Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

The Monk de Matthew Lewis

Posté : 10 août, 2017 @ 11:23 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Fantastique, Classique The Monk

Editeur : Wordsworth Editions

Année de sortie : 2009 [1796]

Nombre de pages : 324

Titre en français : Le Moine

Synopsis : Prepare to be shocked. This novel, written in 1796, is a Gothic festival of sex, magic and ghastly, ghostly violence rarely seen in literature.

The Monk is remarkably modern in style and tells a breathless tale of temptation, imprisonment and betrayal. Matthew Lewis recounts the downfall of Ambrosio, the holier-than-thou monk seduced within the walls of a Madrid abbey until he heads for the utter corruption of the soul.

Meanwhile, two sets of young lovers are thwarted and the reader thrills to pursuits through the woods by bandits and is chilled by the spectre of nuns imprisoned in vermin-ridded and skeleton-crowded vaults.

Late eighteenth-century audiences were polarised in opinion as to the novel’s merits. Lord Byron and the Marquis de Sade were impressed by Lewis’s daring, while Coleridge warned parents against the suitability of The Monk for their sons or daughters describing the novel as ‘poison for youth’.

If you want a novel that still terrifies, over two hundred years after it was written, there is none finer than The Monk.

 

Avis : Toujours en pleine recherche et lecture d’œuvres gothiques, j’avais été intriguée par le synopsis de The Monk !

Le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne suis pas déçue !! C’était une lecture intense, qui m’a fait éprouver des sentiments très différents : dégoût, agacement, tristesse. J’étais pressée d’avancer pour savoir ce qui allait arriver aux personnages ! Je pensais mettre pas mal de temps à le lire, et j’étais tellement dedans que je n’ai pas vu les pages défiler ! Comme le dit le résumé, c’est l’histoire d’un moine, et de deux couples : le premier se croit au-dessus de tous, plus vertueux que n’importe qui. Bien sûr, nous sommes dans un roman gothique, alors les amoureux vont se retrouver séparés par plusieurs obstacles ; le lecteur se demande s’ils vont finir par être réunis ou pas. En effet, contrairement à certains romans dans lesquels le lecteur sait, sans aucun doute, que les personnages vont finir ensemble, ici, rien n’est sûr. N’importe qui peut mourir, les amants peuvent être séparés, le « méchant » peut s’en sortir. Du vrai suspense quoi ! Le lecteur se retrouve aussi avec des tas d’éléments gothiques : corruption, fantômes, innocence menacée, vilain effrayant, débauche, démons, sorcières, cimetière, abbaye, château hanté, bandits – un peu de picaresque ici -, amour menacé - un peu de tragédie ici -, meurtres, sang, crimes, ambiance gothique à base de passages obscurs éclairés à la bougie, de couloirs de catacombes. On ne peut vraiment pas dire qu’on s’ennuie ! Cela donne aussi des scènes révoltantes, pendant lesquelles on a envie soit de balancer le livre, soit de tuer le personnage !

J’allais dire, « Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce livre, c’est », mais, en fait, j’ai tout aimé dans ce livre ! Il est écrit dans le synopsis que The Monk est moderne dans son style ; honnêtement, on ne dirait pas que le texte a été écrit en 1796. Il se lit très bien, sans difficultés particulières. J’ai aimé le fait que le narrateur fasse des commentaires, s’adresse à nous, comme pour nous prévenir de ne pas nous attendre à un miracle pour certains personnages. Le lecteur sent qu’il est dans une autre époque avec les traditions et la place de la femme, avec l’importance de la religion, mais, sans cela, on pourrait presque penser à un roman moderne. Surtout, l’auteur met en avant le ridicule et l’hypocrisie de l’Eglise et de la religion ! On trouve ici une critique de la vie monastique, qui éteint les qualités et n’apprend pas la vie aux novices, ce qui donne des êtres orgueilleux comme Ambrosio ; de plus, Agnes, par exemple, ne veut pas de cette vie, qu’elle considère comme austère et ennuyeuse, comme c’est le cas pour d’autres personnages ! Certains autres, que l’on suit, sont opposés à la vie monastique, à la superstition, ou à la religion en général : c’est le cas d’Elvira, qui mange de la viande le vendredi, ce que sa logeuse considère comme un blasphème. De manière générale, les personnages dévots comme Jacintha sont tournés en ridicule. De plus, l’hypocrisie des religieux est mise en avant ; c’est même le thème principal de l’œuvre. Ambrosio s’est considéré comme l’homme le plus vertueux, incorruptible et au-dessus de tous les hommes, pour qui les portes du Paradis sont déjà ouvertes et qui a déjà sa place près de Dieu. Et c’est cette haute opinion de lui-même, ainsi que sa réputation, qui font de lui cet être hypocrite. Il se cache derrière l’apparence, et commet ses forfaits en tentant de se rassurer, en se disant qu’il a encore le temps de se repentir ! Hypocrisie aussi dans le couvent de St Clare : la mère supérieure est tout simplement odieuse, et se cache derrière la religion pour être cruelle. Les valeurs de la religion, la pitié, la clémence, l’indulgence, sont des principes oubliés par Ambrosio et la mère supérieure ; c’est pourquoi ils se retrouveront dans des situations où les autres personnages ne feront pas preuve de pitié pour eux. Autre manière de critiquer la religion : les « gentils », qui prient, qui sont purs et innocents, qui se sont placés sous la protection d’un saint, ne sont absolument pas aidés par le dit-saint. Au contraire, ils semblent complètement abandonnés ; le narrateur dit souvent que l’un des personnages est né sous une mauvaise étoile, et que personne ne peut le sauver. Concernant la condition de la femme, comme presque tous les romans gothiques et les romans de l’époque, évidemment, elles ne sont pas libres, n’ont pas le droit de vote, n’ont rien à dire, et doivent obéir à leurs parents. Ici, j’ai trouvé que l’auteur les défendait – parfois – plutôt qu’il ne les incriminait. Je me suis d’abord dit que c’était un peu misogyne [SPOILER] parce qu’Ambrosio est « séduit » par une femme, même si, en fait, il est aussi responsable qu’elle, c’est juste qu’il est lâche et préfère rejeter la faute sur elle. Mais, en fait, on apprend à la fin que Matilda n’était pas une vraie femme, mais un démon envoyé par Satan pour corrompre Ambrosio. Donc, ce n’est pas la femme qui séduit, mais le démon sous la forme d’une femme. Il y a une nuance : si la femme séduit, elle est responsable, et on se retrouve dans un livre misogyne. Si c’est un démon sous la forme d’une femme, Satan connaît juste la faiblesse d’Ambrosio, et s’en sert. Etant donné que l’homosexualité est interdite par l’Eglise, et que son livre est déjà très scandaleux à l’époque, le démon ne peut que prendre la forme d’une femme. [FIN DU SPOILER] Pour les autres femmes : Antonia ne sait absolument rien de la sexualité, et la situation dans laquelle elle se trouve peut faire penser que l’auteur déplore ce manque d’éducation chez les filles. Agnes, elle, est soumise à ses parents, objet de la jalousie de sa tante, puis soumise à l’ordre de St. Clare. Malgré sa « faute », on sent qu’elle n’est pas considérée comme une femme perdue, mais qu’elle est, au contraire, mise en avant par le narrateur comme étant forte. Quant à Elvira, enfin, elle est un peu dans le même cas qu’Agnes : abandonnée par sa famille, sans alliés, elle doit protéger sa fille du monde, et le fait comme elle peut, même si c’est une erreur.

Concernant les personnages, j’ai rarement détesté un protagoniste autant que je déteste Ambrosio. Il est l’incarnation de la lâcheté, tout ce qui peut exister de mauvais en l’homme. Quand il commet un crime, c’est la faute de la victime, souvent une femme, parce qu’elle la séduit, parce qu’elle était trop belle pour qu’il résiste ; mais, bien sûr, lui n’en porte pas la responsabilité ! Il a été manipulé enfin ! Cette hypocrisie m’a sidérée pendant tout le livre. Il se cache derrière son habit monastique, il se cache derrière sa vertu, derrière son innocence, mais c’est lui le criminel, et non ses victimes !! Il tente de se convaincre que Dieu est miséricordieux et qu’après avoir expié ses péchés, il trouvera sa place au Paradis ; je l’ai écrit plusieurs fois dans le livre : Ambrosio est un idiot et un égoïste. Il ne pense qu’à lui-même ; c’était même déjà le cas quand il était un « bon » moine ! Il ne faisait les choses que par orgueil, pour que les autres l’admirent, et pas pour respecter les principes de la religion. Et ses ouailles qui se prosternent à ses pieds … Bouh ! Cet homme est affreux ! On peut désespérer de l’Humanité en voyant un être pareil ! Le lecteur rencontre aussi Lorenzo, ou l’opposé, en quelque sorte, d’Ambrosio. Loin de la vie monastique, Lorenzo lui est même opposé. Quand il apprend que sa sœur a décidé de devenir nonne, il veut tout faire pour l’en empêcher. Il ne comprend pas qu’elle s’enferme dans un couvent alors qu’elle est si vive. Lorenzo est, aussi, le stéréotype du personnage noble : héritier, courageux, il ne croit pas à la superstition et reste dubitatif face aux pratiques des religieux. Un personnage que l’on veut voir réussir ! Vient ensuite Antonia, ou l’ange, la fille tout innocente et pure, à qui sa mère n’a pas appris comment sont les hommes, ce qu’ils veulent, ce qu’est le sexe. Elle ne connaît absolument rien des vices, et elle lit une Bible tronquée des histoires les plus horribles, ou qui pourraient la corrompre – oui parce que le narrateur nous dit que la Bible peut corrompre la jeunesse ! Evidemment, on se dit tout de suite qu’elle est dans de sales draps, avant même que le roman commence vraiment. Elle est l’héroïne – et la victime – gothique par excellence. Quant à Agnes, elle est moins naïve et innocente qu’Antonia. J’ai vraiment ressenti de la compassion pour elle. Elle est plus « réaliste » - de nos jours – qu’Antonia, ce qui m’a permis de me sentir plus proche d’elle. Raymond est un peu comme Lorenzo, en moins fort et moins résistant.

J’ai failli être déçue par la fin ! [SPOILER] Après la mort d’Antonia, les proches de Lorenzo veulent absolument lui faire oublier la jeune fille et veulent le pousser dans les bras de Virginia. Cela m’a agacé, comme si l’amour de Lorenzo était facilement à oublier, comme si Antonia n’avait aucune importance. Heureusement, Lorenzo ne cède pas - en tout cas, pas immédiatement ! [FIN DU SPOILER] La toute fin apporte une révélation : le lecteur reste bouche bée, il ne se demande d’où ça sort, comment c’est possible, et il se souvient des indices ! J’ai aimé la petite ironie du sort ! [SPOILER] Tant j’ai détesté Ambrosio, j’étais heureuse qu’il soit puni et, surtout, qu’il se soit mis dans cette situation désespérée alors qu’il était sauvé ! Imbécile ! [FIN DU SPOILER]

 

Donc, un excellent roman, intense, violent, qui m’a transporté, et qui devient un coup de cœur !  

The Tales of Beedle the Bard de J. K. Rowling

Posté : 5 août, 2017 @ 3:39 dans Avis littéraires | 5 commentaires »

Genre : Conte, FantastiqueThe Tales of Beedle the Bard

Editeur : Bloomsbury

Année de sortie : 2008

Nombre de pages : 105

Titre en français : Les Contes de Beedle le Barde

Synopsis : The Tales of Beedle the Bard contains five richly diverse fairy tales, each with its own magical character, that will variously bring delight, laughter and the thrill of mortal peril.

Additional notes for each story penned by Professor Albus Dumbledore will be enjoyed by Muggles and wizards alike, as the Professor muses on the morals illuminated by the tales, and reveals snippets of information about life at Hogwarts.

A uniquely magical volume, with illustrations by the author, J. K. Rowling, that will be treasured for years to come.

 

Avis : Envie d’une lecture un peu plus légère après A Bloodsmoor Romance !

J’ai beaucoup aimé les contes, qui permettent de rendre le monde de J. K. Rowling encore plus vivant ; on peut vraiment se dire, comme avec Fantastic Beasts and Where to Find Them, que cet univers existe réellement quelque part, tant il est riche et bien développé. Chacun de ces contes donne une leçon aux petits sorciers, comme aux Moldus : personne ne peut être invulnérable, personne n’échappe à la mort, la magie ne résout pas tous les problèmes. Il est aussi possible ici de voir que les humains, qu’ils soient sorciers ou non, sont attirés par le pouvoir, par le fait d’être supérieur aux autres ; ces contes permettent de leur (nous) rappeler que c’est inutile de vivre de cette façon, que cela ne rend pas heureux. J’ai adoré les illustrations, elles m’ont vraiment charmée ; dommage qu’elles ne soient pas plus nombreuses !

Mais, ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est le contenu des commentaires de Dumbledore ! Je ne pensais pas qu’il parlerait d’Histoire, et j’ai adoré ça ! On découvre des choses sur Poudlard, sur le monde de la magie, un petit rappel aussi des lois magiques ; c’était très intéressant. Bien sûr, on connaît un peu déjà le commentaire sur le conte des « Trois frères », donc j’ai particulièrement apprécié de découvrir d’autres contes, et donc d’autres aspects de l’univers magique. J’ai aimé que Dumbledore nous parle de la censure de ces contes par des sorciers qui sont anti-Moldus, notamment par la famille Malfoy ! Ces contes nous rappellent que l’univers du monde des sorciers est calqué sur le nôtre, et que la discrimination des sorciers envers les Moldus est exactement la même que la nôtre envers ceux dont nous nous moquons, ou que nous considérons comme inférieurs à nous, pour quelque raison que ce soit.

 

Donc, un petit livre qui permet de s’immerger à nouveau dans le monde des sorciers, qui le rend plus vivant, plus proche de nous encore !

A Bloodsmoor Romance de Joyce Carol Oates

Posté : 4 août, 2017 @ 11:56 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Drame, Fantastique A Bloodsmoor Romance

Editeur : Ecco

Année de sortie : 2013 [1982]

Nombre de pages : 752

Titre en français : La légende de Bloodsmoor

Synopsis : Finally returned to print, Joyce Carol Oates’s lost classic, the satirical, often surreal, and beautifully plotted Gothic romance that follows the exploits of the audacious Zinn sisters, whose nineteenth-century pursuit of adventurous lives turns a lens on contemporary American culture.

When their sister is plucked from the shores of the Bloodsmoor River by an eerie black-silk hot air balloon that sails in through a clear blue sky, the lives of the already extraordinary Zinn sisters are radically altered. The monstruous tragedy splinters the family, who must not only grapple with the mysteriosu and shameful loss of of their sister and daughter but also seek their way forward in the dawn of a new era – one that includes time machines, the spirit world, and the quest for women’s independence.

Breathlessly narrated in the Victorian style by an unnamed narrator who is herself shocked and disgusted by the Zinn sisters’ sexuality, impulsivity, and rude rejection of the mores of the time, the novel is a delicious filigree of literary conventions, « a novel of manners » in the tradition of Austen, Dickens and Alcott, which Oates turns on its head. Years ahead of its time, A Bloodsmoor Romance touches on murder and mayhem, ghosts and abductions, substance abuse and gender identity, women’s suffrage, the American sprititualist movement, and sexual aberration, as the Zinn sisters come into contact with some of the nineteenth century’s greatest characters, from Mark Twain to Oscar Wilde.

Pure Oates in its mordant wit, biting assessment of the American landscape, and virtuosic transformation of a literary genre we thought we knew, A Bloodsmoor Romance is a compelling, hilarious, and magical antiromance, a Little Women wickedly recast for the present day.

 

Avis :Encore un pavé, encore un livre parfait !

Je poursuis ma lecture des œuvres de Joyce Carol Oates pour le mémoire, même si je lis d’autres livres entre les différents tomes, histoire de ne pas lire la même chose tout le temps. A Bloodsmoor Romance est le second tome de la Trilogie gothique de l’auteur, et je dois dire que c’est une série assez spéciale. En effet, quand on voit « série », on se dit qu’on suit les mêmes personnages sur plusieurs tomes ; eh bien, pas chez Oates. Ici, on découvre des personnages complètement inédits, qui n’ont rien à voir avec la famille Bellefleur du premier tome. La seule continuité que l’on trouve : le clan familial, la réécriture gothique, et la division au sein de la famille. C’est assez troublant ; en fait, ces romans peuvent se lire complètement indépendamment les uns des autres, et je pense que le troisième tome n’est pas une exception puisque le sujet est carrément complètement différent des deux premiers tomes !

Comme le premier, ce tome m’a donné un peu de fil à retordre : le livre est gros, long, et possède, plus que Bellefleur, des périodes de creux. En effet, comme dans le volume précédent, l’auteur développe absolument tous ses personnages, ce qui rend le livre complexe et dense, mais ce qui donne aussi des passages un peu longs, soit parce qu’on n’apprécie pas ce personnage, soit parce qu’on veut passer directement à l’action dans le présent – parce que les histoires des personnages sont souvent des flashbacks, ou des explications a posteriori. Bien sûr, j’adore le fait que le lecteur se voit offrir l’opportunité de découvrir la vie de tous ; c’est, pour moi, un des gros points forts des œuvres de l’auteur. Mais, certains personnages m’intéressant moins, j’ai eu des petits moments creux pendant la lecture. Cela ne la gâche pourtant absolument pas !! En effet, A Bloodsmoor Romance, comme Bellefleur, est le genre de livres dans lequel je me sens bien, chez moi, comme Bleak House, ou The BFG – rien à voir !! C’est assez étrange, étant donné le nombre d’événements affreux qui arrivent, mais je veux dire que j’adore les livres qui suivent des familles à travers plusieurs générations, et dans lesquels il se passe des choses intéressantes. Aussi, j’ai adoré le fait que le narrateur est un personnage lié à la famille Kiddemaster/Zinn ; problème : on ne sait pas qui c’est !! C’est une femme, c’est sûr, mais laquelle ? Selon les indices qu’elle nous donne, je pense qu’il y a moyen de découvrir son identité. Elle fait souvent des commentaires sur ce qu’elle raconte, surtout sur la religion et la morale douteuse des sœurs Zinn. Et j’en viens à ce qui m’a particulièrement agacée dans ce livre – mais c’est fait exprès ici, bien sûr – : la misogynie constante de l’époque (environ 1850-1899), la façon dont la femme est traitée, et la façon dont elle se laisse faire ! Rah, le nombre de fois où je me suis énervée toute seule contre une phrase ou un personnage !! Déjà, la narratrice est le genre de femmes convaincues qu’elle doit être soumise à l’homme et à Dieu ; donc, elle ne cesse de « réprimander » les Zinn pour ce qu’elles font. Etant donné que le roman est une sorte de réécriture de Little Women de Louisa May Alcott, avec un petit mélange de Jane Austen et de Charles Dickens, je comprends bien que la narratrice, pour être un personnage féminin « réaliste » de l’époque, doit être comme ça ; mais c’est tellement énervant !! Bien sûr, comme Joyce Carol Oates est plutôt une auteur féministe, et qu’elle dénonce la condition féminine, on se retrouve avec plusieurs femmes rebelles dans ce livre : certaines sont « domptées » – ce qui m’a agacée aussi ! – et d’autres campent sur leurs positions. Le lecteur se retrouve donc avec des femmes qui sont offertes en mariage, comme de la viande à un animal, et qui n’ont, bien sûr, pas leur mot à dire, que ce soit sur le mari, ou sur le traitement qu’elles se voient offrir une fois mariées. J’ai adoré la rébellion de certaines femmes ! Ce thème de la condition féminine entraîne de nombreuses réflexions, notamment, donc, sur le mariage ; sur l’identité sexuelle aussi, puisque l’homosexualité est vue comme contre-nature à l’époque ; sur les droits des femmes, notamment à la fin ; sur leur sexualité – en fait, elles ne savent absolument rien de leur corps et de celui des hommes, elles ne savent pas comment on fait des enfants, elles ne savent pas ce qui se passent pendant « l’acte de l’union », elles ne savent RIEN ! – ; sur leur liberté, inexistante si elles veulent être des dames de la bonne société. A partir du moment où une femme veut faire quelque chose de sa vie, excepté avoir des enfants et contenter son mari, elle est immorale, et rejetée par la société – ou, en tout cas, par la « bonne » société, et par sa famille, évidemment ! J’ai adoré l’introduction, dans ce livre, du spiritualisme, avec les médiums, les fantômes, les esprits, et des séances assez effrayantes ! J’ai remarqué aussi qu’il y avait toujours un animal de compagnie particulier dans les deux romans – ici, un singe ! Bien sûr, comme c’est une réécriture de roman gothique, on retrouve beaucoup de thèmes qui appartiennent au genre : esprits, fantômes, malédiction, événements inexplicables, enlèvements, influence démoniaque, religion, ambiance lugubre, morts suspectes ou sanglantes, ou atroces. S’y ajoutent critique de la société, racisme – encore une scène de lynchage ici -, lutte de classes, division de la famille. En effet, exactement comme dans Bellefleur, la famille finit par se diviser en deux parties : les adultes d’un côté, dignes, qui portent le nom Kiddemaster ou Zinn avec fierté, et qui tentent d’en faire un nom irréprochable ; et les enfants, qui veulent voler de leurs propres ailes et se fichent de devoir faire honneur à leur nom ! Évidemment, l’écriture est toujours aussi excellente, même si l’auteur fait toujours des parenthèses gigantesques – je pense m’y être habituée, je l’ai moins remarqué que dans Bellefleur. Moins d’émotion par rapport au premier tome, mais elle est toujours présente quand même !

Concernant les personnages, comme je l’ai dit, Oates les développe tous à un moment donné, ce que je trouve génial, et ce qui rend le livre complexe et dense. Ils sont très nombreux, et ont tous une personnalité bien à eux. Je commence par Deirdre. Orpheline, elle a été adoptée par les Zinn, mais ne s’intègre pas dans la famille. C’est alors, encore une fois, qu’on se rend compte qu’il y a toujours plusieurs versions à une histoire, puisque cette non-intégration est vue du point de vue des sœurs Zinn, puis, de celui de Deirdre, et on comprend qu’elle n’ait pas réussi à se faire une place !! Deirdre est sans doute ma préférée. Mélancolique, elle est l’héroïne gothique par excellence, mais pas du genre naïve qui se laisse abuser par un homme, ou qui succombe au charme d’un séducteur qui en fait est un vampire. Tourmentée depuis l’enfance, elle a un lien avec le monde des esprits. Solitaire, elle n’a pas une vie facile, et le lecteur se rend vite compte qu’elle n’est pas comme les autres femmes : elle n’est pas attirée par la réputation ou par la société. Elle suit simplement son destin, ou ce qu’elle pense être son destin. Ses quatre demi-sœurs sont très différentes les unes des autres : Constance Philippa, l’aînée, très grande, déviante dans le sens où elle n’aime pas les mêmes choses que les autres filles, un peu rebelle dans l’âme, Octavia, très croyante, dévouée à tout le monde, sauf à elle-même, généreuse, une sainte, un ange, toujours là pour tout le monde, très sensible, la seule fille Zinn qui soit conforme à l’idée que sa famille se fait d’une bonne fille, Malvinia, celle que j’ai moins appréciée, cruelle, artificielle, séductrice, manipulatrice, méchante, égoïste, elle ne peut qu’à elle-même et veut toujours se mettre en avant, Samantha, intellectuelle, qui se fiche des bals et des « trucs de filles », qui ne pense qu’à son travail d’assistante auprès de son père, dans son atelier, ma préférée des sœurs, parce que celle à laquelle j’arrivais le plus à m’identifier. Le père, John Quincy Zinn, est inventeur, et je dois dire que mon avis sur lui a beaucoup évolué au fil du livre. Ses filles l’adorent, sa belle-famille le méprise ; j’ai commencé par l’apprécier, puis son comportement m’a exaspéré. Il se fiche de la vie autour de lui, il ne pense qu’à ses inventions, et néglige complètement sa vie de famille. L’auteur nous le présente comme l’inventeur d’un tas de choses qui existent encore aujourd’hui, dont une qui me l’a fait détester un petit moment ! Sa femme, Prudence, est assez difficile à cerner finalement. On la découvre jeune fille, et on ne comprend pas comme elle a fait pour devenir telle qu’elle est dans le présent, comme si le mariage l’avait transformée en une femme qu’elle n’est pas. D’autres personnages se trouvent dans le livre, comme Edwina, ou l’incarnation des préjugés [SPOILER] une femme que tout le monde méjuge en fait, ce qui est révélé à la fin !! [FIN DU SPOILER], Godfrey Kiddemaster, le père de Prudence, assez revêche, et persuadé qu’une malédiction poursuit sa famille, petit Godfrey, sur lequel j’ai une théorie [SPOILER] Je suis sûre que c’est lui qui a tué sa petite sœur, comme je suis sûre que, ce qu’il fait, il le fait exprès, que ce ne sont pas des incidents, que ce n’est pas du tout un petit ange innocent, et que, s’il n’était pas mort, il aurait fini par tuer aussi son petit frère !! D’ailleurs, pour l’épisode du puits, je suis sûre qu’il a voulu tuer Pip intentionnellement !! Donc, une petite peinture de la cruauté enfantine, en plus de celle de Malvinia ! [FIN DU SPOILER]

La fin … Joyce Carol Oates a un don pour écrire des fins qui laissent le lecteur bouche bée. C’est explosif : un énorme secret est révélé, auquel je ne m’attendais pas – contrairement à la majorité des événements qui arrivent au cours du livre, et auxquels je m’attendais, bizarrement -, et qui concerne quelqu’un que l’on ne soupçonne pas ! En refermant le livre, comme pour Bellefleur, j’ai eu envie d’y retourner, de retrouver les personnages, de vivre encore un peu avec eux. De plus, une question reste en suspens, comme dans le premier tome, à savoir, la vie après ce qui est arrivé à la fin ! 

 

Donc, un excellent livre, encore une fois, bourré d’éléments gothiques, qui suit une famille dans sa descente aux enfers !

Bellefleur de Joyce Carol Oates

Posté : 22 juillet, 2017 @ 8:54 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Bellefleur Genre : Contemporaine, Drame, Fantastique

Editeur : Ecco

Année de sortie :2012 [1980] 

Nombre de pages : 729

Synopsis : « Bellelfleur is proof … that Oates is one of the great writers of our time … a magnificent piece of daring, a tour de force of imagination and intellect. » -John Gardner, New York Times

A wealthy and notorious clan, the Bellefleurs live in a region not unlike the Adirondacks, in an enormous mansion on the shores of mythic Lake Noir. They own vast lands and profitable businesses, they employ their neighbors, and they influence the government. A prolific and eccentric group, they include several millionaires, a mass murderer, a spiritual seeker who climbs into the mountains looking for God, a wealthy noctambulist who dies of a chicken scratch.

Bellefleur traces the lives of several generations of this unusual family. At its center is Gideon Bellefleur and his imperious, somewhat psychic, very beautiful wife, Leah, their three children (one with frightening psychic abilities), and the servants and relatives, living and dead, who inhabit the mansion and its environs. Their story offers a profound look at the world’s changeableness, time and eternity, space and soul, pride and physicality versus love. Bellefleur is an allegory of caritas versus cupiditas, love and selflessness versus pride and selfishness. It is a novel of change, baffling complexity, mystery.

Written with a voluptuousness and startling immediacy that transcends Joyce Carol Oates’s early works, Bellefleur is widely regarded as a masterwork – a feat of literary genius that forces us « to ask again how anyone can possibly write such books, such absolutely convincing scenes, rousing in us, again and again, the familiar Oates effect, the point of all her art: joyful terror gradually ebbing toward wonder » (John Gardner).

 

Avis : J’ai ENFIN terminé ce livre !!

J’ai choisi d’étudier Bellefleur – ainsi que trois autres romans de Joyce Carol Oates - pour mon mémoire de Master 2. Je savais que j’allais adorer ce livre pour plusieurs raisons : d’abord, c’est une réécriture de roman gothique, et j’adore le gothique ! ; ensuite parce que j’ai lu Maudits dans l’année, et j’ai adoré le style d’écriture de l’auteur, ses réflexions, ses critiques à la fois de la société et de la religion, sa façon de développer ses personnages, de les rendre vivants, et attachants parfois en quelque sorte. Commençons par le fait que ce soit une réécriture de roman gothique ! L’auteur a repris la plupart des stéréotypes du gothique pour en faire un livre à la fois moderne et ancrée dans la tradition du genre. On y retrouve donc : des fantômes ; un château hanté, château qui peut être considéré comme un personnage, comme pour The Castle of Otranto d’Horace Walpole ; des personnages qui titubent au bord de la folie ; une nature sauvage difficile voire impossible à affronter ; des êtres maléfiques (vampire, démons, esprits de la montagne) ; une malédiction qui touche toute la famille, mais personne ne sait d’où elle vient, ni pourquoi elle touche les Bellefleur en particulier ; le thème du double ; le racisme, avec lynchages, insultes, et esclavage ; la religion, critiquée d’une façon assez magistrale par l’auteur, exactement comme dans Maudits ! Le lecteur se trouve ici face à une famille divisée : les adultes, qui sont en quête de pouvoir, d’argent, toujours plus, et qui ne s’occupent que de cette quête, et les enfants, qui veulent vivre une autre vie, une vie plus simple, dégagée de la cupidité et de l’égoïsme de leurs aînés. Parfois, j’ai été agacée par les adultes, qui ne cessent de reprocher à leurs enfants de ne pas se comporter en Bellefleur ! Au fil du livre, beaucoup de personnages disparaissent, et le lecteur se demande exactement ce qu’ils deviennent. Dans ce sens, on peut presque parler d’un narrateur en lequel on ne peut avoir entièrement confiance. Il fait des allusions à des personnages morts en sous-entendant qu’ils pourraient ne pas l’être. Pour d’autres, il n’y a aucun doute : le livre comporte des scènes de meurtres, et raconte clairement la mort de tous les personnages.

En parlant de mort, l’auteur nous offre une réflexion à son propos assez déroutante, notamment avec Hiram et Bromwell (je préfère vous laisser la surprise de la découvrir vous-mêmes !). On se retrouve aussi face à une religion qui, au lieu de mener vers la paix, l’amour et le bonheur, mène vers le mal, l’égoïsme, et rend ses disciples fous. J’ai eu l’impression que c’était, peut-être, moins « virulent » que dans Maudits ; mais, clairement, la voie de la religion n’est pas la bonne pour les personnages. On suit notamment l’un d’eux qui s’est mis en tête de voir le visage de Dieu, et un autre, qui, à la fin, se tourne vers une église qui ne fait que lui prendre de l’argent, et qui ressemble plus à une secte. Concernant le style d’écriture de l’auteur, je peux comprendre que certains ne l’aiment pas. En effet, si l’auteur écrit merveilleusement bien, elle introduit dans son texte de très longues parenthèses qui cassent le rythme de ses phrases, et qui peuvent paraître lourdes. Souvent, elle parle d’un personnage en particulier, ou raconte une anecdote. Malgré tout, j’ai adoré ce style !

Avec ses 729 pages, pas étonnant que les personnages de Bellefleur soient tous très bien développés ! L’auteur s’attarde sur chacun d’eux à un moment donné, même si certains sont clairement des protagonistes, par rapport à d’autres qui sont secondaires. On les suit tous dès leur jeunesse, parfois jusqu’à leur mort – et souvent, on ne s’attendait pas à ce que ces personnages meurent ! Les protagonistes sont clairement Gideon Bellefleur, sa femme Leah et sa fille Germaine. Gideon, jeune homme, est tombé fou amoureux de Leah ; adulte, il est amer. C’est un de mes personnages préférés dans le livre ; il veut rester fidèle à lui-même, et sombre dans le désespoir. Leah, quant à elle, est une femme assez étrange. Jeune fille, elle avait une araignée énorme pour animal de compagnie … Autant vous dire que ces passages ont été difficiles à lire pour moi !! Elle est obsédée par une mission qu’elle seule peut mener à bien, selon elle. Convaincue, elle ne pense qu’à cela, et oublie les autres autour d’elle. Elle a un caractère spécial : méchante, cruelle parfois, et pourtant fragile, parfois même douce ! Elle aussi est un de mes personnages préférés ! Germaine, elle aussi, fait partie de mes préférés : on la suit de sa naissance à ses quatre ans. Douée de pouvoirs, elle est plus intelligente que la moyenne, voit et sent les choses. Mais elle reste un bébé, qui a besoin d’amour et de ses parents. Elle m’a brisé le cœur à la fin – autant vous le dire, ça ne finit pas bien ! Il y a énormément d’autres personnages, vivants et morts : Ewan, le frère de Gideon, un ours humain, une brute qui finira de manière bizarre ; Lily, sa femme, effacée, plaintive, un peu agaçante ; Noel, le grand-père, et sa femme Cornelia, lui assez bourru, qui s’adoucit au contact de Leah, elle assez réticente face à Germaine, monstrueuse à sa naissance ; Bromwell, le fils de Leah et Gideon, très intelligent, qui se fiche des affaires de sa famille ; sa sœur jumelle, Christabel, qui a l’air assez simple enfant – son frère l’appelle « half-witted » ! – et qui se rebelle en grandissant ; Yolande, la fille d’Ewan et Lily, à qui il arrive une chose affreuse ; Vernon, le poète, fils d’Hiram, un de mes personnages préférés lui aussi, il ne pense absolument pas comme sa famille, ce qui le rend marginal ; Raphael, le fils d’Ewan et Lily, lui aussi très différent de sa famille, qui ne parvient pas à se soucier d’eux, qui rêve d’une autre vie, qui se rend compte qu’il y a plus que les Bellefleur, et qui déteste ce nom comme Vernon ; Elvira, l’arrière-grand-mère, toujours indépendante, toujours lucide, même à 100 ans ! Tant d’autres personnages venus du passé ! Jedediah, qui cherche Dieu dans les montagnes, Germaine, la femme de son frère Louis, qui, elle aussi, voit les choses – un double de la petite Germaine ? -, Jean-Pierre, le fondateur de la lignée Bellefleur en Amérique, dont le cœur a été brisé prématurément, Violet, la femme de Raphael, que l’on connaît d’abord par sa mort, Raphael lui-même, dont les requêtes après la mort sont très étranges ! J’ai adoré découvrir l’histoire de chaque membre de la famille !

La fin est explosive ! Je ne m’y attendais pas du tout, mais, en y réfléchissant, c’est assez logique. [SPOILER] A nouveau, la lignée des Bellefleur est menacée, mais qui pourrait la perpétuer, comme Jedediah l’a fait dans les années 1820 ? [FIN DU SPOILER] En refermant le livre, malgré le temps que la lecture m’a pris, je me suis sentie un peu triste de quitter la famille Bellefleur !

 

Donc, une formidable « saga » familiale, qui amène beaucoup de réflexions au lecteur, qui reprend tous les stéréotypes du gothique pour faire de ce livre un coup de cœur !

Vathek de William Beckford

Posté : 10 juillet, 2017 @ 6:30 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : The Castle of Otranto, Vathek & Nightmare AbbeyClassique, Fantastique

Editeur : Wordsworth Editions

Année de sortie : 2009 [1786]

Nombre de pages : 81

Synopsis : The Gothic novel, featuring dark tales of tragedy, romance, revenge, torture and ancient villainies, tinged with horror and the supernatural, became the vogue in the late eighteen and early nineteenth centuries. This unique collection presents the best and the most diverse of this fascinating genre. [...]

In Vathek William Beckford developed the form further, introducing Orientalism to the Gothic mix of horror and mystery, creating the finest European imitation of the Arabian Nights.

[...] This fantastic collection runs the gamut of Gothic fiction, presenting an entertaining and a thrilling overview of the genre.

 

Avis : J’ai poursuivi ma lecture des romans présents avec The Castle of Otranto.

Je ne sais pas si on peut vraiment parler de roman pour Vathek, puisqu’il est sous-titré « conte arabe ». On retrouve certains aspects de ce type de conte : le lecteur suit un prince riche, beau et intelligent ; sa mère veut le voir dominer le monde, et son peuple l’adore. Jusque là, tout va bien. Mais ce prince, Vathek, veut plus que le pouvoir sur le monde : il veut s’asseoir sur les trônes des rois préadamites, ceux qui vivaient avant la création de l’homme. Il veut être tout puissant, ce qui va le pousser à renier sa religion et son prophète, l’Islam et Mahomet, pour servir le Giaour, un démon qui lui ouvrira les portes de l’Enfer s’il fait tout ce qu’il lui demande. Je dois dire que Vathek est assez agaçant : très influençable, il obéit à sa mère et au Giaour, mais il a des crises de révolte pendant lesquelles il demande à Mahomet de le sauver, sans jamais faire ce qui doit être fait pour être pardonné. Il semble clairement coupable d’hybris, un orgueil démesuré. Le lecteur ne sait pas trop ce que veut vraiment Vathek ; en effet, c’est sa mère, Carathis, qui désire entrer en Enfer, parce qu’elle est une disciple d’Eblis. Elle pratique la magie noire tout le long du conte, et apporte énormément d’éléments gothiques au roman, notamment les scènes de sacrifice, les momies, la magie. C’est une sorcière plus qu’une princesse, et elle se sert de ses pouvoirs pour pousser son fils vers le trône des rois préadamites. J’ai aimé cet ajout de l’orientalisme, qui rend le conte original par rapport aux autres romans gothiques ; il est dit que Vathek est la meilleure imitation de conte arabe réalisée en Europe, et il est vrai que le lecteur est transporté dans l’univers que l’auteur crée autour de ses personnages. L’histoire, elle aussi, m’a intéressée : le prince veut être damné en quelque sorte, parce qu’il pense qu’il sera alors maître du monde et de l’Enfer en plus, qu’il siègera aux côtés d’Eblis – un démon qui a refusé de se prosterner devant Adam -; il se rend compte que trop tard de ce qu’il a souhaité.

Mais, malgré le petit nombre de pages, j’ai parfois trouvé le conte long. J’avais du mal à rester intéressée tout le temps, et les divagations des personnages, la façon qu’a Vathek de tout le temps changer d’avis, m’ont agacée. Parlant de Vathek, les personnages, comme dans The Castle of Otranto, sont très stéréotypés. Autant cela ne m’a pas gênée dans le roman précédent, autant j’ai trouvé cela pesant ici. Enfin, l’image de la femme est déplorable : toutes sont soit des sorcières, soit des tentatrices. Carathis est la sorcière par excellence, celle qui est prête à tuer n’importe qui pour entrer en Enfer auprès d’Eblis. Une des femmes du prince, Dilara, - parce que, logiquement, dans les contes arabes, les princes sont polygames – est liée aux Magi, sans doute des femmes liées à la magie noire, et elle désire plus que tout régner auprès de Vathek à Istakar. Enfin, Nouronihar, promise à son cousin Gulchenrouz, le laisse complètement tombée pour tomber dans les bras du Calife, qu’elle voulait s’amuser à séduire. Ainsi, les femmes dans ce conte sont-elles versatiles, séductrices et mauvaises. Enfin, j’ai parfois eu l’impression d’une parodie de conte arabe, sans savoir exactement si c’était mon imagination, ou si, effectivement, l’auteur se moque un peu du genre.

La fin est, encore une fois, tragique et à peu près tous les personnages sont punis.

 

Donc, un conte gothique plutôt original dans sa façon d’imiter un conte arabe, mais que je n’ai pas su apprécier à cause d’une impression de longueur, et de l’image de la femme qu’il donne.

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