Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Du côté de chez Swann de Marcel Proust

Posté : 19 novembre, 2013 @ 10:18 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 4 commentaires »

Du côté de chez SwannGenre : Classique

Editeur : Folio

Année de sortie : 2011

Nombre de pages : 574

Synopsis : Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté … Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

 

Avis : Qui n’a pas d’appréhension en abordant un monument comme Proust ? J’avais tellement entendu parler de son œuvre qu’en apprenant que je devais le lire, je me suis dit que je n’arriverais jamais à la fin ou que je le finirais sans rien avoir compris, que je n’aimerais pas et que ce serait dur.

Alors, oui, c’est vrai, parfois, son écriture est un peu lourde, ses phrases sont un peu (franchement !) longues, et l’on est obligé de reprendre des paragraphes entiers pour se souvenir du début d’une action. Mais je vous assure qu’il vaut vraiment le coup !! C’était vraiment génial !! La façon qu’à Proust de vouloir retrouver le Temps Perdu est tellement belle que l’on est emporté dans son histoire. Je me suis facilement attachée aux personnages, j’ai réussi à suivre toute l’intrigue qui m’a vraiment passionnée. On passe facilement de la première à la deuxième partie ; plus difficilement de la deuxième à la troisième, mais on reprend vite le fil de l’histoire. En réalité, dans ce premier tome, deux vies s’entremêlent : celle du narrateur, dont on ne connaît pas le nom, et celle de M. Swann. Les parties alternent entre la vision des deux.

Dans la première partie, nous découvrons le narrateur et sa vie à Combray. Il est très tentant de le confondre avec l’auteur, de s’imaginer qu’il parle en réalité de son enfance, de sa vision des choses. Et c’est vrai que, parfois, on ne peut pas s’en empêcher. Cette partie est marquée par le désespoir du héros à se séparer de sa mère : qui n’a jamais ressenti cela en étant petit, même si ce n’est pas de la même manière que le petit narrateur ? L’enfant parle également des personnes avec lesquelles il vit : ses grands-parents, auxquels il est très facile de s’attacher, ses parents (son père paraissant un peu froid, sa mère un peu insensible, même si ce n’est pas vraiment le cas), ses tantes (dont Léonie, de laquelle je garde un souvenir particulier) et Françoise, la bonne de sa tante Léonie. Il découvre la vie, le monde (qui se limite à Combray, Balbec et Paris) et surtout les Swann (avec lesquels il passe d’un sentiment à un autre en très peu de temps). Le petit narrateur nous transporte dans son monde, nous fait partager ses impressions et reste émouvant avec sa vision d’enfant. En lisant cette partie, je me suis dit que, si l’auteur gardait la même écriture tout le long de sa série, j’allais vraiment adorer tous les tomes.

La seconde partie est consacrée à Swann et son amour, Odette de Crécy. L’on comprend très vite qui elle est vraiment et on ne peut s’empêcher de déplorer la cécité de Swann. Qu’est-ce que sa vie changerait s’il voyait la vérité ! ; mais tout passe par le filtre de son amour, et l’on peut vraiment dire qu’il est aveugle ici. J’ai beaucoup aimé cette partie, qui m’a semblé être la plus longue, et pourtant vraiment passionnante. Il est vraiment intéressant de découvrir l’évolution de cet amour, les situations dans lesquelles se trouvent les deux personnages, les secondaires que l’on découvre, et, ici, Proust nous force à lire entre les lignes.

Enfin, la troisième partie est comme la suite de la première : l’on retrouve le petit narrateur, et ses sentiments pour les Swann sont le centre de l’intrigue. Au début de cette partie, j’ai eu du mal à m’adapter au changement d’univers effectué par l’auteur. J’ai eu peur de m’ennuyer mais finalement, il sait nous faire reprendre goût à son récit. Les deux histoires sont clairement liées tout le long du livre, et je suppose que la même chose est vraie pour les autres tomes.

La fin est une ultime tentation de confondre l’auteur et le personnage : l’on a presque l’impression de voir Proust assis sur un banc à nous donner son avis sur le monde moderne et les nouvelles personnes qui le peuplent, si différentes de celles qu’il a connues et aimées.

Enfin, il faut dire que La Recherche du Temps Perdu commence vraiment dès ce premier tome, fort en émotions. Personnellement, en le lisant, j’ai moi-même ressenti l’horreur du temps qui passe et que l’on ne peut rattraper. Proust avait sans doute cette peur au fond de lui, c’est pourquoi il voulut conserver le temps et s’est immortalisé par son œuvre monumentale.

 

En définitive, un livre formidable qui entre directement dans le cercle restreint de mes livres préférés, des livres qui marquent et que l’on n’oublie pas. J’ai hâte de lire la suite, et je le conseille à tous ceux qui comprennent que le temps, un jour, nous manquera, et que, comme Proust, nous aussi, nous voudrons le retrouver.  

 

Challenge des 100 livres à lire au moins une fois

Les Mots de Jean-Paul Sartre

Posté : 30 octobre, 2013 @ 12:26 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Les Mots de Jean-Paul Sartre dans Avis littéraires couv58628648-177x300Genre : Autobiographie, Classique

Editeur : Folio

Année de sortie : 1995

Nombre de pages : 206

Synopsis : J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était de les faire épousseter sauf une fois l’an, avant la rentrée d’Octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait …

 

Avis : J’étais très réticente à lire Jean-Paul Sartre. Je m’attendais à ne pas aimer du tout, à m’ennuyer aussi un peu. Je ne savais pas encore à quel point je me trompais !

L’auteur nous livre ici une autobiographie qui peut aussi bien être un essai sur la lecture et l’écriture, l’emboîtement des deux, le passage de l’une à l’autre. L’œuvre est divisée en deux parties : Lire et Ecrire, ce qui montre bien une progression d’un état à un autre. Je connais beaucoup de personnes qui lisent et qui, finalement, se sont mises à écrire, parce qu’il semblerait que la lecture mène irrémédiablement à l’écriture (pas pour tous bien sûr). Ce n’est évidemment pas pour autant qu’un grand écrivain sommeille en chaque lecteur, mais sans doute, chaque personne qui lit à l’imagination requise pour, à son tour, écrire, inventer une histoire, des personnages, un décor. Ici, Sartre découvre sa vocation : baigné dans les livres, la lecture, la littérature, lui aussi écrira.

On ne plonge pas directement dans l’enfance de l’écrivain : l’on découvre tout d’abord ses parents, ses grands-parents, ses oncles, tantes. Il commence par sa famille pour aboutir à sa naissance. Il découvre les livres très jeunes, et je me suis parfois reconnue dans les descriptions qu’il fait de la lecture enfantine. Je n’ai pas pu m’empêcher d’être surprise et de me dire : « Hé mais moi aussi je faisais ça ! ». Il décrit la lecture comme une voix que l’on entend, la voix de l’écrivain qui nous parle à travers son livre. Sa mère lui racontait des histoires, et il a voulu lire seul. Chaque enfant à qui l’on fait la lecture finit par passer par le stade dont il parle : il fait semblant de lire, invente une histoire pour faire comme les grands. Sartre se décrit aussi comme un enfant, on peut le dire, arrogant, qui a besoin du regard de sa famille et qui est sûr d’être le centre de leur monde, et même du monde : il a besoin de lui, il se doit d’agir comme il se doit. Cela m’a fait penser à Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb, sa biographie de 0 à 3 ans, dans laquelle elle se dit essentielle, Dieu pour les autres, qui doivent la vénérer. Certains passages de Lire m’ont fait sourire ou rire : l’auteur garde son humour, même quand il parle de désespoir puéril. L’on voit également que l’éducation marque les individus à vie, puisque souvent, l’auteur avoue avoir mis vingt ans pour se débarrasser d’une opinion que les adultes lui avaient insufflée.  

La transition entre Lire et Ecrire se fait tout naturellement. Encore une fois, je m’y retrouvais : à force de lire, l’enfant a aussi envie de créer ses propres histoires, de s’inventer des personnages fictifs dont il pourra faire ce qu’il voudra. L’auteur a commencé par mimétisme, en plagiant les œuvres qu’il avait lues, puis en les modifiant, et finalement, en en créant des inédites. J’ai préféré la première partie à la deuxième : il y a plus de retours dans le présent, plus d’interventions de l’auteur à l’âge où il écrit. Elles cassaient le récit, faisaient un peu oublier où l’on s’était arrêté. Cela n’a pas pour autant gâché mon plaisir. Sartre nous parle à un moment des écrivains et de leur opinion sur leurs livres : sa description est intéressante et il nous dit même ce qu’il pensait de ses œuvres.

L’on peut dire que les livres ont permis à Sartre de découvrir la vie, qu’il s’est forgé une identité avec eux, qu’ils lui ont appris beaucoup de choses, qu’ils ont largement influencé sa vie, et l’ont finalement amené à en faire son métier. Quand on lit, l’on a tendance à s’identifier aux personnages, à entrer dans l’histoire, à imaginer comment cela aurait pu se passer autrement, à apprendre certaines choses sans y faire attention, à s’éduquer un peu par soi-même, à découvrir de nouvelles qualités, de nouveaux défauts, des choses dont personne ne nous avait parlé avant. Lire sert à quelque chose : cela sert à se faire notre propre personnalité, à changer d’opinions sur certaines choses, à les voir autrement, par les yeux d’autres différents de nous. Spontanément, on ne lit pas pour analyser le texte que l’on a sous les yeux, mais pour s’intéresser à l’histoire, découvrir ou comprendre certaines choses, idées, concepts.

 

En définitive, Les Mots est un livre enrichissant, qui nous montre la vocation d’un grand écrivain, mais qui nous fait aussi découvrir la lecture enfantine, l’écriture qui suit, l’influence des autres sur les enfants, de l’Histoire sur les individus. C’est vraiment intéressant, je le conseille à tous ceux qui lisent !          

 

 

L’Education sentimentale de Gustave Flaubert

Posté : 29 octobre, 2013 @ 2:36 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

L'Education sentimentale de Gustave Flaubert  dans Avis littéraires couv43915657-178x300Genre : Classique

Editeur : Pocket

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 519

Synopsis : Frédéric Moreau, jeune bachelier provincial, « tourne dans son désir comme un prisonnier dans son cachot ». Il se croit destiné aux plus grandes passions et aux succès littéraires et artistiques. En 1840, sur le pont d’un bateau, il est troublé par le charme de Mme Arnoux, femme d’un marchand de tableaux. Mais les années s’écoulent, les rêves s’effritent, et son amour lui-même s’étiole au contact de la vie parisienne. Mme Arnoux restera pourtant l’adoration de son adolescence, l’amante et la mère qui aurait pu le préserver de la vulgarité du monde. Le public et la critique de l’époque ne comprirent pas ce roman mélancolique des ambitions déçues, qui allait cependant servir de modèle à toutes les générations à venir … 

 

Avis : La couverture de cette édition montre déjà bien le sujet et l’obsession du personnage principal : une femme. Et l’on peut dire, sans mentir, que le roman tourne autour d’elle, ou, en tout cas, qu’il revient toujours à elle.

Tout commence sur un bateau. L’on découvre le héros du roman, Frédéric Moreau, alors âgé de 18 ans, qui rentre chez lui à Nogent, voir sa mère. On découvre les personnes qui l’entourent, le paysage, et il rencontre Mme Arnoux. Cette scène est courte, mais riche en émotions. C’est une rencontre sans paroles, tout en regards et en gestes. Et elle déterminera tout le roman, toutes les actions de Frédéric, les conséquences qu’elles auront sur son entourage, proche comme éloigné. Mme Arnoux devient le centre de la vie de Frédéric sans qu’ils se connaissent. L’on pourrait dire que l’histoire d’amour avorté de ce couple est l’intrigue principale du roman. L’on voit comment les scènes s’imbriquent, l’on comprend pourquoi cela se passe de telle façon et pas d’une autre grâce au recul que nous offre le point de vue omniscient. Et l’on se rend surtout compte de toutes les occasions manquées des personnages, de tout ce qui aurait pu mieux se passer, de la lâcheté de certains, de la bêtise d’autres, de l’égoïsme aussi. On ne peut s’empêcher de se dire : et si Rose n’était pas apparu ? Et si Mme Arnoux avait été moins vertueuse ? Mais les deux « amants » ne font que se croiser, et quand ils se rencontrent vraiment, c’est toujours pour séparer un long moment. Mais même ces séparations ne parviennent pas à briser l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre, et, sans rien se dire, ils se comprennent. Parfois, certains actes de l’un ou de l’autre, dans leur passion, les dérangent ou les blessent, et ils cherchent à se rendre la pareille. Certaines scènes sont bouleversantes, l’on comprend aisément certaines réactions, certaines paroles, et les non-dits sont hurlés par les regards. L’amour est un thème récurrent de ce livre, et les autres femmes,  même si elles parviennent à séduire et à attirer l’attention du héros, n’arrivent jamais à lui faire oublier son unique amour, celui qu’il n’aura jamais et qu’il convoitera toujours.

D’autres thèmes ne cessent de revenir dans cette œuvre, notamment l’argent et la politique. Le premier est recherché par presque tous les personnages ; en tout cas, tous en ont besoin, et il manque souvent à ceux qui désirent réaliser de grands projets. Il est la cause de beaucoup de problèmes, et influence les relations entre les personnages, amis ou ennemis. Il est aussi l’objet de convoitise, par les héritages ou les achats d’actions. Certains parviennent à l’obtenir, et d’autres le perdent de façon absurde. La politique est également beaucoup représentée. D’ailleurs, les scènes la concernant sont lourdes, et m’ont, à force, ennuyées. Les personnages s’en occupant sont ridicules, et se contredisent à tout bout de champ ; les Républicains sont qualifiés de vertueux, alors qu’une scène à la Chambre les montre vicieux comme jamais ; les idées des personnages secondaires les poussent à dire des choses qui ne leur valent rien de bon (Sénécal par exemple), et tous finissent par virer de bord, ou par abandonner complètement la politique. A un certain moment, les scènes politiques m’ont tellement agacées (ils disent toujours la même chose !) que j’ai hésité à sauter quelques passages mais non (pas possible, j’aurais trop de remords …).

Les personnages sont très réalistes, et donc complexes. J’en ai apprécié certains, détesté d’autres. Je me suis attachée à Frédéric, même si certains de ses actes m’ont paru immoraux ou ridicules. Ainsi, il ne parvient pas à prendre la défense de son pays, à s’engager en politique et même à trouver un emploi. A peine a-t-il touché son héritage qu’il dilapide les trois quarts pour des bagatelles. Bien qu’il veuille rester fidèle à son amour, c’est un homme, et il finit par succomber aux charmes d’autres femmes. Comme dans Madame Bovary, les scènes ne sont jamais explicites, il faut les deviner, comprendre que telle personne est devenue la maîtresse de tel autre. Frédéric m’a semblé impulsif, lunatique : il peut prêter la moitié de sa fortune en trente secondes, acheter des choses qui ne l’intéressent pas parce qu’on l’en presse, être furieux contre quelqu’un pour un motif sans importance. Et toutes ses ambitions finissent par tomber à l’eau : il ne devient ni l’amant de la femme qu’il aime, ni député, ni ministre, ni rien du tout. Mme Arnoux semble être la seule femme vertueuse du livre : même si elle tente de céder à ses passions, quelque chose la retient toujours, elle ne parvient jamais à se laisser aller, et perd ce qui aurait pu la rendre heureuse. Elle m’a fait de la peine, et elle m’a paru courageuse dans un sens, et lâche d’un autre parce qu’elle n’ose jamais. Tous les autres personnages m’ont paru ridicules à un certain moment : Arnoux avec ses maîtresses et sa femme, ses multiples commerces et ses dettes, Vatnaz avec sa rancune futile et ses airs de grande dame, les amis de Frédéric, qui le manipulent, lui demandent toujours de l’argent et changent d’avis comme de chemises. Deslauriers le trahit même plusieurs fois ! Rosanette et Louise, par contre, m’ont fait de la peine, et Dussardier m’a semblé être le seul véritable ami de Frédéric. Sa mère n’est pas très présente : elle désire simplement que son fils ait une bonne situation et de l’argent.

La dernière scène où l’on voit Mme Arnoux m’a ému. Tout est fini, jamais ils n’auront pu être ensemble, elle part, il reste. La fin réunit deux personnages aux relations tumultueuses, mais qui s’aiment d’un amour fraternel, et ne peuvent se détester bien longtemps.

 

C’est donc un roman agréable, un peu long à des moments, mais intéressant. Il montre la mélancolie d’un amour perdu sans qu’il n’ait jamais été acquis, et l’on y retrouve certains traits du Romantisme dans le comportement de Frédéric.         

Madame Bovary de Gustave Flaubert

Posté : 24 octobre, 2013 @ 12:02 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

Genre : ClassiqueMadame Bovary de Gustave Flaubert  dans Avis littéraires couv52967645

Editeur : La Bibliothèque

Année de sortie : 2009

Nombre de pages : 545

Synopsis : C’est un géant. La taille haute, le corps massif, le regard clair, Flaubert, né la même année que Baudelaire à l’hôtel-Dieu de Rouen où son père est chirurgien, est le Viking de la littérature. Il consacrera cinq ans à Madame Bovary, rivé à sa table de travail, moine au service de l’art, écrivant quelques lignes par jour, raturant, reprenant, corrigeant inlassablement, se tuant à la tâche. Comme Stendhal ou Baudelaire, Flaubert cherche une issue au romantisme. Il l’achève, au deux sens du mot, comme Bonaparte achève la Révolution : il l’accomplit et il y met fin. Madame Bovary se situe à la jonction entre romantisme et naturalisme. Madame Bovary paraît d’abord en 1856 dans la Revue de Paris, fondée par Maxime Du Camp quelques années plus tôt. Du Camp, toujours amical, avait écrit à Flaubert : « Tu as enfoui ton roman sous un tas de choses bien faites, mais inutiles. On ne le voit pas assez. Il s’agit de le dégager. C’est un travail facile. Nous le ferons faire sous nos yeux par une personne exercée et habile. » Au dos de la lettre de Du Camp, Flaubert écrivit simplement : « Gigantesque ». Dans le rôle inattendu de critique littéraire, Mgr Dupanloup, cité par les Goncourt, crée la surprise en voyant plus juste que Du Camp : « Madame Bovary ? Un chef-d’œuvre, Monsieur. Oui, un chef-d’œuvre pour ceux qui ont confessé en province. » Avec Balzac, le visionnaire, avec Stendhal, le Milanais égoïste et mélomane, Flaubert, le bûcheron, le besogneux qui sent l’huile, diront ses adversaires, le patron, diront ses partisans, est l’un des trois fondateurs de notre roman moderne.

 

Avis : Comment ne pas connaître Madame Bovary ? Il fait partie de ses classiques dont on entend parler régulièrement, dont on connaît l’histoire, mais que l’on n’a jamais lus. Peut-être que le fait d’entendre trop parler d’un livre nous dissuade de le lire. Etudes littéraires obligent, je me suis lancée dans cette lecture, qui ne m’a pas laissé la même impression que certaines personnes qui m’en avaient parlé.

Les premières pages nous présentent un personnage ridiculisé tout le long du livre : Charles Bovary. Dès le début, il est présenté comme un garçon timide, mal à l’aise et un peu stupide, qui ne comprend pas ce que l’on veut de lui, et qui n’agit jamais comme on  le voudrait. On peut se demander qui raconte la première scène, puisque l’auteur utilise un « nous », qui ne reviendra jamais dans toute l’œuvre, écrite à la troisième personne, même si parfois, on se retrouve dans la tête de certains personnages, comme Emma lorsqu’elle rêve. Cette première entrée en matière nous montre déjà que l’auteur ne semble pas porter ses personnages dans son cœur et qu’il risque de les malmener au fil des chapitres.

Nous découvrons Emma dès le deuxième chapitre de la première partie : le fait qu’elle ne soit pas présentée en premier peut montrer que, tout le long du livre, elle sera reléguée au second plan. Elle l’est déjà ici par l’auteur. Déjà, dans ses pensées, on comprend qu’elle a longtemps rêvé l’amour, et elle jette ce désir sur le premier homme qui la remarque, à savoir Charles Bovary, à qui elle ne correspond absolument pas. Elle rêve de voyages, de Paris et de libertés, quand lui préfère la stabilité, son chez-lui. Ils se ressemblent si peu, que l’on se demande vraiment pourquoi ils finissent par se marier. Par la suite, Emma se rend compte que son rêve est impossible, en tout cas avec Charles, et elle décide de l’humilier en cachette, en prenant un amant. Elle pense vraiment qu’elle sera heureuse de cette façon et qu’elle ne sera pas une maîtresse comme les autres, qu’elle sera aimée plus que les autres, et même exclusivement. Avoir un amant est pour elle fantastique. Mais elle finit par être abandonnée et pense au suicide. Pourquoi continuer à vivre sans amour ? Elle l’oublie pourtant, la peur de la mort l’empêchant de passer à l’acte. On se rend vite compte qu’Emma est très égoïste : elle ne se soucie de Charles que rarement, dans des espèces d’excès de tendresse, et sa fille est très peu mentionnée par elle, excepté quand elle va la rechercher chez la nourrice. Elle ne pense qu’à elle, et ne fait pas attention aux choses matérielles comme l’argent, qui finira par lui manquer. Elle ne se prive de rien, et par là, prive son mari et sa fille de quelque chose qui leur revient pourtant de droit. Elle en veut à Charles de l’avoir épousé et reporte sa haine sur lui. Elle ne se remet pas en question et finit par fuir les problèmes de façon définitive.

Les autres personnages, comme le pharmacien Homais, ont parfois autant d’importance que les personnages principaux. Ils prennent le dessus sur les autres, comme Rodolphe et Léon avec Emma, ou Homais, qui est le dernier personnage dont on parle, le seul qui ait atteint son but. Lorsque l’auteur nous livre les pensées des amants d’Emma, l’on se rend compte que l’amour n’est pas réciproque, et même, on sait qu’Emma ne les aime pas non plus. Elle les désire, se raccroche à eux pour échapper à l’ennui de sa vie. Ils ne semblent rien ressentir à sa mort. Seul Justin, qu’Emma ne considéra jamais vraiment, éprouve quelque chose lorsqu’elle meurt.

La vie d’Emma est marquée par de multiples émotions fortes. Elle est l’incarnation du Romantisme. Tout d’abord, elle rêve d’amour à la lecture de certains livres, puis elle se marie, pensant qu’elle va connaître la passion que les ouvrages lus lui ont montrée. Mais elle ne la trouve pas auprès de Charles. Elle la découvre avec ses amants ; puis la ferveur religieuse, la haine, le suicide. Emma semble être une force qui veut aller, mais qui ne peut pas trouver le bonheur qu’elle recherchait.

On découvre, à la fin du livre, qu’Emma, qui se croyait aimée, n’est pas même respectée par les autres personnages. A sa mort, personne ne semble vraiment ressentir de tristesse à part l’homme qui l’a aimé et qu’elle a détesté : Charles. Les autres s’ennuient, mais restent par politesse. A son enterrement, certains ne viennent pas, d’autres négligent les codes vestimentaires. Personne n’a réellement de compassion pour elle. Bien qu’elle soit décrite dans le roman comme belle, délicieuse, majestueuse comme une reine parfois, elle n’est pas aimée, comme elle l’a toujours voulu.   

A la fin du roman, les morts des personnages sont présentées de façon particulière : quand celle d’Emma est longue et douloureuse, celle de Charles est très rapide, il ne s’en rend sans doute pas compte. Elles sont à l’image de leur vie. Emma meurt de façon spectaculaire quand Charles s’éteint de façon insignifiante. De plus, il est « vide », comme sa vie.

Tout le long du livre, l’auteur nous montre son habileté stylistique. Les choses ne sont jamais vraiment dites, elles sont souvent implicites, sous-entendues, et l’on met parfois du temps à les comprendre. Par exemple, la scène de la calèche avec Léon est significative, comme la promenade dans les bois avec Rodolphe. Mais l’auteur ne dit pas clairement ce qui se passe, il le laisse entendre en donnant juste des indices spatio-temporels, ou des réflexions que se fait Emma après l’action. C’est très subtil, et cela donne encore plus de relief à l’histoire.

 

En fin de compte, j’ai bien aimé ce classique, qui montre bien les opinions de Flaubert sur le romantisme et les femmes qui s’imaginent trouver la vérité dans les livres. C’est une œuvre riche très agréable à lire.   

 

challenge-des-100-livres-chez-bianca Classique dans Avis littéraires

La Fille aux yeux d’or de Honoré de Balzac

Posté : 16 octobre, 2013 @ 5:17 dans Avis littéraires | 6 commentaires »

Genre : ClassiqueLa Fille aux yeux d'or de Honoré de Balzac  dans Avis littéraires couv43653973-188x300

Editeur : Librio

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 75

Synopsis : « L’amour est essentiellement voleur. » Le comte Henri de Marsay est blasé. Il triomphe de toutes celles à qui il daigne adresser un regard. Mais de la facilité naît l’ennui. Il rêve d’obstacles à vaincre et de pièges à déjouer ! Alors, quand le jeune dandy croise la fille aux yeux d’or, créature mystérieuse et d’une exceptionnelle beauté, il n’a plus qu’une idée en tête : la posséder. Cependant, la belle est jalousement gardée à l’hôtel San-Réal. Qui la retient ? Pourquoi a-t-on rivalisé d’ingéniosité pour empêcher quiconque d’approcher ? Est-ce une histoire d’amour ? Qu’importe, Henri de Marsay, follement épris, tentera le tout pour le tout …

 

Avis : Je n’avais jamais lu d’œuvre de Balzac avant celle-ci. Je dois avouer que cela ne m’avait jamais attiré et que rien que certains titres de certains livres ne me disaient rien. Celui-ci était court (et imposé …), parfait pour commencer. Il fallait bien qu’un jour, je rencontre Balzac. C’est chose faite !

Les premières pages ne parlent pas tout de suite de l’histoire, mais des Parisiens et de leur ville. Ils y sont décrits, analysés, examinés, classés, et j’ai bien l’impression que l’auteur les méprise un peu. Paris semble être une ville décadente qui ne jure que par deux choses : l’or et le plaisir. L’association de ces deux mots revient très souvent, et l’on comprend que le texte aura un rapport que cela. Les personnages apparaissent au milieu de ce décor légèrement dépravé. Tout d’abord, ce sont les parents de Henri de Marsay, le « héros » du livre, qui sont présentés. Il n’a apparemment pas vécu avec eux : j’avoue ne pas avoir tout suivi. J’ai remarqué que le gros problème que l’on rencontre quand on lit Balzac, c’est l’accumulation de détails qu’il donne. Je ne sais pas si c’est  pour que le lecteur imagine bien la scène, la personne ou la situation, mais cela a eu tout l’effet inverse sur moi. Les descriptions étaient trop précises pour que j’arrive à prendre tout en compte, même si j’arrivais à me faire une idée de la pièce (par exemple, le boudoir de la fille aux yeux d’or).

Le personnage principal est donc un homme blasé par les femmes parce qu’elles lui tombent toutes dans les bras sans effort. Il rencontre alors la fille aux yeux d’or, surprotégée par sa famille, et j’ai l’impression que la seule raison pour laquelle il l’aime, c’est qu’il n’est pas sûr de réussir à la conquérir. Quand il y parvient, il change complètement d’attitude et semble se moquer éperdument de la femme qu’il a séduite. Il semble très volage : quand il est en sa présence, il paraît l’aimer et ressent tout ce qu’un amoureux doit ressentir ; mais quand il est loin d’elle, il ne ressent aucun manque, aucun amour, il n’éprouve rien pour elle, si ce n’est la satisfaction d’avoir pu la posséder en déjouant les « pièges » de sa famille. Balzac montre ici, peut-être sans le vouloir, la distinction entre la passion et l’amour : de Marsay est attiré par la fille aux yeux d’or parce qu’elle est inaccessible, il ressent un désir violent pour elle, mais une fois qu’il a eu ce qu’il voulait, il ne reste rien : pas un sentiment, pas une émotion, pas même de la compassion. Quant à la fille aux yeux d’or, on comprend qu’elle est en danger : sa famille n’est pas seulement surprotectrice, elle n’a pas le droit d’avoir de contact avec un homme. Et elle le sait très bien. De Marsay ne la prend pas au sérieux et se fiche complètement de ce qui pourrait lui arriver. Il est égoïste, pense que tout est centré autour de leur « amour », et s’imagine des tas de choses.

La fin est inévitable, et elle nous révèle les véritables sentiments de de Marsay. J’ai trouvé assez choquante la façon dont il réagit.

 

En définitive, je n’ai pas trop aimé ce livre. Je retenterai sans doute l’expérience avec d’autres livres de Balzac, mais je ne vais pas garder un super souvenir de celui-là.    

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