Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

The Penguin Complete Tales and Poems of Edgar Allan Poe

Posté : 28 octobre, 2016 @ 11:27 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Intégrale Poe Genre : Poésie, Conte

Editeur : Penguin

Année de sortie : 2011

Nombre de pages : 1026

Synopsis : Edgar Allan Poe wrote some of the first as well as the finest stories of dark and macabre mystery ever to blacken a page with ink. His tales of terror and suspense continue to leave readers the world over wide-eyed and shivering with fright, unable to put down a book their clenched fingers so tighly grasp.

This is the ultimate Poe collection, featuring every story and poem he wrote. It probes the depths of the human psyche. It will chill and enthral. But above all it is story after story that you will never, ever forget.

No matter how hard you try.

 

Avis : Je devais lire l’œuvre de Poe pour mon mémoire, donc j’ai décidé de tout lire, sans exception, pour ne rien louper d’intéressant !

J’ai eu du mal, mais je suis venue à bout des 1026 pages du livre !! J’ai dû m’arrêter un moment : même si Poe écrit très bien et que ce qu’il raconte est intéressant, il est difficile de ne pas lire autre chose à côté pour se détendre ! En effet, on ne peut pas dire que Poe soit la lecture la plus relax qui soit, surtout en VO ; la typographie de l’édition n’aide pas – elle est vraiment très petite – et le choix de l’ordre des nouvelles non plus ! En effet, l’éditeur a choisi de placer en premier « The Unparalleled Adventure of One Hans Pfaall », l’histoire d’un homme qui part en ballon dans le but d’atteindre la lune. Et je dois vous dire que je n’aime pas du tout les nouvelles de Poe qui racontent des voyages … Je les trouve longues – à la fois par le nombre de pages, et par l’impression donnée par la lecture -, difficiles à suivre parce qu’elles ne m’intéressent pas. Je préfère de beaucoup les nouvelles horrifiques, qui se trouvent majoritairement au milieu du livre – pratique quand ce sont celles-là qui sont le plus susceptibles d’être utiles pour le mémoire haha ! Je ne vais pas vous parler de chaque nouvelle, de chaque poème : l’avis n’en finirait pas ! Je pense plutôt vous parler de mes préférées, pour vous montrer que, malgré les points négatifs soulevés plus haut, Poe est un écrivain que j’aime beaucoup, qui me transporte dans ses histoires, et dont l’écriture, parfois difficile à comprendre, est excellente.

Je vais d’abord vous parler de « The Murders in the Rue Morgue », une nouvelle aussi longue que la première dont j’ai parlé, mais qui ne m’a pas paru longue justement parce qu’elle était fascinante. D’abord, l’action se déroule à Paris, et le personnage principal n’est pas vraiment le narrateur, mais son compagnon, un Français, Auguste Dupin, qui va tenter de résoudre une enquête insoluble et impossible à comprendre. Les meurtres perpétrés sont affreux, vraiment horribles, et le détective suit peu à peu les indices que la police n’a pas su voir, ou n’a pas jugé bon de prendre en compte. J’ai aimé suivre cette enquête, malgré la bizarrerie apparente de Dupin et ses lubies. La résolution devient logique une fois qu’on l’a sous les yeux. La nouvelle suivante ressemble à celle-ci, « The Mystery of Marie Roget », et j’ai aussi beaucoup aimé : elle est elle aussi une nouvelle un peu policière, où un mystère insoluble est peu à peu cerné par Dupin – même si, ici, la résolution n’arrive pas vraiment.

Viennent ensuite les contes que je préfère parmi tous ceux du livre : « The Black Cat », « The Fall of the House Usher » (numéro 1 !), « The Pit and the Pendulum », « The Masque of the Red Death » et « The Oval Portrait ». La première parle – comme le titre l’indique ! – d’un chat noir et de son propriétaire. La violence ici montrée par l’auteur est abject, le lecteur est horrifié et révulsé ; la fin est une belle façon de montrer qu’on est toujours puni pour ce qu’on fait ! La seconde est ma favorite ! J’adore le suspense, l’atmosphère lugubre, le manoir tout fissuré qui n’augure rien de bon, les jumeaux qui semblent en connexion l’un avec l’autre, le lien aussi entre Madeline et la maison elle-même. Cette nouvelle me donne toujours des frissons !! Vraiment l’histoire parfaite à lire pour Halloween ! « The Pit and the Pendulum », quant à elle, m’a transporté avec le personnage principal : celui-ci doit subir le châtiment de l’Inquisition et doit mourir soit par la fosse, soit par le pendule. Quels frissons d’horreur m’ont parcouru pendant la lecture !! J’attendais l’effusion de sang ou la mort lente avec anxiété, tout comme le prisonnier, à deux doigts de sombrer dans la folie ! La fin m’a surprise !! Puis, « The Masque of the Red Death ». Ici, l’atmosphère fait énormément : ces chambres de couleur, cette ambiance de fête orientale, cette ombre qui pèse peu à peu sur les invités. La nouvelle m’a fait penser au Décaméron de Boccace (que je n’ai pas encore lu, mais qu’il me tarde de découvrir !) Enfin, « The Oval Portrait » : le pouvoir de l’art sur la vie, un peu comme dans The Picture of Dorian Gray, l’hésitation du personnage entre hallucination, folie et horreur, le portrait comme reflet parfait de la vie. J’ai également aimé « William Wilson », en raison du traitement du sujet du double, et de l’incompréhension du personnage face à une sorte de schizophrénie qu’il ne comprend pas. Dans la plupart des autres nouvelles, on peut noter l’humour de l’auteur, sa façon de se moquer des journalistes par exemple.

Après les contes vient le seul roman d’Edgar Allan Poe : Narrative of A. Gordon Pym. Encore un récit de voyage, mais, cette fois, j’ai tout de même réussi à apprécier certains passages. A. Gordon Pym a toujours voulu voyager et s’embarque dans un bateau clandestinement : il va alors vivre des aventures plus affreuses les unes que les autres, et perdre à peu près tout. Un passage m’a vraiment dégoûté, lorsque quatre personnages se trouvent sur ce qu’il reste du bateau et décident de manger l’un d’entre eux ! Le cannibalisme, je ne peux vraiment pas ! Surtout que, par la suite, le lecteur comprend qu’il aurait pu être évité !! Le récit est incomplet : la fin est abrupte, et le lecteur ne comprend pas vraiment où tout cela mène. Viennent ensuite les essais poétiques de Poe, très intéressants, sur la scansion, sur les rimes et les rythmes, sur la façon de bien écrire de la poésie.

Enfin, les poèmes ! Je n’avais jamais lu ceux de Poe et les ai vraiment trouvés magnifiques. « The Raven », dont j’entendais beaucoup parler, m’a enchanté, ainsi que les poèmes amoureux. J’ai retrouvé l’angoisse des contes, l’horreur parfois, la  »peur » de la mort, l’amour impossible ou contrarié. La musique des mots m’a charmé.

 

Donc, une lecture difficile, mais enrichissante. J’ai aimé découvrir l’œuvre de Poe et pense relire certains passages qui m’ont enchanté ou horrifié.

La grammaire est une chanson douce d’Erik Orsenna

Posté : 9 juillet, 2016 @ 11:33 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

La grammaire est une chanson douce Genre : Conte, Poésie

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2003

Nombre de pages : 151

Synopsis : « Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t’aime. Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Il me sembla qu’elle nous souriait, la petite phrase. Il me sembla qu’elle nous parlait :

_Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j’ai trop travaillé. Il faut que je me repose.

_Allons, allons, Je t’aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied.

Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.

Tout le monde dit et répète « Je t’aime ». Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver. »

 

Avis : J’ai entendu parler de ce livre il y a peu de temps, et je me suis dit que ce devait être une jolie petite histoire.

Je ne m’étais pas trompée ! La grammaire est une chanson douce est un vrai petit conte enfantin, tissé par la magie des mots. Le lecteur suit une petite fille et son frère, qui se voient privés de mots, et vont tenter de les retrouver. L’idée de l’île est d’abord enchanteresse, c’est visible rien qu’avec la couverture. Il est aisé au lecteur de s’imaginer sur un bout de terre pratiquement désert, accompagné des mots et de ceux qui les aiment et veulent les protéger. Cela place aussi déjà l’histoire dans un contexte spatio-temporel à part : on se trouve sur une île, mais où exactement ? et combien de temps s’est écoulé ? L’ambiance magique est déjà instaurée. Elle est renforcée par ce que l’on découvre des mots : sur cette île, ils sont libres, et vivent une vie presque humaine ; ils se déplacent, se marient, parlent. Ils ont leur propre monde où les autres entités ne peuvent entrer. Et c’est à partir de là que l’on peut voir de la poésie : à travers l’histoire des mots, l’auteur veut nous faire comprendre leur pouvoir, leur importance, mais aussi leur fragilité. Un mot est fort, et ne peut être employé à la légère, ou à tout bout de champ. La place des mots rares et que pratiquement plus personne n’emploie est aussi mise en avant : le lecteur lit une véritable ode à la conservation de la langue, à la reconnaissance de son impact sur nos vies. Concernant l’écriture, elle est agréable, belle, et, comme le professeur au début du livre, l’auteur dit les mots tels qu’ils sont, n’a pas peur d’eux, et ne cherche pas midi à quatorze heures.

Les personnages sont des enfants, ce qui colle à l’esprit du conte. Jeanne est l’héroïne ; consciente de l’importance des mots, elle tente de la faire comprendre à son frère, Thomas, avec qui elle a une relation plutôt conflictuelle : en effet, comme tous les frères et sœurs sans doute, ils se détestent, mais ne peuvent vivre l’un sans l’autre. L’exploration de l’île leur permet de redécouvrir la grammaire d’une façon ludique, plus amusante, mais aussi plus poétique ; ils aimeraient passer plus de temps à observer les mots tant ils sont fascinants. Cette découverte se fait sous la houlette de Monsieur Henri, un personnage que j’ai tout de suite aimé. Il est aisé de comprendre qui il est vraiment grâce aux indices semés un peu partout ! Guide des enfants, il leur fait découvrir la vie des mots, celle que personne ne connaît, mais aussi le danger qui les menace. En effet, certaines personnes, comme Nécrole (vive l’onomastique !), voudraient les soumettre, les réduire, ne plus utiliser que quelques mots seulement et jeter les autres qui ne serviraient à rien. Le lecteur rencontre aussi d’autres personnages, comme le neveu sublime, qui ne parle pas, mais apprend la musique à Thomas, musique qui a elle aussi une place importante dans ce livre, car elle permet de faire chanter les mots grâce aux rimes, les parents de Jeanne et Thomas, que l’on n’aperçoit qu’à la fin et dont on ne sait pas grand-chose, sinon qu’ils sont divorcés, et des écrivains, que j’ai beaucoup aimé voir dans ce conte, et grâce à qui l’auteur place une petite phrase de leur œuvre pour chacun, afin de donner envie de la découvrir, peut-être, à ceux qui liraient. 

La fin est elle aussi poétique, elle parle d’amour, de musique et de mots. Peut-être un peu rapide, mais quelle fin de conte ne l’est pas ?

 

Donc, un très beau conte que je ferai lire à mes enfants plus tard avec plaisir ! Un rappel de l’importance des mots et de la diversité de la langue française face à ceux qui voudraient la réduire, ainsi que les autres langues.

Through the Looking-Glass de Lewis Carroll

Posté : 28 mai, 2016 @ 4:05 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Through the Looking Glass Genre : Conte, Jeunesse

Editeur : Collins Classics

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 150

Titre en français : Alice, à travers le miroir / De l’autre côté du miroir

Synopsis : « It’s a poor sort of memory that only works backward. » In Carroll’s sequel to Alice’s Adventures in Wonderland, Alice once again finds herself in a bizarre and nonsensical place when she passes through a Mirror and enters a looking-glass world where nothing is quite as it seems. From her guest appearance as a pawn in a chess match to her meeting with Humpty Dumpty, Through the Looking-Glass follows Alice on her curious adventure and shows Carroll’s great skill at creating an imaginary world full of the fantastical and extraordinary.

 

Avis : J’ai envie de lire ce livre depuis un certain temps, mais la sortie du film de Tim Burton a pressé ma lecture (même si, après coup, je pense qu’il n’aura pas grand-chose à voir avec l’œuvre d’origine).

Je m’attendais à ce qu’Alice retourne au Pays des merveilles, et qu’elle y retrouve les personnages qu’elle a déjà rencontrés ; mais ce n’est pas du tout le cas ! Ils ne sont pas même mentionnés, même si deux personnages dans le miroir ressemblent à deux qui étaient présents dans le premier tome. J’ai trouvé Through the Looking-Glass beaucoup plus structuré qu’Alice’s Adventures in Wonderland, beaucoup plus clair et donc plus facile à suivre. L’histoire est toujours absurde, les personnages loufoques, mais j’ai eu l’impression de mieux entrer dans le livre, et j’ai plus ri aux bêtises de certains. J’ai aimé la reprise du système du jeu d’échecs, avec son échiquier, ses pions, les Reines, un Roi, les Chevaliers. Dans le monde du miroir, tout est à l’envers, comme dans un reflet : l’écriture, la mémoire, l’action, les paysages, les chemins, ce qui donne des situations hilarantes pour la petite Alice. L’écriture est agréable à lire, et les poèmes ou chansons qui agrémentent le livre le sont aussi !

Alice est toujours l’héroïne, toujours attachante, toujours petite fille, et semble avoir complètement oublié le Pays des merveilles ! Les aventures qu’elle vit n’ont rien à voir avec le premier tome ; on retrouve simplement Alice et Dinah, qui a eu des petits depuis ! En tout cas, la petite est toujours courageuse, et prête à vivre de nouvelles aventures dans un nouveau monde. Elle rit face à l’absurde, tente de rester sérieuse et d’expliquer ce qu’elle veut dire à ceux qui ne la comprennent pas, et qu’elle ne comprend pas. Elle rencontre notamment La Reine Rouge, qui n’a pas aussi mauvais caractère que la Reine de Cœur, qui ne veut pas tuer tout le monde non plus ; La Reine Blanche, maladroite, qui ne semble que murmurer et qui donne un peu l’impression d’être malade ; Tweedledee et Tweedledum, jumeaux qui vont faire tourner Alice en bourrique, lui apprendre des poèmes dont celui du Morse et du Charpentier, et qui font bien rire les lecteurs ! ; Humpty Dumpty, un personnage qui aime jouer avec les mots, et qui aime aussi les expliquer quand ils ne font sens ni pour Alice, ni pour le lecteur. Les chatons de Dinah sont Kitty et Snowdrop, ils commencent et finissent l’histoire, et sont très mignons, comme à peu près tous les chatons.

La fin donne tout son sens à l’histoire – au rêve ? - et est un peu moins abrupte que celle du premier tome. J’ai aimé aussi la « postface », un bel hommage à la véritable petite fille ; de cette façon, le livre s’ouvre et se ferme sur un poème. 

 

Donc, une belle histoire, des personnages et des situations absurdes et drôles, une aventure agréable !

Alice’s Adventures Underground / Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll

Posté : 24 mai, 2016 @ 8:58 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Alice au pays des merveilles Genre : Jeunesse, Conte

Editeur : Saints-Pères

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 98 / 109

Synopsis :  » Quand le Lapin sortit une montre de son gousset, la regarda et reprit sa course, Alice se leva d’un bond car, en un éclair, elle réalisa qu’elle n’avait jamais vu un lapin avec un gousset et une montre à en sortir. Dévorée de curiosité, elle le suivit à travers champs, et eut juste le temps de le voir s’engouffrer dans un vaste terrier sous la haie.  » Pourquoi Alice s’étonnerait-elle alors de rencontrer chemin faisant une Reine de Cœur, un Griffon, un Chapelier, un Lièvre de Mars ou de prendre le thé chez les fous ? C’est au pays des merveilles que l’a entraînée le lapin blanc, un pays où elle ne cesse de changer de taille, et où tout peut arriver. Un pays que Lewis Carroll met en scène avec une rigueur impeccable dans la loufoquerie. Loin de la mièvrerie du conte enfantin, cette nouvelle traduction restitue au texte anglais toute sa verdeur mathématique.

 

Avis : J’ai reçu en cadeau de Noël cette édition d’Alice au pays des merveilles. Elle contient le manuscrit en VO d’Alice’s Adventures Under Ground, et la version intégrale française.

Cette édition est merveilleuse ! (sans jeu de mots) J’ai d’abord lu le manuscrit, pensant que je lirai l’histoire entière d’Alice ; je ne savais pas qu’en réalité, le roman final a sans doute été augmenté après l’écriture du manuscrit. J’ai donc lu juste après l’édition française, pour retrouver notamment le Chapelier Fou et le Lièvre de Mars, qui n’était pas présent à l’origine. Quel plaisir de plonger à nouveau dans le pays des merveilles ! La première fois, j’avais trouvé la traduction trop pompeuse, et je me demandais comment un enfant pouvait apprécier l’histoire avec cette écriture. Mais la version originale n’a pas grand-chose à voir. La voix de la petite Alice est plus enfantine, et l’absurde devient charmant vu à travers les yeux de la fillette. Elle tente de trouver une explication pour tout, argumente avec des personnages un peu fous, et découvre un monde qui n’a rien à voir avec le sien. Je n’avais jamais lu de manuscrit avant et je dois dire que ça donne une autre dimension à la lecture. Les illustrations sont enchanteresses et transportent d’autant plus dans le monde du roman. Concernant l’absurde : je ne suis absolument pas fan, c’est quelque chose qui m’agace dans certaines œuvres, mais ici, je trouve que c’est différent. C’est une absurdité joyeuse, une folie douce, qui permet aussi de rêver, et de créer.

Alice est très attachante. Rationnelle, elle tente de comprendre ce qui lui arrive, et se sert des leçons qu’elle apprend pour expliquer ce qu’elle voit. Elle est courageuse, ne se laisse pas impressionner par des personnages qu’elle trouve finalement ridicules ; curieuse, elle pose des tas de questions quand quelque chose lui semble absurde, et la réponse ne la satisfait jamais, ou ne lui arrive pas. Le pays des merveilles n’est pas forcément positif pour elle : tout n’est pas qu’émerveillement, au contraire. Elle ressent de la peur, elle veut rentrer chez elle, se demande ce qu’elle fait là et si elle arrivera à revenir un jour. Elle se sent en danger, seule, sans soutien. Le seul qui pourrait l’aider est le Chat du Cheshire, qu’elle rencontre en chemin. Par des énigmes, il la met sur la voie. Ce personnage est un peu le comble de l’absurde, notamment dans la scène où la Reine se demande comment le décapiter s’il ne laisse apparaître que sa tête. Malicieux, insouciant, son sourire est hypnotique, même à travers les pages. Mais Alice entre dans ce pays étrange à cause du Lapin Blanc, un notable qui a peur d’arriver en retard, et qui passe sous ses yeux avec un gilet et une montre à gousset. Obsédé par le temps, il court sans cesse, excepté quand il tente de faire bonne figure auprès de la Reine, ou quand il lui sert lors d’un procès. D’autres personnages sont présents, comme la Reine, que j’ai déjà cité plusieurs fois, obsédée par le fait de couper la tête d’à peu près tout le monde ; le Roi, plus miséricordieux que sa femme, et un peu effacé derrière elle ; le Chapelier Fou, qui évoque la dent du Temps contre lui autour d’une tea party éternelle partagée avec le Lièvre de Mars et le Loir ; la Chenille, peut-être le seul personnage un peu normal du livre, qui dit aider Alice sans que la petite fille comprenne exactement comment ; la Duchesse, qui devient amie avec la fillette dès leur première rencontre ; la sœur d’Alice, qui lit un livre « sans images et sans conversations », ce que la petite fille trouve ennuyeux. Grâce à la préface d’Amélie Nothomb, j’ai découvert qu’Alice est inspirée d’une véritable petite fille, Alice Liddell, à qui Lewis Carroll (Charles Dodgson) a dédié son livre. C’est une façon de faire voyager Alice, de lui faire découvrir la magie de la littérature peut-être. Aussi, Alice est la seule à porter un nom dans le livre, où, en tout cas, le seul que l’on connaisse, ce qui rend les créatures qu’elle côtoie d’autant plus irréelles.

La fin est assez abrupte, et laisse supposer que tout n’était qu’un rêve. Mais un doute subsiste tout de même.

 

Donc, une belle histoire pour enfants, dont je vais lire la suite dans peu de temps.

Comptines assassines de Pierre Dubois

Posté : 11 mai, 2016 @ 1:31 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Comptines assassines Conte, Thriller

Editeur : Folio

Année de sortie : 2011  

Nombre de pages : 427

Synopsis : « Il était une fois un assassin. Il était une fois une victime. Il était une fois une ville apparemment encline à favoriser leur rencontre. » Que se passerait-il si le cruel Croquemitaine ressuscitait ? Et Dracula ? Et Barbe-Bleue ? Pire encore, imaginons le Chat botté, non plus au service du marquis de Carabas, mais comme un impitoyable serial killer, obsédé par l’infirmité. Et si Blanche-Neige, « lèvres rouges comme la rose, cheveux noirs comme l’ébène, et blanche comme neige », n’était pas l’innocente que nous présentent les frères Grimm ? Après Les contes de crimes, Pierre Dubois détourne de nouveau les contes de fées. Il nous en offre une version tour à tour drôle et terrifiante, nourrie d’un vocabulaire ensorcelant où l’extrême noirceur se combine au raffinement.

 

Avis : J’ai lu il y a un mois Les contes de crimes, et j’ai adoré ! J’avais très envie de lire Comptines assassines, mais pas à la suite du premier recueil, de peur de me lasser peut-être.

Ce n’est pas le cas ! Encore une fois, j’ai adoré ces réécritures de contes que, cette fois, je connaissais (presque) tous ! J’ai retrouvé l’écriture soutenue de l’auteur, « féérisante », qui garde les caractéristiques du conte, mais dont les mots sont ceux de thrillers sanglants ! A nouveau, les contes sont rendus plus adultes, tout en conservant tout de même une part d’enfance. Et, à nouveau, on ne peut pas défaire le conte du thriller : ils sont entremêlés de façon savante, donnant un cours normal à l’histoire, un cours que le lecteur accepte de suivre. Cela donne l’impression que les contes envahissent la réalité – bien que de manière assez violente -, qu’ils sont quelque part autour de nous, et que nous ne sommes pas capables de les voir parce que nous avons perdu nos yeux d’enfants. Comme pour le premier recueil, j’ai trouvé ces réécritures très originales, une façon différente de voir les contes, de les faire relire, de les appréhender. Ces livres sont sans doute ceux que je préfère dans ce genre !

Huit contes sont réécrits ici, dont deux qui n’en sont pas vraiment. Je vais faire un bref résumé de chacun, tout en préservant la surprise et le suspens, ce serait tellement dommage de gâcher de si bonnes nouvelles ! L’auteur reprend d’abord « Le Chat botté ». J’ai eu du mal à visualiser le personnage, qui semble à la fois chat et homme, ce qui le rendait d’autant plus mystérieux ! Celui-ci ne supporte pas les infirmes et se change en criminel. La fin est excellente ! (je risque de dire cela pour toutes les nouvelles !) Puis vient « Croquemitaine ». J’ai été surprise du personnage principal de cette histoire ! Il est rongé par les démons de son passé, parmi eux, le Croquemitaine. Ici, il est question de fantômes, de meurtres (évidemment) et du moyen d’arrêter quelque chose qui ne peut pas l’être. Ensuite, « La Dame Blanche », qui tient plus de la légende urbaine que du conte, mais qui donne tout de même une histoire agréable à lire. Ici, les personnages n’ont pas de nom, et sont étrangement attachants. La fin est vraiment surprenante. Le lecteur lit ensuite « Les Musiciens de la ville de Brême », sans doute mon préféré. Il ne reprend pas un, mais la plupart des contes de fées : on y rencontre Le Petit Chaperon rouge, Blanche-Neige, Pinocchio, les trois petits cochons, le Chat botté … L’histoire est féérique et merveilleuse, le lecteur a envie d’y être … jusqu’à la fin, horriblement cruelle, abominable, mais vraiment ingénieuse. Je ne l’avais pas vu venir !

Puis, « Les Trois Souhaits« , que je connaissais vaguement, plutôt grâce à l’histoire d’Aladin qu’au conte de fées original. Ici, le lecteur est pris dans un dialogue entre un confesseur et un homme mystérieux qui va nous raconter son histoire, assez affreuse, qui se solde par un acte également affreux ! Vient ensuite « Barbe-Bleue« , qui vient juste après « Les Musiciens de la ville de Brême » dans mes préférences. J’aime beaucoup ce conte, et les réécritures que j’ai déjà pu en lire, comme le roman d’Amélie Nothomb, qui porte le même nom que l’histoire d’origine. C’était haletant, le suspens était palpable, j’avais envie d’aider la victime, de trouver une solution avec elle. La fin est surprenante, intelligente ! L’avant-dernier est « Le conte de Dracula« , qui lui non plus n’est pas un conte à l’origine. C’était peut-être celui que j’ai le moins apprécié : pas vraiment de magie, ni de vampire, mais la déchéance d’un être humain, et un espoir fragile. La fin est magique et désespérante. Enfin, « La vieille femme qui habitait dans un soulier« , qui reprend en réalité Alice au pays des merveilles. Cette histoire est axée sur Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, et sa façon d’inventer des histoires pour des petites filles, parmi elles Alice Liddell. C’était émouvant, beau, féérique, et l’on retrouve un personnage du recueil précédent, C. Marmaduke Perthwee, le détective spécialiste des contes de fées. C’est la plus longue nouvelle du recueil, mais elle est aussi exaltante, et parsemée de petits indices pour comprendre de quel conte il s’agit, et de pourquoi les meurtres s’enchaînent. Cela montre aussi l’importance de la nature et de la féérie dans notre vie, ce que les adultes ont tendance à oublier en grandissant, parce qu’ils écartent la magie qui les fascinait enfants.

 

Donc, encore une fois, un merveilleux recueil, qui nous embarque dans un univers des contes violent, sanglant, mais toujours féérique et merveilleux, séducteur à souhait.

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