Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Dubliners de James Joyce

Posté : 30 avril, 2018 @ 1:30 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Nouvelles, Classique Dubliners

Editeur : Penguin (English Library)

Année de sortie : 2012 [1914]

Nombre de pages : 205

Titre en français : Dublinois

Synopsis : Naturalistic and moving, the fifteen stories which make up Dubliners each mark a moment of epiphany for the characters, as they experience illumination in the churches, markets, bedrooms and pubs of Dublin.

A stirring, beautiful depiction of Irish middle-class life in the early twentieth century, this is an eye-opening, powerful introduction to James Joyce’s writing.

 

Avis : C’est la première fois que je lis James Joyce, et je me suis dit que c’était mieux de commencer par Dubliners que par Ulysses !

Ce recueil est pour moi assez inégal. J’ai vraiment beaucoup aimé certaines des nouvelles, mais d’autres ne m’ont absolument pas touchée. J’ai eu du mal avec les premières, je me suis même demandé si je n’allais pas abandonner. J’ai lu quelque part que ces histoires ont été jugées immorales à l’époque où elles ont été publiées ; je pense que ce recueil devait être plus choquant en 1914 que maintenant. J’ai aimé l’ambiance des nouvelles qui m’ont parlé ; les autres m’ont vraiment laissé froide. J’ai également aimé l’écriture de Joyce ; le synopsis de l’édition que j’ai lu disait que ce recueil était une bonne introduction pour commencer à le lire, donc parfait ! Je ne suis pas encore prête à lire Ulysses mais je suppose que ça viendra !

Toutes les nouvelles traitent, d’une manière ou d’une autre, d’occasions manquées ou de vies qui ne conviennent pas aux personnages principaux. La boisson est souvent présente, comme la violence.

« The Sisters » traite de la mort d’un révérend, et le titre fait référence aux sœurs qui se sont occupé de lui jusqu’au bout. On ne suit pas ces femmes mais un jeune garçon qui était proche de l’homme décédé. C’est une des nouvelles qui m’a le moins parlé. Le père du garçon n’approuvait pas qu’il passe son temps avec l’homme d’église ; celui-ci serait devenu un peu fou.

« An Encounter » suit des garçons qui font l’école buissonnière et rencontre un homme étrange. Encore une fois, une nouvelle qui ne m’a pas touchée du tout !

« Araby » suit (encore !) un jeune garçon amoureux d’une fille plus âgée que lui. Bien sûr, je ne peux pas trop vous en dire, sous peine de révéler tout ce qui arrive dans la nouvelle … sauf qu’il ne se passe pas grand-chose ! La déception du lecteur à la fin fait écho à celle du personnage !  

« Eveline » raconte l’histoire d’une jeune femme (enfin !), qui veut changer de vie. Encore une fois, la désillusion n’est pas loin, et la fin m’a un peu déçue ! [SPOILER] Je pense vraiment qu’elle allait sauter le pas et prendre sa vie en mains ! [FIN DU SPOILER]

Dans « After the Race », un groupe de riches jeunes hommes va fêter quelque chose. Encore une fois, la désillusion est sûre d’arriver au lever du jour. Globalement, les nouvelles de Joyce ne sont pas très joyeuses, et même plutôt déprimantes par le manque d’action et de prise de décision des personnages !

Je ne pense pas avoir tout compris de « Two Gallants ». Le lecteur suit deux hommes : l’un demande à l’autre de parler à une femme pour lui, mais on ne sait pas tout à fait pourquoi. Je suis passée complètement à côté, et c’est là que je me suis demandé si je n’allais pas arrêter la lecture.

Heureusement, « The Boarding House » est arrivé. C’est ma première nouvelle préférée du recueil. On suit une pension de famille dirigée par Mrs. Mooney avec sa fille Polly. J’aime déjà l’ambiance que laisse entendre ce genre de lieux : du passage, des histoires, des personnages parfois haut en couleur. Ici il est question d’amour et d’opportunité.

« A Little Cloud » est sans doute une des nouvelles les plus tristes du recueil. On suit Little Chandler qui va revoir un ami d’enfance parti à Londres. J’ai été partagée entre mépris et pitié pour un des personnages : [SPOILER] l’envie qu’il ressent peut être compréhensible, mais il n’a tout simplement pas le courage de se lancer – et il est encore trop naïf pour le faire me semble-t-il ! [FIN DU SPOILER] La scène finale est d’un pathétique

« Counterparts » montre des scènes de violence domestique assez révoltantes – tout ça parce que le père n’est pas satisfait de sa vie. Je ne ressens que mépris pour ce personnage qui, parce qu’il est dominé au travail, domine violemment à la maison. Du coup, difficile d’aimer cette nouvelle. Et la boisson est aussi fortement représentée, ce qui ne m’attire absolument pas !

« Clay » est l’histoire d’une femme ordinaire, seule, apparemment laide (selon la description du narrateur) mais infiniment gentille, que tout le monde aime. Elle vit clairement pour les autres, et sa vie semblerait assez vide sans eux. Encore mention de la violence et de l’alcool – décidément !

« A Painful Case » est une autre de mes nouvelles préférées du recueil. On suit un homme qui rencontre une femme mariée et va devenir son ami. L’arrogance du personnage masculin m’a exaspérée jusqu’à la fin, où il se rend compte de son erreur. Une belle réflexion sur la solitude et le souvenir après la mort.

« Ivy Day in the Committee Room » m’a assez peu intéressée. La nouvelle traite de politique et je ne m’y connais pas assez pour la comprendre ou l’apprécier à sa juste valeur. De plus, les dialogues des hommes autour de la table ne m’ont pas interpellée.

J’ai beaucoup plus apprécié « A Mother » ! Comme le titre l’indique, la nouvelle se centre autour d’une mère qui va tout faire pour que sa fille soit traitée convenablement. Peut-on parler d’un brin de féminisme ? Dans tous les cas, j’ai passé un bon moment, et j’étais d’accord avec Mrs. Kearney, malgré les autres personnages ! L’histoire pose aussi la question des arnaqueurs dans le milieu de l’art, et de la valeur des artistes.

« Grace » traite de religion, et plus particulièrement d’un homme qui, à cause de son alcoolisme, se voit demander d’approfondir sa foi. J’ai, encore une fois, peu apprécié cette nouvelle.

Enfin, « The Dead » fait également partie de mes préférées ! Le lecteur suit Gabriel Conroy dans sa famille le soir de Noël. J’ai aimé l’ambiance, les trois tantes, et les réflexions introduites par le personnage à la fin, quand il exprime son désir et son amour pour sa femme, mais aussi quand il pense à la mort à venir. Une des seules nouvelles que j’ai bien envie de relire à la période de Noël !

 

Donc, un recueil assez inégal, qui ne m’a pas suffisamment séduite.

 

Vera d’Elizabeth von Arnim

Posté : 20 avril, 2018 @ 9:45 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Classique Vera

Editeur : Virago (Modern Classics)

Année de sortie : 1989 [1921]

Nombre de pages : 319

Titre en français : Véra

Synopsis : ‘She had the trust in him, he felt, of a child … He was proud and touched to know it, and it warmed him through and through to see how her face lit up whenever he appeared. Vera’s face hadn’t done that’

Lucy Entwhistle’s beloved father has just died; she is twenty-two and alone in the world. Leaning against her garden gate, dazed and unhappy, she is disturbed by the slightly sweaty presence of Mr. Wemyss, also in mourning – for his wife Vera, who has died in mysterious circumstances. Before Lucy can collect herself the middle-aged Mr. Wemyss has taken charge: of the funeral arrangements, of her kind aunt Dot, but most of all of Lucy herself – body and soul.

Elizabeth von Arnim (1866-1941), cousin and friend of Katherine Mansfield, was born in Australia. She had an extraordinary life, spent in Pomerania with her first husband, Count von Arnim, and in England with her second, the 2nd Earl Russell – brother of Bertrand Russell. Most famous for Elizabeth and her German Garden, Vera, first published in 1921, is her masterpiece, a forceful study of the power of men in marriage, and the weakness of women when they love.

 

Avis : J’ai d’abord vu cette auteure sur la chaîne d’Ange (Beyond the Pages), et ses livres m’ont attirée parce qu’ils ont été édités chez Vintage dans leur collection Vintage Classics. Puis j’ai recherché Elizabeth von Arnim et j’ai trouvé Vera.

J’ai vu quelque part – je ne sais plus où – que Daphné du Maurier s’était inspirée de Vera pour écrire Rebecca, un de mes romans préférés. Je me suis dit qu’il serait donc intéressant de le lire, et que j’avais des chances d’aimer ! J’ai bien vu, en lisant Vera, les éléments qui avaient pu intéresser Daphné du Maurier pour son propre livre ; mais elle l’a rendu bien plus gothique que n’est le roman d’Elizabeth von Arnim, et les personnages ne sont pas du tout les mêmes, que ce soient dans leur personnalité ou dans leur relation les uns avec les autres. J’ai beaucoup aimé Vera, et peut-être que je l’aimerais plus encore au fil du temps, mais Rebecca est plus prenant et plus surprenant pour moi, et il a gagné sa place de préféré après quelques réticences de ma part !

Passons à Vera seul maintenant ! D’abord, j’aime beaucoup l’écriture d’Elizabeth von Arnim, donc je sais que je lirai d’autres de ses livres, et même, que je pourrais relire celui-ci – peut-être quand je serai moins en colère !! Cela ne signifie pas du tout que le livre est mauvais ; au contraire, il est capable de me faire ressentir des choses, je me suis sentie impliquée dans l’histoire, et même si je n’adore pas la fin, c’est un très bon roman capable de toucher ses lecteurs. Je suis en colère parce que j’ai absolument DETESTE Wemyss !! Il est arrivé directement sur ma liste de personnages que je déteste le plus en littérature, aux côtés d’Ambrosio dans The Monk et Humbert Humbert dans Lolita. Il est tellement centré sur lui-même, égoïste, dès le début du roman ! Insupportable. Et sa façon de voir les femmes !! [SPOILER] Pour lui, elle ne doit pas penser, ce n’est pas son rôle ; il doit avoir le contrôle total sur absolument tout, son esprit, son âme, son corps ; toute sa vie est à lui ! Et quand Lucy se trouve être sa femme et qu’elle tente de tout partager avec lui, elle découvre que ce n’est pas du tout une bonne idée ! [FIN DU SPOILER] Il est facilement blessé – pour rien, je précise –, il est d’un ridicule, et, en même temps, personne ne lui dit jamais rien, ce qui le laisse diriger tranquillement avec sa vision complètement étriquée des choses ! Il pense qu’il a toujours raison !! Il est très rare de trouver un personnage aussi agaçant [SPOILER]  mais aussi un personnage si ridicule et qui prend pourtant autant d’ampleur. Lucy ne veut pas de lui au début, elle ne l’aime pas ; et, avec sa manière de la plier à sa volonté, de la forcer à faire ce qu’il veut, il parvient à la faire tomber amoureuse, et à la couper de tout le monde. Il n’est pas seulement insupportable, il est aussi dangereux ! [FIN DU SPOILER]

J’ai adoré Lucy [SPOILER] surtout parce qu’elle finit par se rendre compte de qui est Wemyss, et par ne plus tout à fait lui obéir. Elle découvre qui il est, mais tente de se convaincre qu’elle a tout de même fait le bon choix. J’ai eu pitié d’elle, vraiment, et j’aurais tout de même préféré qu’elle le défie carrément, qu’elle s’affirme, qu’elle lui montre que ce n’est pas parce qu’elle est femme qu’elle ne pense pas ou qu’elle n’a pas le droit d’avoir sa propre personnalité et de faire ses propres choix.  [FIN DU SPOILER] Elle peut paraître agaçante à certains, mais je l’ai trouvée tellement innocente. J’avais tellement envie de l’aider ! C’est peut-être pour cette raison que je me suis pas mal identifiée à la tante Dot – que j’adore également. Elle est tellement généreuse, et elle ne fait que penser, constamment, au bonheur de Lucy. [SPOILER] J’ai aussi fini par aimer Vera elle-même. Elle est, en quelque sorte, une alliée virtuelle pour Lucy face à un mari tyrannique ; c’est vers elle qu’elle se tourne quand elle se sent mal, ou seule. Je l’ai aussi aimée grâce à la façon dont elle est dépeinte par ses habitudes et ses affaires, et non par son ancien mari, qui ne cesse de la diaboliser et de la rabaisser. [FIN DU SPOILER]

La fin était un peu décevante pour moi au début. J’en voulais plus, je voulais savoir ! Mais, je me suis dit que c’était logique que ça s’arrête là. [SPOILER] Le lecteur sait aussi que la tante Dot a raison : Lucy ne tiendra pas aussi longtemps que Vera, elle mourra plus tôt, et Wemyss sera capable de continuer à vivre normalement, à la recherche d’un nouveau « petit amour » ! Il dit à un moment donné qu’il a profondément aimé Vera ; je n’y crois pas une seconde, vu la rapidité avec laquelle il l’a remplacée ! A la fin du roman, j’espère toujours que Lucy ne va pas finir comme la première épouse, mais je n’y crois pas moi-même. D’ailleurs, je suis persuadée que Wemyss a tué Vera, littéralement, que c’est lui qui l’a poussée par la fenêtre ! Je trouve que c’est clair dans les dernières pensées de Wemyss avant la fin du roman. De plus, il a menti sur elle en disant, par exemple, qu’elle refusait de voyager ; dans ce cas-là, pourquoi a-t-elle autant de Baedecker dans sa bibliothèque ? C’est plutôt lui qui devait la retenir, dans une sorte de séquestration, et qui l’empêchait de faire ce qu’elle voulait, exactement comme il compte le faire avec Lucy ! [FIN DU SPOILER]

Petite remarque : j’ai aimé les petites réflexions sur les livres au cours du roman. La différence de perception de la littérature entre Wemyss et Lucy est choquante, et j’ai retenu certaines citations, dont celle-ci, que je vous mets en VO et en français : « The books people read, – was there ever anything more revealing ? » / « Les livres que nous lisons – existe-t-il quelque chose de plus révélateur ? »  

 

Donc, un excellent livre, que je relirai sans doute avec plaisir, malgré ma haine de Wemyss !

 

Lolita de Vladimir Nabokov

Posté : 10 mars, 2018 @ 2:41 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : ClassiqueLolita

Editeur : Penguin (Essentials)

Année de sortie : 2011 [1952]

Nombre de pages : 352

Titre en français : Lolita

Synopsis : ‘Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of my tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo-lee-ta.’

Humbert Humbert is a middle-aged, frustrated college professor in love with his landlady’s twelve-year-old daughter Lolita, he’ll do anything to possess her. Unable and unwilling to stop himself, he is prepared to commit any crime to get what he wants.

Is he in love or insane? A silver-tongued poet or a pervert? A tortured soul or a monster? Or is he all of these?

 

Avis : Cela fait un moment que Lolita se trouve dans ma PAL – presque 4 ans il me semble – ; j’ai pensé plusieurs fois à l’en sortir, sans oser le faire, de peur de détester le livre. Un cours de littérature comparée m’a enfin « forcée » à le lire !

Difficile de dire qu’on apprécie un tel livre, mais il est indéniable que l’écriture de Nabokov est magnifique. Rien que les premières lignes sont déjà poétiques dans leur mélodie. De plus, bien que l’histoire qu’il raconte soit affreuse, son traitement du sujet en fait quelque chose de lisible : certes, le lecteur se retrouve dans la tête d’Humbert Humbert, un pédophile qu’il va finir par haïr à la fin de l’œuvre ; mais rien n’est clairement décrit, tout reste – généralement – dans la subtilité. Aussi, Humbert se pense vraiment amoureux ; il voit que ce qu’il fait est mal mais ne peut pas – ne veut pas ? – s’en empêcher plus longtemps. Cet aspect du livre est un des plus déroutants : peut-on vraiment penser que le personnage principal est amoureux d’une petite fille de 11 ans ? peut-on vraiment qualifier cette relation d’amour ? On peut parler de possessivité – cela devient obsessionnel à la fin – mais je doute que le mot « amour » puisse être employé. Et pourtant, Humbert ne cesse d’en parler, ce qui finit par être énervant. Malgré tout, l’auteur prend un risque en écrivant du point de vue d’Humbert ; c’est original, mais je n’ai jamais lu un livre qui m’a mise aussi mal à l’aise, ou qui m’a donné la nausée – cette sensation est renforcée par le fait qu’Humbert s’adresse au lecteur, l’implique donc dans son histoire, notamment en lui demandant de ne pas être hypocrite ou de ne pas le juger. En revanche, je ne me suis pas demandé si j’allais arrêter la lecture : bien que l’histoire soit affreuse, j’avais envie d’avoir des réponses à plusieurs questions, comme pourquoi Humbert est-il en prison ? Il a apparemment tué quelqu’un : qui ? J’avais aussi envie de savoir ce que Lolita allait devenir. Malgré le dégoût, j’étais quand même happée. Enfin, je ne sais pas si c’est parce que j’étais tellement dérangée par l’histoire, ou si je n’étais pas complètement concentrée, mais je n’ai pas du tout compris d’où sortait Clare vers le milieu du livre. Je me suis dit que j’avais dû louper quelque chose !

J’ai détesté Humbert de tout mon cœur ; j’ai rarement envie de tuer un personnage, mais alors lui, je l’aurais fait avec plaisir. Il ne se rend absolument pas compte de ce qu’il fait vraiment, même s’il en parle aussi librement dans cette confession ; il avoue qu’il n’a fait que se justifier tout le long qu’à la fin, quand il confie qu’il avait compris que Lolita était, en réalité, malheureuse avec lui, et que leur relation n’était ni saine et ni normale, contrairement à ce qu’il voulait croire – et à ce qu’il voulait laisser penser au lecteur. Ces tentatives pour se trouver des excuses, ou de déguiser son vice en amour m’ont écœurée et mise en colère, tout comme le fait qu’il utilise constamment ce terme d’« amour » pour parler de la relation qu’il entretient avec Lolita. Au début, j’ai sincèrement cru qu’il allait la préserver, la protéger, qu’il n’allait faire que vivre dans son orbite – quelle désillusion !! Quant à Lolita elle-même, comme elle est vue par les yeux d’Humbert, elle est assez ambiguë. Il nous la décrit comme une « nymphette », un enfant-démon, qui le séduit consciemment. Bientôt, il va nous dire que c’est elle qui lui a demandé d’établir cette relation malsaine ! Le lecteur ne saura jamais qui est vraiment Lolita ; à la fin, il découvre quand même que l’image qu’en avait Humbert n’était pas réelle. Dans tous les cas, j’ai eu régulièrement mal au cœur pour elle : [SPOILER] un moment donné, Humbert avoue qu’il lui a tout pris : une famille, une enfance, une vie normale de petite fille, pour la faire grandir prématurément ; elle-même lui dit qu’il a brisé sa vie à la fin, quand il finit par la retrouver. Il décrit aussi ses yeux, vides, son expression malheureuse, son absence de désir et de goût pour la vie. [FIN DU SPOILER] La mère, Charlotte, est typiquement la mère inutile pour qui sa fille n’est qu’un obstacle dans la vie. Elle envoie sa fille en camp de vacances pour être débarrassée d’elle et se concentrer sur son idylle amoureuse avec un homme qui ne veut pas d’elle. Elle est assez ridicule, et assez insupportable – typiquement une relation mère-fille qui ne permet pas à la fille de se sentir aimée ou d’être protégée par le seul parent qui lui reste.

La fin laisse un goût amer : Humbert est toujours dans son délire d’amour pour Lolita. Le lecteur ne sait pas ce qui lui est arrivé ensuite, l’éditeur fictif – qui introduit le livre – ne reprend pas la parole pour nous dire comment a fini Humbert.  

Je suis contente d’avoir lu ce livre, il fait quand même partie des grands classiques de la littérature ; mais je ne pense pas le relire – en tout cas, pas pour le moment ! Même si je ne peux pas dire que j’ai adoré, Lolita ne m’a pas laissé indifférente !

 

Donc, une lecture difficile, une histoire dérangeante portée par une écriture magnifique.

 

The Lottery and Other Stories de Shirley Jackson

Posté : 1 mars, 2018 @ 10:21 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Nouvelle, Horreur, ClassiqueNovels and Stories Shirley Jackson

Editeur : Library of America

Année de sortie : 2010 [1949]

Nombre de pages : 239

Titre en français : La loterie et autres nouvelles

Synopsis : « The world of Shirley Jackson is eerie and unforgettable », writes A. M. Homes. « It is a place where things are not what they seem; even on a morning that is sunny and clear there is always the threat of darkness looming, of things taking a turn for the worse. » Jackson’s characters – mostly unloved daughters in search of a home, a career, a family of their own – chase what appears to be a harmless dream until, without warning, it turns on its heel to seize them by the throat. We are moved by these characters’ dreams, for they are the dreams of love and acceptance shared by us all. We are shocked when their dreams become nightmares, and terrified by Jackson’s suggestion that there are unseen powers – « demons » both subconscious and supernatural – malevolently conspiring against human happiness.

In this volume Joyce Carol Oates, our leading practitioner of the contemporary Gothic, presents the essential works of Shirley Jackson, the novels and stories that, from the early 1940s through the mid 1960s, wittily remade the genre of psychological horror for an alienated, postwar America. She opens with The Lottery (1949), Jackson’s only collection of short fiction, whose disquieting title story — one of the most widely anthologized tales of the 20th century — has entered American folklore. Also among these early works are « The Daemon Lover », a story Oates praises as « deeper, more mysterious, and more disturbing than « The Lottery »", and « Charles », the hilarious sketch that launched Jackson’s secondary career as a domestic humorist. Here too are Jackson’s masterly short novels The Haunting of Hill House (1959), the tale of an achingly empathetic young woman chosen by a haunted house to be its new tenant, and We Have Always Lived in the Castle (1962), the unrepentant confessions of Miss Merricat Blackwood, a cunning adolescent who has gone to quite unusual lengths to preserve her ideal of family happiness. Rounding out the volume are 21 other stories and sketches that showcase Jackson in all her many modes, and the essay « Biography of a Story », Jackson’s acidly funny account of the public reception of « The Lottery », which provoked more mail from readers of The New Yorker than any contribution before or since.

 

Avis : J’ai lu The Haunting of Hill House (La maison hantée) en janvier, et je garde un souvenir impérissable de cette lecture ! J’ai donc continué ma découverte de Shirley Jackson avec son seul recueil de nouvelles, The Lottery !

J’ai rarement lu une collection d’histoires aussi cruelles !! Toutes ont quelque chose de dérangeant, de perturbant, d’impossible à supporter. La plupart d’entre elles se passe dans une maison ou un appartement, dans un lieu qui est donc censé être sûr, un lieu dans lequel on se sent bien, un chez-soi ; mais les chez-soi ne sont jamais des endroits sûrs avec Shirley Jackson ! Dans chacune de ces nouvelles, je me suis sentie mal à un moment donné. Comme dans la plupart des recueils, certaines histoires sont meilleures que d’autres ; mais, globalement, ce recueil est équilibré. Il est divisé en cinq parties, toutes introduites par un extrait d’une même œuvre – extrait qui m’a toujours paru incompréhensible ! La plupart des noms de personnages reviennent, ce qui crée une petite confusion parfois pour le lecteur – mais, évidemment, c’est le but ! En gros, Shirley Jackson nous invite dans un enfer quotidien, peuplé d’hommes et de femmes violents ou indifférents, où le bonheur n’existe pas, tout comme la tranquillité d’esprit ! Les personnages ne sont jamais en sécurité, jamais stables, menacés soit par la folie, soit par la mort.

La première partie regroupe : « The Intoxicated », étrange par sa représentation d’une génération que la tranche d’âge précédente ne comprend pas ; « The Daemon Lover », une des nouvelles les plus cruelles, dans laquelle une femme attend un homme qui lui a promis de l’épouser ; « Like Mother Used to Make », encore plus cruelle que la précédente, cette nouvelle m’a vraiment donné mal au ventre, et m’a fait reposer le livre un moment ! Cela m’a fait penser que l’auteure affectionne les personnages qui ne réagissent pas, qui ne cherchent pas à se sortir de situations intolérables ! « Trial by Combat » raconte l’histoire d’une femme qui ne sait pas quoi faire contre sa voisine qui  lui vole ses affaires ; « The Villager » est aussi dérangeant, comme certaines autres nouvelles, on assiste à une sorte de vol de vie, d’identité. Encore une fois, Shirley Jackson semble aimer les personnages qui n’ont pas d’identité, et qui sont tentées de s’en forger une autre, ou de voler celle de quelqu’un d’autre pour exister, ce que je trouve assez perturbant ! « My Life with R. H. Macy » était moins bonne, et montre la mécanisation des grands commerces, dans lesquels les employés ne sont plus que des numéros.  

Dans la deuxième partie : « The Witch » que j’ai beaucoup aimé, qui inverse les codes habituels de la sorcière ; « The Renegade », qui traite d’une femme dont le chien est accusé d’avoir tué des poules, et qui tente de réfléchir à comment le sauver. Ces deux nouvelles sont perturbantes parce qu’elles mettent en scène des enfants qui ne se rendent visiblement pas compte de ce qu’ils disent – ou, si c’est le cas, ça fait encore plus peur ! Ils sont extrêmement violents dans ce qu’ils disent vouloir faire, ce que le lecteur n’a pas forcément l’habitude de voir chez des enfants ! « After You, my Dear Alphonse » met encore en scène des enfants, mais ici, c’est surtout la couleur de peau qui est mise en avant. Mrs Wilson veut aider Boyd et sa famille parce qu’ils sont noirs, et est outrée quand il refuse son aide en expliquant qu’ils ont tout ce dont ils ont besoin. Charité mal placée, quand tu nous tiens ! J’ai adoré « Charles », et je me doutais que la chute allait être de ce genre ! [SPOILER] Je me doutais que Charles n’existait pas, et je me demande si le petit est schizophrène ou s’il souhaiterait être comme Charles ! [FIN DU SPOILER] « Afternoon in Linen » fait partie des nouvelles que j’ai moins aimé, à l’inverse de « Flower Garden », encore une fois bien cruelle, et qui traite du racisme de certaines familles, et même, de certains villages entiers ! « Dorothy and my Grandmother and the Sailors » était aussi un peu moins bonne, et traite, pour moi, de manière sous-jacente, de sexualité.

La troisième partie comporte : « Colloquy », qui fait deux pages, et qui m’a laissé perplexe ; « Elizabeth », qui montre la journée d’une femme, journée assez morose durant laquelle on se rend compte qu’elle n’a pas du tout la vie dont elle rêvait. La fin laisse présager que cela pourrait s’améliorer … ou que rien ne va se passer ! « A Fine Old Firm » fait partie des nouvelles moins bonnes, et est assez étrange – comme toutes les autres bien sûr mais, j’ai eu un mauvais pressentiment tout le long de cette histoire, comme si un des personnages mentait. Je n’ai pas vraiment apprécié « The Dummy » non plus, encore une nouvelle dérangeante, surtout dans la façon dont la femme du marionnettiste est traitée, et dans le fait qu’elle reste et ne bronche pas ! J’ai aimé « Seven Types of Ambiguity » ; l’action se déroule dans une librairie ! Mais la fin est encore une fois assez cruelle ! Même cas pour « Come Dance with Me in Ireland » : j’ai apprécié l’histoire, et la fin est un petit pied-de-nez au lecteur !

La quatrième partie : « Of Course », assez dérangeant dans le sens où l’héroïne ne peut absolument pas donner son avis ou parler de choses agréables sans que sa nouvelle voisine ne trouve quelque chose à redire ; j’ai aimé la fin ! « Pillar of Salt » raconte le voyage d’un couple à New York. Ici, c’est perturbant parce qu’ils sont censés passer un super moment ensemble, ils ont idéalisé ce voyage, et tout tombe peu à peu à l’eau. « Men With Their Big Shoes » est affreux !!! La dernière phrase tombe comme un couperet, et le lecteur se rend compte que l’héroïne va vivre un enfer ! « The Tooth » raconte le voyage d’une femme à New York pour se faire enlever une dent : assez étrange, et centré sur une dent qui ne veut pas guérir, et qui entraîne sa propriétaire vers un homme qui ne cesse d’apparaître. « Got a Letter from Jimmy » est percutante, puisque la nouvelle ne fait que deux pages, mais assez étrange puisque, sans contexte, le lecteur ne comprend pas tout. Enfin, arrive « The Lottery » ! Il paraît que cette nouvelle a inspiré Hunger Games ; c’est vrai que cela peut vaguement y faire penser. Encore une fois, une histoire cruelle ; je ne m’attendais pas à la fin !

L’épilogue consiste en un poème, « The Daemon Lover » de James Harris, encore l’histoire cruelle d’une femme qui se fait avoir par le diable, dont elle est tombée amoureuse !

 

Donc, un recueil de nouvelles perturbant, intéressant à lire, qui montre un enfer différent.

 

Maurice d’E. M. Forster

Posté : 17 février, 2018 @ 4:08 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Classique Maurice

Editeur : Penguin

Année de sortie : 1972 [1971]

Nombre de pages : 215

Titre en français : Maurice

Synopsis : Maurice is born into a privileged way of life. He grows up confident in status, precise in social ritual. Yet although priggish and conforming, Maurice finds himself increasingly attracted to his own sex. Through Clive, whom he encounters at Cambridge, and through Alec, the gamekeeper on Clive’s country estate, Maurice gradually expériences a profound emotional and sexual awakening.

Completed in 1914, Maurice is a powerful condemnation of the repressive attitudes of British society and a plea for emotional and sexual honesty. Aware that its publication would cause a furore, Forster ensured that it did not appear until after his death in 1970.

 

Avis : Je voulais lire un peu de romance en février – vu que c’est quand même le mois de l’amour, tout ça ! – et je me suis dit que ce pouvait être sympa de découvrir Maurice d’E. M. Forster.

J’avais déjà lu A Room With a View il y a un moment maintenant – en 2014 je crois ! – et j’avais beaucoup aimé l’écriture de l’auteur, sa façon de faire vivre ses personnages. Et je n’avais jamais lu de romance gay entre deux hommes ! Beaucoup d’arguments donc pour lire ce livre !! Ce que j’ai adoré dans Maurice, c’est la découverte sexuelle et amoureuse du personnage principal. Le lecteur sent bien que Forster a compris de quoi il parlait ; il n’en rajoute pas, c’est beau et touchant à lire, c’est subtil et progressif. Maurice met un moment à comprendre ce qui lui arrive, et même alors, il a du mal à l’accepter. C’est aussi ce que j’ai aimé dans ce livre : la dénonciation d’une société complètement hypocrite qui tente de réprimer un amour qui ne serait pas approprié, ce qui crée des situations comme celles de Maurice ou de Clive. J’imagine la réception de l’œuvre si elle avait été publiée en 1914, quand elle a été achevée par l’auteur ! J’ai vu quelques commentaires qui regrettaient que Forster « n’ait pas eu le courage » de publier le livre une fois qu’il l’avait terminé ; mais s’il l’avait fait, il aurait sans doute été très mal vu par la société, ses œuvres suivantes auraient été mal reçues ou non publiées parce qu’il aurait dérangé les bonnes mœurs anglaises. Je comprends tout à fait qu’il ait préféré attendre sa mort pour que Maurice paraisse !

Malgré ces bons côtés, Maurice n’est pas un coup de cœur – décidément, en ce moment, j’ai du mal ! L’écriture est toujours aussi bonne, mais j’ai trouvé qu’elle était parfois difficile à suivre, notamment dans les dialogues – après, c’est peut-être aussi moi qui l’ai lu quand j’étais fatiguée ! Quant aux personnages, aucun n’est vraiment attachant. Maurice est très méprisant avec à peu près tout le monde, surtout avec les femmes et les domestiques, c’est-à-dire les gens qui lui sont inférieurs, ou qu’il considère comme ses inférieurs. Cela entraîne une réflexion sur les classes sociales, et ce qu’elles signifient vraiment : est-ce que Maurice, parce qu’il vient d’une famille riche, est meilleur qu’un jeune homme jardinier dont le père est boucher ? J’ai pu ressentir de la pitié pour lui et le comprendre à certains moments, mais cela n’en fait pas pour autant un de mes personnages préférés. [SPOILER] A la fin, cette façon de traiter ses « inférieurs » disparaît puisqu’il tombe amoureux d’un homme d’un rang social plus bas que lui. [FIN DU SPOILER] Bien sûr, il n’est pas nécessaire que les personnages soient attachants pour qu’un livre soit bon, et le narrateur fait plusieurs remarques sur l’attitude de Maurice qui font acquiescer vigoureusement le lecteur ! Mais ici, j’aurais aimé apprécier le « héros » ; [SPOILER] on peut dire que la fin est un peu une sorte de rédemption pour lui : il est tombé amoureux d’un inférieur, et l’amour fait de cet homme un être qui lui est supérieur, montrant ainsi que les classes sociales ne veulent rien dire sur la valeur des êtres [FIN DU SPOILER]. Ce qui m’a surtout fait tiquer, c’est le personnage de Clive. Le changement qui s’opère chez lui à un moment donné m’a semblé très bizarre, et très improbable : [SPOILER] est-ce parce qu’il ne pouvait pas avoir de véritable relation avec Maurice ? Se pensait-il gay parce qu’il se sentait proche des Grecs anciens et de leur philosophie de vie ? Etait-ce juste une lubie ? On ne décide pas d’être homosexuel ou non, [FIN DU SPOILER] je n’ai vraiment pas compris sa situation et ce qui lui arrive !

J’ai adoré la fin [SPOILER] j’étais si contente que ce soit une fin heureuse ! [FIN DU SPOILER]. C’est en lisant ce genre de livres que le lecteur se rend compte qu’il a de la chance de vivre à une époque où il est permis à deux personnes de même sexe de s’aimer, comparé à l’époque de l’auteur. Forster dédiait ce livre à « a happier year », une année plus heureuse. Bien sûr, dans certains pays, cet amour est encore interdit ; donc l’année est plus heureuse, mais ce n’est pas encore LA plus heureuse.

 

Donc, une bonne lecture, et un livre que je relirai sans doute. Je regarderai le film, en espérant qu’il soit bon !

 

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