Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

In Cold Blood de Truman Capote

Posté : 30 août, 2017 @ 9:29 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Témoignage In Cold Blood

Editeur : Penguin (Essentials)

Année de sortie : 2012 (1965)

Nombre de pages : 343

Titre en français : De sang froid

Synopsis : ‘Dick became convinced that Perry was that rarity, « a natural killer » – absolutely sane, but conscienceless, and capable of dealing, with or without motive, the coldest-blooded deathblows’

On 15 November 1959, in the small town of Holcomb, Kansas, a wealthy farmer, his wife and their two young children were found brutally murdered. Blood all over the walls, the telephone lines cut, and only a few dollars stolen. Heading up the investigation is Agent Al Dewey, but all he has are two footprints, four bodies, and a whole lot of questions.

Truman Capote’s detailed reconstruction of the events and consequences of that fateful night, In Cold Blood is a chilling, gripping mix of jounalistic skill and imaginative power.

‘One of the stupendous books of the decade’
Sunday Express

 

Avis :Ce livre était dans ma wish-list depuis très longtemps quand j’ai vu que je devais (potentiellement) le lire pour un de mes cours pour l’année qui arrive ; je me suis dit que c’était une bonne occasion pour sauter le pas !

Il est difficile de dire que l’on a aimé ce genre de livres ; après tout, c’est quand même le compte-rendu d’un quadruple meurtre, d’une enquête, et les conséquences de ce meurtre. Puis, en règle générale, ce n’est pas vraiment ce que j’aime lire. Mais In Cold Blood fait partie de cette catégorie de livres importants pour lesquels ce n’est pas le plaisir que le lecteur prend à lire qui compte, mais la réflexion que le livre apporte, le point de vue qu’il donne sur la société. Certes, le style de Truman Capote ajoute clairement quelque chose, et fait de ce livre de la littérature : on peut parfois parler de suspense, même si on sait déjà qui sont les tueurs, et qu’ils seront arrêtés – sans quoi, il n’y aurait pas de livre ! L’auteur ajoute quelques effets dramatiques, du genre « C’est la dernière chose qu’il fit avant de mourir », « elle ne savait pas que c’était son dernier jour », etc. En un sens, ce livre m’a fait penser à Laëtitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka, mais en réussi ! Là où Jablonka échoue, est excessif, se met en avant, Truman Capote touche dans le mille, écrit parfaitement, ne fait rien de trop et, surtout, ne donne pas son opinion ! Jamais, dans les 343 pages de In Cold Blood, je n’ai trouvé de « je », de « à mon avis », ou d’éléments personnels de la vie de Truman Capote. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il n’oriente pas son livre dans la direction qu’il veut lui donner, mais jamais il ne met son avis personnel en avant, ce que j’ai beaucoup apprécié ! Aussi, j’ai trouvé que le compte-rendu était très bien réalisé : on suit d’abord, en parallèle, la famille Clutter et les tueurs le samedi 14 novembre, puis les tueurs et les enquêteurs, toujours en parallèle. Le « format » change souvent : on se retrouve parfois avec un aspect de l’histoire raconté uniquement à travers le témoignage d’un témoin, parfois, c’est le narrateur qui prend le relais pour toute une partie du récit. L’auteur cite énormément verbatim ce que les accusés ou les témoins disent, ce qui rend le livre encore plus glaçant.

Je disais un peu plus haut que ce livre nous donne un certain point de vue de la société : il traite d’un sujet important aux Etats-Unis comme partout, la criminalité. Et ici, plus précisément, un mass murder sans aucun motif, commis de sang-froid – l’expression est utilisé par un des tueurs à un moment donné. Le pire est sans doute cette phrase d’un des tueurs (ce n’est sans doute pas la phrase exacte, et je traduis, donc bon !) : « Je ne pensais pas lui faire du mal, jusqu’à ce que je lui tranche la gorge ». On dirait véritablement un psychopathe ! Lorsque Perry Smith et Richard Hickock sont arrêtés (ce n’est pas un spoiler puisque c’est une non-fiction !), à un moment donné, voyant qu’il n’y a pas de motif pour les meurtres, l’un des avocats demande une évaluation psychologique. Cela n’a pas été retenu en « faveur » des accusés, mais il est clair que les deux avaient un problème : entre manque d’éducation (familiale je veux dire), maltraitance et accidents, il est clair que leur vie n’était pas rose. Je ne réussis pas à les plaindre pour autant, et je ne comprends toujours pas, même après avoir lu leur confession, pourquoi ils ont tué toute la famille Clutter. C’est franchement effrayant. Et cette frayeur, de se dire que certains peuvent tuer comme ça, sur un coup de tête, est soutenue par l’émotion que l’on ressent à lire le dernier jour de chaque membre de la famille : Mr. Clutter, qui semblait apprécié de tous, intègre, travailleur, généreux et honnête, Mrs. Clutter, invalide, malade, dépressive, qui se remettait doucement, Nancy, la benjamine, qui avait tout pour réussir, tout pour être heureuse, et qui semblait l’être, Kenyon, qui, étrangement, m’a un peu plus ému que les autres, je ne saurais même pas expliquer pourquoi. Les détails sont donnés, mais on ne revient pas sans cesse dessus : ils sont répétés dans la confession de Perry Smith, pour les comprendre. Ce livre nous fait aussi réfléchir sur le système judiciaire aux Etats-Unis, et notamment sur la peine de mort. En effet, pour un quadruple homicide, il est certain que les deux coupables seront mis à mort, par pendaison, sans doute une des pires morts imaginables. Le sujet est traité dans le livre, étant donné qu’ils sont, effectivement, tous deux exécutés. L’agent chargé de l’enquête, Al Dewey n’assistait jamais à aucune exécution, excepté celles-ci, pour lesquelles il sentait qu’il se devait d’être présent. Différentes opinions sont données sur la question : certains expliquent pourquoi ils sont pour, d’autres pourquoi la peine de mort leur semble inutile. Les avocats des accusés utilisent la Bible (« Tu ne tueras pas », l’amour du prochain), tout comme ceux qui défendent la famille (la loi du Talion ; si quelqu’un tue, il doit mourir à son tour). Est mentionnée aussi le problème de la société qui réprime le crime par le crime, qui tue elle-même quand elle demande de ne pas tuer. Les exécutions sont racontées, et l’étonnement de l’agent est évoqué : les gens autour de lui parlent comme au café, normalement. L’un d’eux dit à son voisin que la pendaison n’est pas une mort douloureuse, et l’autre lui répond que, pourtant, il lui semble avoir entendu Hickock murmurer. Chacun a mis environ 20 minutes à mourir !! Même si le pendu ne sent rien parce que son cou est cassé net, qu’il perd conscience immédiatement, et que son cœur ne bat plus que de façon mécanique, cette exécution publique, ce spectacle est horrible, devrait révulser toutes les personnes qui y assistent ; or, ce n’est absolument pas le cas. C’est presque aussi effrayant que le manque de motif de Perry Smith ! Une des personnes venues voir arriver les accusés à la prison dans laquelle ils devaient attendre leur exécution a répondu, après qu’on lui a demandé quel châtiment devrait subir Smith et Hickoch, qu’ils devraient rester enfermés dans une cellule pour le restant de leur vie, sans distractions, l’un en face de l’autre, pour réfléchir et se repentir. Si seulement c’était possible !

Apparemment, la fin aurait été inventée par Truman Capote, afin de bien clore son livre. C’est, en tout cas, une sorte de boucle qui se ferme ; ceux qui restent sont toujours hantés par les Clutter, Nancy semble toujours vivre pour son amie, presque en son amie, puisque l’agent les compare.

Petit plus : l’écureuil Red m’a fait penser à Mister Jingles dans La Ligne verte de Stephen King ! Je me suis demandée si King ne s’était pas inspiré de Capote pour créer le personnage de la petite souris du coup !

 

Donc, un très bon livre, qui raconte le fait-divers, mais qui fait plus également : il nous montre un certain aspect de la société, et de l’homme, nous fait réfléchir sur la justice et la peine de mort, et nous laisse mal à l’aise, effrayé.

Mysteries of Winterthurn de Joyce Carol Oates

Posté : 22 août, 2017 @ 11:51 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Policier, Fantastique, Contemporaine Mysteries of Winterthurn

Editeur : Arena

Année de sortie :1986 

Nombre de pages : 482

Titre en français : Les Mystères de Winterthurn

Synopsis : I am happy to present here the three favourite cases of the great 19th century detective Xavier Kilgarvan. Each is, in its way, a classic – and each at the time gained notoriety for its cruel violence and brutality. There was even talk of preternatural forces emanating from the Manor.

Now, of course, with the hindsight of nearly a century, we may think about the inhabitant of Winterthurn as superstitious and naïve, yet the contemporary reader would do well to withhold such judgement, and to reflect that our ancestors, though less informed than ourselves, were perhaps more sensitive in comprehending Evil – and to reflect upon whether or not Justice ever holds sway.

Mysteries of Winterthurn

Appropriating the contents and style of Victorian melodrama for her own ends, Joyce Carol Oates has written a tantalizing pathology of violence, murder, mutilation, fear and bigotry – and underscored it with the insight and intelligence of one of the most accomplished novelists of our times.

‘A tour de force of mischievous proportions … an accomplished piece of subversion … the subtleties of Joyce Carol Oates’s autocritical feminist perceptions will take their place alongside the out-front challenges of the feminist presses’ The Listener

 

Avis : Dernier tome de la Trilogie gothique de Joyce Carol Oates, enfin !! (ce « enfin » ne voulant pas dire que la trilogie est inintéressante, ou ennuyeuse, mais que les livres sont gros et que je suis heureuse d’être arrivée au bout !)

Mysteries of Winterthurn, bien qu’étant le plus court tome de la « série », est celui qui m’a donné le plus de fil à retordre. D’abord, j’ai l’impression qu’il m’a pris plus de temps que les deux premiers, alors qu’il comporte moins de pages ! Ensuite, il m’a semblé assez différent de Bellefleur et d’A Bloodsmoor Romance ; en tout cas, je n’ai pas eu la même sensation d’être dans le livre, avec les personnages, je suis restée assez à l’extérieur. Du coup, je n’ai pas eu ce petit pincement de cœur en achevant la lecture. Dans Mysteries of Winterthurn, ce qui change vraiment par rapport aux deux premiers volumes est le fait qu’est introduite l’intrigue policière. Le personnage que nous suivons, Xavier Kilgarvan, est un détective consultant, qui fait son possible pour démêler les mystères qui ont lieu dans la petite ville de Winterthurn dans laquelle il est né. On retrouve alors deux gros éléments présents dans toute la trilogie : la grande famille riche, aristocratique même, divisée de deux façons, adultes/enfants et branche riche/branche pauvre, et la critique de la société, ici, plus spécifiquement, de l’absence de justice, de l’incompétence du gouvernement, de la police, de l’hypocrisie et de la prédominance des préjugés dans une petite ville. Comme Xavier, j’étais révulsée par la réaction des habitants face au présumé coupable et au véritable coupable, par l’absurdité de la police et des décisions judiciaires !! Ici encore, est traité le sujet du féminisme : des femmes soumises, ou indépendantes, des femmes qui travaillent, qui se marient. J’ai trouvé que c’était un peu moins dominant que dans les tomes précédents. Mais aussi, peut-être – et même sans doute ! - en raison de la présence de l’intrigue policière, j’ai trouvé que les éléments gothiques passaient un peu au second plan. Certes, on se trouve dans une petite ville, et, dans la première enquête, dans un manoir, tout ce qu’il y a de plus lugubre. On retrouve aussi l’ambiance gothique, avec meurtres, forêts, brume, apparitions fantomatiques, situations étranges, malédiction ; mais ce n’était pas aussi prononcé que dans les volumes précédents. Je n’ai pas été aussi emportée par l’histoire. Aussi, certains éléments m’ont agacé, notamment l’histoire d’amour qui se poursuit de la première à la dernière partie !

Concernant les personnages, Xavier Kilgarvan est un personnage assez attachant, sujet à des maux de tête dévastateurs, et sans doute doté de pouvoirs qui lui permettent de résoudre les mystères qui se présentent à lui. Son but dans la vie est d’éradiquer le crime, de faire régner la justice, de mettre fin à cet ersatz de justice qui a lieu dans la petite ville dans laquelle il vit, faite de préjugés, de racisme et de rumeurs. Sensible, il est complètement subjugué par un personnage féminin que je n’apprécie pas du tout, Perdita, sa cousine, qui joue avec lui sans qu’il s’en rende compte – ou pire, il s’en rend compte, mais ne peut que lui pardonner tant il l’aime ! Cette histoire d’amour fait d’autant plus de Xavier un homme maudit, à la fois par la profession qu’il s’est choisie et par sa dépendance par rapport à une femme qui se fiche de lui. Comme toujours dans ces romans, même quand il s’agit de personnages « secondaires », Joyce Carol Oates a développé et à donner une personnalité à chacun de ses personnages. J’ai particulièrement apprécié Thérèse, même si sa dévotion et sa retenue la rendent un peu agaçante.

La fin de chaque enquête est « atypique » : [SPOILER] en effet, contrairement à la plupart des romans policiers, ici, la justice ne triomphe pas ! Soit le coupable est lavé de tout soupçon alors qu’on sait qu’il est coupable !, soit on découvre une autre affaire sous la première, soit le coupable meurt sans que justice ait été rendue. Dans tous les cas, c’est assez frustrant ! [FIN DU SPOILER] Mon enquête « préférée » – si je peux employer ce mot – est la première, car elle possède le plus d’éléments gothiques, et que sa fin m’a laissée bouche bée !

 

Donc, un très bon roman, entre policier et fantastique ; mais je préfère tout de même Bellefleur et A Bloodsmoor Romance, bien plus gothique à mon sens.

A Bloodsmoor Romance de Joyce Carol Oates

Posté : 4 août, 2017 @ 11:56 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Drame, Fantastique A Bloodsmoor Romance

Editeur : Ecco

Année de sortie : 2013 [1982]

Nombre de pages : 752

Titre en français : La légende de Bloodsmoor

Synopsis : Finally returned to print, Joyce Carol Oates’s lost classic, the satirical, often surreal, and beautifully plotted Gothic romance that follows the exploits of the audacious Zinn sisters, whose nineteenth-century pursuit of adventurous lives turns a lens on contemporary American culture.

When their sister is plucked from the shores of the Bloodsmoor River by an eerie black-silk hot air balloon that sails in through a clear blue sky, the lives of the already extraordinary Zinn sisters are radically altered. The monstruous tragedy splinters the family, who must not only grapple with the mysteriosu and shameful loss of of their sister and daughter but also seek their way forward in the dawn of a new era – one that includes time machines, the spirit world, and the quest for women’s independence.

Breathlessly narrated in the Victorian style by an unnamed narrator who is herself shocked and disgusted by the Zinn sisters’ sexuality, impulsivity, and rude rejection of the mores of the time, the novel is a delicious filigree of literary conventions, « a novel of manners » in the tradition of Austen, Dickens and Alcott, which Oates turns on its head. Years ahead of its time, A Bloodsmoor Romance touches on murder and mayhem, ghosts and abductions, substance abuse and gender identity, women’s suffrage, the American sprititualist movement, and sexual aberration, as the Zinn sisters come into contact with some of the nineteenth century’s greatest characters, from Mark Twain to Oscar Wilde.

Pure Oates in its mordant wit, biting assessment of the American landscape, and virtuosic transformation of a literary genre we thought we knew, A Bloodsmoor Romance is a compelling, hilarious, and magical antiromance, a Little Women wickedly recast for the present day.

 

Avis :Encore un pavé, encore un livre parfait !

Je poursuis ma lecture des œuvres de Joyce Carol Oates pour le mémoire, même si je lis d’autres livres entre les différents tomes, histoire de ne pas lire la même chose tout le temps. A Bloodsmoor Romance est le second tome de la Trilogie gothique de l’auteur, et je dois dire que c’est une série assez spéciale. En effet, quand on voit « série », on se dit qu’on suit les mêmes personnages sur plusieurs tomes ; eh bien, pas chez Oates. Ici, on découvre des personnages complètement inédits, qui n’ont rien à voir avec la famille Bellefleur du premier tome. La seule continuité que l’on trouve : le clan familial, la réécriture gothique, et la division au sein de la famille. C’est assez troublant ; en fait, ces romans peuvent se lire complètement indépendamment les uns des autres, et je pense que le troisième tome n’est pas une exception puisque le sujet est carrément complètement différent des deux premiers tomes !

Comme le premier, ce tome m’a donné un peu de fil à retordre : le livre est gros, long, et possède, plus que Bellefleur, des périodes de creux. En effet, comme dans le volume précédent, l’auteur développe absolument tous ses personnages, ce qui rend le livre complexe et dense, mais ce qui donne aussi des passages un peu longs, soit parce qu’on n’apprécie pas ce personnage, soit parce qu’on veut passer directement à l’action dans le présent – parce que les histoires des personnages sont souvent des flashbacks, ou des explications a posteriori. Bien sûr, j’adore le fait que le lecteur se voit offrir l’opportunité de découvrir la vie de tous ; c’est, pour moi, un des gros points forts des œuvres de l’auteur. Mais, certains personnages m’intéressant moins, j’ai eu des petits moments creux pendant la lecture. Cela ne la gâche pourtant absolument pas !! En effet, A Bloodsmoor Romance, comme Bellefleur, est le genre de livres dans lequel je me sens bien, chez moi, comme Bleak House, ou The BFG – rien à voir !! C’est assez étrange, étant donné le nombre d’événements affreux qui arrivent, mais je veux dire que j’adore les livres qui suivent des familles à travers plusieurs générations, et dans lesquels il se passe des choses intéressantes. Aussi, j’ai adoré le fait que le narrateur est un personnage lié à la famille Kiddemaster/Zinn ; problème : on ne sait pas qui c’est !! C’est une femme, c’est sûr, mais laquelle ? Selon les indices qu’elle nous donne, je pense qu’il y a moyen de découvrir son identité. Elle fait souvent des commentaires sur ce qu’elle raconte, surtout sur la religion et la morale douteuse des sœurs Zinn. Et j’en viens à ce qui m’a particulièrement agacée dans ce livre – mais c’est fait exprès ici, bien sûr – : la misogynie constante de l’époque (environ 1850-1899), la façon dont la femme est traitée, et la façon dont elle se laisse faire ! Rah, le nombre de fois où je me suis énervée toute seule contre une phrase ou un personnage !! Déjà, la narratrice est le genre de femmes convaincues qu’elle doit être soumise à l’homme et à Dieu ; donc, elle ne cesse de « réprimander » les Zinn pour ce qu’elles font. Etant donné que le roman est une sorte de réécriture de Little Women de Louisa May Alcott, avec un petit mélange de Jane Austen et de Charles Dickens, je comprends bien que la narratrice, pour être un personnage féminin « réaliste » de l’époque, doit être comme ça ; mais c’est tellement énervant !! Bien sûr, comme Joyce Carol Oates est plutôt une auteur féministe, et qu’elle dénonce la condition féminine, on se retrouve avec plusieurs femmes rebelles dans ce livre : certaines sont « domptées » – ce qui m’a agacée aussi ! – et d’autres campent sur leurs positions. Le lecteur se retrouve donc avec des femmes qui sont offertes en mariage, comme de la viande à un animal, et qui n’ont, bien sûr, pas leur mot à dire, que ce soit sur le mari, ou sur le traitement qu’elles se voient offrir une fois mariées. J’ai adoré la rébellion de certaines femmes ! Ce thème de la condition féminine entraîne de nombreuses réflexions, notamment, donc, sur le mariage ; sur l’identité sexuelle aussi, puisque l’homosexualité est vue comme contre-nature à l’époque ; sur les droits des femmes, notamment à la fin ; sur leur sexualité – en fait, elles ne savent absolument rien de leur corps et de celui des hommes, elles ne savent pas comment on fait des enfants, elles ne savent pas ce qui se passent pendant « l’acte de l’union », elles ne savent RIEN ! – ; sur leur liberté, inexistante si elles veulent être des dames de la bonne société. A partir du moment où une femme veut faire quelque chose de sa vie, excepté avoir des enfants et contenter son mari, elle est immorale, et rejetée par la société – ou, en tout cas, par la « bonne » société, et par sa famille, évidemment ! J’ai adoré l’introduction, dans ce livre, du spiritualisme, avec les médiums, les fantômes, les esprits, et des séances assez effrayantes ! J’ai remarqué aussi qu’il y avait toujours un animal de compagnie particulier dans les deux romans – ici, un singe ! Bien sûr, comme c’est une réécriture de roman gothique, on retrouve beaucoup de thèmes qui appartiennent au genre : esprits, fantômes, malédiction, événements inexplicables, enlèvements, influence démoniaque, religion, ambiance lugubre, morts suspectes ou sanglantes, ou atroces. S’y ajoutent critique de la société, racisme – encore une scène de lynchage ici -, lutte de classes, division de la famille. En effet, exactement comme dans Bellefleur, la famille finit par se diviser en deux parties : les adultes d’un côté, dignes, qui portent le nom Kiddemaster ou Zinn avec fierté, et qui tentent d’en faire un nom irréprochable ; et les enfants, qui veulent voler de leurs propres ailes et se fichent de devoir faire honneur à leur nom ! Évidemment, l’écriture est toujours aussi excellente, même si l’auteur fait toujours des parenthèses gigantesques – je pense m’y être habituée, je l’ai moins remarqué que dans Bellefleur. Moins d’émotion par rapport au premier tome, mais elle est toujours présente quand même !

Concernant les personnages, comme je l’ai dit, Oates les développe tous à un moment donné, ce que je trouve génial, et ce qui rend le livre complexe et dense. Ils sont très nombreux, et ont tous une personnalité bien à eux. Je commence par Deirdre. Orpheline, elle a été adoptée par les Zinn, mais ne s’intègre pas dans la famille. C’est alors, encore une fois, qu’on se rend compte qu’il y a toujours plusieurs versions à une histoire, puisque cette non-intégration est vue du point de vue des sœurs Zinn, puis, de celui de Deirdre, et on comprend qu’elle n’ait pas réussi à se faire une place !! Deirdre est sans doute ma préférée. Mélancolique, elle est l’héroïne gothique par excellence, mais pas du genre naïve qui se laisse abuser par un homme, ou qui succombe au charme d’un séducteur qui en fait est un vampire. Tourmentée depuis l’enfance, elle a un lien avec le monde des esprits. Solitaire, elle n’a pas une vie facile, et le lecteur se rend vite compte qu’elle n’est pas comme les autres femmes : elle n’est pas attirée par la réputation ou par la société. Elle suit simplement son destin, ou ce qu’elle pense être son destin. Ses quatre demi-sœurs sont très différentes les unes des autres : Constance Philippa, l’aînée, très grande, déviante dans le sens où elle n’aime pas les mêmes choses que les autres filles, un peu rebelle dans l’âme, Octavia, très croyante, dévouée à tout le monde, sauf à elle-même, généreuse, une sainte, un ange, toujours là pour tout le monde, très sensible, la seule fille Zinn qui soit conforme à l’idée que sa famille se fait d’une bonne fille, Malvinia, celle que j’ai moins appréciée, cruelle, artificielle, séductrice, manipulatrice, méchante, égoïste, elle ne peut qu’à elle-même et veut toujours se mettre en avant, Samantha, intellectuelle, qui se fiche des bals et des « trucs de filles », qui ne pense qu’à son travail d’assistante auprès de son père, dans son atelier, ma préférée des sœurs, parce que celle à laquelle j’arrivais le plus à m’identifier. Le père, John Quincy Zinn, est inventeur, et je dois dire que mon avis sur lui a beaucoup évolué au fil du livre. Ses filles l’adorent, sa belle-famille le méprise ; j’ai commencé par l’apprécier, puis son comportement m’a exaspéré. Il se fiche de la vie autour de lui, il ne pense qu’à ses inventions, et néglige complètement sa vie de famille. L’auteur nous le présente comme l’inventeur d’un tas de choses qui existent encore aujourd’hui, dont une qui me l’a fait détester un petit moment ! Sa femme, Prudence, est assez difficile à cerner finalement. On la découvre jeune fille, et on ne comprend pas comme elle a fait pour devenir telle qu’elle est dans le présent, comme si le mariage l’avait transformée en une femme qu’elle n’est pas. D’autres personnages se trouvent dans le livre, comme Edwina, ou l’incarnation des préjugés [SPOILER] une femme que tout le monde méjuge en fait, ce qui est révélé à la fin !! [FIN DU SPOILER], Godfrey Kiddemaster, le père de Prudence, assez revêche, et persuadé qu’une malédiction poursuit sa famille, petit Godfrey, sur lequel j’ai une théorie [SPOILER] Je suis sûre que c’est lui qui a tué sa petite sœur, comme je suis sûre que, ce qu’il fait, il le fait exprès, que ce ne sont pas des incidents, que ce n’est pas du tout un petit ange innocent, et que, s’il n’était pas mort, il aurait fini par tuer aussi son petit frère !! D’ailleurs, pour l’épisode du puits, je suis sûre qu’il a voulu tuer Pip intentionnellement !! Donc, une petite peinture de la cruauté enfantine, en plus de celle de Malvinia ! [FIN DU SPOILER]

La fin … Joyce Carol Oates a un don pour écrire des fins qui laissent le lecteur bouche bée. C’est explosif : un énorme secret est révélé, auquel je ne m’attendais pas – contrairement à la majorité des événements qui arrivent au cours du livre, et auxquels je m’attendais, bizarrement -, et qui concerne quelqu’un que l’on ne soupçonne pas ! En refermant le livre, comme pour Bellefleur, j’ai eu envie d’y retourner, de retrouver les personnages, de vivre encore un peu avec eux. De plus, une question reste en suspens, comme dans le premier tome, à savoir, la vie après ce qui est arrivé à la fin ! 

 

Donc, un excellent livre, encore une fois, bourré d’éléments gothiques, qui suit une famille dans sa descente aux enfers !

Bellefleur de Joyce Carol Oates

Posté : 22 juillet, 2017 @ 8:54 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Bellefleur Genre : Contemporaine, Drame, Fantastique

Editeur : Ecco

Année de sortie :2012 [1980] 

Nombre de pages : 729

Synopsis : « Bellelfleur is proof … that Oates is one of the great writers of our time … a magnificent piece of daring, a tour de force of imagination and intellect. » -John Gardner, New York Times

A wealthy and notorious clan, the Bellefleurs live in a region not unlike the Adirondacks, in an enormous mansion on the shores of mythic Lake Noir. They own vast lands and profitable businesses, they employ their neighbors, and they influence the government. A prolific and eccentric group, they include several millionaires, a mass murderer, a spiritual seeker who climbs into the mountains looking for God, a wealthy noctambulist who dies of a chicken scratch.

Bellefleur traces the lives of several generations of this unusual family. At its center is Gideon Bellefleur and his imperious, somewhat psychic, very beautiful wife, Leah, their three children (one with frightening psychic abilities), and the servants and relatives, living and dead, who inhabit the mansion and its environs. Their story offers a profound look at the world’s changeableness, time and eternity, space and soul, pride and physicality versus love. Bellefleur is an allegory of caritas versus cupiditas, love and selflessness versus pride and selfishness. It is a novel of change, baffling complexity, mystery.

Written with a voluptuousness and startling immediacy that transcends Joyce Carol Oates’s early works, Bellefleur is widely regarded as a masterwork – a feat of literary genius that forces us « to ask again how anyone can possibly write such books, such absolutely convincing scenes, rousing in us, again and again, the familiar Oates effect, the point of all her art: joyful terror gradually ebbing toward wonder » (John Gardner).

 

Avis : J’ai ENFIN terminé ce livre !!

J’ai choisi d’étudier Bellefleur – ainsi que trois autres romans de Joyce Carol Oates - pour mon mémoire de Master 2. Je savais que j’allais adorer ce livre pour plusieurs raisons : d’abord, c’est une réécriture de roman gothique, et j’adore le gothique ! ; ensuite parce que j’ai lu Maudits dans l’année, et j’ai adoré le style d’écriture de l’auteur, ses réflexions, ses critiques à la fois de la société et de la religion, sa façon de développer ses personnages, de les rendre vivants, et attachants parfois en quelque sorte. Commençons par le fait que ce soit une réécriture de roman gothique ! L’auteur a repris la plupart des stéréotypes du gothique pour en faire un livre à la fois moderne et ancrée dans la tradition du genre. On y retrouve donc : des fantômes ; un château hanté, château qui peut être considéré comme un personnage, comme pour The Castle of Otranto d’Horace Walpole ; des personnages qui titubent au bord de la folie ; une nature sauvage difficile voire impossible à affronter ; des êtres maléfiques (vampire, démons, esprits de la montagne) ; une malédiction qui touche toute la famille, mais personne ne sait d’où elle vient, ni pourquoi elle touche les Bellefleur en particulier ; le thème du double ; le racisme, avec lynchages, insultes, et esclavage ; la religion, critiquée d’une façon assez magistrale par l’auteur, exactement comme dans Maudits ! Le lecteur se trouve ici face à une famille divisée : les adultes, qui sont en quête de pouvoir, d’argent, toujours plus, et qui ne s’occupent que de cette quête, et les enfants, qui veulent vivre une autre vie, une vie plus simple, dégagée de la cupidité et de l’égoïsme de leurs aînés. Parfois, j’ai été agacée par les adultes, qui ne cessent de reprocher à leurs enfants de ne pas se comporter en Bellefleur ! Au fil du livre, beaucoup de personnages disparaissent, et le lecteur se demande exactement ce qu’ils deviennent. Dans ce sens, on peut presque parler d’un narrateur en lequel on ne peut avoir entièrement confiance. Il fait des allusions à des personnages morts en sous-entendant qu’ils pourraient ne pas l’être. Pour d’autres, il n’y a aucun doute : le livre comporte des scènes de meurtres, et raconte clairement la mort de tous les personnages.

En parlant de mort, l’auteur nous offre une réflexion à son propos assez déroutante, notamment avec Hiram et Bromwell (je préfère vous laisser la surprise de la découvrir vous-mêmes !). On se retrouve aussi face à une religion qui, au lieu de mener vers la paix, l’amour et le bonheur, mène vers le mal, l’égoïsme, et rend ses disciples fous. J’ai eu l’impression que c’était, peut-être, moins « virulent » que dans Maudits ; mais, clairement, la voie de la religion n’est pas la bonne pour les personnages. On suit notamment l’un d’eux qui s’est mis en tête de voir le visage de Dieu, et un autre, qui, à la fin, se tourne vers une église qui ne fait que lui prendre de l’argent, et qui ressemble plus à une secte. Concernant le style d’écriture de l’auteur, je peux comprendre que certains ne l’aiment pas. En effet, si l’auteur écrit merveilleusement bien, elle introduit dans son texte de très longues parenthèses qui cassent le rythme de ses phrases, et qui peuvent paraître lourdes. Souvent, elle parle d’un personnage en particulier, ou raconte une anecdote. Malgré tout, j’ai adoré ce style !

Avec ses 729 pages, pas étonnant que les personnages de Bellefleur soient tous très bien développés ! L’auteur s’attarde sur chacun d’eux à un moment donné, même si certains sont clairement des protagonistes, par rapport à d’autres qui sont secondaires. On les suit tous dès leur jeunesse, parfois jusqu’à leur mort – et souvent, on ne s’attendait pas à ce que ces personnages meurent ! Les protagonistes sont clairement Gideon Bellefleur, sa femme Leah et sa fille Germaine. Gideon, jeune homme, est tombé fou amoureux de Leah ; adulte, il est amer. C’est un de mes personnages préférés dans le livre ; il veut rester fidèle à lui-même, et sombre dans le désespoir. Leah, quant à elle, est une femme assez étrange. Jeune fille, elle avait une araignée énorme pour animal de compagnie … Autant vous dire que ces passages ont été difficiles à lire pour moi !! Elle est obsédée par une mission qu’elle seule peut mener à bien, selon elle. Convaincue, elle ne pense qu’à cela, et oublie les autres autour d’elle. Elle a un caractère spécial : méchante, cruelle parfois, et pourtant fragile, parfois même douce ! Elle aussi est un de mes personnages préférés ! Germaine, elle aussi, fait partie de mes préférés : on la suit de sa naissance à ses quatre ans. Douée de pouvoirs, elle est plus intelligente que la moyenne, voit et sent les choses. Mais elle reste un bébé, qui a besoin d’amour et de ses parents. Elle m’a brisé le cœur à la fin – autant vous le dire, ça ne finit pas bien ! Il y a énormément d’autres personnages, vivants et morts : Ewan, le frère de Gideon, un ours humain, une brute qui finira de manière bizarre ; Lily, sa femme, effacée, plaintive, un peu agaçante ; Noel, le grand-père, et sa femme Cornelia, lui assez bourru, qui s’adoucit au contact de Leah, elle assez réticente face à Germaine, monstrueuse à sa naissance ; Bromwell, le fils de Leah et Gideon, très intelligent, qui se fiche des affaires de sa famille ; sa sœur jumelle, Christabel, qui a l’air assez simple enfant – son frère l’appelle « half-witted » ! – et qui se rebelle en grandissant ; Yolande, la fille d’Ewan et Lily, à qui il arrive une chose affreuse ; Vernon, le poète, fils d’Hiram, un de mes personnages préférés lui aussi, il ne pense absolument pas comme sa famille, ce qui le rend marginal ; Raphael, le fils d’Ewan et Lily, lui aussi très différent de sa famille, qui ne parvient pas à se soucier d’eux, qui rêve d’une autre vie, qui se rend compte qu’il y a plus que les Bellefleur, et qui déteste ce nom comme Vernon ; Elvira, l’arrière-grand-mère, toujours indépendante, toujours lucide, même à 100 ans ! Tant d’autres personnages venus du passé ! Jedediah, qui cherche Dieu dans les montagnes, Germaine, la femme de son frère Louis, qui, elle aussi, voit les choses – un double de la petite Germaine ? -, Jean-Pierre, le fondateur de la lignée Bellefleur en Amérique, dont le cœur a été brisé prématurément, Violet, la femme de Raphael, que l’on connaît d’abord par sa mort, Raphael lui-même, dont les requêtes après la mort sont très étranges ! J’ai adoré découvrir l’histoire de chaque membre de la famille !

La fin est explosive ! Je ne m’y attendais pas du tout, mais, en y réfléchissant, c’est assez logique. [SPOILER] A nouveau, la lignée des Bellefleur est menacée, mais qui pourrait la perpétuer, comme Jedediah l’a fait dans les années 1820 ? [FIN DU SPOILER] En refermant le livre, malgré le temps que la lecture m’a pris, je me suis sentie un peu triste de quitter la famille Bellefleur !

 

Donc, une formidable « saga » familiale, qui amène beaucoup de réflexions au lecteur, qui reprend tous les stéréotypes du gothique pour faire de ce livre un coup de cœur !

Leaves of Grass de Walt Whitman

Posté : 13 mai, 2017 @ 1:09 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : PoésieLeaves of Grass

Editeur : Aubier-Flammarion

Année de sortie : 1972

Nombre de pages : 501

Titre en français : Feuilles d’herbe

Synopsis : Pas de synopsis, édition recouverte par l’université.

 

Avis : Plusieurs fois, ce livre a été cité dans des œuvres que j’aime beaucoup, comme dans Le Dead Poets Society ou Specimen Days de Michael Cunningham. Il était donc temps que je le lise enfin !

D’abord, petite déception en constatant que cette édition ne contient pas le fameux poème « O Captain! My Captain! » rendu célèbre par le professeur Keating dans Dead Poets Society ! Je l’ai lu en version numérique, mais j’aurais aimé le lire en version papier !

J’ai un sentiment un peu partagé sur ce livre. D’un côté, il était formidable, j’ai été parfois complètement emportée par la vision de l’auteur, par le voyage qu’il nous propose, par ses convictions sur la vie, la mort, la guerre, la paix, la démocratie. Certains passages sont magnifiques, et on rejoint mon carnet de citations. Le poète nous fait réfléchir, nous montre que nous n’avons pas compris comment vivre, et comment penser les choses, comment les voir, en quoi elles ont de la valeur. Dans sa poésie, la Nature est essentielle : il ne cesse de parler d’elle, des végétaux, des animaux. Il est proche d’eux, il les comprend. L’homme aussi est essentiel, le plus important même peut-être : son corps est divin, il est immortel, sa vie ne se compte pas en années et il est complètement libre. Bien sûr, les poèmes sont aussi très centrés sur l’Amérique : sont mentionnés la guerre de Sécession, la démocratie, le président Lincoln, ainsi que plusieurs Etats américains. Le thème de l’esclavage est aussi abordé : rien ne doit être mis au-dessus de la vie d’un homme. Clairement, le combat du poète était contre tout asservissement ou exploitation de l’homme. Aussi, le poète (ou sujet lyrique) peut paraître assez arrogant dans les premiers poèmes, et il le dit lui-même à certains moments : mais cela ne gêne pas la lecture. Le lecteur découvre plusieurs corps de métier : des fermiers, des pêcheurs de baleine, des pompiers, etc. Cela, ainsi que la disposition en vers qui ne riment pas, fait de la poésie de Walt Whitman une poésie moderne : il parle de son temps, et en même temps, il parle de tout temps, de l’infini, de l’univers, de l’Homme.

D’un autre côté, je n’ai pas toujours été transportée. Certains passages ne m’ont pas touchée : je ne sais pas si c’est parce que je ne suis pas Américaine, parce que je ne connais pas les lieux dont parle Walt Whitman, ou si c’est parce que je m’attendais à la même spiritualité partout. L’écriture est toujours aussi belle, mais le sujet ne me captive pas. Aussi, un passage en particulier m’a dégoûtée, même si je sais que c’était l’usage à l’époque : le poète raconte que des chasseurs tuent une baleine, et décrit sa mort. D’accord, j’ai lu Moby Dick, mais tous les passages qui racontent la mort d’une baleine m’ont dégoûtée tant cette mort a l’air douloureuse ! Et puis, dans ce roman, je m’y attendais, pas ici !

Comme vous voyez, les points négatifs sont minimes, mais ils font en sorte que Leaves of Grass ne soit (pas encore !) un coup de cœur. Je le relirai sans doute, de nombreuses fois même, parce que je pense que ce livre renferme un trésor qu’il faut du temps pour déterrer complètement.

 

Donc, un merveilleux recueil, qui fait réfléchir et voir la vie différemment, même s’il comporte des passages qui ne m’ont pas touchée. A lire et relire !

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