Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Ni vues ni connues : Panthéon, Histoire, mémoire : où sont les femmes ? du collectif Georgette Sand

Posté : 4 septembre, 2019 @ 11:31 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Historique, BiographieNi vues ni connues

Editeur : Pocket

Année de sortie : 2019 [2017]

Nombre de pages : 334

Synopsis : Connaissez-vous Christine de Pizan, Berty Albrecht ou Rosa Parks ? Saviez-vous que c’est une femme qui, avant Galilée, a affirmé l’existence du système solaire, une autre qui, avant Kandinsky, a inventé l’art abstrait, une troisième qui a théorisé les pulsions de mort avant Freud … ?

En balayant les légendes, en soulevant les tapis, en fouillant les placards, le collectif Georgette Sand donne à voir et à (re)connaître soixante-quinze femmes – aventurières, militantes, artistes, scientifiques … – qui ont marqué l’histoire sans qu’on le sache ou qu’on s’en souvienne.

Grâce à ces portraits, l’invisibilité n’est plus une fatalité et peut même être désamorcée très simplement : pour être reconnues, il faut être connues, et pour être connues, il faut être vues.

 

Avis : J’ai entendu parler de ce livre très récemment ; dès que je l’ai vu en librairie, je l’ai pris !

Ni vues ni connues est tout à fait le genre de livres que je recherche et que j’adore ! Un peu comme Culottées de Pénélope Bagieu, c’est un recueil de biographies de femmes oubliées par l’Histoire. Ici, les articles sont réparties selon des catégories comme « Les intellectuelles », ou « Les artistes ». Il est facile de retrouver rapidement une femme, en particulier grâce au sommaire, à la fin, mais aussi grâce au petit résumé avant que commence la catégorie. Chaque biographie est accompagnée d’une photographie, d’un tableau, ou d’une illustration de la femme en question, ce qui permet de voir à quoi elle ressemblait, de mettre un visage sur un nom. Chaque article est court (toujours trois pages), raconte brièvement la vie de la femme concernée, et le lecteur dispose d’un petit « Elle vous inspire ; découvrez aussi » avec d’autres femmes rapprochées de celle qui est présentée.

J’ai appris énormément de choses, et j’ai très, très envie d’un deuxième tome sur les femmes qui se trouvent justement dans le petit encart dont je parle juste au-dessus, le « découvrez aussi ». Je connaissais déjà certaines femmes, comme Sappho, Christine de Pizan, ou Hatchepsout, mais j’en ai découvert beaucoup d’autres, comme Rosetta Tharpe, Violette Morris ou Alexandra David-Néel. Le livre est très bien documenté et les autrices fournissent une bibliographie riche qui a encore enrichi ma wish-list !!

Parfois, je dois l’avouer, le lecteur peut être ébahi : toutes ces femmes oubliées, mais comment est-ce possible ? Toutes ces femmes avilies, volées, effacées … Il est grand temps qu’on se souvienne d’elles, qu’elles soient placées au même niveau que leurs homologues masculins, et que les filles et les femmes comprennent qu’elles ont derrière elles, pour les soutenir, de nombreuses femmes extraordinaires. J’ai aussi aimé la partie qui reconnaît la violence des femmes : elles ne sont pas uniquement douces, fragiles, ou tournées vers le bien. J’ai aimé que le livre nous montre comment les femmes sont considérées, de manière très paradoxale : elles sont trop fragiles pour gouverner, ou ce sont des sorcières, des femmes tyranniques, de mauvaises reines. J’ai aimé que, dans ce livre, on trouve aussi bien Berty Albrecht qu’Irma Grese ; les femmes sont des héroïnes, mais ce sont aussi des tortionnaires, exactement comme les hommes. Cela permet de mettre fin au mythe de la femme maternelle, incapable de faire le mal ; mais aussi au mythe de la femme incapable de prendre les choses en main, incapable de régner, de gouverner, de diriger.

Le livre s’achève avec une postface de Pénélope Bagieu sur le métier rêvé des petites filles : il faut plus de livres comme Culottées, comme Ni vues ni connues, comme Le Mythe de la virilité !

 

Donc, un excellent livre, que je recommande !! 

Manderley for ever de Tatiana de Rosnay

Posté : 9 septembre, 2018 @ 12:56 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Biographie Manderley for ever

Editeur : Albin Michel – Héloïse d’Ormesson 

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 437

Synopsis : « J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. » C’est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l’écran par Alfred Hitchcock.

Depuis l’âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d’avoir la vie lisse d’une mère de famille, qu’elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l’œuvre torturée reflétait les tourments.

Retrouvant l’écriture ardente qui fit le succès d’Elle s’appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d’exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s’aventure dans ses vieux manoirs chargés d’histoire qu’elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de cœur, ses amours secrètes.

Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n’est pas un objet à posséder mais un état d’âme. 

 

Avis : Je voulais, depuis un moment, en savoir plus sur l’auteure d’un de mes romans préférés, Rebecca ! Je n’ai pas eu l’occasion de lire ce livre pendant l’étude de l’œuvre, mais je me suis dit qu’il n’était jamais trop tard !

Cette année, j’ai lu The Invention of Angela Carter d’Edmund Gordon. Je ne pensais pas être si émue par la vie d’une femme que je ne connaissais pas du tout et, pourtant, à la fin, je pleurais comme si j’avais perdu une amie. Eh bien, j’ai eu la même expérience avec Manderley for ever de Tatiana de Rosnay !

J’adore Rebecca et je voulais lire d’autres livres de Daphné du Maurier, histoire de retrouver cette ambiance troublante, ce thème du double, ce gothique sombre. Mais je voulais aussi découvrir la vie de l’auteure, comment elle en est venue à écrire ses livres, quelle a été son inspiration. Je n’ai pas été déçue ! Tatiana de Rosnay m’a emportée en Angleterre, au XXe siècle, pendant la Seconde Guerre mondiale, après la guerre ; partout, pendant toute la vie de Daphné ! J’étais dans le livre, et je n’avais pas envie de le finir parce que je voulais rester auprès des « personnages » ! J’ai découvert Daphné, une femme solitaire, complètement obsédée par son monde intérieur, imaginaire, capable de s’enfermer dans une pièce pour écrire écrire écrire jusqu’à ce que le livre soit terminé et qu’elle puisse l’oublier et passer à une autre œuvre tout aussi sombre. Mais elle est aussi joyeuse, heureuse même, voyageuse, aimante, tendre, passionnée auprès de ses ami(e)s et de ses amants ! Jamais, jamais l’auteure ne la juge, elle ou sa façon de vivre et de s’isoler, quelque chose que certains auraient pu prendre pour de la négligence envers sa famille ; sa seule façon de commenter, c’est à travers ce que Daphné elle-même pense, ses propres interrogations. L’écriture, c’est son travail, sa passion, son mode de vie. C’est comme respirer, cela lui permet de se décharger de quelque chose en elle qui pourrait la ronger, la hanter. J’ai adoré découvrir son inspiration, d’où elle tire ses personnages, ses maisons, ses intrigues ! 

J’ai aussi adoré découvrir sa famille, ses amis, les relations qu’elle entretenait avec chacun d’eux. Elle semble avoir été une femme fascinante, intimidante parfois, mais pourtant toujours joyeuse et pleine de vie ! Elle ne supportait visiblement pas la fadeur, ou les règles ; elle inventait les siennes, et se fichait de ce que les autres pouvaient en penser. Elle était aussi timide, ce qui m’a surprise. J’ai appris beaucoup de choses, par exemple, l’existence du procès pour Rebecca ! Elle a aussi souffert d’un manque de reconnaissance injuste : elle était considérée comme un auteur romantique, alors qu’elle ne l’était pas du tout ! Rebecca était à la fois une bénédiction et une malédiction ; ironiquement, Mrs. de Winter l’a hantée toute sa vie après qu’elle lui a donné naissance !

Depuis que j’ai lu son plus célèbre roman, je suis obsédée par le fait de trouver mon propre Manderley. C’est comme si elle m’avait contaminé avec sa passion pour Menabilly. Découvrir son obsession pour cette maison m’a à la fois réconfortée et effrayée. Le manoir lui a jeté un sort, et elle ne peut pas s’en débarrasser, quoi qu’elle fasse. Elle préfère même « Mena » aux gens, et je peux tout à fait la comprendre parfois !

Tatiana de Rosnay, contrairement à Edmund Gordon pour Angela Carter, ne spoile pas les œuvres de Daphné du Maurier ! Elle ne spécule pas non plus ; elle explique que tout ce qu’elle écrit lui vient soit des mémoires de l’auteure, soit d’autres biographies, comme celle de sa fille, Flavia Leng (Daphne du Maurier: A Daughter’s Memoir) ou celle de Margaret Forster (Daphne du Maurier). Elle a voyagé à Londres, à Menabilly, à Kilmarth, comme dans une sorte de pélerinage, dans les pas de Daphné ; c’était très émouvant. De plus, j’ai aimé son écriture !

Micro bémol : il m’a manqué quelques petites choses, même si je ne sais pas exactement quoi. Parfois, je me disais : « Tiens, j’aurais aimé savoir ce qu’elle ressent là » ou « Quelque chose manque ici, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus ! ». Mais cela n’a absolument pas gâché mon plaisir, et ce livre fait définitivement partie de mes préférés !

La fin était aussi émouvante que pour Angela Carter. J’ai eu l’impression de perdre une amie. C’était affreux, j’ai pleuré comme un bébé … Les dernières années de la vie de Daphné du Maurier sont tellement dures …

 

Donc, une belle biographie, touchante et instructive, qui nous donne envie de lire absolument toutes les œuvres de l’auteure ! On se sent proche d’elle, on entre dans son intimité, et on la quitte à regret … 

Poutine, l’homme sans visage de Masha Gessen

Posté : 31 mars, 2018 @ 10:02 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

Genre : Historique, Biographie Poutine, l'homme sans visage

Editeur : Fayard

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 311

Titre en VO : The Man Without a Face: The Unlikely Rise of Vladimir Putin

Synopsis : En 1999, l’entourage de Boris Eltsine lui cherche un successeur. Pourquoi pas un ancien agent du KGB sans envergure, Vladimir Poutine, parfaite marionnette ? Mais voilà que, dès son arrivée au pouvoir, le jeune et terne réformateur démocrate imaginé par les oligarques et rêvé par l’Occident révèle sa vraie nature : celle d’un ancien truand devenu le parrain d’un clan mafieux qui met la Russie en coupe réglée, étouffant toute forme de contestation par la violence et la terreur.

Journaliste indépendante, Masha Gessen livre ici une enquête sans précédent, fondée sur des témoignages et des documents inédits. Elle a pris des risques réels – et fait d’ailleurs l’objet de menaces et d’intimidations, comme tous ceux qui, depuis dix ans, font entendre une voix dissonante dans la Russie de Poutine – pour dévoiler dans ce document unique la face obscure de l’ »homme sans visage ».

 

Avis : J’ai vu ce livre sur la chaîne d’Olive ; elle en parlait comme d’un ouvrage nécessaire pour bien saisir la situation de la Russie et de Vladimir Poutine. Cela m’a intriguée, et j’ai été ravie de le trouver à la fac !

En refermant Poutine, l’homme sans visage, je me suis demandé si je n’avais pas fait une erreur en le lisant. J’ai été tellement dégoûtée pendant la lecture, tellement indignée par ce que je lisais, que j’ai commencé un autre livre en même temps, histoire de me remonter un peu le moral ! Olive avait raison : le lecteur apprend ici comment Vladimir Poutine est devenu président – et honnêtement, en lisant, je continuais à me demander comment il avait fait pour en arriver là ! -, et aussi pourquoi la Russie est dans un tel état. Poutine était censé être un homme facile à manipuler pour les hauts dirigeants russes ; mais c’est finalement lui qui les a tous embobinés. Quelques éléments de sa vie – ceux que l’on peut connaître – sont racontés ici ; par exemple, le fait qu’il aime se présenter comme un voyou, et qu’il est très violent d’un coup, ce qui est visible dans certaines vidéos de lui. L’auteure évoque aussi une maladie, que je ne connaissais pas, dont serait atteint Poutine, la pléonexie, c’est-à-dire, le fait de vouloir avoir ce que d’autres possèdent légalement, et d’avoir plus qu’eux. Elle donne des exemples qui m’ont halluciné, comme pratiquement tout le reste du livre. Il permet vraiment d’ouvrir les yeux, et d’arrêter de se voiler la face, même si le lecteur ose à peine y croire, tellement cela semble énorme parfois.

Il faut dire que sa biographie commence par un assassinat. Pas top quand même ! Et le nombre de corps qui s’accumule par la suite est hallucinant … ça m’a tellement dégoûtée, et tellement désespérée. Il est tellement facile de se débarrasser de ses ennemis en envoyant d’autres les tuer, ou en les empoisonnant. Je m’attendais à lire l’histoire de Litvinenko, l’espion russe du KGB empoisonné au polonium à Londres ; et apprendre que ce serait Poutine lui-même qui aurait signé la demande d’exécution m’a achevée.

Ce livre m’a mise en colère à cause de l’impuissance que j’ai ressentie tout le long de ma lecture face à la corruption qui ronge la Russie. Des intellectuels ont tenté de renverser le gouvernement, de montrer à quel point les dirigeants sont pourris, à quel point ils sont capables de tout et de n’importe quoi. L’auteure explique tout de même comment l’Etat a orchestré des attentats dans tout le pays afin de mettre en avant la figure du président. Il a tenté de faire porter le chapeau aux Tchétchènes, mais des journalistes ont vite tout compris. Mais comment ce genre de choses est encore possible à notre époque ?!!

L’épilogue apporte un peu d’espoir au lecteur – jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’à nouveau Poutine a été élu cette année même. Un passage en particulier m’a fait mal au cœur, lorsque la petite fille de l’auteure lui demande si elle peut l’accompagner à la manifestation. Elle sait que, si sa mère dit non, c’est que c’est dangereux. Masha Gessen lui dit alors qu’elle pourra venir pour la toute dernière manifestation ; la petite lui répond : « Quand Poutine ne sera plus là ? » Pour elle, c’est un méchant, un monstre, quelqu’un de dangereux, alors qu’elle est encore petite ! Les frissons que ce passage a provoqués chez moi ! J’avais envie de leur faire des câlins à toutes les deux. L’auteure explique que les révolutions prennent du temps, que le renversement du régime ne pourra se faire que dans plusieurs années ; cela fait maintenant six ans, il serait temps !

 

Donc, une très bonne biographie, mais qui indigne le lecteur comme rarement.

The Invention of Angela Carter d’Edmund Gordon

Posté : 19 mars, 2018 @ 1:34 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Biographie The Invention of Angela Carter

Editeur : Chatto & Windus

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 421

Titre en français : Pas encore traduit

Synopsis : Angela Carter is widely acknowledged as one of the most important and beguiling writers of the last century. Her work stands out for its bawdiness and linguistic zest, its hospitality to the fantastic and the absurd, and its extraordinary inventiveness and range. Her life was as modern and as unconventional as anything in her fiction.

Born Angela Olive Stalker in Eastbourne in 1940, her story spans the latter half of the twentieth century. After escaping an oppressive childhood and a difficult early marriage, the success of her first novels enabled the freedoms of travel – journeying across America in a Greyhound bus, and then on to Tokyo, where she lived for three transformative years – before settling in London to write her last, great novels, amid the joys of late motherhood and prestigious teaching posts abroad. By the time of her tragic and untimely death at the age of fifty-one, she was firmly established as an iconoclastic writer whose fearlessly original work had reinvigorated the literary landscape and inspired a new generation.

This is the story of how Angela Carter invented herself – as a new kind of woman and a new kind of writer – and how she came to write such seductive works as The Bloody Chamber, Nights at the Circus and Wise Children. Edmund Gordon has followed in Carter’s footsteps to uncover a life rich in incident and adventure. With unrestricted access to her manuscripts, letters and journals, and informed by dozens of interviews with her friends and family, this major biography offers a definitive portrait of one of our most dazzling writers.

 

Avis : J’ai vu ce livre sur la chaîne de Jen Campbell – comme la majorité des livres que je lis en ce moment on dirait ! J’ai lu entre temps deux œuvres d’Angela Carter que j’ai adorées ; je me suis dit que ce pouvait être sympa de lire sa biographie.

J’ai d’abord été surprise de constater que c’est la seule biographie de l’auteure, et qu’elle n’a été publiée qu’en 2016, soit vingt-quatre ans après la mort d’Angela Carter ! Souvent, il existe plusieurs biographies pour chaque auteur, et c’est plutôt compliqué de choisir laquelle lire en premier – ou lire tout court ! Donc, déjà, ici, pas le choix. Ensuite, Jen Campbell, en parlant de The Invention of Angela Carter, explique qu’elle pense que c’est un bon moyen de commencer à découvrir l’auteure. En un sens, oui, parce qu’on apprend à connaître sa façon de penser, les thèmes importants pour elle, et l’évolution de son travail au fil des ans ; mais, en un autre sens, non, parce qu’Edmund Gordon spoile ABSOLUMENT toutes les œuvres de l’auteure. Alors, visiblement, pour lui, ce n’est pas tant la fin qui compte que l’intrigue, et ce qui se cache derrière l’histoire, sa portée symbolique, ce qu’elle représente ; mais je dois quand même avouer que j’aime découvrir moi-même la fin. C’est, honnêtement, le SEUL point négatif de ce livre, avec le premier chapitre, qui m’a un peu rebutée : l’auteur remonte aux grands-parents d’Angela Carter, ce qui peut paraître un peu ennuyeux ; j’avais surtout envie d’en apprendre plus sur elle directement. C’est nécessaire pour comprendre ensuite la vie de l’auteure, mais ce n’était pas ce qu’il y avait de plus passionnant.

Ce premier chapitre m’a fait reposer le livre pendant une semaine – une semaine et demie ; j’ai attendu que l’envie de le reprendre se manifeste, j’étais dans une pause lecture assez agaçante et l’incipit ne m’avait pas assez accrochée pour poursuivre tout de suite la lecture.

Dès la lecture du deuxième chapitre, j’étais bien plus dans le livre qu’au tout début, parce que l’auteur commence à intégrer des passages de journaux d’Angela Carter, et des témoignages de personnes qui l’ont connue. Ces citations sont un gros point positif du livre, puisqu’elles permettent d’entendre autre chose que la voix de l’auteur. J’ai ensuite été emportée dans la vie de l’auteure ; difficile de reposer le livre, j’avais envie de savoir, d’apprendre, de vivre un peu avec elle – c’est dire le talent du biographe, étant donné que je ne connaissais pas du tout Angela Carter avant de lire ce livre, si ce n’est par ses deux œuvres de fiction, Fireworks et The Bloody Chamber. Le problème : je savais très bien qu’elle était morte jeune, et je n’avais pas envie d’arriver à cette fin. Lire sa vie me l’a rendu attachante, surtout qu’Edmund Gordon ne nous la présente pas de manière idéalisée, au contraire. Il a décidé ici de nous montrer en quoi elle s’est inventée, et en quoi les autres l’avaient inventée. Elle était souvent décrite comme une marraine bonne fée, ou une sorcière blanche, à cause de ses cheveux blancs, alors qu’elle était encore jeune ; donc mythifiée. Ici, l’auteur la rend plus humaine, et, étrangement donc, plus attachante. Il nous montre ses défauts, ses vraies qualités – et pas les fantaisies que certains ont voulu lui attribuer –, ses idées, ses principes, ses façons d’être avec les autres, qui contredisent parfois ses entrées de journal. Angela Carter est une femme qui paraît contradictoire, qu’il est parfois difficile de comprendre, qui vit dans un monde à part, mais aussi dans le monde réel. Malgré ce flou, c’était une joie de lire sa vie, parce qu’au fil du temps, elle est de plus en plus heureuse, elle trouve son identité, et parvient à vivre en accord avec ses principes. Il était passionnant de se rendre compte à quel point elle met de ses idées et de sa vie dans ses œuvres de fiction ! J’ai quasi envie de relire Fireworks et The Bloody Chamber à la lumière de ce que ce livre m’a appris – ce qui confirme l’idée de Jen Campbell que c’est un bon moyen de la découvrir, malgré les spoilers. J’ai aussi ressenti de l’indignation pour la façon dont elle était traitée par la société, et par le monde littéraire ; son talent n’est vraiment reconnu que le lendemain de sa mort, ce qui me paraît aberrant ! C’est d’une tristesse ! Le refus d’inclure Wise Children dans la sélection pour le Man Booker Prize a motivé la création du Bailey’s Prize – maintenant appelé le Women’s Prize for Fiction –, qui devait s’appeler, à l’origine, l’Angela Carter Prize ! Sa déception face à la réception de ses livres, ou face au manque de reconnaissance par rapport à ses pairs, comme Salman Rushdie ou Ian McEwan, m’a fait mal au cœur. Parlant de monde littéraire, j’ai aimé découvrir qui était ses amis, quels auteurs elle lisait, ceux qu’elle a aidé à percer, ou à qui elle a enseigné – comme Kazuo Ishiguro, qui est devenu son ami, et a obtenu le prix Nobel de littérature en 2017 ! L’auteur inclut les événements importants qui l’ont marquée pendant sa vie, comme la fatwa contre Salman Rushdie pour The Satanic Verse – il était assez consternant de voir la réaction de certains face à la situation de l’autre, et notamment la réaction du gouvernement, qui m’a choquée !! –, ou la guerre contre l’Argentine pour les îles anglaises sous le gouvernement de Margaret Thatcher – qu’Angela Carter détestait comme rarement elle a détesté quelqu’un. Ces événements permettent d’inclure des réflexions en parallèle de la vie de l’auteure, qui la concernent plus ou moins, mais qui, dans tous les cas, sont les bienvenues. Ses différentes façons de gagner de l’argent m’ont inspirée, et sa détermination à écrire, sa façon de travailler sont fascinantes ; j’ai découvert de nouvelles œuvres écrites par elle dont je n’avais jamais entendu parler ! J’ai maintenant envie de lire tous ses livres, comme une sorte d’hommage, mais aussi parce que je sais que je les aimerais !

En me rapprochant de la fin, les larmes commençaient à monter, jusqu’au dernier chapitre, où je n’ai plus su les retenir. C’est comme si j’avais perdu un être cher, alors que je ne la connaissais pas, et qu’elle est morte avant même que je sois née ! J’ai aimé l’épilogue, qui permet à l’auteur d’expliquer comment il s’est retrouvé à écrire la biographie d’Angela Carter, les choix qu’il a fait, ses sources. Il parle d’autres biographies qui seront sans doute écrites en la montrant d’un point de vue tout à fait différent. La dernière phrase du livre résume bien la complexité de la personnalité d’Angela Carter : « She’s much too big for any single book to contain. »

 

Donc, une excellente biographie, qui prend le parti de raconter la vie d’Angela Carter de sa naissance à sa mort. Un coup de cœur !

 

Notre histoire. Pingru et Meitang de Rao Pingru

Posté : 13 mars, 2018 @ 5:51 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Autobiographie, BiographieNotre histoire

Editeur : Seuil

Année de sortie : 2017 [2013]

Nombre de pages : 346

Langue d’origine : Chinois

Synopsis : En 2008, à la mort de sa femme Meitang, Rao Pingru entreprend de conjurer le deuil par l’encre et l’aquarelle en retraçant, in memoriam et en dessin, le destin de sa famille. Dans son appartement shanghaïen, le vieil homme se souvient du sel des jours qu’il a partagés avec Meitang et de leur vie rythmée par les battements d’une Chine en ébullition.

De sa petite enfance à son mariage avec celle qui porte aux lèvres « une touche d’écarlate », de son engagement militaire lors de la guerre contre le Japon à son internement dans un camp de rééducation où il resta vingt ans, de l’établissement de sa famille à Shanghai à la maladie de son épouse, Rao Pingru restitue dans cette histoire les jours de fête comme les jours difficiles et livre une œuvre qui ne ressemble à aucune autre, une vie dessinée à l’échelle de la Chine.

A chaque page d’un récit à la fois tendre, grave et poétique, la petite et la grande histoire, la voix unique de Rao Pingru et la marche des évolutions politiques du pays se rejoignent, donnant à lire un témoignage fort sur la vie des héros ordinaires de la Chine du siècle passé ainsi qu’une magnifique histoire d’amour.

 

Avis : Je zieutais ce livre depuis pas mal de temps en librairie, et quand j’ai vu qu’il était à la bibliothèque, je me suis jetée dessus !!

Il est assez difficile d’« évaluer » un livre pareil, notamment parce que l’auteur raconte sa vie et celle de sa femme, et qu’une vie ne se juge pas comme une œuvre de fiction. On ne peut donc pas dire « j’ai aimé », « je n’ai pas aimé ». Pour autant, j’avais des attentes particulières : je pensais lire l’histoire d’amour entre Pingru et Meitang, ou, en tout cas, je m’attendais à ce que le livre se focalise là-dessus. Ce n’est pas vraiment le cas. La vie du couple est racontée de leur enfance à la mort de Meitang, et tous les aspects de la vie sont abordés : les difficultés financières, les problèmes d’emploi et, surtout, la nourriture. Celle-ci, à un moment donné, m’a paru omniprésente ! J’ai fini par être un peu agacée : Pingru se rappelle avoir mangé tels plats ou mets avec Meitang, et n’a pas retrouvé leur égal ensuite. Puis je me suis dit qu’elle était si présente parce qu’elle finit par leur manquer.

La politique fait son apparition dans le livre dès le début : par exemple, la guerre avec le Japon est mise en avant parce que Pingru y a participé. Par la suite, il est envoyé en camp de rééducation pendant vingt ans loin de sa famille. Il n’a donc pas vu grandir ses enfants, et a dû travailler comme un prisonnier pendant toutes ces années. J’avoue que, parfois, avec le nombre de noms de villes, de rues, ou même avec cette mention des camps de rééducation, j’étais un peu perdue : je ne connais pas bien la Chine, et donc je ne savais pas trop à quoi tout cela correspondait. Mais, surtout, je ne m’attendais pas à lire une histoire pareille. Pingru et Meitang ont passé une partie de leur vie loin l’un de l’autre, pendant la guerre et pendant la période du camp. De plus, je ne sais pas si c’est de la pudeur, mais j’ai eu l’impression que l’auteur était dans la retenue ; il ne parle pas tout à fait de sentiments, d’amour. Bien sûr, parfois, il parle de la douleur de perdre sa femme, ou du fait qu’ils s’aiment assez pour rester ensemble quand autour d’eux d’autres couples se séparent ; mais ce n’était pas l’essentiel du livre. Il s’exprime aussi à travers ses illustrations, qui sont bienvenues et modifient l’expérience de lecture.

Il y avait également des passages étranges pour moi tant ils étaient en décalage par rapport à ce à quoi je m’attendais ! Ils concernaient des parties banales de la vie, quelque chose de tout à fait ordinaire. Et je me demande si ce n’est pas pour cette raison que je ne suis pas parvenue à être touchée par ce livre. Certes, j’ai été dépaysée, mais je n’ai pas réussi à ressentir de l’émotion, excepté à des moments vraiment très forts, comme la mort de Meitang. J’ai eu l’impression d’être complètement insensible, comme si j’avais érigé une barrière entre moi et le livre, comme si l’œuvre était un bateau et que j’étais restée sur la rive, je regardais les événements de loin. Le seul chapitre vraiment émouvant était le dernier, qui s’appelle « Et puis tu es repartie ». J’ai aussi apprécié certains passages poétiques pendant la première partie du livre, alors que Pingru nous parle de son passage dans l’armée ; mais les parties qui racontent les aspects banals de leur vie m’ont laissé sur ma faim.

 

Donc, un hommage à une vie entière, faite de hauts et de bas, que je n’ai pas su apprécier à sa juste valeur.

 

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