Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Un papillon sous la neige de Daphné Kalotay

Posté : 20 octobre, 2015 @ 5:51 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Un papillon sous la neigeGenre : Drame, Historique

Editeur : France Loisirs

Année de sortie : 2010

Nombre de pages : 576

Synopsis : Du Moscou des années 1950 à Boston aujourd’hui, le tumultueux destin d’une ballerine : passions, secrets et trahisons, une belle saga romanesque qui mêle émotions et mystères. A Boston, Nina, une ancienne étoile du Bolchoï surnommée Papillon, met aux enchères ses précieux bijoux, emportés lors de son exil. C’est alors que Grigori, un homme d’origine russe, la contacte pour lui poser la plus incroyable des questions : est-il l’enfant qu’elle aurait abandonné ? Chassé par la danseuse, Grigori, bien décidé à découvrir la vérité, va fouiller dans la vie de Papillon en Russie, un passé fait d’énigmes et de secrets. Pourquoi s’est-elle enfuie de son pays ? Quel est le mystère qui entoure la mort de son mari Viktor ? En levant peu à peu le voile sur ce terrible destin, Grigori apprendra que la réalité se cache toujours là où on ne l’attend pas …

 

Avis : Tout d’abord, je trouve le synopsis un peu mensonger, après avoir lu le roman entier (j’expliquerai pourquoi ensuite). La couverture est très belle, toute douce, ce que l’histoire n’est pas vraiment !

Le lecteur plonge ici dans un récit polyphonique, où vont se croiser plusieurs histoires concernant différents personnages. D’abord celle de la vie de Nina Revskaïa, ancienne ballerine qui a quitté la Russie précipitamment sans donner de raisons ; celle de Grigori Solodin, de ses recherches et de sa solitude, et celle de Drew Brooks. Le livre commence par la description d’un lot, un bijou mis en vente : chaque chapitre sera précédé par la présentation d’un de ces lots. Puis on entre dans le monde actuel, le Boston moderne. Ce livre mêle en effet les époques et les pays : l’histoire de Nina, le récit principal, si l’on peut dire, relate sa jeunesse en URSS. Grâce à sa vie, le lecteur peut appréhender la vie de l’artiste sous le régime de Staline, les dangers qu’il affronte, les impairs qu’il doit absolument éviter, les obligations auxquelles il doit se plier. Nina rencontre un poète et un compositeur, ce qui offre plusieurs facettes de l’art en URSS, et ce qui est demandé aux artistes de l’époque. J’ai beaucoup cet aspect historique du livre : la découverte du régime et de la vie des artistes apportent une certaine culture au lecteur, une vision de ce à quoi cela pouvait ressembler à l’époque. Le contexte de l’époque fait également que les événements sont plus compliqués, que les personnages s’imaginent des explications invraisemblables sans jamais vraiment chercher de réponse de peur de la trouver, et se méfient de tous, même de leurs proches. Sinon, j’ai aimé découvrir l’univers de la danse à travers l’histoire de Nina : c’est un monde assez cruel, où il faut être la meilleure, et le rester, si l’on ne veut pas redescendre du niveau où l’on est monté avec difficulté. Les tortures que s’infligent les ballerines pour danser m’ont vraiment fait de la peine, mais la douleur ne semble pas vraiment déranger Nina : sur scène, elle oublie tout, sur scène, elle devient quelqu’un d’autre, et j’ai adoré les passages où elle parle de son amour de la danse, de la sensation que cela lui procure, de la liberté qu’elle se sent posséder. Elle exprime par la danse quand Viktor utilise les mots. Un deuxième récit croise celui de Nina : l’histoire de Grigori. Son passé d’adolescent, mais également sa vie d’adulte, sont racontés au lecteur. Le jeune homme qu’il était recherchait sa famille, la vérité sur ses origines. Sa vie avec sa femme nous est également racontée, et introduit l’amour dans le roman. Un troisième récit est celui, plus dissipé et diffus, de la vie de Drew Brooks, de son mariage raté, de ses origines qu’elles recherchent elle aussi, de sa famille qui ne la comprend pas, et à qui elle semble toujours rebelle. Enfin, le récit du Boston actuel réunit tous ses personnages et les fait interagir de façon à mêler leurs intrigues. Ils s’entraident ou se mettent des bâtons dans les roues. C’est ce récit qui amène la rétrospection que sont les autres histoires annexes : la vente des bijoux de Nina Revskaïa déclenche le retour sur le passé des personnages.

L’amour est une notion importante dans ce livre, et elle est présentée de façon différente à travers des couples variés. Tout d’abord, Nina et Viktor. C’est le couple central de l’intrigue, celui sur qui le lecteur et les autres personnages s’interrogent constamment ; je me le suis tout de suite représenté comme le couple modèle, qui n’a pas besoin de se prouver quelque chose pour s’aimer, qui s’aiment simplement, sans artifices et sans nécessité de justifier quoi que ce soit. La jalousie me semblait pratiquement absente de leur relation : elle était donc saine, et agréable à imaginer. Pourtant, quelque chose a motivé Nina à partir sans Viktor ; et lorsque j’ai découvert quoi, je me suis tout de suite rangée du côté de Nina (trop vite, bien sûr, c’était trop évident !). La jalousie et le malaise s’installent tout à coup de façon très violente et toute ma confiance en ce couple a vacillé ! Je ne m’attendais vraiment pas à un tel revirement de situation ! Un autre couple est celui que forment Grigori et sa femme Christine : leur amour est simple, absolu. Ils se connaissent par cœur, et même quand Christine n’est plus là, son mari se souvient de ce qu’elle aurait fait, de ce qu’elle aurait dit. Il est veuf et vit avec le souvenir de la femme qu’il a aimée. J’ai trouvé leur histoire très touchante et très triste. La conception qu’a Grigori de l’amour n’est pas manichéenne, ce que j’ai trouvé très lucide : il sait que l’amour a ses mauvais côtés, que le mariage a changé certaines choses entre eux et qu’ils ne se supportent pas parfois, mais il aime sa femme de tout son être, avec ses défauts. N’est-ce pas la meilleure définition de l’amour ? Un autre couple m’a semblé prépondérant, puisqu’en réalité, ils m’ont semblé à l’origine d’un malentendu dramatique, qui entraînera des conséquences désastreuses pour tous les personnages. Eux aussi s’aiment profondément, et ce qui arrive le prouve. Enfin, Drew Brooks est en mal d’amour, et se demande si, un jour, elle rencontrera celui qui lui conviendra parfaitement. C’est un peu le personnage qui cherche le prince charmant sans le chercher.

Une investigation est également menée dans ce livre, et c’est là que j’ai trouvé le synopsis mensonger. Ce n’est pas Grigori qui parvient à rassembler les pièces du puzzle. Il a cherché à connaître la vérité pendant des années sans jamais l’obtenir. C’est la vente des bijoux qui enclenche un retour vers le passé des personnages, mais aussi la levée du voile sur le mystère de la naissance de Grigori et du départ de Nina. Drew tient donc un rôle prépondérant. Il a déjà fouillé la vie de la ballerine sans rien trouver de vraiment concret ; elle ne lui a rien livré : c’est au lecteur qu’elle raconte tout sous forme de souvenirs, plus ou moins douloureux.

Egalement, dans ce livre, le lecteur découvre la vie artistique sous un régime totalitaire : tout est contrôlé. Aucun artiste ne peut se laisser aller à faire ce qu’il veut, à dire ce qu’il pense, à innover. C’est un système clos sur lui-même, dans lequel on dit au peuple et aux artistes ce qu’ils doivent penser, et ils ne doivent déroger de cette règle sous aucun prétexte. Une remarque sur la musique de Prokofiev rapportée par Gersh est significative : tout doit être lissé et doit servir le parti. Sans cela, l’artiste risque son art, sa liberté, et surtout sa vie. Ils ne doivent jamais dépasser de la norme, ou parler sans contrôle de ce qu’ils disent : où qu’ils soient, ils sont entendus, espionnés. Ils ne sont en sécurité nulle part et ne peuvent parler de leurs affaires personnelles qu’à l’extérieur, dans un lieu public ou isolé.

Concernant les personnages, je me suis très vite attachée à la jeune Nina : elle est courageuse, très travailleuse, et ouvre peu à peu les yeux sur le monde dans lequel elle vit. Elle se rend compte du régime, de l’espionnage, de la méfiance constante qu’elle doit conserver face à tous. Elle n’a vraiment confiance en personne. Lorsqu’elle rencontre Viktor, c’est un peu un conte de fées pour elle, conte de fées dans lequel sa belle-mère, exécrable, joue le rôle de la marâtre. Il semble être tout pour elle, si l’on ne compte pas la danse. Elle considère que celle-ci, en plus de l’amour, sont tout ce qu’elle a pour vivre. Et puis, à un moment clé du livre, Nina m’a agacée. Elle se comporte comme une adolescente, ne se rend sans doute pas compte de ce qu’elle fait (ou si, ce qui est encore pire !), et abandonne tout sans explications (le lecteur comprend, mais pas les autres personnages). Elle agit comme une fugitive, et ne m’a pas semblé du tout réfléchir. Elle agit par passion, par bêtise. Cela m’a vraiment déçue. La Nina plus âgée m’a également agacée : elle se cache toujours derrière son indifférence, traite très mal les gens, et se permet un comportement hautain de vieille dame respectable. Il est vrai qu’elle a souffert, et qu’elle se protège ; mais par là, elle fait du mal aux autres en le sachant pertinemment, ce qui est d’autant plus énervant. Sa réaction à la fin m’a soulagée : elle agit enfin ! Quant à Grigori Solodin, lui aussi vit un peu dans ses souvenirs. Il a perdu sa femme et ne cesse de penser à elle, à comment elle aurait réagi, à ce qu’elle lui aurait dit. Je me suis attachée à elle à travers lui, et donc un peu à lui aussi. Il fait de la peine au lecteur par la souffrance que lui occasionne la méconnaissance de ses origines et de sa véritable famille. Il ne sait pas vraiment qui il est, et s’est inventé une identité, ainsi que des parents idéaux. Il a tenté de rassembler des preuves, qui semblent tout à fait fonctionner ensemble : le lecteur lui-même y croit et pense déjà tout savoir quand la surprise arrive ! Tout paraît prévisible ; or, ça ne l’est pas vraiment. Il finit peu à peu par se sortir de ses souvenirs et à tenter de vivre dans le monde réel, qu’il trouve très médiocre par rapport à celui dans lequel il vivait dans sa jeunesse : il ne cesse de critiquer l’université et les étudiants, ce qui pourrait être un écho aux véritables pensées de l’auteure. Drew Brooks est le dernier personnage vivant important : elle dirige la vente des bijoux de Nina Revskaïa, ce qui, elle aussi, la plonge dans des souvenirs et des réflexions qui la mènent vers la vérité. Elle est ambitieuse, et aime le métier qu’elle pratique : elle aime découvrir les origines des gens et des choses, donner une histoire à un objet qui n’en avait plus. Je me suis également attachée à elle : elle rêve d’amour sans le trouver, elle se demande si, un jour, celui qui lui correspond apparaîtra (prévisible, prévisible !!) Son histoire « actuelle » prend un tour évident, très prévisible, que le lecteur repère de très loin ! D’autres personnages apparaissent dans ce livre, comme Viktor, personnage très important auquel je me suis beaucoup attachée, sans doute parce qu’il est poète et qu’il semble sincèrement aimer Nina ; ses poèmes ont l’air très mélancoliques, il m’a semblé assez romantique, ce que renforce ses origines cachées à la société ; Gersh, compositeur virtuose conspué par le régime car il est juif ; Vera, amie danseuse de Nina, qui se trouve au centre de l’intrigue, je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à elle, excepté à la fin, Nina ne la voit pas d’un très bon œil, même si c’est son amie ; Polina, une autre amie danseuse dans une situation difficile ; Zoïa, assez difficile à cerner en ce qui concerne ses sentiments, collaboratrice du parti tout en voulant protéger celui qu’elle semble aimer ; la mère de Nina, douce et protectrice, que la jeune femme délaisse peu à peu ; d’autres membres du Bolchoï ou du parti, et même Staline, qui apparaît deux fois ; Cynthia, l’infirmière de Nina, une femme forte et courageuse, qui aide la vieille dame dans sa vie de tous les jours.

La révélation de la fin a été une vraie surprise pour moi, et pour les autres personnages aussi apparemment. Tout ce que j’avais imaginé est parti en fumée. J’ai ressenti une vraie déception face à cette situation : quelle tragédie pour si peu ! La communication n’était pas le fort de cette époque, et il me semble que ça n’a pas vraiment changé aujourd’hui. La confiance est très difficile à gagner, et si facile à perdre ! La toute fin m’a également déçue : on ne sait pas vraiment ce qui arrive aux personnages, même si le dénouement a eu lieu, et que tout semble se mettre en place pour que chacun obtienne ce qu’il veut. J’aurais aimé revoir Nina, savoir ce qui lui était arrivé, si elle avait agi autrement encore.

 

En définitive, un bon livre, qui montre bien la vie des artistes en URSS et nous présente une histoire dont le lecteur a envie de connaître la fin, fin assez frustrante et un peu décevante.    

The Lovely Bones d’Alice Sebold

Posté : 20 juillet, 2015 @ 6:43 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

The Lovely Bones Genre : Drame

Editeur : Little, Brown and Company

Année de sortie : 2002

Nombre de pages : 328

Synopsis : When we first meet Susie Salmon, she is already in heaven. As she looks down from this strange new place, she tells us, in the fresh and spirited voice of a fourteen-year-old girl, a tale that is both haunting and full of hope. In the weeks following her death, Susie watches life continuing without her – her school friends trading rumors about her disappearance, her family holding out hope that she’ll be found, her killer trying to cover his tracks. As months pass without leads, Susie sees her parents’ marriage being contorted by loss, her sister hardening herself in an effort to stay strong, and her little brother trying to grasp the meaning of the word gone. And she explores the place called heaven. It looks a lot like her school playground, with the good kind of swing sets. There are counselors to help newcomers adjust and friends to room with. Everything she ever wanted appears as soon as she thinks of it – except the thing she wants most: to be back with the people she loved on Earth. With compassion, longing, and a growing understanding, Susie sees her loved ones pass through grief and begin to mend. Her father embarks on a risky quest to ensnare her killer. Her sister undertakes a feat of remarkable daring. And the boy Susie cared for moves on, only to find himself at the center of a miraculous event.

 

Avis : J’ai vu le film adapté du livre il y a quelques années, et je n’en avais gardé aucun souvenir excepté une impression à la fois de malaise et de féerie avec le paradis de Susie. Je me suis dit que je pouvais lire le livre, qu’il devait être mieux que le film, comme la plupart du temps.

Je ne m’attendais pas vraiment à ce que j’ai lu. Je pensais lire une véritable course poursuite entre la famille de Susie et son tueur. Je m’attendais à de l’action et à des moments féériques pendant lesquels les deux mondes se touchent. En fait, dès le début du livre, je me suis sentie mal à l’aise. Je trouve que l’écriture, la narration, n’est pas adaptée à ce que ressent le lecteur. Il est indigné, écœuré, dégouté, il veut que le tueur de Susie paie pour ce qu’il lui a fait. C’est aussi le cas de la jeune fille au début, mais peu à peu, elle devient pacifique et veut simplement que tout aille bien sur Terre pour sa famille. L’impression de malaise n’a fait que s’amplifier. En effet, le lecteur sait qui est le tueur, contrairement à tous les autres personnages excepté Susie. Je dois avouer que certains passages m’ont rendue malade et que j’ai vraiment souhaité que l’auteure ouvre les yeux de ses êtres de papier. Ils passent à côté du tueur tous les jours, et ne se doutent même pas que c’est lui. Après la « course poursuite » qui n’en était pas vraiment une, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas vraiment d’action. On suit la vie des membres de la famille de Susie qui tentent de survivre à la mort de leur fille/sœur. Ils ont tous une façon particulière de vivre leur deuil : l’un veut se rendre invulnérable, et un autre doit partir. On suit les décisions et les événements qui surviennent sur leur chemin. Le lecteur découvre également le paradis de Susie, un endroit étrange, composé de plusieurs lieux et où certains morts se rencontrent. Parfois, j’ai eu un peu de mal avec le fait que Susie soit un fantôme parmi les membres de sa famille : l’histoire des personnages est assez terre-à-terre et le fait que ce soit une petite fille morte qui la raconte est assez étrange. De plus, dès le début, des ellipses et des flashbacks ont lieu : les événements sont chronologiquement mélangés, ce qui peut rendre le lecteur confus. C’est assez troublant de passer de 1973 à 1961, au futur, au passé. Sinon, l’écriture est très belle, certains passages sont très beaux ; je suis passée complètement à côté d’autres.

Susie est une petite fille attachante, sans aucun doute. Elle nous raconte le jour de sa mort, et il m’a semblé que l’auteure voulait la rendre courageuse. Elle éparpille les différents moments : quand le criminel l’a abordé, quand il l’a mise en confiance, quand il l’a violée puis tuée. Elle se rend compte de l’horreur de la situation et sait qu’elle va mourir, et elle ne sait que penser à sa mère qui l’attend. C’est une jeune fille très émouvante, qui finit par renoncer à la vengeance pour permettre à sa famille de se reconstruire peu à peu sans elle. Elle veut leur apparaître, elle veut leur parler et les rassurer, mais elle comprend que l’ »Inbetween » ne peut être franchi que sous certaines conditions. Elle suit chaque membre de sa famille, mais aussi ses amis, Ray et Ruth, les regardant évoluer, les rapprochant, les protégeant comme elle le peut. Jack Salmon semble le plus visiblement affecté par la disparition de Susie. C’est un personnage qui déchire le cœur du lecteur. Il ne parvient pas à gérer sa souffrance, et elle se répercute sur les autres. La mort de sa fille semble une épreuve insurmontable. Il est celui qui veut absolument arrêter son tueur, et aussi le premier à le découvrir sans rien pouvoir faire contre lui. Ses actions ne font qu’augmenter sa souffrance déjà immense. La vie d’Abigail Salmon est entièrement remise en question par la mort de sa fille. Elle se rend compte de celle qu’elle mène et se met, semble-t-il, à regretter ses actes passés. Ce n’était pas la vie dont elle rêvait. Elle a une façon particulière de gérer son deuil, tout à fait différente de celle de son mari. La réflexion de Susie sur Abigail, la femme, et Mrs Salmon, la mère, est très intéressante. Elle montre qu’une femme se trouve en chaque mère, et que, parfois, la première s’efface pour la seconde, mais reste toujours présente, prête à refaire surface quand le moment l’exigera. Lindsey Salmon est celle qui doit faire face au retour à l’école après la disparition de sa sœur. Elle doit affronter les murmures, les regards, les amis de Susie qui se servent de son histoire pour se faire mousser. Elle veut s’endurcir, ne pas vivre dans l’ombre de sa sœur disparue, mais aussi aider son père à se libérer du poids de la connaissance : celle du tueur de la jeune fille. J’ai particulièrement aimé ce personnage, qui vit sa vie tout en gardant Susie à l’esprit, tout en la voyant partout et en voulant la venger. Buckley Salmon est trop petit pour vraiment comprendre ce qui est arrivé à la jeune fille, mais, avec le temps, il tente de gérer la situation du mieux qu’il le peut. Il grandit, et elle reste toujours auprès de lui. Il doit faire face aux conséquences sur sa famille alors qu’il est encore jeune, et cela le marque. Ray Singh et Ruth Connors, les amis de Susie, sont sans doute ceux qui en savent le plus sur ce qui lui est arrivé (en tout cas, c’est le cas à la fin !). Ray est amoureux de la jeune fille quand elle meurt et se remet difficilement de sa perte ; Ruth est effleurée par Susie au moment où elle quitte la Terre, ce qui la marque pour la vie, et la lie définitivement à la jeune fille. Grandma Lynn est également un personnage attachant qui tente de recoller les morceaux aux endroits où ils s’effritent et qui tente de venir en aide à sa famille. Enfin, le tueur, que Susie suit également, est écœurant dans son efficacité à dissimuler son forfait. Le meurtre qu’il commet ne le hante pas : il s’en délecte et garde un trophée. Vraiment le genre de personnage que le lecteur a envie de tuer de ses propres mains !

Ce livre est clairement une réflexion sur la façon de gérer son deuil, comment surmonter l’insurmontable. Rien qu’en pensant à ce que les parents doivent ressentir quand leur fille ne rentre pas à l’heure convenue, j’ai mal au cœur. Ce n’est pas une œuvre sur une jeune fille qui aide ses parents à découvrir le meurtrier et à le mettre sous les barreaux comme je le pensais, mais un livre sur la reconstruction d’une famille après son explosion. Susie assiste à toutes les étapes, et apparaît parfois à certains membres de sa famille pour les mettre sur la bonne voie. Il est très difficile de s’imaginer vivre sans quelqu’un que l’on aime et avec lequel on vit, même en lisant ce livre. Je n’ai pas eu envie d’imaginer, c’est peut-être pour cette raison que ce livre n’est pas un coup de cœur.

La fin concernant Ray et Ruth m’a semblé à la fois étrange et belle. Un des vœux de Susie se réalise enfin, mais de façon un peu détournée. Concernant sa famille, c’est également une belle scène. Elle leur dit au revoir à tous. Le dernier chapitre traite de la vie des personnages après que Susie soit partie : celle de Lindsey, belle et pleine de possibilités, celle des parents de la jeune fille, celle de Buckley, mais aussi celle de son tueur. Je dois avouer que, même à ce moment-là, j’ai été très frustrée !

 

En définitive, je m’attendais vraiment à autre chose, mais j’ai tout de même aimé ce livre qui nous montre une famille qui tente de se retrouver après la mort d’un de ses membres. De beaux passages, mais d’autres à côté desquels je suis passée, et une sensation de malaise au début.

Tornade de Jennifer Brown

Posté : 1 mai, 2015 @ 8:11 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 4 commentaires »

TornadeGenre : Jeunesse

Editeur : Albin Michel (Wiz)

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 281

Synopsis : C’est un jour comme un autre pour Jersey. Sa mère et sa fantasque petite sœur Marine partent pour le cours de danse. Encore à elle la corvée de préparer le dîner. Quand sa vie bascule en quelques secondes : une tornade d’une violence exceptionnelle dévaste tout sur son passage, les maisons, les arbres, les routes, les gens. C’est une vision de cauchemar, des voisins blessés et traumatisés errent dans la rue jonchée de gravats et de débris. Réfugiée au sous-sol, Jersey a beau appeler et appeler encore sur le portable de sa mère, impossible de la joindre …

 

Avis : Je remercie d’abord les éditions Albin Michel de m’avoir envoyé ce livre afin que je puisse le découvrir !

J’avais quelques doutes à propos de ce livre en lisant le synopsis, parce que je n’aime pas trop ce genre d’histoires. Je m’attendais donc à un avis plutôt mitigé, ce qui n’est pas le cas en réalité !

Dès le prologue, le lecteur plonge dans la vie de Jersey et de sa petite sœur, Marine, qui adore danser le swing de la côte Est, il est happé par les mots que l’auteur emploie pour parler de leur relation et de leur vie en général. Et dès le début, j’ai su que ce serait un roman fort, qui me marquerait. En fait, le fait que la base du livre soit une tornade donne au livre une atmosphère très oppressante, et le lecteur peut avoir beaucoup de mal à imaginer ce qui peut arriver à l’héroïne. J’ai ressenti une instabilité et un déséquilibre dans ma lecture que je n’avais jamais ressenti à ce point avant. Comme Jersey, j’ai été complètement perdu dans ce livre, je ne savais pas à quoi m’attendre, rien n’était prévisible, et j’ai découvert l’intrigue peu à peu, avec surprise parfois. J’ai souvent été choquée par ce que je lisais, par les réactions que je lisais. Je ne m’attendais tellement pas à ce genre de choses après une telle catastrophe ! J’ai ressenti un malaise qui allait crescendo avec le parcours de Jersey. De plus, elle nous parle de sa vie avant la tornade, et cela m’a complètement bouleversée. J’ai été touchée par ses souvenirs, par son bonheur passé, en contraste avec sa vie actuelle. J’ai parfois été émue aux larmes, en me retenant toujours parce que les événements qui venaient ensuite demandaient du « sang-froid » si je peux dire. L’histoire de Jersey est très triste, mais aussi très révoltante. Les personnes qui se trouvent autour d’elle font des choses que l’on ne comprend pas (ou en tout cas, que je n’ai pas compris). Rien que ce qui se passe pendant la tornade n’est pas compréhensible. Comment perdre autant de choses d’un coup ? Comment se lever un matin dans une maison, et se réveiller le lendemain au milieu des ruines ? C’est aussi en lisant ce genre de livres que l’on se rend un peu compte de ce qu’une personne qui vit ce genre de catastrophe naturelle peut ressentir, même si ce n’est pas tout à fait ça bien sûr. Ensuite, avec une catastrophe naturelle, il y a forcément des disparitions, et des morts, donc il fallait aussi s’attendre à cela dans ce livre. C’est toujours un choc, même si on sait que cela doit arriver.

Ayant déjà parcouru les décombres laissés par une tornade, je me suis d’autant plus identifiée à Jersey, j’ai vraiment ressenti ce qu’elle ressentait, son remords, ses regrets, sa tristesse, son désespoir, mais aussi sa colère. Elle m’a parfois fait pitié, notamment là où elle va après la tornade. Le lecteur peut avoir très envie de défendre l’héroïne à certains moments. Elle est courageuse, mais elle n’a pas le choix de l’être ; si elle ne l’est pas, elle est foutue, on peut le dire. Elle est d’abord seule, mais même quand elle retrouve quelqu’un, elle semble toujours l’être. Cette catastrophe la change complètement, elle devient une autre personne, et découvre tout un tas d’informations sur sa famille, et sur ceux qu’elle pensait connaître. D’autres personnages m’ont touchée dans ce livre, et notamment la petite Marine. Elle est tellement adorable vue par les yeux de sa sœur ! Elle m’a fait penser à ma propre petite sœur, même si je ne pense pas avoir été comme Jersey avec elle. Ce que l’héroïne nous fait découvrir d’elle à travers ses souvenirs, et à travers quelque chose que j’ai trouvé très émouvant – mais je vous laisse la surprise ! – m’a vraiment touchée. Le personnage de la mère de Jersey est assez ambivalent : la jeune fille aime profondément sa mère, la met sous globe si l’on peut dire, mais elle découvre tout un tas de choses sur elle qui la plonge dans l’incertitude la plus complète. La connaît-elle ? Doit-elle croire ceux qui lui parlent d’elle ? D’autres personnages apparaissent dans ce livre, notamment Ronnie, que je n’ai pas vraiment apprécié, et je pense que les autres lecteurs peuvent comprendre pourquoi ; Kolby, très important pour Jersey, que je n’ai pas pu m’empêcher d’apprécier et je pense qu’il voulait vraiment aider l’héroïne et se montrer courageux ; Dani, dont on ne sait pas grand-chose, et qui m’a laissé une impression assez mitigée ; Jane, dont on ne sait pas grand-chose non plus, mais pour qui on s’inquiète comme l’héroïne ; Clay et sa famille, je pense que cela se passe de commentaires, même si Terry est différente ; Patty et Barry, que j’ai beaucoup aimé, courageux et touchants, qui cherchent vraiment à aider.

Le lecteur peut découvrir dans ce livre à quel point il ne profite pas de la vie tant qu’il le peut. Jersey s’en rend compte, elle, et le lecteur se retrouve en face de cette claque qu’est, ici, une catastrophe naturelle. C’est affolant, oppressant, difficile à imaginer, et nos cœurs se serrent quand on se retrouve dans la peau de Jersey. Ce livre donne vraiment envie de vivre notre vie à fond, et de ne surtout pas avoir de regrets, jamais, ne pas se dire que l’on a dit ceci à untel, et qu’il a disparu avant qu’on puisse s’en excuser, ou lui dire qu’on l’aime.

J’ai trouvé la fin à la fois inattendue, et je me suis dit : « Enfin ! ». A ce moment-là, je ne me suis plus retenue de pleurer ! L’on comprend en lisant cette partie que ce livre est vraiment un parcours difficile à la fois pour l’héroïne et les autres personnages, mais aussi pour les lecteurs, qui ne peuvent rien faire pour Jersey, une jeune fille à laquelle ils s’attachent facilement. Je ne regrette vraiment pas cette lecture, même si elle était éprouvante, et je trouve même qu’elle fait partie des meilleures que j’ai eu l’occasion de faire.

 

En définitive, un coup de cœur encore une fois, même si c’est une lecture qui demande des nerfs et qui se révèle vraiment éprouvante !

 

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La compagnie des spectres de Lydie Salvayre

Posté : 28 décembre, 2014 @ 3:05 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

La compagnie des spectres Genre : Historique, Drame

Editeur : Points

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 172

Synopsis : La visite d’un huissier, venu dresser un inventaire avant saisie dans leur appartement de Créteil, provoque l’affolement d’une mère et de sa fille. Lorsque la mère, hantée par les figures de Pétain et de Darnand, s’attaque à l’homme à coups d’insultes et d’imprécations hallucinées, la situation dégénère … Un huis-clos à trois voix, délirant, impressionnant d’invention et d’humour. « Ma mère, monsieur l’huissier, ne distingue pas le passé du présent, le jour de la nuit, ni les vivants ni les morts ».

 

Avis :  Ce livre m’avait l’air très intéressant. La couverture est très étrange, je ne savais pas trop à quoi m’attendre.

C’est un vrai huis clos dans lequel on entre ici. Un huis-clos sale, sombre et dans lequel le temps n’a pas vraiment sa place. J’en suis même venue parfois à me demander qui parlait de qui, notamment à la fin, si c’était la narratrice qui parlait de sa mère, ou celle-ci qui parlait de la sienne. On entre dans une dimension où le passé se confond avec le présent, où les morts reprennent vie, ou restent parmi les vivants sous forme de spectres qui terrifient la mère de la narratrice. Cela nous donne à penser, nous fait réfléchir sur la guerre, ses conséquences. Doit-on vivre dans le passé ? Ou simplement se souvenir sans que cela nous ronge et nous empêche de vivre ? Ce livre nous montre la vie d’une femme que la guerre a transformée. Et sa fille, la narratrice, semble en avoir pâti toute sa vie, et en pâtir encore pendant qu’elle raconte. Le récit est déclenché par l’arrivée d’un huissier qui répertorie tout ce que possèdent les deux femmes. En réalité, en lisant le livre, j’ai vu cet huissier comme un prétexte. La narratrice raconte sa vie à quelqu’un parce qu’elle en a besoin, parce qu’elle n’a aucune vie sociale, comme on le découvre peu à peu. C’est assez terrifiant de lire cette histoire en réalité, car on a du mal à s’imaginer à sa place. Comment aurions-nous vécu ? Serions-nous restés ? Ce livre est vraiment frappant de par la force des mots employés par l’auteur. L’écriture est très bonne, pleine de poésie parfois, malgré le sujet traité.

Concernant les personnages, la narratrice m’a un peu ému. Sa vie est tellement triste. Elle ne fait absolument rien, ne parle à personne et rêve d’histoires d’amour et de relations sexuelles parce qu’elle n’en a vécu aucune. Je dois avouer que j’ai ressenti de la pitié pour ce personnage. Quant à la mère, elle m’a fait de la peine elle aussi. Elle vit dans un autre monde, avec des personnes mortes depuis longtemps, et elle reste coincée dans un passé révolu. Elle ne fait pas que se souvenir, elle vit réellement dans le passé, ce qui est assez troublant. Cela a même influencé sa vie de femme et de mère, puisqu’il semble qu’elle n’a pas été la mère idéale pour la narratrice. En ce qui concerne le personnage de l’huissier, je l’ai plutôt vu comme un prétexte. Il n’a pas vraiment de profondeur, il ne fait qu’inventorier des objets et se fiche de ce que la narratrice lui raconte. Il ne montre pratiquement aucun signe d’intérêt, ne parle presque pas, et finit par disparaître comme il est apparu. J’ai aimé le personnage de la grand-mère de la narratrice, une femme qui a tenté de se soulever mais que tout le monde a réprimé. Le personnage de l’oncle Jean est central dans cette histoire, même si on ne connait pas grand-chose de lui. La mère de la narratrice est obnubilée par son frère qu’elle a vu mourir. Les autres personnages sont tous un peu caricaturés, comme les jumeaux Jadre, miliciens par excellence.

La fin est très abrupte, et soudaine, comme si la narratrice n’avait plus rien à raconter et que le prétexte ne servait plus à grand-chose. J’ai été un peu déçue par cette fin.

 

En définitive, un livre très intéressant, qui nous fait réfléchir, et nous fait un peu peur. L’écriture m’a beaucoup plu, mais j’ai été un peu déçue par la fin, trop rapide à mon goût.

Le Parfum de Patrick Süskind

Posté : 11 mai, 2014 @ 1:35 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

Le parfumGenre : Drame

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 1989

Nombre de pages : 307

Synopsis : Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance, furent épouvantables et tout autre que lui n’aurait pas survécu. Mais Grenouille n’avait besoin que d’un minimum de nourriture et de vêtements, et son âme n’avait besoin de rien. Or ce monstre de Grenouille, car il s’agissait bel et bien d’un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout-puissant de l’univers, car « qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ». C’est son histoire abominable … et drolatique, qui nous est racontée dans Le Parfum, un roman qui dès sa parution, eut un succès extraordinaire et est devenu très vite un best-seller mondial.

 

Avis : L’on m’avait fait remarquer que je n’avais toujours pas lu Le Parfum, et que je loupais vraiment quelque chose en ne le lisant pas. Je m’y suis donc mise, intriguée par tant de bons avis.

C’est une histoire vraiment intéressante, très particulière que celle de Jean-Baptiste Grenouille. Dès les premières pages, on peut déjà s’attendre au pire et on comprend vite quel être sera cet enfant, né dans une rue de poissonniers et qui a une particularité très étrange, qui fait que les autres le rejetteront. L’auteur nous met en garde, et nous explique bien que l’on va lui l’histoire de la vie d’un monstre. Le lien avec les odeurs est tout de suite réalisé : Grenouille naît dans la puanteur, dans le Paris du XVIIIe siècle. J’ai trouvé le détail des odeurs très intéressant ; je n’avais jamais lu un livre centré là-dessus. Mais, je dois avouer que j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. J’ai parfois trouvé le temps long en lisant, et je me demandais quand une nouvelle action allait enfin venir. La grande majorité du livre relate le parcours de Grenouille, mais les actions réelles, les moments où j’étais réellement dans l’histoire étaient rares. Comme le sous-titre l’explique, Grenouille est un meurtrier. L’on comprend peu à peu pourquoi mais il faut du temps. Le premier meurtre se trouve au début, et l’on se dit qu’il va y avoir de l’action, qu’il se s’arrêtera plus. C’est beaucoup plus psychologique que ça, et beaucoup plus long. Un plan se forme au fil de la lecture, on le comprend, et on se demande quand il va réellement commencer. Le périple commence à Paris et doit s’achever à Grasse. Entre temps, Grenouille vivra quelque chose de très particulier, raconté dans un passage où l’on comprend vraiment le meurtrier, ce qu’il veut et pourquoi. Le style de l’auteur est très agréable. Il fait parfois des incursions dans la tête des personnages ce qui nous permet de comprendre leur point de vue et leur état d’esprit.

L’aspect horrible réside partiellement dans le fait que l’on sait déjà ce qu’il va se passer, mais que personne ne peut rien faire contre. Grenouille est trop fort, et ne se laissera pas avoir, comme tous l’espèrent. Il semble qu’il atteindra son but quoi qu’il arrive. De plus, on s’attache aux personnages qu’il veut tuer, et surtout à deux d’entre eux. L’on espère qu’ils vont lui échapper. La première victime est tellement inattendue que c’en est choquant. Elle meurt sans un bruit et sans avertissement. Cette histoire est aussi éprouvante parce qu’elle nous donne la vision d’un monstre contre lequel personne ne peut faire quoi que ce soit. Il est vraiment effrayant de s’imaginer cette histoire. La fin participe clairement de l’aspect horrible de ce livre.

Le personnage de Grenouille est vraiment un être que l’on ne peut apprécier. Il n’a aucune morale, il ne sait sans doute même pas ce que c’est, il n’a pas de cœur, n’a pas besoin d’amour, n’en donne pas, ne sait peut-être même pas non plus ce que c’est. Il est ignoble et effrayant au possible. Nos incursions dans sa tête ne nous rassurent absolument pas. Il s’est créé un monde dans lequel seul lui peut entrer, et que seul lui comprend. Il est malsain sans le savoir, et peut sembler pervers. Tout ce qui l’intéresse, ce sont les odeurs, il n’a cure des autres sens : avec son odorat, il peut tout faire, tout savoir. Il peut se guider à travers la ville juste avec son nez. Les autres personnages restent secondaires. Ils tiennent des places importantes pour un temps, et surtout pour le plan de Grenouille, mais il ne leur prête aucune attention en tant qu’être humain. Et tous finissent mal ; d’ailleurs, au début, j’ai cru que c’était dans ce sens-là que Grenouille était considéré comme un meurtrier. Je me doutais bien qu’il y aurait quelque chose de plus de par les questions qu’il posait et les rêves qu’il faisait.

Comme je le disais, la fin est particulièrement horrible. D’un côté, on se dit que c’est bête que le livre finisse comme cela. On pourrait presque dire : « Tout ça pour ça ?! ». D’un autre côté, on pouvait s’en douter. Et même, en vue de l’état d’esprit et de la psychologie du personnage, comment cela aurait-il pu finir autrement ?

 

En définitive, un livre particulier, que je n’ai pas vraiment aimé, mais que je ne peux pas dire avoir détesté. Une histoire originale et intéressante, avec un personnage effrayant, captivé par les odeurs. Après tout, c’est vrai : si nous n’étions guidés que par notre nez, nous serions des aristocrates. (Journal d’Hirondelle, Amélie Nothomb)

 

Challenge des 100 livres à lire au moins une fois

 

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