Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

The Invention of Angela Carter d’Edmund Gordon

Posté : 19 mars, 2018 @ 1:34 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Biographie The Invention of Angela Carter

Editeur : Chatto & Windus

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 421

Titre en français : Pas encore traduit

Synopsis : Angela Carter is widely acknowledged as one of the most important and beguiling writers of the last century. Her work stands out for its bawdiness and linguistic zest, its hospitality to the fantastic and the absurd, and its extraordinary inventiveness and range. Her life was as modern and as unconventional as anything in her fiction.

Born Angela Olive Stalker in Eastbourne in 1940, her story spans the latter half of the twentieth century. After escaping an oppressive childhood and a difficult early marriage, the success of her first novels enabled the freedoms of travel – journeying across America in a Greyhound bus, and then on to Tokyo, where she lived for three transformative years – before settling in London to write her last, great novels, amid the joys of late motherhood and prestigious teaching posts abroad. By the time of her tragic and untimely death at the age of fifty-one, she was firmly established as an iconoclastic writer whose fearlessly original work had reinvigorated the literary landscape and inspired a new generation.

This is the story of how Angela Carter invented herself – as a new kind of woman and a new kind of writer – and how she came to write such seductive works as The Bloody Chamber, Nights at the Circus and Wise Children. Edmund Gordon has followed in Carter’s footsteps to uncover a life rich in incident and adventure. With unrestricted access to her manuscripts, letters and journals, and informed by dozens of interviews with her friends and family, this major biography offers a definitive portrait of one of our most dazzling writers.

 

Avis : J’ai vu ce livre sur la chaîne de Jen Campbell – comme la majorité des livres que je lis en ce moment on dirait ! J’ai lu entre temps deux œuvres d’Angela Carter que j’ai adorées ; je me suis dit que ce pouvait être sympa de lire sa biographie.

J’ai d’abord été surprise de constater que c’est la seule biographie de l’auteure, et qu’elle n’a été publiée qu’en 2016, soit vingt-quatre ans après la mort d’Angela Carter ! Souvent, il existe plusieurs biographies pour chaque auteur, et c’est plutôt compliqué de choisir laquelle lire en premier – ou lire tout court ! Donc, déjà, ici, pas le choix. Ensuite, Jen Campbell, en parlant de The Invention of Angela Carter, explique qu’elle pense que c’est un bon moyen de commencer à découvrir l’auteure. En un sens, oui, parce qu’on apprend à connaître sa façon de penser, les thèmes importants pour elle, et l’évolution de son travail au fil des ans ; mais, en un autre sens, non, parce qu’Edmund Gordon spoile ABSOLUMENT toutes les œuvres de l’auteure. Alors, visiblement, pour lui, ce n’est pas tant la fin qui compte que l’intrigue, et ce qui se cache derrière l’histoire, sa portée symbolique, ce qu’elle représente ; mais je dois quand même avouer que j’aime découvrir moi-même la fin. C’est, honnêtement, le SEUL point négatif de ce livre, avec le premier chapitre, qui m’a un peu rebutée : l’auteur remonte aux grands-parents d’Angela Carter, ce qui peut paraître un peu ennuyeux ; j’avais surtout envie d’en apprendre plus sur elle directement. C’est nécessaire pour comprendre ensuite la vie de l’auteure, mais ce n’était pas ce qu’il y avait de plus passionnant.

Ce premier chapitre m’a fait reposer le livre pendant une semaine – une semaine et demie ; j’ai attendu que l’envie de le reprendre se manifeste, j’étais dans une pause lecture assez agaçante et l’incipit ne m’avait pas assez accrochée pour poursuivre tout de suite la lecture.

Dès la lecture du deuxième chapitre, j’étais bien plus dans le livre qu’au tout début, parce que l’auteur commence à intégrer des passages de journaux d’Angela Carter, et des témoignages de personnes qui l’ont connue. Ces citations sont un gros point positif du livre, puisqu’elles permettent d’entendre autre chose que la voix de l’auteur. J’ai ensuite été emportée dans la vie de l’auteure ; difficile de reposer le livre, j’avais envie de savoir, d’apprendre, de vivre un peu avec elle – c’est dire le talent du biographe, étant donné que je ne connaissais pas du tout Angela Carter avant de lire ce livre, si ce n’est par ses deux œuvres de fiction, Fireworks et The Bloody Chamber. Le problème : je savais très bien qu’elle était morte jeune, et je n’avais pas envie d’arriver à cette fin. Lire sa vie me l’a rendu attachante, surtout qu’Edmund Gordon ne nous la présente pas de manière idéalisée, au contraire. Il a décidé ici de nous montrer en quoi elle s’est inventée, et en quoi les autres l’avaient inventée. Elle était souvent décrite comme une marraine bonne fée, ou une sorcière blanche, à cause de ses cheveux blancs, alors qu’elle était encore jeune ; donc mythifiée. Ici, l’auteur la rend plus humaine, et, étrangement donc, plus attachante. Il nous montre ses défauts, ses vraies qualités – et pas les fantaisies que certains ont voulu lui attribuer –, ses idées, ses principes, ses façons d’être avec les autres, qui contredisent parfois ses entrées de journal. Angela Carter est une femme qui paraît contradictoire, qu’il est parfois difficile de comprendre, qui vit dans un monde à part, mais aussi dans le monde réel. Malgré ce flou, c’était une joie de lire sa vie, parce qu’au fil du temps, elle est de plus en plus heureuse, elle trouve son identité, et parvient à vivre en accord avec ses principes. Il était passionnant de se rendre compte à quel point elle met de ses idées et de sa vie dans ses œuvres de fiction ! J’ai quasi envie de relire Fireworks et The Bloody Chamber à la lumière de ce que ce livre m’a appris – ce qui confirme l’idée de Jen Campbell que c’est un bon moyen de la découvrir, malgré les spoilers. J’ai aussi ressenti de l’indignation pour la façon dont elle était traitée par la société, et par le monde littéraire ; son talent n’est vraiment reconnu que le lendemain de sa mort, ce qui me paraît aberrant ! C’est d’une tristesse ! Le refus d’inclure Wise Children dans la sélection pour le Man Booker Prize a motivé la création du Bailey’s Prize – maintenant appelé le Women’s Prize for Fiction –, qui devait s’appeler, à l’origine, l’Angela Carter Prize ! Sa déception face à la réception de ses livres, ou face au manque de reconnaissance par rapport à ses pairs, comme Salman Rushdie ou Ian McEwan, m’a fait mal au cœur. Parlant de monde littéraire, j’ai aimé découvrir qui était ses amis, quels auteurs elle lisait, ceux qu’elle a aidé à percer, ou à qui elle a enseigné – comme Kazuo Ishiguro, qui est devenu son ami, et a obtenu le prix Nobel de littérature en 2017 ! L’auteur inclut les événements importants qui l’ont marquée pendant sa vie, comme la fatwa contre Salman Rushdie pour The Satanic Verse – il était assez consternant de voir la réaction de certains face à la situation de l’autre, et notamment la réaction du gouvernement, qui m’a choquée !! –, ou la guerre contre l’Argentine pour les îles anglaises sous le gouvernement de Margaret Thatcher – qu’Angela Carter détestait comme rarement elle a détesté quelqu’un. Ces événements permettent d’inclure des réflexions en parallèle de la vie de l’auteure, qui la concernent plus ou moins, mais qui, dans tous les cas, sont les bienvenues. Ses différentes façons de gagner de l’argent m’ont inspirée, et sa détermination à écrire, sa façon de travailler sont fascinantes ; j’ai découvert de nouvelles œuvres écrites par elle dont je n’avais jamais entendu parler ! J’ai maintenant envie de lire tous ses livres, comme une sorte d’hommage, mais aussi parce que je sais que je les aimerais !

En me rapprochant de la fin, les larmes commençaient à monter, jusqu’au dernier chapitre, où je n’ai plus su les retenir. C’est comme si j’avais perdu un être cher, alors que je ne la connaissais pas, et qu’elle est morte avant même que je sois née ! J’ai aimé l’épilogue, qui permet à l’auteur d’expliquer comment il s’est retrouvé à écrire la biographie d’Angela Carter, les choix qu’il a fait, ses sources. Il parle d’autres biographies qui seront sans doute écrites en la montrant d’un point de vue tout à fait différent. La dernière phrase du livre résume bien la complexité de la personnalité d’Angela Carter : « She’s much too big for any single book to contain. »

 

Donc, une excellente biographie, qui prend le parti de raconter la vie d’Angela Carter de sa naissance à sa mort. Un coup de cœur !

 

Notre histoire. Pingru et Meitang de Rao Pingru

Posté : 13 mars, 2018 @ 5:51 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Autobiographie, BiographieNotre histoire

Editeur : Seuil

Année de sortie : 2017 [2013]

Nombre de pages : 346

Langue d’origine : Chinois

Synopsis : En 2008, à la mort de sa femme Meitang, Rao Pingru entreprend de conjurer le deuil par l’encre et l’aquarelle en retraçant, in memoriam et en dessin, le destin de sa famille. Dans son appartement shanghaïen, le vieil homme se souvient du sel des jours qu’il a partagés avec Meitang et de leur vie rythmée par les battements d’une Chine en ébullition.

De sa petite enfance à son mariage avec celle qui porte aux lèvres « une touche d’écarlate », de son engagement militaire lors de la guerre contre le Japon à son internement dans un camp de rééducation où il resta vingt ans, de l’établissement de sa famille à Shanghai à la maladie de son épouse, Rao Pingru restitue dans cette histoire les jours de fête comme les jours difficiles et livre une œuvre qui ne ressemble à aucune autre, une vie dessinée à l’échelle de la Chine.

A chaque page d’un récit à la fois tendre, grave et poétique, la petite et la grande histoire, la voix unique de Rao Pingru et la marche des évolutions politiques du pays se rejoignent, donnant à lire un témoignage fort sur la vie des héros ordinaires de la Chine du siècle passé ainsi qu’une magnifique histoire d’amour.

 

Avis : Je zieutais ce livre depuis pas mal de temps en librairie, et quand j’ai vu qu’il était à la bibliothèque, je me suis jetée dessus !!

Il est assez difficile d’« évaluer » un livre pareil, notamment parce que l’auteur raconte sa vie et celle de sa femme, et qu’une vie ne se juge pas comme une œuvre de fiction. On ne peut donc pas dire « j’ai aimé », « je n’ai pas aimé ». Pour autant, j’avais des attentes particulières : je pensais lire l’histoire d’amour entre Pingru et Meitang, ou, en tout cas, je m’attendais à ce que le livre se focalise là-dessus. Ce n’est pas vraiment le cas. La vie du couple est racontée de leur enfance à la mort de Meitang, et tous les aspects de la vie sont abordés : les difficultés financières, les problèmes d’emploi et, surtout, la nourriture. Celle-ci, à un moment donné, m’a paru omniprésente ! J’ai fini par être un peu agacée : Pingru se rappelle avoir mangé tels plats ou mets avec Meitang, et n’a pas retrouvé leur égal ensuite. Puis je me suis dit qu’elle était si présente parce qu’elle finit par leur manquer.

La politique fait son apparition dans le livre dès le début : par exemple, la guerre avec le Japon est mise en avant parce que Pingru y a participé. Par la suite, il est envoyé en camp de rééducation pendant vingt ans loin de sa famille. Il n’a donc pas vu grandir ses enfants, et a dû travailler comme un prisonnier pendant toutes ces années. J’avoue que, parfois, avec le nombre de noms de villes, de rues, ou même avec cette mention des camps de rééducation, j’étais un peu perdue : je ne connais pas bien la Chine, et donc je ne savais pas trop à quoi tout cela correspondait. Mais, surtout, je ne m’attendais pas à lire une histoire pareille. Pingru et Meitang ont passé une partie de leur vie loin l’un de l’autre, pendant la guerre et pendant la période du camp. De plus, je ne sais pas si c’est de la pudeur, mais j’ai eu l’impression que l’auteur était dans la retenue ; il ne parle pas tout à fait de sentiments, d’amour. Bien sûr, parfois, il parle de la douleur de perdre sa femme, ou du fait qu’ils s’aiment assez pour rester ensemble quand autour d’eux d’autres couples se séparent ; mais ce n’était pas l’essentiel du livre. Il s’exprime aussi à travers ses illustrations, qui sont bienvenues et modifient l’expérience de lecture.

Il y avait également des passages étranges pour moi tant ils étaient en décalage par rapport à ce à quoi je m’attendais ! Ils concernaient des parties banales de la vie, quelque chose de tout à fait ordinaire. Et je me demande si ce n’est pas pour cette raison que je ne suis pas parvenue à être touchée par ce livre. Certes, j’ai été dépaysée, mais je n’ai pas réussi à ressentir de l’émotion, excepté à des moments vraiment très forts, comme la mort de Meitang. J’ai eu l’impression d’être complètement insensible, comme si j’avais érigé une barrière entre moi et le livre, comme si l’œuvre était un bateau et que j’étais restée sur la rive, je regardais les événements de loin. Le seul chapitre vraiment émouvant était le dernier, qui s’appelle « Et puis tu es repartie ». J’ai aussi apprécié certains passages poétiques pendant la première partie du livre, alors que Pingru nous parle de son passage dans l’armée ; mais les parties qui racontent les aspects banals de leur vie m’ont laissé sur ma faim.

 

Donc, un hommage à une vie entière, faite de hauts et de bas, que je n’ai pas su apprécier à sa juste valeur.

 

Shakespeare: The World as a Stage de Bill Bryson

Posté : 8 février, 2018 @ 4:58 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Biographie, Historique Shakespeare

Editeur : HarperPress

Année de sortie : 2007

Nombre de pages : 195

Titre en français : Shakespeare : Antibiographie

Synopsis : ‘We don’t know if he ever left England. We don’t know who his principal companions were or how he amused himself. His sexuality is an irreconcilable mystery. On only a handful of days in his life can we say with absolute certainty where he was. We have no record at all of his whereabouts for the eight critical years when he left his wife and three young childrens in Stratford and became, with almost impossible swiftness, a successful playwright in London. By the time he is first mentioned in print as a playwright, in 1592, his life was already more than half over. For the rest, he is a kind of literary equivalent of an electron – forever there and not there.’

 

Avis : Un mâle pour compenser Femmeuary !

Je me suis rendue compte que je lisais assez peu de biographies ; j’en ai donc emprunté deux à la fac, la première étant Shakespeare : The World as a Stage de Bill Bryson ! Je veux lire cet auteur depuis pas mal de temps ; je pensais commencer avec A Short History of Nearly Everything (Une histoire de tout, ou presque …) – qui est toujours dans ma PAL !

J’ai vraiment aimé ce voyage dans le temps avec l’auteur ! Je ne m’attendais pas à lire une vraie biographie avec le sous-titre « antibiographie » de l’édition française ; mais je ne pensais pas qu’on savait si peu de choses sur un des plus grands écrivains de tous les temps ! Ce livre est en fait en partie une biographie (en gros, le peu qu’on sait de Shakespeare et de sa vie, les hypothèses de certains spécialistes), et en partie de la non-fiction historique à propos de l’Angleterre à l’époque de Shakespeare. J’ai appris beaucoup de choses, j’ai ri, j’ai levé les yeux au ciel : j’ai passé un très bon moment à lire Bill Bryson !

J’ai vraiment adoré la partie non-fiction historique : j’ai découvert de nombreuses choses que je ne savais pas à propos de l’Angleterre élisabéthaine, puis de l’Angleterre pendant le règne de James Ier. J’ai ri de l’hypocrisie et de l’absurdité de certaines lois, j’ai appris quelques détails sur des événements dont j’avais seulement entendu parler ; ce livre m’a donné très envie d’en lire beaucoup plus sur l’histoire de l’Angleterre en général ! L’auteur est parvenu à complètement immerger son lecteur dans la période dont il parle ; il met en avant le théâtre, qui connaît un essor formidable à l’époque. Il évoque les établissements les plus connus, le prix des places, le public, la réception ; c’était passionnant ! Grâce à cela, même si le lecteur n’en apprend pas énormément sur Shakespeare lui-même, il peut imaginer quelle devait être sa vie, à quoi ressemblait son environnement, Londres au moment où il y vivait. Tout cela racontait avec humour et une écriture fluide et agréable !

Mon chapitre préféré est le dernier, « Claimants » dans l’édition originale, qui peut être traduit par « Prétendants » en français. Ici, Bill Bryson garde son humour, mais démonte complètement toutes les théories qui voudraient prouver que Shakespeare n’avait pas écrit les œuvres qu’on lui attribue. Il montre que ces idées sont impossibles, non-pertinentes, et parfois même complètement stupides. J’ai eu l’impression de sentir une pointe d’exaspération dans l’écriture de l’auteur : il y a de quoi quand on se rend compte que toutes ces hypothèses, toutes ces critiques qui tendent à faire de Shakespeare un voleur ou un usurpateur, ne sont fondées que sur les élucubrations d’une femme à moitié folle, et qu’elles ne sont absolument pas cohérentes. Ces détracteurs ne donnent absolument pas de preuves concrètes pour étayer leurs théories, alors que des preuves, même peu nombreuses, existent pour prouver l’existence et même le talent de Shakespeare. J’ai trouvé que c’était une belle façon de finir son ouvrage, en rendant hommage à un homme qui devient maintenant quasi une légende.

 

Donc, un très bonne antiobiographie, et une belle façon de découvrir l’Angleterre à l’époque de Shakespeare !   

Un secret de Philippe Grimbert

Posté : 13 juin, 2017 @ 3:32 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Autobiographie, Biographie, Historique Un secret

Editeur : Grasset

Année de sortie : 2007 [2004]

Nombre de pages : 191

Synopsis : « Aussi longtemps que possible, j’avais retardé le moment de savoir : je m’écorchais aux barbelés d’un enclos de silence. » Ph. G.

Après La Petite robe de Paul, Philippe Grimbert explore de nouveau le territoire du secret, livrant, cette fois, une part intime de sa propre histoire.

 

Avis : Ma mère m’a prêté ce livre depuis un moment, il était temps que je le lise enfin !

Je savais que l’histoire avait un lien avec la Seconde Guerre mondiale, mais je ne savais pas dans quelle mesure, ni vraiment à quoi m’attendre exactement, étant donné la brièveté du synopsis ! Mais, je ne vais pas me plaindre : je préfère entrer dans un livre en ne sachant rien plutôt que de me faire spoiler par l’éditeur dès la quatrième de couverture ! J’ai tout de même appris, grâce à elle, que l’histoire est en fait celle de l’auteur, et plus précisément de ses parents. En effet, le narrateur est mal dans sa peau, il sent qu’il lui manque quelque chose pour être pleinement lui-même, il sent que ses parents ne lui ont pas tout dit, lui cache un secret. Le lecteur comprend dès le début de quoi il est question, mais au cas où : [SPOILER] la famille du narrateur est juive, a vécu la Seconde Guerre mondiale, et n’en est pas sortie tout à fait indemne. [FIN DU SPOILER] De plus, il est dit, dès les premières lignes, que le narrateur – qui n’a pas de nom, mais que l’on associe automatiquement à l’écrivain – se crée un grand frère. [SPOILER] J’ai immédiatement compris que celui-ci a existé, et qu’il est mort ; je ne savais pas dans quelles circonstances. [FIN DU SPOILER] Ce frère imaginaire comble le manque identitaire du narrateur ; en effet, il sent que son père est déçu par la condition fragile de son fils, quand lui et sa femme ont des corps d’athlète qu’ils entretiennent régulièrement. Il est persuadé que son père aurait préféré un garçon aussi robuste que lui, et non un être chétif et malade. J’ai vu que ce livre était considéré comme une autobiographie ; j’ai plutôt trouvé que c’était une biographie des parents du narrateur. En effet, son besoin de comprendre le pousse à écrire l’histoire de Maxime et Tania, leur rencontre, leur amour. Le lecteur se trouve alors face à deux versions : la première est celle que le narrateur s’est imaginée avant de découvrir le secret ; la seconde est la vraie. Ainsi, le narrateur-personnage se voit raconter la véritable histoire de ses parents, et décide de la relater, pour que l’on n’oublie pas ceux qui ont disparu, [SPOILER] à la fois à cause de la haine issue de la guerre et de l’amour de leurs proches. Maxime ne peut pas entretenir le souvenir de sa femme et de son fils parce qu’il se sent coupable ; il pense que leur mort est une punition parce qu’il est tombé amoureux de Tania le jour de son mariage. [FIN DU SPOILER] Ce livre sonne ainsi un hommage, une façon de les faire vivre à nouveau, momentanément, sur le papier. C’est aussi la découverte d’une histoire d’amour controversée, de l’éclosion inattendue du sentiment pour quelqu’un qui ne nous est pas destiné ; petit rappel que nous ne décidons pas qui nous aimons. Une scène m’a choquée et agacée : celle où Hannah est emmenée par les officiers. [SPOILER] Elle aurait pu sauver son fils !! [FIN DU SPOILER] Les deux seules choses qui m’ont gênée dans ce livre : sa brièveté – le livre se lit très vite, peut-être trop. Je n’ai pas eu le temps de m’attacher aux personnages, d’éprouver de l’émotion, excepté à la fin. Enfin, je n’ai pas apprécié certaines remarques pendant que le narrateur raconte la vie de ses parents : [SPOILER] ils n’ont pas le droit d’être ensemble, alors, quand Hannah et Simon, puis Robert, disparaissent, l’auteur écrit que sa mère pensait peut-être que tous les obstacles qui l’éloignaient de Maxime ont désormais disparu. C’est une pensée assez horrible qu’il met presque dans la bouche de sa mère sans savoir. Certains lecteurs peuvent même le voir comme du mépris. [FIN DU SPOILER]

Concernant les « personnages« , étant donné que ce sont des personnes réelles, je ne me vois pas trop donner un avis comme pour les êtres inventés. Excepté la fois où elle m’a prodigieusement agacée, Hannah est une femme effacée, fragile, qui comprend vite, et qui donc, réagit en conséquence. Maxime a tout du serial séducteur, et, même s’il tente de résister à son désir, il est clair qu’il finira par y succomber, comme le sait déjà le lecteur. Il ne veut pas appartenir à la communauté juive, et refuse le port de l’étoile jaune pendant la guerre. Le sport est un thème important dans le livre puisqu’il réunit les parents du narrateur ; c’est à cause de leur physique et de leur activité sportive qu’ils sont attirés l’un vers l’autre. Tania n’est pas une  »briseuse de couple », elle finit même par être un peu attachante, et même touchante à la fin. Mais, à cause de la brièveté du livre, comme je l’ai dit plus haut, il est pratiquement impossible de vraiment s’attacher à qui que ce soit, excepté à la fin. Le dernier chapitre m’a donné des frissons : le secret n’est plus, le narrateur parvient à aider son père, une certaine unité et une certaine harmonie semblent être entrées dans leur vie. Le dernier paragraphe de la première partie de l’épilogue m’a achevée : [SPOILER] « Face aux tombes alignées dans le carré d’herbes j’ai repensé au dernier geste de mon père. Prenant sa femme par la taille, il l’avait aidée à se lever pour la conduire tout doucement vers le balcon du salon, pour un ultime plongeon. Qu’avait-il murmuré à son oreille avant de l’enlacer et de basculer avec elle ? » [FIN DU SPOILER] Je ne m’attendais tellement pas à ça !! La dernière phrase est un dernier hommage : [SPOILER] ce livre est écrit pour Simon, le disparu, l’inconnu, celui qui a hanté le narrateur toute son enfance, le fantôme qui le dominait, représenté en quelque sorte par sa peluche, étrangement baptisé Sim par le narrateur-personnage ignorant. [FIN DU SPOILER]

 

Donc, un très bon livre, surtout grâce à l’émotion de la fin, mais aussi grâce aux réflexions sur le poids des secrets, sur l’identité, sur la culpabilité. Dommage qu’il soit si court !

On ne meurt qu’une fois et c’est pour si longtemps de Patrick Pelloux

Posté : 20 février, 2016 @ 9:13 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps Genre : Biographie

Editeur : Robert Laffont

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 223

Synopsis : Délaissant momentanément nos maux contemporains, qui forment son quotidien de médecin urgentiste, Patrick Pelloux se penche ici sur de curieux patients : quasi morts, et tous illustres. Et si leur agonie en disait plus sur l’époque que l’époque elle-même ? Partant de cette intuition, Patrick Pelloux s’est lancé dans une recherche inédite, à la fois médicale et historique : retracer les derniers moments de ces personnalités qui ont fait l’Histoire. Le résultat en est une trentaine de chroniques – de Jésus à Churchill -, écrites d’une plume aussi précise qu’un bistouri. On y croise des rois, bien sûr (Charles IX, Henri IV, Louis XIV), des révolutionnaires (Danton, Robespierre), un résistant (Jean Moulin), une savante (Marie Curie), mais aussi des soldats (à Waterloo ou le 6 juin 1944), des écrivains (La Fontaine, Voltaire, Zola), des saltimbanques (Molière, Laurel et Hardy), et même un canard (Saturnin) et un faux philosophe. Au gré des époques, une promenade passionnante au chevet des grands hommes.

 

Avis : Je m’intéresse beaucoup à l’histoire, et je m’attendais à en apprendre plus sur la mort des grands hommes présents dans ce livre.

En réalité, ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais, et je m’en suis rendue compte dès l’introduction de l’auteur, dans laquelle il nous raconte comment l’idée de ce livre lui est venue. Je sais que Patrick Pelloux est médecin, mais je n’avais pas pensé qu’il raconterait les morts qu’il expose ici de cette façon. Ce sont les maladies, ou, en tout cas, les problèmes de santé, ayant entraîné la mort qui sont ici décrites, avec parfois des détails dont je me serais bien passée, notamment quand l’auteur parle des rois. La médecine de l’époque se contentait d’appliquer les préceptes des Anciens (grecs surtout), d’observer, de saigner, mais jamais de soigner ! Il est facile de comprendre pourquoi Molière se moquait des médecins, ou Churchill se méfiait d’eux : leur incompétence frise parfois l’indécence. Pour leur défense, on ne peut pas comparer leurs moyens et ceux que les médecins d’aujourd’hui ont à leur disposition : Patrick Pelloux est capable de décrire les maladies ou problèmes dont sont atteints les rois ou autres, comme la tuberculose, ou l’AVC ; à l’époque, les médecins ne savent pas les diagnostiquer et encore moins les guérir ! En parlant de descriptions, certaines sont vraiment horribles, surtout celles des rois et de Staline. Les autres le sont aussi, mais moins par le détail que par le contexte. L’auteur a réussi à nous faire partager des sentiments, même à travers les récits de fin de vie de grands personnages : d’abord parce que l’impuissance de certains patients est perceptible, et cela fait mal au cœur ; ensuite, parce que le lecteur sent quand l’auteur admire la personne, et quand il la hait. Certains passages sont assez émouvants, comme celui de La Fontaine, ou de Churchill. D’autres montrent aussi l’immortalité de certains par leurs œuvres, comme Beethoven, Balzac et Flaubert, ou leur solitude et leur abandon au moment de partir. Certaines morts sont particulièrement cruelles, comme celle de Camille Claudel, pratiquement toutes sont douloureuses. Comme je le disais, la haine est elle aussi perceptible, notamment avec certains rois et Staline. De plus, ce livre n’est pas qu’une suite de descriptions de maladies : à travers lui, on apprend également de petites choses, des anecdotes, la façon de vivre de l’époque. Enfin, l’humour décapant de l’auteur est toujours présent, même pour parler de sujets qui ne prêtent pas à rire. Cela détendait l’atmosphère, c’était très bienvenu ! Cela évite sans doute au lecteur de finir par tomber dans la parano face à tant de douleurs !

 

En définitive, un bon livre intéressant sur la fin de grandes personnalités qui eurent, pour la plupart, des morts douloureuses.

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