Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

The Beginning of the World in the Middle of the Night de Jen Campbell

Posté : 1 décembre, 2017 @ 11:40 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Nouvelle, Fantastique The Beginning of the World in the Middle of the Night

Editeur : Two Roads

Année de sortie : 2017

Nombre de pages : 209

Titre en français : Pas encore traduit !

Synopsis : Stories of family and magic, lost souls and superstition. Spirits in jam jars, mini-apocalypses, animal hearts and side shows.

Mermaids are on display at the local aquarium. A girl runs a coffin hotel on a remote island. And a couple are rewriting the history of the world in the middle of the night.

 

Avis : J’avais très envie de lire ce recueil ; tellement que je l’ai précommandé ! C’est le premier livre pour adultes de l’auteur, et c’est une réussite !

Le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à ce livre est étrange. Mais dans le bon sens du terme ! Etrange parce que nouveau, parce qu’inédit, parce que je n’ai jamais lu ce genre de nouvelles auparavant. The Beginning of the World in the Middle of the Night peut à la rigueur me faire penser à The Bloody Chamber d’Angela Carter (La compagnie des loups en français), mais simplement parce que leurs histoires ne sont pas conventionnelles, surprennent le lecteur, le forcent à se poser des questions, à remettre en cause ses a priori, ses certitudes. J’ai adoré toutes les nouvelles, excepté une qui ne me semblait pas à la hauteur des autres. Petite remarque avant de commencer à vous parler de chaque nouvelle : j’aime particulièrement le fait que le lecteur soit laissé dans le flou ; il ne comprend pas la situation, ni qui sont les personnages. Tout s’éclaircit au fil de l’histoire, et la fin est toujours surprenante !

La première nouvelle, « Animals », est assez dérangeante. Elle m’a mise très mal à l’aise, et ce pour plusieurs raisons : d’abord, la société dystopique dépeinte ici pourrait être la nôtre sous peu, à cause de l’envie de consommation immédiate, mais surtout à cause du besoin de l’homme de tout maîtriser, surtout les autres. Le lecteur ne comprend pas tout de suite ce que cela implique pour le personnage principal ; il ne comprend pas non plus ce qu’il fait, ni ce qu’il ressent vraiment ; pourtant, peut-être par instinct, le lecteur a peur de cette histoire, et de cet homme étrange. [SPOILER] En gros, c’est un psychopathe : il décide quand même de tuer sa mère parce que sa copine lui a dit qu’il fallait qu’il se détache d’elle ! Comme coupage de cordon, plus brutal, je ne connais pas ! [FIN DU SPOILER] Je me souviens des frissons que j’ai eus en finissant la nouvelle, et en comprenant les conséquences de l’avancée de la science : l’homme peut faire n’importe quoi. Effrayant …

« Jacob » est bien plus mignonne – difficile de ne pas l’être après la première nouvelle. Le lecteur suit ici un petit garçon à travers une de ses lettres. Il pense que quelque chose ne va pas chez sa grande sœur : elle a brusquement changé de comportement, il ne la comprend plus, il pense qu’elle devient quelqu’un d’autre. L’auteur écrit de telle sorte que le lecteur croit au fait que la lettre est bien écrite par un petit garçon. Il fait des remarques que seul un enfant peut faire. Cette lettre est envoyée à quelqu’un qu’il ne connaît pas vraiment, ce qui explique sa maladresse. Cette nouvelle est touchante et donne envie d’aider nous-mêmes Jacob à comprendre le monde qui l’entoure, et ses changements.

La troisième nouvelle, « Plum Pie. Zombie Green. Yellow Bee. Purple Monster.”, m’a donné envie que l’auteur écrive un roman entier sur ce monde !! J’ai été emportée, j’ai eu envie d’en découvrir sur ce monde qui m’a paru fascinant ! Je n’ai pas envie de trop vous en dire, pour vous laisser le plaisir de découvrir par vous-mêmes : sachez juste que nous suivons des enfants qui découvrent que l’une d’entre eux a disparu.

C’est la quatrième nouvelle, « In the Dark », que j’ai moins appréciée. Il n’y avait pas d’éléments fantastiques, même si l’histoire est tout de même un peu étrange. Elle m’a semblé plus réaliste, et donc peut-être, moins vraisemblable – ce qui peut paraître contradictoire, mais quand des éléments fantastiques sont présents, le lecteur accepte qu’une sorte de magie existe dans le monde de l’histoire ; ici, la réalité semblait étrange, mais dans un sens qui ne me semblait pas tout à fait juste. En revanche, j’ai apprécié la réflexion qui ouvre la nouvelle à propos du fait que le cerveau humain est parfois très surprenant.

J’ai été très surprise par « Margaret and Mary and the End of the World” ! Je ne m’attendais pas à tomber sur une réécriture de l’histoire de Marie ! Il était très intéressant de voir l’auteur s’emparer du mythe et en faire quelque chose de moderne, mais aussi quelque chose d’assez perturbant, encore une fois. Jen Campbell n’a pas peur d’aborder les sujets qui fâchent : ici, le parallèle entre Marie et Margaret, ainsi que le parallèle entre Dieu et l’homme qui aura ce « rôle » pour la jeune fille, sont assez choquants. La jeune fille est laissée en pâture à un homme par sa mère en prenant le prétexte de la religion. Selon ce qu’on en fait, elle peut amener à faire n’importe quoi. De plus, l’auteur utilise un tableau pour présenter son histoire, Ecce Ancilla Domini de Dante Gabriel Rossetti, qui a pris sa sœur, Christina Rossetti pour modèle – l’auteure de Goblin Market. L’auteure interprète la peinture de manière assez peu conventionnelle je suppose ; mais je n’ai pas pu m’empêcher de voir exactement la même chose qu’elle. [SPOILER] Qui dit que Marie était heureuse d’être enceinte du fils de Dieu ? Après tout, on ne lui a pas demandé son avis. Et pourquoi l’Ange Gabriel a-t-il les pieds en feu ? [FIN DU SPOILER] Une de mes nouvelles préférées du recueil !

« Little Deaths » m’a également donné envie de lire un roman entier sur le sujet !! J’ai tellement envie d’en savoir plus, de découvrir plus en profondeur ce monde où les fantômes existent, mais viennent de nous !

Ma nouvelle préférée est « The Beginning of the World in the Middle of the Night”, sans hésitation. Je comprends pourquoi Jen Campbell l’a choisie pour titre de tout le recueil ; cette histoire est magnifique. Elle est à la fois belle et triste, elle apporte à la fois des réflexions scientifiques et des réflexions spirituelles. Comme pour les autres nouvelles, le lecteur ne comprend pas tout de suite de quoi il s’agit : la pièce n’est jouée que par deux personnages, Evelyn et Julian, visiblement un couple. Evelyn lance le sujet de conversation, et part dans une espèce de débat philosophique sur le début de l’univers, puis sur le début de leur histoire. Julian répond, [SPOILER] et le lecteur comprend qu’ils ne se souviennent pas du tout de la même chose, comme s’ils avaient vécu dans des univers parallèles, ce qui rejoint le débat précédent. [FIN DU SPOILER] La fin m’a explosé le cœur – larmes, bien sûr.

« Pebbles » est une nouvelle sur la guerre, mais pas seulement sur celle entre nations ; elle traite aussi des guerres quotidiennes, de celles qu’il faut livrer chaque jour, soit parce que l’on n’est pas accepté comme on est, soit parce que l’on est mélancolique de nature, et qu’il faut lutter chaque jour pour ne pas se faire submerger.

La fin de « Aunt Libby’s Coffin Hotel » m’a donné des frissons, comme « Animals », mais d’une façon différente. Ici, le lecteur suit une jeune fille qui doit obéir à sa tante, et donc faire croire qu’elle a un lien avec l’au-delà. Il est possible de sentir sa frustration : elle voudrait cesser de mentir et de faire semblant. Et pauvre chien ! J’ai rarement lu une fin qui m’a donné autant de frissons, vraiment !!

« Sea Devils » est horrible !! Un peu comme « Margaret and Mary and the End of the World », elle traite de la religion, des superstitions, et de ce qu’elles peuvent nous pousser à faire. La fin est affreuse !! Ou comment faire en sorte que les gens réfléchissent à ce qu’ils font, et à ce en quoi ils croient.

« Human Satellites » était étrange, et un aperçu d’un futur effrayant, un peu comme « Animals ». Ingénieux et très bien trouvé, le procédé montre jusqu’où l’homme est capable d’aller, et les débats que l’avancée de la science soulève.

La dernière nouvelle, « Bright White Hearts », se passe dans un aquarium dans lequel se trouve une sirène, et j’ai adoré apprendre tout un tas de choses sur les poissons et autres créatures marines. Pas si heureuse de voir, encore une fois, la stupidité de l’homme en revanche …

 

Donc, ce recueil offre une belle diversité d’histoires, aussi étranges les unes que les autres. Certaines vous feront rire, d’autres réfléchir, d’autres pleurer, et deux vous feront frissonner ! Chapeau à Jen Campbell ! Maintenant, j’en veux plus !!

The Bloody Chamber d’Angela Carter

Posté : 25 octobre, 2017 @ 7:20 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Classique, Nouvelle The Bloody Chamber

Editeur : Vintage Classics

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 214

Titre en français : La compagnie des loups

Synopsis : From familiar fairy tales and legends – Red Riding Hood, Bluebeard, Puss in Boots, Beauty and the Beast, vampires and werewolves – Angela Carter has created an absorbing collection of dark, sensual, fantastic stories.

« Magnificent set pieces of fastidious sensuality » IAN McEWAN

« A mix of finely tuned phrase, luscious adjective, witty aphorism, and hearty, up-theirs vulgarity » MARGARET ATWOOD

« The Bloody Chamber is such an important book to me » NEIL GAIMAN

 

Avis : Ce livre était depuis longtemps dans ma wish-list, mais c’est Jen Campbell, en en parlant dans une vidéo, qui m’a poussé à enfin l’acheter et le lire ! Une lecture parfaite pour l’automne et Halloween !

The Bloody Chamber faisait partie de mes prédictions 5 étoiles ; j’étais persuadée que j’allais adorer ce livre, et je ne me suis pas trompée ! Dès la première nouvelle, j’ai d’abord été charmée par l’écriture d’Angela Carter, poétique parfois, parfois crue. J’ai aimé ce qu’elle faisait des contes, faisant ressurgir le contenu latent, ce qui devait rester caché, ce qui n’était que sous-entendu. J’ai aimé aussi le fait qu’elle considère son travail non comme de la réécriture, mais comme de la réinvention, de la réappropriation. Ces « nouveaux » contes choquent, bouleversent, et touchent le lecteur. J’imagine le nombre de personnes qui ont dû détester Angela Carter pour ce livre ! D’ailleurs, l’introduction - qui spoile absolument toutes les nouvelles, soit dit en passant, et que j’ai donc lu à la fin de chaque histoire – évoque des étudiants qui ont refusé d’étudier le recueil parce qu’ils considéraient qu’Angela Carter avait dénaturé et souillé les contes de leur enfance. Vous aurez compris que ce n’est pas du tout mon avis ! Concernant l’introduction, j’ai d’abord trouvé dommage qu’elle spoile toutes les nouvelles, et puis je me suis dit que la dernière partie aurait mieux placé en postface, afin de donner une espèce d’éclaircissement ou d’explication à la fin de chaque histoire. Elle est très bien faite, et permet au lecteur de mieux comprendre le véritable effet de chaque nouvelle sur lui ; par exemple, pour « The Snow Child », j’ai été tellement choquée que je me suis demandée pourquoi Angela Carter avait écrit un tel conte. L’introduction m’a aidé à comprendre, et j’ai pu pleinement l’apprécier. Enfin, d’ordinaire, j’ai du mal avec les recueils de nouvelles, puisque « nouvelles » signifie plusieurs incipits, et j’ai toujours du mal à entrer dans le livre ; il est difficile de m’accrocher immédiatement. Angela Carter a réussi cet exploit pour (presque) toutes les nouvelles !

La première nouvelle, « The Bloody Chamber » est une réappropriation de « Barbe Bleue« . La fin m’a été spoilée parce que je n’ai pas pensé que l’introduction la raconterait … Mais c’est tout de même ma préférée ! Malgré le fait que je savais comment tout finissait, le suspense était présent jusqu’à la fin, j’étais complètement dans l’histoire avec l’héroïne ! Celle-ci n’a pas de nom, mais est la narratrice de sa propre histoire. Le lecteur peut donc peu à peu s’identifier à elle, notamment avec la curiosité qui pousse l’homme à faire ce qu’on lui a expressément interdit de faire. Elle paraît superficielle au début de la nouvelle, attirée dans les bras d’un homme par les cadeaux qu’il peut lui offrir, mais l’on s’attache peu à peu à elle, elle se rend compte de son erreur, de sa vénalité. Bien sûr, si le lecteur connaît « Barbe Bleue », il se doute du contenu de l’histoire, mais cela reste surprenant ! [SPOILER] La découverte des épouses est assez affreuse, notamment la dernière, enfermée dans une Iron Maiden ! [FIN DU SPOILER] Cette nouvelle est la plus longue du recueil, à peu près soixante pages. La fin est surprenante pour qui ne la connaît pas déjà, mais je l’ai tout de même adoré !

La seconde nouvelle, « The Courtship of Mr. Lyon« , raconte une dérive de « La Belle et la Bête« . Cette histoire est plus « mignonne » que la précédente, moins sanglante et moins effrayante. Bien sûr, l’héroïne s’appelle Beauty, et son père va enfreindre les règles de la Bête dans son jardin. Beauty ressemble beaucoup à la Belle que l’on connaît : généreuse, elle désire sauver son père, en tout cas, ici, réparer les torts qu’il a pu causer à la Bête en volant une rose blanche dans son jardin. Elle accepte donc de vivre avec Mr. Lyon pendant un certain temps. Celui-ci ressemble également pas mal à la Bête que l’on connaît : il parle comme les hommes, mais a retrouvé des instincts animaux. J’ai adoré le chien cavalier King Charles qui fait presque office de gouvernante ! Une excellente réappropriation !!

L’histoire suivante, « The Tiger’s Bride« , est aussi une « réécriture » de « La Belle et la Bête« , mais bien moins « mignonne » que la précédente ! La première phrase donne déjà le ton : « My father lost me to The Beast at cards » (Mon père m’a perdu aux cartes contre la Bête). En gros, le père de la Belle est incapable de s’empêcher de jouer, et mise sa fille, qu’il perd, évidemment. La Belle a beau de ne pas se laisser faire une fois chez la Bête, elle reste tout de même, et ne cesse d’être appelée Lady par un étrange majordome simiesque. La Bête, ici, ne parle pas, et ressemble vraiment à une bête fauve, le tigre du titre. Je ne vous dis pas comment cela termine, mais j’ai vraiment aimé cette fin tout à fait différente des réécritures habituelles, très originale, et qui remet en perspective toute l’histoire du conte ! 

Vient ensuite « Puss-in-Boots« , inspiré du « Chat Botté » ! C’est la nouvelle la plus légère, celle à la lecture de laquelle j’ai ri, ce qui semble impossible avec les autres histoires. Puss est un chat acrobate qui parle, et qui aide son maître à séduire le plus de demoiselles et de dames possibles, jusqu’au jour où il tombe sur une jeune fille enfermée, apparemment inaccessible. Impossible de prendre cette histoire au sérieux, notamment quand on se rend compte que [SPOILER] la jeune fille n’est pas si pure et innocente que ça ! Les scènes sexuelles sont vraiment drôles, mais peuvent choquer ceux qui n’ont pas l’humour facile ! [FIN DU SPOILER] La fin est agréable à lire, et fait sourire le lecteur après tant de péripéties !

The Erl-King » n’est pas inspiré d’un conte de fées, mais d’une légende allemande selon laquelle un gobelin malveillant hante la Forêt Noire et tue les personnes qui s’y perdent. La nouvelle est l’une des plus poétiques, vraiment très belle, mais aussi très triste. Le point de vue est celui d’une jeune fille qui se perd dans la forêt et qui se retrouve face au Erl-King. La présence des oiseaux et de leur chant fait beaucoup pour la poésie et la mélancolie de l’histoire, ainsi qu’une sorte d’amour étrange et condamné. L’Erl-King fait figure de roi tyrannique, mais il semble plus faire ceux qu’il attire dans la forêt prisonnier parce qu’il ne veut pas être seul plutôt que parce qu’il est foncièrement mauvais. J’ai adoré l’atmosphère mélancolique de forêt abandonnée, hantée, où la joie n’est présente que parce qu’elle est enfermée.

Vient ensuite « The Snow Child« , inspiré de « Blanche-Neige » ! C’est, pour moi, la nouvelle la plus choquante et la plus directe du recueil, sans doute à cause de sa brièveté – la nouvelle ne fait que deux pages. Le contenu latent du conte est clairement mis en avant, mais je ne veux pas trop vous en dire pour ne pas vous gâcher la lecture. C’est poétique, puis violent d’un coup, le lecteur en reste bouche bée, il ne comprend pas.

Puis vient « The Lady of the House of Love« , qui n’est pas inspiré d’un conte mais qui reprend la légende du vampire transylvanien. C’est l’histoire d’une comtesse qui vit seule dans un manoir, avec un gardien et une servante (il me semble). Elle se tire régulièrement les cartes pour connaître son avenir, et désespère de sa condition de vampire qui l’empêche de connaître l’amour. Le manoir fait très gothique, ainsi que le personnage de la vampire, et l’histoire qu’elle vit dans la nouvelle. [SPOILER] La fin voit la vampire mourir par amour, parce que son aimé veut la « guérir », et l’amoureux part ensuite pour la France ; la phrase laisse présager qu’il y meurt. [FIN DU SPOILER]

Les trois dernières nouvelles sont différentes réappropriations du « Petit Chaperon rouge« . « The Werewolf » est la plus courte, introduit bien les trois personnages typiques du loup, du chaperon rouge et de la grand-mère, mais fusionne deux de ces personnages de manière assez originale, ce qui rend la fin elle-même surprenante et originale ! La petite fille est plus aguerrie que dans « The Company of Wolves« . Ici aussi, nous retrouvons les personnages typiques du conte, mais, avant l’histoire elle-même, le lecteur se retrouve à lire une sorte d’essai sur le loup, très intéressant et qui donne bien le ton de l’histoire qui va suivre. La fin, encore une fois, est originale, mais aussi étrange, [SPOILER] puisque le comportement du loup change radicalement en quelques instants : il passe de violent, à vouloir manger le petit chaperon rouge, à tendre, quand il dort avec elle. [FIN DU SPOILER] Enfin, la dernière nouvelle, « Wolf-Alice«  est aussi celle que j’ai le moins apprécié, sans doute parce que c’est celle qui m’a paru la plus confuse et la plus obscure de tout le recueil. En effet, on passe d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre, on ne comprend pas exactement le pourquoi de ce qui arrive. Mais, j’ai apprécié la découverte de son corps par Alice ; comme elle n’a pas été éduquée par des hommes, elle est seule face à son anatomie, aux secrets que son corps renferme, aux choses étranges qui peuvent se produire.

 

Donc, ce recueil était excellent, un vrai coup de cœur ! Je suis ravie d’avoir découvert Angela Carter, et j’ai hâte de lire d’autres de ses œuvres !

Melmoth the Wanderer de Charles Maturin

Posté : 11 octobre, 2017 @ 12:59 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Classique, Fantastique Melmoth the Wanderer

Editeur : Oxford (World’s Classics)

Année de sortie : 1998 [1820]

Nombre de pages : 542

Titre en français : Melmoth, ou l’homme errant

Synopsis : ‘How hollow and dismal is the sound of the blast! – It chills me though the night is sultry! – and those trees, they cast their shadows over my soul! Oh, is this like a bridal night?’

Written by an eccentric Anglican curate in Dublin, Melmoth the Wanderer (1820) brought the Gothic novel to a new pitch of claustrophobic intensity, surpassing the quiet tremors of Ann Radcliffe’s romances in its reckless accumulation of cruelties and blasphemies. Its tormented villain, a Faustian transgressor desperately seeking a victim to release him from his fatal bargan with the devil, was regarded by Balzac as one of the great outcasts of modern literature. Intended partly as an attack on Roman Catholiscism, Maturin’s intriguing novel teeters giddily over abysses of sacrilege and raving paranoia, in moments of delirious panic worthy of Godwin or Poe.

 

Avis : Encore un roman gothique traditionnel pour continuer à explorer ce genre !

A force de lire des romans gothiques, on pourrait croire que j’en ai assez, que c’est toujours la même chose, qu’ils se ressemblent tous. Et pourtant non ! Certes, on retrouve quand même certains éléments, qui sont devenus des stéréotypes au fil du temps, comme les endroits en ruine, les héroïnes harcelées par des « villains » cruels, qui ne cherchent qu’à les mener à leur perte, la malédiction qui touche une famille ou un individu en particulier, la critique de la religion – pas dans tous les romans gothiques, mais dans celui-ci oui, critique du catholicisme -, la critique de la société, ou d’un aspect en particulier de la société, les manifestations fantomatiques, les pactes avec le diable – qui ne sont pas présents dans toutes les œuvres gothiques non plus ! -, la présence du sang et de scènes d’horreur, la question de l’inceste, etc. Toujours une petite touche d’amour aussi ! Mais tous ces romans ont aussi une particularité qui les rend excellents et uniques ! Melmoth the Wanderer ne fait pas exception à la règle ! Le roman reprend la plupart des stéréotypes du gothique, mais ajoute, par exemple, une critique de la guerre, de son inutilité et de son absurdité, et, surtout, il fait de son héros, Melmoth, un « villain » que le lecteur ne parvient pas à haïr ! En effet, par exemple, dans The Monk, j’ai détesté Ambrosio de tout mon cœur à cause de sa lâcheté notamment ; ici, on ne peut pas dire que Melmoth est lâche, et même s’il est cruel et tente de séduire le plus de victimes possibles, il reste étrangement touchant. Le lecteur n’apprend jamais la raison pour laquelle il se trouve dans cette situation, mais il ne peut s’empêcher d’avoir pitié de lui. Concernant la question de la religion, il est possible, cette fois, de rapprocher Melmoth et The Monk : en effet, les deux livres critiquent le système monastique, son hypocrisie, sa cruauté, sa brutalité, son absurdité, son manque de tolérance. Elle est parfois ridiculisée par certains de ses représentants, comme Fra José, et par ses pratiquants, comme Donna Clara. L’Inquisition est présente dans Melmoth, ce qui donne une scène proche de celle impliquant Agnes, punie par la mère abbesse. L’écriture est excellente, elle fait une grande partie de la valeur du livre, puisqu’elle donne envie de recopier de nombreuses citations qui parlent directement au lecteur. Ce qui m’empêche de faire de ce livre un coup de cœur est le fait que je ne m’attendais pas à lire des histoires enchâssées. En effet, je pensais lire la vie de Melmoth, et non celle de toutes ses victimes ! Bien sûr, c’est une façon pour l’auteur de nous faire découvrir le « héros » à travers ses actions, ce qui est ingénieux ; mais cela fait du récit un jeu de matriochkas complexe. On ne sait plus parfois qui raconte quoi à qui, qui a vécu quoi, à quelle époque on se trouve : tout ce que l’on sait, c’est que le lien entre toutes les histoires est Melmoth lui-même. Au début du roman, quand Melmoth (pas l’homme errant, son descendant) rencontre un Espagnol qui commence à lui raconter sa vie, je me suis dit que cela devenait long, et qu’il était temps de revenir à l’histoire principale. Je me suis vite rendue compte que c’était l’histoire principale ! Je me suis fait à la façon de raconter, mais mon temps d’adaptation m’a empêché de pleinement apprécier ma lecture ! De plus, qui dit « récits enchâssés » dit « plusieurs incipits », et j’ai souvent du mal à entrer dans un livre, il faut vraiment que ce soit fait d’une façon particulière pour que je sois dedans dès le début. Les histoires que j’ai préférées sont celles d’Immalee et d’Elinor, d’une tristesse … Dernier bémol : le synopsis en dit beaucoup trop et ne laisse pas au lecteur le plaisir de découvrir le mystère qui entoure Melmoth !

Pour les personnages, comme je le disais, Melmoth est étrangement touchant et impossible à détester. Certes, il fait des choses horribles, il corrompt autant que possible, il tente de détruire l’innocence et la pureté des autres personnages, mais, d’un autre côté, il semble le faire parfois à contrecœur. Il semble plus écœuré de la vie, de la religion et de la pseudo-bonté des hommes que content de corrompre. En effet, dans ce livre, on peut trouver une réflexion sur le fait que les hommes ne sont pas bons, et que ce sont eux qui attirent le mal à eux, ou qui le font, sous couvert d’innocence, de religion, pour la richesse, etc. La plupart des personnages se transforment en monstres sous l’effet de la misère : c’est le cas de la veuve Sandal, ou d’Aliaga. Melmoth ne fait que profiter du mauvais côté de ces hommes pour prospérer. En fait, au fil du livre, j’ai presque eu l’impression qu’il se tournait à chaque fois vers les mauvaises personnes à corrompre, comme s’il voulait échouer. Au lieu de tenter Immalee, pourquoi ne pas tenter Aliaga ? Au lieu de tenter Elinor, pourquoi ne pas se tourner vers la veuve Sandal ? Il ne tente que ceux qui sont dans la misère ou l’ignorance, alors que ceux qui vivent dans l’opulence semblent plus facilement corruptibles. [SPOILER] La solution est sans doute qu’aucune personne déjà malveillante ne voudrait échanger sa place avec Melmoth ; seule une personne pure et innocente pourrait le faire, et toutes refusent. [FIN DU SPOILER] Melmoth erre donc à travers le monde et le temps, en quête de victimes, toutes plus misérables les unes que les autres. La première est Stanton, un homme dont Melmoth (descendant) trouve le journal dans la maison de son oncle. Puis vient Monçada, l’Espagnol qui raconte sa vie, et celle des autres victimes de Melmoth, à son successeur. Son histoire permet déjà la critique de la religion, et notamment du système monastique. Vient ensuite Immalee, jeune fille innocente et ignorante, mais qui a le caractère des héroïnes gothiques : bien qu’elle soit amoureuse et dévouée, elle a du caractère, et ne se laisse pas faire. Elle est touchante quand elle découvre le monde des hommes, et met le lecteur face à l’absurdité de la religion, de la guerre, de nos comportements en général. Puis c’est au tour de Walberg, dont l’histoire est racontée par Melmoth à Aliaga (encore un récit enchâssé !). Walberg, ou ce que la misère et l’espoir peuvent faire subir à un homme. Enfin, vient Elinor, qui m’a brisé le cœur. Son histoire est celle que j’ai préférée, tant elle est bien écrite, et tant elle est triste !

Le livre s’achève sur la fin de l’histoire d’Immalee, et, bien sûr, sur celle de Melmoth ! J’ai été un peu déçue par les dernières pages, je m’attendais à quelque chose de plus … pas spectaculaire, mais plus important, compte tenu de l’ampleur du roman !

 

Donc, un très bon roman gothique, à l’écriture excellente, aux histoires enchâssées captivantes, qui critiquent à la fois le catholicisme et la société de l’époque, son absurdité, sa cruauté et son manque de tolérance qui mènent à des situations catastrophiques qui permettent l’intervention de Melmoth.

Les Larmes rouges, tome 1 : Réminiscences de Georgia Caldera

Posté : 26 août, 2017 @ 12:50 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Fantastique Les larmes rouges, tome 1 : Réminiscences

Editeur : J’ai lu

Année de sortie : 2013 [2011] 

Nombre de pages : 761

Synopsis : « Le temps n’est rien, il est des histoires qui traversent les siècles … »

Après une tentative désespérée pour en finir avec la vie, Cornélia, 19 ans, est assaillie de visions et de cauchemars de plus en plus prenants et angoissants.

Elle se retrouve alors plongée dans un univers sombre et déroutant, où le songe se confond à s’y méprendre avec la réalité.

 

Avis : J’étais un peu intriguée par cette série ; ma sœur a aimé et m’a prêté le premier tome !

Résultat : moi qui m’attendais à aimer, j’ai un avis très mitigé sur ce livre. Commençons par le côté positif ! J’ai trouvé les décors très beaux, comme les costumes : ils donnaient une bonne ambiance sombre, et un peu gothique que j’ai beaucoup apprécié. Mais – et c’est un gros mais ! – cette ambiance est alimentée également par des scènes d’horreur (en tout cas, très sanglantes) qui ne m’ont pas semblé avoir leur place. C’était tellement décalé par rapport à ce qui se passe le reste du temps que j’ai trouvé que c’était un peu trop. Et, il faut avouer que la plupart de ses passages sont gross, expression anglaise qu’utilise Stephen King dans Danse Macabre pour dire qu’elles sont dégoûtantes, au point de donner envie de vomir. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de demi-mesure : soit on a une scène « normale », soit la scène donne envie de vomir. Normalement, on les trouve dans les slashers, les films où on montre du sang pour montrer du sang, ou disséminés dans un film d’horreur, comme la scène du repas dans Alien, au début – vous savez, quand la bestiole a décidé de sortir par le ventre, hein … En voyant que les influences de Georgia Caldera sont Bram Stoker et Edgar Allan Poe, je me suis dit qu’elle aurait dû mettre des scènes qui faisaient peur, ce qui ne veut pas forcément dire des scènes où il y a du sang partout. Autre bémol : les clichés. Certes, l’auteur joue avec eux, et semble s’amuser de les trouver là – le narrateur dit même qu’une scène fait cliché. Mais ceux-ci ne sont pas là juste par rapport au vampire : Cornélia, elle aussi, est un cliché. Elle a besoin d’être protégée, ne peut pas se défendre toute seule, elle a même carrément besoin qu’on la force à manger et à prendre soin d’elle sans quoi elle se néglige, elle est belle mais elle ne le sait pas, elle ne voit pas ce qui saute aux yeux, etc. Etrangement, elle m’a fait penser à Bella Swan dans Twilight ! Et l’intrigue aussi y ressemblait légèrement : une petite ville, des disparitions étranges, un vampire à la beauté envoûtante, évidemment mystérieux et ténébreux et pas du tout commode (au début), qui la fuit autant qu’il la suit. Pas très original tout ça – surtout si on ajoute le fait que Cornélia est menacée par un être maléfique très puissant ! Ce que j’ai aimé, dans cette histoire, c’est – spoiler éventuel - l’aspect réincarnation. Mais, dans le même temps, ça amène l’histoire d’amour éternelle – elle aussi cliché, et ici, très énervante, à cause de Cornélia. Fin du spoiler éventuel ! Autres problèmes : ce livre se lit très vite, mais j’ai trouvé qu’il était trop long. Il aurait pu être diminué, en enlevant, par exemple, les répétitions nombreuses que fait Cornélia, ou les dialogues qui n’apportent rien parce qu’elle se répète encore ! Quant à l’écriture, il y a pas mal de fautes, que ce soit d’édition ou pour certaines expressions, des phrases mal dites, ou trop longues, et la ponctuation ne va pas. Exemples : « Ce fut à cet instant précis que le lien entre l’homme de ses rêves, pauvres rescapés d’une mémoire oubliée ; et celui qui se tenait là, recroquevillé devant elle, s’établit. », « Elle descendit à l’atelier attenant à la maison, là où Maurice rangeait tous les outils dont il se servait pour bricoler ; dans l’espoir d’y trouver de quoi s’occuper les mains ainsi que l’esprit. » Logiquement, il ne devrait pas y avoir de point-virgule. Alors, vous allez dire que je chipote, mais cette utilisation : 1) n’existe pas ; 2) se trouve partout dans le livre, et gêne la fluidité des phrases. Enfin, j’ai très peu apprécié le fait que l’héroïne soit si négative et qu’elle pense que le suicide va résoudre tous ses problèmes : j’ai atteint le paroxysme de l’énervement à ce moment-là ! Dernière chose : ce livre est assez, voire très, prévisible !

Passons aux personnages ! Comme je l’ai dit plus haut, Cornélia est un peu un cliché ; mais, pire, elle est agaçante, voire insupportable ! C’est dommage, j’avais eu un bon a priori sur elle rien qu’en voyant son prénom ! Mais, dès le début, je me suis dit que le contact ne passerait pas entre nous. Et cette impression n’a fait qu’empirer quand je me suis rendue compte qu’elle était très moralisatrice avec les autres personnages, assez contradictoire aussi, puisqu’elle change d’avis tout le temps, insultante même quand les autres ne sont pas de son avis. D’un autre côté, elle est très « héroïne naïve, fleur bleue et innocente » : j’ai levé les yeux au ciel un certain nombre de fois en lisant certaines de ses réflexions … Et je me suis aussi dit : encore une jeune fille vierge, qui ne connaît rien à la vie, et qui rêvasse en imaginant des choses ! Encore un cliché ! Et, bien sûr, vers la fin, elle perd son innocence et sa pureté quand [SPOILER] elle laisse son côté vampire prendre le dessus ! [FIN DU SPOILER] Alors, pour être héroïne dans un livre, il faut absolument être vierge et ignorante, être moralisatrice à l’excès et agaçante jusqu’à ce que le lecteur ait envie de coller une gifle à une jeune femme qui se comporte comme une gamine ? Quand à Henri, il est le vampire typique, celui qui a vécu de nombreuses années, qui connaît énormément de choses, qui a été jeune vampire et donc, qui s’est débauché, mais, aujourd’hui, il s’est calmé, évidemment, et il tente de protéger Cornélia d’une menace surpuissante. Evidemment, il est séduisant et effrayant (pour Cornélia, je précise), il est craint, impoli, supérieur, mais, au fond, il cache un être sensible et doux. [SPOILER] Et, évidemment, il est amoureux de l’héroïne depuis des siècles, et n’attendait que de la retrouver pendant tout ce temps. Il l’aime d’un amour pur et innocent, et elle, EVIDEMMENT, ne s’en rend pas compte. [FIN DU SPOILER] Moi, agacée ? Non ! Puis vient le père inquiet, M. Williamson, qui ne s’est pas occupé de sa fille pendant toute sa jeunesse, et qui, quand elle tente de se suicider, se transforme en père aimant, et surprotecteur, qui l’empêche de faire absolument tout. Bonjour M. Swan ! Et Bella, comment elle va ?! On rencontre quand même quelques vampires carnassiers – sauf qu’encore une fois, j’ai pensé à Twilight et aux Volturi quand ils amènent des prisonniers humains dans la salle pour les dévorer ! La scène n’est pas tout à fait la même, mais elle y ressemble quand même beaucoup !

Concernant la fin, il me semble que Cornélia va devenir moins agaçante dans le deuxième tome – et il le faut sérieusement ! Et il semble aussi qu’on va passer plus de temps avec les vampires ! Mais je ne lirai pas Déliquescence tout de suite, je vais me calmer avant !!

 

Donc, un tome qui m’a agacée, une héroïne insupportable, une histoire prévisible, des clichés, et les mêmes tropes que d’habitude.

Mysteries of Winterthurn de Joyce Carol Oates

Posté : 22 août, 2017 @ 11:51 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Policier, Fantastique, Contemporaine Mysteries of Winterthurn

Editeur : Arena

Année de sortie :1986 

Nombre de pages : 482

Titre en français : Les Mystères de Winterthurn

Synopsis : I am happy to present here the three favourite cases of the great 19th century detective Xavier Kilgarvan. Each is, in its way, a classic – and each at the time gained notoriety for its cruel violence and brutality. There was even talk of preternatural forces emanating from the Manor.

Now, of course, with the hindsight of nearly a century, we may think about the inhabitant of Winterthurn as superstitious and naïve, yet the contemporary reader would do well to withhold such judgement, and to reflect that our ancestors, though less informed than ourselves, were perhaps more sensitive in comprehending Evil – and to reflect upon whether or not Justice ever holds sway.

Mysteries of Winterthurn

Appropriating the contents and style of Victorian melodrama for her own ends, Joyce Carol Oates has written a tantalizing pathology of violence, murder, mutilation, fear and bigotry – and underscored it with the insight and intelligence of one of the most accomplished novelists of our times.

‘A tour de force of mischievous proportions … an accomplished piece of subversion … the subtleties of Joyce Carol Oates’s autocritical feminist perceptions will take their place alongside the out-front challenges of the feminist presses’ The Listener

 

Avis : Dernier tome de la Trilogie gothique de Joyce Carol Oates, enfin !! (ce « enfin » ne voulant pas dire que la trilogie est inintéressante, ou ennuyeuse, mais que les livres sont gros et que je suis heureuse d’être arrivée au bout !)

Mysteries of Winterthurn, bien qu’étant le plus court tome de la « série », est celui qui m’a donné le plus de fil à retordre. D’abord, j’ai l’impression qu’il m’a pris plus de temps que les deux premiers, alors qu’il comporte moins de pages ! Ensuite, il m’a semblé assez différent de Bellefleur et d’A Bloodsmoor Romance ; en tout cas, je n’ai pas eu la même sensation d’être dans le livre, avec les personnages, je suis restée assez à l’extérieur. Du coup, je n’ai pas eu ce petit pincement de cœur en achevant la lecture. Dans Mysteries of Winterthurn, ce qui change vraiment par rapport aux deux premiers volumes est le fait qu’est introduite l’intrigue policière. Le personnage que nous suivons, Xavier Kilgarvan, est un détective consultant, qui fait son possible pour démêler les mystères qui ont lieu dans la petite ville de Winterthurn dans laquelle il est né. On retrouve alors deux gros éléments présents dans toute la trilogie : la grande famille riche, aristocratique même, divisée de deux façons, adultes/enfants et branche riche/branche pauvre, et la critique de la société, ici, plus spécifiquement, de l’absence de justice, de l’incompétence du gouvernement, de la police, de l’hypocrisie et de la prédominance des préjugés dans une petite ville. Comme Xavier, j’étais révulsée par la réaction des habitants face au présumé coupable et au véritable coupable, par l’absurdité de la police et des décisions judiciaires !! Ici encore, est traité le sujet du féminisme : des femmes soumises, ou indépendantes, des femmes qui travaillent, qui se marient. J’ai trouvé que c’était un peu moins dominant que dans les tomes précédents. Mais aussi, peut-être – et même sans doute ! - en raison de la présence de l’intrigue policière, j’ai trouvé que les éléments gothiques passaient un peu au second plan. Certes, on se trouve dans une petite ville, et, dans la première enquête, dans un manoir, tout ce qu’il y a de plus lugubre. On retrouve aussi l’ambiance gothique, avec meurtres, forêts, brume, apparitions fantomatiques, situations étranges, malédiction ; mais ce n’était pas aussi prononcé que dans les volumes précédents. Je n’ai pas été aussi emportée par l’histoire. Aussi, certains éléments m’ont agacé, notamment l’histoire d’amour qui se poursuit de la première à la dernière partie !

Concernant les personnages, Xavier Kilgarvan est un personnage assez attachant, sujet à des maux de tête dévastateurs, et sans doute doté de pouvoirs qui lui permettent de résoudre les mystères qui se présentent à lui. Son but dans la vie est d’éradiquer le crime, de faire régner la justice, de mettre fin à cet ersatz de justice qui a lieu dans la petite ville dans laquelle il vit, faite de préjugés, de racisme et de rumeurs. Sensible, il est complètement subjugué par un personnage féminin que je n’apprécie pas du tout, Perdita, sa cousine, qui joue avec lui sans qu’il s’en rende compte – ou pire, il s’en rend compte, mais ne peut que lui pardonner tant il l’aime ! Cette histoire d’amour fait d’autant plus de Xavier un homme maudit, à la fois par la profession qu’il s’est choisie et par sa dépendance par rapport à une femme qui se fiche de lui. Comme toujours dans ces romans, même quand il s’agit de personnages « secondaires », Joyce Carol Oates a développé et à donner une personnalité à chacun de ses personnages. J’ai particulièrement apprécié Thérèse, même si sa dévotion et sa retenue la rendent un peu agaçante.

La fin de chaque enquête est « atypique » : [SPOILER] en effet, contrairement à la plupart des romans policiers, ici, la justice ne triomphe pas ! Soit le coupable est lavé de tout soupçon alors qu’on sait qu’il est coupable !, soit on découvre une autre affaire sous la première, soit le coupable meurt sans que justice ait été rendue. Dans tous les cas, c’est assez frustrant ! [FIN DU SPOILER] Mon enquête « préférée » – si je peux employer ce mot – est la première, car elle possède le plus d’éléments gothiques, et que sa fin m’a laissée bouche bée !

 

Donc, un très bon roman, entre policier et fantastique ; mais je préfère tout de même Bellefleur et A Bloodsmoor Romance, bien plus gothique à mon sens.

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