Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Un coeur simple de Gustave Flaubert

Posté : 13 juillet, 2016 @ 4:48 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Un coeur simple Nouvelle, Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2010

Nombre de pages : 95

Synopsis : L’Histoire d’un cœur simple est tout bonnement le récit d’une vie obscure, celle d’une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu’elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Cela n’est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. Gustave Flaubert.

 

Avis : Ce livre m’a été prêté il y a un petit moment, et vu l’épaisseur du livre (haha), je me suis dit qu’il était temps de le lire !

Flaubert nous offre ici un portrait de femme à travers une histoire très courte dans laquelle il est pourtant possible de s’attacher à Félicité. Elle m’a parfois donné mal au cœur tant elle est bienveillante, et tant certains passages sont beaux et chargés d’espoir. Sa vie se lit si vite ; cela contraste avec l’histoire d’autres personnages qui se racontent dans des livres énormes, comme Anna Karénine. Cela confirme la simplicité de cette vie. L’écriture est excellente, elle sied bien à la nouvelle. Il n’y a aucune comparaison avec des livres qu’on pourrait lire juste pour se détendre. La religion tient une place importante, mais Félicité ne la comprend pas vraiment ; elle semble juste impressionnée par quelque chose de plus grand qu’elle, de plus puissant, qui dirige sa vie. Elle a besoin de toujours donner de l’amour, et celui-ci se reporte sur plusieurs personnes successivement ; il lui faut s’occuper de quelqu’un plus que d’elle-même : elle pourrait être l’altruisme incarné.

Félicité est donc « l’héroïne » : c’est une femme simple, au grand cœur, illettrée, parfois bête, naïve dans tous les cas, et exploitée par certains. Elle ne se rend pas compte de la réalité de la vie, du fait que certaines personnes ne sont pas toujours bonnes, qu’elles ne viennent pas pour la voir, mais pour profiter de sa bonté. Elle voit le bien en tous, même quand ce n’est pas du tout ce que ces personnes montrent. Mme Aubain est très froide, mais l’on se rend compte vite que ce n’est qu’une apparence. Elle a un cœur, elle souffre elle aussi, elle aime, mais veut garder le contrôle et le pouvoir qu’elle exerce sur sa domestique et ses enfants. Elle veut garder la distance sociale nécessaire entre elle et Félicité. Elle connaît finalement son lot de tristesse, peut-être moindre que celui du personnage principal. Virginie est une sorte d’ange, sacralisé par la suite. Fille de Mme Aubain, Félicité l’aime tendrement, la couve peut-être, mais sent un gouffre se creuser quand la jeune fille s’éloigne, grandit puis revient. Elle doit reporter son amour ailleurs. Paul est l’enfant prodigue par excellence (petit clin d’œil au passage à Bernardin de Saint-Pierre !). D’autres personnages apparaissent, plus ou moins importants, comme le neveu de Félicité, qu’elle aime comme son enfant, ou un vieillard, qu’elle secoure. Egalement un perroquet, qui n’est pas celui de l’héroïne au début de la nouvelle, mais qui finit par devenir très important pour elle, si bien qu’elle finit par l’assimiler au Saint Esprit.

La fin est évidente. L’assimilation du perroquet et du Saint Esprit peut refléter la simplicité d’esprit de Félicité, ou sa capacité à associer des choses concrètes à des choses abstraites, afin de se représenter quelque chose qui ne peut normalement pas l’être. Le perroquet remplace la colombe, et l’héroïne a une explication à ce remplacement !

 

Donc, une bonne nouvelle, une belle parenthèse littéraire avant de se lancer dans un petit monument !

La peste d’Albert Camus

Posté : 1 juin, 2016 @ 11:08 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

La peste Genre : Philosophie, Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 1967

Nombre de pages : 247

Synopsis :   »C’est moi qui remplace la peste », s’écriait Caligula, l’empereur dément. Bientôt, la « peste brune » déferlait sur l’Europe dans un grand bruit de bottes. France déchirée aux coutures de Somme et de Loire, troupeaux de prisonniers, esclaves voués par millions aux barbelés et aux crématoires, La Peste éternise ces jours de ténèbres, cette « passion collective » d’une Europe en folie, détournée comme Oran de la mer et de sa mesure.
Sans doute la guerre accentue-t-elle la séparation, la maladie, l’insécurité. Mais ne sommes-nous pas toujours plus ou moins séparés, menacés, exilés, rongés comme le fruit par le ver ? Face aux souffrances comme à la mort, à l’ennui des recommencenments, La Peste recense les conduites ; elle nous impose la vision d’un univers sans avenir ni finalité, un monde de la répétition et de l’étouffante monotonie, où le drame même cesse de paraître dramatique et s’imprègne d’humour macabre, où les hommes se définissent moins par leur démarche, leur langage et leur poids de chair que par leurs silences, leurs secrètes blessures, leurs ombres portées et leurs réactions aux défis de l’existence.
La Peste sera donc, au gré des interprétations, la « chronique de la résistance » ou un roman de la permanence, le prolongement de L’Étranger ou « un progrès » sur L’Étranger, le livre des « damnés » et des solitaires ou le manuel du relatif et de la solidarité – en tout cas, une oeuvre pudique et calculée qu’Albert Camus douta parfois de mener à bien, au cours de sept années de gestation, de maturation et de rédaction difficiles…

 

Avis : Cela fait un certain temps que j’aimerais lire ce livre, et pourtant, j’avais une petite appréhension. J’avais peur de ne pas du tout accrocher, ou de ne pas tout comprendre. 

C’était une lecture plutôt difficile. D’abord, par le sujet traité, la peste. Elle en fait un livre lourd de maladie et de morts, dans lequel le lecteur n’imagine que trop bien l’état physique des patients, le désespoir de ceux qui restent et qui tentent d’aider, le sentiment d’emprisonnement des habitants d’une ville désormais en quarantaine. Elle offre ainsi une myriade d’émotions différentes à celui qui lit, et qui traverse la lecture comme les personnages la peste, dans un huis-clos sombre et pesant qui ne laisse aucune chance d’évasion. L’atmosphère, lourde à certains moments, est allégée par des moments de dialogue et de révélation entre les personnages, mais aussi par un espoir sous-jacent constant. En effet, le narrateur ne cesse de croire en la bonté de l’homme, en l’espoir, en l’amour, et ne veut pas se résigner à ce que le bonheur soit perdu pour tous. Parlant de lui, dès le début, il semble instaurer une sorte de jeu avec le lecteur, lui parlant directement et se nommant lui-même « narrateur », sans nous dévoiler son nom. Il fait partie de la ville, est un personnage à part entière du livre, mais reste mystérieux jusqu’à la fin sur sa véritable identité. Cela donne l’effet d’un carnet qui se retrouverait entre les mains du lecteur, et qu’il serait le seul à lire, comme une espèce de rapport de la peste destiné à être lu par quelqu’un, d’où les nombreuses mentions du terme même de « narrateur ». Par ce procédé, on peut également ressentir une sorte d’impersonnalité, une envie de ne pas s’impliquer et de rester objectif malgré ce qu’il a ressenti. Ainsi, les faits sont rapportés de façon précises, concises, il n’y a pas d’artifices qui embelliraient à l’excès l’écriture. Lorsqu’il est question de la séparation, de la difficulté qu’ont les habitants à se dire qu’ils ne reverront peut-être plus jamais ceux qu’ils aiment et qui ne vivent dans à Oran, une véritable réflexion est introduite : celle de l’exil, des sentiments, de l’ignorance et de la méchanceté, des conséquences d’une telle catastrophe à long terme. Mais ce qui rend également la lecture difficile, c’est un parallèle que j’y ai vu, peut-être à tort, mais auquel je n’ai pas pu m’empêcher de penser. La peste ressemble étrangement à la Seconde Guerre mondiale, notamment en ce qui concernent les Juifs. Le fléau serait les nazis, qui décimeraient autant que possible ceux qu’ils jugent inférieurs. La mention de la séparation d’avec les êtres chers, des mères séparés de leurs enfants et les amants de leurs aimées, les fours crématoires, la peur, l’horreur, l’impossibilité de revenir à la vie « normale » après une catastrophe de ce genre, la notion d’exil, tout m’a fait penser à la Seconde Guerre mondiale, même la date de publication, 1947. Les hommes qui tentent de contrer la maladie sont même appelés « résistants » à un moment donné. C’est une façon particulière de voir la Shoah, comme une chose contre nature et qui n’a aucune raison d’être.

Le narrateur est la voix off qui nous relatent les événements d’Oran, en 194.. Je n’ai pas réussi à deviner qui il était réellement, mais il semble avoir été proche de plusieurs autres personnages dont il nous parle très souvent. Il tente d’être objectif, de ne pas laisser transparaître ce qu’il pense vraiment ; il ne sombre pas dans la défaite, mais parle constamment de la bonté inhérente aux hommes. Un des personnages principaux de son récit est le docteur Rieux. Au fur et à mesure de l’épidémie, il semble sombrer dans la défaite à travers une indifférence croissante envers les scènes de mort qui l’environnent. Il fait tout son possible pour endiguer la maladie, après l’avoir fait accepter en tant que telle à des hommes qui n’y croient pas, pour mettre en place des mécanismes afin de l’empêcher de se propager. Cela semble le vider de son énergie vitale, de son âme ; au fur et à mesure, les sentiments lui manquent, il ressemble de plus en plus à un fantôme, et ne semble tenir que grâce aux autres hommes autour de lui, comme Tarrou. Voyageur coincé dans la ville au moment de la déclaration de la maladie, il semble toujours joyeux, jamais dépassé par des émotions négatives ou positives. Il aide de bonne grâce les médecins à tout faire pour lutter contre la peste, il s’épuise à la tâche, et se révèle peu à peu à la fois à Rieux et au lecteur à travers lui. Celui rencontre également Rambert, journaliste français bloqué à Oran, qui cherche désespérément à s’évader. Il ne se sent pas à sa place dans la ville, se sent deux fois plus en exil que les autres habitants, et ne pense qu’à sa femme. Viennent ensuite Grand et Cottard. Le premier est attachant ; il travaille à la mairie et à une œuvre mystérieuse qui n’avance pas. Il s’épuise à tenter d’aider les médecins ; quant au second, il semble apprécier l’état de peste. Il peut facilement représenter le collaborateur, à qui l’état de guerre et d’occupation sied parfaitement. Il fait des affaires, profite de la maladie pour s’enrichir, et craint sa fin autant que les autres l’espèrent. On croise d’autres personnages comme M. Othon, juge d’instruction, venu à Oran avec sa femme et ses enfants, assez strict ; Mme Rieux, la mère du docteur, arrivée la veille de la fermeture des portes, une présence rassurante dans la vie du médecin, étant donné que sa femme est partie avant la peste.

La fin est douce-amère, marquée par l’injustice et l’espoir, comme le reste du livre. J’avoue que je ne m’attendais à rien de ce qui s’y passe.

 

Donc, un excellent roman qui représente la Shoah de manière allégorique, mettant en relief l’horreur de la situation, le désespoir des habitants, appelés aussi « prisonniers », mais garde quand même l’espoir d’un bonheur futur.

Le soulier de satin de Paul Claudel

Posté : 3 mai, 2016 @ 1:47 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre :Le soulier de satin  Théâtre

Editeur : Folio

Année de sortie :1982 

Nombre de pages : 501

Synopsis : Dona Prouhèze : Qu’ai-je voulu que te donner la joie ! ne rien garder ! être entièrement cette suavité ! cesser d’être moi-même pour que tu aies tout ! Là où il y a le plus de joie, comment croire que je suis absente ? là où il y a le plus de joie, c’est là qu’il y a le plus de Prouhèze ! Je veux être avec toi dans le principe ! Je veux épouser ta cause ! je veux apprendre avec Dieu à ne rien réserver, à être cette chose toute bonne et toute donnée qui ne réserve rien et à qui l’on prend tout ! Prends, Rodrigue, prends, mon cœur, prends, mon amour, prends ce Dieu qui me remplit !

 

Avis : J’avais eu un oral sur le début de cette pièce, et depuis, je me disais que ce serait sympa de la lire en entier ; j’avais aimé le texte, il m’avait donné envie d’en découvrir plus !

Je n’avais pas fait attention à la taille du livre quand je l’ai d’abord vu sur Livraddict, mais, pour une pièce de théâtre, 501 pages, c’est assez conséquent et inhabituel ! De plus, la typographie de cette édition est assez serrée et petite, ce qui ne facilite pas la lecture. J’ai tenté de me laisser entraîner par l’histoire, mais cela n’a pas tout à fait fonctionné. Ma lecture a été longue, plutôt difficile comparée à d’autres pièces, sans doute en raison de la façon d’écrire de l’auteur, et par l’action assez étrange de la pièce : des notions abstraites sont évoquées, et les personnages, notamment Dona Prouhèze, parle de façon assez obscure, comme lors d’une réplique sur son absence/présence, sur sa promesse impossible à tenir, sur son envie de rester, mais son obligation de partir. Tout est compliqué, et comme le dit Saint Denys d’Athènes dans la pièce, « l’homme sait bien qu’il n’a pas été fait pour être heureux », d’où une vision assez pessimiste de la vie et de l’amour. En effet, l’histoire principale est celle de Dona Prouhèze et de Don Rodrigue : ils ne se sont vus qu’une seule fois, ils sont tombés sous le charme l’un de l’autre, mais la jeune femme est mariée. Ils deviennent alors amants maudits : incapables de se retrouver, jamais libres de s’aimer, ils peuvent faire penser à l’amour que l’on prête au soleil et à la lune. S’ils rejoignent, ils restent séparés, et jamais ne se touchent. Se greffent à cette intrigue d’autres branches qui finissent par se croiser : celle de Don Pélage, mari de Dona Prouhèze, celle de Don Camille, celle de Marie Sept-Epées, celle du Roi. Les personnages sont parfois désignés par des dénominations différentes, ce qui peut troubler le lecteur. Aussi, la pièce se déroule sur un temps très long, même si on ne sait pas exactement combien : elle est divisée en quatre journées prises à quatre époques. A la fin, Don Rodrigue est un vieil homme, quand, lors de la première journée, il devait avoir 20 ans. Les lieux également changent à l’intérieur même de la « journée » : l’Afrique, l’Amérique, l’Espagne. Autre chose : le texte joue avec les codes du théâtre, notamment avec un décor que l’auteur veut « baclé, incohérent et improvisé » ; il est ainsi assez difficile d’imaginer ce que la pièce peut donner une fois montée. Le jeu se fait également avec certains « personnages », qui sont présents pour faire avancer la pièce en rappelant que c’est une œuvre de fiction et en évoquant les spectateurs dans la salle. Cela plante donc une histoire que l’on sait artificielle, qui prend donc toute une dimension abstraite plutôt que concrète. Autre sorte de jeu : l’absurdité parfois des situations dans lesquels se trouvent les  »héros ». Enfin, ce que j’ai particulièrement aimé dans la pièce : les personnages finissent par sortir du déni, ou n’y entrent même pas. En effet, ils ne se mentent pas à eux-mêmes en prétendant qu’ils ne sont pas amoureux, ou qu’ils le sont de leur conjoint, ou qu’ils peuvent gagner une bataille. Ils sont ancrés dans une réalité pessimiste, une réalité qui leur fait dire la vérité, qu’elle blesse eux-mêmes ou les autres.

Les personnages principaux sont Dona Prouhèze et Don Rodrigue. La première est déjà mariée, mais aime éperdument le jeune homme, jusqu’à lui offrir son âme et à causer la mort d’autres personnages impliqués malgré eux dans leur histoire. Elle semble très pieuse – la religion est assez présente dans le texte, et souvent à travers elle. C’est sans doute le personnage qui parle le plus obscurément dans la pièce. Elle est faite de paradoxes et de contradictions, soumise à une loi contre laquelle elle ne peut rien. Quant à Rodrigue, lui aussi aime profondément Dona Prouhèze, mais il semble plus effacé dans leur relation. C’est elle qui agit, quand lui est plus passif, et attend. Il passe par de nombreux statuts avant la fin de la pièce : il semble être lui aussi le jouet de la loi, mais cette fois, plutôt de celle du Roi d’Espagne, qui le jette et le reprend à sa guise. L’amour de ces deux personnages semble impossible pour plusieurs raisons : la situation sociale, la guerre, la religion. Le lecteur rencontre également dans cette œuvre Dona Musique, qui semble très influençable, et à qui l’on ne sait pas vraiment ce qui arrive finalement, Don Pélage, marie de Dona Prouhèze, qui refuse évidemment que sa femme revoit un jour Rodrigue, et qui tente de la protéger de son mieux de la tentation, Don Camille, un « prétendant » de l’héroïne, qui tente de la séduire quand elle est complètement hermétique à ses avances, mariée et amoureuse de deux autres hommes, le Roi, qui se joue de ses sujets, les prend à sa guise, leur fait faire ce qu’il veut, et ne s’émeut pas lorsque l’un d’eux meurt, Marie Sept-Epées, une jeune femme espiègle qui tient à la fois de son père et de sa mère, et qui semble réaliser une union impossible. D’autres personnages plus secondaires se trouvent dans la pièce, comme des pêcheurs, deux actrices, le père jésuite, dont la harangue m’avait donné envie de lire le texte entier.

La fin conclut bien la pièce, dans la mesure où le lecteur peut deviner ce qui arrive à la plupart des personnages auquel il s’est éventuellement attachés – même si je dois dire que c’est assez difficile, et qu’on ne peut pas vraiment parler d’attachement.

 

Donc, une bonne pièce, plutôt difficile à lire, qui joue avec les codes du théâtre de façon plaisante, mais expose une histoire plutôt compliquée à suivre.

La chute d’Albert Camus

Posté : 21 avril, 2016 @ 8:37 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Classique La chute

Editeur : Folio

Année de sortie : 2009

Nombre de pages : 153

Synopsis : « Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation … J’avais déjà parcouru une cinquantaine mètres à peu près, lorsque j’entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s’éteignit brusquement. »

 

Avis : J’ai lu ce livre pour la première fois il y a six ans ; autant dire que j’avais vraiment besoin d’une piqure de rappel !

En effet, cette relecture a été la bienvenue ; j’avais oublié beaucoup de choses entre temps, et surtout, je l’ai lu bien plus jeune, donc je n’avais peut-être pas tout compris du premier coup. Je suis d’abord charmée par la façon d’écrire : c’est un dialogue à une seule voix, celle du narrateur, même si l’on devine un interlocuteur, qui n’est en fait, qu’un support à la parole du « héros ». Cela implique vraiment le lecteur, puisque cela lui donne l’impression qu’on lui parle directement, et cette manière de l’impliquer le fait d’autant plus réfléchir à ce que dit le narrateur. En effet, à première vue, il raconte simplement sa vie à rebours à un homme qu’il a rencontré dans un bar ; mais au fur et à mesure, on se rend compte qu’il fait bien plus que parler de lui. Il décortique peu à peu ce qu’il comprend de la nature humaine, l’expose aux yeux de son interlocuteur et du lecteur pour lui faire prendre conscience de ce que lui a fini par découvrir en s’examinant. Il plaque le modèle de sa vie sur toutes les autres ; on peut ne pas être d’accord, mais on peut aussi se rendre compte que beaucoup de choses sont vraies. En effet, le narrateur aborde des questions existentielles, telles que celles de la vérité et du mensonge, de l’innocence et de la justice, du sérieux qui finit par devenir ridicule, du jugement constant que l’on peut sentir autour de nous : on ne peut pas vivre sans le regard de l’autre, qui nous force à agir parfois en contradiction avec ce que l’on veut vraiment. Cet examen minutieux est le fruit d’un bouleversement dans la vie du narrateur, qui se rend compte de son hypocrisie, et de celle de tous les autres autour de lui. Il se rend compte que sa vie n’est qu’une façade, son visage, un masque, et tente d’expliquer à son interlocuteur comment il vivait, ce qui est arrivé, et comment tout a peu à peu changé. Il évoque notamment le concept de liberté, réduisant quasi à néant la belle image que l’on peut en avoir. L’écriture est agréable à lire, certaines phrases sonnent comme des maximes, et le personnage se laisse parfois emporter jusqu’à divaguer, ce qui peut perdre certains lecteurs ; il saute parfois d’idée en idée.

On peut voir le narrateur de plusieurs façons : un homme qui s’est rendu compte que sa vie ne rimait à rien, et qui a décidé de montrer que toutes les vies sont les mêmes, que tous nous vivons dans le mensonge, et, si pas, que nous sommes tous malheureux. Ou, on peut le voir comme un homme qui se débat avec sa vie, trop dure à supporter une fois qu’il s’est rendu compte de l’ampleur de sa vanité, et qui tente de trouver une rédemption dans le fait que tous les hommes sont comme lui : c’est sa consolation ultime, et il tente d’en convaincre son interlocuteur et le lecteur à travers lui. Enfin, certains peuvent le voir comme quelqu’un qui a découvert la nature humaine profonde, qui a décelé ce que nous nous cachons nous-mêmes, un homme qui sait. Chacun sa façon de le comprendre, et d’appréhender le livre !

Je trouve, encore une fois, que le synopsis en dit un peu trop : c’est un passage clé de l’œuvre, le moment de rupture, une sorte de point de non-retour dans la vie du narrateur. Il aurait peut-être été mieux de laisser le lecteur le découvrir autrement. Il donne tout son sens au titre, et, quelque part, cette chute peut aussi représenter celle du narrateur, dont la vie ne sera plus jamais la même ensuite.

Le dernier « chapitre » laisse imaginer plusieurs fins. Revient à ce moment-là l’évocation de la chute, qui semble représenter un tournant de la vie du narrateur, mais aussi une métaphore de celui qui survient dans chaque vie humaine.

 

Donc, un très bon livre, mon préféré de Camus pour l’instant, qui fait réfléchir le lecteur, le place face à des questions qu’il peut refuser de se poser, et lui fait découvrir une autre façon de voir l’homme.

Fables de La Fontaine

Posté : 7 mars, 2016 @ 11:55 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : FablesClassique, Conte, Poésie

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie :2014 

Nombre de pages : 422

Synopsis : Les Fables occupent une place singulière dans notre mémoire : par le souvenir que nous gardons de ces poèmes devant lesquels nous sommes restés enfants, mais aussi par la grâce de tant de vers devenus proverbiaux. Et tout se passe comme si une correspondance secrète se maintenait de siècle en siècle entre ces Fables et l’identité de notre pays comme de notre langue. Le premier recueil paraît en 1668, et le second dix ans plus tard. Le succès est immense et les poèmes, alors, appartiennent pleinement à leur temps : la France du règne de Louis XIV. Mais le mystère de leur pouvoir est de s’émanciper très vite de cet environnement immédiat, d’éclairer nos réalités successives, d’allier de manière toujours éclatante le particulier et l’universel. Dans cette « comédie à cent actes divers, / Et dont la scène est l’Univers », le texte se dérobe à toute signification définitive. Mais La Fontaine à chaque page nous convainc que la poésie, à ses yeux, demeure instrument de connaissance : il existe une beauté du savoir – et nous ne cessons pas de la retrouver en lui.

 

Avis : J’avais envie de lire les Fables depuis pas mal de temps, et je ne sais pas trop ce qui m’a décidé, mais je me suis finalement lancée !

Comme tout le monde, je pense, j’ai dû apprendre une ou deux fables de La Fontaine quand j’étais petite – et je m’en souviens encore ! Ce sont de petites histoires qui restent gravées dans nos mémoires, et dont on oublie parfois l’importance, et le sens. Le poème qui fait office de dédicace rappelle que le livre a été écrit pour le fils de Louis XIV, le dauphin, et que les fables étaient donc faites à la fois pour distraire et pour enseigner, de façon didactique, des préceptes de morale. En effet, à travers les animaux, leurs comportements, les vers devenus des proverbes (« On a toujours besoin d’un plus petit que soi ») ou les idées qui sont restées, comme le fait que l’amour soit aveugle et pousse parfois à la folie, l’auteur fait comprendre une sorte de morale, nous apprend comment nous comporter en société, à la Cour à l’époque, mais aussi dans la vie de tous les jours, pour ne pas, un jour, tomber dans le piège que l’on s’est tendu à soi-même, comme cela arrive souvent aux personnages. Cela est présenté avec humour, souvent contenu dans des sortes de piques, pointes, ou chutes, dans une œuvre divisée en douze livres. Et, à la lecture, le lecteur se rend bien compte de la véracité des préceptes exposés : on se fait avoir parfois parce qu’on est trop gentil ; se moquer de quelqu’un en difficulté ne fait pas de nous des gens exemptés de subir un jour ce que l’autre a subi ; parfois, l’on donne trop facilement sa confiance, ou l’on tombe dans un piège parce qu’on est naïf, ou pas assez méfiant ; le fait de conserver tout notre argent et de ne jamais le dépenser fait de nous des avares si l’on persiste dans cette attitude. Le fait que ce soient des animaux qui sont les héros de ces histoires peut les rendre plus faciles à accepter : c’est un très bon moyen de faire comprendre des choses à la Cour sans se discréditer tout à fait. En effet, La Fontaine se moque à plusieurs reprises des courtisans sous couvert de loups, de renards, de singes et autres. 

Même si l’on comprend l’importance de ses histoires, et qu’on réprouve le comportement de certains animaux, souvent, on oublie de mettre en pratique ces vérités dans notre vie quotidienne, et on se laisse encore avoir alors qu’on a été prévenus ; ou on ne retient que la drôle d’histoire entre le corbeau et le renard, et on oublie la petite morale sur les flatteries qui font parfois faire n’importe quoi. On peut presque dire que La Fontaine a rendu les maximes de La Rochefoucauld distrayantes en les accompagnant d’un exemple. C’est souvent lui qu’on retient au détriment du message qu’il contient, ce qui est un peu dommage. Je me souviens également avoir étudié certaines fables en philosophie, comme « L’Amour et la Folie » ou « L’Education », ce qui montre la réflexion contenue dans ces petites histoires, en apparence simplement divertissantes.

Dans de nombreuses fables, l’auteur utilise des références mythologiques, comme Prognée et Philomèle, Cérès, souvent pour désigner des animaux, comme l’oiseau de Jupiter pour l’aigle, ou dans une périphrase, pour parler des produits des champs avec Cérès par exemple. Les références sont également littéraires puisque La Fontaine s’inspire d’Esope, qui écrivit lui aussi des fables, et parce qu’il cite des personnages issus de la littérature, notamment Ulysse et l’épisode de la grotte de Circé.

 

En définitive, une œuvre qui nous apprend beaucoup sous couvert de divertissements, qui instruit le lecteur et lui donne des exemples de comment se comporter dans la vie, un petit guide pratique pour l’affronter sans faillir.

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