Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier

Posté : 20 septembre, 2016 @ 10:04 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Le Grand Meaulnes Genre : Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 1977

Nombre de pages : 315

Synopsis : Aucun pour cette édition.

 

Avis : Je n’avais pas l’intention de lire ce livre maintenant, mais un de mes cours (et une de mes amies) m’a poussé à le faire, alors je me suis lancée !

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre avec ce livre, mais j’avais un mauvais a priori. Peut-être le titre qui ne m’inspirait pas beaucoup, ou le fait que j’ai dû traduire une partie en thème anglais ! J’ai eu un peu de mal au tout début : il faut que je me fasse au nouvel environnement proposé, ici, des scènes d’école de campagne, mais surtout à la relation qui s’établit entre tous ces garçons (eh oui, pas d’école mixte à l’époque !). Je me suis installée doucement, l’atmosphère m’y a aidé, notamment les différentes saisons à la campagne, qui m’ont emportée peu à peu à Sainte-Agathe. Je frissonnais avec le narrateur pendant les scènes d’hiver. Ce qui m’a vraiment transportée dans l’histoire, c’est évidemment ce qui arrive à Meaulnes, l’événement déclencheur. A partir de là, je peux vraiment dire que j’ai apprécié ma lecture pleinement : le décor a changé, il devient enchanteur. Cet événement, et la façon dont il est considéré par la suite, m’a un peu fait penser à Peter Pan. L’amour est présent à partir de ce moment, mais c’est un amour particulier ; j’ai eu l’impression d’un mélange entre rêve / conte de fées et tragédie. Le premier aspect est développé dans tout le livre, et on se rend peu à peu compte du second qu’en avançant. Cela pousse le lecteur à poursuivre la lecture rapidement, à découvrir si la quête va aboutir, à savoir si le destin réunira ceux qui semblent devoir l’être ; ici, j’ai pensé à Ruy Blas ! Le roman est aussi fait de choix difficiles, d’ultimatum : la question de l’honneur lié à la promesse est soulevée, l’est aussi celle de la conscience. Un des personnages peut-il vivre heureux quand il sait qu’il fait le malheur d’un autre ? Quant à l’écriture, elle est agréable, parfois poétique, ce qui ajoute encore au plaisir de lire. Petit exemple : « demeure d’où partirent et où revinrent se briser, comme des vagues sur un rocher désert, nos aventures ». Cette aventure peut d’abord paraître dérisoire, mais elle va guider toute la vie des personnages !

Le narrateur, François Seurel, est très attachant, mais aussi, malgré son rôle, très effacé par rapport à son ami. En effet, certes, c’est lui qui raconte l’histoire, mais celle-ci concerne principalement Meaulnes. François est spectateur, ce n’est pas son aventure ; en somme, il n’est pas le héros du roman. Et pourtant, il est possible au lecteur de s’attacher à lui ; en effet, celui qui lit est lui aussi spectateur, il peut donc facilement s’identifier à François. Jamais ce personnage ne m’a agacé, je l’ai trouvé très sympathique, et il m’a fait mal le cœur (voire l’a carrément mis en pièces) à la fin du roman. Quant à Meaulnes, je me suis moins attaché à lui. Héros de l’histoire, il se comporte comme tel : le lecteur est donc peut-être plus détaché de lui. Ses actes, avant la fin, sont incompréhensibles, même pour le narrateur (le lecteur ne sait ce qui arrive qu’à travers lui), cela peut agacer le lecteur, qui ne comprend pas ses réactions. Evidemment, elles cachent quelque chose, un secret qui sera révélé à la fin. Apparaissent d’autres personnages, comme Yvonne de Galais, fée, châtelaine, la jeune fille la plus belle qu’il ait été donné de voir au narrateur. Et, comme lui, elle m’a fait mal au cœur. Courageuse, mais sensible, fragile, elle espère et laisse faire le destin sans lutter ; Jasmin Delouche, personnage ambivalent, difficile à aimer, mais qu’on ne déteste pas non plus ; Frantz de Galais, personnage que j’ai eu du mal à supporter, même s’il m’a aussi fait mal au cœur. Petit prince de sa famille, il est extrême et semble se ficher complètement du mal qu’il peut faire autour de lui ; Valentine, Parisienne abandonnée, qui ne cesse de se rappeler son passé avec amertume, même si elle veut en même temps reconstruire sa vie ; M. et Mme Seurel, parents de François, instituteur et mère au foyer, sympathiques et attachants, même si assez effacés par rapport à l’aventure.

La fin est dévastatrice, à partir d’un événement particulier jusqu’à la toute dernière phrase, qui laisse entendre les conséquences de toute l’histoire pour le narrateur.

 

Donc, un très bon livre, entre conte et tragédie, dont la fin brise le cœur du lecteur.

A la recherche du temps perdu, tome 5 : La Prisonnière de Marcel Proust

Posté : 14 septembre, 2016 @ 2:37 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Classiquela-prisonnière

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 551

Synopsis : Albertine a renoncé à faire une croisière et lorsque, à la fin de l’été, elle rentre de Balbec avec le narrateur, elle s’installe chez lui, à Paris. Il ne se sent plus amoureux d’elle, elle n’a plus rien à lui apprendre, elle lui semble chaque jour moins jolie, mais la possibilité d’un mariage reste ouverte, et, en lui rendant la vie agréable, peut-être songe-t-il à éveiller en elle le désir de l’épouser. Il se préoccupe en tout cas de son emploi du temps, l’interroge sur ses sorties sans pouvoir bien percer si sa réponse est un mensonge, et le désir que visiblement elle suscite chez les autres fait poindre les souffrances en lui. Paru en 1923, La Prisonnière est le premier des trois volumes publiés après la mort de Proust et, quoique solidaire de Sodome et Gomorrhe qui le précède comme d’Albertine disparue qui le suit, une certaine unité lui est propre. Pour l’essentiel, trois journées simplement se déroulent ici – le plus souvent dans l’espace clos de l’appartement -, et ce sont comme les trois actes d’un théâtre où la jalousie occupe toute la place.

 

Avis : Toujours dans mon petit (haha) challenge A la recherche du temps perdu ; vous avez dû remarquer, je lis d’autres petits livres entre deux, pour ne pas être dégoûtée (on ne sait jamais, je ne veux pas prendre le risque !)

On retrouve évidemment l’écriture merveilleuse de Proust, toujours aussi poétique, toujours aussi agréable à lire, peut-être un peu plus brouillonne que pour les autres tomes, mais je ne m’en suis rendue compte que grâce (ou à cause) de certaines notes qui signalent que l’auteur avait ajouté quelque chose, barré autre chose, qu’un passage ne devait pas être là mais a finalement été ajouté ce qui fait que la cohérence du texte n’est plus tout à fait exacte, et on se retrouve avec des « Elle continua » alors que personne ne parlait dans le paragraphe précédent. Mais cela ne gâche absolument pas la lecture, rassurez-vous ! Aussi, contrairement à Sodome et Gomorrhe, cette fois, pas de chapitres, le lecteur est plongé dans le livre sans interruption, sans espaces, avec des paragraphes, encore une fois, qui peuvent être très longs, des phrases qui peuvent l’être aussi, mais, finalement, ce n’est pas la majorité : Proust utilise aussi le dialogue, se laisse entraîner par des réflexions qui émaillent le récit, l’enrichissent, le rendent plus proche du lecteur en quelque sorte, puisque celui-ci se sent impliqué (d’autant plus que le narrateur joue à nouveau avec lui, ce que j’adore !) Ces réflexions sont surtout dirigées ici vers l’amour et la jalousie, comme le lecteur pouvait déjà le deviner en sortant de Sodome et Gomorrhe. L’amour qui concerne Albertine, mais aussi d’autres personnages, que le héros voudrait doux, et qui se révèle douloureux, justement à cause de la jalousie, cristallisée autour de la jeune fille et de son passé, si obscur pour le protagoniste qu’il en veut à Albertine pour à peu près tout, et notamment pour les mensonges qu’il pense qu’elle ne cesse de lui servir au lieu de la vérité. Au fil de la lecture, le lecteur comprend peu à peu qu’il n’a pas tort, qu’elle lui ment effectivement ; mais le personnage principal rend si prisonnière la jeune fille, pourtant si espiègle à Balbec, que cela fait presque mal de lire. En tout cas, j’ai été agacée par cette jalousie maladive, cette possessivité qui empêche Albertine de vivre, la rend captive d’une vie cloisonnée, sans les divertissements qu’elle voudrait, sans des sorties seules, dans les promenades agréables entre amies, sans la possibilité d’être libre. La surveillance permanente qu’exerce le héros sur la jeune fille devient pesante, même pour le lecteur. C’est de la paranoïa, mais aussi du sadisme envers lui-même : il s’imagine tout un tas de choses pour lesquelles il n’a aucune preuve, rapporte la situation d’Albertine à la situation d’autres femmes qui n’ont rien à voir, est incapable de lui faire confiance : ce n’est pas de l’amour, c’est de la séquestration. Et le fait qu’il répète sans cesse qu’il ne l’aime pas … C’est la raison pour laquelle ce tome n’a pas été un coup de cœur : je n’ai pas pu me détacher de ce sentiment d’agacement à chaque fois que le personnage parle de son amour / non-amour et de ce qu’il fait pour surveiller Albertine.

Dans le synopsis, il est dit que l’action se déroule sur trois jours. J’ai eu du mal à les discerner nettement, tout est brouillé par les réflexions ajoutées à ces journées. Encore une fois, cela ne gâche pas la lecture : je me fiche un peu de savoir quel jour nous sommes quand je lis la soirée des Verdurin par exemple. Celle-ci est une scène de salon particulière : une fête est organisée par un invité, M. de Charlus, chez les Verdurin : ils n’ont pas voix au chapitre. Celle-ci montre encore l’hypocrisie de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie. Ce qui arrive à M. de Charlus à l’issue de cette soirée m’a vraiment fait de la peine, même si cela avait déjà été annoncé dans le tome précédent. Je trouve ce personnage fascinant : il évolue au fil des tomes, il change, et, malgré son air violent, j’éprouve une sympathie particulière pour lui. Il est aussi l’occasion de continuer de parler d’homosexualité, ce thème se cristallisant aussi autour d’Albertine. Mme Verdurin est particulièrement énervante dans cette scène, tellement que je n’ai pas réussi à éprouver un petit pincement au cœur pour ce qui lui arrive. La mort est traitée de façon si légère dans son cercle ! Et sa façon de considérer les gens, ses préjugés, ses jugements portés à la va-vite …

Ainsi, comme je l’ai dit plus haut, le personnage principal m’a agacé par sa jalousie et sa possessivité, mais aussi par le fait qu’il retient Albertine pour mieux la quitter lui-même. C’est si machiste dans un sens. Personne ne peut profiter d’Albertine si lui n’en profite pas, et elle ne peut pas avoir eu de vie avant lui. Quelques comparaisons mythologiques se font encore, mais la désillusion sur les salons, sur la sphère mondaine est consommée. La duchesse de Guermantes, si adulée, n’apparaît pratiquement plus, ou uniquement quand le personnage a besoin d’elle. Aussi, en voulant emprisonner Albertine, le personnage se rend lui-même esclave d’un amour qu’il ne ressent pas vraiment, plutôt d’une souffrance proche de l’agonie. Le narrateur est agréable et parsème le texte d’allusions futures (bien explicitées par l’éditeur, oh merci pour ces merveilleux spoilers !) ainsi que de phrases destinées au lecteur ! Albertine, que je n’apprécie pas énormément, m’a fait de la peine dans ce livre. Le titre du tome lui convient parfaitement : elle est prisonnière, esclave du personnage principal qui fait ce qu’il veut d’elle. Elle n’a pas l’air d’être très sujette aux sautes d’humeur ou aux colères. Finalement, le lecteur peut comprendre qu’elle mente : comment vivre avec quelqu’un qui ne vous fait pas confiance, qui fait tout pour contrecarrer ce que vous aviez pu prévoir juste parce qu’il a peur que vous rencontriez quelqu’un en lien avec votre passé ? J’avais parfois envie qu’elle se rebelle, mais elle semble rester soumise et docile. Françoise est toujours présente, et toujours aussi hostile à la jeune fille. La mère du personnage principal est également mentionnée, à travers ses lettres à son fils, qui ressemblent à celles de sa grand-mère jadis. Morel est un des personnages les plus exécrables du livre !

La fin est rapide, abrupte, et donne envie de commencer la suite immédiatement !! L’éditeur explique, de plus, qu’il n’y a pas de transition entre La Prisonnière et Albertine disparue, le tome suivant reprend exactement là où celui-ci s’arrête !

 

Donc, un très bon tome, que j’ai moins apprécié par rapport aux autres en raison de la jalousie très pesante du personnage, mais qui n’enlève rien à la qualité d’écriture et aux réflexions de Proust.

A la recherche du temps perdu, tome 4 : Sodome et Gomorrhe de Marcel Proust

Posté : 7 septembre, 2016 @ 7:44 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Sodome et Gomorrhe Genre : Classique

Editeur : Folio

Année de sortie : 1972

Nombre de pages : 599

Synopsis : (Aucun synopsis à cette édition, si ce n’est la liste des tomes d’A la recherche du temps perdu).

 

Avis : Etant donné que cette édition n’a pas de synopsis, je me suis un peu lancée dans l’inconnu, même si j’avais une idée du sujet avec le titre.

Je m’attendais, je ne sais pas vraiment pourquoi, à moins aimer ce tome par rapport aux autres. Et finalement, j’ai apprécié cette lecture autant que Le Côté de Guermantes, voire plus ! Ici, le livre est découpé en quatre chapitres de longueur totalement irrégulière, chapitres précédés d’un résumé en quelques phrases de ce qui va être raconté. Le fait que le tome ne soit pas écrit d’un bloc permet d’avoir des repères, contrairement à La Prisonnière, qui arrive ensuite, et qui ne comporte aucun chapitre ! L’écriture est toujours aussi excellente, toujours aussi poétique, faite de très longues phrases qu’il peut être parfois difficile à suivre, mais, avec un peu d’effort, le lecteur met tous les mots à leur place et comprend. Les paragraphes sont eux aussi immenses, ils font parfois plusieurs pages, ce que je n’avais jamais vu avant chez un auteur ! (c’est même plutôt l’inverse, on dirait que certains auteurs ont peur de faire de trop longs paragraphes). Concernant la couverture, les couleurs sont harmonieuses et renvoie à la focalisation sur Albertine et sa vie sexuelle présumée ; j’ai remarqué que les couvertures choisies pour ce tome, même dans les autres maisons d’édition, ne sont pas particulièrement belles comparées à celles des autres livres, que j’aime beaucoup ! Quant au titre, je savais que c’était une référence biblique, et une référence à l’homosexualité, mais je ne me souvenais plus tout à fait du mythe : j’ai donc fait de petites recherches, qui ont confirmé mes vagues souvenirs. Sodome et Gomorrhe sont des villes qui ont été détruites par Dieu parce qu’elles étaient pécheresses. Apparemment, le type de péché n’est pas spécifié, mais il est considérée comme étant l’homosexualité : Sodome est la ville des hommes qui aiment les hommes, et Gomorrhe, celle des femmes.

Et, en effet, ce tome est entièrement dirigé vers l’homosexualité et les deux personnages qui la représentent : M. de Charlus et Albertine. Cette focalisation m’a semblé apporter quelque chose de nouveau par rapport aux autres tomes, même s’ils étaient eux aussi focalisé sur des personnages : Swann ou la duchesse de Guermantes. Ce qui est surtout nouveau, c’est le sujet : je ne m’attendais pas à trouver un tome entier sur la sexualité de certains personnages que le narrateur connaît et apprécie. Ainsi, le narrateur nous raconte comment il a compris que M. de Charlus était un « inverti », et les discours sur l’homosexualité m’ont d’abord paru à double tranchant : elle est appelée « maladie », « vice », la société et la religion sont contre, ce doit être caché au maximum, personne ne doit savoir (sans doute des propos à remettre dans leur contexte même si, malheureusement, certains disent encore ce genre de choses !) Mais, d’un autre côté, il est difficile (contrairement au tome précédent) de ne pas s’attacher à M. de Charlus : il ne peut jamais être lui-même, il est moqué et raillé par des gens qui lui sont inférieurs en rang, il se fait manipuler par un simple violoniste des plus agaçants, il devient quasiment fou d’amour pour un homme qui ne l’aime pas. Il m’a fait mal au cœur, ce qui me l’a rendu sympathique. De plus, on sent la solitude que l’homosexuel doit supporter, puisque même ses amis se méfient de lui. Albertine, quant à elle, représente Gomorrhe dans l’esprit du personnage principal. Il n’a aucune preuve tangible, mais en voit partout depuis l’intervention de Cottard une fois qu’il a vu la jeune fille danser avec ses amies. Alors, le poison de la jalousie ronge le narrateur / personnage à un point tel que le lecteur sent qu’il est vraiment prêt à tout pour empêcher Albertine de céder à nouveau à son vice supposé. Cela explique déjà les titres des tomes suivants, La Prisonnière et Albertine disparue. Le narrateur devient paranoïaque, et son attitude envers Albertine est ambivalente : l’amour qu’il ressent pour elle n’en est pas, mais il a besoin qu’elle soit à lui. Il est cruel, puis doux, agressif, puis passionné. Le lecteur peut être agacé par ces revirements de situation et avoir plus l’impression qu’il joue avec elle plutôt qu’il ne l’aime véritablement ! On sent encore aussi une certaine naïveté dans les réflexions du personnage principal, qui s’imagine que, si Albertine aime les femmes, il n’a rien à craindre des hommes. Ainsi, la sympathie du lecteur va-t-elle aussi à Albertine, dont on ne connaît pas exactement les sentiments.

Autre élément important dans ce livre : les salons, qui sont toujours présents. Ici, l’aristocrate (ou bourgeoise) qui m’a le plus agacée est Mme Verdurin. Tant d’hypocrisie, de dédain, de stupidité, de lustre dans une même personne … Elle ne pense qu’à son bien-être personnel, à la tenue de son petit salon. Elle a des « fidèles » qui doivent venir tous les mercredis ; en somme, leur vie doit tourner autour d’elle. Encore une fois, tout n’est qu’apparence dans le milieu mondain. C’est à celui qui reçoit le plus, ou qui semble le plus comme ci ou le plus comme ça. Quand on tient salon, il faut penser à ne pas inviter untel en même temps qu’untel, parce qu’ils ne se supportent pas, et il serait bien d’avoir untel, mais il est dans une société bien plus élevée, alors on fait comme si c’était notre choix qu’il ne soit pas là. C’est un monde fait de faux-semblants, de jalousie, de coups bas, de rumeurs, de préjugés, de fausseté, d’hypocrisie ; ce doit encore être le cas de nos jours bien sûr. Le narrateur, lui, va dans les salons sans prendre garde à qui est invité ou ne l’est pas, et mentionne qu’il se fiche du rang social de ses amis. Il fait pourtant attention à ne pas commettre d’impair, parle comme il se doit à chaque personne, devine même comment leur plaire, notamment avec Mme de Cambremer. Le traitement de la mort, également, dans les salons, est choquante : quelqu’un qui avait l’habitude de venir meurt, mais on ne doit surtout pas le pleurer, on doit faire comme d’habitude, après tout, ce n’est pas si grave ! (!!!!)

Aussi, le narrateur, qui a perdu ses illusions au tome précédent, continue tout de même ses comparaisons mythologiques que j’adore, mais plus seulement à propos des aristocrates : c’est plus la nature, ou un homme « normal » qui sera comparé à un dieu. Cela apporte d’autant plus de poésie au livre. Le nom est toujours important, et son étymologie est ici décortiquée, ce que j’ai trouvé intéressant (back en cours d’ancien français haha !) ; malheureusement, cela lui fait aussi perdre de sa magie, comme dans le tome précédent les noms des aristocrates. Ainsi la poésie du nom est-elle retirée au lieu. L’humour est également présent (ce qui peut sembler étrange) notamment dans les scènes de salon, où les personnages se rendent parfois tellement ridicules ! Le lecteur ressent aussi de l’émotion, puisque le narrateur ressent le contre-coup de la mort de sa grand-mère, mais aussi par rapport à M. de Charlus, comme je le disais plus haut. Enfin, comme dans le tome précédent, même si je ne l’ai pas mentionné, le narrateur fait des allusions à ce qui va arriver ensuite dans d’autres tomes, ce qui crée une espèce de suspense, comme le fait de mentionner qu’une décision est une erreur, comme le lecteur s’en rendra compte plus tard. Petit plus : petit jeu du narrateur avec le lecteur au début du tome !

Concernant les personnages : comme je le disais tout à l’heure, le narrateur / personnage, toujours double, peut paraître ici agaçant, surtout dans sa façon de traiter Albertine. Le lecteur peut avoir l’impression que sa paranoïa va le rendre fou, tant elle empiète sur sa vie et lui fait faire des choses qu’il n’avait pas l’intention de faire, comme dans la scène finale ; il est très contradictoire et se laisse diriger par ses émotions. Il est aussi naïf, comme je l’ai dit, mais aussi dans le sens où il ne voit pas, par exemple, quand les gens sont amoureux ; en revanche, il est très lucide en ce qui concerne les demandes voilées des personnes qui lui parlent. Il sait comment leur parler, comment leur demander quelque chose si besoin est, il est moins timide que dans le tome précédent. En plus d’Albertine et de M. de Charlus, le lecteur retrouve d’autres personnages ici, comme Saint-Loup, plus effacé en raison de la focalisation sur la jeune fille et le baron, mais tout de même présent. Le narrateur s’éloigne de lui pour passer la majeure partie de son temps avec son amie, et éprouve même de la jalousie envers lui, qu’il connaît pourtant très bien ! ; la duchesse de Guermantes, effacée elle aussi puisqu’elle n’apparaît qu’au début, pendant la soirée de la princesse de Guermantes, ainsi que son mari, le duc ; les « fidèles » de Mme Verdurin, Brichot, très cultivé, qui aime parler de ce qu’il sait, mais qui ne se rend pas compte qu’il ennuie la majorité des convives, alors même que ce qu’il raconte est intéressant !, Cottard, médecin qui se croit le seul à pouvoir parler de médecine, mal élevé et imbu de lui-même, sa femme, bien plus effacée que lui, qui semble pourtant sympathique, la princesse Sherbatoff, exilée de Russie, qui ne peut pas aller dans un autre salon que celui de Mme Verdurin et qui affecte donc une aversion du monde tout ce qu’il y a de plus hypocrite, Morel, lui aussi mal élevé, imbu de lui-même, qui veut qu’on le prenne pour quelqu’un de haut placé alors qu’il est au bas de l’échelle sociale, Swann, qui apparaît brièvement, et que j’apprécié toujours autant, dont la valeur est rehaussée par tous les aristocrates que l’on découvre ici, sa femme Odette, qui commence son ascension sociale, et donc, prend les manies des autres, les amies d’Albertine comme Andrée, avec qui le personnage principal la soupçonne d’avoir des relations, la mère du narrateur, qui a radicalement changé depuis la mort de sa mère, ce qui est assez impressionnant.

La fin est assez rapide, puisque le chapitre 4 fait 20 pages. La décision du narrateur / personnage est prise sur le vif de l’émotion qu’il ressent, alors même qu’il avait décidé le contraire la veille : ce sont sa jalousie et sa paranoïa qui parlent. La transition est faite avec La Prisonnière.

 

Donc, un excellent tome, qui aborde un sujet que je ne m’attendais pas à voir dans A la recherche du temps perdu, un personnage qui change de comportement et qui montre ainsi les ravages de la jalousie et de la paranoïa. Le lecteur peut déjà s’imaginer que tout ne va pas bien se passer dans le tome suivant !

A la Recherche du temps perdu, tome 3 : Le Côté de Guermantes de Marcel Proust

Posté : 1 septembre, 2016 @ 10:07 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Le Côté de Guermantes Genre : Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 661

Synopsis : Avec ses parents, le narrateur a déménagé dans un nouvel appartement qui est une dépendance de l’hôtel de Guermantes : sa vie se trouve tournée vers la duchesse, et c’est précisément parce qu’il perçoit chez elle une sorte d’irritation à son égard qu’il gagne Doncières pour demander à son ami Saint-Loup d’intercéder en sa faveur auprès de sa tante. Mais il fréquente aussi le salon de la marquise de Villeparisis, et cette vie désormais mondaine ne sera que renforcée par la disparition de sa grand-mère et l’absence de ses parents partis pour Combray : son éducation est achevée. On a pu voir dans ce Côté de Guermantes paru en deux volumes en 1920, puis l’année suivante, un roman de transition simplement dévolu à l’évocation des salons. Mais la transition, sans doute, est ailleurs : dans le passage de l’adolescence à l’âge adulte qui permet au héros de faire son entrée dans une nouvelle société, et au romancier de s’attacher à la « poésie du snobisme ».

 

Avis : Cela fait un moment déjà que je voulais poursuivre ma lecture d’A la recherche du temps perdu, interrompue depuis presque deux ans. Un cours sur Le Temps retrouvé m’a forcé à m’y remettre !

Je me souviens avoir adoré Du côté de chez Swann, et aimé A l’ombre des jeunes filles en fleur ; j’avais, d’ailleurs, acheté la plupart des tomes suivants pour poursuivre rapidement. Mais, je l’avoue, la série de Proust, longue de sept tomes faits de très longs paragraphes, ainsi que de phrases gigantesques, m’a un peu fait peur, et j’ai mis de côté La Recherche. Cette année m’est proposé un cours sur « L’Art et la vie » ; y est étudié Le Temps retrouvé, dernier tome de La Recherche, que je voulais lire dans l’ordre. Alors, je me suis lancée un petit défi : lire Sodome et Gomorrhe, La Prisonnière, Albertine disparue et (en dernier !) Le Temps retrouvé, pour ne pas bouleverser l’ordre des tomes en lisant. Autant dire que cela va être assez difficile, mais allons-y tout de même !

Revenons au Côté de Guermantes. Le livre est divisé en deux parties qui correspondent aux deux volumes publiés séparément, car l’éditeur trouvait que le tome était trop long. J’ai préféré la première partie à la seconde ; elle m’a paru plus poétique, plus réfléchie, plus dans la recherche de compréhension de tout un tas de choses qu’il est difficile d’expliquer, et que Proust exprime à merveille. Y sont évoqués le nom et sa magie, déjà mentionnés dans Du côté de chez Swann ; on sent une frontière brusque entre l’imagination, ce que l’on se représente du nom, et la réalité, notamment, pour le narrateur, chez les personnes qu’il compare à des dieux, qui ne doivent pas être complètement humains, et qui le sont finalement trop. Aussi, j’ai adoré le fait que l’imagination du narrateur soit liée à la mythologie, et ce dès la scène à l’Opéra, où les hommes deviennent tritons et les femmes déesses marines. Ces évocations mythiques rendent le texte d’autant plus poétique, la scène d’autant plus irréelle. Cette façon de décrire est effective tout le long du livre, dans la seconde partie également, même si elle est moins présente. L’histoire, quant à elle, même concentrée sur la duchesse, nous présente des personnages que nous connaissons déjà, comme Saint-Loup, les parents et la grand-mère du narrateur, Albertine. Des intrigues « parallèles » se greffent à l’obsession du narrateur pour la duchesse de Guermantes, notamment celle de Saint-Loup, épris d’une femme « de petite vertu », de la grand-mère du narrateur, gravement malade, et qui se révèle tout à fait différente de la femme que le protagoniste a connue. (cette façon de découvrir une femme derrière une parente est bien décrite)

Dans Le Côté de Guermantes II, le lecteur sent la désillusion du narrateur : la réalité ne correspond pas à ce qu’il avait imaginé, la duchesse n’est pas telle qu’il la pensait, les aristocrates ne sont finalement que des hommes, et même parfois, profondément stupides. Ici, le salon est omniprésent : une des scènes dure très longtemps, la mesure du temps n’est plus la même, comme si le narrateur se concentrait sur cette soirée pour nous donner le modèle de chacune d’entre elles. Le salon était déjà présent dans la première partie, comme en transition, avec celui de Mme de Villeparisis. L’intelligence que le narrateur s’attendait à trouver n’est pas là, ou si peu, cristallisée autour d’une seule personne qui, pourtant, se montre légère à certains moments. L’image que le lecteur a des aristocrates est plutôt médiocre : représentés par la duchesse de Guermantes, par son mari, par M. de Charlus, ils montrent une désinvolture, une arrogance et une malveillance envers les autres qui frisent l’indécence. Un noble va mourir ? Le dîner de ce soir est plus important, même si ce noble est mon cousin. La princesse est dite intelligente ? Oh non, détrompez-vous, ce n’est qu’une apparence, elle est bête comme personne. Quelle hypocrisie constante ! Et quelle affectation d’ennui ! Et cette façon de juger tout et tout le monde ! J’ai été un peu agacée, sans doute la raison pour laquelle j’ai moins aimé cette partie. Celle-ci commence pourtant dans l’émotion, avec la maladie et la mort de la grand-mère du narrateur. Cela aussi fait office de transition : le protagoniste entre ensuite dans la vie mondaine des salons. Ainsi, Le Côté de Guermantes montre bien les distinctions sociales entre aristocrates et bourgeois (sans parler des domestiques), une distance et un mépris parfois de la part des premiers, ou une affectation de bienveillance qui ne fait que prouver leur supériorité. Est, enfin, évoquée dans le livre l’affaire Dreyfus, ce qui divise encore la société en dreyfusards et antidreyfusards, et ce qui donne lieu à des conversations sur les Juifs, sur l’armée, et le gouvernement. J’ai aimé retrouver le contexte de l’époque, ainsi que la division que l’Affaire opérait même dans les familles (Saint-Loup et sa mère par exemple). Aussi, à cause de (ou grâce à) la couverture, je me suis représentée, au début du moins, la duchesse de Guermantes avec le visage de la femme sur le portrait. J’adore la façon dont le peintre a peint la robe !

Concernant les personnages, ici, le narrateur est plutôt effacé, spectateur de ce qui se passe autour de lui plutôt qu’acteur. En effet, voulant être mis en relation avec la duchesse de Guermantes, il demande à quelqu’un d’intercéder en sa faveur, car ses maigres tentatives n’ont rien donné. Effacé aussi dans les conversations de salon, où les autres invités lui posent des questions, mais où la réponse est rarement retranscrite, ou dans un discours rapporté du style : « j’ai alors dit que ». On sent les réflexions faites par le narrateur au moment où il écrit, plus que par l’adolescent qui vit les choses au moment où le lecteur les lit. Ainsi, le narrateur / personnage est-il double, et est-ce plutôt le personnage qui est effacé ; le narrateur, lui, commente les attitudes, les événements, les paroles, lance parfois de légères piques, montre le ridicule ou la bêtise d’un personnage, d’une situation ou d’une réplique. Après le narrateur, le second personnage principal est la duchesse de Guermantes (qui s’appelle Oriane !) Dans la première partie, mystérieuse et inaccessible, hautaine et froide, déesse parmi ses sujets, elle devient tout le contraire dans la seconde. Ce revirement de situation est expliqué par les sentiments du narrateur à son égard (mais je ne vais pas tout dire quand même !) Il n’est pas possible de remettre en doute l’intelligence de la duchesse, ni son esprit ; mais ses critiques constantes sur les autres ont fini par m’agacer, et plus j’ai fait la connaissance du personnage, moins je l’ai apprécié. Sa bonté est équilibrée par une espèce de malveillance envers aristocrates et domestiques confondus. Ce que j’ai aimé jusqu’au bout chez elle, c’est son sens de la repartie, son originalité face à une situation (l’enveloppe de Mme la comtesse Molé) ou à une parole, ainsi qu’une culture que les autres aristocrates ne semblent pas avoir. J’ai aussi eu un peu mal au cœur pour elle en voyant son mari, le duc de Guermantes. Je n’ai pas pu aimer ce personnage, du début à la fin. Coureur de jupons, hypocrite, manipulateur, certain de sa richesse et de sa renommée, incapable de ne pas se vanter de ses origines, de sa naissance, de ce qu’il a, un homme qui trouve plus important un dîner que la mort d’un ami ou d’un parent, mais qui ne saurait être accompagnée d’une femme dont l’apparence n’est pas parfaite pour lui ! Certaines phrases m’ont fait grincer des dents, tout comme celles de M. de Charlus, dans la dernière scène où il apparaît (j’aurais réagi comme le narrateur, ou pire !) Les parents du narrateur sont plus effacés ici, excepté la mère à la fin de la première partie : elle semble si douce et courageuse, la dévotion même ; elle est touchante, tout comme la grand-mère. Malade, affaiblie, elle tente de conserver les apparences, jusqu’à ce que ce ne soit plus possible. Elle m’a fait mal au cœur, sa douleur est si forte, même si elle tente d’en préserver sa famille. D’autres personnages apparaissent, comme Saint-Loup, que j’apprécie pour son amitié protectrice envers le narrateur (qui a un sens de l’amitié assez particulier quant à lui !), pour son opposition à sa famille, pour ses manières différentes de celles des aristocrates guindés qui montrent leur dédain dès la première poignée de main ; Françoise, qui m’a agacé autant qu’elle agace le narrateur, qui m’a paru très contradictoire ; Swann, qui fait une brève apparition, et qui m’a semblé très chaleureux, agréable, tout à fait différent des autres personnages, une petite bouffée d’air frais ; Albertine, qui apparaît changée au narrateur, différente, mais plus désirable.

La fin est assez abrupte. Elle présage de nouveaux événements, une invitation, des disparitions. Un dernier agacement concernant l’attitude du duc !

 

Donc, un excellent tome, que j’ai aimé pour sa poésie, ses réflexions, pour la présentation du contexte social et politique, pour la découverte des salons, pour la mythologie du narrateur, pour la différence effrayante entre son imagination et la réalité de l’aristocratie, mais surtout pour l’écriture de Proust !

L’amant de Marguerite Duras

Posté : 12 août, 2016 @ 10:35 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Autobiographie L'amant

Editeur : Les Editions de Minuit

Année de sortie : 1984

Nombre de pages : 142

Synopsis : Roman autobiographique mis en image par Jean-Jacques Annaud, L’amant est l’un des récits d’initiation amoureuse parmi les plus troublants qui soit. Dans une langue pure comme son sourire de jeune fille, Marguerite Duras confie sa rencontre et sa relation avec un rentier chinois de Saigon. Dans l’Indochine coloniale de l’entre deux-guerres, la relation amoureuse entre cette jeune bachelière et cet homme déjà mûr est sublimée par un environnement extraordinaire. Dès leur rencontre sur le bac qui traverse le Mékong, on ressent l’attirance physique et la relation passionnée qui s’ensuivra, à la fois rapide comme le mouvement permanent propre au sud de l’Asie et lente comme les eaux d’un fleuve de désir. Histoire d’amour aussi improbable que magnifique, L’amant est une peinture des sentiments amoureux, ces pages sont remplies d’un amour pur et entier.

 

Avis : Je n’avais jamais lu de roman de Marguerite Duras, et je me suis dit que ce serait bien de tenter l’expérience. J’ai commencé par celui dont j’entendais le plus parler.

Dès le début, j’ai su que j’aurais du mal. L’auteure a d’abord une façon d’écrire très spéciale que je n’ai pas du tout aimé : elle mixe la première et la troisième personne du singulier ; elle fait de nombreux retours en arrière, parle de plusieurs choses à la suite sans ligne chronologique, comme si elle se souvenait et qu’elle désirait en parler, elle mêle ainsi plusieurs sujets, son amant, son petit frère, sa mère, cela donne un récit décousu et peut-être un peu difficile à suivre ; elle emploie le futur pour parler du passé, ce que je n’avais jamais vu faire avant ; certaines structures de phrases sont assez étranges, c’est sans doute fait exprès, mais ça n’en est pas moins bizarre. L’histoire, ensuite, raconte une période de la vie de la narratrice en Chine, vie avec sa famille mais aussi avec son amant, un Chinois dont on ne connaît pas le nom. Cette histoire d’amour peut paraître dérangeante, puisque le mot « prostituée » est employé plusieurs fois, mais c’est surtout la tournure qu’elle finit par prendre qui m’a gênée, la façon dont l’amant finit par considérer la jeune fille (appelée « la petite fille », ce qui est encore pire !) Les seules choses que j’ai appréciées : la réflexion sur l’immortalité que l’on prête aux êtres aimés, ainsi que la fin, où l’amour semble présent, et que j’ai trouvé touchante.

La narratrice est une jeune fille de quinze ans qui, un jour, est abordée par un Chinois qui lui dit qu’elle est belle. La différence de couleur de peau, à l’époque en Chine, met déjà une barrière entre eux ; celle-ci est franchie peu à peu, plutôt rapidement. Finalement, le Chinois devient l’amant. Les scènes sont assez brèves, peut-être gênantes parfois. La réputation de la jeune fille s’entache rapidement, elle est vite isolée. Elle semble devenir mature plus rapidement que les autres filles autour d’elle, surtout Hélène Lagonelle, qui semble très enfantine à côté d’elle. La narratrice est un peu livrée à elle-même ; sa mère ne paraît pas savoir vraiment quoi faire pour l’éduquer convenablement. Sa misère est sans cesse mise en avant ; pauvre, elle veut que sa fille fasse des études, qu’elle s’en sorte. Ses deux frères ferment le quatuor de la famille, le père étant décédé. L’aîné est une vraie brute, incapable de « bons sentiments », tourné vers le vol, même au sein de sa famille, vers la violence. Le plus jeune paraît fragile, chétif à côté de lui. Il semble aussi plus jeune que la narratrice, ce qui n’est en réalité pas le cas. Il représente pour elle quelque chose de plus grand que lui-même. L’amant, enfin, semble désespérément amoureux de la jeune fille, une espèce de coup de foudre en pleine rue, et sans tenir compte de son âge. Il ne veut pas la déshonorer, il semble l’aimer sincèrement ; c’est elle qui doit prendre la décision, sans quoi lui ne la prendra jamais. Désireux de l’épouser, il est soumis à l’autorité de son père, qui refuse catégoriquement un mariage entre son fils et une blanche. Il m’a fait de la peine, même si j’ai été gênée par sa façon de considérer la jeune fille à la fin de leur relation.

La fin est plutôt belle, je l’ai appréciée par rapport au reste du livre. La narratrice est parvenue à faire ce qu’elle voulait, et elle reste aimée.

 

Donc, un livre que je n’ai globalement pas apprécié, un style particulier, sans doute novateur, mais que je ne suis pas parvenue à aimer.

 

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