Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

The Lottery and Other Stories de Shirley Jackson

Posté : 1 mars, 2018 @ 10:21 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Nouvelle, Horreur, ClassiqueNovels and Stories Shirley Jackson

Editeur : Library of America

Année de sortie : 2010 [1949]

Nombre de pages : 239

Titre en français : La loterie et autres nouvelles

Synopsis : « The world of Shirley Jackson is eerie and unforgettable », writes A. M. Homes. « It is a place where things are not what they seem; even on a morning that is sunny and clear there is always the threat of darkness looming, of things taking a turn for the worse. » Jackson’s characters – mostly unloved daughters in search of a home, a career, a family of their own – chase what appears to be a harmless dream until, without warning, it turns on its heel to seize them by the throat. We are moved by these characters’ dreams, for they are the dreams of love and acceptance shared by us all. We are shocked when their dreams become nightmares, and terrified by Jackson’s suggestion that there are unseen powers – « demons » both subconscious and supernatural – malevolently conspiring against human happiness.

In this volume Joyce Carol Oates, our leading practitioner of the contemporary Gothic, presents the essential works of Shirley Jackson, the novels and stories that, from the early 1940s through the mid 1960s, wittily remade the genre of psychological horror for an alienated, postwar America. She opens with The Lottery (1949), Jackson’s only collection of short fiction, whose disquieting title story — one of the most widely anthologized tales of the 20th century — has entered American folklore. Also among these early works are « The Daemon Lover », a story Oates praises as « deeper, more mysterious, and more disturbing than « The Lottery »", and « Charles », the hilarious sketch that launched Jackson’s secondary career as a domestic humorist. Here too are Jackson’s masterly short novels The Haunting of Hill House (1959), the tale of an achingly empathetic young woman chosen by a haunted house to be its new tenant, and We Have Always Lived in the Castle (1962), the unrepentant confessions of Miss Merricat Blackwood, a cunning adolescent who has gone to quite unusual lengths to preserve her ideal of family happiness. Rounding out the volume are 21 other stories and sketches that showcase Jackson in all her many modes, and the essay « Biography of a Story », Jackson’s acidly funny account of the public reception of « The Lottery », which provoked more mail from readers of The New Yorker than any contribution before or since.

 

Avis : J’ai lu The Haunting of Hill House (La maison hantée) en janvier, et je garde un souvenir impérissable de cette lecture ! J’ai donc continué ma découverte de Shirley Jackson avec son seul recueil de nouvelles, The Lottery !

J’ai rarement lu une collection d’histoires aussi cruelles !! Toutes ont quelque chose de dérangeant, de perturbant, d’impossible à supporter. La plupart d’entre elles se passe dans une maison ou un appartement, dans un lieu qui est donc censé être sûr, un lieu dans lequel on se sent bien, un chez-soi ; mais les chez-soi ne sont jamais des endroits sûrs avec Shirley Jackson ! Dans chacune de ces nouvelles, je me suis sentie mal à un moment donné. Comme dans la plupart des recueils, certaines histoires sont meilleures que d’autres ; mais, globalement, ce recueil est équilibré. Il est divisé en cinq parties, toutes introduites par un extrait d’une même œuvre – extrait qui m’a toujours paru incompréhensible ! La plupart des noms de personnages reviennent, ce qui crée une petite confusion parfois pour le lecteur – mais, évidemment, c’est le but ! En gros, Shirley Jackson nous invite dans un enfer quotidien, peuplé d’hommes et de femmes violents ou indifférents, où le bonheur n’existe pas, tout comme la tranquillité d’esprit ! Les personnages ne sont jamais en sécurité, jamais stables, menacés soit par la folie, soit par la mort.

La première partie regroupe : « The Intoxicated », étrange par sa représentation d’une génération que la tranche d’âge précédente ne comprend pas ; « The Daemon Lover », une des nouvelles les plus cruelles, dans laquelle une femme attend un homme qui lui a promis de l’épouser ; « Like Mother Used to Make », encore plus cruelle que la précédente, cette nouvelle m’a vraiment donné mal au ventre, et m’a fait reposer le livre un moment ! Cela m’a fait penser que l’auteure affectionne les personnages qui ne réagissent pas, qui ne cherchent pas à se sortir de situations intolérables ! « Trial by Combat » raconte l’histoire d’une femme qui ne sait pas quoi faire contre sa voisine qui  lui vole ses affaires ; « The Villager » est aussi dérangeant, comme certaines autres nouvelles, on assiste à une sorte de vol de vie, d’identité. Encore une fois, Shirley Jackson semble aimer les personnages qui n’ont pas d’identité, et qui sont tentées de s’en forger une autre, ou de voler celle de quelqu’un d’autre pour exister, ce que je trouve assez perturbant ! « My Life with R. H. Macy » était moins bonne, et montre la mécanisation des grands commerces, dans lesquels les employés ne sont plus que des numéros.  

Dans la deuxième partie : « The Witch » que j’ai beaucoup aimé, qui inverse les codes habituels de la sorcière ; « The Renegade », qui traite d’une femme dont le chien est accusé d’avoir tué des poules, et qui tente de réfléchir à comment le sauver. Ces deux nouvelles sont perturbantes parce qu’elles mettent en scène des enfants qui ne se rendent visiblement pas compte de ce qu’ils disent – ou, si c’est le cas, ça fait encore plus peur ! Ils sont extrêmement violents dans ce qu’ils disent vouloir faire, ce que le lecteur n’a pas forcément l’habitude de voir chez des enfants ! « After You, my Dear Alphonse » met encore en scène des enfants, mais ici, c’est surtout la couleur de peau qui est mise en avant. Mrs Wilson veut aider Boyd et sa famille parce qu’ils sont noirs, et est outrée quand il refuse son aide en expliquant qu’ils ont tout ce dont ils ont besoin. Charité mal placée, quand tu nous tiens ! J’ai adoré « Charles », et je me doutais que la chute allait être de ce genre ! [SPOILER] Je me doutais que Charles n’existait pas, et je me demande si le petit est schizophrène ou s’il souhaiterait être comme Charles ! [FIN DU SPOILER] « Afternoon in Linen » fait partie des nouvelles que j’ai moins aimé, à l’inverse de « Flower Garden », encore une fois bien cruelle, et qui traite du racisme de certaines familles, et même, de certains villages entiers ! « Dorothy and my Grandmother and the Sailors » était aussi un peu moins bonne, et traite, pour moi, de manière sous-jacente, de sexualité.

La troisième partie comporte : « Colloquy », qui fait deux pages, et qui m’a laissé perplexe ; « Elizabeth », qui montre la journée d’une femme, journée assez morose durant laquelle on se rend compte qu’elle n’a pas du tout la vie dont elle rêvait. La fin laisse présager que cela pourrait s’améliorer … ou que rien ne va se passer ! « A Fine Old Firm » fait partie des nouvelles moins bonnes, et est assez étrange – comme toutes les autres bien sûr mais, j’ai eu un mauvais pressentiment tout le long de cette histoire, comme si un des personnages mentait. Je n’ai pas vraiment apprécié « The Dummy » non plus, encore une nouvelle dérangeante, surtout dans la façon dont la femme du marionnettiste est traitée, et dans le fait qu’elle reste et ne bronche pas ! J’ai aimé « Seven Types of Ambiguity » ; l’action se déroule dans une librairie ! Mais la fin est encore une fois assez cruelle ! Même cas pour « Come Dance with Me in Ireland » : j’ai apprécié l’histoire, et la fin est un petit pied-de-nez au lecteur !

La quatrième partie : « Of Course », assez dérangeant dans le sens où l’héroïne ne peut absolument pas donner son avis ou parler de choses agréables sans que sa nouvelle voisine ne trouve quelque chose à redire ; j’ai aimé la fin ! « Pillar of Salt » raconte le voyage d’un couple à New York. Ici, c’est perturbant parce qu’ils sont censés passer un super moment ensemble, ils ont idéalisé ce voyage, et tout tombe peu à peu à l’eau. « Men With Their Big Shoes » est affreux !!! La dernière phrase tombe comme un couperet, et le lecteur se rend compte que l’héroïne va vivre un enfer ! « The Tooth » raconte le voyage d’une femme à New York pour se faire enlever une dent : assez étrange, et centré sur une dent qui ne veut pas guérir, et qui entraîne sa propriétaire vers un homme qui ne cesse d’apparaître. « Got a Letter from Jimmy » est percutante, puisque la nouvelle ne fait que deux pages, mais assez étrange puisque, sans contexte, le lecteur ne comprend pas tout. Enfin, arrive « The Lottery » ! Il paraît que cette nouvelle a inspiré Hunger Games ; c’est vrai que cela peut vaguement y faire penser. Encore une fois, une histoire cruelle ; je ne m’attendais pas à la fin !

L’épilogue consiste en un poème, « The Daemon Lover » de James Harris, encore l’histoire cruelle d’une femme qui se fait avoir par le diable, dont elle est tombée amoureuse !

 

Donc, un recueil de nouvelles perturbant, intéressant à lire, qui montre un enfer différent.

 

The Haunting of Hill House de Shirley Jackson

Posté : 7 janvier, 2018 @ 1:57 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Classique, Horreur Novels and Stories Shirley Jackson

Editeur : Library of America

Année de sortie : 2010

Nombre de pages : 174 (783 en comptant les autres romans et les nouvelles)

Titre en français : Maison hantée ou Hantise ou La maison hantée

Synopsis : « The world of Shirley Jackson is eerie and unforgettable », writes A. M. Homes. « It is a place where things are not what they seem; even on a morning that is sunny and clear there is always the threat of darkness looming, of things taking a turn for the worse. » Jackson’s characters – mostly unloved daughters in search of a home, a career, a family of their own – chase what appears to be a harmless dream until, without warning, it turns on its heel to seize them by the throat. We are moved by these characters’ dreams, for they are the dreams of love and acceptance shared by us all. We are shocked when their dreams become nightmares, and terrified by Jackson’s suggestion that there are unseen powers – « demons » both subconscious and supernatural – malevolently conspiring against human happiness.

In this volume Joyce Carol Oates, our leading practitioner of the contemporary Gothic, presents the essential works of Shirley Jackson, the novels and stories that, from the early 1940s through the mid 1960s, wittily remade the genre of psychological horror for an alienated, postwar America. She opens with The Lottery (1949), Jackson’s only collection of short fiction, whose disquieting title story — one of the most widely anthologized tales of the 20th century — has entered American folklore. Also among these early works are « The Daemon Lover », a story Oates praises as « deeper, more mysterious, and more disturbing than « The Lottery »", and « Charles », the hilarious sketch that launched Jackson’s secondary career as a domestic humorist. Here too are Jackson’s masterly short novels The Haunting of Hill House (1959), the tale of an achingly empathetic young woman chosen by a haunted house to be its new tenant, and We Have Always Lived in the Castle (1962), the unrepentant confessions of Miss Merricat Blackwood, a cunning adolescent who has gone to quite unusual lengths to preserve her ideal of family happiness. Rounding out the volume are 21 other stories and sketches that showcase Jackson in all her many modes, and the essay « Biography of a Story », Jackson’s acidly funny account of the public reception of « The Lottery », which provoked more mail from readers of The New Yorker than any contribution before or since.

 

Avis : J’appréhendais un peu de lire Shirley Jackson mais, étant donné qu’elle est une figure emblématique du gothique, il fallait bien que j’y mette un jour ! Et ce livre a été un choc …

En fait, je pensais que les œuvres de cette auteure seraient difficiles à lire, qu’elles me prendraient beaucoup de temps, qu’elles seraient exigeantes, et, pour tout dire, que je n’aimerais pas. PREJUGE !! Parce que j’ai ADORE The Haunting of Hill House !! D’abord, j’ai aimé le personnage d’Eleanor, et sa façon de rêver constamment. Elle pense en termes de contes de fées, ce qui rend ses rêveries poétiques et agréables à lire : le lecteur a envie d’entrer avec elle dans l’histoire et de rêver un peu lui aussi. Cela lui permet, en quelque sorte, de se construire une identité ; en effet, un thème important du livre est la perte ou l’absence d’identité. Elle n’a personne (qui l’aime et qu’elle aime) et nulle part, elle n’a pas de vie à elle, puisqu’elle s’occupait de sa mère malade avant que celle-ci décède ; cela rend son histoire déjà très triste, mais son excursion à Hill House va en rajouter une couche … En effet, elle est contactée par le Dr. Montague pour vivre quelques jours dans une maison considérée comme hantée : Hill House. Elle rencontre alors trois personnes avec qui elle va vivre, et, pour la première fois, elle pense qu’elle a trouvé sa place quelque part. [SPOILER] En fait, si ce livre est si triste, c’est parce que le rêve d’Eleanor et la réalité sont tellement différents, et que tout ce qu’elle pense vivre n’est en fait qu’une illusion. Donc, quand la maison tente d’atteindre Eleanor, de lui parler, de communiquer avec elle, elle devient euphorique, même si elle a peur, et même si elle ne veut pas être exclue du groupe qu’elle vient de rencontrer. Elle pense qu’elle a enfin trouvé sa place, qu’elle a trouvé un chez-soi. « Journeys end in lovers meeting », « Les voyages se terminent par la rencontre des amoureux » … mais le seul amour d’Eleanor semble être la maison, Hill House. Difficile d’apprécier les personnages secondaires : Luke est un jeune homme égoïste qui aime s’apitoyer sur son sort et séduire des femmes grâce à cela, et Theodora est une femme tellement haineuse ! Elle semble toujours vouloir être le centre d’attention, et n’apprécie pas le fait qu’Eleanor puisse être choisie par la maison. Elle peut sembler adorable, mais elle est surtout hypocrite. Elle est proche d’Eleanor, mais elle est aussi cruelle, et méchante ; elle la rejette, alors que l’héroïne pensait qu’elle l’appréciait. [FIN DU SPOILER] Même si elles semblent très proches, il semble clairement y avoir une sorte de compétition entre les jeunes femmes : Theodora veut être la plus brave, mais elle veut aussi être celle qu’on a envie de protéger.

J’ai adoré l’atmosphère de ce livre, et de Hill House ! C’est très sombre, mais aussi « cosy » dans les pensées d’Eleanor quelques fois. Hill House est perverse, malveillante, la parfaite maison-personnage de cauchemar, et le lecteur frissonne avec les personnages quand quelque chose arrive. La folie n’est pas loin : le comportement d’Eleanor, Luke, Theodora et le Dr. Montague change au fil des pages, ils poussent des rires hystériques, des petits gloussements nerveux, ils se lancent des regards les uns les autres pour vérifier qui a peur et qui garde son sang-froid, ils tentent d’expliquer des choses inexplicables. Le livre est parsemé de manifestations surnaturelles mais, ne vous attendez SURTOUT PAS à une histoire de fantômes ordinaire ; The Haunting of Hill House est plus psychologique, centré sur les pensées et les réactions des personnages, et surtout celles d’Eleanor.

Là, vous vous dites : « Mais où est la section « personnages » ?! » J’en parle dans le spoiler plus haut ; je pense ne pas pouvoir vous parler des personnages sans spoiler des éléments du livre. Il est mieux d’entrer dans The Haunting of Hill House en sachant que 1) Eleanor est une jeune fille perdue et empathique qui arrive dans une maison avec trois inconnus, 2) que ce n’est pas une histoire de fantômes, 3) que la maison est démoniaque ! 4) que c’est TRES gothique, 5) que c’est très très bien écrit !! J’ai beaucoup aimé les procédés qu’emploie Shirley Jackson ici : l’absence d’identité, la maison-personnage, mais aussi une espèce de malédiction, la folie qui apparaît peu à peu, la méfiance, le fait que, d’une certaine façon, Eleanor est un narrateur en lequel le lecteur ne peut pas avoir confiance, l’angoisse qui prend le lecteur et les personnages !

La fin … C’est d’une tristesse !! J’ai besoin d’en parler, alors [SPOILER] Pourquoi Eleanor ne peut-elle pas tout simplement trouver le bonheur ? Bien sûr, la maison l’a choisie parce qu’elle n’a personne vers qui retourner, personne à qui elle est attachée et pas de chez-soi vers lequel revenir ; ce bonheur est malveillant – étant donné que la maison a quand même tenté de la tuer ! – et Eleanor doit quitter Hill House. Mais le docteur ne se rend pas compte que, si elle part, elle meurt : où peut-elle trouver le bonheur excepté auprès de la maison, qui ressemble vraiment au « lover » de la chanson qu’Eleanor ne cesse de chanter ? Mon cœur s’est brisé en mille morceaux. [FIN DU SPOILER]

 

Donc, un excellent roman gothique, qui présente Eleanor et Hill House, deux êtres qui me hanteront longtemps.    

The Scarlet Letter de Nathaniel Hawthorne

Posté : 22 novembre, 2017 @ 1:39 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Classique The Scarlet Letter

Editeur : Penguin English Library

Année de sortie  : 2012 [1850]

Nombre de pages : 250

Titre en français : La lettre écarlate

Synopsis : Fiercely romantic and hugely influential, The Scarlet Letter is the tale of Hester Prynne, imprisoned, publicly shamed and forced to wear a scarlet ‘A’ for committing adultery and bearing an illegitimate child, Pearl. In their small Puritan village, Hester and her daughter struggle to survive. But in this searing study of the tension between private and public existence, Hester Prynnne’s inner strength and quiet dignity make her one of the first great heroines of American fiction.

 

Avis : Encore de la fiction ! Définitivement, je n’aurais pas été capable de ne lire que de la non-fiction pendant un mois entier !

The Scarlet Letter a été publié avec la mention de « romance », exactement comme The House of the Seven Gables, du même auteur, que j’ai lu le mois dernier, et que je n’ai pas aimé du tout. Autant vous dire que j’avais un peu peur de ne pas apprécier non plus ce roman, qui est généralement plus connu et plus aimé. Eh bien, j’avais tort ; d’un roman à un autre, notre opinion sur un auteur peut changer. En effet, ici, je n’ai pas ressenti d’ennui, et j’ai plutôt aimé le style d’écriture : dès le début, avec sa mention du buisson de roses, l’auteur m’a charmée. Par la suite, j’ai beaucoup aimé sa façon de faire s’exprimer les personnages, l’espèce de poésie que l’on retrouve un peu partout, ainsi que l’ironie et la légère moquerie que le lecteur ressent quand le narrateur parle des notables, des gouverneurs, ou de la religion parfois. Pourtant, généralement, dans le livre, la religion est bien vue, et même mise en avant ; en effet, si Hester Prynne doit porter la lettre écarlate, c’est pour se repentir de son péché, l’adultère – péché qui n’est jamais nommé une seule fois dans tout le roman. Il est donc fréquent que le narrateur se laisse aller à nous parler de péché, de rédemption, de morale ; mais aussi d’hypocrisie, d’apparence, de contradictions. Les habitants du village veulent qu’Hester paie pour son crime, veulent la voir publiquement humiliée – elle doit porter la lettre écarlate jusqu’à la fin de sa vie -, mais, au fil du temps, ils se prennent d’affection pour elle, et la lettre prend une autre signification : son A peut toujours vouloir dire « Adultery », mais aussi « Able », et même est mentionné le nom d’ »Angel ». Pourtant, la lettre reste une punition : Hester vit recluse, même si elle participe par son commerce à la vie du village ; elle est regardée de haut par tous comme une pécheresse ; certains pensent même qu’elle aurait dû être condamnée à mort pour avoir trompé son mari ! En effet, le lecteur est plongé dans la période du récit, chargée de puritanisme sévère : on punit facilement de mort, la clémence est peu pratiquée, le péché est mis en avant pour dissuader les autres – ce qui ne fonctionne absolument pas, vu le nombre de pêcheurs qu’Hester voit se révéler au grand jour à cause de sa lettre ! Ce puritanisme s’accompagne d’hypocrisie, ce qui permet au roman de ne pas tomber dans le moralisme : en effet, les habitants qui punissent Hester pêchent eux aussi, mais dans l’ombre. L’apparence, même dans la religion, revêt une plus grande importance que la réalité [SPOILER] ainsi, l’homme avec qui Hester a pêché, Mr. Dimmesdale, est considéré comme un ange par absolument tout le village, y compris Hester, alors qu’il se considère comme le pire pêcheur qui soit, parce qu’il n’a pas la force d’être humilié publiquement comme sa compagne, parce qu’il ajoute au péché de l’adultère le péché du mensonge, et prêche la parole de Dieu quand il ne s’en sait pas digne. Cette question de l’apparence de bonté alors que la réalité est bien plus sombre se retrouve aussi dans The Accursed de Joyce Carol Oates. [FIN DU SPOILER] Des nuances fantastiques apparaissent dans le roman, notamment avec l’allusion aux sorcières de Salem, la présence du diable dans la forêt proche du village, les effets de la lettre écarlate sur Hester, avec la petite Pearl, une enfant douée d’une prescience étrange, les effets de la culpabilité et de la vengeance sur certains personnages aussi : [SPOILER] la lettre écarlate marquée au fer rouge sur la peau de Mr. Dimmesdale et la disparition, tel un fantôme vengeur, de Roger Chillingworth. [FIN DU SPOILER] Enfin, j’ai trouvé quelques réflexions quasi féministes quand l’auteur parle de la place de la femme dans la société ! Cette impression est renforcée par le personnage d’Hester Prynne !

En effet, Hester Prynne n’est pas la femme habituelle que l’on retrouve dans les romans classiques ; elle n’est pas soumise à sa condition, elle n’est pas résignée, ni silencieuse. Quand on l’humilie publiquement pour son péché, elle fait montre de sa force et de son esprit de rébellion en souriant à la foule ; elle fait tout ce qu’elle peut pour montrer qu’elle n’a pas honte, qu’elle n’est pas brisée. Bien sûr, elle est honteuse, elle se sent humiliée, marginalisée ; mais sa force est telle qu’elle le cache, continue à vivre, élève sa fille, et devient une figure importante dans ce village qui l’a pourtant dédaignée. Ce personnage est tout simplement impressionnant ; et, comparé à elle, son amant est bien faible ! Elle est capable de supporter leur faute pour deux, elle est capable de braver les conventions pour sa fille et celui qu’elle aime, elle est capable d’habiller Pearl de telle sorte que celle-ci devient l’incarnation vivante de la lettre écarlate ! (ce qu’elle est en fait déjà puisqu’elle est le résultat de son péché) Plus je parle d’elle, et plus je me rends compte que j’ai adoré ce personnage, et qu’Hester Prynne fait son chemin dans la liste de mes personnages préférés ! Sa petite fille, Pearl, est également un personnage que j’ai beaucoup apprécié. Mélange de fée, de démon et d’elfe, elle est sauvage, et très étrange. On dirait qu’elle est douée de pouvoirs particuliers qui lui permettent de reconnaître les autres personnages pour ce qu’ils sont vraiment ; aussi, elle peut paraître très cruelle avec sa mère, ce qui fait d’elle un châtiment autant qu’un don. Roger Chillingworth est tout à fait détestable, mais le lecteur ressent aussi de la pitié pour lui en comprenant pourquoi il en est arrivé là. Mr. Dimmesdale semble la bonté incarnée, et sa souffrance fait peine à voir. [SPOILER] Qu’est-ce qu’il est faible comparé à Hester ! Il ne semble retrouver de la force qu’en sa présence, et au moment de sa mort, où il se confesse enfin devant tout le village, reconnaît qu’il est l’amant d’Hester et le père de Pearl. Il était évident qu’il ne quitterait pas le village, comme cela avait été organisé par Hester. Roger, lui, semble le démon fait pour tourmenter Arthur ; son aspect physique prend la forme d’un vieil être décrépi, rongé par la vengeance, incapable de redevenir l’érudit et l’humain qu’il était. [FIN DU SPOILER] D’autres personnages se trouvent dans le roman, mais ils ont moins d’importance, sont plus en arrière-plan.

La fin était un peu évidente ; j’ai aimé découvrir ce qu’il advient d’Hester, mais surtout de Pearl. J’ai aussi aimé que leur histoire se transforme en légende et soit chargée de magie. Les dernières lignes m’ont fait chaud au cœur, et rappelle ce qu’a dit Hester à son amant avant qu’il meurt : « Shall we not meet again? [...] Shall we not spend our immortal life together? »

 

Donc, un excellent classique, très proche du coup de cœur !  

The Lost Landscape: A Writer’s Coming of Age de Joyce Carol Oates

Posté : 5 novembre, 2017 @ 6:19 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Mémoire The Lost Landscape

Editeur : Fourth Estate

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 353

Titre en français : Paysage Perdu, publié aux éditions Philippe Rey

Synopsis : A momentous memoir of childhood and adolescence from one of the world’s finest and most beloved writers.

In The Lost Landscape, Joyce Carol Oates vividly re-creates the early years of her life in New York State, powerfully evoking the romance of childhood and the way it colours everything that comes afterwards. From her first friendships to her first experiences with death, The Lost Landscape is an arresting account of the ways in which Oates’s life and writing were shaped by early childhood and a tough rural upbringing.

In this candid and moving recounting of her early years, Oates explores the world through the eyes of her younger self and reveals her nascent experiences of wanting to tell stories about the world and the people she meets. Oates renders her memories and emotions with exquisite precision – to transport the reader to the lost landscape of the writer’s past but also to the lost landscapes of our own earliest, and most essential, lives.

 

Avis : J’ai lu quelques romans de Joyce Carol Oates, et, comme Nonfiction November commence, je me suis dit que ce pouvait être intéressant de me tourner vers ces œuvres de non-fiction. Et je me suis aussi dit que, peut-être, cela pouvait m’aider pour le mémoire. Et puis, j’avais envie de découvrir autre chose d’elle, parce que je deviens clairement obsédée par son œuvre !

Difficile de décrire mon expérience de lecture ici ; à la fin, je me sentais vide, comme si le livre m’avait absorbée, puis recrachée. J’ai du mal à commencer, parce que je sais que je ne vais pas tout à fait rendre justice à The Lost Landscape. Mais j’ai envie de tenter. Ici, Joyce Carol Oates raconte – ou plutôt réinvente, comme elle le dit elle-même – son enfance et son adolescence à la ferme de ses grands-parents, des immigrés hongrois qui ne parlent pas, ou peu, anglais. Par la suite, elle nous parle aussi de son passage à l’université, et sa vie avec son mari ; donc, le mémoire déborde sur sa vie d’adulte. J’ai l’impression qu’avec ce livre, il est possible de découvrir de nombreux thèmes souvent présents dans les romans – que j’ai lus – de l’auteur. La violence est présente dans la vie de l’auteur dès son plus jeune âge, pas à cause des personnes avec lesquelles elle vit, mais dans la famille qu’elle n’a pas connue, son grand-père biologique, tué dans un bar ; mais aussi, à cause de son voisinage, notamment avec la famille Judd. Elle se poursuit par la suite, quand elle vit à Chicago avec son mari pendant les émeutes des années 1960 notamment ; ici arrive également le racisme, déjà présent pendant la période à l’université, côte à côte avec le sexisme – le passage de la soutenance m’a tellement exaspérée ! Mais le « thème » principal du mémoire reste l’enfance, et notamment ce que l’auteur appelle la « romance » de l’enfance : son amour pour ses parents, Fred et Carolina Oates. Grâce à eux, elle est capable d’analyser la mentalité de l’Amérique à l’époque : l’homme doit toujours être prêt au combat, il ne doit jamais reculer, doit toujours faire preuve de force, ne jamais paraître faible, et donc, ne jamais pleurer ; la femme, quant à elle, n’est pas vraiment écouter, un peu effacée, un peu à l’écart. La religion est également évoquée ici : elle donne lieu à quelques réflexions très intéressantes. D’autres sujets sont abordés : l’inceste, le suicide, l’amitié – comme je me suis reconnue dans ces passages ! –, l’amour – j’ai été touchée par la sensibilité de l’auteur quand elle parle de son mari, le fait qu’elle ne veuille pas en parler, parce qu’il n’y a pas de mots pour décrire son amour ; l’amour qu’elle porte à sa sœur est également très touchant, et tellement triste … -, la solitude - et surtout la différence entre aloneness et loneliness -, la santé ainsi que l’argent aussi, notamment quand l’auteur raconte la période de l’université : les élèves ne pouvaient pas échouer, sans quoi ils ne pouvaient pas poursuivre leurs études ; ils devaient réussir, parce qu’ils payaient l’université, et parce que l’échec n’était tout simplement pas une option. L’argent est également évoqué parce que l’auteur vivait dans un milieu relativement pauvre, très loin de l’univers de ses amies de lycée ou de fac. Ce mémoire provoque donc différents types d’émotions chez le lecteur : indignation, tristesse, joie. C’est sans doute la raison pour laquelle je me sentais vide à la fin : j’ai eu l’impression d’accompagner l’auteur tout le long du livre, d’avoir ressenti tout ce qu’elle a vécu, jusqu’à la fin. Il sera difficile de concurrencer The Lost Landscape : c’était tellement intense, tellement intéressant !

En fait, je me suis sentie en phase avec l’auteur, je me suis reconnue dans pas mal de situations, ainsi que dans pas mal de réflexions. Je ressentais la même chose qu’elle, ses idées étaient en accord avec les miennes. J’ai même eu l’impression que l’auteur était capable d’exprimer des choses que je ne savais pas dire moi-même, ce qui est un sentiment formidable pendant une lecture, comme une révélation : on se comprend grâce à l’auteur, grâce à son expérience, qui résonne avec la nôtre. C’était tout le contraire quand j’ai lu M Train de Patti Smith ; j’ai comparé mes lectures, étant donné que ce sont deux mémoires. The Lost Landscape est pour moi parfait, il me correspond, il m’apprend des choses sur moi, sur les autres, sur la société américaine de l’époque (un peu d’histoire en quelque sorte) ; je n’étais pas du tout sur la même longueur d’ondes que l’auteur de M Train, ce qui m’a profondément déçue, puisque je me souvenais encore vivement de ma lecture de Just Kids. Petit point sur l’écriture de Joyce Carol Oates : je l’adore dans les romans de l’auteur, et c’est toujours le cas dans ses non-fictions ! On retrouve plusieurs réflexions sur l’écriture de soi, parsemées dans le livre, ainsi que sur le regard de l’écrivain sur la vie. La postface explique également les choix de l’auteur concernant les noms utilisés, les passages sautés, ce qu’elle dit et ce qu’elle ne dit pas, ce qu’elle met en valeur, et ce qu’elle laisse un peu de côté. Elle explique qu’on ne peut écrire sur soi sans réinventer en partie sa vie : cela rend le livre d’autant plus authentique pour moi.  

 

Donc, un excellent mémoire, qui nous en apprend beaucoup à la fois sur l’auteur, sur la société et sur nous-mêmes. Evidemment un coup de cœur, que je relirai sans doute.

 

The House of the Seven Gables de Nathaniel Hawthorne

Posté : 20 octobre, 2017 @ 5:16 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Classique The House of the Seven Gables

Editeur : Barnes & Noble Classics

Année de sortie : 2007 [1851]

Nombre de pages : 276

Titre en français : La maison aux sept pignons

Synopsis : Greed, treachery, mesmerism, and murder are just some of the bricks Hawthorne uses to build The House of the Seven Gables. Generations before the present story begins, wealthy Colonel Pyncheon covets Matthew Maule’s land. When Maule is hanged for witchcraft, he puts a curse on the Colonel – and all his descendants. Now the menacing Judge Pyncheon continues the family tradition of hiding cruelty under a dazzlinh smile, while his scowling niece, Hepzibah, and half-mad nephew, Clifford, are reduced to poverty by his machinations. But the younger generation, embodied in their distant cousin Phoebe, becomes a ray of hope penetrating the dark house.

Though Hawthorne openly discusses his book’s « moral » in its preface, The House of the Seven Gables is no dry sermon. In fact, a strong stream of poetic fantasy runs through it, which the author acknowledges by calling it a « romance », rather than a novel. Like his other great works, The House of the Seven Gables reflects Hawthorne’s rich understanding of complex motives, and of individuals caught in the unending struggle between highest aspirations and basest desires.

 

Avis : Je m’attendais à aimer ce livre – gothique, écrit par un auteur plutôt apprécié, qui a aussi écrit The Scarlet Letter, dont j’ai lu des extraits que j’ai aimés.

Eh bien, comme quoi tout peut arriver ! J’ai rarement mis autant de temps à lire un peu plus de 200 pages. J’ai trouvé The House of the Seven Gables très long, ennuyeux même parfois ; pourtant, les livres lents, où il n’y a pas vraiment d’action, ne me dérangent pas, et me plaisent même souvent. Quelle déception ici ! Mais ce n’est pas tant l’absence d’action qui m’a gênée que le style de l’auteur. Au début, j’ai aimé sa façon de se moquer de ses personnages, son ironie ; et puis, j’ai commencé à me demander si c’était vraiment de l’ironie, le style a fini par me peser, le livre est devenu pénible. J’ai même cru que j’allais arrêter de le lire, mais, mémoire oblige, je me suis forcée à le finir. Ce n’était peut-être aussi pas le bon moment pour lire ce livre ; j’avais besoin de quelque chose de léger, et j’ai trouvé The House of the Seven Gables pesant, par le style, comme je l’ai dit, mais aussi parce que j’y ai retrouvé tous les stéréotypes du gothique que j’avais déjà vu dans tous les romans que j’ai lus précédemment. Clairement, trop de gothique tue le gothique : j’ai trouvé le roman trop traditionnel, je savais à quoi m’attendre, et la fin m’a agacée. Je vais donc me calmer sur le gothique « classique » pendant au moins un mois : il ne sert à rien que je m’acharne et que je me mette à détester des œuvres que j’aurais adorées si je les avais lues pour le plaisir. Cela tombe bien : c’est Non-fiction November le mois prochain !! Malgré tout, j’ai aimé la malédiction, la façon dont elle se dédouble dans le roman, la façon dont le lecteur comprend qu’il existe une sorte de réincarnation – mais encore une fois, un peu agacée, puisque l’auteur se sent obligé de préciser qu’il y a dédoublement, alors que le lecteur le comprend bien.

Comme je n’ai pas apprécié le livre, je n’ai pas réussi à aimer les personnages. Certes, au début, j’ai réussi à m’attacher un peu à Hepzibah, une vieille fille malheureuse qui vit seule dans la maison familiale. Mais elle m’a vite agacée ; elle refuse le bonheur, elle ne vit que pour son frère, elle se sent déchue de son rang d’aristocrate parce qu’elle doit travailler. On dirait qu’un nuage noir la suit constamment où qu’elle aille. Vient ensuite Phoebe, la jeune fille pure et innocente qui va découvrir que la vie n’est pas si rose en vivant dans la maison aux sept pignons. Stéréotype, quand tu nous tiens. Bien sûr, elle a du caractère, elle n’est pas naïve, elle réfléchit, ce n’est pas une postiche ; mais elle m’a tout de même agacée. Enfin, Clifford, le frère d’Hepzibah, qui aurait commis un crime dont personne n’ose parler, que la prison a rendu fou. Il a besoin de beauté dans sa vie, et donc rappelle constamment à sa sœur qu’elle ne l’ait pas, donc qu’il n’a pas envie de l’avoir près de lui. A partir de là, je pense qu’on comprend pourquoi je ne l’apprécie pas. D’autres personnages se trouvent dans le livre, comme le juge Pyncheon, qui incarne le « Gothic villain » par excellence, celui qui se dissimule derrière un sourire, alors que ses intentions sont mauvaises.

La fin, comme je l’ai dit, m’a aussi agacée – je pense que c’est le mot que j’ai le plus employé dans cette chronique ! Elle est exactement comme celle de tous les romans gothiques, mais je trouve qu’ici, elle est exagérée au possible ! [SPOILER] Tous les problèmes des personnages s’évaporent dans la nature, aucune charge n’est retenue contre Clifford, la famille devient riche et va carrément vivre dans la maison de celui que l’un d’eux a tué !! Tout est oublié, tout va bien, bon, il existe quelques séquelles quand même, il ne faut pas abuser, mais sinon, le soleil brille à nouveau, Phoebe peut se marier avec le descendant des Maule qui, évidemment, vivait dans la maison sous un faux nom, et la malédiction est éradiquée, youpi ! [FIN DU SPOILER] 

 

Donc, une lecture pénible, décevante, mais je lirai tout de même The Scarlet Letter.

 

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