Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Le Lièvre de Vatanen d’Arto Paasilinna

Posté : 23 février, 2019 @ 2:43 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Contemporaine Le Lièvre de Vatanen

Editeur : Folio

Année de sortie : 2013 [1975] 

Nombre de pages : 236

Titre en VO : Jäniksen Vuosi

Synopsis : Vatanen est journaliste à Helsinki. Alors qu’il revient de la campagne, un dimanche soir de juin, avec un ami, ce dernier heurte un lièvre sur la route. Vatanen descend de voiture et s’enfonce dans les fourrés. Il récupère le lièvre blessé, lui fabrique une grossière attelle et s’enfonce délibérément dans la nature.

Ce roman-culte dans les pays nordiques conte les multiples et extravagantes aventures de Vatanen remontant au fil des saisons vers le cercle polaire avec son lièvre fétiche en guise de sésame. Il invente un genre : le roman d’humour écologique. 

 

Avis : Un livre de plus, cette fois dans ma PAL d’hiver !! (mais c’est que je respecte mes PALs cette année !!) Ça fait un moment que Le Lièvre de Vatanen se trouve sur mes étagères, et je me suis dit qu’était donné que c’était un roman scandinave, quel meilleur moment pour le lire que la fin de l’hiver !!

… sauf que l’action se déroule en été ! Juste pendant la première partie du roman ; ensuite le lecteur a droit à la neige !

Alors, Le Lièvre de Vatanen est le genre de livres qui, comme Neige de Maxence Fermine, ou Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata, me laisse un goût d’inachevé, presque amer, quand je le referme. Et je déteste ça ! C’était étrange parfois, dans le bon sens, comme dans le mauvais. J’ai, par exemple, adoré le fait que Vatanen abandonne sa vie insatisfaisante à la ville pour partir dans la nature, sans attache excepté un levreau qu’il vient de renverser avec un ami photographe. Il remet tout en cause parce que sa vie ne lui convient pas, et il décide, sur un coup de tête, de découvrir une nouvelle façon de vivre. Je trouve cela assez beau, et encore plus beau est le lien qu’il tisse avec l’animal. C’était touchant, et ça donnerait presque envie de faire la même chose. Mais, d’un autre côté, j’ai trouvé qu’il était difficile, voire impossible de s’attacher à Vatanen. Sans doute parce que l’écriture est assez sèche – traduction ou intention de l’auteur ? –, et qu’il n’y a aucune psychologie des personnages. On ne connaît rien des pensées de Vatanen, rien de ce qu’il pense des autres, de leurs actions, de leur façon de vivre. Aucune réaction psychologique à quoi que ce soit. Et je dois dire que ça m’a un peu frustrée ! J’aime beaucoup les personnages travaillés, et je pense que j’en avais besoin ici.

J’ai pourtant aimé les réflexions/thèmes abordés par le livre : le besoin de liberté, l’attrait et le plaisir de la vie dans la nature. Travailler pour être véritablement utile, dormir là où l’on s’est arrêté, l’impossibilité de séparer homme et lièvre … C’était beau et attirant. J’ai appris pas mal de choses à propos de la Finlande, sur leur culture, leur mythologie, leur façon de voir la vie. J’aimerais d’ailleurs en apprendre plus encore ! Mais, j’ai détesté les passages dans lesquels Vatanen tue des animaux, sans aucune nécessité !! [SPOILER] Le fait que Vatanen achète un fusil juste après avoir tué un corbeau de façon aussi cruelle (!!) m’a d’abord laissé dubitative tout en me révulsant. Il aurait pu simplement le chasser avec une pierre, ou autre chose ; mais là !! C’était pénible à lire, même si ça ne dure que quelques lignes. Et savoir qu’il est satisfait de lui !! Et pour l’ours : sérieusement !!! Il traverse une frontière illégalement pour le tuer, alors qu’il sait très bien qu’il ne viendra plus le déranger vu où ils en sont arrivés ! Cela devient une question de fierté, et j’ai trouvé ça ridicule. [FIN DU SPOILER] Je dois admettre que ces actes ne sont pas loués par le narrateur, ni par le personnage (qui ne donne, de toute façon, jamais son opinion), mais tout de même … Et je me suis aussi souvenu que j’avais déjà lu un livre « de ce genre », dans lequel le personnage quitte une vie qui ne lui convient pas du tout pour partir à l’aventure : Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson. Que j’ai détesté. J’ai trouvé l’humour lourd et les aventures tellement improbables que je n’y croyais pas du tout. Cela ne m’a fait cet effet avec Vatanen que vers la fin, que j’ai, en elle-même, appréciée ! [SPOILER] J’adore quand l’auteur se met dans son propre livre et joue avec son lecteur ! Et j’ai aimé ce besoin final de liberté et la durabilité du lien entre homme/nature/animaux. [FIN DU SPOILER] Je dois tout de même spécifier que le synopsis parle de « roman d’humour écologique » : je suis d’accord avec l’écologie, mais j’ai rarement ri au cours de la lecture ! 

 

Donc, un livre parfois plaisant et parfois pénible, intéressant dans tous les cas.

 

Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata

Posté : 1 février, 2019 @ 11:46 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Contemporaine Les Belles Endormies

Editeur : Le Livre de Poche 

Année de sortie : 2005 [1961]

Nombre de pages : 125

Titre en VO : Nemureru Bijo 

Synopsis : Dans quel monde entrait le vieil Eguchi lorsqu’il franchit le seuil des Belles Endormies ? Ce roman, publié en 1961, décrit la quête des vieillards en mal de plaisirs. Dans une mystérieuse demeure, ils viennent passer une nuit aux côtés d’adolescentes endormies sous l’effet de puissants narcotiques.

Pour Eguchi, ces nuits passées dans la chambre des voluptés lui permettront de se ressouvenir des femmes de sa jeunesse, et de se plonger dans de longues méditations. Pour atteindre, qui sait ? au seuil de la mort, à la douceur de l’enfance et au pardon de ses fautes. 

 

Avis : Cela fait presque trois ans que ce livre est dans ma PAL : comme il est tout petit, je me suis dit qu’il fallait que je me lance !

Alors … après avoir refermé Les Belles Endormies, je ne savais pas trop quoi penser. J’ai ressenti un malaise du début à la fin, pour une raison très simple : un vieil homme dort avec des filles nues endormies, qui ne peuvent se réveiller parce qu’elles sont droguées. Euh … d’accord. Bon. Au lieu de dormir, pendant ces nuits passées avec de belles jeunes filles qui sentent l’enfance – haha … – il s’imagine ce que peuvent leur faire les autres « clients », les autres vieillards, ce qu’ils veulent leur faire mais qu’ils ne sont plus capables de faire, et lui s’imagine ce que LUI-MEME pourrait leur faire, ce qu’il a envie de leur faire, pour violer les règles de la maison, pour se venger de son impuissance grandissante. Ah, et il se demande aussi si elles sont vierges, tout en admettant qu’elles sont des prostituées et que, donc, non, elles ne le sont pas. Mais elles ont l’air de l’être blablabla. Un peu de colère en moi ici. Mais passons. L’intrigue, en plus de l’étrangeté d’origine de l’idée, était lente – on peut se douter qu’avec un résumé de la sorte, ce n’est pas action sur action, que ce n’est pas trépidant ! C’est plus contemplatif ; cela ne me dérange pas du tout, j’aime aussi ce genre de livres. Mais, ici, sans doute à cause de la situation dans laquelle se trouve Eguchi quand il réfléchit à son passé, tout avait un goût dérangeant

Pour autant, les réflexions sur la vieillesse étaient « belles » et assez tristes. Eguchi veut se convaincre qu’il n’est pas un vieillard, qu’il n’est pas comme les autres « clients », qu’il peut encore faire des choses avec une femme, alors qu’eux ne le peuvent plus. En gros, il explique qu’il n’a pas besoin d’aller chez les Belles Endormies, mais qu’il le fait pour se préparer. Je me suis finalement posé une question : la vie se résume-t-elle donc au sexe ? Juste au sexe ? Parce que c’est l’impression que donne Eguchi. Certes, il apprécie la beauté de ces femmes sans défense – rien que d’écrire ça, mon poil se hérisse ! – mais il revient toujours à ce qu’il pourrait leur faire, à ce qu’il a fait à d’autres femmes. Ces filles inconnues lui permettent de « revivre » son passé amoureux, de revoir les femmes de sa vie. Parfois, la narration est ambiguë : Eguchi vérifie que les filles sont vierges. Mais comment ? Et certaines scènes laissent entendre qu’il a commencé à faire quelque chose, mais qu’il renonce en cours de route. 

Une petite chose qui m’a agacée : les nombreuses répétitions. Même s’il dort avec des femmes différentes, et se souvient de femmes différentes, on retrouve les mêmes réflexions et la même absence d’action (qui présage sans doute de la future impuissance sexuelle d’Eguchi) : [SPOILER] les vieillards sont des pervers, et ces jeunes femmes ne peuvent rien contre eux, mais elles sont là pour l’argent de toute façon, donc allez, on a le droit de faire ce qu’on veut, mais non, parce que ce sont des vierges, et peut-être qu’il pourrait quand même se venger en les tuant, mais non. [FIN DU SPOILER] On retrouve le même vocabulaire, parfois même les mêmes phrases, ou des rappels, alors que le livre est si court qu’il n’en a pas besoin ! Je suppose que l’auteur a écrit Les Belles Endormies de cette façon, et que ce n’est pas à cause de la traduction ; pour autant, je pense qu’on perd tout de même un peu de la « poésie » de Kawabata. Autre petite remarque : je me suis souvent sentie somnolente pendant la lecture, sans doute à cause du décor ou de la situation ; c’était étrange !  

Et la fin … elle m’a laissée dubitative. Est-ce une sorte de vengeance ? et qui est véritablement puni ? Que doit-on en conclure ? [SPOILER] Eguchi va-t-il sérieusement se recoucher tranquillement à côté de l’autre fille comme si de rien n’était ?!! [FIN DU SPOILER] J’ai eu l’impression d’être jeté hors d’une maison en plein débat. Perturbant ! 

 

Donc, un livre que je ne peux pas dire avoir aimé, qui m’a mise mal à l’aise, et que je ne relirai sans doute pas !

 

Neige de Maxence Fermine

Posté : 21 décembre, 2018 @ 1:56 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Contemporain (?)Neige

Editeur : Points

Année de sortie : 2001 [1999] 

Nombre de pages : 96

Synopsis : A la fin du XIXe siècle, au Japon, le jeune Yuko s’adonne à l’art difficile du haïku. Afin de parfaire sa maîtrise, il décide de se rendre dans le sud du pays, auprès d’un maître avec lequel il se lie d’emblée, sans qu’on sache lequel des deux apporte le plus à l’autre. Dans cette relation faite de respect, de silence et de signes, l’image obsédante d’une femme disparue dans les neiges réunira les deux hommes.

Dans une langue concise et blanche, Maxence Fermine cisèle une histoire où la beauté et l’amour ont la fulgurance du haïku. On y trouve aussi le portrait d’un Japon raffiné où, entre violence et douceur, la tradition s’affronte aux forces de la vie. 

 

Avis : Alors … Ce livre est dans ma PAL depuis mai 2017, il était donc temps que je le lise !!

Mais, après ces 96 pages, je suis perplexe. Sceptique. Je vois les commentaires, et je me dis que j’ai dû louper quelque chose. Et puis, je décide de mettre des mots sur ce que je ressens. Les bonnes choses d’abord : il est vrai que, parfois, l’écriture est poétique. Je dis bien, parfois. Et certaines réflexions sont intéressantes, sur la poésie par exemple, sur le mélange des arts. Et on passe au négatif

D’abord : certains tropes/clichés qui m’ont fait lever les yeux au ciel. Ce livre est classé dans les romans, mais il m’a semblé lire une sorte de conte. Quelques exemples : [SPOILER POTENTIEL] instalove – je ne peux vraiment plus supporter ça, que ce soit en littérature adulte, jeunesse ou YA ! – et le fait que le « héros » ne doit pas juger selon les apparences – ce qu’il fait au « début » du livre. Mais, attendez, ce gars est censé être poète ! Comment peut-il en être un s’il juge selon les apparences ?! Ce n’est pas très logique pour moi. [FIN DU SPOILER] Vient ensuite le fait que les femmes ne sont présentes que pour leur apparence ou leur sexualité. On adore. L’une d’elle n’est là que pour servir de « baiser » – pardonnez-moi le verbe, mais c’est ça ! – au personnage principal. Les deux autres sont mises sur un piédestal, idéalisées : elles sont si belles, si parfaites … et si plates en tant que personnages. Elles ne sont jamais développées. L’une d’elle, Neige, sert de muse au poète et au peintre en plus de l’aspect amour éternel – attention ici : je ne suis pas du tout contre une petite dose d’amour éternel. Mais là … non. En gros, les femmes sont là pour être prises, ou aimées, et c’est tout. [A partir de là, je commence à comprendre que je n'ai pas aimé ce livre, haha.] Les autres personnages sont un peu (?) des caricatures. Yuko est tellement arrogant ! Il sait tout, il a tout vu, il est unique, et, évidemment, le poète de l’Empereur ne peut pas l’aider à s’améliorer, enfin ! Et même si le synopsis décrit sa relation avec Soseki comme immédiatement respectueuse, et qu’ils sont liés, et blablabla, je n’ai pas DU TOUT ressenti ça ! Sa première impression est qu’un vieil homme [SPOILER] et, encore une trope/un cliché : aveugle [FIN DU SPOILER] ne peut pas l’aider ! Il est plutôt méprisant à première vue, en tout cas pour moi ! Quant à Soseki, il est le cliché du vieux mentor sur le point de mourir, et qui n’attend qu’une chose pour le faire.

Puis, en ce qui concerne la poésie. Je pensais, peut-être, qu’il y en aurait plus dans le livre. Je dois avouer, je ne suis pas du tout une experte en haïku – je suis même carrément novice : je n’ai jamais lu de recueils, je sais juste ce que c’est ! J’en ai lu quelques-uns, mais vraiment très peu ! – et donc, je m’attendais à … quelque chose ! Il y a, dans Neige : sept haïkus écrits par des auteurs japonais connus, trois écrits par Yuko, et un écrit par le narrateur, pour achever le livre. J’ai aimé la façon dont l’art (le mélange des arts notamment), et l’inspiration étaient présentés – il faut de l’amour, ou de la souffrance pour écrire par exemple – mais, quelque chose m’a dérangée, et je n’arrive pas à déterminer quoi exactement. Ce livre est aussi très répétitif. Ce n’est pas de la poésie pour moi. Et, enfin : d’accord, l’action se déroule au Japon. Mais, il n’y a pratiquement rien sur le Japon ! Certes, on peut noter la présence de poésie japonaise, de cerisiers en fleur, de samouraï et d’empereur, et quelques endroits sont mentionnés. Mais je pensais apprendre quelque chose à propos du pays, voir certains éléments être mis en avant. En fin de compte, c’était très superficiel, un effleurement. Mais peut-être est-ce dû à la taille du livre ! Il est tellement court ! (trop ?) 

 

En fin de compte, il semblerait que je n’ai pas du tout aimé ce livre, une fois que je mets des mots sur ce que j’ai ressenti. Dommage ! 

Blonde de Joyce Carol Oates

Posté : 6 décembre, 2018 @ 5:49 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : ContemporaineBlonde

Editeur : Le Livre de Poche 

Année de sortie : 2012 [2000]

Nombre de pages : 1110

Titre en VO : Blonde

Synopsis : Alors, en début de soirée, ce 3 août 1962, vint la Mort, index sur la sonnette du 12305 Fifth Helena Drive. La Mort qui essuyait la sueur de son front avec sa casquette de base-ball. La Mort qui mastiquait vite, impatiente, un chewing-gum. Pas un bruit à l’intérieur. La Mort ne peut pas le laisser sur le pas de la porte, ce foutu paquet, il lui faut une signature. Elle n’entend que les vibrations ronronnantes de l’air conditionné. Ou bien … est-ce qu’elle entend une radio là ? La maison est de type espagnol, c’est une « hacienda » de plain-pied ; murs en fausse brique, toiture en tuiles orange luisantes, fenêtres aux stores tirés. On la croirait presque recouverte d’une poussière grise. Compacte et miniature comme une maison de poupée, rien de grandiose pour Brentwood. La Mort sonna à deux reprises, appuya fort la seconde. Cette fois, on ouvrit la porte. 

De la main de la Mort, j’acceptais ce cadeau. Je savais ce que c’était, je crois. Et de la part de qui c’était. En voyant le nom et l’adresse, j’ai ri et j’ai signé sans hésiter

 

Avis : Cela fait une éternité que je « dois » lire Blonde ; il est dans ma PAL depuis août 2012 ! Et c’est enfin chose faite !

Qu’est-ce que ce livre est cruel … Si vous cherchez un livre pour vous remonter le moral, je vous déconseille fortement celui-là ! Mais, commençons par le commencement !

Joyce Carol Oates nous prévient dès le début, dans une note d’auteur, qu’elle n’écrit pas une biographie de Marilyn Monroe, mais un roman tiré de sa vie, une sorte de biographie romancéefictionnalisée. Elle s’inspire donc de faits réels, mais prend, d’une certaine manière, le point de vue de Norma Jeane, se met à sa place parfois, imagine ce qu’elle a dû ressentir, comment les choses se sont déroulées exactement. L’auteure a condensé la vie de Norma pour en faire un roman, comme elle l’a fait pour elle-même quand elle a écrit The Lost Landscape (Paradis Perdu). Donc, elle ne mentionne pas toutes ses familles d’accueil, tous ses amants, ou toutes ses tentatives de suicide, mais conserve ceux qui lui paraissent le plus symbolique. Cela peut ajouter à la confusion que le lecteur ressent lors de la lecture, une impression de flou, parce qu’il se rend compte, à un moment donné, qu’il y a plus dans la vie de Norma que ce qu’il est en train de lire. Malgré mes connaissances préalables - j’ai déjà lu une biographie de Marilyn Monroe, écrite par Sandro Cassati -, et la longueur du livre, qui peut être vraiment impressionnante, je ne me suis pas ennuyée du tout !!

Comme toujours, j’ai aimé l’écriture de Joyce Carol Oates ; malheureusement, j’ai lu Blonde en français. J’ai donc perdu quelque chose du style de l’auteure, si particulier ; par exemple, son écriture est très dense, et cela a dû compliquer la traduction. Comment rendre les ing, les phrases interminables, les phrases nominales, certaines expressions ? A la lecture, cela ne fait pas naturel pour moi ; mais c’est sans doute parce que j’ai lu l’auteure en VO. Je relirai donc Blonde en anglais, quand j’en serai capable ! Malgré tout, la confusion doit se sentir dans les deux langues, et n’est pas qu’un résultat de la traduction. Elle est due au narrateur, qui ajoute des informations au fil du récit, mais surtout à Norma Jeane. Sa propre confusion imprègne le récit, et il est parfois difficile de savoir qui parle, quand, où. Pour autant, j’ai adoré ce narrateur peu fiable (unreliable narrator en anglais), et Norma Jeane comme personnage peu fiable elle aussi. Le lecteur ne sait pas toujours ce qu’il se passe, ou n’est pas au courant de tout ; puis, plus tard, dans un chapitre ultérieur, la scène est éclairée d’une façon différente, et la réalité – mais, est-ce vraiment elle ? – est révélée. De plus, la folie apparaît doucement, et prend de plus en plus de place, notamment dans les souvenirs du personnage principal. Le lecteur doute donc, tout le long de l’œuvre, de la réalité de ce qui lui est raconté !

Différents « sujets » sont mentionnés dans le livre – avec 1110 pages, on peut s’en douter ! Commençons par Hollywood, et la carrière d’acteur dans les années 40-60. A l’époque, c’est un monde cruel – je dis à l’époque mais, qui sait si ce n’est pas la même chose aujourd’hui ! Etant donné que Norma Jeane était une beauté blonde, elle était considérée comme une fille stupide, disposée ; autant appelé un chat un chat : une salope. Elle était méprisée, insultée, et très peu estimée : pas mal de personnes voyaient en elle une mauvaise actrice adepte de la promotion canapé. Pour autant, beaucoup la voulait dans leur film. Joyce Carol Oates dévoile ainsi la face cachée d’Hollywood, celle qu’on préfère oublier quand on voit des photos ou qu’on regarde des films montrant des personnages saines et souriantes. Mais ce n’est pas tout ! J’adore la façon qu’a eu l’auteure d’intégrer le cinéma à son processus d’écriture. En effet, il est omniprésent dans la narration elle-même. Certaines scènes sont décrites de manière cinématographique ; peut-être est-ce une façon de mettre en avant le fait que Norma Jeane voit sa vie à travers l’objectif d’une caméra ? Dans tous les cas, cela instaure une ambiance particulière. Ce peut aussi être une manière, pour Joyce Carol Oates, de nous rappeler, dans une sorte de mise en abîme, que son livre est une fiction, même si elle raconte la vie d’une personne réelle. La religion est également un des « thèmes » abordés. Tout d’abord, la mère de Norma ne peut pas la supporter ; puis elle est « enseignée » à la petite fille par le Dr. Mittelstadt. C’est une grande part de la vie de la jeune femme : elle guide en partie ses choix, ses intentions, et ses décisions. Mais, à partir d’un moment, sa place semble remise en question, et elle est victime de la confusion ambiante.

Bien sûr, un autre sujet important : la sexualité. Marilyn Monroe est considérée, encore aujourd’hui, comme un sex symbol. Elle est censée avoir eu un nombre presque incalculable d’amants, et était parfois qualifiée de nymphomane. Bien sûr, il y a des scènes sexuelles, et la mention des amants de Norma, ou de ce qu’elle a dû faire – ce qu’on l’a forcé à faire parfois/souvent – ; mais elle n’est pas du tout présentée comme une nympho. J’en viens ainsi au personnage de Norma Jeane alias Marilyn Monroe. Oates fait le portrait d’une femme fragile, réservée, timide, qui bégaye, et n’est pas consciente de sa beauté, ou des désirs des hommes (au début, en tout cas). Elle rêve d’amour, et interprète le désir comme de l’amour, jusqu’à la toute fin ! Elle veut être mère de tout son cœur ; c’est si intense que ça en devient douloureux pour le lecteur ! C’est comme si elle voulait conjurer une malédiction lancée par sa mère ; et le seul moyen, c’est d’avoir, à son tour, un enfant. De plus, pour elle, jouer n’est pas juste un travail : c’est toute sa vie. Tout le long du livre, le lecteur a l’impression qu’elle est schizophrène : Marilyn n’est pas Norma Jeane, elle n’est que son Amie Magique, quelqu’un qu’elle adore et déteste. Les rôles qu’elle joue, les femmes qu’elle incarne, ne sont que des parties d’elle, mais pas tout à fait elle. Norma les contient, mais elles ne la résument pas en retour. Peut-être est-ce une façon de montrer que la « folie », une part de « folie », était déjà présente chez elle depuis le début, et qu’elle fut ensuite renforcée par l’usage de nombreux médicaments. Personnellement, elle m’a fait mal au cœur tout le long, malgré le narrateur peu fiable qui nous raconte son histoire. Elle semble naïve, manipulée par tout le monde, tout le temps. C’est vraiment douloureux à lire à force, parce que je me suis beaucoup attachée à elle. Elle est dépeinte comme une jeune fille douce, gentille, qui sera peu à peu détruite par ses démons, et par les personnes qui l’entourent. Parfois, je savais ce qui allait arriver, mais ce n’est pas pour autant que c’était plus facile.

D’autres personnes réelles se trouvent, évidemment, dans le texte, mais ne sont pas nommées : Joe DiMaggio, Arthur Miller, Ava Gardner, John Fitzgerald Kennedy. Cela s’ajoute aux descriptions cinématographiques : nous sommes dans un film, et ces gens sont représentés par leur fonction dramatique. Ils n’ont pas de personnalité propre – ou nous le supposons, étant donné comment ils sont appelés – et sont nommés, pour la plupart, grâce à leur travail : Actrice, Ex-Sportif, Dramaturge. Certains personnages (soient-ils réels ou non) sont très difficiles à apprécier, surtout à cause de leur violence. C’est un autre thème important dans le roman. Marilyn/Norma est l’objet de différents types de violence : sexuelle, mais aussi sociale et physique. Elle est, la plupart du temps, infligée par d’autres, beaucoup moins par elle. Elle est violée (même si c’est assez vague parfois, et rendu clair plus tard), elle est battue par un de ses maris, elle est vendue (par différentes personnes …), elle est pauvre (même si elle ramène des millions au Studio). Et, tout le long, elle dit ne pas être amère – mais comment peut-elle ne pas l’être ? Et cette violence n’est pas sporadique : elle est CONSTANTE, du début à la fin ! Et c’est aussi la raison pour laquelle ce livre est difficile à lire parfois. Parce que le lecteur aimerait que cela s’arrête, que quelqu’un, dans le livre, réagisse, et cela n’arrive jamais.

Enfin, nous arrivons à la mort de Marilyn. Il y a une théorie à ce propos : elle aurait été assassinée parce qu’elle avait une relation avec Kennedy. [SPOILER] Je pense que c’est plus probable qu’une overdose, et il semblerait que Joyce Carol Oates soit du même avis. A un moment donné, un personnage, le Tireur d’élite, apparaît, et revient de plus en plus souvent au fil du roman, jusqu’à la fin. Ce procédé est très intéressant parce qu’en un sens, cela justifie la paranoïa de Marilyn : elle était suivie, et sera tuée dans son sommeil par quelqu’un envoyé par le gouvernement, par son Prince supposé, ou par ses proches. [FIN DU SPOILER] 

 

Donc, un livre très difficile à lire, une belle claque, que je relirai sans aucun doute en VO. Un portrait de femme blessée par la vie, par les autres, et qui, pourtant, brille encore aujourd’hui. 

After You’d Gone de Maggie O’Farrell

Posté : 21 novembre, 2018 @ 1:48 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Contemporaine After You'd Gone

Editeur : Review 

Année de sortie : 2001 [2000]

Nombre de pages : 372

Titre en français : Quand tu es parti 

Synopsis : Alice Raikes boards a train at King’s Cross to visit her sisters in Scotland. Hours later, she steps into the traffic on a busy London road and is taken to hospital in a coma.

Who or what did she see in Edinburgh that made her return so suddenly? Was the accident a suicide attempt? And what exactly do her family, waiting at her bedside, have to hide?

Sliding between different levels of consciousness, Alice listens to the conversations around her, and begins sifting through recollections of her past, and of a recently curtailed love affair. 

 

Avis : J’ai lu ce livre parce qu’il était recommandé par The Novel Cure (Remèdes littéraires) pour la perte d’un être cher. Il correspond à l’étape de la négociation

… et j’ai très bien compris pourquoi à la fin du livre ! Ce n’était sans doute pas le meilleur moment pour moi de lire After You’d Gone ; mais comment aurais-je pu savoir que ce livre serait si proche de la situation que j’ai vécue, tout en étant tellement différent par certains aspects ?

Le premier chapitre est un prologue qui suit Alice Raikes. Le lecteur sent tout de suite qu’elle ne va pas bien du tout, mais il ne saura exactement pourquoi que vers la fin du roman. Elle décide, soudain, de se rendre à Edinbourg pour voir ses sœurs, Kristy et Beth. Elle prend le train à King’s Cross, ses sœurs l’attendent à l’arrivée. Elles vont dans un café ; Alice se rend aux toilettes. Et là, elle voit quelque chose qui la traumatise. Elle rentre immédiatement à Londres, se fait renverser par une voiture dans la soirée, et tombe dans le coma.

Tout le livre est ensuite un mélange de flashbacks, de moments où c’est Alice qui parle (alors qu’elle est dans le coma), de passages dans le présent avec les points de vue interne d’autres personnages, mais en gardant un narrateur à la troisième personne. Autant vous dire que ce peut être un peu confus parfois ; pour autant, le lecteur s’y retrouve rapidement et, personnellement, j’adore les points de vue multiples, donc cela ne m’a pas dérangé ! Au fil du livre, on découvre non seulement ce qui est arrivé à Alice, à Edinbourg et dans sa vie, de la naissance à l’hôpital, mais aussi les secrets de famille – surtout un qui pèse sur la famille. Bon, je l’avais rapidement deviné, et sa révélation n’est pas tellement le but du roman. Pas tellement de suspense donc ! 

Le lecteur rencontre les proches d’Alice : Ann, sa mère, qui est assez insupportable, mais dont j’ai presque fini par avoir pitié ; Elspeth, sa grand-mère (j’ai eu un mal de chien à prononcer son nom pendant toute la lecture !), personnage que j’ai adoré ; John, que j’avais envie de secouer et d’embrasser tout à la fois ; Ben, son père, qui n’est pas tellement présent [SPOILER] et dont l’effacement provoque un peu la surprise quand il explique à sa femme qu’il connaissait son secret depuis le début [FIN DU SPOILER] ; ses sœurs, Kirsty et Beth, qui sont elles aussi peu présentes. Le point de vue se focalise surtout sur Alice, Ann et Elspeth, trois générations de femmes dont la vie nous est racontée en pointillés. Les personnes les plus proches de l’ »héroïne » sont mises en avant par le narrateur qui nous raconte leur vision de l’histoire, en quelque sorte.

Je me suis beaucoup attachée aux personnages, surtout Alice, bien sûr, mais aussi John et Elspeth. J’ai pourtant essayé, à plusieurs reprises, de mettre de la distance entre nous ; je ne voulais pas être trop affectée par ce qu’ils vivent. Peine perdue : une seule phrase m’a complètement retournée. Ce qui est formidable dans ce livre, en plus de l’écriture, c’est la façon dont le deuil est abordé. La plupart du temps, ce qui était écrit, ce que ressentait Alice, c’était exactement ce que je ressentais aussi. Je me suis donc sentie comprise par ce livre ; mais j’ai aussi eu l’impression de tout revivre. 

Je lirai sans doute d’autres livres de Maggie O’Farrell, notamment The Vanishing Act of Esme Lennox (L’étrange disparition d’Esme Lennox) et I Am, I Am, I Am: Seventeen Brushes with Death, le mémoire de l’auteure qui, il me semble, n’a pas encore été traduit !

 

Donc, un excellent livre, très fort, bien écrit, aux personnages attachants et intéressants, mais que je n’aurais peut-être pas dû lire tout de suite ! 

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