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I found myself in Wonderland.

Chronique croisée – Sorcières de Mona Chollet et Sorcières ! de Julie Proust Tanguy

Posté : 11 janvier, 2023 @ 7:24 dans Avis littéraires, Chroniques croisées | Pas de commentaires »

Sorcières (Chollet)Genre : Essai

Editeur : Zones

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 233

Synopsis : Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d’aujourd’hui de figure d’une puissance positive, affranchie de toutes les dominations.
Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure de la sorcière. Elle est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ?

Ce livre explore trois archétypes de la chasse aux sorcières et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.

Mais il y est aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

 

Sorcières ! Genre : Essai, Historique

Editeur : Les Moutons électriques

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 248

Synopsis : Nécromanciennes redoutables, guérisseuses ignorées, doubles obscurs des fées, femmes fatales livrées au bûcher… Rejoignez-les dans ce grimoire moderne qui vous révèlera les lointaines origines et l’étrange destinée de vos sorcières bien-aimées !

Fascinée par la figure de la sorcière, j’avais très envie d’en apprendre plus sur elle. Quel meilleur endroit que les livres ? J’ai donc lu à la suite Sorcières : la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet et Sorcières ! le sombre grimoire du féminin de Julie Proust Tanguy.

Je m’attendais, pour les deux, à une analyse historique et sociologique de cette « créature », notamment pour Mona Chollet ; pour Julie Proust Tanguy, je penchais plus pour une évolution culturelle de la figure. Après avoir fini le premier, je me suis dit que le second pouvait le compléter.

 

Effectivement, ces deux essais m’ont paru complémentaires.

Mona Chollet se penche assez brièvement sur la sorcière « historique » avant de passer à la femme moderne, sa « condition », les injonctions qu’elle rencontre, les préjugés contre lesquels elle doit lutter, les jugements qu’elle s’attire par les choix qu’elle décide de faire. La sorcière est plutôt vue comme la raison pour laquelle les femmes sont dans la situation qu’elles connaissent – ou une des raisons tout du moins – mais aussi comme une insulte qu’on leur a jetée au visage pendant longtemps et qu’elles réutilisent maintenant de manière positive. On ne s’attarde donc pas vraiment sur la sorcière en tant que personnage historique ou de fiction : celle-ci est évoquée dans l’introduction (« Les Héritières »), puis dans la première partie (« Une vie à soi »). Viennent ensuite « Le désir de la stérilité : pas d’enfant, une possibilité », « L’ivresse des cimes : briser l’image de la vieille peau » et « Mettre ce monde cul par-dessus tête : guerre à la nature, guerre aux femmes ». La sorcière, en fin de compte, est vue comme modèle de femme libre, puissante et incontrôlable dans un monde qui n’a fait que tenter de contrôler les femmes, de les faire taire et de leur assigner des rôles qui ne leur donne aucun pouvoir.640px-TheSalemMartyr-Noble

Comme l’indique le titre de la deuxième partie, l’autrice écrit un chapitre entier sur l’absence de désir de maternité et, donc, le choix de la non-maternité. Elle donne à cela plusieurs raisons et c’est sans doute le passage qui m’a le plus perturbée. En effet, elle évoque des aspects de la grossesse, de l’accouchement et de la maternité que l’on passe sous silence ou auxquels on ne pense pas quand on pense à avoir un enfant. J’ai eu une impression de justification un brin gênante, même si je reconnais qu’il est important aussi d’affirmer ses propres choix : chacun devrait pouvoir décider de ce qui lui convient sans, justement, avoir à se justifier. C’est un choix tout à fait personnel que je respecte ; je n’avais pas, pour autant, envie de lire une « liste » de raisons pour lesquelles l’autrice avait choisi de ne pas avoir d’enfants. Cela m’a donné une impression désagréable, comme si décider d’avoir un enfant était considéré comme un mauvais choix. Evidemment, ce n’était pas l’intention de l’autrice, mais j’en ai gardé un goût un peu amer. J’ai également été dégoûtée et, même, franchement déprimée par la dernière partie/la fin qui se concentre sur les pratiques criminelles sexuelles dirigées contre les femmes : autant de noms, de mots et de descriptions que j’aurais préféré ne jamais lire – parce que je les connaissais déjà et qu’elles m’avaient déjà secouée.

Globalement, l’essai traite de la misogynie ou de la « condition féminine » sous toutes ses formes : les moqueries physiques ou mentales, le mythe de l’homme puissant face à la femme fragile et incapable de se gouverner, l’impact de la contraception dans la vie d’une femme, le rejet de la femme dans certaines institutions ou cultures et la place qu’elle pouvait occuper autrefois, les chasses aux sorcières (évidemment), le rôle de la religion dans la représentation de la femme. Combien de fois ai-je levé les yeux au ciel en lisant une citation tellement misogyne qu’on en rirait si l’auteur ne pensait pas ce qu’il disait ? Combien de fois ai-je annoté cet essai pour commenter lesdites citations ou tout autre partie du livre qui me hérissait le poil ? Il est toujours aussi énervant de lire qu’en tant que femme, l’on est faible, hystérique, inférieure ou trop passionnée.

Pour résumer cet essai, je dirai que Mona Chollet montre comment l’archétype de la sorcière peut être réutilisée aujourd’hui pour montrerCirce Invidiosa.*oil on canvas .*180.7 x 87.4 cm.*1892 que la misogynie prend sa source dans la peur du pouvoir de la femme, celle qui peut saigner plusieurs jours sans mourir, celle qui peut donner la vie et, dans la littérature comme dans certains faits-divers, peut la reprendre si elle le décide.

 

De son côté, Julie Proust Tanguy réalise un portrait de la sorcière de l’Antiquité à nos jours, en montrant son évolution historique et culturelle. Ici, l’on (re)découvre donc les personnages de magiciennes inventées dans la mythologie, comme Circé et Médée, et la conception de la sorcière à cette époque pour glisser vers l’image médiévale de cette « créature ».

Je le précise ici : aucune des deux autrices ne fait l’erreur de situer les chasses aux sorcières au Moyen-Âge ou d’appeler cette période « les temps sombres » (« the Dark Ages »). Certes, les persécutions ont commencé à cette époque, mais leur apogée arrive à la Renaissance, un moment de l’Histoire que l’on n’associe pas du tout aux bûchers ou à la torture.

J’ai préféré cet essai au précédent parce que c’était ce que je recherchais à l’origine : une étude du personnage de la sorcière à travers le temps, voir ses origines, son évolution et son aboutissement au XXIe siècle ! Le lecteur comprend alors que la sorcière est surtout un personnage inventé, loin de la réalité des femmes de toute époque. Elle est celle qui fraie avec le Diable et permet de rappeler que la femme est si faible qu’elle se laisse séduire par le Malin. D’où la parution, en 1486, de ce merveilleux livre qu’est le Malleus Maleficarum, le Marteau des sorcières, qui décrit tout un tas de choses fort sympathiques dont les méthodes de reconnaissance des sorcières, avec différents moyens de torture et tout ce qui va avec. L’autrice évoque donc aussi le rôle de la religion dans la création de cet archétype. Le choix des victimes est également analysé : ce sont souvent de vieilles femmes seules qui vivent à l’écart des communautés et qui ne peuvent pas se défendre contre le système mis en place pour traquer les sorcières. L’autrice traite également le rôle de la médecine, discipline interdite aux femmes mais qu’elles s’appropriaient tout de même, notamment par leur connaissance des plantes. Elle évoque une concurrence entre les deux professions, médecins et guérisseuses, et la victoire des premiers sur les secondes.

Ce que j’ai surtout apprécié ici, ce sont les nombreuses références culturelles mises en avant par l’autrice. De L’Odyssée à Kiki, la petite sorcière, c’est un vrai panorama qu’elle nous offre pour étoffer son étude du personnage. Il apparaît sous toutes les coutures : négatif, stéréotypé, sulfureux, mais aussi lumineux, moderne, puissant. Sont évoqués les personnages qui lui ont fait « concurrence » ou l’ont éclipsé pendant certaines périodes : la fée ou la vampire par exemple – avec des tonnes de références pour une nouvelle explosion de PAL ! Mais la sorcière est revenue, avec des œuvres comme Harry Potter, Practical Magic ou Game of Thrones. Sympathique, intellectuelle ou terrifiante, elle est toujours là pour habiter notre imaginaire, pour nous faire rêver mais aussi, comme l’explique l’autrice, pour nous aider à grandir. En effet, certains lecteurs ont grandi avec Charmed, Buffy, Sabrina ou d’autres séries 51bS3b4-FOL._SL500_dans lesquelles des jeunes filles/femmes deviennent des sorcières : cela fait alors partie de leurs années de formation. Le personnage perd alors de son côté diabolique pour représenter la connaissance de soi, l’ouverture, la sagesse, le pouvoir sain.

Un autre aspect est abordé dans les deux essais : les sorcières modernes, celles qui pratiquent la magie blanche ou la wicca. Elles évoquent – notamment Julie Proust Tanguy – les cristaux, les sortilèges et autres rituels. J’adore l’idée de la magie, j’ai notamment envie d’en apprendre plus sur les cristaux ou le tarot ; mais c’est là que cela s’arrête pour moi. Je ne parviens pas à adhérer à l’idée de concocter effectivement des potions, de lancer réellement des sorts, de prédire l’avenir dans les cartes. C’est pour moi plus subtil que cela, différent. J’ai donc moins apprécié les parties qui l’évoquaient tout en les lisant avec intérêt.

Pour résumer cet essai, Julie Proust Tanguy rend hommage à la sorcière en nous montrant ses origines, plongées dans les ténèbres, jusqu’à nos jours où, majoritairement, elle combat le mal au lieu de le propager. J’ai adoré ces heures de lecture et j’ai maintenant une belle pile de livres à explorer !

 

Donc, je recommande la lecture de ces essais : ils apportent des informations différentes et sont passionnants à leur manière. La sorcière est aux fondements des deux ouvrages mais elle est exploitée très différemment. Le lecteur apprend, ressent et ne sort pas les mains vides de ces deux voyages !

 

La mort du fossoyeur

HHhH de Laurent Binet

Posté : 3 janvier, 2023 @ 2:04 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : HistoriqueHHhH

Editeur : France Loisirs

Année de sortie : 2010 [2009]

Nombre de pages : 441

Synopsis : Prague, 1942. Jozef Gabcik et Jan Kubis, deux parachutistes tchécoslovaques, envoyés par Londres, sont chargés d’assassiner Reinhard Heydrich, également appelé « Himmlers Hirn heisst Heydrich » : le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ; il s’agit du chef de la Gestapo, du planificateur de la solution finale.

L’action est décidée pour le matin du 27 mai 1942 sous le nom secret d’opération « Anthropoïde ». A la sortie d’un tournant qu’emprunte la Mercedes d’Heydrich pour rejoindre le château de Prague, les deux résistants se posteront, prêts à ouvrir le feu, pleinement conscients qu’ils paieront cet acte de leurs vies.

Mais derrière les préparatifs de l’attentat, une autre guerre se fait jour …

 

Avis : J’ai vérifié : ce livre est dans ma PAL depuis 2013 ! Il était vraiment temps que je le lise !

Depuis un petit moment, j’ai envie de lire des livres sur la Seconde Guerre mondiale. J’ai d’abord pensé aux Bienveillantes, mais j’ai finalement opté pour HHhH, rien que parce qu’il est moins long ! Je n’avais pas relu le synopsis – que, depuis, j’ai relu plusieurs fois en diagonale –, donc je ne me souvenais pas que le « roman » était centré sur Reinhardt Heydrich, le chef de la SD et l’élaborateur de la Solution Finale. Quelqu’un de formidable, donc.

Petit point couverture avant d’aller plus loin : j’aime beaucoup l’idée de « flouter » le visage des personnages historiques qui se trouvent sur le roman – c’est aussi le cas pour Hernan Cortès sur Civilization et Roland Barthes sur La Septième fonction du langage. Cela me donne l’impression que ces hommes sont présents dans le livre sans qu’on touche à leur « essence », sans qu’on parvienne à mettre le doigt sur leur personne intime : le lecteur a conscience que ces livres restent de la fiction et ne représentent pas les hommes qu’ils mettent en scène.

Entrons, enfin, dans le vif du sujet ! Tout d’abord, HHhH traite d’un événement historique dont je n’avais pas connaissance : la tentative d’assassinat sur Reinhardt Heydrich par deux parachutistes résistants, l’un tchèque, l’autre slovaque. Je ne vais pas vous raconter tout le contexte historique ici, mais il suffit de savoir qu’Heydrich était celui qui gérait le Protectorat de République tchèque quand celle-ci a été intégrée au Reich. Je vous laisse imaginer les dégâts. J’ai donc appris pas mal de choses dans ce « roman », que ce soit sur les pays représentés, sur Prague, sur Heydrich ou d’autres officiers nazis, sur l’attentat, sur les Résistants, sur les actes commis en République tchèque par les Einsatzgruppen, etc. Ce n’était pas une perte de temps et cela m’a donné envie de lire encore plus de fictions et de non-fictions sur cette période historique !

Mais pas mal d’éléments m’ont dérangée, à commencer par les commentaires constants du narrateur (voire de l’auteur). Au début, je me suis dit que c’était une manière originale d’écrire, une façon de montrer la genèse de l’œuvre tout en lisant le roman lui-même. En effet, le narrateur/auteur ne cesse d’intervenir et d’interrompre le récit pour réfléchir sur l’écriture du roman historique, sur le fait qu’il est fiction et donc fautif face à l’Histoire. Le débat est intéressant, mais j’ai malheureusement trouvé que le narrateur tombait dans le pédantisme et cela a fini par m’agacer. Entre critiques de livres et focalisation sur « moi, je sais », je me détachais régulièrement du livre, ce qui est dommage. J’ai eu l’impression d’un hybride entre le roman et l’essai et je n’en suis pas sortie convaincue. Une biographie me paraissait plus indiquée, étant donné l’ambition de l’auteur. Ces phases de réflexion coupaient donc l’action et m’ont semblé amoindrir l’émotion que j’aurais pu ressentir. Bien sûr, quand des milliers de morts sont mentionnés ou que l’on assiste à une scène affreuse, on ne peut rester de marbre. Mais c’est plutôt l’émotion provoquée, justement, par un roman qui nous plonge dans la vie des personnages, dans les situations auxquelles ils se heurtent, qui me semble faire défaut ici. Certes, l’Histoire est bouleversante en elle-même, elle n’a pas besoin de fioritures ; mais le roman est aussi là pour nous emporter jusqu’à elle, pour nous la faire vivre. Certaines scènes ont tout de même eu cet effet : le moment de l’attentat – coupé, lui aussi, par une phase de commentaire frustrante –, la fin SPOILER 1. Enfin, j’ai bien compris que les nazis utilisaient un vocabulaire pour le moins charmant, à base d’insultes et d’images vulgaires ; étant donné certains personnages, cela semble vraisemblable. Mais j’ai également trouvé quelques répétitions « gênantes » ou caricaturales, comme « ce porc de Göring », « le gros porc » ou « le gros Göring ». La première description physique suffisait, je trouve que le reste était de trop.

En fin de compte, ce qui m’a le plus gênée, c’est d’avoir l’avis du narrateur dans un récit historique. J’avais envie de lire l’histoire de l’attentat, simplement, pas d’avoir l’avis de celui qui le raconte. Ces parasitages constants me sortaient du livre : or, c’est aussi pour cela que je lis, pour vivre l’hHistoire. Cela n’a donc que partiellement fonctionné ici. Je suis restée sur ma faim, déçue.

 

Donc, un roman qui m’a appris des choses que je ne savais pas, mais qui ne m’a pas plu à cause du narrateur qui m’a paru pédant et qui interrompait sans arrêt le récit pour parler de lui, de son savoir, de sa perception du « roman ».

 

SPOILER 1 Ne connaissant pas l’issue du siège, j’ai cru jusqu’au bout à la survie des parachutistes. J’avoue avoir eu le cœur serré en comprenant que les quatre survivants allaient se suicider pour ne pas tomber entre les mains de la Gestapo.

Royaume de vent et de colères de Jean-Laurent Del Socorro

Posté : 11 avril, 2021 @ 11:06 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Fantasy, HistoriqueRoyaume de vent et de colères

Editeur : ActuSF

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 280

Synopsis : 1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.

 

Avis : Du roi je serai l’assassin sort ce mois-ci ; c’est un tome compagnon de Royaume de vent et de colères, donc j’avais envie de le découvrir avant de lire le nouveau roman de Jean-Laurent Del Socorro !

C’est un cas typique de « Pourquoi ai-je tant attendu pour lire ce livre ? » ! C’était phénoménal ! Ça l’est encore davantage quand on comprend que ce roman est le premier de l’auteur alors que j’ai trouvé l’écriture et la structure de l’intrigue presque encore meilleures que celles de Je suis fille de rage, le premier livre que j’ai lu de l’écrivain ! J’ai été impressionnée par la qualité de la plume, le plaisir que j’avais à lire, la complexité et la perfection de la construction du récit. En effet, celui-ci est écrit comme une pièce tragique du XVIe siècle : trois actes, unités de temps, de lieu et d’action, des personnages qui quittent la scène pour que d’autres y montent. C’était EXCELLENT ! J’ai adoré le point de vue multiple et la diversité des personnages : cela permet au lecteur d’entrer d’autant plus dans le roman, de vivre l’histoire auprès de ses différents protagonistes. Comme dans Je suis fille de rage, pas de discrimination de genre ici : les femmes et les hommes sont aussi bien représentés, les femmes sont des personnages d’action et non des poupées effacées, elles se battent, elles vivent véritablement sur la page et elles peuvent mourir comme donner la mort dans le sang. Jean-Laurent Del Socorro est l’un des rares auteurs à les écrire de cette manière ; c’est sans doute la raison pour laquelle, pour moi, il se démarque des autres écrivains. Il inclut également des personnages aux orientations sexuelles et aux origines diverses : c’est donc un grand OUI !

Comme dans Je suis fille de rage, on retrouve les grands éléments qui font que j’adore les romans de cet auteur :
- l’émotion qui naît pour des personnages que l’on côtoie peu de temps mais auxquels on s’attache véritablement ;
- le fait que le lecteur sache que l’écrivain n’a pas peur de tuer ses personnages : cela crée d’autant plus de suspense et rend le récit plus crédible ;
- une forme de poésie dans la parole de certains êtres de papier ;
- l’utilisation du contexte historique et même d’un événement historique parfois oublié par les lecteurs : cela permet de lire un bon roman tout en apprenant des choses sur son propre pays !
- l’action, maîtrisée, bien décrite afin que le lecteur puisse visualiser ce dont il s’agit ;
- le côté Fantasy : j’ai entendu des avis parfois négatifs sur les romans de Jean-Laurent Del Socorro parce qu’ils n’étaient pas assez Fantasy. Au contraire, j’adore ce côté uchronie/Fantasy qui ne change pas pour autant l’issue des événements. J’aime que la magie s’immisce dans l’Histoire, ici, de France et la rende encore plus fascinante !
- une romance que j’ai envie de suivre !

 

En bref, j’ai adoré ce roman que j’ai dévoré en une journée tant j’avais envie de connaître toute l’histoire !

 

Cicero, book 3: Dictator de Robert Harris

Posté : 27 février, 2021 @ 3:58 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : HistoriqueDictator

Editeur : Cornerstone

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 464

Titre en français : Cicéron, tome 3 : Dictator

Synopsis : ‘Laws are silent in times of war.’
Cicero

There was a time when Cicero held Caesar’s life in the palm of his hand. But now Caesar is the dominant figure and Cicero’s life is in ruins.

Exiled, separated from his wife and children, his possessions confiscated, his life constantly in danger, Cicero is tormented by the knowledge that he has sacrificed power for the sake of his principles.

His comeback requires wit, skill and courage – and for a brief and glorious period, the legendary orator is once more the supreme senator in Rome.

But politics is never static and no statesman, however cunning, can safeguard against the ambition and corruption of others.

Riveting and tumultuous, Dictator encompasses some of the most epic events in human history yet is also an intimate portrait of a brilliant, flawed, frequently fearful yet ultimately brave man – a hero for his time and for ours. This is an unforgettable tour de force from a master storyteller.

 

Avis : A VENIR

Vincent qu’on assassine de Marianne Jaeglé

Posté : 19 février, 2021 @ 1:26 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : HistoriqueVincent qu'on assassine

Editeur : Folio

Année de sortie : 2018 [2016]

Nombre de pages : 342

Synopsis : « Tu es trop jeune pour le savoir, ajoute-t-il à voix basse : un peintre peint non seulement avec de la couleur mais aussi avec de l’abnégation, des renoncements à soi et le cœur brisé. »

Auvers-sur-Oise, juillet 1890. Vincent Van Gogh revient du champ où il est allé peindre, titubant, gravement blessé. Il n’a pas tenté de se suicider, comme on le croit d’ordinaire. On lui a tiré dessus. Qui est responsable de sa mort ? Comment la légende du suicide a-t-elle pu perdurer si longtemps ?

Inspiré par les conclusions des historiens Steven Naifeh et Gregory White Smith, ce roman montre Van Gogh aux prises avec ceux qui l’entourent et ses démons intérieurs, et rend ainsi justice à un homme d’exception que son époque a condamné à mort.

 

Avis : Je suis tombée sur ce livre par hasard alors que je visitais un musée. Je ne l’ai pas pris sur le coup, mais il est resté dans un coin de ma tête. Quand j’ai croisé à nouveau son chemin, je n’ai pas hésité. Il est reparti avec moi !

Je ne savais pas grand-chose de Vincent Van Gogh avant de lire ce roman. Qu’il s’est coupé une oreille. Qu’il a peint La Nuit étoilée. Qu’il est un des plus grands peintres du XIXe siècle, si ce n’est le plus grand peintre, tous siècles confondus. Qu’il n’était pas reconnu de son vivant. Et qu’il s’est suicidé.

Vincent qu’on assassine propose au lecteur de se retrouver dans la tête de Vincent, mais aussi dans celle de son frère Théo, celle de Paul Gauguin et de quelques autres. Bien sûr, c’est une fiction ; cela ne m’a pas empêchée de m’attacher à Vincent, de me révolter face à la façon dont il est traité par tous sauf Théo, de sentir mon cœur se serrer face à sa solitude, son isolement, son incompréhension, sa chute. De détester, mais vraiment, détester Paul Gauguin pour son arrogance, pour sa méchanceté, pour sa jalousie.

J’ai aussi été surprise par le synopsis la première fois que je l’ai lu : Vincent ne s’est pas suicidé ? Mais, alors, pourquoi dit-on que c’est le cas ? Le roman arrive à la conclusion de manière logique. Effectivement, à entendre les autres personnages, comment aurait-il pu se tirer dessus de cette façon ? Où est l’arme ? Où sont les marques de brûlure ? C’est là que la magie de la fiction se fait sentir : ce qui arrive dans ce roman est réel pour le lecteur qui assiste au meurtre de Vincent, puis à ce qui vient ensuite avec effarement, dégoût, et un sentiment d’injustice qui lui laisse un goût amer dans la bouche.

Ici, Vincent Van Gogh est présenté comme un homme bon, qui aime profondément la nature et les gens, mais qui ne se sent pas à l’aise en société. Il ne connaît pas – ou ne comprend pas – les codes sociaux, ce qui l’empêche de se faire accepter par la majorité. Et quand je dis « l’empêche de se faire accepter », je veux dire : « pousse les autres à le haïr ». Il est haï par ceux qui l’entourent, sans que le lecteur comprenne vraiment pourquoi. Oui, il est étrange, il est peintre et il se donne complètement à la peinture. Mais j’ai eu du mal à comprendre ce déferlement dont il est l’objet. Cela paraît tellement facile et tellement … mal (le mot wrong m’est venu, je ne parviens pas à traduire ce que j’ai ressenti autrement). En plus de cela, il n’est pas reconnu pour son travail, bien au contraire : sa manière de peindre est décriée et il est considéré comme un fou incapable de subvenir à ses besoins. Quand je vous dis que ce livre m’a brisé le cœur, je ne vous mens pas : c’était si dur de constater que les gens autour de Vincent le haïssent ou se moquent ouvertement de lui, qu’il s’en rend compte, mais qu’il pardonne, sans même y penser. A cela s’ajoutent la honte et la culpabilité qu’il ressent parce qu’il est entretenu par son frère. Cela donne ce genre de passages : « — Oui. J’ai peint votre fauteuil », répond-il, espérant que Paul entendra ce qu’il s’efforce de dire malgré tout. Qu’il lui manque, que Vincent regrette ce désaccord qui s’installe et s’approfondit entre eux. » Dans le roman, sa peinture est clairement montrée comme son moyen de communication : sans jamais le dire avec des mots, il peint sa tristesse, sa joie, sa souffrance, son manque, sa honte, la façon dont il voit la vie, les gens. Au fil des pages, le lecteur le comprend ; pas certains personnages, comme Paul, qui sont convaincus qu’il a tort de peindre de cette manière, qu’il est un bon-à-rien, qu’il ne sera jamais un grand peintre.

Je pense que vous l’aurez compris : Vincent qu’on assassine est un coup de cœur qui m’a donné encore plus envie de lire la biographie de Vincent Van Gogh écrite par Steven Naifeh, ainsi qu’un roman sur la relation entre Vincent et Théo. Je n’en ai pas parlé, mais l’histoire est portée par une écriture agréable, qui m’a permis de traverser le livre plus vite que je ne l’aurais voulu. L’émotion est vibrante sur le papier, elle se transmet au lecteur, comme les œuvres du peintre nous font ressentir ses propres émotions. Ce roman est, par conséquent, un bel hommage à Vincent Van Gogh tout en étant un livre intéressant sans être passionné par le peintre.

 

Donc, un excellent roman qui permet de mettre en perspective la vie de Vincent Van Gogh mais aussi d’imaginer l’homme qu’il était vraiment.

 

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