Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Miss Islande d’Auður Ava Ólafsdóttir

Posté : 28 décembre, 2019 @ 3:01 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Historique Miss Islande

Editeur : Zulma

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 262

Titre en VO :Ungfrú Ísland

Synopsis : Islande, 1963. Hekla, vingt et un ans, quitte la ferme de ses parents et prend le car pour Reykjavík. Il est temps d’accomplir son destin : elle sera écrivain. Sauf qu’à la capitale, on la verrait plutôt briguer le titre de Miss Islande.

Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d’énergie créatrice, entraînant avec elle Ísey, l’amie d’enfance qui s’évade par les mots – ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas -, et son cher Jón John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche…

Miss Islande est le roman, féministe et insolent, de ces pionniers qui ne tiennent pas dans les cases. Un magnifique roman sur la liberté, la création et l’accomplissement.

 

Avis : J’ai reçu ce livre en service presse ; je remercie à nouveau les éditions Zulma pour cette découverte !

Je n’avais jamais lu d’auteurs islandais avant de lire Miss Islande ; je découvrais donc à la fois une autrice, et une culture tout à fait différente de la mienne ! Une des premières scènes du livre montre la découpe d’un cachalot sur un baleinier … autant vous dire que cela partait mal pour moi ! J’ai eu peur d’assister au dépecement de plusieurs animaux au cours du roman : ce ne fut pas le cas ! Au fil des pages, j’ai été séduite par à peu près tous les éléments de ce livre. D’abord, l’écriture : elle est tout en retenue. Jamais la narratrice, Hekla, ne nous livre sa pensée. Elle est très effacée face aux autres personnages qu’elle côtoie, comme Isey, Jon et Starkadur. Ce sont eux qui prennent le pas sur elle, même s’ils nous parlent souvent de leur relation avec Hekla, de ce qu’elle représente pour eux. Ils la décrivent pour nous, puisqu’Hekla ne parle jamais d’elle-même. Par cet effacement, le lecteur sent que l’autrice lui fait confiance : elle ne met pas de gros sabots, ne donne pas son opinion sur les personnages, leur situation, sur ce qui arrive à Hekla. C’est le lecteur qui doit se rendre compte de ce qu’implique le texte sans le dire. C’est le cas dans la scène pendant laquelle Hekla passe un entretien d’embauche : le patron lui laisse entendre qu’il la trouve très attirante, qu’il veut coucher avec elle si elle vient travailler pour lui, en gros. Le chapitre suivant commence par la deuxième possibilité d’emploi pour Hekla : on ne sait donc pas comment la jeune fille réagit face à l’homme, ni ce qu’elle pense. Puis, vient, comme je l’ai dit, la découverte d’une autre culture : Hekla lit beaucoup, comme les personnages qui gravitent autour d’elle. Sont donc évoqués de nombreux auteurs et autrices, islandais, mais aussi d’autres pays, comme James Joyce. Cela m’a donné très envie de lire ces auteurs et autrices !

Au fil des pages, le lecteur s’attache aux personnages proches d’Hekla. Ils sont très différents les uns des autres : Isey est une jeune femme de l’âge d’Hekla, qui écrit comme elle, mais qui est mariée et a une petite fille. Les passages qui la concernent sont empreints d’une tristesse sourde due à la certitude que sa vie est toute tracée ; mais, encore une fois, au début du roman en tout cas, c’est grâce à l’écriture,, derrière les mots prononcés par Isey, que le lecteur se rend compte de ce mal-être qui l’habite. Elle se dit profondément heureuse, mais ce n’est pas ce que dit son torrent de mots, ses regrets, ses rêves. Elle m’a fait profondément mal au cœur, tout comme Jon, l’ami d’Hekla. Homosexuel, il ne trouve pas sa place dans le monde, se sent exclu, à jamais rejeté. Différent, il est malmené partout où il se trouve. Vers la fin du roman, j’en suis venue à ressentir de l’angoisse pour ces deux personnages ! Ensuite, Starkadur. Poète, il rêve d’être publié. Sa vie avec Hekla la place dans un rôle de femme au foyer qu’elle ne refuse pas ouvertement ; mais le jeune homme finit par comprendre qu’elle est différente, et qu’elle ne désire pas se conformer aux attendus de la société. Il m’a profondément agacée la majeure partie du temps ! Enfin, les parents tiennent une certaine place dans le roman. Le père d’Hekla l’a nommée d’après un volcan parce que c’est sa passion ; il a, en quelque sorte, fait de sa fille un volcan, quelqu’un d’imprévisible, une explosion dans une société qui refuse leur juste place aux femmes. La mère, elle, décède, ou ne peut achever ses phrases, comme c’est le cas de la mère de Starkadur. Elles s’effacent donc, tout en laissant une trace.

J’ai adoré les thèmes abordés dans Miss Islande. Loin de se conformer aux diktat de la société, Hekla est différente, et, même si elle ne le revendique pas ouvertement, elle ne se laisse pas museler. Elle refuse, tout le long du roman, de participer à ce concours de beauté, qui donne son titre au livre ; elle n’est pas qu’un corps, elle n’est pas qu’une forme, et elle ne veut pas que l’on ne juge que son physique. Elle ose répondre aux hommes, porter des pantalons, écrire – et ce, mieux que les hommes -, lire des auteurs/autrices qui ne sont pas lu(e)s dans son pays, partir de son village pour la capitale, puis de son pays pour l’étranger, [SPOILER] se marier pour être libre, avec quelqu’un qui ne veut rien d’elle. [FIN DU SPOILER] Elle est symbole de liberté, quand Isey, elle, renvoie à la condition des femmes à l’époque. L’écriture leur est à toutes deux vitale, mais l’une doit peu à peu y renoncer, quand l’autre veut en vivre. A travers Jon, l’homosexualité et la façon dont elle est perçue est mise en avant : voir les tourments du jeune homme m’a brisé le cœur. J’ai adoré le passage dans lequel il déclare à Hekla que l’on ne verra pas plus deux hommes marcher main dans la main dans la rue que l’homme marcher sur la lune !

La fin … je ne sais trop quoi en dire ! Je ne m’attendais pas à ça ! J’ai été un peu déçue, surtout par ce que l’on apprend dans la dernière lettre de Starkadur. Mais n’est-ce pas « normal » dans les années 60 ? [SPOILER] J’ai eu un petit effet : « tout ça pour ça ? Toute cette quête de liberté pour être obligée de donner son manuscrit à un homme afin qu’il soit publié ? » Quelle tristesse … [FIN DU SPOILER]

 

Donc, une belle découverte !! Je pense lire d’autres livres de l’autrice, et lire d’autres auteurs/autrices islandais ! 

L’Homme-qui-dessine de Benoît Séverac

Posté : 17 décembre, 2019 @ 9:36 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Historique L'Homme-qui-dessine

Editeur : Syros

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 212

Synopsis : L’Homme-qui-dessine a été chargé par les siens de parcourir le monde pour mieux le connaître. Au cours de son voyage, il est fait prisonnier par une tribu d’hommes-qui-savent dont les membres sont inexplicablement assassinés. L’Homme-qui-dessine a sept nuits, jusqu’à la prochaine lune, pour prouver son innocence…

 

Avis : Ce livre m’a été prêté au CDI du collège !

Je n’ai jamais lu de livre dont l’action se situe à la préhistoire avant de lire L’Homme-qui-dessine. Je ne sais donc pas du tout quelle est l’habitude des auteurs quand il s’agit de représenter l’homme d’il y a des millions d’années ; j’ai bien l’intention de lire Jean M. Auel pour avoir un autre aperçu ! En effet, je ne peux pas dire que j’ai vraiment apprécié cette lecture …

Mais, commençons par le positif ! J’ai trouvé originale l’idée d’une enquête aux temps des hommes préhistoriques ! Certes, ce peut être anachronique, mais cela reste intéressant ! J’ai également aimé le lien avec le dessin, la peinture, et notamment celles que l’on retrouve dans les grottes. J’ai également apprécie le côté quête : le personnage principal a un but, une mission, et tente de l’accomplir quand il rencontre une tribu d’Hommes-qui-savent. Autre petit plus : la préface, qui nous apprend quelque chose sur l’homme de Néandertal – dont Yuval Noah Harari nous parle dans Sapiens il me semble !

Mais, malheureusement, un élément a gâché ma lecture : la représentation de la femme dans le roman. L’auteur ne prend pas du tout en compte les nouvelles découvertes sur la place des femmes pendant la préhistoire, et les relègue à la cuisine, à la couture, et aux enfants. Cela m’a gênée, tellement que je n’ai pas su apprécier ma lecture. Aucun personnage féminin n’a vraiment d’importance seul ; on se concentre sur les personnages masculins. Cela m’a sortie de l’histoire malheureusement, et je ne suis pas parvenue à entrer de nouveau dedans … dommage ! 

 

Donc, une idée originale, mais un livre que je n’ai pas réussi à apprécier. 

Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro #plib2020

Posté : 12 décembre, 2019 @ 1:12 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Fantasy, Historique Je suis fille de rage

Editeur : ActuSF

Année de sortie : 2019

Nombre de pages : 536

Synopsis : 1861 : la guerre de Sécession commence. A la Maison-Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe.

Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes … Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile.

Après Royaume de vent et de colères et Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro nous propose un nouveau récit historique et fantastique.

 

Avis : J’ai reçu ce livre en service de presse, et je l’ai lu pour le Plib 2020 !

D’abord, je dois dire que je ne savais pas grand-chose, voire pratiquement rien, de cette période ! Donc j’ai appris beaucoup en lisant Je suis fille de rage, et ce grâce, notamment, aux points de vue multiples utilisés : on suit des personnages qui appartiennent à l’Union (le Nord), comme certains qui appartiennent à la Confédération (le Sud). Cela nous permet d’avoir le point de vue des deux camps. Evidemment, il est impossible de soutenir les Confédérés, étant donné qu’ils veulent conserver l’esclavage ; pour autant, il est assez difficile de ne pas s’attacher à certains personnages du Sud – mais je reviendrai sur ce point plus bas ! Le lecteur sent que l’auteur a fait beaucoup de recherches : il nous fournit même une bibliographie très utile pour ceux qui veulent approfondir le sujet ! Mais surtout, un des éléments excellents ici, c’est l’organisation de l’auteur. Sachant que je ne connaissais rien à la période, j’ai eu peur d’être perdue très rapidement : Jean-Laurent Del Socorro pallie à ce problème avant même que le roman commence avec une sorte de préface qui explique au lecteur comment s’y retrouver ! Honnêtement, sans cela, je n’aurais certainement pas autant apprécié ma lecture : grâce à son code donné au début, le lecteur sait s’il se trouve avec un personnage de l’Union ou de la Confédération, sur quel front, et, parfois, une carte en début de chapitre permet même de localiser plus précisément l’action. Une autre carte est fournie en « préface », avec la liste des personnages ! C’est beaucoup plus agréable de cette façon, puisque le lecteur n’a pas à chercher, à se documenter à côté du livre pour comprendre où on se trouve, de quoi on parle, et dans quel camp se trouve tel personnage !

Et heureusement, puisque, malgré cette organisation, je n’ai pas réussi à entrer tout de suite dans le livre : je ne sais pas si c’est à cause de ma dernière lecture, qui était vraiment prenante, et dont l’atmosphère était encore vivace, ou si c’est le sujet du livre lui-même qui ne me permettait pas d’entrer. Il faut avouer qu’il n’est pas évident de faire ressentir de l’émotion au lecteur dans ce genre de romans, très militaire : en effet, sont retranscrites pas mal de scènes de batailles, les questions tactiques sont discutées, l’auteur a traduit des lettres, des rapports et a ajouté des coupures de journaux à propos des batailles – ce qui permet, par la même occasion, de voir le mécanisme de la propagande des deux côtés, propagande qui pourrait, en partie, expliquer l’absence de soulèvement contre cette guerre longue et sanglante ! Pour autant, j’ai plusieurs fois eu les larmes aux yeux, et certains personnages, en particulier, m’ont touchée, malgré le fait que nous ne les côtoyions pas énormément finalement, étant donné la brièveté des chapitres. Je vous cite ici quelques-uns d’entre eux : Bleu, Willie, Lincoln, David, Caroline, Kate, Sherman, entre autres (et je vous mets tout en bas de la chronique les spoilers à propos de ces personnages). D’autres font ressentir autre chose ; c’est le cas de Nathan Bedford Forrest, premier Sorcier du Klu Klux Klan : un mélange de peur, de colère et de dégoût quand on voit ses agissements, et qu’on finit par comprendre ce dont il est le fondateur. Même mélange ressenti à la vue de l’incompétence impressionnante des chefs des armées de Lincoln, notamment McClellan : combien de fois cet homme aurait-il pu mettre fin à la guerre ? Et comment peut-il encore affirmer « Je peux tout faire » ?! Enfin, concernant les personnages, j’ai adoré l’originalité de l’auteur : ils ne sont jamais désignés par leur nom, mais par des périphrases : « Le Héros qui n’en est pas un », « Le Président et la Mort », « Le Général qui ne compte pas ses morts ». J’ai aimé l’ironie de certaines, et la beauté simple d’autres. 

Gros point positif : l’ajout, par l’auteur, de personnages féminins ! J’ai eu très peur de ne trouver, en lisant ce livre, que des personnages masculins, plus volontiers associés à la guerre. J’ai pu constater, en voulant regarder le film Lincoln de Steven Spielberg, qu’il n’y avait, apparemment, que deux personnages féminins … Donc, MERCI Jean-Laurent Del Socorro pour cette diversité ! (j’ai envie de dire, pas étonnant de la part d’un auteur qui écrit un roman sur Boudicca !) Donc, Je suis fille de rage ne tombe pas dans les travers potentiels de ce type de livre, à savoir, devenir très, voire entièrement, masculin ! C’était déjà présagé dans le titre, qui reprend, presque mot pour mot, les paroles d’un des personnages du roman ! Je trouve « rafraîchissant » de lire un livre où le genre ne compte pas quand on traite de guerre ou de mort : les femmes se battent au même titre que les hommes, elles sont générales et capitaines, et elles meurent salement, tuées par balle, par une baïonnette, par un tir d’artillerie ! En effet, préparez-vous à lire la mort de certains personnages, et à très mal le vivre ! Comme je le disais, malgré le fait que l’on passe des moments assez brefs avec chacun d’eux, il est surprenant de se rendre compte à quel point on est, en fin de compte, attaché à eux !

Autre ajout de personnage très intéressant : la Mort, que l’on voit dès la couverture, aux côtés de Lincoln. C’était fascinant, et glaçant de constater sa présence à la fois avec Lincoln, dans son bureau, avec ses fameuses craies et ses éternelles questions pour remettre en cause la guerre et son utilité, mais également auprès d’autres personnages, et à certains moments inattendus pendant lesquels on la reconnaît grâce à la façon dont sa parole est retranscrite, terriblement efficace soit dit en passant ! C’est elle dont nous avons le point de vue quand nous nous trouvons avec Lincoln, nous n’avons jamais celui du Président.

Enfin, l’écriture est très belle : même si, au début, je n’étais pas complètement dans le livre, je savais que ce ne serait pas une déception ou une mauvaise lecture rien que grâce à elle ! J’ai adoré que l’auteur emploie beaucoup de métaphores, qui permettent de rendre le récit plus vivant, notamment lors des scènes de bataille, qui aurait pu me lasser si elles avaient été écrites autrement !

Petit plus : le design du livre ! Je suis fille de rage est un magnifique hardback, avec marque-page ruban et effet vieilli !

A la fin se trouve une nouvelle, « Le Diable dans la boîte », qui est, elle aussi, très prenante ! J’ai trouvé qu’elle tombait un peu à plat au début, surtout quand elle vient après une telle fin, mais j’ai fini par être prise par l’histoire ! 

 

Donc, un excellent roman qui, même s’il n’est pas un coup de cœur, me fait découvrir un nouvel auteur : j’ai bien l’intention de lire tous ses livres !

 

[SPOILERS] les personnages : Bleu m’a brisé le cœur dans son dernier chapitre, c’était terriblement émouvant de la « voir » mourir dans les bras de Sam … Même chose pour Willie : terriblement émouvant de le voir mourir quasiment dans les bras de son père, avec cette lucidité, et toujours sa candeur enfantine. Ils seront tous les deux rejoints par Lincoln, qui lui m’a fait mal au cœur tout le long du livre : quel poids écrasant sur ses épaules … et quel choix impossible : faire la guerre et perdre des tas de soldats et de civils, ou arrêter la guerre, mais laisser l’esclavage ! Le pire est sans doute de se rendre compte qu’il meurt pile à la fin de la guerre, tué par un acteur lors d’une représentation de Jules César : quelle ironie du sort ! Dernière occasion de me briser le cœur pour ces trois personnages : le moment où ils apparaissent tous les trois et se rejoignent dans la mort ! La cordialité de Lincoln, l’enthousiasme et la sympathie de Bleu, la candeur, l’innocence de Willie, le fait qu’il parle de vérifier s’il n’y a pas de fantômes pour le moment où son papa va le rejoindre à son tour … bouh !

David, lui, n’est identifié qu’au moment où il meurt, ce qui m’a également brisé le cœur : on ne comprend son identité que quand il évoque sa sœur, Caroline, en regrettant de ne pas l’avoir revue ! Caroline m’a brisé le cœur en retrouvant son père : cette scène sur la terrasse … Kate, elle, m’a touchée par sa difficulté à se libérer de ses chaînes et, surtout, de sa culpabilité : son frère, Joshua, est mort, et elle ne veut pas le laisser partir. Comprendre que son frère était, depuis le début, un fantôme m’a fait un sacré choc ! Enfin, Sherman est touchant pour plusieurs raisons : il oscille aux limites de la schizophrénie et de la dépression. Il est à la fois l’excellent général qui travaille aux côtés de Grant, et l’homme aux bords de la folie. Le moment où il perd son fils, et les instants où il lui parle, lui demande de lui pardonner, lui dédie ses batailles étaient dévastateurs ! J’ai aussi adoré que la Mort lui apparaisse, à lui aussi ! C’est terriblement efficace de la faire parler à des personnages, puisque le lecteur comprend que celui-ci va mourir à ce moment-là ! J’ai été choquée la première fois, avec la vieille dame : je ne comprenais pas pourquoi la Mort venait lui parler ! Chaque nouvelle apparition de la Mort signait la fin d’un personnage souvent important, comme Stonewall Jackson. 

 

#ISBN9782366294774

The House at Riverton de Kate Morton

Posté : 9 décembre, 2019 @ 8:04 dans Avis littéraires, Coup de cœur, Lectures Communes | 2 commentaires »

Genre : Historique The House at Riverton

Editeur : Pan McMillan

Année de sortie : 2006

Nombre de pages : 599

Titre en français : Les Brumes de Riverton

Synopsis : A STORY OF LOVE, MYSTERY, AND A SECRET HISTORY REVEALED

Summer 1924

On the eve of a glittering society party, by the lake of a grand English country house, a young poet takes his life. The only witnesses, sisters Hannah and Emmeline Hartford, will never speak to each other again.

Winter 1999

Grace Bradley, ninety-eight, one-time housemaid at Riverton Manor, is visited by a young director making a flm about the poet’s suicide. Ghosts awaken and old memories – long consigned to the dark reaches of Grace’s mind – begin to sneak back through the cracks. A shocking secret threatens to emerge, something history has forgotten but Grace never could.

Set as a war-shattered Edwardian summer surrenders to the decadent twenties, The House at Riverton is a thrilling mystery and a compelling love story.

 

Avis : J’avais envie de lire Kate Morton depuis un moment : il m’a fallu un petit coup de pied aux fesses et une lecture commune avec Aurore et Sarah pour me lancer !

Pour résumer rapidement cet avis, qui sera sans doute long : J’AI ADORE ! 

C’est le premier livre recommandé pour les fans de Downton Abbey que j’adore, et qui est vraiment à la hauteur de la série TV ! Je me souviens encore de l’échec cuisant de Belgravia de Julian Fellowes ! Je me méfie donc, maintenant, des livres de ce genre ! Mais là, j’ai ressenti, en lisant, exactement ce que je ressens en regardant la série : l’impression de faire partie de la famille, de me retrouver chez moi ! J’ai moins eu l’impression de faire partie d’un groupe soudé en ce qui concerne « downstairs », mais cela n’a pas du tout gâché la lecture pour autant, et cela s’explique par le fait que Grace est clairement concentrée sur ce qui se passe en haut, sur la famille, davantage que sur les gens avec lesquels elle vit en bas. Je me suis sentie très proche de Grace, et de ses proches, en lisant : au fil des pages, elle devenait de plus en plus réelle, une amie que l’on écoute pendant plus de 500 pages. Bien sûr, l’époque aide, puisque c’est la même que Downton Abbey ! Du coup, certains personnages étaient pour moi ceux de la série : Mr. Hamilton était Carson, Mrs. Townsend était un peu Mrs. Patmore, Alfred, évidemment, était Alfred, Mrs. Tibbit avait quelque chose de cette satanée O’Brien, Lady Clementine était Rosamund, et Lady Violet Ashbury était Lady Violet Grantham ! Hannah m’a fait penser à Mary, et Emmeline avait des airs de Rose ! J’ai été absorbée par ce livre, transportée à Riverton, dans la chambre de Grace, à Grosvenor Square : c’était formidable ! C’était comme de rentrer chez soi !

Mais, ce livre avait plus qu’une atmosphère Downtonesque : il était aussi très gothique ! COMMENT NE PAS AIMER UN TEL LIVRE ?!! La note de l’autrice m’a convaincue que je n’avais pas rêvé : elle énumère tous les procédés gothiques qu’elle a utilisés pour écrire son livre ! Dès la toute première phrase, le lecteur sait que l’autrice est très influencée par Daphné du Maurier, puisque la première phrase – et, en quelque sorte, le premier chapitre – est une réécriture du début de Rebecca ! Mais quel plaisir !! Je n’ai qu’une envie : relire ce livre pour traquer tous ses aspects gothiques !

Comme je l’ai dit plus haut, je me suis sentie très proche de Grace. C’est une vieille femme, une grand-mère, quand nous la rencontrons pour la première fois, mais elle raconte aussi son histoire quand elle était jeune fille à Riverton. Je ne sais pas si c’est la double narration ou simplement le fait que le personnage est adorable, mais j’ai autant aimé les deux intrigues, le passé et le présent. Le dernier tourne autour de sa relation avec son petit-fils, et la façon dont elle tente de lui tendre la main, de communiquer avec lui. Elle m’a tant émue ! J’ai eu plusieurs fois envie de pleurer ! [SPOILER] Je ne sais pas si vous imaginez ma frustration en apprenant qu’elle ne se marie pas avec Alfred, et en apprenant avec qui il se marie ! J’étais tellement contente d’apprendre qu’ils se sont retrouvés plus tard !! [FIN DU SPOILER] J’étais complètement pour la romance (et je veux dire par-là, pour les DEUX romances) !!

Concernant le passé : Grace a un secret qu’elle ne veut pas partager ; mais elle a besoin de le faire. C’est trop lourd pour elle, comme si ça la maintenait sur terre alors qu’elle devait partir. Ce secret l’a torturé toute sa vie, et elle décide de « l’offrir » à Marcus. Elle a besoin de raconter ce qui est arrivé cette nuit, et ce qui a mené à tout cela. Quel mystère ! J’avais deviné certaines choses, mais pas la grosse révélation !! [SPOILER] Quel choc en voyant la scène !! J’étais si sûre de mon hypothèse ! [FIN DU SPOILER] 

J’ai aussi adoré le fait que l’on voie les deux mondes, en haut, et en bas ; mais aussi le fait que la condition des femmes, dans les deux mondes, soit mise en avant. [SPOILER] Quand Hannah décide de se marier, elle ne se rend pas compte qu’elle quitte une situation stagnante pour une autre, quand le lecteur, lui, le sait déjà ! Elle ne peut pas vivre la vie dont elle rêve : il ne lui est pas permis de voyager, de travailler, d’être intelligente et pleine d’esprit, de s’intéresser à des sujets sérieux comme la politique ou la philosophie. Tellement frustrant ! J’étais si contente qu’Hannah et Robbie se correspondent si bien ! Quelle fin cruelle !! (mais quelle fin gothique en même temps !!) [FIN DU SPOILER] Grace et Hannah sont « prisonnières » de deux manières différentes : Grace est en bas de l’échelle sociale, quand Hannah, tout en haut, ne peut pas choisir ce qu’elle fait de sa vie. Leur relation est belle en un sens [SPOILER] mais aussi très toxique : Grace vit par procuration à travers Hannah. Pour elle, elle refuse d’épouser Alfred, à ma grande frustration, alors qu’il est très clairement l’amour de sa vie !! En fin de compte, cette relation « privilégiée » gâche tout : Grace voulait être aimée d’Hannah comme une sœur, appartenir, même un peu, à son monde, et lui a menti pour être proche d’elle. Le lecteur peut comprendre sa culpabilité à la fin : quel gâchis !! [FIN DU SPOILER]

Enfin, l’écriture : j’avais déjà envie de lire tous les romans de Kate Morton, mais là, ils ont fait un bond pour rejoindre le sommet de ma wish-list ! J’ai adoré l’écriture de l’autrice : j’ai relu plusieurs passages, j’ai annoté, j’ai encadré, souligné. Elle parvient à capter le moment et réussit à mettre des mots sur ce que l’on ressent, des mots que l’on n’aurait pas trouvé nous-mêmes : quel talent !

 

Donc, j’en veux plus, et j’ai bien l’intention de continuer à lire Kate Morton en 2020 ! Ai-je besoin de préciser que ce livre est un coup de cœur ?

L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon

Posté : 5 décembre, 2019 @ 11:59 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Historique L'Ombre du vent

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2009 [2001]

Nombre de pages : 637

Titre en VO : La Sombra del viento

Synopsis : Dans la Barcelone de l’après-guerre civile, « ville des prodiges » marquée par la défaite, la vie difficile, les haines qui rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon – Daniel Sempere, le narrateur – dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L’enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d’occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y « adopter » un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l’entraîner dans un labyrinthe d’aventures et de secrets « enterrés dans l’âme de la ville » : L’Ombre du vent.

 

Avis : J’ai ce livre depuis une éternité dans la PAL, il était temps que je le lise !

Dès la première page, j’ai été emportée dans le livre : je suis tombée amoureuse du ton, cette tristesse subtile instillée dans chaque mot, et de l’écriture. J’avais DEJA les larmes aux yeux : je me suis dit que ce livre allait facilement être un coup de cœur ! Puis, il y a eu pour moi une sorte de creux, et c’est là que j’ai commencé à remarquer certains défauts.

Mais, commençons par le positif ! J’ai adoré l’atmosphère, surtout celle qui s’installe autour de/dans la maison ! Elle était bien gothique, comme je les aime, c’était parfait ! Surtout que ces scènes se passent majoritairement la nuit, ou quand il fait très froid, ce qui ne fait que renforcer pour moi l’ambiance inquiétante ! Autre élément gothique : Julian Carax, ce personnage mystérieux dont le narrateur tente de découvrir le passé et l’histoire ! [SPOILER] « Malheureusement », j’avais deviné qui était Julian, que c’était lui qui brûlait ses propres livres ; je ne savais juste pas exactement pourquoi ! Cette double identité, l’écrivain idéaliste et bohême, et le fou qui brûle toute une oeuvre pour faire tout disparaître de Julian Carax, est aussi un grand thème gothique ! Il est une sorte de Dr. Jekyll et Mr. Hyde : j’adore ce genre de double personnalité ! En même temps, Julian est assez stéréotypé : le héros gothique qui devient le Gothic villain qui doit être calmé par un nouveau héros gothique qui suit le même chemin que lui, qui fait les mêmes erreurs, et, en quelque sorte, vit la même chose que lui, ou presque. [FIN DU SPOILER] J’ai aussi adoré les réflexions et les références littéraires, sur la littérature, l’écriture, et la place de la littérature dans le cœur du lecteur !

Mais, je n’ai pas été convaincue par le traitement des personnages féminins : ils ne me semblaient présents que pour être sexualisés, ou idéalisés. Ces femmes n’ont pas d’histoire propre : ce ne sont que les personnages masculins qui comptent, et ce qui leur arrive. C’est ce qui est raconté, montré, mis en avant. De plus, à cause de son espèce de sexisme, j’ai eu du mal à apprécier Fermin : il est adorable, sauf quand il parle des femmes, ce qu’il fait très souvent, parce que le narrateur ne semble pas pouvoir rencontrer une femme sans éprouver automatiquement du désir pour elle ! A partir d’un moment, j’en ai eu marre de l’écouter parler des femmes comme de la « viande », de choses à manger ou à prendre. J’avais envie qu’elles aussi vivent quelque chose, et qu’elles ne soient pas juste des subalternes pour les personnages masculins ! [SPOILER] On notera, d’ailleurs, qu’on ne sait absolument rien de Pénélope, si ce n’est que ce qui lui arrive déclenche la chute de Julian ! Le fameux trope de « la fille doit subir quelque chose ou mourir pour déclencher l’aventure/la quête du personnage principal masculin fou de douleur ». [FIN DU SPOILER] 

Autre bémol : malheureusement, aucune des révélations ne m’a surprise, j’avais déjà deviné … sans les détails, certes, mais je savais déjà ! L’effet de surprise n’a pas du tout fonctionné ! [SPOILER] Je savais déjà pour Julian et Pénélope : c’était évident vu le comportement de Sophie et Ricardo ! Je dois l’admettre, à un moment donné, vu ce qui arrivait et les multiples allusions, j’ai cru que Daniel était leur fils : l’enfant mort s’appelle David, et les autres personnages évoquent plusieurs fois la ressemblance entre Julian et Daniel. Seules les dates ne correspondaient pas du tout. [FIN DU SPOILER] 

La fin est belle, clôt parfaitement le livre : elle forme une belle boucle. Mais elle ne m’a pas tout à fait convaincue …

 

Donc, je reste un peu sur ma faim, mais j’ai globalement passé un bon moment avec ce livre !

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