sent nous aussi car elle est la nôtre. Cette femme dénonce la guerre, son oppression, sa boucherie, son horreur, et le manque de responsabilités des « hommes de guerre », qui considèrent que ce n’est pas leur faute, que ce devait être fait, qu’ils n’y peuvent rien, que la guerre, c’est la guerre, et que cela entraîne des dégâts. Et elle se moque d’eux, et elle les rabaisse, et elle les force à ouvrir les yeux sur ce qu’ils ont fait, à assumer leurs horreurs, à arrêter de se déculpabiliser. Elle évoque les enfants, les « hommes de guerre » de demain, ceux qui prendront la relève si on ne les éduque pas bien. A travers cette dénonciation, elle prône le sentiment, le cœur, l’humain. Elle veut que l’on se souvienne toujours de la Seconde Guerre mondiale pour ne jamais la reproduire.

La première fois que j’ai entendu cette œuvre, je pensais que c’était un long poème en vers libre. Je n’ai découvert qu’en achetant le livre que c’était une pièce de théâtre, et j’en ai été très surprise. L’écriture de l’auteur est tout à fait poétique ; je ne parle pas de codes comme celui de la rime, mais d’un vers complètement libre et déstructuré, qui correspond tout à fait au sujet abordé. On ressent la lecture, chaque mot a un poids qui nous reste. Je vous conseille une lecture à mi-voix ou à voix haute pour vous rendre compte de toute la portée du texte : il en est d’autant plus bouleversant. De plus, il a été écrit pour être dit, donc ne vous en privez pas !

Cette pièce de théâtre sonne tristement actuelle. La femme ne comprend pas, et la plupart d’entre nous n’ont plus. Elle est notre propre reflet, elle est nous depuis quelques jours, mois, années. Elle ne comprend pas la guerre, et nous ne la comprenons pas non plus, surtout pas celle qui se présente aujourd’hui, sous une nouvelle forme, avec des nouveaux codes. L’intention même n’est pas comprise : c’est un tourbillon de violence sans ordre ni but, que l’on regarde impuissants, que l’on appréhende. On ne peut que se sentir concerné par ce livre, bouleversé par sa réalité.

 

Un vrai coup de cœur, qui nous fait découvrir un auteur à l’écriture poétique qui nous renvoie comme un miroir nos propres pensées.

Le Colonel Chabert de Balzac

Posté : 20 octobre, 2015 @ 11:54 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Le Colonel ChabertGenre : Classique

Editeur : GF

Année de sortie : 2011

Nombre de pages : 130

Synopsis : Tenu pour mort à la bataille d’Eylau, le colonel Chabert rentre chez lui après des années d’errance et de souffrance. Mais aux yeux du monde, il n’existe plus. Sa femme, héritière de sa fortune, est remariée et mère de deux enfants ; sa maison a été démolie ; la rue même où il vivait a été rebaptisée : l’Empire a cédé la place à la Restauration … Dépossédé de ses biens comme de son nom, l’ancien héros des guerres napoléoniennes se lance à cœur perdu dans une dernière bataille, pour recouvrer son identité. Y parviendra-t-il ? Le Colonel Chabert est l’histoire tragique d’un homme incarnant les restes sublimes d’une époque révolue.

 

Avis : Je n’ai lu qu’un seul Balzac auparavant, et je n’avais pas du tout aimé. Je n’avais pas accroché à la façon d’écrire, ni aux thèmes abordés. J’appréhendais donc un peu cette lecture. En plus, l’histoire ne m’inspirait pas énormément. J’avais de gros a priori.

A la lecture de la scène d’ouverture, je me suis dit que mon préjugé se révélait juste : j’ai eu très peur qu’elle me présage une mauvaise lecture. En effet, je n’ai pas du tout aimé cette scène ! Le vocabulaire utilisé n’est pas toujours compréhensible, et cela m’a donné une impression de rejet dès le début. Et pourtant, par la suite, j’ai vraiment aimé ! Le lecteur fait la rencontre d’un homme complètement abandonné par son pays ; il n’a plus d’identité, n’est pas reconnu pour ses exploits militaires, même pas pour qui il est vraiment. Par cet aspect, ce livre m’a fait penser au Vaisseau des morts de Traven, où le héros est considéré comme apatride, ne peut résider dans aucun pays, et pour qui la mer est le seul lieu de vie possible. Se trouve ainsi dans ce livre la forte critique d’une société qui ne reconnaît pas ses héros, et d’une justice qui ne sait pas établir ce qui est juste. L’argent semble la valeur première, ce qui motive les individus, ce qui les pousse à faire des choses impensables : faire d’un homme bon une véritable ruine. La trahison est présente partout, dans les représentants de la loi, dans les gouvernements, mais aussi dans la famille, là où elle fait le plus mal … D’ailleurs, le colonel Chabert n’en a plus vraiment. L’écriture est assez claire, agréable à lire, ce qui m’a surprise après ma déception du premier livre ; de plus, l’auteur utilise un langage adapté à ses personnages : les dialogues sont nourris d’argot quand cela semble nécessaire, et cela sonne vraiment de façon authentique.

Concernant les personnages, je me suis beaucoup attachée au colonel Chabert pour plusieurs raisons. J’ai ressenti une grande pitié pour lui. Il est d’une bonté admirable, émouvante, mais aussi d’une o qui indigne le lecteur. Même quand il est logique qu’il se défende, que ses droits sont réels, il ne le fait pas. Il est désespéré, et désespérant : quand le lecteur voit que sa bonté ne lui apporte rien de bon, il se demande à quoi cela sert d’être bon et gentil … Celui qui lit est déçu par ce qui arrive au personnage : il imaginait autre chose … De plus, le personnage se fait complètement manipulé, et ce, en raison même de sa bonté ! Il croit en la gentillesse, en l’amour, il pense vraiment que tout va s’arranger, qu’il peut trouver un compromis, et retrouver sa vie. Finalement, la résignation l’emporte : tout le monde le pense mort, il se demande s’il aurait dû le rester … L’avoué Derville, quant à lui, fait tout ce qu’il peut pour défendre son client. Il semble honnête, mais lui aussi est naïf, ce qui amène des situations désastreuses : il pense qu’il est le manipulateur et ne se rend pas compte qu’il est manipulé. Il n’a pas un mauvais fond, il pense bien faire, mais ne fait pas assez. La comtesse de Ferraud est la manipulatrice, celle qui mène la danse dans le livre. Elle est celle qui va réduire tous les efforts des autres personnages à néant. Elle est machiavélique, et profite de la bonté du colonel Chabert pour l’escroquer comme jamais. Son mari, quant à lui, est l’opportuniste par excellence. Il n’agit pas par amour, ne pense qu’à l’argent, qu’à sa carrière, qu’à la place qu’il peut se faire dans la société. Le lecteur découvre d’autres personnages dans ce livre, comme les hommes qui travaillent avec l’avoué, ainsi que les gens qui ont recueilli Chabert.

La fin m’a semblé décevante mais logique. La vie du personnage finit là où elle a commencé. J’avais espéré mieux pour récompenser la bonté de Chabert, mais, ce n’est pas ce qui compte dans la société. Il n’était plus utile, alors on s’en est débarrassé. J’ai trouvé que cela sonnait affreusement actuel … Mais c’est sans doute aussi ce qui fait de ce livre un classique.

 

En définitive, un très bon roman, assez court, qui nous présente un personnage bon, perdu, mort pour tous, et finalement, même pour lui-même.

Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne

Posté : 9 octobre, 2015 @ 12:28 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Vingt mille lieues sous les mersGenre : Aventure, Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 595

Synopsis : « Une chose énorme » ayant été signalée par plusieurs navires à travers le monde, une expédition est organisée sur l’Abraham Lincoln, une frégate américaine, pour purger les mers de ce monstre inquiétant. A bord se trouvent le Français Pierre Aronnax, professeur au Muséum de Paris, et Conseil, son fidèle domestique. Alors qu’ils s’approchent du fabuleux animal, Aronnax, Conseil et Ned Land, un harponneur canadien, sont précipités dans la mer par deux gigantesques trombes d’eau avant de se retrouver sur le dos du monstre … qui se révèle être un étonnant sous-marin, le Nautilus, conçu et commandé par le capitaine Nemo, qui paraît farouchement hostile à toute l’humanité ! La plus extraordinaire aventure commence dès lors pour les trois hommes, condamnés à ne plus jamais revoir leur patrie, leurs parents, leurs amis … La mer était une passion pour Jules Verne ; c’est elle l’héroïne de Vingt mille lieues sous les mers, l’un de ses meilleurs et plus célèbres romans.

 

Avis : J’ai dû arrêter ma lecture de ce livre pour d’abord lire Moby Dick pour un cours. Je m’y suis donc remise dès que j’en ai eu la possibilité !

J’avoue que j’avais un peu peur de m’ennuyer : je n’avais jamais lu de Jules Verne avant, et je me demandais vraiment ce que ça donnait. Eh bien, je me suis trompée ! Je ne me suis pas ennuyée du tout (à part peut-être pendant certaines listes de poissons ou de mammifères marins qui semblaient ne pas finir) C’est un vrai roman d’aventure dans lequel on découvre les fonds-marins, dans lequel on effectue un tour du monde sous les eaux, mais où l’on rencontre aussi des personnages hauts en couleur comme le capitaine Nemo, le professeur Aronnax ou Ned Land ! Il est  vrai que l’action n’est pas omniprésente ; certains passages sont dédiés à l’observation des poissons. Mais le lecteur en apprend beaucoup sur le milieu marin, et voit l’océan autrement après avoir lu le livre, même s’il ne comprend pas tout ce dont parle le narrateur (par exemple, je ne m’y connais pas du tout en latitude et longitude, ni en milles et en lieues). De plus, pour le lecteur qui adore les animaux, c’est le livre rêvé ! Il va découvrir des créatures fantastiques, gigantesques ou minuscules, oiseaux ou poissons, terrifiants ou pacifiques, qui vont le ravir ! J’ai adoré me plonger dans l’histoire comme le Nautilus plonge sous les eaux, vivre un peu dans une bulle d’air sous l’océan. Je me suis imaginée vivre dans le sous-marin, une maison en réalité, avec ses pièces extraordinaires ! C’était très agréable de découvrir peu à peu ce nouvel environnement avec le professeur Aronnax, qui est la voix narrative. Au fur et à mesure, le lecteur croit vraiment à l’histoire, la vit un peu à travers le personnage principal, et finit par vouloir tout savoir comme, par exemple, les mystères du passé du capitaine Nemo. Beaucoup de questions tournent autour de lui, et le lecteur se demande s’il aura les réponses à la fin ! Concernant l’écriture, elle est claire, fluide, agréable à lire.

Etudiant cette œuvre en cours, certains aspects apparaissent sous un nouveau jour, comme le fait que la liberté des personnages principaux soit entravée, qu’ils soient esclaves, ou le fait que le capitaine Nemo refuse de tuer simplement pour tuer : la chasse ne doit être effectuée que si elle est nécessaire, pas pour le plaisir. Des allusions politiques peuvent également être décelées dans le livre : le capitaine Nemo refuse tout contact avec la terre, prône l’égalité sur son vaisseau, et se pense le justicier des mers. On retrouve ainsi des thèmes que l’on ne s’attend pas à trouver dans un livre qui a été écrit pour la jeunesse : l’esclavagisme, l’écologie et l’anarchisme.

Les personnages, quant à eux, sont très différents les uns des autres. Le professeur Aronnax, narrateur, est un scientifique qui ne croit que ce qu’il voit de ses propres yeux. Quand l’histoire d’une bête énorme vivant dans la mer arrive à ses oreilles, il en rit d’abord, mais finit par se lancer à sa poursuite avec un bateau américain. Ce personnage est vraiment le scientifique par excellence : il parle comme tel, il observe les poissons, les classe, et apporte ainsi de la matière à ses premières notes sur l’océan. C’est un spécialiste de la mer, mais seulement à travers les livres qu’il a lus : c’est la première fois qu’il découvre l’océan autrement, et il s’émerveille face à sa beauté. Le capitaine du sous-marin va le mener dans des endroits légendaires ou historiques qu’il va découvrir avec des yeux d’enfant, comme le lecteur, qui se croirait dans un rêve. Ce professeur est toujours accompagné de son fidèle compagnon, Conseil, qui porte extrêmement mal son nom ! Face à son maître, il est très effacé, et est prêt à se sacrifier pour lui. Tout ce qui le passionne, c’est de classer les animaux qu’il voit dans des catégories très précises, ce qui donne lieu à des listes auxquelles le lecteur ne comprend pas grand-chose (et Conseil non plus en réalité !). Dès qu’il voit un animal, il le classe, et on peut dire qu’il y en a un certain nombre sous les mers ! C’est un personnage que j’ai apprécié, qui finit par être drôle dans sa façon de parler et de se comporter : rien ne le surprend jamais, il reste stoïque face à (presque) toutes les situations. Il ne prend jamais partie et est le lien du professeur avec Ned Land, le harponneur canadien. Homme de la mer, ce personnage ne supporte pas pour autant de rester enfermé sous les eaux et rêve d’évasion. Il a un caractère bien trempé, ne se laisse pas facilement impressionné, et pense en savoir beaucoup sur la mer parce qu’il l’a déjà sillonné. Il se rend peu à peu compte qu’il n’en est rien. Il a une certaine expérience de la mer, contrairement au professeur, mais il n’a pas tout vu, et n’en a pas une connaissance scientifique. Ainsi deux formes de connaissance de la mer se trouvent dans le livre. Le capitaine Nemo est sans doute le personnage le plus mystérieux du livre. Tout d’abord, il s’appelle Nemo, c’est-à-dire, Personne en latin. Puis, il change constamment d’humeur, et le narrateur ne sait jamais pourquoi. Il est tour à tour engageant, heureux de montrer à Aronnax les richesses de l’océan, et sombre, triste, parfois même désespéré. Le lecteur s’attache à lui et à son mystère, tout en voulant découvrir ses secrets. C’est lui qui introduit dans le roman l’esclavagisme, l’écologie et l’anarchisme. Personnage révolutionnaire et visionnaire, il semble en avance sur les habitants de la terre, et est capable d’aller en des lieux qu’ils n’ont jamais visités, ce qui stupéfie les autres personnages, qui, tout d’abord, n’y croient pas. Le capitaine Nemo est un peu l’écrivain, regroupant ses idées derrière un personnage obscur qui n’a pas de nom. L’on rencontre d’autres personnages dans le roman, beaucoup moins importants que les quatre premiers, comme les membres d’équipage du Nautilus ou ceux de l’Abraham Lincoln au début du livre.

La fin m’a semble très rapide, et m’a laissé un peu frustrée. Deux événements terribles arrivent avant elle, et ils semblent précipiter les choses. J’ai été un peu déçue de constater qu’en sortant du livre, on ne sait toujours pas tout sur le capitaine Nemo, même si un petit bout de son passé nous est révélé.

 

En définitive, un très bon roman d’aventure qui fait voyager, découvrir la mer, apprendre tout un tas de choses sur elle, mais qui nous permet aussi de rencontrer des personnages intéressants, dont un qui reste mystérieux jusqu’à la fin !

Corinne ou l’Italie de Madame de Staël

Posté : 5 octobre, 2015 @ 2:05 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

Corinne ou l'ItalieGenre : Classique

Editeur : Folio (Classique)

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 587

Synopsis : Un roman cosmopolite et européen qui évoque la France, l’Angleterre et l’Italie à l’aube du romantisme dans la diversité de leurs mœurs et de leurs cultures. L’histoire d’une femme, la poétesse Corinne, qui inaugure le débat sur la condition féminine, sur le droit de la femme à vivre en étant indépendant et à exister en tant qu’écrivain. Corinne, c’est Mme de Staël elle-même, « la femme la plus extraordinaire qu’on vit jamais » selon Stendhal, « un être à part, un être supérieur tel qu’il s’en rencontre peut-être un par siècle », disait Benjamin Constant. Napoléon lui-même, qui voyait en Mme de Staël une dangereuse messagère de liberté, déclara un jour : « Il faut reconnaître après tout que c’est une femme d’un très grand talent ; elle restera. »

 

Avis : Je devais lire ce livre pour mes études, et je trouve que le tableau de la couverture montre déjà l’Italie, la poésie et la femme poète, nous faisant déjà faire un pas dans le roman.

Il s’agit ici d’une histoire d’amour ; normalement, ce n’est pas trop mon style, mais ici, elle est vraiment très belle et romantique, au sens du mouvement littéraire. Il m’a semblé qu’elle montrait l’amour dans son intégralité : les sentiments merveilleux que l’on peut ressentir, la douleur qu’il peut occasionner, la souffrance liée à l’absence, à l’attente, les doutes qui s’emparent de celui qui aime, l’irritation, la froideur parce que l’on se pense offensé, la mélancolie de savoir qu’il faut se séparer, la folie dont on pense être la victime quand on est amoureux, l’impression de mourir de douleur … J’ai vraiment retrouvé toutes les facettes de l’amour, ses bons comme ses mauvais côtés, et aussi ce qui lui fait obstacle, chez les amants, ou dans la société. Elle est très importante ici, et est reliée à l’honneur. Ces deux éléments ne font pas du tout bon ménage avec l’amour : il ne s’intéresse pas aux questions d’honneur, il est, voilà tout. Mais, ce n’est, bien sûr, pas si simple à l’époque, et même encore parfois aujourd’hui. L’écriture renforce la beauté de l’histoire d’amour : elle est claire, parfois poétique, parfois morale, parfois philosophique. Elle entraîne le lecteur, qui veut absolument savoir ce qui adviendra de Corinne. Les prémisses du Romantisme sont visibles ici, notamment avec les thèmes abordés : harmonie avec la nature, correspondance climat/émotions, mal-être, mélancolie, folie amoureuse, désespoir, fatalité … J’ai aussi parfois eu l’impression d’être dans une tragédie, avec des opposants, des adjuvants, des malentendus qui entraînent des conséquences désastreuses, des longues tirades … Tout ce qui arrive ne semble qu’un concours de circonstances, et l’auteure y fait parfois référence en disant que tout serait différent si les personnages se parlaient, ou si l’un voyait l’autre.  

Dans ce livre, le lecteur trouve également des réflexions sur de nombreux sujets : pas seulement l’amour, mais la littérature, la musique, la politique aussi, de façon indirecte, l’honneur, les mœurs italiennes dans les différentes régions du pays, celles d’Angleterre, celles de France … L’intelligence de l’auteure transpire à travers ses passages où l’on sent parfois qu’elle s’implique dans son roman. Beaucoup disent que Corinne est Mme de Staël de par ses talents et son intelligence, qu’elle s’est dépeinte elle-même sous un autre nom pour, peut-être, feindre la modestie.

Il est vrai que le personnage de Corinne est exceptionnel. Elle est parfaite, elle a tout ce qu’elle peut désirer : elle est belle, intelligente, réfléchie, douce, gentille, empathique, compréhensive, généreuse ; elle a tous les talents, celui de la conversation, de la poésie, de la bienséance. Elle est admirée par tous, et sait s’adapter à n’importe quelle situation. Elle est libre, indépendante, et peut se livrer à ses talents sans risques en Italie. Elle est célibataire, car la condition de femme mariée la freinerait dans son génie. Elle représente une femme qui n’existait pas à l’époque, une femme qui pouvait vivre sans homme sans problème. Mais son passé est trouble, et celui qu’elle aime le découvre avec stupéfaction ; cela n’enlève rien à sa perfection. Dans ce roman, Corinne va découvrir l’amour. Lord Nelvil, ou Oswald, est l’homme duquel Corinne tombera amoureuse. Il est sombre, mélancolique, semble être son contraire absolu. Il incarne une figure romantique : celui de l’exilé qui a commis une faute impardonnable, et qui sera malheureux toute sa vie à cause de cette faute. Ce personnage semble être dans le doute permanent. Il se pose énormément de questions sur ce qui lui arrive, il va pratiquement jusqu’à dénaturer l’amour, ce qu’il ressent, par ces questions. Oswald est centré sur l’honneur, le devoir, la bienséance, ce qui convient à la société. Lucile, quant à elle, est pure, innocente et douce, dans la fleur de l’âge. Elle ne sait rien de la vie, n’a jamais connu aucune passion. Sa vie est tournée vers le devoir, l’obéissance, la soumission. Elle est tout sauf égoïste, et se sacrifie même sans que ses proches le sachent. Le lecteur rencontre d’autres personnages dans le livre comme Lady Edgermond, stricte en apparence, qui ne veut que le bonheur de sa fille, le comte d’Erfeuil, un jeune Français frivole qui adore se mettre en avant, et ne se rend compte que trop tard quand il va trop loin ou quand il blesse son interlocuteur, il est un des liens entre Corinne et Oswald, Lord Nelvil père, qui apparaît à travers ses écrits et les souvenirs de son fils, et qui finit par être un des personnages principaux car il est à l’origine de la décision de son fils, Thérèsine, fidèle servante de Corinne, effacée mais qui semble très dévouée à sa maîtresse, et le prince de Castel-Forte, dévoué à Corinne, et qui la soutient comme un véritable ami, quelques soient ses choix.

J’ai eu l’impression de faire un véritable voyage en Italie : le lecteur découvre beaucoup de choses sur un petit groupe de villes, et notamment sur Rome et Naples, où je suis déjà allée : ce qu’en dit l’auteure fait vraiment voyager, je me suis retrouvée à nouveau dans les lieux que j’avais visités. J’ai lu avec plaisir les descriptions de monuments et de paysages. L’auteure donne des détails, ce qui fait que le lecteur pourrait s’y croire !

La fin est prévisible, ce qui n’enlève rien à la beauté du roman. Elle est également triste (Romantisme oblige !) et laisse le lecteur à la fois un peu amer mais aussi admiratif en ce qui concerne Corinne.

 

En définitive, c’est une belle découverte que je recommande, qui plonge dans un véritable voyage, qui donne envie de découvrir l’Italie et dont l’écriture est vraiment belle et fait aimer l’histoire d’amour entre Corinne et Oswald.

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