Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Calligrammes de Guillaume Apollinaire

Posté : 2 juillet, 2017 @ 2:07 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

CalligrammesGenre : Poésie

Editeur : Gallimard (Poésie)

Année de sortie :2013 [1925] 

Nombre de pages : 184

Synopsis : Pas de synopsis

 

Avis : Après avoir posté cet article, j’avoue l’avoir complètement oublié ! Calligrammes m’a été prêté par une amie chère ; j’avais déjà lu Alcools et j’avais envie de découvrir ce recueil-ci !

J’aime beaucoup la poésie, ce jeu avec les mots, leur façon de résonner entre eux, de sonner ; j’aime aussi les rimes, l’harmonie qu’elles apportent à l’ensemble. Ici, Apollinaire nous offre un recueil de poésie moderne, et je n’ai pas réussi à l’apprécier à sa juste valeur, parce que je n’ai pas retrouvé ces jeux de sons entre les mots. Ici, le jeu se fait surtout sur le visuel, avec les poèmes qui représentent physiquement ce qu’ils racontent. Il est également fait mention à de nombreuses reprises de la Première Guerre mondiale, à laquelle Apollinaire a participé. De rares poèmes m’ont touchée, mais pas suffisamment par rapport à d’autres recueils que j’ai lus, comme Alcools du même auteur. Un peu déçue donc, que cette poésie ne résonne pas en moi comme celle des autres.

 

Donc, un bon recueil qui n’est pas fait pour moi, axé sur le visuel et sur la poésie moderne.

Le silence de la mer de Vercors

Posté : 15 mars, 2017 @ 7:47 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Le silence de la mer Genre : Nouvelle, Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 1976

Nombre de pages : 251

Synopsis : Pas de synopsis pour cette édition.  

 

Avis : Ce livre était dans ma wish-list depuis longtemps, et un de mes professeurs l’en a fait sortir cette année ! 

Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais, peut-être à quelque chose de long, malgré la taille du livre, quelque chose d’ennuyeux, ou de rebattu, comme on traite ici de la Seconde Guerre mondiale. Eh bien, je me suis (encore) trompée ! C’était émouvant, dur, mais tout en sobriété. La souffrance est muette, pas d’effusion [SPOILER] excepté à la fin de « La marche à l’étoile », et c’est tout à fait justifié … [FIN DU SPOILER] Toutes les nouvelles traitent donc de la Seconde Guerre mondiale, mais sous des aspects différents : l’Occupation pour « Le silence de la mer », la déportation pour « La marche à l’étoile », mais surtout le statut de la France, la blessure que la guerre et les collaborateurs lui infligent. L’image de la France est souillée, ce qui est visible dans toutes les nouvelles : elle reste forte dans « Le silence de la mer », justement grâce au silence que les Français opposent à l’officier allemand ; mais dans « La marche à l’étoile », le pays déchoit complètement, alors que le personnage veut y croire jusqu’au bout. Ce moment est vraiment déchirant, un des plus difficiles à lire de tout le recueil. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est l’absence de manichéisme : les Français ne sont pas forcément les héros, et les Allemands ne sont pas forcément les méchants. Pas de héros et pas de monstres, juste des humains, qui agissent, ou qui font n’importe quoi.

Celui-ci comporte six nouvelles : une préface peut faire aussi office de nouvelle, elle s’appelle « Désespoir est mort ». Le narrateur se trouve dans un camp, et raconte que tout espoir lui semble mort, jusqu’à ce qu’il voit une famille de canards traverser la cantine ; le dernier caneton tombe constamment, et se rattrape avec un air fier, qui rend espoir au narrateur et aux autres personnages qui l’entourent. Une petite joie, un rire, un aspect de la vie qu’on avait perdu de vue, et l’espoir renaît. « Le silence de la mer » est la première nouvelle en tant que telle, et comme je l’ai dit, elle oppose le silence de deux Français et le monologue répété soir après soir d’un officier allemand résidant chez eux. Celui-ci est un idéaliste forcené, convaincu que la guerre est là pour réunir les nations : se battre pour mieux réunir. En gros, il n’a pas du tout compris l’objectif de la Seconde Guerre mondiale. Il croit en la France, en l’Allemagne, en la culture. Il parle de littérature, il tente de convaincre les Français de ses bonnes intentions. Mais eux ne lui répondent jamais : une résistance passive, une bataille sans armes. J’ai envie de vous parler de la fin, alors : [SPOILER] L’officier se rend finalement compte du véritable objectif de la guerre ; désillusionné, il revient vers les Français honteux, parce qu’il pensait vraiment tout ce qu’il disait, et qu’il se rend compte que, sans le vouloir, il leur a menti. Il décide alors de partir au front – il part au suicide -, et l’on se rend alors compte de l’amour qui est né, au fil des jours, entre la nièce du narrateur et l’officier, un amour silencieux mais profond, un amour impossible, qui est mort avant de naître. [FIN DU SPOILER] Une fin triste, mais qui retombe dans le silence. La seconde nouvelle est « Ce jour-là » : là encore, l’émotion est palpable, surtout dans les non-dits. Le narrateur est un enfant, ce qui donne un point de vue d’autant plus touchant. Le lecteur voit ainsi la Résistance sous un éclairage différent, du côté de ceux qui restent, et pas de ceux qui sont emmenés. Puis, « Le songe » est plus sombre, une descente aux enfers du narrateur qui parle d’un songe ; mais le lecteur se rend peu à peu compte que le songe est en réalité le camp, que le narrateur se force à le voir comme un cauchemar parce que l’homme n’est pas capable de faire tant de mal à tant de gens. Vient ensuite « Le cheval et la mort », deux hommes racontant une histoire chacun, tout en symboliques. La première concerne un cheval [SPOILER] que l’un des hommes fait entrer dans un hôtel pour se moquer du concierge [FIN DU SPOILER], la seconde concerne Hitler, qui prend le visage de la mort, avant même que la population soit au courant des horreurs réalisées sous ses ordres. Egalement « L’impuissance », qui met en avant un homme qui ne supporte pas l’injustice, au point qu’il fasse des choses inconsidérées pour montrer son opposition. Mais bien sûr, cela ne change rien, sa résistance est inutile : le personnage est rattrapé par son impuissance face à la bêtise humaine, et aux horreurs que les hommes sont capables de commettre. Puis « L’imprimerie de Verdun », concernant encore une fois la Résistance, mais ici, plutôt du côté de ceux qui y viennent peu à peu, ceux qui étaient convaincus que la France ne pouvait pas tomber parce qu’elle était grande, surtout représentée par le maréchal Pétain. Le lecteur suit la désillusion au fil des pages, mais aussi l’évolution du personnage, qui comprend l’ampleur de ce qui arrive, mais trop tard. Enfin, vient « La marche à l’étoile », un titre obscur, expliqué dès le début, puis qui prend un sens supplémentaire vers la fin de la nouvelle. Ici, le lecteur rencontre Thomas Muritz, fasciné par la France, qui tente d’être digne d’elle, qui l’idéalise énormément, et ne se rend pas compte de l’impact de la guerre sur elle ; pour lui, elle est intouchable. Sa vision du pays est belle, son amour, et même sa passion, pour lui fait chaud au cœur, mais mal en même temps. Il est complètement aveuglé et ne peut pas comprendre que la France collabore, qu’elle participe à la guerre, qu’elle n’en est pas la victime, mais la complice. La fin est déchirante. Cette nouvelle clôt le recueil sur une note dure, mais forte, qui caractérise bien l’ensemble de l’œuvre.

 

Donc, un très bon recueil de nouvelles, touchant, dur et fort, qui nous plonge au coeur de la guerre, des camps, et de la conscience des personnes qui vivaient à cette époque.

Les Misérables de Victor Hugo

Posté : 28 février, 2017 @ 11:28 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

 

Les Misérables Genre : Classique

Editeur : Pocket

Année de sortie : 2013 

Nombre de pages : 1648

Synopsis : Peut-on imaginer un monde sans Jean Valjean, Cosette, Gavroche, Javert ou Fantine, à jamais vivants au Panthéon de l’esprit humain ? En 1862 paraissent Les Misérables qui désignent toutes les victimes d’un ordre social dont Victor Hugo condamne les injustices. Immense épopée populaire, le roman est emporté dans l’air de Paris et de ses bas-fonds, l’odeur des barricades et de la Révolution. Il deviendra l’une des œuvres les plus lues dans le monde. On dit que lorsque les premières épreuves sortaient des presses, les correcteurs et les imprimeurs pleuraient.

 

Avis : J’ai décidé de lire ce livre en cinq temps, correspondant aux cinq tomes, comme s’ils avaient été publiés séparément. Je me voyais mal tout lire d’une traite.

06/06/2016 : Premier tome : Fantine. D’abord, l’écriture est merveilleuse, l’auteur transparaît souvent à travers son narrateur, le lecteur peut lire ses opinions dans ce qui est écrit. Passons directement aux personnages : Fantine est elle aussi merveilleuse, un ange souillé qui blesse et brise le cœur du lecteur. On ressent tour à tour pitié, désespoir, mais aussi la certitude qu’elle a trouvé un paradis. Jean Valjean, quant à lui, est un roc dans le roman, impressionnant, un homme en rédemption sur le point d’être perdu. Une grande place est donné à la religion, c’est un véritable éclair pour certains personnages. Cosette fait déjà mal au cœur, j’ai du mal à imaginer la suite puisque le second tome porte son nom. Javert est évidemment affreux, un personnage lugubre, et en même temps impressionnant par son entièreté. L’évêque de Digne, lui, est un personnage fantastique, comme un archange qui prend en charge un ange en devenir. Enfin, les Thénardier, ou l’horreur à visage humain ; la sœur Simplice, ou la pureté et la justice même. De nombreuses réflexions sont présentes ici : misère, justice, innocence, sort qui s’acharne, coïncidences affreuses, rédemption, commérages et horreurs que les hommes sont capables de commettre par négligence, ou par méchanceté pure, par envie de faire du mal parfois. On y trouve aussi une belle description de la nature humaine dans ses différents aspects. Le geste final est fait d’amour pur, et l’on prend conscience d’une justice supérieure par rapport à celle des hommes. Côté sensations, je dois dire que je ne m’attendais pas à ça : j’ai souvent eu les larmes aux yeux en lisant ce tome ; Les Misérables est un vrai concentré d’émotions ! On ne peut pas rester indifférent à ce qui arrive à Fantine, à Jean, à Cosette. J’ai été subjuguée, j’ai hâte de lire la suite, mais je veux quand même lire d’autres choses avant : 1640 pages d’un coup, ça fait tout de même très peur !

20/02/2017 : Deuxième tome : Cosette. Une écriture toujours aussi belle, mais un peu déçue de commencer ce nouveau tome avec un descriptif de la bataille de Waterloo, qui n’a rien à voir avec l’histoire ! Dans ce volume, j’ai eu l’impression qu’Hugo faisait plus de digressions, sans que le livre donne une impression de longueur pour autant – contrairement à L’Homme qui rit, où je sentais que je n’avançais pas avec toutes ses parenthèses ! Comme le titre l’indique, ce tome se concentre sur Cosette, petite fille qui fait toujours plus mal au cœur, qui semble un fantôme dans une vie qui n’est pas faite pour elle. Jean Valjean est toujours aussi formidable, un personnage à part qui ne laisse pas le lecteur indifférent, et qui ne se laisse pas facilement oublier. La rédemption continue pour lui, qui doit remplir sa promesse auprès de Fantine : aller chercher Cosette, l’arracher aux Thénardier, incarnation de la méchanceté ; comme le lecteur est heureux à la perspective de ce passage ! Toujours autant de réflexions sur la nature humaine, même si celles-ci m’ont moins marqué ; toujours une grande place de la religion, d’autant plus avec le lieu dans lequel s’achève le tome. En revanche, l’émotion a été bien moins présente pour moi ici : pas de larmes, de légers pincements au cœur seulement. Une fin pleine d’espoir, mais le lecteur se doute que quelque chose va arriver dans le tome suivant. Je pense vite continuer, une lecture entre-deux et je reprends !  

24/02/17 : Troisième tome : Marius. Pourquoi, pourquoi, pourquoi tant de digressions ?!! L’auteur nous présente de nouveaux personnages secondaires – et même carrément d’arrière-plan ! – et retarde ainsi l’action qui n’arrive qu’à la fin ! Il est vrai que cette scène finale a su me captiver, mais le reste était long ! C’était long, non parce que c’est long à lire, mais parce qu’il ne se passe rien qui fasse avancer l’histoire pendant ces digressions. Le pire, c’est que le tome suivant commence par : « Livre I : Quelques pages d’histoire » ! Dans ce tome, nous rencontrons quand même un personnage important, Marius, qui rencontre chaque personnage des tomes précédents sans les connaître, bien sûr, et fait des choix face auxquels le lecteur ne peut que pousser un grand soupir. Dans son ignorance, il commet des impairs. Thénardier est encore pire que pire, sans doute un des personnages que je déteste le plus dans toute la littérature ! Jean Valjean est toujours aussi héroïque, admiré par le lecteur et par certains autres personnages. Encore une fois, les réflexions se portent sur la condition humaine, mais du « mauvais côté » de la misère, ceux qui finissent bandits. Encore moins d’émotion que dans le tome précédent, excepté à la fin ! Pas de pause cette fois, j’entame tout de suite le quatrième tome *espoir de finir ce livre avant la fin du mois !!*

26/02/17 : Quatrième tome : L’idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis. Evidemment, toujours des digressions, qui sont ici des réflexions générales sur l’argot, la société. Ce n’est pas du tout inintéressant, mais cela casse le rythme de l’action, et peut atténuer l’intérêt du lecteur. Le titre de ce tome porte très bien son nom puisque le lecteur assiste ici à la naissance d’une histoire d’amour entre deux personnages, et à une bataille « épique » sur les barricades : des intrigues qui paraissent antagonistes mais qui se rejoignent à la fin. Toujours le même attachement aux personnages : Jean Valjean, celui qui cherche (et a atteint ?) la rédemption, mais à qui il reste une part d’ombre, Cosette, jeune fille désormais, qui s’éveille à la vie, à l’amour, Marius, jeune homme toujours partagé entre deux entités, son père et son amour, Eponine, personnage que j’ai réussi à apprécier mais qui reste tout de même mauvais. Une fin qui laisse présager une suite (et fin !!) détonante ! Toujours, bien sûr, une excellente écriture

28/02/17 : Cinquième tome : Jean Valjean. La fin. La fin de cette fresque littéraire immense, de ce pavé qui pourrait assommer (ou tuer !) quelqu’un, de ce livre qui fait si peur, et qui, pourtant, est tellement génial !! Oui, il y a des digressions, et cela donne un effet de longueur, mais je dis bien « un effet » : les longueurs n’en sont pas vraiment, le lecteur apprend plein de choses – même si elles ne servent pas toutes à l’intrigue, ce qui peut être un peu énervant parfois, puisque l’action est coupée par les explications, par exemple, sur les égouts de Paris ! - et se rend compte qu’Hugo était quelqu’un qui savait beaucoup de choses, qui savait s’exprimer, qui savait expliquer, et qui savait merveilleusement bien écrire. Ses analyses de la société, de l’insurrection, de l’émeute, de l’amour, des relations entre les hommes : tout enrichit le lecteur, et le laisse parfois bouche bée devant la vérité énoncée sous ses yeux. Ce tome se concentre plus sur Jean Valjean, un des personnages qui rejoint directement le Panthéon de mes personnages adorés. Mais quel personnage, quelle figure, quelle grandeur, quelles leçons il nous donne depuis le début du roman jusqu’à sa toute fin !! Personne n’arrive à sa hauteur, il les désarme tous !! [SPOILER] Et cette ingratitude de la part de Cosette et de Marius, si insupportable !! Et Hugo qui nous dit de ne pas leur en vouloir !! Mais si !! On ne peut pas faire autrement !! Et ce Javert, qui devient grand, qui comprend le monde, et qui ne le supporte pas ! J’ai eu un élan d’affection pour lui ! Il se rend compte de son erreur depuis tout ce temps !! [FIN DU SPOILER] On peut dire que l’émotion est bien présente dans ce tome !! En fait, j’ai eu l’impression que le premier et le dernier se répondaient parfaitement à ce niveau-là, ce qui fait que ce sont mes deux tomes préférés, et ce qui fait que ce livre est un coup de cœur : il commence parfaitement, et s’achève parfaitement, justifiant ainsi les trois tomes intermédiaires, qui se révèlent, par l’éclairage de celui-ci, excellents eux aussi. Le lecteur sent les larmes monter, son cœur se serrer. L’auteur est très fort et emploie des phrases qui coupent le souffle de celui qui lit ! Et cette fin … Dans le genre, je t’achève, il n’y a pas pire !! Comment peut-on écrire une fin aussi triste ?! On pouvait s’en douter avec le titre, mais [SPOILER] l’auteur nous a quand même parlé de justice dans ce dernier tome : où est-elle ici ? Je m’attendais vraiment à ce qu’elle soit faite !! [FIN DU SPOILER] En tout cas, je suis fière d’avoir fini ce livre, fière de l’avoir découvert, et heureuse de l’avoir apprécié, peut-être pas encore à sa juste valeur, mais adoré à mon niveau pour l’instant ! Je ne pense d’ailleurs pas du tout rendre justice au livre dans cet article !! Il est si riche, il est impossible d’en faire un résumé, ou de mettre en évidence tout ce qui est excellent !

 

Donc, un livre qui fait peur, mais qui vaut vraiment le coup, dans lequel des digressions sont présentes, mais elles nous apprennent plus qu’elles ne nous ennuient, une écriture merveilleuse, riche, facile à lire et qui emporte le lecteur, des personnages que l’on adore, que l’on exècre, et parmi eux, Jean Valjean, personnage mémorable entre tous, celui que le roman met à l’honneur, celui à qui il rend hommage, celui qui est mis en avant, celui qui montre ce qu’est la rédemption, ce qu’est la misère, ce qu’est la bonté, et qui nous transperce le cœur par son abnégation !!

A la recherche du temps perdu, tome 6 : Albertine disparue de Marcel Proust

Posté : 19 décembre, 2016 @ 8:40 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Albertine disparue Genre : Classique

Editeur : Folio

Année de sortie :2015 

Nombre de pages : 273

Synopsis : « Mademoiselle Albertine est partie » ! Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m’analyser, j’avais cru que cette séparation sans s’être revus était justement ce que je désirais, et comparant la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu’elle me privait de réaliser, je m’étais trouvé subtil, j’avais conclu que je ne voulais plus la voir, que je ne l’aimais plus. Mais ces mots : « Mademoiselle Albertine est partie » venaient de produire dans mon cœur une souffrance telle que je sentais que je ne pourrais pas y résister plus longtemps. Ainsi ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie.

 

Avis : Le cinquième tome m’a moins plu que les autres, j’avais un peu peur que celui-ci fasse pareil, puisqu’il est encore centré sur le même sujet, la jalousie du personnage envers Albertine.

Eh bien, j’avais raison ! Albertine disparue m’a encore moins plu que La Prisonnière. Le thème central est toujours la jalousie, le personnage est toujours aussi paranoïaque, et contradictoire surtout ! Il aime, il n’aime plus, il croit quelqu’un, il ne le croit plus, il veut savoir, il ne veut pas savoir. Cet aspect du livre m’a agacée : le personnage est tellement velléitaire ! Le lecteur a parfois envie de le secouer ! Et la pauvre Albertine, qui se voyait acceptée puis rejetée plusieurs fois à la suite, a décidé de partir. J’ai trouvé que le personnage principal tournait en rond, confronté à quelque chose qu’il ne veut pas comprendre, et qui, il en est certain, va s’arranger rapidement. On retrouve d’autres personnages, mais cela reste assez annexe par rapport à Albertine et au personnage principal. L’écriture est toujours aussi agréable, j’aime toujours autant : l’auteur sait parfois décrire des choses évidentes, mais pour lesquelles nous n’avons pas de mots. Pour la couverture, je me suis imaginée Albertine de cette façon tout le long du livre !

Concernant les personnages, comme je l’ai dit, le principal m’a agacée. Il est incapable de prendre une décision, incapable de comprendre ce qu’il ressent, confond l’amour et l’indifférence, semble vivre dans une tragédie au lieu de vivre dans la vraie vie ! Il ne profite jamais parce qu’il pense toujours à des plaisirs non accessibles, ou qui ne l’intéressent pas vraiment une fois atteints. Quant au narrateur, il juge sa conduite avec indulgence, et anticipe encore sur la suite en faisant au lecteur de petites allusions sur des révélations futures. Albertine, comme elle est partie, est plus effacée ici et vue, bien sûr, qu’au travers des yeux du narrateur / personnage, qui ne la comprend pas, et ne fait qu’imaginer ce qu’elle peut ressentir. C’est un personnage ambivalent que le lecteur finit par apprécier tant elle est malmenée ! Aussi, le personnage découvre des choses qui éclaire Albertine, qui la rende peut-être plus compréhensible, et qui montre qu’elle devait souffrir auprès du héros. D’autres personnages se trouvent dans ce livre, mais bien moins importants que les autres : comme la mère du personnage principal, toujours en deuil de sa mère, et dont le héros se souvient avec tendresse ici ; Robert de Saint-Loup, sur qui l’on apprend des choses auxquelles on ne s’attendait pas ; M. de Charlus, trop peu présent à mon goût, et qui vieillit (bien sûr) au fil du temps ; Oriane de Guermantes, toujours duchesse et toujours aussi encline à critiquer les autres, même ses amis décédés les plus chers ! ; Gilberte Swann, ou l’incarnation de l’ingratitude faite fille ; Andrée, ou la fille qui oublie son amie plus vite que son ombre ; Françoise, la domestique de la famille du personnage principal, toujours aussi bien décrite dans sa façon d’haïr et d’aimer à la fois.

La fin semble montrer l’incapacité – encore plus grande que dans les autres livres – du héros à écrire et même ici, à faire fonctionner son imagination. Il comprend aussi pourquoi ses deux histoires d’amour principales n’ont pas fonctionné et se demande comment serait sa vie s’il avait été plus perspicace. Il me semble que le dernier tome est centré sur l’écriture, ce qui opérera un changement de sujet assez radical avec ce volume !

 

Donc, le tome de la Recherche que j’ai le moins aimé, même si l’écriture est toujours aussi bonne.

Le Spleen de Paris de Baudelaire

Posté : 26 septembre, 2016 @ 7:33 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Classique, Poésie Le Spleen de Paris

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2010

Nombre de pages : 217

Synopsis : Lorsqu’il commence à publier ses petits poèmes en prose dans des revues et des journaux, Baudelaire a beau les qualifier modestement de « bagatelles », il a pleinement conscience de ce qu’ils ont de singulier. Et nous le savons mieux désormais, ce qui s’inaugure de manière capitale dans ces textes qui visent à capter l’étrangeté du quotidien de son temps, ce n’est rien moins qu’une forme littéraire nouvelle. Rimbaud et Mallarmé vont s’en souvenir très vite – et bien d’autres après eux. Bien que le poète y songeât depuis 1857, l’année des Fleurs du Mal, Le Spleen de Paris ne parut que deux ans après sa mort, en 1869. Ses poèmes en prose constituaient pourtant à ses yeux le « pendant » de ses pièces en vers, et les deux livres, en effet, se font écho à maints égards. Mais, à la différence des Fleurs du Mal, ce n’est pas ici un recueil composé qui nous est offert : un espace de liberté, bien plutôt, où le flâneur témoigne d’un nouveau regard venu à l’homme moderne pour lequel la réalité multiplie ses images …

 

Avis : Une petite relecture de Baudelaire ne fait jamais de mal, surtout après avoir encore relu Les Fleurs du Mal !

Evidemment, Baudelaire est aussi habile en prose qu’en rimes ; ses récits sont poétiques, les rythmes et la mélodie sont là, parfois même des rimes internes qui sonnent parfaitement à l’oreille du lecteur. Les images foisonnent elles aussi, mais différemment de celles des Fleurs du Mal : elles m’ont d’abord paru moins sombres, puis, ici, c’est surtout le thème de la ville qui est mis en avant, et sont ainsi racontées des sortes de scènes de vie, des anecdotes trouvées dans la rue, des petites histoires, parfois misérables, parfois amoureuses, diverses en tout cas. On retrouve tout de même des récits en lien avec des poèmes des Fleurs, comme  » Un hémisphère dans une chevelure » ou « L’invitation au voyage ». Le thème du mal est bien moins présent, ainsi que ceux qui l’accompagnent, à savoir la folie, le monstrueux, la mort, le diable, l’angoisse, etc. Le spleen est toujours là, mais peut-être moins oppressant. Petit plus : même si elle n’a pas grand-chose à voir avec le livre, j’aime la couverture de mon édition ; j’associe maintenant toujours Le Spleen de Paris à la couleur jaune. Même si j’aime ce recueil, je préfère tout de même Les Fleurs du Mal, mon premier amour, plein de beauté dans sa laideur, et de sonorités enchanteresses.

 

Donc, un excellent recueil de prose poétique, où le lecteur sent toujours le talent de Baudelaire, sur le thème plus précis de la ville.

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