Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Ainsi puis-je mourir de Viviane Moore

Posté : 8 juin, 2015 @ 11:48 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Ainsi puis-je mourirGenre : Historique, Contemporaine

Editeur : 10/18

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 425

Synopsis : En faisant des amours interdites de Marguerite de Ravalet le sujet de son nouveau roman, Gabrielle Dancel ne peut se douter à quel point son destin va se mêler à celui de son héroïne. Quatre cents ans après ce drame qui défraya la chronique sous Henri IV, la malédiction semble se répéter et faire de la jeune romancière sa dernière victime.

 

Avis : Ce livre m’a été prêté par ma cousine qui, me semble-t-il, l’avait beaucoup aimé ! Il m’intriguait déjà, donc je me suis lancée ! Petite remarque avant de parler de cette œuvre : en ce moment, j’ai remarqué que je lisais beaucoup de livres aux couvertures bleues !

Deux intrigues s’entremêlent dans cet ouvrage : celle de Gabrielle Dancel, romancière, dont la vie change du tout au tout et qui va apprendre beaucoup sur ses proches, mais aussi sur elle-même ; celle de Marguerite de Tourlaville, femme de l’époque de Henri IV qui rencontra un destin tragique. Il est intéressant de retrouver deux romans en un : le livre est à la fois historique et moderne, on se retrouve dans la vie de l’époque, auprès de Marguerite et de sa famille, mais aussi dans la « vraie vie », la vie actuelle, avec Gabrielle et ses proches. Cet enchevêtrement peut perdre le lecteur entre deux mondes, tout comme l’héroïne semble l’être. J’ai été captivée par certains passages et j’ai aimé l’alternance plus ou moins régulière entre les deux intrigues. Le lecteur en apprend beaucoup sur Marguerite de Tourlaville, puisque la romancière se met dans sa tête pour rendre ses sentiments et ses pensées. J’ai aimé le fait aussi que ce soit l’histoire d’une femme qui écrit un roman sur une dame de l’époque, ce que fait en réalité l’auteure de Ainsi puis-je mourir. Cela donne une mise en abîme intéressante. J’ai également aimé le fait que l’auteure mentionne des œuvres historiques, mais aussi littéraires, comme Le Horla, mon favori de Maupassant. Il y a également du suspense, si je peux dire : on se pose les mêmes questions que les personnages, on cherche à comprendre ce qui arrive à la romancière, comprendre le lien étroit qui existe entre elle et Marguerite. Le lecteur voit l’histoire se répéter tout en se disant que c’est invraisemblable. Quelques petits bémols pour ce livre : j’ai trouvé qu’il y avait un peu trop de répétitions, et qu’avec la confusion de Gabrielle, le lecteur lui aussi ressort confus.

Quant aux personnages, j’ai trouvé Gabrielle un peu énervante. Elle ne prend pas du tout sa vie en mains et se laisse complètement aller. Elle se pose beaucoup de questions à elle-même sans jamais oser les poser aux personnes concernées. Elle ne prend pas vraiment de décisions, ou fait preuve de faiblesse quand il est temps de parler. Elle a tout oublié de son passé, l’a réinventé, et continue à vouloir tout effacer, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. J’ai pensé que quelque chose de terrible avait dû lui arriver, mais il n’en est pas fait mention, excepté pour l’histoire du château, ce que sa grand-mère lui racontait et la rupture qu’elle a mal vécue. J’ai trouvé que c’était une héroïne qui exagère et qui vit dans l’outrance. Philip, en ce qui le concerne, a un comportement étrange à travers les yeux de Gabrielle. Il m’a semblé très peu supportable pour une autre femme : l’héroïne est si effacée qu’elle se tait, et n’ose jamais vraiment se rebeller contre lui. Il est secret, mystérieux, et même suspect à partir d’un certain moment. Ce personnage opère presque un retournement de cerveau chez Gabrielle ! Mathias est aussi mystérieux que Philip, mais le lecteur, me semble-t-il, lui accorde plus de confiance, sans doute à cause de l’entêtement de l’héroïne et de la façon dont elle le voit. Terry, quant à elle, est effrayante. J’ai eu du mal à la comprendre avant d’avoir découvert son secret. Elle met mal à l’aise, autant les autres personnages que le lecteur. Marguerite, la deuxième héroïne de ce livre, est courageuse, brave, amoureuse. J’ai ressenti de l’admiration pour elle, mais aussi de la pitié et de la compassion. Quel pauvre destin … Julien, son frère, tente de lutter contre ses sentiments avec courage et dignité. Il aime tendrement sa sœur qu’il veut protéger à tout prix de tout ce qui peut la faire souffrir. Il est un peu l’exemple du preux chevalier des contes de fées. Comme dans presque tous les romans, il existe un personnage détestable, et ici, il se nomme Jean Le Febvre de Haupitois. Il est abject, immonde, et tous les adjectifs négatifs que l’on voudra. C’est l’exemple type des hommes que le lecteur rencontre dans les romans ou dans l’Histoire en se demandant comment il est possible d’être si cruel et vil.

Ce livre nous offre également une réflexion sur le mélange entre la réalité et la fiction (même si ici, il s’agit d’Histoire), mais aussi sur le poids de l’Histoire, ou de quelque chose qui nous tient à cœur dans nos vies. Si Gabrielle est quasiment habitée par Marguerite, sa vie tourne autour d’elle, et elle a l’impression que tout est comme à l’époque, qu’elle revit la même histoire ; elle est l’exemple du romancier qui est tellement dans son livre qu’il rapproche tout ce qui l’entoure de son histoire. C’est comme si elle vivait dans son roman, ce qui donne une impression d’irréalité et de confusion au lecteur, confusion que ressent aussi le personnage.

Cette histoire est centrée sur l’amour, d’un côté la romance entre Philip et Gabrielle, et de l’autre, les histoires de cœur de Marguerite. Pour le premier couple, tout semble compliqué. Il n’y a pas de communication entre les deux personnages, ils ne se parlent pas de leur passé ou de ce qu’ils ressentent. Leur amour paraît compliqué. Pour la seconde, le synopsis parle d’amours interdites mais je ne m’attendais pas à ça ! Son amour est mêlé de tristesse, de désespoir car il est impossible.

Enfin, pour moi, la fin est mitigée. Je l’ai trouvé un peu décevante parce que je me suis dit : tout ça pour ça ?! J’ai été tenue en haleine tout le long du livre, et j’ai trouvé qu’il tombait à plat, et que la fin était trop rapide. D’un autre côté, c’est une fin assez logique, qui fait écho à la réflexion sur le monde envahissant d’un roman dans la vraie vie.

 

En définitive, un bon roman à l’héroïne un peu énervante, mais qui nous apprend pas mal de choses, qui nous fait vivre dans deux univers différents, qui nous tient en haleine jusqu’à la fin qui m’a paru décevante.

Geisha d’Arthur Golden

Posté : 21 avril, 2015 @ 12:29 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

GeishaGenre : Historique, Aventure

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 601

Synopsis : A neuf ans, Sayuri est vendue par son père à une maison de plaisir de Kyoto. Dotée d’extraordinaires yeux bleus, la petite fille se plie avec docilité à l’initiation difficile qui fera d’elle une vraie geisha. Art de la toilette et de la coiffure, rituel du thé, science du chant, de la danse et de l’amour : Sayuri va peu à peu se hisser au rang des geishas les plus convoitées de la ville. Ecrit sous la forme de mémoires, ce récit a la véracité d’un exceptionnel document et le souffle d’un grand roman.

 

Avis : Cela faisait un moment que je voulais lire ce livre (comme à peu près tous les livres de ma PAL …), mais une amie m’a poussé à commencer par celui-ci, en me disant que je ne le regretterais pas. Appréciant particulièrement de découvrir le Japon, et pouvant difficilement résister à une telle couverture, j’ai plongé !

Dès le synopsis, le lecteur sent que ce sera triste, et difficile pour la jeune héroïne. N’étant encore qu’une petite fille, elle est vendue par son propre père, et quitte son petit village de pêcheurs pour une ville dont elle ne sait rien, Kyoto, afin de devenir geisha. Avant de lire ce livre, j’avais un certain nombre d’a priori sur ce métier japonais. Je le rapprochais des prostituées ordinaires, mais je me suis vite rendue compte que cela n’avait pas grand-chose à voir. L’essentiel du métier de geisha n’est pas sexuel, il consiste à divertir des hommes par les arts, ou simplement en leur tenant compagnie. J’ai donc complètement plongé dans la découverte de cette nouvelle facette du Japon. Plus j’en lis sur ce pays, et plus je me rends compte que je n’en sais pratiquement rien ! Chaque lecture qui le concerne m’en apprend beaucoup, mais pas encore assez me semble-t-il. Revenons à l’histoire en elle-même ! Découvrir le quartier de Gion, et même les différents paysages de Yoiroido, Senzuru et Kyoto avant la Seconde Guerre mondiale, m’a vraiment fait voyager. La petite Sayuri avait l’habitude de se baigner dans un étang, dans son village, et elle nous le fait découvrir, comme la maison de M. Tanaka à Senzuru, ou l’okiya Nitta à Gion. Le lecteur aurait presque envie de se promener dans ces endroits que l’on ne trouve pas en Occident, où la tradition pèse sur les personnes qui doivent l’honorer. En effet, Sayuri, ainsi que toutes les autres geishas ou apprenties geishas, doivent s’y plier afin de conserver leur rang, ou d’en acquérir un plus élevé. Certains passages sont simplement étranges, puisque très éloignés de notre éducation occidentale ; mais d’autres sont aussi choquants. Pour se faire connaître, ou détruire une rivale, les geishas sont parfois prêtes à tout, comme Hatsumomo. La carrière d’une geisha peut être compromise par une simple histoire inventée. De plus, Arthur Golden a choisi la narration à la première personne, ce qui nous permet vraiment d’entrer dans le monde des geishas. Sayuri nous raconte son histoire, et la poésie naturelle des Japonais se retrouve dans son récit, avec les nombreuses images qu’utilise la jeune fille. C’est vraiment une très bonne façon d’inclure le lecteur dans un univers qu’il ne connaît pas. De plus, le prologue donne l’illusion d’une véritable histoire, d’une personne qui a vraiment existé et qui désire vraiment nous raconter sa vie. Enfin, avec cette narration, le personnage principal peut nous expliquer certains rituels ou certains termes que l’on ne peut comprendre sans cela, comme mizuage, danna ou la cérémonie des sœurs, mais aussi mieux nous faire éprouver des sentiments comme la tristesse, la haine, ou le dégoût qu’elle ressent.

Concernant les personnages, je les ai trouvé très réalistes et complexes : ce ne sont ni des caricatures ni des simplifications de personnages. D’abord, il est très facile de s’attacher à Sayuri. Lorsqu’elle commence son récit, elle n’est plus geisha, et elle parle directement au lecteur pour lui dire qu’elle va lui raconter son histoire. Un lien se crée tout de suite avec ce personnage qui va nous guider dans un monde que l’on ne connaît pas. Tout commence pour elle dans un petit village, Yoroido, où elle vit avec son père, sa mère et sa sœur, Satsu. Elle y sera arrachée et sera emmenée de force à Gion, dans une okiya où vivent Mère, Granny, Tatie, Pumpkin et Hatsumomo, la grande ennemie de Sayuri. Elle éprouve alors, au fil de son histoire, tout un tas de sentiments assez contradictoires parfois. De la tristesse et du désespoir d’avoir perdu son foyer, de la reconnaissance pour ceux qui l’aident, de la haine pour ceux qui la méprisent et la maltraitent, de la joie face à ses réussites, de l’amour aussi pour un personnage qu’elle n’oubliera jamais. Dans certains passages, la réaction du personnage pourrait être la nôtre, mais parfois, il est difficile de s’imaginer dans sa situation, lors du mizuage, ou du passage du théâtre à Amani par exemple. Tout le long du livre, Sayuri se bat pour réussir, travaille, tente de montrer qu’elle peut devenir une grande geisha, et reçoit une aide à laquelle elle ne s’attendait pas. Elle fait aussi des choix étranges parfois, mais reste guidée par le désir de conquête de celui qu’elle aime. Hatsumomo, quant à elle, est un personnage détestable, cruel, égoïste, qui ne recherche que son propre intérêt et tente d’écraser ses rivales. C’est grâce à elle que l’on découvre Mameha. La rivalité entre ses deux femmes est une clé importante de l’histoire. Elles sont l’opposé l’une de l’autre. Hatsumomo fera tout pour gâcher la vie de Sayuri, quand Mameha n’use pas de ce genre de moyens pour détruire quelqu’un : elle se sert plutôt de ce que la personne est déjà. La fin de la première m’a fait pitié, bien que je l’aie détesté la majeure partie du livre ; quant à la seconde, le lecteur peut s’attacher à elle tout en ayant une certaine réserve parfois, puisqu’elle est aussi prête à tout, notamment dans le passage du couteau de la cuisinière. Pumpkin est un personnage qui évolue dans ce livre : elle passe d’enfant à adulte, mais se trouve aussi sous la férule d’Hatsumomo, ce qui n’aide pas son amitié avec Sayuri. Elle m’a parfois fait pitié, et je me suis un peu attachée à elle ; mais un passage nous fait tout remettre en question sur ce personnage. Il est possible de comprendre son attitude, mais elle n’en est pas moins choquante. Tatie, Mère et Granny sont les femmes qui se trouvent à l’okiya Nitta : la première est assez attachante, et est proche de la petite Sayuri ; j’ai trouvé les deux dernières détestables du début à la fin, de vieilles mégères qui ne pensent qu’à l’argent. Les hommes sont parfois importants eux aussi, c’est notamment le cas d‘Iwamura Ken, personnage récurrent mais à propos duquel on ne sait pas vraiment se faire d’opinion car la narratrice n’est pas objective quand elle nous parle de lui ; Nobu Toshikazu, un homme bon au physique repoussant à qui le lecteur peut s’attacher, et que l’on plaint parfois ; le Baron, ou l’homme le plus haïssable du livre. D’autres personnages marquent le lecteur, comme le personnage de Satsu, la sœur de Sayuri, vouée à un destin malheureux à première vue, les parents de Sayuri, et surtout sa mère.

Les geishas sont parfois très jeunes quand elles commencent leur formation, et leur mizuage est convoité par certains hommes. Les pratiques qui tournent autour de lui sont assez choquantes. Un passage raconte la découverte du sexe par Sayuri : elle se voit expliquer ce qui se passe lorsqu’un homme « se couche sur » une femme. Ce récit peut faire rire, car la tradition et la façon de présenter le sexe ne sont pas du tout les mêmes dans le Japon traditionnel et en Occident actuellement, mais il peut aussi alarmer le lecteur, car la fille est jeune et comprend ce qui se passe par images. C’est aussi une façon plus poétique d’en parler que de le dire crûment.

La fin m’a assez surprise, je ne pensais vraiment pas à ce genre de scénario, mais, en prenant du recul, il y avait quelques indices. J’ai trouvé que c’était plutôt une belle fin.

 

En définitive, un livre coup de cœur qui nous fait découvrir une nouvelle facette du Japon, et qui m’a donné envie d’en découvrir encore plus !

Ils partiront dans l’ivresse de Lucie Aubrac

Posté : 26 février, 2015 @ 8:10 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

 

Ils partiront dans l'ivresseGenre : Historique

Editeur : Points

Année de sortie : 2007

Nombre de pages : 266

Synopsis : Mai 1943 – février 1944 : neuf mois de la vie d’une résistante exemplaire, enceinte d’un second enfant, qui aide quatorze personnes à s’évader, passe les douanes en contrebande, ravitaille les clandestins en faux papiers et les collabos en confiture au cyanure. Voici le journal d’un combat pour la liberté, qui est aussi une affaire de vie ou de mort …

 

Avis : J’avais très envie de lire ce livre pour découvrir le point de vue de Lucie Aubrac, une femme résistante, sur l’occupation de la France, sur la Résistance, et sur comment elle l’a vécue. Résultat : mon avis est assez mitigé sur ce livre.

Tout d’abord, l’auteure nous explique que ce livre n’est pas vraiment un journal parce qu’il n’était pas possible d’en tenir un pendant la guerre, et surtout en étant résistante. Elle a donc recomposé la période qu’elle raconte grâce à ses souvenirs et à ceux de ses proches, comme son mari Raymond, ou les personnes qui étaient autour d’elle et qui ont survécu à la guerre. Je ne sais pas pourquoi, mais cela m’a un peu refroidie. J’aurais dû m’y attendre, puisqu’en tant que résistante, Lucie Aubrac ne devait laisser aucune trace de ses activités clandestines, ni même de sa vraie vie : elle prenait le risque que des preuves tombent aux mains des Allemands qui auraient pu démanteler toute la Résistance avec ce qu’elle raconte ici. Mais je pensais retrouver un peu la spontanéité du journal d’Anne Frank, le fait de raconter jour après jour les sentiments que l’on a eu dans la journée, d’être au cœur de l’événement.

Bien entendu, l’auteure nous plonge tout de même en pleine France de 1943-1944, occupée, pillée, rationnée et où les hommes doivent se cacher pour échapper à la Milice ou à la Gestapo. Mais je ne suis parvenue à entrer dans l’histoire qu’à certains moments bien précis, où j’ai pu m’identifier au personnage. Le reste du temps, j’étais ébahie et admirative de tout ce que Lucie Aubrac faisait pour sauver son mari. L’amour qui les unit transpire dans ce livre : il lui permettra de faire évader Raymond trois fois ! L’auteure est vraiment une femme exceptionnelle, même s’il semble qu’elle se sente petite dans tout ce réseau de résistants. Elle pense à toutes les actions héroïques réalisées par d’autres qu’elle, actions qui ne seront jamais célébrées parce que jamais connues et reconnues. Elle nous pousse à de ne pas oublier la solidarité simple qui peut naître dans un village pour sauver une poignée de clandestins, et pour leur permettre d’atteindre l’Angleterre et la sécurité, alors qu’eux restent en France, aux mains de l’occupant, à cacher d’autres hors-la-loi. De plus, l’auteure partage toutes ses aventures avec une écriture simple et facile à suivre. Une seule chose m’a peut-être un gênée : le mélange de noms fictifs et de noms réels (à la fin, je ne savais plus vraiment quels noms étaient les vrais), la surabondance de rues, de quartiers et d’arrêts de métro de Lyon, mais aussi de villages, de villes et de lieux autour de la métropole (ne connaissant pas du tout Lyon et ses environs, je ne savais pas du tout où tous ces endroits se trouvaient).

J’ai trouvé originale l’idée de l’auteure de raconter une période de sa vie de résistante en la liant à sa vie de mère, puisque les neuf mois relatés dans le journal sont les neuf mois pendant lesquels Lucie Aubrac a porté sa petite fille, Catherine. Le début du livre nous raconte d’ailleurs la fin du voyage ! J’ai également apprécié la portée symbolique de ce nom pour la mère et la fille : cette résistance a marqué leur vie entière à toutes les deux.

Je ne pense pas vraiment pouvoir parler de personnages ici, puisque les personnes qui apparaissent ont réellement existé. Lucie Aubrac parle énormément de Raymond, son mari, qu’elle tente de faire évader de prison, mais aussi de son fils, Jean-Pierre, qu’elle tente de protéger de sa vie de résistante. L’amour qu’elle leur voue est agréable à lire, et nous montre le courage de cette femme, qui a tout fait pour ceux qu’elle aimait. Elle parle également de nombreux résistants, chefs de mouvements ou « simples soldats ». Comme je l’ai dit, je me suis un peu embrouillée dans les différents noms. J’ai retenu celui de Maurice surtout, très proche de Lucie Aubrac et qui l’aide comme il le peut. Barbie est un homme cruel, qui aime faire souffrir et qui torture pour obtenir ce qu’il veut. Encore une fois, l’auteure reste très courageuse face à lui. De plus, face à des hommes qui décident qu’elle est un homme parce qu’elle a des qualités masculines et qu’elle agit comme eux, elle réagit comme une féministe et les rembarre proprement, ce qui montre aussi son caractère et son tempérament !

La fin montre l’aboutissement de l’attente de Lucie Aubrac : elle est à Londres, avec ceux qu’elle aime, elle est sur le point d’accoucher. Tout ce qui l’attriste est que la France n’est toujours pas libérée, et qu’elle ne peut plus la défendre comme elle le faisait. Son pays, sa région, ses proches lui manquent. Malgré tout, j’ai trouvé dommage qu’on ne sache pas ce qui arrive à certaines personnes qui étaient proches de Lucie Aubrac, comme Maurice, les parents de Raymond, la sœur de Lucie. On ne sait rien d’eux après la guerre. Une postface traite de l’extradition et du transfert de Klaus Barbie à Lyon pour qu’il soit jugé pour ses crimes contre l’Humanité. Il semble que Lucie Aubrac ait publié ce livre pour que celui-ci soit jugé comme il se doit, et non qu’il salisse la Résistance et qu’il minimise les actions des Français en les traitant de terroristes. Elle a voulu montrer la Résistance de l’intérieur, et je trouve qu’elle a bien réussi, même si ce livre n’est pas un coup de cœur pour moi.

 

En définitive, un livre à lire parce qu’il nous fait vraiment entrer à l’intérieur de la France résistante, mais aussi de la France occupée. Même si ce n’est pas un coup de cœur, il vaut le coup, et nous dresse le portrait d’une femme courageuse qui a lutté pour ceux qu’elle aime et pour que son pays retrouve sa liberté.

Un repas en hiver de Hubert Mingarelli

Posté : 5 janvier, 2015 @ 6:32 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Un repas en hiver Genre : Historique

Editeur : J’ai lu

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 124

Synopsis : Pendant la Seconde Guerre mondiale, trois soldats allemands sont envoyés à la chasse à l’homme au fin fond de la forêt polonaise, malgré un hiver d’une extrême rigueur. Ils débusquent presque par hasard un jeune Juif, alors promis à une mort certaine. Tiraillés par la faim, ils vont procéder, dans une ferme abandonnée, à la laborieuse préparation d’un repas avec le peu de vivres dont ils disposent. Confrontés à l’antisémitisme d’un Polonais de passage, un sentiment de fraternité vis-à-vis de leur prisonnier va se réveiller dans le cœur des soldats.

 

Avis : Encore un livre sur la guerre, il faut croire que j’aime ça ! Celui-ci est assez original je trouve ; en tout cas, le synopsis m’a donné envie de voir ce que cela pouvait donner !

On suit trois soldats allemands, le narrateur, dont on ne connaît pas le nom, Emmerich et Bauer. Ils semblent mal supporter la vie qu’ils mènent, une vie faite de fusillades et de froid hivernal. Ce dernier est omniprésent dans la première partie du livre : j’ai eu froid avec eux rien qu’en imaginant ce qu’ils devaient ressentir ! L’image de l’impression d’une baignoire gelée si l’on ouvre un manteau me reste en mémoire … La forêt où les soldats se trouvent m’a semblé assez lugubre, l’atmosphère qui s’y trouve est assez oppressante et donne envie de la fuir plus que d’y flâner. Et pourtant, même si on y passe très peu de temps, l’endroit où les trois soldats vivent semble pire qu’elle ! Dans cette première partie, les Juifs, que les personnages doivent traquer, sont mentionnés, mais jamais par leur nom : on parle d’eux en disant « Il en passe » par exemple, ou « Il en arrive ». J’ai dû relire au début, parce que je me demandais à quoi les personnages se référaient, mais j’ai vite compris qu’ils parlaient de Juifs. La traque est donc toujours présente, même si les personnages parlent de leur vie personnelle plus que de leur vie quotidienne au gymnase. Leur vie personnelle, d’ailleurs, semble assez différente les unes des autres. Celle d’Emmerich est peut-être plus parlante pour certains parce qu’il a un fils auquel il pense sans cesse. Celles de Bauer et du narrateur semblent un peu plus proches, mais on ne sait pas grand-chose de Bauer. Parfois, le narrateur parle d’épisodes futurs, ce qui peut un peu perdre le lecteur. J’ai eu parfois besoin de relire un passage pour bien comprendre où il se situait dans le temps. La misère de la vie de soldat allemand est consternante. Je savais que cela n’avait pas été facile, mais on voit rarement la vie des soldats allemands. On s’imagine souvent qu’ils collaboraient totalement. Ce livre montre que ce n’est pas le cas, et nous pousse à réfléchir sur les généralisations que l’on fait souvent. L’élaboration du repas est très longue, j’ai eu peur de m’ennuyer un peu, mais finalement non. Cette lutte pour manger m’a un peu impressionné. Je ne m’imagine pas du tout dans cette situation.

Le narrateur semble plus rêveur que les autres personnages, et plus capable de s’évader de sa vie de soldat allemand. Il est assez attachant, on s’identifie facilement à lui, même si cela peut paraître difficile de s’imaginer à sa place. Bauer semble plus agressif et plus brut que les deux autres personnages. Il est le seul que l’on « entend » crier dans le livre. Il s’emporte parfois, et prend des décisions sur des coups de tête, des décisions qu’il peut regretter par la suite. Emmerich est également attachant, et ce qu’on apprend sur lui est assez triste. Il est peut-être le personnage auquel on s’attache le plus, au vu de ce qui lui arrive, et des histoires dont il parle à ses deux camarades. Le Polonais, qui apparaît à peu près au milieu du livre, est assez mystérieux, on ne sait pratiquement rien de lui. Il m’a paru très antipathique du fait de son antisémitisme, évidemment. Le passage sur son visage est assez parlant. Quant au Juif, on sait simplement de lui qu’il est jeune, et qu’il se laisse faire, qu’il n’a aucun espoir.

La fin m’a déplu, je l’ai trouvé trop rapide. Je pensais qu’elle serait différente. J’ai trouvé que c’était trop abrupt, c’est un peu dommage.

 

En définitive, un bon livre, mais dont je n’ai pas aimé la fin.

La compagnie des spectres de Lydie Salvayre

Posté : 28 décembre, 2014 @ 3:05 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

La compagnie des spectres Genre : Historique, Drame

Editeur : Points

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 172

Synopsis : La visite d’un huissier, venu dresser un inventaire avant saisie dans leur appartement de Créteil, provoque l’affolement d’une mère et de sa fille. Lorsque la mère, hantée par les figures de Pétain et de Darnand, s’attaque à l’homme à coups d’insultes et d’imprécations hallucinées, la situation dégénère … Un huis-clos à trois voix, délirant, impressionnant d’invention et d’humour. « Ma mère, monsieur l’huissier, ne distingue pas le passé du présent, le jour de la nuit, ni les vivants ni les morts ».

 

Avis :  Ce livre m’avait l’air très intéressant. La couverture est très étrange, je ne savais pas trop à quoi m’attendre.

C’est un vrai huis clos dans lequel on entre ici. Un huis-clos sale, sombre et dans lequel le temps n’a pas vraiment sa place. J’en suis même venue parfois à me demander qui parlait de qui, notamment à la fin, si c’était la narratrice qui parlait de sa mère, ou celle-ci qui parlait de la sienne. On entre dans une dimension où le passé se confond avec le présent, où les morts reprennent vie, ou restent parmi les vivants sous forme de spectres qui terrifient la mère de la narratrice. Cela nous donne à penser, nous fait réfléchir sur la guerre, ses conséquences. Doit-on vivre dans le passé ? Ou simplement se souvenir sans que cela nous ronge et nous empêche de vivre ? Ce livre nous montre la vie d’une femme que la guerre a transformée. Et sa fille, la narratrice, semble en avoir pâti toute sa vie, et en pâtir encore pendant qu’elle raconte. Le récit est déclenché par l’arrivée d’un huissier qui répertorie tout ce que possèdent les deux femmes. En réalité, en lisant le livre, j’ai vu cet huissier comme un prétexte. La narratrice raconte sa vie à quelqu’un parce qu’elle en a besoin, parce qu’elle n’a aucune vie sociale, comme on le découvre peu à peu. C’est assez terrifiant de lire cette histoire en réalité, car on a du mal à s’imaginer à sa place. Comment aurions-nous vécu ? Serions-nous restés ? Ce livre est vraiment frappant de par la force des mots employés par l’auteur. L’écriture est très bonne, pleine de poésie parfois, malgré le sujet traité.

Concernant les personnages, la narratrice m’a un peu ému. Sa vie est tellement triste. Elle ne fait absolument rien, ne parle à personne et rêve d’histoires d’amour et de relations sexuelles parce qu’elle n’en a vécu aucune. Je dois avouer que j’ai ressenti de la pitié pour ce personnage. Quant à la mère, elle m’a fait de la peine elle aussi. Elle vit dans un autre monde, avec des personnes mortes depuis longtemps, et elle reste coincée dans un passé révolu. Elle ne fait pas que se souvenir, elle vit réellement dans le passé, ce qui est assez troublant. Cela a même influencé sa vie de femme et de mère, puisqu’il semble qu’elle n’a pas été la mère idéale pour la narratrice. En ce qui concerne le personnage de l’huissier, je l’ai plutôt vu comme un prétexte. Il n’a pas vraiment de profondeur, il ne fait qu’inventorier des objets et se fiche de ce que la narratrice lui raconte. Il ne montre pratiquement aucun signe d’intérêt, ne parle presque pas, et finit par disparaître comme il est apparu. J’ai aimé le personnage de la grand-mère de la narratrice, une femme qui a tenté de se soulever mais que tout le monde a réprimé. Le personnage de l’oncle Jean est central dans cette histoire, même si on ne connait pas grand-chose de lui. La mère de la narratrice est obnubilée par son frère qu’elle a vu mourir. Les autres personnages sont tous un peu caricaturés, comme les jumeaux Jadre, miliciens par excellence.

La fin est très abrupte, et soudaine, comme si la narratrice n’avait plus rien à raconter et que le prétexte ne servait plus à grand-chose. J’ai été un peu déçue par cette fin.

 

En définitive, un livre très intéressant, qui nous fait réfléchir, et nous fait un peu peur. L’écriture m’a beaucoup plu, mais j’ai été un peu déçue par la fin, trop rapide à mon goût.

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