Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Talk to the Snail de Stephen Clarke

Posté : 29 mars, 2017 @ 4:50 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Essai, Humoristique Talk to the Snail  

Editeur : Black Swan

Année de sortie : 2007

Nombre de pages : 258

Titre en français : Français, je vous haime

Synopsis : With useful sections on :

  • Making sure you get served in a café
  • Harassing French estate agents
  • Living with bacteria
  • Pronouncing French swear-words
  • Surviving the French driving experience
  • Falling in amour, Paris-style

And beaucoup, beaucoup more!

Don’t go to France without reading this book!

The only book you’ll need to understand what the French really think, how to get on with them and, most importantly, how to get the best out of them.

 

Avis : Cela fait un moment que je voulais lire un livre de cet auteur, je me suis finalement lancée avec celui-ci !

Tout d’abord, il n’y a pas dix commandements, mais onze, ce qui est formidable quand on aime le livre, beaucoup moins quand on ne l’apprécie pas. Heureusement pour moi, je fais partie de ceux qui ont adoré ! J’ai imaginé Talk to the Snail entre les mains de certains Français, et je me suis dit que ceux-ci ne riraient pas du tout, mais râleraient en disant qu’ils ne sont pas comme ça, que ce sont des clichés, etc. Bien sûr, tous les Français ne sont pas comme décrits ici, mais la plupart des remarques faites par l’auteur sont vraies, il est difficile de le nier ! Oui, les Français pensent qu’ils ont toujours raison, sans doute la raison pour laquelle ils sont si chauvins ! Oui, ils conduisent mal, et râlent dès que possible ; oui, les administrations sont mal faites, etc. J’ai aussi été surprise de constater des choses que je fais tous les jours, et qui ne sont pas naturelles en Angleterre, qui ont parues étranges à l’auteur du livre quand il est arrivé en France, comme les différentes façons de se dire bonjour, le fait de dire bonsoir, la politesse/impolitesse de laquelle on peut user parfois. Je ne pensais vraiment pas que c’était « typiquement » français. De plus, il faut vraiment avoir de l’humour pour lire ce livre et, quand on est Français, de l’autodérision ! J’ai éclaté de rire parfois, tant je ne m’attendais pas à ce que j’ai lu ; j’ai écarquillé les yeux en me demandant si tous les étrangers voyaient les Français de cette façon – parce que nous ne sommes pas vraiment sympathiques au premier abord visiblement ! - ; j’ai acquiescé quand je me rendais compte que l’auteur avait raison. De plus, tout ce qui est écrit est étayé d’un ou plusieurs exemples, souvent drôles et révélateurs. Je me suis aussi rendue compte qu’il n’était pas si évident pour un étranger de se retrouver en France et de comprendre tous les usages, de ne pas faire de faux pas ; j’ai adoré la partie sur la prononciation ! Le français est difficile à apprendre, et difficile à prononcer car nous sommes à peu près les seuls à dire le son [r] tel que nous le faisons : c’est impossible pour un Anglais ou un Italien de parvenir à le dire correctement du premier coup ! J’ai aimé ce décorticage du comportement des Français et des Françaises, mais aussi celui de leur culture : l’auteur en parle comme de quelque chose de vieux, qui stagne d’un côté, et comme (ce sont ses propres mots) de la merde d’un autre côté, en ce qui concerne la culture contemporaine. Bien sûr, encore une fois, il ne généralise pas, mais on comprend bien les points qui l’agacent – en littérature, les auteurs qui racontent leur vie ; en cinéma, ceux qui font des films à propos de divorce dans des appartements parisiens ! J’ai appris pas mal de choses que je ne savais pas ! Il parle également de notre système éducatif, qui, pour lui, laisse les élèves livrer à eux, sans parler de la fac, qui décourage les étudiants dès la première année avec des profs qui se fichent complètement d’eux. Il évoque aussi les grèves, la solidarité dans les mouvements sociaux, la sexualité des Français, l’amour à la française, les hommes politiques, nos habitudes culinaires. Malgré les moqueries légères qu’on peut sentir un peu partout, le lecteur sent également l’amour ressenti pour le pays, l’admiration parfois. Tout n’est pas négatif, loin de là. Souvent, les Français sont eux-mêmes « victimes » de ce dont parle l’auteur (quand il parle de la Poste, j’avais presque envie de poser virtuellement mon bras sur ses épaules pour lui dire que je le comprenais !!). Enfin, il conclut sur le fait qu’au fond, nous nous aimons bien, Anglais et Français, mais que nous ne l’avouerons jamais, préférant cette relation mi-admiration mi-répulsion.

 

Donc, un livre que j’ai adoré, qui m’a beaucoup fait rire ! J’ai hâte de découvrir les autres livres de l’auteur !

A Room of One’s Own de Virginia Woolf

Posté : 18 janvier, 2017 @ 8:58 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : EssaiA Room of One's Own

Editeur : Penguin (Great Ideas)

Année de sortie : 2004

Nombre de pages : 132

Titre en français : Une chambre à soi

Synopsis : Virginia Woolf’s blazing polemic on female creativity, the role of writers and the silent fate of Shakespeare’s imaginary sister remains a powerful reminder of a woman’s need for financial independence and intellectual freedom.

 

Avis : Ce livre me revenait si souvent entre les mains que je me suis dit qu’il fallait enfin que je le lise !

Je m’attendais à un essai standard, ce qu’A Room of One’s Own n’est pas vraiment. En effet, Virginia Woolf met en place une fiction pour faire comprendre ses idées à ses lecteurs. Elle prend un autre nom, se place dans une ville imaginaire, mais garde la mentalité de notre monde réel. Et dès le début, on comprend l’oppression faite aux femmes quand elles veulent entrer dans la sphère intellectuelle : l’auteur commence par nous le montrer de manière subtile, avec des métaphores intéressantes (une pelouse, une bibliothèque) pour représenter cette sphère interdite. Mais aussi, Virginia Woolf veut nous faire comprendre que, si les femmes écrivains ne sont pas aussi nombreuses que les hommes, c’est parce qu’elle manque de la liberté que cela demande, ainsi que de l’apport financier nécessaire. Dès le début, les pensées de la narratrice inventée tentent de s’élever, mais sont repoussées vers des questions plus triviales par la société autour d’elle, par des nécessités alimentaires ou par des membres de sa famille autour d’elle : elle n’a pas de chambre à elle, de pièce où elle puisse être seule pour donner de l’ampleur à ses idées, et pour commencer à écrire. L’auteur évoque aussi la question de la supériorité des hommes, et aussi de leur besoin de repousser les femmes, de les rabaisser, ce que j’ai trouvé vraiment intéressant : elle nomme cela « colère ». J’ai aussi aimé son décorticage de l’écriture féminine, et notamment de celle des écrivains les plus connus, comme Jane Austen, ou les sœurs Brontë. Elle nous montre la différence avec les hommes, les raisons pour lesquelles on peut sentir que ce sont des femmes, ou sentir qu’elles ne sont pas complètement libres de laisser libre cours à leur génie. Seul bémol : peut-être que la langue m’a un peu freiné cette fois pour tout comprendre. La fin est une exhortation pour que les femmes réagissent, qu’elles prennent les droits qui leur reviennent, qu’elles montrent qu’elles sont capables de penser et d’écrire comme les hommes, et qu’elles ne se cantonnent pas aux tâches domestiques.

 

Donc, un essai qui m’a permis de découvrir les conditions de la femme écrivain avant et à l’époque de Virginia Woolf, et les difficultés qu’elle rencontre pour s’affirmer.

Histoire de la laideur d’Umberto Eco

Posté : 11 novembre, 2016 @ 12:41 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Histoire de la laideur Genre : Essai, Art

Editeur : Flammartion

Année de sortie : 2007

Nombre de pages : 439

Synopsis : En apparence, beauté et laideur sont deux concepts qui s’impliquent mutuellement, et l’on comprend généralement la laideur comme l’inverse de la beauté, si bien qu’il suffirait de définir l’une pour savoir ce qu’est l’autre. Mais les différentes manifestations du laid au fil des siècles s’avèrent plus riches et plus imprévisibles qu’on ne croit.

Or voici que les extraits d’anthologie ainsi que les extraordinaires illustrations de ce livre nous emmènent dans un voyage surprenant entre les cauchemars, les terreurs et les amours de près de trois mille ans d’histoire, où la répulsion va de pair avec de touchants mouvements de compassion, et où le refus de la difformité s’accompagne d’un enthousiasme décadent pour les violations les plus séduisantes des canons classiques. Entre démons, monstres, ennemis terribles et présences dérangeantes, entre abysses répugnants et difformités qui frôlent le sublime, freaks et morts-vivants, on découvre une veine iconographique immense et souvent insoupçonnée. Si bien que, en trouvant côte à côte dans ces pages laideur naturelle, laideur spirituelle, asymétrie, dissonance, défiguration, et mesquin, lâche, vil, banal, fortuit, arbitraire, vulgaire, répugnant, maladroit, hideux, fade, écœurant, criminel, spectral, sorcier, satanique, repoussant, dégueulasse, dégradant, grotesque, abominable, odieux, indécent, immonde, sale, obscène, épouvantable, terrible, terrifiant, révoltant, repoussant, dégoûtant, nauséabond, fétide, ignoble, disgracieux et déplaisant, le premier éditeur étranger qui a vu cette œuvre s’est exclamé : « Que la laideur est belle ! »

 

Avis : J’ai dû lire ce livre pour mon mémoire ; il m’intéressait déjà avant, mais je n’avais jamais eu l’occasion de le lire !

D’abord, il faudrait saluer l’originalité et le travail de l’auteur : je n’ai jamais vu de livre de ce genre, ce qui le rend surprenant et novateur ! Ce n’est pas vraiment une apologie de la laideur – même ça peut y ressembler dans certains chapitres ! – mais plutôt une façon chronologique de montrer l’art dans sa laideur, de l’Antiquité à notre époque moderne. On commence plutôt soft, on passe par des passages assez choquants, aussi par une hideur qui n’en est pas une : le lecteur comprend que la perspective et la vision du monde du spectateur sont importantes dans sa perception de ce qui est beau. Ce n’est pas seulement un essai sur l’art : Umberto Eco a réuni de nombreux supports différents : tableaux, sculptures, extraits de romans, nouvelles, poèmes, mais aussi des œuvres plutôt théoriques qui tentent de réfléchir sur l’art, ou sur la laideur, ou sur des sujets qui y sont liés. Ainsi, on retrouve des extraits de Freud, de Schiller, de Rosenkrantz, etc, mais aussi une partie du procès de Gilles de Rais raconté par un auteur. C’est vraiment un travail colossal de collecte des œuvres, de comparaison, de réflexion sur la façon de les amener dans le livre, de les mettre en concordance : cela mérite notre attention !

Ainsi, certains passages nous font réfléchir, non seulement sur l’art, mais sur l’homme, sur la vie – car l’art ne vient pas de nulle part et correspond souvent à la société dans laquelle il naît. Le choc ne vient pas au début, puisque ce sont plutôt des époques reculées – quoique le passage sur Gilles de Rais m’a vraiment perturbé, je me sentais très mal pendant et après sa lecture ! – ou que l’auteur nous montre, par exemple, la laideur dans le contexte romantique. Mais il arrive quand est abordé le sujet de la cruauté de l’homme, du fait qu’il aime être spectateur de l’horreur. L’auteur sait que nous nous déculpabilisons en nous disant que nous n’allons plus aux exécutions publiques comme aux époques antérieures, alors il nous montre que c’est aussi cruel de regarder certains films à la télévision que d’y assister. C’est assez perturbant, car le lecteur semble comprendre que la cruauté humaine existe depuis toujours, et perdure, même si des formes auxquelles on ne penserait pas. C’est alors qu’il cite Schiller, qui explique que le mal et la cruauté sont inhérents à l’homme, et que l’enfant que les hommes n’ont pas éduqué aime contempler les exécutions publiques sans aucune culpabilité, sans aucune horreur. Cela fait peur !!

Quand le lecteur arrive à l’époque moderne, il est passé par les représentations de la laideur et de la cruauté au Moyen Age, du genre, les gens écorchés vivants, ou écartelés de la même façon – le supplice de Damiens nous est raconté d’ailleurs … Souvent, à cette époque, la laideur est celle du diable ou des monstres. Pendant l’époque romantique, les monstres sont toujours laids, mais cela ne démontre plus un mal moral inhérent à la laideur : au contraire, comme le monstre de Frankenstein, ils sont rejetés en raison de leur apparence, sans que les hommes pensent à leurs sentiments, à ce qu’ils sont derrière le physique. Ainsi, le monstre qui a une bonne âme et qui se venge de son créateur irresponsable et effrayé par son enveloppe charnelle. A l‘époque moderne, la laideur n’est plus celle du diable, mais celle de l’homme, de ce qu’il fait et de ce qui l’entoure. Une image m’a particulièrement choquée dans la dernière partie du livre : la photo de trois mannequins d’enfants pendus. Il y avait également une véritable photo d’un homme décapité pendant une guerre civile. Enfin, l’auteur aborde la laideur arborée par des gens qui revisitent les codes de la beauté pour les rendre laids : les punks, Marilyn Manson, etc.

 

Donc, un livre très intéressant à découvrir, dérangeant parfois, original et très bien documenté, qui nous montre la laideur de l’Antiquité à nos jours à travers des œuvres représentatives.  

Comme un roman de Daniel Pennac

Posté : 22 août, 2016 @ 8:58 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Comme un romanEssai

Editeur : Folio

Année de sortie : 2005

Nombre de pages : 198

Synopsis : LES DROITS IMPRESCRIPTIBLES DU LECTEUR

1. Le droit de ne pas lire.

2. Le droit de sauter des pages.

3. Le droit de ne pas finir un livre.

4. Le droit de relire.

5. Le droit de lire n’importe quoi.

6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)

7. Le droit de lire n’importe où.

8. Le droit de grappiller

9. Le droit de lire à haute voix.

10. Le droit de nous taire.

 

Avis : Ce livre m’a d’abord attiré grâce à son synopsis : j’adore les essais sur la littérature ou la lecture, et je me suis dit que j’allais adorer celui-ci !

Je ne me suis pas trompée ! D’abord, cet essai se lit – comme son titre l’indique – comme un roman, ce qui est déjà différent des autres livres de ce genre que j’ai déjà pu lire. Ajoutons à cela un style d’écriture très agréable, ni pédant, ni dogmatique, qui fait comprendre par un exemple les idées de l’auteur : on obtient un livre indispensable, un des meilleurs qu’il m’ait été donné de lire ! Il est divisé en quatre parties : d’abord, « Naissance de l’alchimiste », qui traite principalement de l’apprentissage de la lecture, de l’éveil de l’enfant aux lettres, de sa fascination et de son envie de lecture. Il introduit également l’histoire de parents qui ne savent pas comment éveiller le désir de lecture chez leur adolescent, pour qui elle est devenue une corvée, un devoir pour lequel il ne prend aucun plaisir, ainsi que chez leur second enfant plus jeune. J’ai adoré la façon dont l’auteur nous parle des découvertes de l’enfant, du rituel de la lecture le soir, mais aussi comment il fait comprendre que, s’il perd le goût de lire, c’est soit parce qu’il n’a pas « besoin des livres », soit parce que ses parents et l’école ont transformé la lecture en corvée. Ainsi, il montre comment il est possible de réveiller l’alchimiste en lui, à un âge où il est encore en train d’apprendre à lire et à écrire.

Dans la seconde partie, « Il faut lire (le dogme) », le lecteur suit à nouveau l’adolescent qui doit finir son livre pour l’école, en nous montrant que la lecture est devenue un dogme, ce qui en a ôté tout plaisir. Le métier de professeur est évoqué, ainsi que les parents qu’ils rencontrent et qui lui parlent de la nécessité de lire ; lui-même en parle, et ainsi enlève le goût de lire à ses élèves. Cette absence d’envie viendrait de l’apprentissage de la littérature : l’Etat est là pour le résultat, et non pour donner envie de lire. Il faut connaître les classiques, et donc lire ; mais le lecteur ne prend aucun plaisir, il ne lit pour lire, mais pour atteindre un objectif. Je me suis beaucoup retrouvée quand est évoqué le lecteur et sa façon de voir la lecture : elle comble un vide, un manque, elle est nécessaire, elle change la vie parfois, elle est partage. C’est la raison pour laquelle je voudrais devenir professeur : pour partager ma passion de la littérature. Et l’auteur donne ici une merveilleuse façon de le faire : lire, tout simplement lire. L’exemple de Georges Perros m’a fait rêvé, ainsi que celui que l’auteur met en pratique ensuite dans son histoire. Il n’existe pas de plus beau partager, de plus belle façon de transmettre que celle-ci. Le rêve final de cette partie en est vraiment un ! Il est à la fois drôle et un peu triste, parce qu’on ne jugera jamais les candidats à l’agrégation sur leur capacité à donner envie de lire à leurs futurs élèves.

La troisième partie, « Donner à lire », montre un professeur qui enseigne à des élèves qui ont perdu le goût à l’étude et à la lecture par la même occasion. Leur donner à nouveau envie est difficile, mais l’exemple donné fait à nouveau rêver ! Bien sûr, l’auteur explique que ce n’est pas si simple ; il faut cultiver ce goût rendu, cette envie offerte. Cette partie est ma préférée : elle m’a donné espoir, m’a montré qu’il est toujours possible de transmettre l’envie et de faire son métier par la même occasion – le fameux programme ! J’ai adoré lire la réaction des élèves, le rôle de transmetteur du professeur, qui, au début, ne fait rien qu’offrir, que donner, pour rendre à ceux qui n’aiment pas lire cet amour de la fiction, des personnages, cette envie de savoir ce qui arrive à la fin, et, finalement, cette envie d’apprendre l’ »autour », le but seul de l’éducation de la littérature dans le cadre de l’école – gâchis suprême quand il est enseigné seul. La réflexion sur le temps de lire m’a paru très vraie, prouvée tous les jours par la façon de lire – ou de ne pas lire – de tous. Et le fait de dire que les livres ne sont pas écrits pour qu’on les commente !! Quand j’entends des gens critiquer l’étude de la littérature en disant : « Ben oui mais, ça tombe, l’auteur n’a pas du tout voulu dire ça ! », j’ai envie de leur faire lire ce livre, et de leur dire que les livres disent ce qu’on leur fait dire, jamais ce que l’auteur avait l’intention de leur faire dire. Le lecteur comprend ce qu’il veut comprendre, interprète comme il veut interpréter, ressent ce que les mots lui disent personnellement. Un livre ne peut pas être reçu par tous de la même façon ; c’est la raison pour laquelle certains aiment un livre et d’autres pas. Un livre parle à un individu, entre en résonance avec sa vie, avec ses émotions du moment. Certes, il existe un contexte, et l’interprétation peut mener à une sur-interprétation, ou à n’importe quoi ; mais le livre devient celui du lecteur quand il est lu, sans quoi il reste lettre morte sur papier blanc ! Revenons au livre ! La vision du livre et de lecteur montrée ici favorise le fait que les « jeunes » n’aient pas envie de lire : ils ont peur, ou ils voient les livres comme inaccessibles, et le lecteur comme quelqu’un de marginal, de sage, ou de bizarre. La façon qu’a l’auteur de faire voir ce que sont vraiment un livre et un lecteur, et surtout la façon dont le lecteur considère ses livres m’a surprise : je me suis reconnue sans vouloir me reconnaître. Le mauvais traitement infligé à nos propres livres, l’attachement, le sentiment d’appartenance, le fait d’avoir du mal à rendre un livre prêté que l’on a aimé … Est ensuite évoquée la façon de traiter le livre chez les professionnels ou à l’Université, tout comme l’ineptie des synopsis, qui sont parfois ridicules, qui dévoilent parfois trop (tout même !), que le grand frère de l’auteur fait bien mieux parce que ses résumés sont personnels et fait pour intéresser son frère.

Enfin, la dernière partie, « Le qu’en-lira-t-on (ou les droits imprescriptibles du lecteur) » traite de nos façons de lire, de notre liberté absolue de lecteur. Sont évoqués les versions abrégées des classiques, que j’ai toujours trouvé absurde et sans intérêt, et pour lesquelles l’auteur donne une alternative bien meilleure (sauter des pages). Je me suis beaucoup reconnue dans cette partie : le fait de ne pas finir un livre, ou de ne pas aimer un auteur (question de goût, d’attente), de relire et de découvrir que notre avis a changé (ou pas), le bovarysme (le premier état du lecteur, les sensations que nous procure la lecture), le fait de lire n’importe où (combien de fois ai-je entendu la petite phrase : « Mais tu n’as pas besoin de ton livre pour aller là-bas ! »), le fait de grappiller (passer des heures à relire des passages que l’on connaît bientôt par cœur, ou dans des livres que l’on n’a pas encore lus !), le fait de relire, et surtout, de lire ce que je veux ! L’auteur fait la distinction entre les bons et les mauvais romans (les Harlequin que je trouve sans intérêt, mais qui plaisent beaucoup à de nombreuses personnes), mais c’est tout de même un droit du lecteur de lire n’importe quoi, et donc de lire des livres qui peuvent être considérés comme mauvais. Cela ne veut pas dire, évidemment, que les livres qui ne sont pas des classiques sont mauvais : parmi les contemporains et les YA peuvent se cacher de bons livres, tout comme dans des genres qui ne sont pas encore reconnus en France comme de la bonne littérature, la Fantasy ou la science-fiction par exemple. Pour moi, un bon livre me touche, m’emporte, est bien écrit, et me hante. Chacun ses « critères » après tout ! La mention de la lecture à haute voix m’a fait retomber en enfance : j’adorais cette pratique, et me rends compte qu’elle a disparu, à part pour certains poèmes que j’ai besoin d’entendre pour apprécier pleinement. Les références aux auteurs qui lisaient à voix haute m’a donné envie de recommencer, de retrouver ce plaisir perdu. Enfin le silence, le fait de taire ce que l’on a ressenti après la lecture. Elle est personnelle, et le fait de faire des chroniques ne veut pas dire que je ne garde pas une part secrète d’elle en moi.

Petites remarques : j’aime le fait que l’auteur ne parle pas que d’œuvres françaises. J’ai adoré toutes ces références, cela m’a donné envie de lire – ou de relire – certaines œuvres !! J’ai aussi aimé la petite phrase d’accroche au début du livre, comme une micro-préface dans laquelle l’auteur demande à ce qu’on n’étudie pas son livre en classe ! Enfin, j’aurais aimé avoir Daniel Pennac comme professeur !!

 

Donc, un excellent essai, hymne à la littérature, à la lecture et au lecteur, mais aussi à un enseignement différent et à des professeurs qui retrouvent leur âme d’enfant, qui transmettent leur amour de la lecture, plus seulement un programme et des méthodes !

Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent … d’Eric-Emmanuel Schmitt

Posté : 22 avril, 2016 @ 4:53 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent Genre : Autobiographie, Contemporaine, Essai

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2010

Nombre de pages : 184

Synopsis : Un jour, lors d’une exposition de masques, Beethoven revient dans la vie d’Eric-Emmanuel Schmitt. L’écrivain se rappelle l’avoir aimé passionnément autrefois, pendant son adolescence. Pourquoi Beethoven s’est-il éloigné ? Pourquoi l’homme d’aujourd’hui n’éprouve-t-il plus ces émotions, ce romantisme, ces orages intérieurs et cette joie ? Qui a disparu ? Beethoven ou nous ? Et qui est l’assassin ? Ce texte est suivi de Kiki van Beethoven, l’aventure d’une femme, la soixantaine rayonnante, laquelle va, grâce à la musique, changer sa vie ainsi que celle de ses trois amies. Une fable sur la jeunesse perdue et les secrets ensevelis.

 

Avis : Ce livre m’intriguait de par son titre d’abord, pas vraiment agressif, mais plutôt polémique ; puis, par ce que pouvait dire l’auteur sur Beethoven, voir s’il allait me donner envie de l’écouter, me le faire voir d’une façon différente.

Le livre est divisé en deux parties : une sorte d’essai autobiographique de l’auteur, et un scénario de pièce de théâtre écrit comme une nouvelle. De loin, la seconde partie était meilleure que la première. Dans celle-ci, l’écrivain nous parle de sa relation avec Beethoven, qu’il juge tout à fait particulière. D’un côté, c’était intéressant : la musique a une vraie influence sur nous, elle nous transporte, et n’est pas qu’une simple mélodie ; elle prend souvent une signification selon ce que l’on vit, et l’auteur nous le rappelle. Le titre est expliqué dans cette partie et plusieurs fois mentionné, parce que l’écrivain réfléchit sur cette façon de voir les hommes. Il décrypte également ce que la musique du compositeur lui fait ressentir : la joie, le courage, l’optimisme, une sorte d’élévation de l’homme par les notes. Le livre est accompagné d’un CD, que j’ai fini par écouter, une fois arrivée à la moitié du livre. Je me suis laissée alors complètement transportée par la musique, bien plus que par les mots, qui sont tout de même rehaussés par l’écoute. J’ai découvert des œuvres que je ne connaissais pas, et que j’ai, depuis, écoutées plusieurs fois. En fait, j’ai trouvé que l’écriture n’était pas assez fluide, nettement alourdie par la répétition constante du nom du compositeur : Beethoven. Il est présent dans presque chaque phrase, ce qui peut agacer. Aussi, les réflexions de l’auteur sur l’Humanité sont assez pessimistes, largement compensées par celles que lui inspire Beethoven.

La deuxième partie du livre est donc une sorte de pièce de théâtre, pas du tout présentée comme telle. Elle raconte l’histoire de Kiki, une femme de soixante ans, qui découvre dans une brocante un masque de Beethoven, et se rend alors compte qu’elle n’est plus capable de l’entendre jouer, ou, si elle l’écoute, elle ne le peut sans souffrir. C’est comme si plus personne ne respectait le compositeur et sa musique. Elle va alors tenter de remédier à cette seconde mort d’une façon à la fois simple et particulière, qui reflète bien son caractère. Contrairement à la première partie, je n’ai pas du tout été agacée ; au contraire, je me suis amusée, et j’ai aussi été un peu touchée par les personnages, quatre amies qui tentent de changer leur vie grâce à la musique. Cela va faire ressurgir leur passé, et leur apprendre à vivre heureuses. C’était une belle façon, encore, de montrer l’influence de la musique sur nos vies, comment elle peut nous aider. Et avec Beethoven en fond sonore, c’était encore mieux ! La fin est belle elle aussi, encore plus accompagnée de la musique !

 

En définitive, un livre dont la première partie est assez agaçante, quand la deuxième est bien plus intéressante, drôle et touchante. En tout cas, il montre bien l’impact de la musique sur nos vies, ce qu’elle peut nous apporter, et les sentiments dont elle va nous emplir pour longtemps !

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