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I found myself in Wonderland.

Les Grandes oubliées : Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes de Titiou Lecoq

Posté : 20 octobre, 2023 @ 5:47 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Essai, HistoriqueLes Grandes oubliées

Editeur : Collection Proche

Année de sortie : 2023 [2021]

Nombre de pages : 224

Synopsis : L’Histoire revisitée sous l’angle féminin : raconter et comprendre ce grand oubli dans lequel sont tombées les femmes de la Préhistoire jusqu’à nos jours.

« On nous a appris que l’histoire avait un sens et que, concernant les femmes, elle allait d’un état de servitude totale vers une libération complète, comme si la marche vers l’égalité était un processus naturel. Ce n’est pas exact. On a travesti les faits. On a effacé celles qui avaient agi, celles qui, dans le passé, avaient gouverné, parlé, dirigé, créé.»

A la préhistoire, les femmes chassaient, au Moyen Âge, elles étaient bâtisseuses de cathédrales ou encore espionnes durant la guerre de Cent Ans ; au XIXe siècle, elles furent journalistes… À chaque époque, elles ont agi, dirigé, créé, gouverné mais une grande partie d’entre elles n’apparaissent pas dans les manuels d’histoire. Dans la lignée des travaux de Michelle Perrot, Titiou Lecoq passe au crible les découvertes les plus récentes. Elle analyse, décortique les mécanismes, s’insurge, s’arrête sur des vies oubliées pour les mettre en lumière. Sa patte mordante donne à cette lecture tout son sel. Les femmes ne se sont jamais tues. Ce livre leur redonne leur voix.

 

Avis : C’est une petite vidéo sur Insta d’une créatrice que je suis qui m’a donné très envie d’enfin sauter le pas et me prendre Les Grandes oubliées à sa sortie en poche.

L’autrice nous offre ici un essai féministe sur la place des femmes dans l’Histoire ou, plutôt, sur l’effacement de leur place. Plutôt que d’en donner les raisons, elle explique qu’elles n’ont jamais été absentes des grandes phases de l’Histoire et montre en quoi elles étaient présentes, ce qu’elles faisaient, ce que l’on n’apprend pas à l’école – parce que cela ne se trouve pas au programme ni dans les manuels notamment, puisque ceux-ci sont exclusivement (ou presque) tournés vers des figures masculines et que les femmes se trouvent dans des encarts spécifiques ou dans une entrée du programme sur la lutte pour leurs droits. Je me suis aussi assez souvent reconnue quand Titiou Lecoq évoque son anticipation des cours d’histoire, enfant, et sa désillusion, adulte, quand elle se rend compte qu’on lui a appris une partie de l’Histoire en laissant de côté ce qui, apparemment, n’est pas si important ou à l’écart de la « vraie » Histoire.

Je dois dire que je me suis parfois énervée en lisant : pourquoi ne raconter qu’une partie, des semi-vérités ? Pourquoi est-ce qu’en arrivant dans la vingtaine, j’étais convaincue que le Moyen Âge était une période sombre alors que la Renaissance était formidable ? Pourquoi ne traite-t-on pas de l’Histoire entière ? Et pourquoi, mais POURQUOI, considère-t-on que les femmes n’ont rien fait quand elles sont partout, juste écartées du discours national ? Je ne dois qu’à ma curiosité de connaître les noms de Frédégonde ou de Brunehaut/Brunehilde, qu’à mon envie de lire des femmes « classiques » d’avoir entendu parler, voire lu, Christine de Pizan ou Louise Labé. Mais je ne connaissais aucune dramaturge avant de lire ce livre. Pourquoi ? Je ne comprends pas l’intérêt de minimiser l’apport des femmes : la réussite des uns (ici, des unes du coup) ne diminue pas celle des autres. Ce n’est pas une compétition, ce sont les faits ! J’étais aussi un peu abasourdie de voir que l’oubli est aussi récent qu’ancien !

Elle fait également un sort au mythe du progrès qui voudrait que la condition des femmes s’améliore de siècle en siècle, avec l’idée, par exemple, qu’elles n’avaient aucun droit au Moyen Âge. Vous savez, la célèbre expression du « on n’est plus au Moyen Âge » quand on parle des droits des femmes ? On peut la jeter à la poubelle du coup. Je le sais depuis un moment, mais cet essai en remet une couche bienvenue ! Il n’y a pas non plus d’idéalisation des Lumières, de la Renaissance ou de la Révolution ici : les faits, donc. Et ce n’est pas très joli, comme le XIXe siècle et son invisibilisation des femmes – j’adore ce siècle, notamment pour sa littérature et les grands auteurs qui en sortent, mais pour les femmes, ce n’est clairement pas la meilleure période … L’autrice traite aussi de la langue, ce que j’ai beaucoup apprécié parce que je me pose pas mal de questions à ce sujet.

Ce que j’ai particulièrement aimé ici, c’est que l’autrice fournit toutes ses sources. A aucun moment, le lecteur ne se retrouve avec une théorie ou une affirmation historique sans avoir l’essai ou le travail d’historien dont elle est tirée. Evidemment, ma wish-list a explosé, puisque ces sources sont données pour permettre à ceux qui le souhaitent de se plonger plus avant dans les sujets qu’ils veulent creuser. J’étais d’ailleurs contente de constater que j’avais déjà lu certains des ouvrages cités ! Ainsi, même si cet ouvrage en est un de vulgarisation, il est possible d’approfondir pour les lecteurs intéressés, à travers des livres, mais aussi des articles ou des podcasts.

Enfin, j’ajouterais que, malgré ma colère, j’ai ri à plusieurs reprises parce que l’autrice s’exprime avec humour et sans être guindée. Elle ne rédige pas en historienne, mais en transmettrice (bon, le site me dit que c’est une erreur d’orthographe, mais tant pis !) ce qui rend son discours plus accessible à tous et pas seulement à ceux qui ont un parcours universitaire ou qui sont déjà versés dans l’Histoire.

 

Donc, un excellent essai, court et accessible, qui part de la Préhistoire pour arriver à nos jours en traitant de faits et en donnant ses sources. A mettre entre toutes les mains !

Le Guide de l’uchronie édité par Karine Gobled et Bertrand Campeis

Posté : 8 juillet, 2023 @ 5:43 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Uchronie, EssaiLe guide de l'uchronie

Editeur : ActuSF (Hélios)

Année de sortie : 2023 [2015]

Nombre de pages : 499

Synopsis : Et si… ?
Et si Christophe Colomb n’avait jamais découvert l’Amérique ?
Et si les nazis avaient remporté la Seconde Guerre mondiale ?

L’uchronie joue avec l’histoire pour créer des réalités différentes, explorant des possibilités infinies.
Est-ce là l’expression d’une simple nostalgie rêveuse d’un passé jamais advenu ou une arme de réflexion philosophique ?

Karine Gobled et Bertrand Campeis, membres du prix ActuSF de l’uchronie, vous proposent d’arpenter avec eux les sentiers où réalité historique et fiction s’entremêlent. À travers des conseils de lecture, des interviews d’auteurs, des escapades dans le cinéma, la bande dessinée ou le jeu vidéo, ces deux spécialistes offrent un panorama d’un genre qui séduit de plus en plus.

Et si vous vous laissiez tenter par ce voyage dans les méandres du temps ?

L’histoire n’a jamais été aussi imprévisible…

 

Avis : J’ai reçu ce livre en service presse de la part de la maison d’éditions ; j’étais intriguée depuis un moment, j’ai donc sauté sur l’occasion !

Voici un très bon guide, plutôt complet, qui propose différents formats/médias : à la fois des romans, mais aussi des non-fictions, des bande-dessinées, des mangas, des films, ainsi que des animés, de la musique et des jeux ! Il est possible de le lire de bout en bout sans problèmes malgré sa taille – j’ai personnellement fait une petite pause fiction mais cela n’a pas gâché mon plaisir de lecture ! En effet, ce guide vise à satisfaire tous les goûts en matière d’uchronie tout en apportant une véritable réflexion sur elle, en tant que genre ou tonalité. Le livre est émaillé d’interviews d’auteurs qui apportent eux aussi leur point de vue sur l’uchronie, créant une sorte de base de données sur le sujet. C’est à la fois une bonne introduction pour comprendre, mais aussi une bonne façon d’aller, déjà, un peu plus loin avant de se plonger dans d’autres œuvres, fictions ou essais, pour continuer à approfondir.

En effet, ma PAL et ma wish-list ont explosé : énormément d’ouvrages sont présentés, tous de façon à donner envie de les lire sur le champ ! Ils sont plutôt divers : le guide propose une section française, une section étrangère et un véritable effort est fourni pour inclure d’autres pays et cultures non francophones et anglophones – ce qui semble un peu moins évident car certaines, voire la plupart, des œuvres ne sont pas traduites.

J’ai vraiment passé un excellent moment avec cette œuvre : grâce à la bibliographie critique, j’ai envie d’aller plus loin dans ma découverte de l’uchronie. J’avais déjà lu certains romans liés à ce genre sans qu’ils portent cette « étiquette » ; j’adore ce jeu avec l’histoire, cette façon de la réécrire pour réfléchir, pour critiquer parfois, mais aussi, plus simplement, pour se divertir !

Petite remarque rapide sur la couverture que je trouve très attirante et très travaillée

 

Donc, un guide que je recommande chaudement, que ce soit pour découvrir le « genre » ou pour avoir un petit réservoir de lectures à disposition ! 

Travailler encore ? Sciences et fictions sur le futur de l’emploi édité par Stéphanie Nicot et Jean-François Stich

Posté : 21 juin, 2023 @ 5:32 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Essai, Nouvelle, Science-fiction Travailler encore ?

Editeur : ActuSF

Année de sortie : 2023

Nombre de pages : 451

Synopsis : Contrairement à une idée reçue, la science-fiction ne prédit pas l’avenir, mais elle imagine des futurs possibles ; elle ne parle pas des temps à venir, mais du présent. Et de nous. Et qu’est-ce qui est plus humain – et parfois plus brutal, quand il perd toute finalité éthique – que le travail ? Questionner, bousculer, faire réfléchir, mais aussi faire rêver et distraire – même si c’est parfois sur un ton grave, voire angoissé – c’est le pari (à choix multiples) que font ici chercheurs, essayistes et auteurs de fiction. En neuf articles et autant de nouvelles – et une postface qui en tire les enseignements. Le monde va changer. Quand et comment, nous l’ignorons. Mais cette anthologie, comme la société qui nous entoure, est en travaux !

 

Avis : J’ai reçu cette anthologie en service presse de la part de la maison d’édition. 

C’était la première fois que je demandais un service presse numérique et j’ai d’abord eu un peu de mal avec le format – parce que je n’avais pas encore lu de PDF sur la liseuse, donc elle n’était pas bien réglée pour que le confort de lecture soit optimal. Petit à petit, j’ai trouvé la meilleure configuration possible, rendant la lecture d’autant plus agréable !

J’ai trouvé ce recueil passionnant ! Le sujet est déjà intéressant : la question du travail nous touche d’une manière ou d’une autre et s’interroger sur son avenir, ce qu’il sera dans le futur, peut être source d’espoir ou d’anxiété. Ce mélange était bien présent dans les nouvelles et les essais. J’ai adoré la majeure partie des nouvelles – dont je parlerai un peu plus en détails plus bas – et quelques essais, notamment ceux sur la pleine conscience, la notion d’anarchie, l’analyse de La Nuit des temps et la valeur-travail. Rien qu’avec cette petite liste, il est visible que, même si l’on reste centré sur le travail, les auteurs abordent différents aspects de celui-ci. J’ai eu un peu plus de mal avec les premiers essais : certains me semblaient presque hermétiques en raison du vocabulaire utilisé. J’ai aussi aimé que l’on traite assez abondamment d’IA mais pas seulement : réduire le travail du futur à l’intelligence artificielle aurait pu sembler trop facile.

La postface d’Ariel Kyrou, qui clôt le recueil, est excellente. Il revient sur chacun des essais et certaines nouvelles, analysant les différents points abordés pour se concentrer sur une notion évoquée dans l’anthologie : le sens du travail et, plus particulièrement, sa perte de sens. J’avais déjà lu un de ses essais, Dans les imaginaires du futur, passionnant et qui est sorti, il y a peu de temps, en poche, pour ceux que ça intéresserait !

Je vais revenir maintenant de manière un peu plus précise sur quelques nouvelles qui m’ont particulièrement marquée, tout en n’en révélant pas trop afin de vous laisser le plaisir de les découvrir par vous-mêmes. Dès le début, le ton est donné avec « Amour numérique » de Floriane Soulas, nouvelle qui fait tout de même un peu moins froid dans le dos que d’autres comme « Où se niche l’ambition » de Sylvie Lainé ou « Tomies » de Ketty Steward. En effet, si la première traite de harcèlement au travail, les deux autres montrent une dérive lente de l’emploi vers quelque chose de malsain, puisque les travailleurs sont prêts à de plus en plus de sacrifice ou de don de soi pour obtenir/conserver leur poste ou avancer dans leur carrière. Mes préférées restent « Parallaxe » de Katia Lanero Zamora et « Dysphorie » d’Anne-Sophie Devriese – sans doute en haut du classement d’ailleurs ! La première traite de la situation d’une femme arrêtée pour une raison inconnue du lecteur ; elle travaillait énormément, au point de négliger sa vie personnelle. La seconde porte sur une femme qui peut toucher le code … Cette dernière m’a fait penser à Matrix – j’ai eu, d’ailleurs, un peu peur que ce soit trop similaire (j’avais bien les films en tête, je venais de tous les revoir !) – mais elle reste suffisamment unique pour que ce ne soit pas dérangeant. Petite remarque aussi sur Aurore Dandoy qui écrit à la fois la nouvelle « Bienvenue à Galaxité » et l’essai « Après les dérives du coworking, une pratique anarchiste pour une société viable et durable ? », deux pièces que j’ai beaucoup apprécié également, la première pour son côté test et capacité spéciale, la seconde pour sa définition précise de l’anarchie, l’apport de cette idéologie pour une société plus saine et la découverte du coworking.

Pour finir, je dirais que ce recueil fait aussi du bien dans le sens où je me suis sentie beaucoup moins seule en le lisant. Le travail, comme l’explique Ariel Kyrou dans sa postface, a perdu de sa valeur au fil du temps ; l’impression de ne pas être utile, de ne pas s’inclure dans une société qui a besoin de changer, qui stagne dans un modèle qui ne fonctionne pas/plus provoque une réaction presque épidermique face au travail. Les gens ne sont pas plus fainéants ou faibles : ils ont juste besoin d’avoir un objectif, que leurs actions aient un sens véritable, que leur labeur fasse avancer la société ou rende un réel service. L’appât du gain, l’appel du chiffre, la focalisation sur l’économie font des hommes les engrenages d’une machine dont ils ne veulent plus faire partie. Tout cela est visible, palpable, dans les nouvelles de l’anthologie, empreinte parfois d’un réel désespoir face à une société mécanisée qui voit en l’homme un robot qu’il n’est pas. 

 

Donc, un excellent recueil qui nous divertit autant qu’il nous instruit en abordant le travail du futur de différentes manières.

Fantasy & Moyen Âge édité par Anne Besson et Victor Battagion

Posté : 17 juin, 2023 @ 2:07 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Fantasy, Essai, Historique Fantasy & Moyen Âge

Editeur : ActuSF (Les 3 Souhaits)

Année de sortie : 2023

Nombre de pages : 491

Synopsis : Le Moyen Âge merveilleux du Seigneur des Anneaux, du Sorceleur ou de L’Assassin royal vous fait rêver ? Sorcières, magiciens et nains peuplent votre imagination depuis toujours ? Chevaliers, vikings et mercenaires vous passionnent ? Ce beau-livre est fait pour vous. Toutes ces histoires, des contes de fées à Game of Thrones, exercent sur nous un extraordinaire pouvoir de fascination. Prenez garde, pourtant. Explorer les arcanes de la fantasy d’inspiration médiévale pourrait bien changer à tout jamais votre destinée.
Derrière ces récits inoubliables se déploient des œuvres littéraires et artistiques multiples – de la légende du roi Arthur aux contes venus du monde entier –, et leurs influences historiques sont légion – invasions « barbares », art de la guerre dans le Moyen Âge européen et le Japon féodal, châteaux forts et femmes de pouvoir. Mêlées, sublimées, ces sources abreuvent des œuvres devenues incontournables.

 

Avis : Dès l’annonce de la sortie de ce livre, j’étais dans les starting blocks pour participer à la campagne de financement : quoi de mieux qu’une collection d’essais sur les liens entre Moyen Âge et Fantasy ?

J’ai adoré cette œuvre – j’ai presque envie d’ajouter « évidemment » ! Les sujets abordés sont diversifiés : on peut évoquer le condotiere, l’arc, l’utilisation des contes par exemple. Les auteurs écrivent à propos de différentes régions du monde : le Japon féodal et le continent africain, entre autres, se voient inclus dans cette anthologie. Les médias mentionnés sont eux aussi variés : la littérature, le cinéma, mais également les jeux (vidéo, de société, de rôle), les séries, les illustrations. J’ai vraiment eu l’impression d’une envie de tout dire, tout en étant conscient que ce n’était pas possible tant le sujet est vaste. A travers tous ces supports, le lien entre Fantasy et Moyen Âge est expliqué de manière claire à travers différents points de vue, différentes visions de la Fantasy et de ce que lui apporte la période médiévale, mais aussi ce que le genre apporte à l’Histoire. Le lecteur comprend qu’il existe une sorte de cercle (plus ou moins) vertueux d’influences entre littérature et histoire, disciplines qui s’enrichissent l’une l’autre.

De plus, ces articles sont rédigés par des spécialistes : non seulement leur niveau d’expertise est tel que l’on apprend des éléments nouveaux sur le sujet qu’ils abordent, mais en plus, ces auteurs donnent envie, pour la majeure partie d’entre eux, de creuser et de lire d’autres livres ayant un rapport avec les informations données. Cela occasionne, évidemment, une explosion de PAL et de wish-list, davantage centrée tout de même sur la fiction grâce aux nombreux exemples utilisés pour illustrer leur propos. Je précise que certaines œuvres sont spoilées, ce qui est dommage mais inévitable quand on étudie et analyse des ouvrages littéraires. Pour autant, cela ne gâche pas du tout le plaisir de lecture !

Je m’arrête enfin sur l‘esthétique du livre. Extérieurement, il est très beau, mais je vous recommande de le lire chez vous uniquement, parce que les manipulations l’abîment au fil du temps. A l’intérieur, les illustrations en couleurs qui émaillent le texte sont un délice : cela ajoute une véritable richesse à cette édition qui nous permet de voir ce dont elle traite au lieu de seulement l’évoquer. A la rigueur, le seul manque de l’ouvrage serait une bibliographie récapitulative à la fin, mais tant d’œuvres sont citées que cela devait être impossible !

 

Donc, un petit bijou qui permet d’explorer de manière assez complète les liens entre Fantasy et Moyen Âge donnant, par la même occasion, très envie de se plonger dans les œuvres analysées !

Fantasy & Médias dirigé par Anne Besson, Florent Favard et Natacha Vas-Deyres

Posté : 29 mai, 2023 @ 12:29 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Essai, Fantasy Fantasy & Médias

Editeur : ActuSF

Année de sortie : 2023

Nombre de pages : 283

Synopsis : La fantasy, déjà omniprésente dans les jeux de rôle et jeux vidéo, part aujourd’hui à la  conquête des petits écrans – elle connaît en effet depuis quelques années une impressionnante  expansion du côté des séries télévisées diffusées en streaming sur les plateformes VOD.  Comment expliquer ces « affinités médiatiques » de la fantasy ? est-elle la même au travers de  ses adaptations, ou se transforme-t-elle en fonction de ses supports d’expression ? Pourquoi ses univers se prêtent-ils si bien à l’exploitation croisée qu’on appelle aujourd’hui « transmédia » ?

Riche de douze articles issus du colloque des Imaginales 2022, qui nous parlent d’illustrations et de musique, de séries animées, d’arts du spectacle ou de forums RPG, ce volume se propose d’explorer les liens entre un genre et ses formes et supports d’apparition – entre la fantasy et ses médias.

 

Avis : J’ai reçu cet ouvrage en service presse, donc je remercie à nouveau la maison d’édition de me l’avoir envoyé ! En effet, grâce à elle, j’ai enfin fini par lire Anne Besson !

En effet, la recherche littéraire m’intéresse beaucoup, surtout sur la Fantasy, mais je dois dire que c’est aussi le nom de cette chercheuse qui m’a donné envie de lire ce livre. Je l’ai découverte grâce à deux Mooc et une de mes enseignantes qui l’a citée, me poussant à aller voir sa bibliographie et faisant exploser ma wish-list par la même occasion. C’est elle qui m’a montré que la Fantasy était digne d’être étudiée – je n’en doutais pas, mais aucun universitaire avant elle ne l’avait laissé entendre aussi clairement -, contrairement à ce que j’entendais régulièrement – « ce n’est pas de la vraie littérature », « c’est pour les enfants », « ça ne fait pas sérieux ».

Donc, dès l’introduction, qui évoque l’essor de la Fantasy à travers les médias et présente globalement l’ouvrage, j’étais séduite. C’est clair, précis, fluide et certains éléments résonnent dans mon petit cœur de fan de Fantasy : l’importance du worldbuilding, l’idée de « vivre » dans cet autre monde, de le visualiser clairement. Elle met les différents articles en valeur, donnant envie de tous les découvrir.

Le sommaire ne l’annonce pas, mais l’ouvrage est découpé en trois parties : « Un genre, des médias », « Quels publics pour quels médias ? » et « Circulations transmédiatiques ». J’ai trouvé qu’il abordait des médias divers, de l’illustration au jeu de rôle en passant par les jeux vidéos, les jeux de société et la musique. C’est une façon quasi organique de voir le genre : les différents médias interagissent les uns avec les autres, se répondent ou s’alimentent entre eux. Je n’avais jamais vraiment pensé à la Fantasy de cette façon, mais cela semblait naturel en lisant. Je précise qu’une bibliographie figure à la fin de chaque article, étendant encore ma wish-list infinie – et les vôtres ! Certains des essais sont illustrés, ce que j’ai trouvé bienvenu et pratique, étant donné que certaines des ces illustrations sont analysées au sein des articles, voire en sont le cœur même !

Pour cette chronique, j’ai voulu être la plus exhaustive possible, ce qui la rend très longue. J’aborde donc, après les deux sauts de ligne suivants, chaque article individuellement sans pour autant tout dire, évidemment. Pour ceux qui ne voudraient donc pas lire cette partie mais préféreraient tout découvrir à la lecture, je vous propose de parcourir la suite en diagonale ou ne pas la lire, afin d’accéder directement à la conclusion de la chronique, elle aussi signalée par deux sauts de ligne.

 

 

La première partie comporte d’abord un article de William Blanc sur les illustrations de Fantasy qui remonte  aux origines de l’esthétique médiévaliste. On y traite également d’orientalisme et de la symbolique des couvertures au fil des années, l’auteur s’appuyant sur le sublime développé à la période des Lumières. J’ai adoré les analyses de différentes illustrations présentes dans l’ouvrage : on y décèle un genre inscrit dans l’Histoire moderne et non en décalage par rapport à elle.

Le second article, de Jérémy Michot, traite de la musique dans The Witcher. Fascinant, intriguant, il m’a permis de comprendre pourquoi, à l’écoute de la BO de la première saison de la série Netflix, j’ai eu l’impression d’une musique exotique et familière à la fois, pourquoi cette musique me semblait unique dans le paysage Fantasy tout en conservant des traces déjà entendues. Je n’ai jamais joué aux jeux vidéos de la « franchise », ni regardé les premières adaptations ; cela m’a d’autant plus donné envie de m’y mettre. Cette série est alimentée régulièrement par différents supports et sans doute que celui qui ne s’attache qu’à un seul d’entre eux perd une grande partie de l’immersion possible dans l’univers créé, à l’origine, par Andrzej Sapkowski. L’auteur traite également des emprunts historiques de l’auteur mais aussi des « adaptateurs », ainsi que du mélange savant des types musicaux pour créer cette bande-son bien particulière, finalement facilement reconnaissable.

Vient ensuite Silène Edgar avec son roman Lune rousse adapté du jeu des Loups-garous de Thiercelieux ! Un élève, pendant mon stage, m’a prêté ce livre que j’ai beaucoup aimé ; j’étais très contente de le retrouver ici et d’en avoir une analyse ! L’autrice nous révèle ses emprunts, ses adaptations, ses mélanges pour créer un roman à l’ambiance très proche du jeu tout en étant original, parvenant à surprendre le lecteur quant à l’identité des personnages ou à l’issue de l’intrigue. En effet, des éléments mythologiques, littéraires, culturels ou tirés de la réalité se cachent également dans Lune rousse. La fin m’a achevée avec l’onomastique : j’adore découvrir la symbolique des noms. Cet article m’a donné envie de relire l’œuvre – et de rejouer au jeu ! Attention, toutefois : je vous conseille de lire Lune rousse avant l’essai, puisqu’il spoile l’intégralité du roman !

Enfin, cette première partie s’achève avec Oanez Hélary et les forums RPG. Je ne m’y connais absolument pas, c’était donc une totale découverte de la façon dont fonctionnent ces forums, d’où ils tirent leur inspiration. J’ai aimé qu’ils soient analysés quasiment comme des œuvres littéraires, au niveau de l’écriture mais aussi de leur dimension de worldbuilding ou de leur « prétention » encyclopédique sur un univers entièrement nouveau ou inspiré d’un monde déjà existant.

La deuxième partie débute avec un article de Laura Martin-Gomez au sujet des « modes de réception par les fans » du Seigneur des Anneaux. L’autrice y traite de différentes adaptations, celle de Bakshi, de Rankin & Bass, mais aussi celles de Peter Jackson, incluant les deux trilogies. La série Les Anneaux au pouvoir n’est pas analysée mais juste mentionnée. J’ai beaucoup aimé cet article qui m’a appris beaucoup de choses, notamment sur les adaptations de Peter Jackson et le « jeu » avec les fans, le fait de prévoir les films des années à l’avance, comme la série, alimentant une forme de suspense qui n’est pas toujours très sain au cœur de la communauté de fans. Il traite également de la peur de l’adaptation et de la conscience qu’une œuvre, quelle qu’elle soit, ne peut pas vraiment être parfaitement adaptée, d’où la difficulté, pour le réalisateur, de satisfaire les fans. Pour autant, comme l’évoque l’autrice, ces films ont apporté de nombreux nouveaux lecteurs à Tolkien – elle mentionne donc les expressions de « book-firsters » et de « movie-firsters ». J’ai aimé la partie sur les rituels, dans laquelle je me suis reconnue.

Vient ensuite Marie Barraillier avec les séries Netflix de Fantasy destinées à la jeunesse. Elle y analyse trois séries pour des catégories d’âge différent et explique comment Netflix utilise le genre de la Fantasy pour attirer également les adultes en jouant sur les codes connus mais cachés dans leurs productions et sur la nostalgie des parents geeks. J’ai ajouté deux de ces séries à ma liste de visionnage – pourquoi se contenter de la PAL à faire grossir, après tout ? 

Louis Barchon arrive alors avec un article sur le jeu de rôle, article que j’aurais pu apprécier davantage si je n’avais pas été très gênée par un de ses aspects. En effet, l’auteur, sans doute dans un souci d’inclusion, utilise un procédé que je n’avais jamais vu auparavant et que j’espère ne pas revoir par la suite : « femmes+ » – sachant que le « terme » « hommes+ » n’est jamais utilisé. Le « + », dans la note de l’auteur, « recouvre ici toutes les identités de genre hors masculin-féminin ». J’ai d’abord eu du mal à comprendre, puis je me suis agacée. Enfin, j’en suis arrivée à trois interprétations différentes, toutes potentiellement offensantes pour tel ou tel genre. 1) L’homme est la seule identité de genre qui vaut pour elle-même ; on peut donc associer toutes les autres à la femme qui devient quasiment une identité de genre « minoritaire » face à l’homme majoritaire – je ne pense pas que ce soit l’intention de l’auteur, mais ce peut être perçu ainsi par certains lecteurs. 2) « femmes+ » associe toutes les identités de genre hors masculin/féminin à la femme, ce qui veut dire que ces identités sont tout de même féminisées. 3) On peut enfin avoir l’impression d’un « tout le monde versus les hommes ». En fin de compte, il est possible que, dans une envie d’inclure tout le monde, l’auteur se montre maladroit avec l’utilisation de ce « terme », problématique pour toutes les catégories de genre. J’ai tout de même fini par entrer dans l’article, qui est intéressant, analysant l’essor, le creux puis la renaissance des jeux de rôle. Les nombreuses références m’ont confortée dans l’idée que j’aimerais, un jour, tenter d’y participer, tout en étant un peu douchée par la conclusion qui évoque le côté très masculin de ce média – c’est la raison pour laquelle j’ai inclus l’interprétation 3) de « femmes+ », l’auteur insistant sur le fait que le domaine du jeu de rôle est majoritairement masculin. Selon moi, l’intention était de montrer que le jeu de rôle avait périclité à cause de cette homogénéité du genre, ne parvenant pas à inclure les femmes et les autres identités de genre.

La deuxième partie se poursuit avec les sports et la pop culture par Raphaël Luis, un aspect de la Fantasy qui m’était complètement inconnu ! En effet, ici, l’auteur évoque la série Game of Zones qui mêle NBA et Fantasy grâce à Game of Thrones, et l’émission The Ringer. J’ai trouvé que c’était une façon assez parlante de montrer les liens entre la « réalité » et la Fantasy, le fait qu’on puisse utiliser ce genre pour « promouvoir » un autre élément, ici le sport, attirant ainsi des fans de sport vers le genre médiatique, et des fans de Fantasy vers le basket – peut-être tout de même moins dans ce sens, étant donné le vocabulaire utilisé dans The Ringer, par exemple, pour prédire ce qui allait arriver dans Game of Thrones. J’ai apprécié le parallèle que fait l’auteur entre une élévation du journalisme sportif à un niveau d’excellence et l’élévation du genre de la Fantasy à un niveau « littéraire » tout en les réunissant dans un bain commun : la culture populaire, qui le reste tout en devenant digne d’être étudiée/analysée. C’est une façon de montrer que l’on peut être sérieux, que l’on soit journaliste, auteur ou universitaire, tout en traitant de pop culture (cf. tous les universitaires et auteurs de cet acte de colloque, mais aussi Marianne Chaillan, qui lie philosophie et culture populaire avec talent !). Les événements mis en place par The Ringer sont à la fois fun et recherchés, liant de manière intelligente deux domaines qui semblent à l’opposé l’un de l’autre. Je pense que cet article était l’un de mes préférés !

Enfin, (cette chronique finira-t-elle un jour ?!), nous passons à la dernière partie qui traite donc des œuvres transmédiatiques c’est-à-dire qui utilisent différents médias. Le premier article, de Sophie Le Hiress, est centré sur Once Upon a Time et sa construction. Je peux d’emblée vous dire que, malgré les spoilers, elle m’a donné très envie de reprendre la série, abandonnée au bout de la première saison. L’autrice nous explique ici le fonctionnement de la série, qui emprunte aux contes de fées tout en parvenant à rester originale et à conserver une part de surprise, ce que l’on imagine difficile avec un matériau aussi connu. Je vous laisse découvrir les mécanismes à l’œuvre dans l’article, que j’ai trouvé passionnant ! J’ajouterai simplement que j’ai aimé la mention des fanfictions, elles aussi souvent considérées comme indignes d’être étudiées.

Vient ensuite l’article de Justine Breton sur The Witchercelui qui m’a donné très envie de reprendre ma lecture de la série, laissée en pause au seuil du tome 5. Elle nous invite à découvrir la richesse de cet univers, richesse notamment due à la diversité de médias grâce auxquels se développe le monde du Sorceleur. J’ai notamment apprécié découvrir l’utilisation des médias au sein même de la série, créant une sorte de mise en abyme, et j’y ai retrouvé la cause de mon abandon temporaire : le fait qu’on ne nous fait pas vivre certains événements, mais qu’ils nous sont racontés par des personnages au cœur de la fiction elle-même. C’est un procédé original, mais qui peut s’avérer frustrant. Enfin, l’autrice nous révèle les limites de cette transmédiation, ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant : elle montre ainsi qu’il n’y a pas que du positif dans cette méthode multiforme.

L’article de Clara Colin Saidani, quant à lui, se concentre sur le lore, sa transmission et sa construction dans les œuvres de Fantasy, du Seigneur des anneaux à Skyrim. J’ai aimé découvrir cette façon d’étoffer un univers, de le rendre plus « réel », ce qui paraît plus compliqué dans un jeu vidéo où le joueur peut décider de ne pas se focaliser sur cet aspect du média, mais aussi le but de cette construction.

Enfin, l’ouvrage s’achève sur la découverte, pour moi, de l’escrime artistique avec l’article que Marie Kergoat consacre à l’adaptation, à travers ce média, du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. J’ai aimé cette impression de découvrir un art nouveau, inédit, et d’avoir envie d’assister à la représentation. L’autrice nous fait comprendre les difficultés rencontrées par la troupe pour faire passer l’essence de l’œuvre à travers un média considéré d’abord comme martial et en très peu de temps comparé à la longueur des films. J’ai trouvé cela fascinant, comme, à nouveau, l’espèce de mise en abyme créée par cette adaptation d’adaptation !

 

 

Pour conclure, j’ai passé un excellent moment avec cet ouvrage. Il est abordable pour tous – je veux dire ici que même quelqu’un qui n’a pas fait d’études littéraires peut tout comprendre -, traite d’une diversité de médias, certains parfois peu connus, et reste passionnant du début à la fin tout en nous apprenant des choses. Il fait aussi la part belle aux fans, à ceux qui continuent de faire vivre une série ou une adaptation parfois des années après sa sortie, continuant à l’alimenter par le biais de divers médias. Enfin, la passion des auteurs eux-mêmes est palpable : ils transmettent leur enthousiasme pour la Fantasy, donnant envie au lecteur de plonger, à corps perdu, dans cette mer de médias qui s’offre à lui.

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