Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Les Rougon-Macquart, tome 1 : La Fortune des Rougon d’Emile Zola

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 22 mai, 2023 @ 10:11

Genre : Classique, Historique La Fortune des Rougon

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2021 [1871]

Nombre de pages : 442

Synopsis : Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d’Etat d’où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d’amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d’eux, c’est aussi la naissance d’une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte rapidement va s’ouvrir. Premier roman de la longue série des Rougon-Macquart, La Fortune des Rougon que Zola fait paraître en 1871 est bien le roman des origines. Au moment où s’installe le régime impérial que l’écrivain pourfend, c’est ici que commence la patiente conquête du pouvoir et de l’argent, une lente ascension familiale qui doit faire oublier les commencements sordides, dans la misère et dans le crime.

 

Avis : A VENIR

Clodia ou le scandale de la Bonne Déesse de Sophie Malick-Prunier

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 8 mai, 2023 @ 1:31

Genre : HistoriqueClodia ou le scandale de la Bonne Déesse

Editeur : Robert Laffont

Année de sortie : 2023

Nombre de pages : 332

Synopsis : Pense comme un homme !

« Clodia sourit, envahie par une impression de soulagement comme elle n’en avait plus ressenti depuis longtemps. Même si elle devait le payer, elle voulait vivre en femme libre. »

Clodia Metelli est une héritière. Figure sulfureuse de la jeunesse dorée de Rome au Ier siècle avant notre ère, connue pour son exceptionnelle beauté, elle est issue de la puissante famille patricienne des Claudii, qui occupe, de génération en génération, les plus hautes fonctions.

À la suite d’un retentissant scandale politique et religieux qui compromet son frère Clodius, elle se trouve impliquée dans les arcanes des rivalités entre César, Cicéron et Pompée. Tandis que sa propre famille se déchire et que la République agonise, minée par la lutte entre le clan conservateur du Sénat et le parti populaire qu’elle et Clodius ont rallié, Clodia s’émancipe des contraintes de son sexe ; femme libre, elle inspire au jeune poète Catulle ses vers les plus ardents.

En immersion dans les quartiers populaires et les riches demeures de la Rome antique, cette fresque captivante retrace le destin hors du commun de l’une des rares femmes de son temps à avoir laissé son nom dans l’Histoire.

 

Avis : J’ai reçu ce roman en service presse de la part de la maison d’édition. Il faut dire que le résumé est alléchant. C’est une histoire qui se déroule pendant l’Antiquité romaine et dont l’héroïne est une femme noble qui va se retrouver confrontée à une situation politique désastreuse dont sa famille va devoir se sortir : comment ne pas avoir envie de la lire ?!

Je connaissais Clodia de nom, parce qu’elle est associée, dans l’Histoire romaine, à son frère Clodius, surtout connu pour être un débauché. Je ne m’étais jamais intéressée à elle plus que ça ; je n’avais qu’un vague souvenir qu’elle avait été accusée d’inceste et d’être, elle aussi, dépravée. Ceci nous est rappelé dès le prologue où Clodia comparaît pendant son procès face à Cicéron. En effet, le roman s’attache à la réalité historique – dont je ne parlerai pas beaucoup ici pour laisser la surprise aux lecteurs qui ne connaîtraient pas les faits. SPOILER 1

Il retrouve donc des personnages historiques très connus, comme César, Cicéron ou Pompée ; d’autres encore sont mentionnés, comme Sylla ou Marius, préfigurant la crise politique à venir. Ils deviennent vivants grâce aux mots de l’autrice ; c’est comme si l’on marchait aux côtés de Clodia ou de Catulle dans les rues de Rome. En revanche, à part Clodia – et Pompéia -, ils sont pratiquement tous difficiles à apprécier. Les hommes sont d’une misogynie crasse – on nous rappelle, au début du roman, que les femmes sont nommées par rapport à la famille dont elles viennent et que, si plusieurs filles naissent, elles portent des numéros ou le nom de famille de leur mari pour les distinguer -, à part peut-être Catulle, qui reste le personnage masculin le moins agaçant du roman. Il permet notamment d’aborder la poésie latine : des extraits de poèmes en latin et leur traduction se trouvent directement dans la narration, ce qui m’a donné très envie de lire une édition bilingue ! Cela apporte une note de fraîcheur, de finesse dans une atmosphère qui traduit bien la vulgarité des Romains. Que ce soit la corruption des sénateurs ou des magistrats, les fêtes des nobles, l’hypocrisie des hommes et des femmes concernant leur vertu, les graffitis obscènes sur les murs des bâtiments, les prostituées qui se promènent dans les rues ou se trouvent dans les auberges, il flotte une ambiance nauséabonde et lourde, bien traduite par l’impression de suffocation de Clodia quand elle retourne à Rome après un voyage en « province ». SPOILER 2 De plus, en intégrant Catulle à son roman, l’autrice fait de son héroïne la muse du poète, sa Lesbie, une théorie que j’ai adoré découvrir au fil des pages !

A la période romaine, donc, les femmes ne sont pas citoyennes, elles n’ont aucun pouvoir concret quel qu’il soit et doivent obéir à leur père, puis à leur mari. Cela ne veut évidemment pas dire que certaines d’entre elles n’avaient pas un sens politique particulier ; ce roman est, pour moi, une sorte d’hommage à l’intelligence de ces femmes, à leur sens de la stratégie et à leur détermination farouche à défendre les intérêts de leur famille. SPOILER 3 Pour autant, pas de martèlement ou d’anachronismes ici : l’histoire parle d’elle-même et n’a pas besoin de gros sabots pour faire comprendre quoi que ce soit au lecteur. SPOILER 4 Je n’en attendais pas moins d’une autrice docteure en littérature latine et spécialiste d’histoire des institutions politiques de la Rome républicaine. C’est un réel plaisir de lire un roman aussi « proche » de la réalité historique, avec des références précises, des informations glissées dans le corps du texte, un dossier à la fin qui permet d’en apprendre plus sur les faits et les personnages ainsi qu’une bibliographie si le lecteur veut aller plus loin.

Enfin, j’ai adoré ce livre, mais je n’ai pas pu m’empêcher, après l’avoir terminé, de regretter ne pas avoir plus d’informations sur ces femmes romaines : que devient Pompéia SPOILER 5 ? Comment s’est passé la suite et la fin de la vie de Clodia ? On ne peut qu’imaginer leur vie sans rien en savoir.

Dernière remarque : comme les précédents romans qu’il m’a été donné de recevoir, ici, l’écriture est agréable, fluide et ne comporte pas d’erreurs, ce qui est un vrai plaisir. Certaines phrases, même, m’ont donné des frissons parce qu’elles sonnaient vraies. La qualité du fond est donc soutenue par la qualité de la forme, ce qui fait de ce roman un coup de cœur !

 

SPOILER 1 Sont repris le scandale de la Bonne Déesse, comme évoqué dès le titre, mais aussi le retour de Pompée après sa victoire contre Mithridate, l’ascension de César, l’opposition entre les optimates et les populares et, par la même occasion, la crise que va traverser la République romaine et dont elle ne se relèvera pas. 

SPOILER 2 J’ai apprécié de découvrir, une Clodia, une matrone romaine respectable, très différente de celle qui est présentée dans les œuvres où son nom est mentionné. Cela ne fait pas d’elle une femme froide, mais une Romaine passionnée qui a des valeurs. Elle semble être l’une des seules, parmi ses amies, à n’avoir aucune relation adultère au début du roman, consciente de la réputation de sa famille et de la façon dont on pourrait utiliser ces relations pour lui nuire.

SPOILER 3 J’ai apprécié, au moment où Clodia va voir Crassus pour lui demander son aide, qu’elle refuse de coucher avec lui, lui rappelant par-là qu’elle signe un marché politique avec lui. En effet, les romans historiques – et pas que – prennent souvent ce détour facile : la femme n’aurait rien d’autre à offrir qu’elle-même et donc il serait logique pour elle de passer par une relation sexuelle qu’elle abhorre mais qu’elle accepte pour sceller un quelconque pacte qui aidera ses proches. C’était satisfaisant de la voir faire ce choix et plus original que de la voir céder et consentir au pacte odieux que son frère a conclu dans son dos.

SPOILER 4 Il est clair que, politiquement, Clodia est égale, voire supérieure en certains points, aux hommes de sa famille et aurait une place dans la magistrature si elle n’était pas une femme. Fine stratège, elle évite la ruine et le déshonneur quand son mari, Metellus, préfère manœuvrer contre son beau-frère, Clodius, quitte à entacher la réputation des Claudii. César, Cicéron et Crassus sont gênés d’avoir à traiter avec elle, mais lui reconnaissent un certain sens politique. Pour autant, Clodia vit pendant l’Antiquité romaine : même si elle se montre intelligente et réfléchie, elle ne peut rien espérer obtenir à son époque. Elle ne sera jamais consul, ne participera jamais aux séances du Sénat, ne regardera le procès de son frère que de loin. Elle en est consciente et, lucide, elle choisit de vivre en femme libre en accord avec son temps.

SPOILER 5 une fois que César l’a répudiée

La Séquence Aardtman de Saul Pandelakis

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 29 avril, 2023 @ 8:41

Genre : Science-Fiction La Séquence Aardtman

Editeur : Hélios

Année de sortie : 2023 [2021]

Nombre de pages : 623

Synopsis : Alors que la Terre devient progressivement inhabitable, les êtres humains restants doivent cohabiter avec des bots post-singularité. Pour faire face à l’effondrement climatique, des navettes spatiales sont envoyées à travers la galaxie, à la recherche de planètes susceptibles d’être terraformées.

Le vaisseau ari-me poursuit cette mission. À son bord, Roz, homme transgenre, est l’un des informaticiens en charge de l’intelligence artificielle navigatrice. Mais quand un problème inattendu sur l’IA survient, il a besoin d’aide pour y faire face. Il la trouve auprès d’Asha, une chercheuse bot transgenre, qui milite sur Terre pour la cause des siens.

Entre Terre et espace, la correspondance entre Roz et Asha va rapidement prendre une importance cruciale. Jusqu’où celle-ci va-t-elle les mener ?

 

Avis : J’ai reçu ce livre de la part de la maison d’édition, ActuSF, que je remercie chaleureusement : sans le mail de l’éditeur, je serais sans doute passée à côté de ce roman et quelle perte !

A la vue de la couverture et du résumé, je ne savais pas trop quoi penser de La Séquence Aardtman. La première est intrigante, mais ne me semblait pas être mon style ; le second m’a interpellée tout en me rendant méfiante – je ne suis pas fan de la mention du genre ou de la sexualité des personnages dans le synopsis, cela donne l’impression d’un argument de vente. Mais la cohabitation humains/bots, l’effondrement climatique, la recherche de planètes à terraformer, la cause des bots : tout cela m’a donné très envie, j’ai donc sauté le pas !

Quand j’ai commencé ce roman, j’hésitais avec un autre, donc je les ai commencés tous les deux le même soir pour voir lequel me conviendrait mieux en me disant que je n’allais lire que le début de chacun, voire le premier chapitre. Dès la première page, j’ai découvert une façon d’écrire que j’ai aimée, qui m’a charmée, et je n’ai pas arrêté de lire le livre jusqu’à ce qu’il soit achevé. C’était une envolée, une prise d’otages sans espoir d’échappée avant la dernière ligne. J’ai été happée par les mots, par les personnages, par l’histoire : j’étais complètement dedans. J’avais envie de ne faire que lire tout en ayant envie de faire durer le roman le plus longtemps possible pour rester avec cette écriture, avec ces bots et ces humains, avec cette intrigue en deux temps. Et c’était, évidemment, un immense coup de cœur ! Mais allons-y point par point !

Le premier élément qui m’a donc séduite, c’est l’écriture. Dans certaines de mes chroniques de romans francophones, je mentionne les problèmes de langue, que ce soit au niveau de la syntaxe, de l’orthographe ou des expressions figées qui ne sont pas écrites correctement. Ici, en plus d’être correcte syntaxiquement, grammaticalement et orthographiquement parlant, la langue était un délice. Les dialogues, écrits en français plus « relâché », oral, sonnent authentiques et la narration reste d’excellente qualité. Pas de froncement de sourcil face à une phrase alambiquée ou un mot mal employé : tout est à sa place. Plus encore, se dégage de ses pages une forme de poésie, une écriture toute particulière que j’ai vraiment adoré lire. C’était fluide, agréable et je me suis retrouvée à surligner certains passages tant ils sonnaient vrais, résonnaient de manière particulière ou étaient simplement beaux.

Puis, sont venus, ensemble, l’intrigue et les personnages. Je commencerai par la première. Nous suivons Roz et Asha, qui se trouvent très éloignés l’un de l’autre : le premier est sur un vaisseau au milieu de l’espace, la seconde est sur Terre. Le lecteur est ici confronté à deux environnements très différents, mais aussi aux lois de la relativité : par exemple, le temps ne s’écoule pas de la même façon pour nos deux protagonistes. Cela permet aussi d’aborder des notions comme la santé mentale dans un espace confiné avec les mêmes personnes, potentiellement pour toute une vie. Le cœur de l’œuvre reste, selon moi, l’altérité. En effet, Asha est une bot et elle vit dans un monde où ses semblables ont enfin des droits - ce monde est donc passé par un état de conscience des intelligences artificielles et par l’incarnat. Rien que cet aspect est passionnant. J’ai d’ailleurs, à un moment donné, préféré les chapitres se centrant sur Asha – avant que Roz ne revienne dans la danse avec force. Sont également évoqués l’extinction probable et approchante de l’humanité et les différents points de vue sur les bots, les humains, leur cohabitation, ce qui, là encore, est passionnant et devient très politique. On passe de la suprématie humaine à la suprématie bot en passant par la cohabitation saine entre les deux « espèces », les jugements des uns sur l’incarnat, des autres sur le manque d’ »humanité » des bots, certains qui tentent de ne pas entrer dans le débat, d’autres encore qui ne se rendent pas compte des remarques anti-bot qu’ils peuvent sortir sans y penser : autant de sujets qui semblent vrais, comme si les bots étaient déjà là. J’avais l’impression que tout cela se passait vraiment quelque part, ce qui rendait le roman actuel, présent. Mais j’ai sans doute aussi eu cette impression parce que « l’altérité » est présente autrement : tous les personnages présentés, ou presque, sont transgenres, gays ou lesbiennes. Dans notre société principalement hétérosexuelle, ces genres ou orientations sont encore perçus comme autres. De là à faire de ce roman une métaphore de la lutte pour les droits LGBT, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas : j’ai lu ce roman pour son côté SF et je n’aimerais pas réduire une œuvre à une interprétation possible. Toujours est-il que j’ai adoré cette diversité non forcée aux antipodes d’œuvres que j’ai pu lire dans lesquelles j’avais l’impression d’une liste à cocher. C’était naturel, évident ici. Le seul élément qui m’a gênée, plutôt vers la fin de l’œuvre : un commentaire sur la bêtise/l’absence de bon sens et d’intelligence des hommes cis hétéros. Cela m’a semblé être une généralité un peu dommageable : pourquoi partir dans un excès inverse ? Je ne dis pas que c’est la pensée de l’auteur, évidemment, puisque c’est un de ses personnages qui le pensait au sein de la narration ; c’est simplement le seul élément qui m’a fait hausser un sourcil sans gâcher ma lecture ni entacher mon coup de cœur. Pour finir sur l’intrigue, je trouve que le synopsis en dit un peu trop : effectivement, une correspondance va se mettre en place entre Asha et Roz, mais cela arrive très tardivement dans le roman, tellement tardivement que j’avais oublié cette partie de l’histoire. Cela permet, par ailleurs, de creuser davantage les personnages individuellement.

Passons donc à ces personnages ! Asha, donc, est une bot qui tente d’écrire sur le corps et d’expliquer son point de vue dans les médias sur la cohabitation humains/bots tout en ne voulant pas tout à fait s’impliquer politiquement, en tout cas, pas au point de certains de ses amis, bots ou humains, comme Clélia ou Zahir. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé qu’elle ne soit pas aussi militante que d’autres personnages, parce que cela la rend, peut-être, plus proche du lecteur « lambda ». J’ai rapidement adoré la suivre, non seulement parce qu’elle est l’incarnation de cette nouvelle entité du futur, mais aussi parce qu’elle est profondément humaine, au sens où elle ressent des émotions, a des relations complexes, vit comme un être humain, mais aussi pas du tout comme eux. Elle est très différente des « machines » qu’imaginent encore certains humains : elle est vivante, consciente, indépendante, autonome, pas seulement des process, un programme, de la ferraille. J’ai adoré découvrir, à travers elle, mais aussi à travers les interludes qui coupent les alternances de chapitres entre Asha et Roz, l’émergence des bots, leur « venue au monde », la lutte pour leurs droitsSPOILER 1 C’était fascinant de découvrir son passé, sa « naissance », comment elle vit et « fonctionne ». Quant à Roz, il se trouve dans un vaisseau très loin de chez lui. SPOILER 2 J’ai trouvé les chapitres le concernant très bons, mais j’étais moins dans son histoire que dans celle d’Asha SPOILER 3 J’ai aimé découvrir, peu à peu, ses compagnons de voyage, les relations qu’il tisse avec eux, qu’elles soient positives ou non, mais aussi le vaisseau, ses différentes pièces, son environnement, son ambiance.

Enfin, un mot sur la fin. J’ai eu très peur qu’elle me déçoive au sens où SPOILER 4 Ce ne fut pas le cas. Je l’ai trouvée belle, même si j’ai quitté le roman à regret. J’avais envie qu’il dure encore, suivre encore les personnages SPOILER 5

 

Donc, un excellent roman et un énorme coup de cœur que je recommande à tous les fans de SF mais aussi à ceux qui veulent imaginer un futur où coexistent bots et humains, porté par une écriture remarquable. 

 

SPOILER 1 La partie sur les bots sexuels m’a horrifiée, même si, malheureusement, je m’y attendais. 

SPOILER 2 Le lecteur comprend rapidement qu’il ne va pas très bien, voire qu’il est déprimé. En effet, il est à des milliers de kilomètres de chez lui, entouré par le vide intersidéral, enfermé avec d’autres êtres humains qu’il apprécie plus ou moins selon les cas, sans grand-chose à faire de ses journées si ce n’est vérifier les logs de l’IA du vaisseau, Alexander, qui n’a pas besoin de lui pour fonctionner. Le problème que va rencontrer le vaisseau va lui donner une nouvelle « raison de vivre », en quelque sorte, puisqu’il va devoir s’assurer qu’Aardtman est viable et le former. J’ai adoré cette partie du roman, le fait qu’il lui faille quelque chose à faire pour aller mieux et qu’il se sente coupable de cela, qu’il en parle à Maman, la personne en charge du suivi psychologique des astronautes. J’ai trouvé cela vraisemblable, je me suis sentie d’autant plus proche de lui, il était d’autant plus vrai pour moi.

SPOILER 3 jusqu’au moment où Alex crashe et le vaisseau s’arrête. 

SPOILER 4 le démantèlement d’Asha semblait une conclusion trop triste à ce roman. J’avais vraiment envie qu’elle continue à vivre, malgré tout. Je ne m’y attendais pas, mais j’ai sangloté lors du démantèlement de Tondo et je ne voulais vraiment pas imaginer ça pour Asha, personnage auquel je me suis rapidement attachée et que j’ai tant aimé. La mort de Clélia était aussi une claque en pleine figure ; le double deuil auquel doit faire face la jeune bot est terrible, d’autant plus qu’elle est encore en train de réfléchir aux différences entre humains et bots, à leurs expériences parallèles, mais qui ne se croiseraient jamais. Ici, elle fait l’expérience de quelque chose que l’on aurait pu imaginer impossible pour les bots : forcément, le backup existe et qui voudrait se faire démanteler alors qu’il peut vivre « éternellement » ? J’ai adoré que ce sujet soit abordé, l’idée d’une fin de vie aussi pour les bots, à la fois voulue pour Tondo et subie pour Clélia, qui connaissait les risques qu’elle encourait et qui a tout de même fait le choix de partir. Sont aussi abordés la question de la douleur et l’aspect « médical » de la vie des bots. 

SPOILER 5 arriver au prochain tie-in et poursuivre la correspondance entre Asha et Roz. Savoir si ari-me a atteint une planète terraformable. Continuer à voir évoluer Asha au milieu de l’extinction humaine. Mais il est logique que le roman s’arrête là, laissant le lecteur suspendu : qu’arrive-t-il à nos personnages après ce dernier message et la décision d’Asha ? 

Celui qui a vu la forêt grandir de Lina Nordquist

Classé dans : Avis littéraires — 23 avril, 2023 @ 8:09

Genre : HistoriqueCelui qui a vu la forêt grandir

Editeur : Buchet Chastel

Année de sortie : 2023 [2021]

Titre en VO : Dit du går, följer jag

Nombre de pages : 447

Synopsis : « Si j’avais su prédire l’avenir, je n’aurais rien fait pour l’arrêter. Le chagrin ne mesure pas le bien et le mal. Le bonheur ne s’encombre pas de la morale. »

1897. Recherchée pour avoir pratiqué des avortements, Unni fuit la Norvège avec son compagnon et son bébé. Après avoir traversé les montagnes, la famille arrive en Suède, dans la province reculée du Hälsingland, et s’installe dans une ferme délabrée, à l’endroit le plus ensoleillé de la forêt. C’est ici qu’ils construiront leur vie, à la merci d’une nature splendide et terrible, qui leur donnera autant qu’elle leur prendra.

1973. Dans la même maison, deux veuves se font face. Entre elles se dressent les secrets d’une famille dont la rudesse et la tendresse épousent celles des arbres qui les encerclent.

Avec cette fresque en clair-obscur d’une famille suédoise isolée de tout, Lina Nordquist entraîne les lecteurs au cœur de la forêt, mêlant suspense et magnifiques descriptions de la nature pour un roman qui touche droit au cœur.

 

Avis : J’ai reçu ce livre en service presse de la part de la maison d’édition que je remercie à nouveau ! J’étais intriguée par Celui qui a vu la forêt grandir pour plusieurs raisons : je n’ai pas lu beaucoup d’auteurs suédois, voire d’auteurs scandinaves ; ce roman est présenté comme le meilleur de l’année 2022 en Suède ; à la lecture du résumé, j’ai tout de suite été intéressée par la double temporalité et le fait de suivre trois femmes à deux époques différentes. Il était aussi fait mention de « magnifiques descriptions de la nature« , ce qui a achevé de me convaincre.

Effectivement, les passages concernant la forêt étaient sublimes et, ce, dès l’incipit qui m’a immédiatement happée. L’atmosphère est déjà posée, l’écriture est déjà très belle : j’ai eu des frissons et j’ai aimé cette façon un peu particulière d’écrire SPOILER 1 On sent les personnages, et ce, notamment dans les chapitres centrés sur Unni, en réelle communion, voire en symbiose, avec la nature. C’est nécessaire pour leur survie – un aspect que je traiterai un peu plus bas – ; cela rend la nature proprement vivante, comme consciente. Les arbres respirent, soupirent, asssistent aux scènes décrites et ont une opinion sur ce qui se déroule. Je crois n’avoir jamais lu un roman dans lequel la nature était à ce point personnifiée sans, pour autant, virer vers le fantastique ou la Fantasy. C’était beau à lire, tout en simplicité, à la fois cosy et terrible. La beauté se trouve même au sein du cycle des saisons, et ce, malgré les difficultés que rencontrent les personnages, le froid intense de l’hiver ou la sécheresse de l’été. L’amour pour la nature – et pour la vie – est absolu, elle n’est jamais maudite malgré tout ce qui arrive. L’idée émerge également que, lorsque la nature donne, il faut tout prendre, ne rien laisser, ne rien renier ; prendre et être heureux d’être en vie.

Cela mène donc à l’idée de la survie, notamment à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle avec Unni. Il est terrible de lire la faim des personnages, terrifiant même : il est clair qu’ils peuvent mourir à tout instant, qu’ils se vident peu à peu de leurs forces, de leur énergie et qu’ils sont en danger de mort. Cela donne des passages difficiles à lire, aussi bien parce que les enfants souffrent de la pauvreté extrême de leurs parents, mais aussi parce que ces derniers se trouvent clairement dans une impasse. Ces moments sont vivaces, le lecteur les vit avec les personnages et se trouve à leur table, impuissant.

C’est d’autant plus difficile à lire que la famille, dans ce roman, est importante, essentielle même : elle est le centre du livre et de la vie des personnages, leur fil rouge. Dès le départ d’Unni de Norvège, le but est de rejoindre un pays où la jeune femme, avec son compagnon Armod, pourra vivre en paix, libre, et construire, peu à peu, une famille, faire en sorte d’obtenir, pour son fils, Roar, et ses enfants à venir, une vie meilleure. Elle régit tout : c’est la raison pour laquelle les personnages se battent et veulent survivre. C’est aussi ce avec quoi Kåra, l’autre héroïne du roman, a un problème – mais je reviendrai là-dessus en partie spoiler.

En effet, comme mentionné précédemment, le lecteur va ici suivre trois femmes, dont deux sont narratrices : Unni à partir de 1897 ; Kåra à partir de 1973, face à Bricken – sachant que son récit est couturé de flashbacks qui nous permettent de comprendre la sitauton dans laquelle se trouvent les deux veuves. J’ai trouvé ces héroïnes – Unni et Kåra – à l’opposé l’une de l’autre, même si Kåra, qui écoute l’histoire d’Unni racontée par Roar et Bricken, va s’identifier à elle. Elles n’ont, pour moi, rien à voir. Unni est une femme forte et libre, qui veut vivre, qui fera tout pour survivre, déterminée, même dans les moments les plus sombres, à porter ses enfants jusqu’au bout. Kåra, elle, est un peu perdue ; elle aussi veut vivre, mais elle se trompe de voie et finit dans une impasse dont elle ne parvient pas à s’extirper. Elle est, pour moi, comme Unni aurait pu être si elle avait fini à Tronka. La liberté de l’une fait miroir à l’enfermement de l’autre. SPOILER 2 Si Unni se sent bien dans la forêt, dans sa maison, malgré tout ce qui lui arrive, c’est parce qu’elle est avec sa famille, son fil rouge ; ce n’est pas du tout ce à quoi aspire Kåra qui n’est visiblement pas faite pour cette vie et cette famille. Unni représente, pour moi, la protection constante de ses enfants et un amour profond pour Armod, son mari ; Kåra, pas du tout. SPOILER 3 Point commun tout de même entre ces deux femmes : elles s’adressent toutes deux au même homme, Roar, le fils d’Unni et le beau-père de Kåra. Il est, lui aussi, le fil conducteur du roman et le lecteur, grâce à elle, va profondément s’attacher à lui SPOILER 4. Les enfants d’Unni sont également, globalement, tous très attachants : nous les voyons naître et souffrir, ce qui donne des passages particulièrement pénibles à lire. SPOILER 5 En revanche, j’ai trouvé Kåra assez peu sympathique. Certes, elle souffre clairement d’une maladie mentale SPOILER 6 et elle éprouve des difficultés à se conformer à ce que l’on attend d’elle. On brandit la menace de l’asile pour la contenir, ce qui ne fait que la ronger de l’intérieur. Mais elle ne semble jamais vraiment tenter d’entrer dans la famille. Dag m’a semblé un personnage poisseux, impossible à apprécier ; mais Bricken tente, à plusieurs reprises, de l’apprivoiser sans succès. SPOILER 7 

Vient enfin la partie avec laquelle j’ai eu beaucoup de mal – mais c’était évident – : la violence extrême de ce roman et son côté glauque. En effet, alors qu’elle n’était que suggérée au début du roman avec les avortements réalisés par Unni et la menace de Tronka, la violence surgit avec fracas dans l’histoire et comme c’était affreux … Elle est à la fois sociale, sexiste et sexuelle et, encore une fois, si elle n’est que mentionnée au début, elle devient plus « voyante » à un moment du roman. L’autrice ne nous donne, en réalité, pas de précisions ou de détails, mais les mots choisis et les passages sont suffisamment acérés pour heurter le lecteur. Ils surviennent également à un moment du récit où il s’est déjà profondément attaché aux personnages, ce qui rend la lecture d’autant plus douloureuse pour lui. SPOILER 8 La pauvreté des personnages les pousse également à commettre des actes qu’ils regrettent SPOILER 9 Cela participe de la tristesse pesante que l’on peut ressentir pendant la lecture.

Enfin, la fin. Elle est étonnamment surprenante : je ne m’attendais pas du tout à ça ! On y découvre la raison du départ d’Unni. SPOILER 10

Dernière remarque avant de clore : je salue le travail de la traductrice, Marina Heide, qui a fait un boulot remarquable. On ne sent qu’extrêmement rarement le passage entre les deux langues, peut-être seulement aux endroits où le français ne peut pas tout à fait rendre la poésie et la finesse des descriptions de la nature en suédois. 

 

Donc, un excellent roman, difficile à lire par la violence qu’il dépeint, mais également très beau et touchant par l’importance de la nature et de la famille dans la vie des personnages. Je suis heureuse d’avoir eu l’opportunité de pouvoir le découvrir !

 

SPOILER 1 que l’on retrouve, par la suite, chez Kåra. Je n’ai pas tout de suite compris qu’elle était, en réalité, responsable de la mort du personnage, mais cela devient très clair à la fin du roman, puisqu’on la voit agir. C’est assez étrange, d’ailleurs, que j’aie été aussi touchée par l’écriture au début, puisque ce sont les chapitres centrés sur Unni et, globalement, sa « timeline » que j’ai préféré, plutôt que celle de Kåra qui m’a nettement moins plu – sans doute parce qu’en fin de compte, j’ai eu beaucoup de mal avec ce personnage.

SPOILER 2 Elles se rejoignent seulement dans leur détermination à survivre, même si j’ai trouvé les moyens de Kåra et ce qu’elle fait douteux. Unni n’aurait jamais fait de mal à sa famille ; Kåra va jusqu’à causer la mort de son mari et risquer la vie de son fils.

SPOILER 3 Comme écrit dans le spoiler 2, Kåra cause la mort de son mari, met en danger Bo, mais causera aussi la mort de Roar et celle de Bricken, à laquelle le lecteur n’assiste pas mais qui est méticuleusement préparée par Kåra. Elle a, entre temps, également tué le chat – ou l’a tellement amoché que Roar est dans l’obligation de l’achever. A l’inverse, Unni, elle, souffre de devoir mettre à mort la corneille qu’elle avait fini par considérer comme son ami, regrette de devoir tuer des oiseaux pour nourrir ses enfants, respecte la vie au point de remercier la forêt de lui offrir ses bienfaits.

SPOILER 4 d’où, également, l’impossibilité de pardonner à Kåra. Certes, Roar lui avait demandé son aide, mais elle aurait pu faire autrement, plus paisiblement. J’ai eu l’impression qu’elle salissait tout parce qu’elle ne savait pas comment toucher les gens et les choses, comment aimer et vivre.

SPOILER 5 Le lecteur peut-il jamais se remettre de l’abandon de Brita Elise et de la mort de Tone Amalie ? C’est tellement dur que c’est trop : je n’ai pas réussi à pleurer, juste à ressentir une profonde pitié et une grande tristesse pour ces personnages perdus.

SPOILER 6 – la dépression, probablement, parce qu’elle est forcée d’entrer dans un moule qui ne lui convient pas du tout et qu’elle a conscience de passer complètement à côté de sa vie –

SPOILER 7 Kåra se rend compte, à la fin du roman, des efforts de Bricken et qu’elle aurait pu s’en faire une alliée, qu’elle n’était pas telle qu’elle se l’imaginait – peut-être souffre-t-elle aussi d’un délire de persécution ? de paranoïa ? Elle fait fausse route depuis le début en s’imaginant l’idylle de Roar et Bricken, en voyant leur bonheur qu’elle imagine conjugal, ce qui la fait paraître, en fin de compte, pathétique. Elle s’est inventée une histoire qui n’est que feu de paille et qui s’embrase dans une révélation terrible à la fin du roman.

SPOILER 8 Les violences sociales et sexuelles sont liées dans le fait que c’est le paysan propriétaire de la maison où loge Unni qui va décider, en guise de remboursement de sa dette après la mort d’Armod, de la violer régulièrement pendant des années. La nausée n’est pas loin lors de ces scènes. En effet, tout est glauque : le passage en lui-même ; l’arrivée du paysan et sa description à la fois sonore, olfactive, visuelle ; la perte de l’éclat de vie chez Unni mais aussi chez ses enfants qui perdent le sourire ; la violence du paysan sur les enfants, que ce soit lorsqu’il repousse trop violemment Brita Elise ou quand il bat Roar ; la mort de Tone Amalie pendant cette période ; l’absence de compassion, de sympathie, d’humanité de cet homme qui insulte, rabaisse, frappe et souille. Si ces passages n’étaient pas arrivés aussi tard, j’aurais peut-être abandonné le roman en cours de route tant ils sont sales.

SPOILER 9 comme le vol du garde-manger d’une famille riche ou le meurtre d’animaux « amis » pour Unni.

SPOILER 10 Quel coup sur la tête d’apprendre que Bricken est, en réalité, Brita Elise retrouvée ! Et donc que Roar a épousé sa petite sœur perdue ! Le soulagement est teinté d’horreur face à cette situation invraisemblable. C’est aussi très touchant, par la suite, de comprendre leur véritable relation, biaisée par le point de vue de Kåra : le frère et la sœur se sont rendu compte de leur parenté et ont fini par vivre fraternellement tout en éprouvant un amour véritable l’un pour l’autre, amour que mésinterprète Kåra. Suit ensuite la vérité sur la mort de Roar, puis celle à venir de Bricken. Cela permet à Kåra de se rendre compte qu’elle peut, elle aussi, partir, comme Unni – dernière ressemblance avec la mère des hommes qu’elle tue ! – et décider, enfin, de vivre sa vie comme elle l’entend. Cette libération vient après de longues années à souffrir et à faire souffrir autour d’elle. Le pire est sans doute qu’elle a conscience de ce qu’elle fait, puisqu’elle pense qu’elle « vole » Roar à Bricken et qu’elle trouve l’homme qu’il lui faut dans le père de celui qu’elle a épousé. Elle aimerait faire du mal à Bricken et tout lui dire ; seule sa retenue lui permet de garder son honneur en fin de compte, puisqu’elle ne dira rien à la veuve qui va s’éteindre à son tour. 

Mémoires de la forêt, tome 1 : Les souvenirs de Ferdinand Taupe de Mickaël Brun-Arnaud #plib2023

Classé dans : Avis littéraires — 16 avril, 2023 @ 9:28

Genre : Fantasy, JeunesseMémoires de la forêt 1

Editeur : L’école des loisirs

Année de sortie : 2022

Nombre de pages : 301

Synopsis : Dans la forêt de Bellécorce, au creux du chêne où Archibald Renard tient sa librairie, chaque animal qui le souhaite peut déposer le livre qu’il a écrit et espérer qu’il soit un jour acheté.

Depuis que ses souvenirs le fuient, Ferdinand Taupe cherche désespérément à retrouver l’ouvrage qu’il a écrit pour compiler ses mémoires, afin de se rappeler les choses qu’il a faites et les gens qu’il a aimés. Il en existe un seul exemplaire, déposé à la librairie il y a des années. Mais justement, un mystérieux client vient de partir avec… À l’aide de vieilles photographies, Archibald et Ferdinand se lancent sur ses traces en forêt, dans un périple à la frontière du rêve, des souvenirs et de la réalité.

 

Avis : J’ai lu ce livre dans le cadre du Plib 2023, puisqu’il est un des finalistes dans la section « jeunesse/YA ». Encore une fois, ce prix m’a fait découvrir un livre que je n’aurais jamais lu sans lui, et c’est tant mieux !

Tout d’abord, parlons de l’esthétique de ce roman. La couverture ne m’attirait pas spécialement, même si je la trouvais très douce. Pour autant, j’aime beaucoup que les illustrations courent sur l’ensemble des couvertures et la tranche pour former un seul et même dessin. De plus, le roman lui-même est illustré : cela le rend d’autant plus chaleureux et offre un bel accompagnement à l’histoire.

Cette dernière, par ailleurs, traite d’un sujet assez lourd : l’oubli et la maladie chez les personnes âgées. En effet, ce qui arrive à Ferdinand, la maladie de l’Oubli-Tout, m’a beaucoup fait penser à la maladie d’Alzheimer ; son comportement ressemble à celui d’une personne atteinte de ce syndrome. Cela rend le livre assez triste, mais aussi très touchant : une forme de mélancolie profonde due à l’oubli définitif à venir se dégage tout en rappelant que de nombreux petits bonheurs restent à vivre sur le chemin. Ce n’est facile ni pour celui qui est touché, ni pour ses proches, mais le lecteur comprend que la force des liens est toujours là et que l’accompagnement se fait dans la douceur.

Côté personnages, Ferdinand est comme un enfant, malgré son âge, à cause de la maladie. Cela le rend à la fois mignon, drôle et terriblement touchant : il ne se rend pas compte de ce qu’il fait. Certaines de ses réactions sont alarmantes pour ses proches, notamment quand il perd pied et ne reconnaît pas ceux qui l’entourent. Archibald, quant à lui, a déjà un prénom que j’adore mais il est aussi adorable dans ses réactions et sa détermination à aider son ami à retrouver son livre. SPOILER 1 De plus, le renard m’a fait penser à un relais du lecteur qui assiste à la quête de Ferdinand pour retrouver Maude, mais qui découvre aussi l’histoire de la vie de son ami, dont il ne sait, en fin de compte, pas grand-chose. Enfin, le libraire, ici, est le récepteur de toutes les histoires des animaux, en plus d’en être le relayeur, ce qui le rapproche encore du lecteur qui reçoit le roman.

J’ai adoré que ce monde soit peuplé d’animaux qui parlent et se vêtent ainsi que les jeux de mots sur les noms de lieux. L’auteur a également semé des tas de références, notamment dans les titres d’œuvres ; ce sont, je trouve, de jolis clins d’œil pour les lecteurs adultes qui liront le roman.

La fin est à la fois terrible, touchante et belle, comme le lecteur pouvait s’y attendre. SPOILER 2

 

En fin de compte, ce roman, tissé de rencontres et de souvenirs, est une ode aux liens qu’une personne forme tout au long de sa vie. C’était très beau, très touchant et cela émouvra petits et grands tout en permettant d’aborder la vieillesse, voire la fin de vie et la perte.

 

 

SPOILER 1 A un moment dans le roman, le narrateur précise qu’Archibald s’en veut parce qu’il a perdu patience avec son ami, Ferdinand. J’ai trouvé cela vraisemblable et émouvant – j’y ai reconnu la culpabilité de ceux qui, parfois, doivent se débrouiller seuls face à des personnes malades qui ne les reconnaissent pas toujours ou auxquelles il faut répéter plusieurs fois la même chose, voire raconter à nouveau la même histoire, la leur. C’était vrai.

SPOILER 2 Je me doutais que Maude était morte ; en effet, de son vivant, Ferdinand ne se serait jamais séparé d’elle, il aurait parlé de sa femme à Archibald, elle serait allée à la librairie avant même son mari, le renard l’aurait donc rencontrée.

 

#ISBN9782211313155

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