Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Room d’Emma Donoghue

Posté : 17 avril, 2018 @ 11:53 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Contemporaine, DrameRoom

Editeur : Picador

Année de sortie : 2010

Nombre de pages : 321

Titre en français : Room

Synopsis : Jack is five, and excited about his birthday. He lives with his Ma in Room, which has a locked door and a skylight, and measures eleven feet by eleven feet. He loves watching TV, and the cartoon characters he calls friends, but he knows that nothing he sees on screen is truly real – only him, Ma and the things in Room. Until the day Ma admits that there’s a world outside … Told in Jack’s voice, Room is the story of a mother and son whose love lets them survive the impossible. Unsentimental and sometimes funny, devastating yet uplifting, Room is a novel like no other.

 

Avis : Ce livre m’a toujours intriguée, et, en même temps, je l’ai toujours repoussé à cause de son sujet. Je me suis enfin lancée en le voyant à la BU !

Il est très dur pour moi de noter et de chroniquer Room. D’abord, à cause de son sujet : pour ceux qui ne le savent pas, le roman évoque la séquestration et le viol, ce qui est déjà assez difficile à traiter, et ce qui rend le livre difficile à lire. En plus, honnêtement, je ne sais pas pourquoi j’ai lu ce livre, ce n’est pas du tout mon genre de lecture ! J’avais donc déjà des chances de ne pas trop apprécier ; pas parce que le sujet est mauvais, mais parce que je n’aime pas du tout lire ce type de roman. Mais, en plus, Room est écrit du point de vue de Jack, un petit garçon de 5 ans ! Alors là, certains se disent : « Oui, donc, du coup, c’est super sentimental, et fait exprès pour que le lecteur pleure à chaque page face au malheur de cet enfant ». Eh bien non, justement. Pas de jolie réplique larmoyante, pas de scène à faire pleurer dans les chaumières. Ce n’est pas déchirant comme on pourrait s’y attendre. Et ce, pour quelques simples raisons : [SPOILER] d’abord, Jack n’a jamais connu que Room, que la pièce dans laquelle il est enfermé avec sa mère, et donc, il ne sait pas qu’il existe un monde bien plus vaste. Puis, sa mère lui a fait croire que seule Room était réelle ; il pense donc que tout ce qu’il voit à la télévision n’existe pas vraiment, et que lui, sa mère et Old Nick sont les seuls êtres humains au monde. Enfin, [FIN DU SPOILER] Jack est un enfant, et il est connu que les enfants sont parfois être égoïstes et sont globalement centrés sur eux ; c’est le cas aussi pour notre narrateur, qui peut se montrer très méchant avec sa mère, sans s’en rendre compte sans doute, mais le lecteur, lui, s’en rend compte !

Ce livre m’a mise tellement mal à l’aise, pas seulement à cause du sujet, mais aussi à cause de cette narration. Il a été difficile pour moi d’apprécier Jack parfois, parce que je comprenais la situation de sa mère, et qu’il n’était pas toujours d’une grande aide pour elle. Dans le même temps, il m’a fait très mal au cœur, parce qu’il ne comprend pas du tout la situation dans laquelle il se trouve, et il ne se rend pas compte qu’il blesse cruellement sa mère parfois. Il ne pense qu’à lui, mais aussi, souvent à elle, et il pense, dans son esprit d’enfant, qu’elle veut exactement la même chose que lui, que ça lui plaît aussi de faire ce qu’elle fait avec lui. Quant à la mère, j’ai sympathisé avec elle tout le long, et je me suis mise à place – ce qui est déjà terrifiant. Je comprenais ses réactions, même si elles peuvent être mal prises par certains, et je l’ai trouvée courageuse, mais aussi désespérée. Ce qu’elle est capable de faire à la moitié du roman est hallucinant. Je pense qu’une narration de son point de vue aurait été bien plus affreuse à lire que du point de vue de son fils ; on comprend ce qui arrive quand il perçoit les choses, mais lui ne comprend pas, ce qui reste un soulagement.  

Le livre est divisé en deux parties : la vie dans la pièce, et ses conséquences. Au vu de leur situation, on peut comprendre la relation fusionnelle qui s’est établie entre la mère et le fils ; elle serait choquante entre deux personnes « normales », mais elle est déchirante ici. La mère s’est raccrochée à son fils de toutes ses forces, pour ne pas mourir, et lui ne connaît qu’elle dans le monde. [SPOILER] Cette relation les rend tous deux inadaptés à la vie en communauté ; en sortant de la pièce, ils sont incapables de vivre normalement, Jack a des lacunes dans certaines domaines et des problèmes de sociabilité et sa mère est incapable de supporter le monde comme il est, toujours aussi hypocrite et porté à juger tout et tout le monde sans se mettre à la place des gens. [FIN DU SPOILER]

[SPOILER] Evidemment, il existe un méchant de l’histoire, Old Nick, dont on ne sait pas grand-chose excepté son âge et la façon dont il a enlevé la mère. On sait également qu’il est arrêté après la fuite de Jack, mais rien de plus. [FIN DU SPOILER] N’entrez pas dans ce livre en vous attendant à un thriller, ce n’en est pas vraiment un !

La fin est la seule partie du livre qui m’a fait monter les larmes aux yeux – j’ai bien été indignée à certains moments de la lecture, mais je n’ai jamais vraiment été sur le point de pleurer. La partie la plus difficile de Room pour moi.

 

Donc, un bon livre, mais que je n’ai pas su apprécier pleinement en raison du malaise que j’ai ressenti tout le long de la lecture, sans doute à cause de la narration très particulière.  

 

The Secret History de Donna Tartt

Posté : 24 mars, 2018 @ 9:56 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Drame (parce que je ne vois pas dans quel genre le classer …)The Secret History

Editeur : Penguin

Année de sortie : 2002 [1992]

Nombre de pages : 629

Titre en français : Le maître des illusions

Synopsis : Truly deserving of the accolade Modern Classic, Donna Tartt’s novel is a remarkable achievement – both compelling and elegant, dramatic and playful.

Under the influence of their charismatic classics professor, a group of clever, eccentric misfits at an elite New England college discover a way of thinking and living that is a world away from the humdrum existence of their contemporaries. But when they go beyond the boundaries of normal morality their lives are changed profoundly and for ever.

 

Avis : The Secret History me tente depuis un moment ; je l’ai trouvé à la bibliothèque de ma ville !

J’étais déjà intriguée par le résumé que j’entendais/je lisais dans les chroniques des lecteurs : des amis issus d’un groupe très restreint et très sélect assassine un des leurs. Cela me semblait déjà bien sombre, et j’étais intéressé par le fait que l’on connaisse déjà la victime et les coupables : qu’allait raconter le livre dans ce cas ? En fait, The Secret History raconte la raison du meurtre, comment ils en sont arrivés là, puis, dans une deuxième partie, les conséquences sur leur vie. Ce n’est donc pas un thriller traditionnel dans lequel le lecteur est tenu par le suspense de savoir qui a fait le coup, mais plutôt un roman psychologique qui nous plonge dans la tête des personnages, nous fait découvrir ce qui les a poussés à le faire, et ce qui leur est arrivé ensuite.

Je suis sortie de ce livre comme frappée par la foudre. Je ne savais plus quoi faire de ma vie, ou quoi lire ; rien ne pouvait arriver à la hauteur de The Secret History – d’ailleurs, j’ai arrêté de lire le livre que j’ai choisi ensuite, je n’arrivais pas du tout à entrer dedans ! Tout d’abord, ce livre a une véritable atmosphère : j’étais à l’intérieur, j’étais avec les personnages. La narration à la première personne aide beaucoup ici : parfois, j’avais carrément l’impression d’être un lecteur-personnage embarqué dans leur groupe, j’en oubliais le nom du narrateur lui-même, comme s’il n’était qu’un relais. C’était à la fois formidable et affreux. Formidable parce que l’expérience de lecture est énorme ; affreux parce que l’histoire est très sombre, et si horrible que je me sentais vraiment mal parfois, j’avais la nausée. J’ai beaucoup aimé l’écriture, entre dialogues et descriptions ; c’est une des raisons pour lesquelles ce livre est si atmosphérique ! (il se lit aussi très très rapidement pour un roman de cette taille !)

J’ai rarement lu à propos d’autant de personnages aussi détestables ou en qui le lecteur ne peut pas avoir confiance dans un même livre ! Tous ont un trait de caractère qui les rend méprisants, arrogants, ou tout simplement insupportables. Malgré tout, l’auteure a un véritable talent : elle nous immerge tellement dans l’histoire qu’elle nous fait aimer les personnages parfois – je dis bien parfois, parce qu’il y a quand même des moments où j’avais envie de les tuer ! La première rencontre du lecteur dans ce groupe se fait avec un professeur élitiste, Julian Moore, un des maîtres des illusions du titre français selon moi ; et pourtant, comme je le dis juste au-dessus, on parvient à l’apprécier parce qu’il est chaleureux et adorable [SPOILER] mais est-il vraiment adorable ? Sa réaction à la fin et les commentaires de certaines personnes à son propos montrent clairement que ce n’est qu’un masque, et qu’il est bien un maître de l’illusion. Il est quand même devenu si proche des personnages que certains le considéraient comme leur père de substitution ! Il aurait pu leur demander n’importe quoi, ils l’auraient fait ; preuve : les bacchanales qu’ils organisent sont, en quelque sorte, une idée de Julian, qui veut voir en pratique ce que le mythe explique. Donc, si on le voit comme ça, tout arrive par sa faute. Et si le groupe est si peu socialisé, c’est aussi de sa faute : il a voulu se constituer un petit cercle privé d’adorateurs, quasi une secte en fait ! Je ne pensais pas que j’avais autant de ressentiment contre lui tiens ! [FIN DU SPOILER] Henry est sans aucun doute le personnage avec lequel j’ai eu le plus d’aller-retour « je t’aime » « je te hais ». Arrogant, méprisant, ayant développé un énorme complexe de supériorité [SPOILER] cultivé par Julian ! [FIN DU SPOILER], persuadé d’être au-dessus des autres, mais surtout d’être né dans un monde qui ne lui convient pas, il est parfois formidable, et parfois tellement … dégueulasse, je ne trouve pas d’autres mots, qu’on a envie de le frapper et de le ramener à la réalité. Extrêmement riche – le lecteur n’a pas de détails, et même les autres personnages ont du mal à imaginer l’étendue de ses ressources –, il n’étudie pas pour travailler, mais pour le plaisir de l’étude, pour le plaisir des classiques. En soi, c’est honorable, et magnifique de se dire que ce genre de personnes, qui aiment apprendre pour apprendre, existe ; mais toute sa personnalité à côté de ça invalide complètement ses bons côtés. Il est le pire du groupe, mais aussi, en quelque sorte, le meilleur. Difficile à expliquer, honnêtement ! Richard Papen, n’est pas beaucoup plus appréciable parce qu’il est narrateur ; au contraire, sa passivité et son manque de réaction en font un personnage assez faible, et parfois agaçant. Intoxiqué par le groupe, il se met aussi à se croire supérieur. Il a des regains de lucidité, qui le sauve peut-être aux yeux du lecteur. Il ne comprend son erreur qu’une fois qu’il est trop tard. C’est tout de même un excellent narrateur : par sa passivité, il permet au lecteur de prendre sa place, en quelque sorte ; par sa lucidité, il permet au livre d’aborder des réflexions très intéressantes dont je parlerai plus bas. J’ai ressenti de la pitié pour lui, et je me suis sentie très proche de lui à cause de cette possibilité de prendre sa place dans la fiction ; j’avais l’impression de vivre et de ressentir ce que lui-même vivait et ressentait. Richard est un peu la catharsis du lecteur : il lui permet de vivre son histoire pour comprendre son expérience, et ne jamais la vivre lui-même dans la réalité. Cela fait quand même de lui le personnage le moins détestable. Bunny fait, comme Henry, partie des pires du groupe. Homophobe, misogyne, touché par un complexe de supériorité, sans gêne, méprisant … autant de défauts qui poussent le lecteur à le détester ! Sauf que, c’est lui la victime du meurtre – non, ce n’est pas un spoiler, la première phrase du livre parle justement de Bunny mort depuis dix jours après que le groupe l’a tué. Et cette victimisation le rend touchant ; le lecteur ne peut pas s’empêcher de ressentir de la pitié mêlée à de la haine pour lui, des sentiments contradictoires que ressentent également les autres personnages – ce qui me pousse, encore une fois, à penser à la théorie du lecteur-personnage ! Les autres membres du groupe sont tout aussi détestables : Francis et sa manie d’abuser des gens bourrés ; Camilla et sa manipulation constante des sentiments des autres ; Charles, sa violence et sa jalousie. Aucun ne rattrape l’autre, et pourtant, le lecteur ne parvient pas à les haïr tout le temps. D’autres personnages, étudiants ou professeurs à Hampden College, parents des membres du groupe, se trouvent dans le livre. Concrètement, les parents sont complètement inutiles : soit ils ne se soucient pas de leurs enfants, comme c’est le cas des parents de Richard, soit ils sont complètement aveugles et ne voient pas ce qui arrivent à leurs enfants. Les parents de Bunny sont aussi très particuliers : après sa mort, le lecteur a l’impression qu’ils se préoccupent plus de l’image de leur famille que de la perte de leur fils ; mais, en même temps, le père de Bunny est complètement détruit par le chagrin à certains moments… Une famille bizarre vous dis-je ! Les autres étudiants sont des personnages moins fouillés parce que le narrateur ne passe pas énormément de temps avec eux. Seuls Cloke, Marion et Judy prennent du relief, les deux premiers à cause du meurtre, la dernière parce qu’elle est la voisine de Richard. Pour les profs, ils sont présentés soit de manière ridicule, soit comme des hommes séniles à travers les yeux du narrateur ; seul Julian trouve grâce à ses yeux et fait quasi office de dieu.

Ce qui aurait pu me faire détester ce livre est clairement l’aspect élitiste de l’histoire. Richard entre dans ce groupe d’étudiants complètement absorbés dans l’étude du grec, du latin et de l’ancien monde en général. C’est très honorable en apparence, et j’adore moi-même l’étude de l’Antiquité, cela me fascine ! Mais l’arrogance et le sentiment de supériorité des personnages annihilent complètement la beauté de l’étude. Et le pire, c’est qu’une part de ce sentiment de supériorité leur vient de l’argent ; d’ailleurs, Julian ne prend que des étudiants riches si j’ai bien compris, afin qu’ils soient complètement désintéressés et qu’ils se consacrent avec plaisir à l’étude qu’il leur propose. Le but n’est pas de travailler ensuite ; ce n’est que pour le plaisir. Richard entre dans ce groupe, mais ne correspond pas tout à fait à leur standard : ses parents ne sont pas fortunés, il doit travailler à côté de la fac pour pouvoir vivre. Il est fasciné par le groupe, et décide de mentir pour être intégré. Comme je l’ai dit, j’aurais pu détester ce livre à cause de toute cette arrogance ; mais j’ai adoré grâce à la manière dont le sujet est traité par l’auteure. Cette situation n’est pas du tout présentée comme normale ; j’ai été choquée par certaines idées, mais elles étaient formulées par des personnages choquants et détestables. Si je lis un livre de ce genre, et que je sens que l’auteur se cache derrière ces idées en tentant de me les faire accepter comme normales, j’aurais abandonné très rapidement, et haï le roman ! Grâce à ce traitement du sujet, The Secret History est un livre original, différent de tout ce que j’ai pu lire auparavant, unique. Pour une fois, je n’ai pas eu l’impression que l’auteure poussait le lecteur vers ses personnages, le forçait à les aimer malgré leurs défauts ; cela se fait naturellement. Et c’est peut-être pour cette raison qu’ils avaient l’air TELLEMENT réaliste !! C’est aussi ce qui m’a secoué pendant ma lecture : j’avais l’impression que tout était réel, et surtout eux, qu’ils allaient apparaître d’un instant à l’autre !

Comme je vous le disais, dès la première ligne, l’intrigue est installée : Bunny a été tué par les membres de son groupe. C’est clairement une des prémisses les plus affreuses de la littérature, et certaines parties étaient horribles à lire. J’avais envie de leur dire : « Vous êtes vraiment sérieux là ?!! Vous savez ce que ça veut dire « ami » au moins ?!! » Mais cela, et la narration à la première personne, permettent des réflexions très intéressantes, et un peu paradoxales (dans le sens étymologique du terme, différentes de l’opinion publique). Richard s’interroge sur le mal, la culpabilité, le meurtre. Il nous explique qu’il ne se considère pas comme quelqu’un de mauvais, ni en surface, ni profondément, même après avoir participé au meurtre, et qu’il se rend compte que c’est sans doute ce que se disent tous les criminels. Pour autant, il a tué – ou aidé à tuer quelqu’un – et doit vivre avec. La deuxième partie sur les conséquences nous montre peu à peu la déchéance de certains personnages, les ravages de la culpabilité. Cela peut paraître étrange de dévoiler la victime et les coupables dès le début ; et pourtant, ce n’est pas ce qui compte. J’ai trouvé beaucoup mieux de savoir qui mourrait et tué par qui pour bien comprendre les raisons de ce meurtre. Je me suis tellement attachée aux personnages, même en sachant que la scène du meurtre allait arriver.

La seule chose qui m’a agacée : l’alcool et la drogue. Ces deux éléments sont CONSTAMMENT présents, et quand je dis constamment, je suis sérieuse : pratiquement tout le long du livre, la majorité des personnages sont bourrés, et les étudiants autour d’eux sont shootés. Je me suis retrouvée à lever les yeux au ciel à de nombreuses reprises : « Non mais vous êtes sérieux là ?! » C’était un peu trop pour moi.

Je ne pensais pas que le livre allait se terminer de cette manière ; quand le retournement de situation est arrivé, je suis restée la bouche ouverte, incapable de comprendre, parce que c’était impossible que ça arrive – exactement comme les personnages, encore une fois ! La toute fin était assez mystérieuse et étrange ; j’ai aimé le message que j’en ai tiré.

 

Donc, un excellent roman original, que j’ai toujours l’impression d’habiter.

 

Trois ombres de Cyril Pedrosa

Posté : 18 novembre, 2017 @ 9:13 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Bande-dessinée, Drame Trois ombres

Editeur : Shampooing

Année de sortie : 2007

Nombre de pages : 268

Synopsis : Joachim et ses parents vivaient heureux au creux des collines. Puis les ombres apparurent et rien ne fut plus comme avant. Une sourde menace s’était immiscée : il fallait fuir ou se soumettre.

 

Avis : Je n’avançais pas dans mes non-fictions, alors je me suis tournée vers ce roman graphique – et, apparemment, j’avais vraiment besoin de fiction !

Trois ombres est le roman graphique le plus émouvant que j’ai jamais lu, et un des plus beaux. On pourrait se dire que c’est plus court qu’un roman « classique », donc moins intense et moins touchant, mais c’est tout le contraire. Je pleurais en refermant le livre – ce qui est plutôt rare ! Les illustrations, toujours en noir et blanc, sont belles, mais plutôt sombres, reflétant le sujet de l’histoire. Je ne veux pas trop vous parler de celui-ci pour ne rien vous spoiler, mais ce livre est une très belle allégorie. [SPOILER] Joachim va mourir, emportée par les ombres – sans doute une représentation de la maladie, puisque les parents ont le temps de se préparer à ce départ/sa mort. Cette allégorie permet de représenter les différents types de réaction face à la mort annoncée d’un être cher. La manière dont le père réagit est très touchante, parce qu’il veut se battre pour son fils ; mais la réaction de la mère m’a brisé le cœur ! Elle a compris, elle s’est résignée, et elle laisse pourtant son mari emporter son enfant loin d’elle, afin que lui puisse accepter qu’il va partir, pour qu’il puisse lui dire au revoir. (Rien que d’écrire ça, j’ai des frissons). Elle sait qu’elle ne reverra jamais son fils. La représentation de la mort, ici les trois ombres – qui m’ont fait penser aux Parques – est une sorte d’euphémisme : Joachim sera emmené par ces femmes quelque part, ailleurs, mais elles-mêmes ne savent pas où il va. [FIN DU SPOILER] Les personnages sont touchants, autant le père, qui veut se battre, la mère, douce et compréhensive, que Joachim, souvent effrayé, constamment mignon, que le lecteur veut protéger lui aussi.

 

Donc, un des meilleurs romans graphiques que j’ai pu lire !

La Vendetta d’Honoré de Balzac

Posté : 18 août, 2017 @ 11:56 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Drame, Romance

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2015 [1830]

Nombre de pages : 93

Synopsis : La Vendetta, histoire d’un amour contrarié et tragique, est un peu une version « corse » de Roméo et Juliette.

Cette nouvelle, publiée en 1830, présente la singularité d’être un des premiers écrits signé Balzac. Elle inaugure les « Scènes de la vie privée » de La Comédie humaine. Elle marque également l’intérêt que l’écrivain accorde aux liens familiaux et aux unions ratées. Le rôle de l’amour paternel, toujours présent dans son œuvre, et qu’il exploite ici avec beaucoup de brio, sert de révélateur pour dévoiler les non-dits de la nature humaine.

 

Avis : Petit livre à lire pour les cours !

Je n’ai pas beaucoup de Balzac, juste La Fille aux yeux d’or pour les cours, et Le Colonel Chabert. En voyant le résumé, je me suis dit que ce n’était pas très original, et que le lecteur connaissait déjà la fin. Mais programme oblige, je l’ai tout de même lu ! Eh bien je ne regrette pas du tout !! D’abord, La Vendetta se lit très vite, étant donné que la nouvelle ne fait que 93 pages ! Ensuite, c’est vrai que le lecteur connaît déjà l’histoire : deux familles rivales, les enfants de ces familles sont amoureux, mais leur amour est impossible, et a toutes les chances de mal finir. Rien d’original, surtout qu’on voit le problème arriver de très loin – dès le début pratiquement – , et pourtant, on se laisse quand même emporter. Et ce qui nous permet d’aimer, malgré la familiarité avec l’histoire, c’est l’écriture. Tellement tellement belle ! Elle rend la nouvelle authentique, poignante, elle provoqué l’émotion. S’ajoute aussi les réflexions sur l’amour – une comparaison entre l’amour et la mer qui sonne tellement juste ! -, la famille, et notamment sur l’amour parental, un amour parfois exclusif qui empêche les parents de laisser partir leurs enfants. 

Seul point négatif : les personnages sont très stéréotypés ! Ginevra est une belle jeune fille, Louis est un beau jeune homme ; l’un est riche, l’autre est pauvre ; la jeune fille est hors du commun, indépendante et sauvage parce qu’elle est italienne, et le jeune homme est courageux et sensible. Très classiques, et très prévisibles. Les parents aussi le sont : Bartholoméo est possessif, il ne veut pas donner sa fille en mariage, et encore moins à Louis ; Elisa, la mère, est très effacée, soumise à son mari, contrairement à sa fille, qui ose lui répondre et le braver.

La fin est prévisible, et pourtant, elle reste touchante. Encore une fois, tout aurait pu être évité facilement, si les personnages n’avaient pas été si orgueilleux ! C’est ce qui fait toute la tragédie de l’histoire, et c’est aussi ce qui est un peu agaçant parfois !

 

Donc, une très bonne nouvelle, peu originale, mais très bien écrite, qui touche le lecteur malgré sa familiarité avec l’histoire.  

A Bloodsmoor Romance de Joyce Carol Oates

Posté : 4 août, 2017 @ 11:56 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Drame, Fantastique A Bloodsmoor Romance

Editeur : Ecco

Année de sortie : 2013 [1982]

Nombre de pages : 752

Titre en français : La légende de Bloodsmoor

Synopsis : Finally returned to print, Joyce Carol Oates’s lost classic, the satirical, often surreal, and beautifully plotted Gothic romance that follows the exploits of the audacious Zinn sisters, whose nineteenth-century pursuit of adventurous lives turns a lens on contemporary American culture.

When their sister is plucked from the shores of the Bloodsmoor River by an eerie black-silk hot air balloon that sails in through a clear blue sky, the lives of the already extraordinary Zinn sisters are radically altered. The monstruous tragedy splinters the family, who must not only grapple with the mysteriosu and shameful loss of of their sister and daughter but also seek their way forward in the dawn of a new era – one that includes time machines, the spirit world, and the quest for women’s independence.

Breathlessly narrated in the Victorian style by an unnamed narrator who is herself shocked and disgusted by the Zinn sisters’ sexuality, impulsivity, and rude rejection of the mores of the time, the novel is a delicious filigree of literary conventions, « a novel of manners » in the tradition of Austen, Dickens and Alcott, which Oates turns on its head. Years ahead of its time, A Bloodsmoor Romance touches on murder and mayhem, ghosts and abductions, substance abuse and gender identity, women’s suffrage, the American sprititualist movement, and sexual aberration, as the Zinn sisters come into contact with some of the nineteenth century’s greatest characters, from Mark Twain to Oscar Wilde.

Pure Oates in its mordant wit, biting assessment of the American landscape, and virtuosic transformation of a literary genre we thought we knew, A Bloodsmoor Romance is a compelling, hilarious, and magical antiromance, a Little Women wickedly recast for the present day.

 

Avis :Encore un pavé, encore un livre parfait !

Je poursuis ma lecture des œuvres de Joyce Carol Oates pour le mémoire, même si je lis d’autres livres entre les différents tomes, histoire de ne pas lire la même chose tout le temps. A Bloodsmoor Romance est le second tome de la Trilogie gothique de l’auteur, et je dois dire que c’est une série assez spéciale. En effet, quand on voit « série », on se dit qu’on suit les mêmes personnages sur plusieurs tomes ; eh bien, pas chez Oates. Ici, on découvre des personnages complètement inédits, qui n’ont rien à voir avec la famille Bellefleur du premier tome. La seule continuité que l’on trouve : le clan familial, la réécriture gothique, et la division au sein de la famille. C’est assez troublant ; en fait, ces romans peuvent se lire complètement indépendamment les uns des autres, et je pense que le troisième tome n’est pas une exception puisque le sujet est carrément complètement différent des deux premiers tomes !

Comme le premier, ce tome m’a donné un peu de fil à retordre : le livre est gros, long, et possède, plus que Bellefleur, des périodes de creux. En effet, comme dans le volume précédent, l’auteur développe absolument tous ses personnages, ce qui rend le livre complexe et dense, mais ce qui donne aussi des passages un peu longs, soit parce qu’on n’apprécie pas ce personnage, soit parce qu’on veut passer directement à l’action dans le présent – parce que les histoires des personnages sont souvent des flashbacks, ou des explications a posteriori. Bien sûr, j’adore le fait que le lecteur se voit offrir l’opportunité de découvrir la vie de tous ; c’est, pour moi, un des gros points forts des œuvres de l’auteur. Mais, certains personnages m’intéressant moins, j’ai eu des petits moments creux pendant la lecture. Cela ne la gâche pourtant absolument pas !! En effet, A Bloodsmoor Romance, comme Bellefleur, est le genre de livres dans lequel je me sens bien, chez moi, comme Bleak House, ou The BFG – rien à voir !! C’est assez étrange, étant donné le nombre d’événements affreux qui arrivent, mais je veux dire que j’adore les livres qui suivent des familles à travers plusieurs générations, et dans lesquels il se passe des choses intéressantes. Aussi, j’ai adoré le fait que le narrateur est un personnage lié à la famille Kiddemaster/Zinn ; problème : on ne sait pas qui c’est !! C’est une femme, c’est sûr, mais laquelle ? Selon les indices qu’elle nous donne, je pense qu’il y a moyen de découvrir son identité. Elle fait souvent des commentaires sur ce qu’elle raconte, surtout sur la religion et la morale douteuse des sœurs Zinn. Et j’en viens à ce qui m’a particulièrement agacée dans ce livre – mais c’est fait exprès ici, bien sûr – : la misogynie constante de l’époque (environ 1850-1899), la façon dont la femme est traitée, et la façon dont elle se laisse faire ! Rah, le nombre de fois où je me suis énervée toute seule contre une phrase ou un personnage !! Déjà, la narratrice est le genre de femmes convaincues qu’elle doit être soumise à l’homme et à Dieu ; donc, elle ne cesse de « réprimander » les Zinn pour ce qu’elles font. Etant donné que le roman est une sorte de réécriture de Little Women de Louisa May Alcott, avec un petit mélange de Jane Austen et de Charles Dickens, je comprends bien que la narratrice, pour être un personnage féminin « réaliste » de l’époque, doit être comme ça ; mais c’est tellement énervant !! Bien sûr, comme Joyce Carol Oates est plutôt une auteur féministe, et qu’elle dénonce la condition féminine, on se retrouve avec plusieurs femmes rebelles dans ce livre : certaines sont « domptées » – ce qui m’a agacée aussi ! – et d’autres campent sur leurs positions. Le lecteur se retrouve donc avec des femmes qui sont offertes en mariage, comme de la viande à un animal, et qui n’ont, bien sûr, pas leur mot à dire, que ce soit sur le mari, ou sur le traitement qu’elles se voient offrir une fois mariées. J’ai adoré la rébellion de certaines femmes ! Ce thème de la condition féminine entraîne de nombreuses réflexions, notamment, donc, sur le mariage ; sur l’identité sexuelle aussi, puisque l’homosexualité est vue comme contre-nature à l’époque ; sur les droits des femmes, notamment à la fin ; sur leur sexualité – en fait, elles ne savent absolument rien de leur corps et de celui des hommes, elles ne savent pas comment on fait des enfants, elles ne savent pas ce qui se passent pendant « l’acte de l’union », elles ne savent RIEN ! – ; sur leur liberté, inexistante si elles veulent être des dames de la bonne société. A partir du moment où une femme veut faire quelque chose de sa vie, excepté avoir des enfants et contenter son mari, elle est immorale, et rejetée par la société – ou, en tout cas, par la « bonne » société, et par sa famille, évidemment ! J’ai adoré l’introduction, dans ce livre, du spiritualisme, avec les médiums, les fantômes, les esprits, et des séances assez effrayantes ! J’ai remarqué aussi qu’il y avait toujours un animal de compagnie particulier dans les deux romans – ici, un singe ! Bien sûr, comme c’est une réécriture de roman gothique, on retrouve beaucoup de thèmes qui appartiennent au genre : esprits, fantômes, malédiction, événements inexplicables, enlèvements, influence démoniaque, religion, ambiance lugubre, morts suspectes ou sanglantes, ou atroces. S’y ajoutent critique de la société, racisme – encore une scène de lynchage ici -, lutte de classes, division de la famille. En effet, exactement comme dans Bellefleur, la famille finit par se diviser en deux parties : les adultes d’un côté, dignes, qui portent le nom Kiddemaster ou Zinn avec fierté, et qui tentent d’en faire un nom irréprochable ; et les enfants, qui veulent voler de leurs propres ailes et se fichent de devoir faire honneur à leur nom ! Évidemment, l’écriture est toujours aussi excellente, même si l’auteur fait toujours des parenthèses gigantesques – je pense m’y être habituée, je l’ai moins remarqué que dans Bellefleur. Moins d’émotion par rapport au premier tome, mais elle est toujours présente quand même !

Concernant les personnages, comme je l’ai dit, Oates les développe tous à un moment donné, ce que je trouve génial, et ce qui rend le livre complexe et dense. Ils sont très nombreux, et ont tous une personnalité bien à eux. Je commence par Deirdre. Orpheline, elle a été adoptée par les Zinn, mais ne s’intègre pas dans la famille. C’est alors, encore une fois, qu’on se rend compte qu’il y a toujours plusieurs versions à une histoire, puisque cette non-intégration est vue du point de vue des sœurs Zinn, puis, de celui de Deirdre, et on comprend qu’elle n’ait pas réussi à se faire une place !! Deirdre est sans doute ma préférée. Mélancolique, elle est l’héroïne gothique par excellence, mais pas du genre naïve qui se laisse abuser par un homme, ou qui succombe au charme d’un séducteur qui en fait est un vampire. Tourmentée depuis l’enfance, elle a un lien avec le monde des esprits. Solitaire, elle n’a pas une vie facile, et le lecteur se rend vite compte qu’elle n’est pas comme les autres femmes : elle n’est pas attirée par la réputation ou par la société. Elle suit simplement son destin, ou ce qu’elle pense être son destin. Ses quatre demi-sœurs sont très différentes les unes des autres : Constance Philippa, l’aînée, très grande, déviante dans le sens où elle n’aime pas les mêmes choses que les autres filles, un peu rebelle dans l’âme, Octavia, très croyante, dévouée à tout le monde, sauf à elle-même, généreuse, une sainte, un ange, toujours là pour tout le monde, très sensible, la seule fille Zinn qui soit conforme à l’idée que sa famille se fait d’une bonne fille, Malvinia, celle que j’ai moins appréciée, cruelle, artificielle, séductrice, manipulatrice, méchante, égoïste, elle ne peut qu’à elle-même et veut toujours se mettre en avant, Samantha, intellectuelle, qui se fiche des bals et des « trucs de filles », qui ne pense qu’à son travail d’assistante auprès de son père, dans son atelier, ma préférée des sœurs, parce que celle à laquelle j’arrivais le plus à m’identifier. Le père, John Quincy Zinn, est inventeur, et je dois dire que mon avis sur lui a beaucoup évolué au fil du livre. Ses filles l’adorent, sa belle-famille le méprise ; j’ai commencé par l’apprécier, puis son comportement m’a exaspéré. Il se fiche de la vie autour de lui, il ne pense qu’à ses inventions, et néglige complètement sa vie de famille. L’auteur nous le présente comme l’inventeur d’un tas de choses qui existent encore aujourd’hui, dont une qui me l’a fait détester un petit moment ! Sa femme, Prudence, est assez difficile à cerner finalement. On la découvre jeune fille, et on ne comprend pas comme elle a fait pour devenir telle qu’elle est dans le présent, comme si le mariage l’avait transformée en une femme qu’elle n’est pas. D’autres personnages se trouvent dans le livre, comme Edwina, ou l’incarnation des préjugés [SPOILER] une femme que tout le monde méjuge en fait, ce qui est révélé à la fin !! [FIN DU SPOILER], Godfrey Kiddemaster, le père de Prudence, assez revêche, et persuadé qu’une malédiction poursuit sa famille, petit Godfrey, sur lequel j’ai une théorie [SPOILER] Je suis sûre que c’est lui qui a tué sa petite sœur, comme je suis sûre que, ce qu’il fait, il le fait exprès, que ce ne sont pas des incidents, que ce n’est pas du tout un petit ange innocent, et que, s’il n’était pas mort, il aurait fini par tuer aussi son petit frère !! D’ailleurs, pour l’épisode du puits, je suis sûre qu’il a voulu tuer Pip intentionnellement !! Donc, une petite peinture de la cruauté enfantine, en plus de celle de Malvinia ! [FIN DU SPOILER]

La fin … Joyce Carol Oates a un don pour écrire des fins qui laissent le lecteur bouche bée. C’est explosif : un énorme secret est révélé, auquel je ne m’attendais pas – contrairement à la majorité des événements qui arrivent au cours du livre, et auxquels je m’attendais, bizarrement -, et qui concerne quelqu’un que l’on ne soupçonne pas ! En refermant le livre, comme pour Bellefleur, j’ai eu envie d’y retourner, de retrouver les personnages, de vivre encore un peu avec eux. De plus, une question reste en suspens, comme dans le premier tome, à savoir, la vie après ce qui est arrivé à la fin ! 

 

Donc, un excellent livre, encore une fois, bourré d’éléments gothiques, qui suit une famille dans sa descente aux enfers !

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