Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour la catégorie 'Avis littéraires'

Du thé pour les fantômes de Chris Vuklisevic

Posté : 18 juin, 2023 @ 5:25 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Fantasy Du thé pour les fantômes

Editeur : Denoël (Lunes d’encre)

Année de sortie : 2023

Nombre de pages : 439

Synopsis : Agonie est sorcière. Félicité, passeuse de fantômes.
Le silence dure depuis trente ans entre ces deux filles de berger, jusqu’au jour où la mort brutale de leur mère les réunit malgré elles.
Pour recueillir ses derniers mots, elles doivent retrouver son spectre, retracer ensemble le passé de cette femme qui a aimé l’une et rejeté l’autre.
Mais le fantôme de leur mère reste introuvable, et les témoins de sa vie, morts ou vivants, en dessinent un portrait étrange, voire contradictoire.
Que voulait-elle révéler avant de mourir ?
Qui était vraiment cette femme fragmentée, multiple ?
Leur quête de vérité emmènera les sœurs des ruelles de Nice au désert d’Almeria, de la vallée des Merveilles aux villages abandonnés de Provence, et dans les profondeurs des silences familiaux.

Entrez dans le salon de thé.
Prenez une tasse chaude à l’abri de la pluie.
Écoutez leur histoire.

 

Avis : J’ai reçu ce livre en service presse de la part de la maison d’édition, que je remercie ! Je l’ai demandé grâce à ma lecture de Derniers jours d’un monde oublié : j’avais très envie de découvrir un autre roman de l’autrice !

Dès le titre, le lecteur se voit proposer un programme alléchant, rendu encore plus intrigant par la couverture, tout en poésie macabre. L’idée m’a tout de suite attirée ; j’ai trouvé tout un tas d’éléments originaux SPOILER 1 les pouvoirs différents des sœurs ; cela les éloigne tout en les rendant, en quelque sorte, complémentaires. Il est impossible de confondre ces jumelles-là ! Tout cela est saupoudré de secrets de famille bien enfouis, un trope que j’adore en littérature, mais qu’il n’est pas évident d’introduire correctement ; l’autrice parvient à le faire sans encombre. Elle réussit également à utiliser un autre procédé que j’apprécie : l’enchâssement de récits, le fait qu’il y ait un narrateur qui, ici, est un personnage mineur de l’intrigue qu’il raconte à un autre personnage.

Venons-en donc aux protagonistes et à ceux qui les entourent ! Félicité et Agonie sont donc les jumelles que nous allons suivre. Ma préférée est la seconde : SPOILER 2 Quant à Félicité, j’ai parfois eu un peu de mal avec elle au début ; j’ai fini par l’adorer, elle et tout ce qu’elle apporte au récit, notamment le côté théilogie ! Cet aspect est aussi mis en valeur par mon second personnage préféré : Marine. Elle avait absolument tout pour plaire : la bibliothèque/les archives, l’endroit qu’elle s’aménage pour recevoir ses invités et, donc, la théilogie ! J’avais tellement envie d’en apprendre plus sur cette nouvelle discipline ! J’ai presque trouvé dommage que ce ne soit pas davantage creusé – mais ce n’était pas le but du roman, qui l’aborde déjà suffisamment pour nous faire comprendre la science du thé et le lien avec les fantômes. Dernier personnage que j’adore : Vera SPOILER 3

Comme dans le premier roman de Chris Vuklisevic, j’ai apprécié son écriture, que j’ai trouvé belle, parfois même poétique, notamment quand elle utilise une forme de vers libre, mais aussi quand elle écrit « simplement » en prose. Par exemple, j’ai adoré l’idée d’outrenom que j’ai trouvé très poétique SPOILER 4

Au fil des pages, le lecteur comprend qu’il est face à une épopée familiale dont les secrets sont peu à peu égrenés en révélations glaçantes. L’horreur est diluée dans une atmosphère semi-enchanteresse mais elle est tout de même bien présente : le rejet d’Agonie et ce qui lui arrive SPOILER 5 ; l’ombre de Carmine SPOILER 6, sa façon d’être mère SPOILER 7 ; SPOILER 8. Pour autant, le côté enchanteur est également bien présent : Marine et les thés, le passage de fantômes inoffensifs qui n’ont rien de terrifiant, Vera SPOILER 9, le kintsugi. Cela donne un aspect bien particulier à ce roman, entre l’inquiétude et la merveille pour finir en apothéose SPOILER 10.

En fin de compte, il est un peu dommage que je n’ai pas réussi à entrer dans le roman dès le début, notamment à cause d’autres lectures que je faisais à côté et du peu de temps que j’avais pour lire en papier. En effet, le premier chapitre m’a happée tout de suite, me donnant envie de poursuivre la lecture malgré tout. Ce qui est sûr, c’est que ce roman est, comme son prédécesseur, une réussite et que j’ai déjà hâte de lire la prochaine œuvre de l’autrice ! 

 

Donc, un très bon roman mêlant horreur et enchantement autour de secrets familiaux terribles, porté par des personnages attachants ou insupportables, dans tous les cas complexes comme je les aime !

 

SPOILER 1 comme les artefacts phantopréhensibles, les multiples jumelles ennemies – le fait que cette confrontation coure dans la famille, qu’elle se poursuive de génération en génération, alimentée par le traitement des filles par leur mère -,

SPOILER 2 elle est l’archétype de la sorcière – niveau apparence, pouvoirs « maléfiques » et rejet par la société dans son ensemble, que ce soit ses parents ou les habitants qui se trouvent près d’elle -, mais elle n’a pas une mauvaise nature. Elle s’accepte « sorcière », mais elle reste touchante, ne fait pas de mal à d’autres sciemment. Si l’on y regarde de plus près, pour moi, ce sont sa grand-mère et sa mère qui sont de véritables sorcières au sens « maléfique » du terme.

SPOILER 3 J’ai adoré tout ce qui l’entoure, le fait qu’elle ait « dompté » ses pouvoirs, qu’elle les ait acceptés et vive avec eux pour en faire profiter d’autres. J’ai aussi aimé ce qu’elle apporte à ses sœurs individuellement : l’acceptation de soi et la possibilité, comme elle, d’utiliser ses pouvoirs au lieu de les subir pour Egonia ; la compréhension que sa mère est avant tout une femme, un individu, et qu’elle a caché des éléments de sa vie à tout le monde sans tout à fait le vouloir pour Félicité. Celle-ci a, en effet, beaucoup de mal à comprendre les agissements de sa mère et a accepté qu’elle s’est fait manipuler depuis l’enfance, mais aussi que sa mère cache un secret trop horrible pour qu’elle l’expose face à ses filles. En fin de compte, vu ce qui arrive dans le roman, j’ai eu l’impression que Félicité perdait beaucoup quand Egonia « gagnait » pas mal. En effet, alors même qu’elle est censée vivre une vie « parfaite », Félicité souffre aussi des différences que fait sa mère entre elle et sa jumelle pour plusieurs raisons : elle culpabilise, elle tente de compenser, mais aussi de concilier les deux natures explosives qui l’entourent, ne vivant donc jamais vraiment la vie d’une enfant innocente et insouciante.

SPOILER 4 grâce à l’image de la rivière, du lit puis de l’océan, mais aussi dans le fait que c’est un reflet du nom, une partie de son destin. Chaque personnage ne réagit pas de la même façon à la révélation de son outrenom, sans doute en raison de la nature de celui-ci. Pour Egonia, la question est assez complexe puisqu’elle n’est pas nommée comme le voudrait sa mère : Agonie. Dans le roman, on ne sait pas quel est son outrenom et quel est son nom ; j’aime à imaginer qu’Egonia est son outrenom, la sorcière atteignant ainsi une plénitude et une pleine puissance qui lui siéent à merveille. Quant à Félicité, le lecteur a compris qu’elle l’avait découvert d’elle-même : Clé, pour le passage qu’elle permet aux fantômes, mais aussi les réconciliations qu’elle peut opérer au sein même de sa famille. J’ai aimé la boutade autour de l’outrenom d’Adélaïde, personnage insupportable, profondément Laide à l’intérieur. Enfin, Carmine et son Cri correspondent parfaitement à ce personnage incroyable, voué à la destruction par le « cadeau » de sa mère à ses jumelles, mais aussi par sa différence de traitement entre ses filles.

SPOILER 5 que ce soit l’attaque d’un homme du village qu’elle subit ou son vieillissement prématuré lorsqu’elle assume sa destinée de sorcière

SPOILER 6 qui reflète le fait qu’elle est, en réalité, « habitée » par toutes les femmes qu’elle a été pendant sa très longue vie 

SPOILER 7 à la fois son côté manipulateur avec Félicité et la maltraitance d’Egonia

SPOILER 8 la petite Carine qui rit à la fin ; le puits …

SPOILER 9 et son jardin, 

SPOILER 10 J’ai beaucoup aimé la fin, le fait que les jumelles aient travaillé ensemble, qu’elles vivent ensemble – les voir interagir pendant le roman était un vrai plaisir. J’ai eu mal au cœur d’apprendre que Félicité, puis Vera meurent, laissant Egonia seule ; mais j’ai adoré qu’elle soit présente dès le début de l’œuvre sans que le lecteur le sache.

Fantasy & Moyen Âge édité par Anne Besson et Victor Battagion

Posté : 17 juin, 2023 @ 2:07 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Fantasy, Essai, Historique Fantasy & Moyen Âge

Editeur : ActuSF (Les 3 Souhaits)

Année de sortie : 2023

Nombre de pages : 491

Synopsis : Le Moyen Âge merveilleux du Seigneur des Anneaux, du Sorceleur ou de L’Assassin royal vous fait rêver ? Sorcières, magiciens et nains peuplent votre imagination depuis toujours ? Chevaliers, vikings et mercenaires vous passionnent ? Ce beau-livre est fait pour vous. Toutes ces histoires, des contes de fées à Game of Thrones, exercent sur nous un extraordinaire pouvoir de fascination. Prenez garde, pourtant. Explorer les arcanes de la fantasy d’inspiration médiévale pourrait bien changer à tout jamais votre destinée.
Derrière ces récits inoubliables se déploient des œuvres littéraires et artistiques multiples – de la légende du roi Arthur aux contes venus du monde entier –, et leurs influences historiques sont légion – invasions « barbares », art de la guerre dans le Moyen Âge européen et le Japon féodal, châteaux forts et femmes de pouvoir. Mêlées, sublimées, ces sources abreuvent des œuvres devenues incontournables.

 

Avis : Dès l’annonce de la sortie de ce livre, j’étais dans les starting blocks pour participer à la campagne de financement : quoi de mieux qu’une collection d’essais sur les liens entre Moyen Âge et Fantasy ?

J’ai adoré cette œuvre – j’ai presque envie d’ajouter « évidemment » ! Les sujets abordés sont diversifiés : on peut évoquer le condotiere, l’arc, l’utilisation des contes par exemple. Les auteurs écrivent à propos de différentes régions du monde : le Japon féodal et le continent africain, entre autres, se voient inclus dans cette anthologie. Les médias mentionnés sont eux aussi variés : la littérature, le cinéma, mais également les jeux (vidéo, de société, de rôle), les séries, les illustrations. J’ai vraiment eu l’impression d’une envie de tout dire, tout en étant conscient que ce n’était pas possible tant le sujet est vaste. A travers tous ces supports, le lien entre Fantasy et Moyen Âge est expliqué de manière claire à travers différents points de vue, différentes visions de la Fantasy et de ce que lui apporte la période médiévale, mais aussi ce que le genre apporte à l’Histoire. Le lecteur comprend qu’il existe une sorte de cercle (plus ou moins) vertueux d’influences entre littérature et histoire, disciplines qui s’enrichissent l’une l’autre.

De plus, ces articles sont rédigés par des spécialistes : non seulement leur niveau d’expertise est tel que l’on apprend des éléments nouveaux sur le sujet qu’ils abordent, mais en plus, ces auteurs donnent envie, pour la majeure partie d’entre eux, de creuser et de lire d’autres livres ayant un rapport avec les informations données. Cela occasionne, évidemment, une explosion de PAL et de wish-list, davantage centrée tout de même sur la fiction grâce aux nombreux exemples utilisés pour illustrer leur propos. Je précise que certaines œuvres sont spoilées, ce qui est dommage mais inévitable quand on étudie et analyse des ouvrages littéraires. Pour autant, cela ne gâche pas du tout le plaisir de lecture !

Je m’arrête enfin sur l‘esthétique du livre. Extérieurement, il est très beau, mais je vous recommande de le lire chez vous uniquement, parce que les manipulations l’abîment au fil du temps. A l’intérieur, les illustrations en couleurs qui émaillent le texte sont un délice : cela ajoute une véritable richesse à cette édition qui nous permet de voir ce dont elle traite au lieu de seulement l’évoquer. A la rigueur, le seul manque de l’ouvrage serait une bibliographie récapitulative à la fin, mais tant d’œuvres sont citées que cela devait être impossible !

 

Donc, un petit bijou qui permet d’explorer de manière assez complète les liens entre Fantasy et Moyen Âge donnant, par la même occasion, très envie de se plonger dans les œuvres analysées !

Le Chant des géants de David Bry #plib2023

Posté : 4 juin, 2023 @ 1:39 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : FantasyLe Chant des géants

Editeur : L’Homme sans nom

Année de sortie : 2022

Nombre de pages : 323

Synopsis : Entrez, entrez.
Asseyez-vous, n’ayez pas peur. Il reste de la place, là, au fond, près de la cheminée.
Oui. C’est bien. Très bien. Commandez des bières, des pommes braisées, ce que vous voudrez, mais faites vite. Vous autres, dans la paille, rapprochez-vous ; calez-vous contre les murs, les tonneaux, les pieds des tables.
Voilà…
Le feu ronfle, les bûches craquent. La nuit est tombée. Les marmites sont vidées.
Laissez-vous aller. Fermez les yeux. Juste un peu.
Et écoutez-moi.

Je vais vous raconter une histoire.
Celle de notre île d’Oestant où dorment trois géants : Baile, aux rêves de mort et de musique, Leborcham, mère du brouillard, des collines et des plaines, et enfin le puissant Fraech aux songes de gloire et de batailles.
Je vais vous parler de guerres, d’amour et de trahisons ; de cris, de sang et de larmes.
Je vais vous parler de grands espoirs, de ce qui est vain. De ce qui meurt.
Alors, fermez les yeux.
Laissez-vous aller.
Voilà.

 

Avis : J’ai lu ce livre dans le cadre du Plib 2023, puisqu’il est un des finalistes !

J’ai eu un peu de mal en commençant ce roman, notamment parce que je n’étais pas du tout dans un mood fantasy, mais davantage tournée vers les classiques et la SF. J’ai donc eu des difficultés à m’y mettre, à entrer ; j’ai même préféré le poser pendant un petit moment, histoire d’y revenir avec plus d’entrain ! J’ai fini par être tout à fait à l’aise seulement vers la fin, lorsque le lecteur se trouve au cœur des campements avec les personnages qui attendent une bataille. Pour autant, j’ai alors vécu un de ces rares moments que j’adore quand je lis : un de ceux où je me sens bien avec les héros, je veux être avec eux au cœur de l’histoire. C’est comme si j’étais à leurs côtés, que je vivais l’aventure avec eux : je peux les imaginer, ils sont là, j’entends ce qui se passe autour d’eux, je les vois, je suis devenu, moi aussi, un personnage. Rien que pour m’avoir permis de vivre ce moment, j’ai adoré ce roman !

Je dois dire aussi que j’ai adoré l’onomastique pour certains personnages, notamment Sile, Lohengrin et SPOILER 1 Cela place l’action dans un temps de légende, dans un monde semi-connu du lecteur parce qu’il a déjà entendu ces noms ou leurs consonances. En revanche, j’ai eu beaucoup de mal avec le prénom du héros, Bran. Je n’arrivais pas à l’imaginer autrement que sous les traits qu’avait pris pour moi Bran Stark dans A Song of Ice and Fire ! De plus, SPOILER POTENTIEL SPOILER 2 

J’ai été un peu gênée parfois par la place que prenait la romance – et notamment par une scène sexuelle que j’ai trouvée un peu longue. Pour autant, cette relation entre les personnages permet de décupler les émotions du lecteur par la suite : il est clairement investi dans l’histoire grâce à eux, il est attaché à eux et donc ce qui leur arrive le touche tout particulièrement.

Outre la romance, les scènes de batailles prennent, elles aussi, une assez grande place dans le roman. Elles ne sont pas forcément décrites en détails, mais l’auteur réalise une sorte de zoom sur certaines parties du combat : il s’avère violent, sanglant, sans pitié, comme nos héros quand ils se trouvent au cœur de la guerre.

Concernant les personnages, j’ai eu, donc, un peu de mal avec BranSPOILER 3 - et avec Sile SPOILER 4 mon préféré est CaemSPOILER 5 Dévoué au héros, il ne le quitte pas d’une semelle ; leur amitié est belle à voir et le lien qui se forme entre eux est touchant. J’ai également adoré qu’il soit accompagné de loups : ils le rendent à la fois impressionnant, « cool », attendrissant et lui donnent une touche sombre. SPOILER 6

Avant d’aborder la fin de l’œuvre, je me permets de vous prévenir : l’auteur torture littéralement ses lecteurs !! SPOILER 7

Je dois dire que j’ai eu un peu peur en m’approchant de la fin. Voyant que les pages défilaient et que le dénouement n’arrivait toujours pas, je me suis demandé comment l’auteur allait faire pour la rendre parfaite tout en lui consacrant « peu » de pages. Elle est réussie pour moi, surtout parce qu’elle est intense, c’est le moins qu’on puisse dire ! L’explication finale, plausible, reste affreuse et cruelle et SPOILER 8

 

 

Donc, c’est un très bon roman qui m’a surprise et m’a quasi dissoute dans mes larmes à la fin : bravo à l’auteur pour ce tour de force impressionnant !

 

 

SPOILER POTENTIEL j’ai, à un moment donné, confondu les deux conteurs. Je ne sais pas si c’était voulu – si le lecteur était censé penser qu’il n’y en avait qu’un – ou si c’est moi qui n’ai pas fait attention. 

 

 

SPOILER 1 Grimoald.

SPOILER 2 Je pensais que le conteur était Bran ; j’ai apprécié découvrir l’identité de ces deux personnages, l’une ne m’a pas surprise (Suantraige), l’autre, beaucoup plus ! (Ianto) 

SPOILER 3 non seulement « à cause de » son prénom, mais aussi parce qu’il est un peu trop focalisé sur la romance pour moi, peut-être. Il est incapable de penser à autre chose qu’à Sile et il est enclin à la répétition des mêmes phrases en boucle lorsque le lecteur se trouve dans sa pensée, ce qui peut vite m’agacer

SPOILER 4 parce qu’elle ne m’a pas semblé « vraisemblable » ; quelque chose m’a dérangé chez elle, même si j’ai fini par m’attacher et que j’ai eu mal au cœur lors de sa fin. Elle paraît inhumaine, très éloignée, peut-être parce que le lecteur n’a jamais son point de vue et ne la découvre qu’au travers du regard de Bran ? C’est un personnage féminin « fort », parce que c’est une guerrière, mais cela ne l’empêche pas non plus d’être mère, ce qui semble la rendre heureuse et la faire sourire à nouveau. Je ne sais pas, elle m’a un peu fait penser à un stéréotype, je n’ai pas réussi à l’imaginer « vraiment ». J’ai aussi eu du mal avec le fait qu’elle éloigne, inconsciemment, Bran et son homme lige. En effet, 

SPOILER 5 J’ai rapidement deviné qu’il était amoureux de Bran et je l’ai trouvé d’autant plus touchant – même si j’avais envie d’assommer le prince incapable de comprendre ! 

SPOILER 6 J’ai trouvé touchant qu’il soit leur alpha parce qu’il a dû tuer leur mère ; c’est, en quelque sorte, sa responsabilité. Sans lui, ils seraient morts, petits et sans défense, dans la nature. 

SPOILER 7 Caem meurt (affreux) ; Grimoald meurt (doublement affreux) ; Sile meurt (okay, je pense que mon cœur ne peut pas assumer plus, là) ; Bran meurt (*bruit de fissure très inquiétant*). Mais alors, le pire reste le fait que Ianto pleure sincèrement la mort de son frère, qu’il a pourtant cherchée et qu’il n’ait pas tué Grimoald, mais l’ait recueilli et éduqué avant de le remettre à Sigebert (personnage que je trouve étonnamment adorable par ailleurs) pour qu’il devienne ensuite roi de Lonan et de Riveste. Ce qui m’a vraiment touchée, profondément, c’est cette rédemption d’un personnage que j’ai fini par haïr dans le roman tant il faisait de mauvais choix, tant il paraissait cruel et irrécupérable. C’est ça qui m’a fait pleurer à chaudes larmes : Ianto, parce qu’il a survécu à toute cette histoire, sacrifie sa vie à son tour pour faire vivre la légende de son frère et Sile, et pour sauver le monde. J’ai pleuré ce châtiment qu’il s’inflige à lui-même pour réparer une faute impardonnable ; j’ai pleuré l’explication de Suantraige à propos de Baile qui ne rêve plus et qui a besoin d’une véritable tragédie. C’était ingénieux, c’était cruel, c’était vicieux et ça fonctionne parfaitement. Le lecteur en vient presque à pardonner Ianto : il n’a pas tué Grimoald, ce n’est pas lui qui a tué Sile, même s’il l’a ordonné et/ou ne l’empêche pas, il n’a pas réussi à tuer Bran, il a éduqué son neveu et consacré la suite de sa vie à conter la guerre qui l’a opposé à son frère et à Sile, revivant les horreurs qu’il a commises pour qu’ils ne soient pas oubliés et que la brumenuit ne revienne pas. *explosion du cœur*  

SPOILER 8 ne peut pas faire ressentir au lecteur l’impression du « tout ça pour ça » parce que le monde était en danger. C’est tout de même affreux d’imaginer une telle intrigue pour sauver Oestant … 

 

#ISBN9782918541752

Derniers jours d’un monde oublié de Chris Vuklisevic

Posté : 31 mai, 2023 @ 3:28 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Fantasy Derniers jours d'un monde oublié

Editeur : Folio (SF)

Année de sortie : 2021

Nombre de pages : 349

Synopsis : Plus de trois siècles après la Grande Nuit, Sheltel, l’île du centre du monde, se croit seule rescapée de la catastrophe. Mais un jour, la Main, sorcière chargée de donner la vie et de la reprendre, aperçoit un navire à l’horizon. Il est commandé par une pirate impitoyable, bien surprise de trouver une île au beau milieu du Désert Mouillé.
Si la Main voit en ces étrangers une menace pour ses secrets, Arthur Pozar, commerçant sans scrupules, considère les intrus comme des clients potentiels, susceptibles d’augmenter encore, si possible, son immense fortune.
C’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Qu’elle les mène à la gloire ou à la ruine, la sorcière, la pirate et le vieux marchand en seront les instigateurs, bien malgré eux.

 

Avis :J’ai découvert ce titre grâce au Plib : il est dans ma wish-list depuis sa sortie, dans ma PAL depuis fin 2021… Je l’ai enfin lu !

D’abord, je m’arrête un instant sur le titre et la couverture. Le premier promet déjà au lecteur tout un programme de bouleversements dans un monde inconnu à découvrir. J’ai adoré le camaïeu de bleus de la seconde – « repris », d’ailleurs, sur la couverture du nouveau roman de l’autrice, Du thé pour les fantômes. De plus, SPOILER 1

Dès le début, j’ai apprécié le format que prend ce roman. Les personnages sont désignés par leur fonction, un procédé que j’adore. Cela donne immédiatement la certitude que leur rôle sera important au sein de la « politique » du monde ; il est d’ailleurs surprenant SPOILER 2 J’étais ravie de voir une « sorcière » parmi eux – c’est donc vraiment mon thème de l’année, même quand je ne choisis pas le livre pour en trouver ! Enfin, concernant le format, j’ai aimé l’espèce de mélange de médias qu’opère ici l’autrice : nous avons des phases de narration « normales », avec les trois mêmes personnages tout le long de l’œuvre, mais aussi des affiches placardées dans les rues par le gouvernement, des lettres, des communiqués, des extraits de journaux. Cela rend le monde créé encore plus vivant, mais aussi très « actuel » ; ce n’est pas un univers médiévaliste ou reliée à une époque historique antérieure.

J’en viens donc à l’Histoire : l’autrice a vraiment réussi à construire un monde auquel on croit, avec des dates précises, des chroniques, des registres, des traditions ancrées dans le temps, peu remises en question par ceux qui les font respecter. Sa façon, par exemple, de dater m’a fait penser à la nôtre. Cette immersion dans un univers imaginaire mais dont certains éléments sont proches du nôtre permet de ne pas se sentir tout à fait perdu et d’apprécier pleinement le savant mélange entre Fantasy et références « réelles ». Je tiens à préciser, en passant, que ce monde figé est terrifiantSPOILER 3 De plus, cela donne envie au lecteur d’obtenir toujours plus d’informations tout en restant dans un monde marqué par la magie.

Celle-ci, dans ce monde oublié, est liée aux, ou plutôt « classées » par, éléments tout en étant parfois plus complexe que cela. J’aurais aimé en voir plus, notamment concernant SPOILER 4 Alors qu’un bateau étranger s’approche de l’île, le lecteur s’attend à d’autres types de magie ou de technologie sans vraiment savoir ce qu’il va trouver : c’était intrigant de découvrir, peu à peu, les capacités des uns et des autres, ainsi que leurs limites. J’ai adoré les passages où un des personnages tente de comprendre un artefact apporté par les étrangers : SPOILER 5 Sheltel compte aussi des êtres particuliers, les Natifs, qui règnent sur l’île depuis « toujours ». Ce sont des personnages assez ambivalents : à la fois répugnants quand on évoque le roi en place ou la métamorphose SPOILER 6 et impressionnants SPOILER 7

Quant aux personnages, ils ont tous un côté attachant, touchant, et un côté sombre, voire insupportable pour certains. L’autrice crée ainsi des êtres complexes, vivants sur la page, et non des stéréotypes du genre. Nous suivons donc trois d’entre eux : Erika, Arthur et Nawomi. La première est une des pirates qui arrive face à l’île. Elevée sur le bateau, au milieu de soudards, elle est endurcie mais rêve d’une autre vie. SPOILER 8 Arthur, quant à lui, est désigné sous le titre, plutôt ironique pour moi, de « vieux marchand ». En effet, cette façon de l’appeler le fait passer pour tout petit quand il veut faire partie des grands de ce monde. Proche de la Bénie, la prêtresse aux coquillages, il l’aide à conquérir le peuple tout en étant le plus grand feutier de la société. Ce personnage est rongé par son besoin d’ascension sociale ce qui le conduira à prendre des décisions limites et ce qui le rend, parfois, insupportable. Pour autant, c’est aussi un personnage très touchant que le lecteur comprend, même s’il ne cautionne pas ce qu’il fait. SPOILER 9 Enfin, Nawomi est un personnage assez complexe également, tout en ambiguïté, drapée dans ses secrets. Main de Sheltel, elle est la garante des traditions mais révèle rapidement une face plus humaine : SPOILER 10 Ainsi, ces personnages forment des relations complexes avec d’autres êtres qui, eux aussi, ont plusieurs facettes. Aucun d’eux n’est un saint, un personnage entièrement « blanc » ; ils sont tous faits de nuances de gris qui les rendent humains, proches de nous et potentiellement dignes d’être pardonnés.

En effet, parce que ces protagonistes et leur entourage sont « gris », la violence extrême dont ils font preuve n’est pas épargnée aux lecteurs. Je ne m’attendais pas à certains éléments qui m’ont laissée bouche bée tant ils étaient cruels ou brutaux. Je pense, par exemple, au sort d’une femme dont la peau se couvre d’écailles, à l’enfance d’Erika, aux morts qui vont peu à peu avoir lieu. Dans ces moments-là, l’écriture, très agréable, fluide et parfois poétique grâce aux images utilisées par l’autrice, se fait très bien porteuse de l’horreur des situations décrites.

En effet, l’autrice n’a pas peur de faire souffrir ses personnages, d’en torturer, d’en tuer, éclaboussant le lecteur d’effroi et de désespoir par la même occasion. SPOILER 11 J’ai dû, une fois, m’arrêter de lire pour ne pas pleurer en public ! Cette cruauté passe aussi par un glissement du langage poétique à un langage parfois cru, attestant de la maîtrise de la langue par l’autrice.

 

Donc, un excellent roman, très bien mené et dont le monde, bien construit, donne l’illusion d’un univers qui existerait quelque part ; un livre qui m’a touchée et m’a donné envie de lire Du thé pour les fantômes, qui attend désormais dans ma PAL ! C’est un beau coup de cœur !

 

SPOILER 1 elle présage déjà les différents types de magie présents sur l’île et l’émergence d’un personnage en particulier qui va les contrôler et finir par prendre le pouvoir.

SPOILER 2 qu’ils en changent, mais c’est aussi original. Contrairement à la société dans laquelle ils vivent, ils ne sont pas (ou plus) figés dans leur fonction, mais peuvent évoluer, s’adapter. Erika voit son grade augmenter en devenant « La capitaine », acceptant ainsi l’héritage de celle qu’elle refusait de voir comme sa mère ; Arthur n’est plus qu’un « voyageur » parmi d’autres, il n’a plus de place privilégiée au sein d’une société qu’il voulait dominer ; enfin, Nawomi devient « la reine », ce qu’elle n’avait jamais envisagé auparavant. 

SPOILER 3 En effet, étant donné que Sheltel est une île sans voyageurs, fermée sur elle-même, les dirigeants ont mis en place un contrôle des naissances et des décès. Cela donne des scènes lors desquelles les personnages tuent des nouveaux-nés parce qu’ils ont des handicaps ou les envoient dans des refuges où ils seront peu à peu oubliés, mais aussi des scènes où les adultes doivent choisir entre leur bébé « déficient » et leur parent trop âgé pour travailler … L’acte généreux d’Erika, qui refuse de tuer Belle, va déclencher une forme de révolution qui va finir par détruire Sheltel et ses règles.

SPOILER 4 les prisonniers des cellules rouges.

SPOILER 5 ce feu cabareux est fascinant et donne envie, comme les quelques descriptions rapides du reste du monde, de découvrir aussi les continents, leur organisation, ce qu’ils sont devenus quand Sheltel a « disparu ».

SPOILER 6 lente de Nawomi 

SPOILER 7 lorsque l’on découvre le plein potentiel de ce personnage. Le lecteur se rend alors compte que les traditions de l’île, en plus d’avoir tué des milliers d’habitants, ont bridé le pouvoir des régnants, ne faisant d’eux que l’ombre de ce qu’ils auraient pu être.

SPOILER 8 J’ai eu un peu de mal à m’attacher à elle, notamment parce qu’elle tue Majeure – je n’ai aucune idée de pourquoi cette scène m’a troublée, étant donné le rôle de la jeune fille et sa personnalité. Peut-être est-ce parce qu’elle l’a aidée et qu’elle est tuée en retour ? Erika adresse elle-même cet imbroglio moral en se justifiant par le fait que c’était une question de survie. Elle semble assez perdue, en fin de compte, et se retrouve à devoir faire la même chose que sur le bateau : tuer. Au fil des pages, j’ai trouvé qu’Erika faisait davantage adolescente/jeune adulte qu’adulte d’une trentaine d’années – je ne me souviens plus de l’âge qui lui est donné dans le roman – sans doute à cause de ses difficultés à accepter que Kreed, malgré le fait qu’elle l’ait enlevée, lui a aussi permis de survivre et lui a fait office de mère, la protégeant malgré ses rudesses et lui permettant de devenir la femme qu’elle est désormais, capable de survivre sur une île inconnue. J’ai aimé que la relation entre les deux femmes soit abordée différemment vers la fin de l’ouvrage et, – c’est en partie là la force de l’autrice – malgré tout ce qu’elle a fait, j’ai eu mal au cœur lorsque Kreed entre dans la forêt.

SPOILER 9 J’ai eu mal au cœur lorsqu’il perd la Bénie avec laquelle il avait une relation étrange, un peu comme Kreed et Erika. Il la considérait comme sa fille tout en se servant d’elle – il n’a pas recueilli la petite par charité d’âme mais pour s’élever dans la société. J’ai aussi eu pitié de lui lorsqu’il se fait humilier par la foule à la fin du roman ; j’espérais vraiment, de tout mon cœur, qu’il n’allait pas finir comme ça !

SPOILER 10 elle cache sa mère, mi-démente, sous le parquet de sa maison au lieu de la rendre à Sheltel, mère qui a été violée par le Natif, faisant de sa fille une descendante indésirable et normalement immédiatement tuée. En effet, Nawomi voit son corps se métamorphoser au fil du roman : alors qu’elle lutte contre sa nature, elle finit par l’accepter et dévoiler son plein potentiel, un pouvoir qui va détruire la société sclérosée de Sheltel. J’ai adoré l’évolution de son personnage ! Le fait d’aller au-delà des lois de Sheltel fait d’abord souffrir Nawomi ; mais quand les désastres s’accumulent, elle finit par lâcher prise et renverse son père et sa cour. Pour autant, elle n’a pas l’air de devenir une reine tout à fait sympathique : Arthur voit en elle un nouveau tyran, c’est la raison pour laquelle il préfère quitter l’île

SPOILER 11 Je ne me suis toujours pas remise de la mort de Belle ! 

Fantasy & Médias dirigé par Anne Besson, Florent Favard et Natacha Vas-Deyres

Posté : 29 mai, 2023 @ 12:29 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Essai, Fantasy Fantasy & Médias

Editeur : ActuSF

Année de sortie : 2023

Nombre de pages : 283

Synopsis : La fantasy, déjà omniprésente dans les jeux de rôle et jeux vidéo, part aujourd’hui à la  conquête des petits écrans – elle connaît en effet depuis quelques années une impressionnante  expansion du côté des séries télévisées diffusées en streaming sur les plateformes VOD.  Comment expliquer ces « affinités médiatiques » de la fantasy ? est-elle la même au travers de  ses adaptations, ou se transforme-t-elle en fonction de ses supports d’expression ? Pourquoi ses univers se prêtent-ils si bien à l’exploitation croisée qu’on appelle aujourd’hui « transmédia » ?

Riche de douze articles issus du colloque des Imaginales 2022, qui nous parlent d’illustrations et de musique, de séries animées, d’arts du spectacle ou de forums RPG, ce volume se propose d’explorer les liens entre un genre et ses formes et supports d’apparition – entre la fantasy et ses médias.

 

Avis : J’ai reçu cet ouvrage en service presse, donc je remercie à nouveau la maison d’édition de me l’avoir envoyé ! En effet, grâce à elle, j’ai enfin fini par lire Anne Besson !

En effet, la recherche littéraire m’intéresse beaucoup, surtout sur la Fantasy, mais je dois dire que c’est aussi le nom de cette chercheuse qui m’a donné envie de lire ce livre. Je l’ai découverte grâce à deux Mooc et une de mes enseignantes qui l’a citée, me poussant à aller voir sa bibliographie et faisant exploser ma wish-list par la même occasion. C’est elle qui m’a montré que la Fantasy était digne d’être étudiée – je n’en doutais pas, mais aucun universitaire avant elle ne l’avait laissé entendre aussi clairement -, contrairement à ce que j’entendais régulièrement – « ce n’est pas de la vraie littérature », « c’est pour les enfants », « ça ne fait pas sérieux ».

Donc, dès l’introduction, qui évoque l’essor de la Fantasy à travers les médias et présente globalement l’ouvrage, j’étais séduite. C’est clair, précis, fluide et certains éléments résonnent dans mon petit cœur de fan de Fantasy : l’importance du worldbuilding, l’idée de « vivre » dans cet autre monde, de le visualiser clairement. Elle met les différents articles en valeur, donnant envie de tous les découvrir.

Le sommaire ne l’annonce pas, mais l’ouvrage est découpé en trois parties : « Un genre, des médias », « Quels publics pour quels médias ? » et « Circulations transmédiatiques ». J’ai trouvé qu’il abordait des médias divers, de l’illustration au jeu de rôle en passant par les jeux vidéos, les jeux de société et la musique. C’est une façon quasi organique de voir le genre : les différents médias interagissent les uns avec les autres, se répondent ou s’alimentent entre eux. Je n’avais jamais vraiment pensé à la Fantasy de cette façon, mais cela semblait naturel en lisant. Je précise qu’une bibliographie figure à la fin de chaque article, étendant encore ma wish-list infinie – et les vôtres ! Certains des essais sont illustrés, ce que j’ai trouvé bienvenu et pratique, étant donné que certaines des ces illustrations sont analysées au sein des articles, voire en sont le cœur même !

Pour cette chronique, j’ai voulu être la plus exhaustive possible, ce qui la rend très longue. J’aborde donc, après les deux sauts de ligne suivants, chaque article individuellement sans pour autant tout dire, évidemment. Pour ceux qui ne voudraient donc pas lire cette partie mais préféreraient tout découvrir à la lecture, je vous propose de parcourir la suite en diagonale ou ne pas la lire, afin d’accéder directement à la conclusion de la chronique, elle aussi signalée par deux sauts de ligne.

 

 

La première partie comporte d’abord un article de William Blanc sur les illustrations de Fantasy qui remonte  aux origines de l’esthétique médiévaliste. On y traite également d’orientalisme et de la symbolique des couvertures au fil des années, l’auteur s’appuyant sur le sublime développé à la période des Lumières. J’ai adoré les analyses de différentes illustrations présentes dans l’ouvrage : on y décèle un genre inscrit dans l’Histoire moderne et non en décalage par rapport à elle.

Le second article, de Jérémy Michot, traite de la musique dans The Witcher. Fascinant, intriguant, il m’a permis de comprendre pourquoi, à l’écoute de la BO de la première saison de la série Netflix, j’ai eu l’impression d’une musique exotique et familière à la fois, pourquoi cette musique me semblait unique dans le paysage Fantasy tout en conservant des traces déjà entendues. Je n’ai jamais joué aux jeux vidéos de la « franchise », ni regardé les premières adaptations ; cela m’a d’autant plus donné envie de m’y mettre. Cette série est alimentée régulièrement par différents supports et sans doute que celui qui ne s’attache qu’à un seul d’entre eux perd une grande partie de l’immersion possible dans l’univers créé, à l’origine, par Andrzej Sapkowski. L’auteur traite également des emprunts historiques de l’auteur mais aussi des « adaptateurs », ainsi que du mélange savant des types musicaux pour créer cette bande-son bien particulière, finalement facilement reconnaissable.

Vient ensuite Silène Edgar avec son roman Lune rousse adapté du jeu des Loups-garous de Thiercelieux ! Un élève, pendant mon stage, m’a prêté ce livre que j’ai beaucoup aimé ; j’étais très contente de le retrouver ici et d’en avoir une analyse ! L’autrice nous révèle ses emprunts, ses adaptations, ses mélanges pour créer un roman à l’ambiance très proche du jeu tout en étant original, parvenant à surprendre le lecteur quant à l’identité des personnages ou à l’issue de l’intrigue. En effet, des éléments mythologiques, littéraires, culturels ou tirés de la réalité se cachent également dans Lune rousse. La fin m’a achevée avec l’onomastique : j’adore découvrir la symbolique des noms. Cet article m’a donné envie de relire l’œuvre – et de rejouer au jeu ! Attention, toutefois : je vous conseille de lire Lune rousse avant l’essai, puisqu’il spoile l’intégralité du roman !

Enfin, cette première partie s’achève avec Oanez Hélary et les forums RPG. Je ne m’y connais absolument pas, c’était donc une totale découverte de la façon dont fonctionnent ces forums, d’où ils tirent leur inspiration. J’ai aimé qu’ils soient analysés quasiment comme des œuvres littéraires, au niveau de l’écriture mais aussi de leur dimension de worldbuilding ou de leur « prétention » encyclopédique sur un univers entièrement nouveau ou inspiré d’un monde déjà existant.

La deuxième partie débute avec un article de Laura Martin-Gomez au sujet des « modes de réception par les fans » du Seigneur des Anneaux. L’autrice y traite de différentes adaptations, celle de Bakshi, de Rankin & Bass, mais aussi celles de Peter Jackson, incluant les deux trilogies. La série Les Anneaux au pouvoir n’est pas analysée mais juste mentionnée. J’ai beaucoup aimé cet article qui m’a appris beaucoup de choses, notamment sur les adaptations de Peter Jackson et le « jeu » avec les fans, le fait de prévoir les films des années à l’avance, comme la série, alimentant une forme de suspense qui n’est pas toujours très sain au cœur de la communauté de fans. Il traite également de la peur de l’adaptation et de la conscience qu’une œuvre, quelle qu’elle soit, ne peut pas vraiment être parfaitement adaptée, d’où la difficulté, pour le réalisateur, de satisfaire les fans. Pour autant, comme l’évoque l’autrice, ces films ont apporté de nombreux nouveaux lecteurs à Tolkien – elle mentionne donc les expressions de « book-firsters » et de « movie-firsters ». J’ai aimé la partie sur les rituels, dans laquelle je me suis reconnue.

Vient ensuite Marie Barraillier avec les séries Netflix de Fantasy destinées à la jeunesse. Elle y analyse trois séries pour des catégories d’âge différent et explique comment Netflix utilise le genre de la Fantasy pour attirer également les adultes en jouant sur les codes connus mais cachés dans leurs productions et sur la nostalgie des parents geeks. J’ai ajouté deux de ces séries à ma liste de visionnage – pourquoi se contenter de la PAL à faire grossir, après tout ? 

Louis Barchon arrive alors avec un article sur le jeu de rôle, article que j’aurais pu apprécier davantage si je n’avais pas été très gênée par un de ses aspects. En effet, l’auteur, sans doute dans un souci d’inclusion, utilise un procédé que je n’avais jamais vu auparavant et que j’espère ne pas revoir par la suite : « femmes+ » – sachant que le « terme » « hommes+ » n’est jamais utilisé. Le « + », dans la note de l’auteur, « recouvre ici toutes les identités de genre hors masculin-féminin ». J’ai d’abord eu du mal à comprendre, puis je me suis agacée. Enfin, j’en suis arrivée à trois interprétations différentes, toutes potentiellement offensantes pour tel ou tel genre. 1) L’homme est la seule identité de genre qui vaut pour elle-même ; on peut donc associer toutes les autres à la femme qui devient quasiment une identité de genre « minoritaire » face à l’homme majoritaire – je ne pense pas que ce soit l’intention de l’auteur, mais ce peut être perçu ainsi par certains lecteurs. 2) « femmes+ » associe toutes les identités de genre hors masculin/féminin à la femme, ce qui veut dire que ces identités sont tout de même féminisées. 3) On peut enfin avoir l’impression d’un « tout le monde versus les hommes ». En fin de compte, il est possible que, dans une envie d’inclure tout le monde, l’auteur se montre maladroit avec l’utilisation de ce « terme », problématique pour toutes les catégories de genre. J’ai tout de même fini par entrer dans l’article, qui est intéressant, analysant l’essor, le creux puis la renaissance des jeux de rôle. Les nombreuses références m’ont confortée dans l’idée que j’aimerais, un jour, tenter d’y participer, tout en étant un peu douchée par la conclusion qui évoque le côté très masculin de ce média – c’est la raison pour laquelle j’ai inclus l’interprétation 3) de « femmes+ », l’auteur insistant sur le fait que le domaine du jeu de rôle est majoritairement masculin. Selon moi, l’intention était de montrer que le jeu de rôle avait périclité à cause de cette homogénéité du genre, ne parvenant pas à inclure les femmes et les autres identités de genre.

La deuxième partie se poursuit avec les sports et la pop culture par Raphaël Luis, un aspect de la Fantasy qui m’était complètement inconnu ! En effet, ici, l’auteur évoque la série Game of Zones qui mêle NBA et Fantasy grâce à Game of Thrones, et l’émission The Ringer. J’ai trouvé que c’était une façon assez parlante de montrer les liens entre la « réalité » et la Fantasy, le fait qu’on puisse utiliser ce genre pour « promouvoir » un autre élément, ici le sport, attirant ainsi des fans de sport vers le genre médiatique, et des fans de Fantasy vers le basket – peut-être tout de même moins dans ce sens, étant donné le vocabulaire utilisé dans The Ringer, par exemple, pour prédire ce qui allait arriver dans Game of Thrones. J’ai apprécié le parallèle que fait l’auteur entre une élévation du journalisme sportif à un niveau d’excellence et l’élévation du genre de la Fantasy à un niveau « littéraire » tout en les réunissant dans un bain commun : la culture populaire, qui le reste tout en devenant digne d’être étudiée/analysée. C’est une façon de montrer que l’on peut être sérieux, que l’on soit journaliste, auteur ou universitaire, tout en traitant de pop culture (cf. tous les universitaires et auteurs de cet acte de colloque, mais aussi Marianne Chaillan, qui lie philosophie et culture populaire avec talent !). Les événements mis en place par The Ringer sont à la fois fun et recherchés, liant de manière intelligente deux domaines qui semblent à l’opposé l’un de l’autre. Je pense que cet article était l’un de mes préférés !

Enfin, (cette chronique finira-t-elle un jour ?!), nous passons à la dernière partie qui traite donc des œuvres transmédiatiques c’est-à-dire qui utilisent différents médias. Le premier article, de Sophie Le Hiress, est centré sur Once Upon a Time et sa construction. Je peux d’emblée vous dire que, malgré les spoilers, elle m’a donné très envie de reprendre la série, abandonnée au bout de la première saison. L’autrice nous explique ici le fonctionnement de la série, qui emprunte aux contes de fées tout en parvenant à rester originale et à conserver une part de surprise, ce que l’on imagine difficile avec un matériau aussi connu. Je vous laisse découvrir les mécanismes à l’œuvre dans l’article, que j’ai trouvé passionnant ! J’ajouterai simplement que j’ai aimé la mention des fanfictions, elles aussi souvent considérées comme indignes d’être étudiées.

Vient ensuite l’article de Justine Breton sur The Witchercelui qui m’a donné très envie de reprendre ma lecture de la série, laissée en pause au seuil du tome 5. Elle nous invite à découvrir la richesse de cet univers, richesse notamment due à la diversité de médias grâce auxquels se développe le monde du Sorceleur. J’ai notamment apprécié découvrir l’utilisation des médias au sein même de la série, créant une sorte de mise en abyme, et j’y ai retrouvé la cause de mon abandon temporaire : le fait qu’on ne nous fait pas vivre certains événements, mais qu’ils nous sont racontés par des personnages au cœur de la fiction elle-même. C’est un procédé original, mais qui peut s’avérer frustrant. Enfin, l’autrice nous révèle les limites de cette transmédiation, ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant : elle montre ainsi qu’il n’y a pas que du positif dans cette méthode multiforme.

L’article de Clara Colin Saidani, quant à lui, se concentre sur le lore, sa transmission et sa construction dans les œuvres de Fantasy, du Seigneur des anneaux à Skyrim. J’ai aimé découvrir cette façon d’étoffer un univers, de le rendre plus « réel », ce qui paraît plus compliqué dans un jeu vidéo où le joueur peut décider de ne pas se focaliser sur cet aspect du média, mais aussi le but de cette construction.

Enfin, l’ouvrage s’achève sur la découverte, pour moi, de l’escrime artistique avec l’article que Marie Kergoat consacre à l’adaptation, à travers ce média, du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. J’ai aimé cette impression de découvrir un art nouveau, inédit, et d’avoir envie d’assister à la représentation. L’autrice nous fait comprendre les difficultés rencontrées par la troupe pour faire passer l’essence de l’œuvre à travers un média considéré d’abord comme martial et en très peu de temps comparé à la longueur des films. J’ai trouvé cela fascinant, comme, à nouveau, l’espèce de mise en abyme créée par cette adaptation d’adaptation !

 

 

Pour conclure, j’ai passé un excellent moment avec cet ouvrage. Il est abordable pour tous – je veux dire ici que même quelqu’un qui n’a pas fait d’études littéraires peut tout comprendre -, traite d’une diversité de médias, certains parfois peu connus, et reste passionnant du début à la fin tout en nous apprenant des choses. Il fait aussi la part belle aux fans, à ceux qui continuent de faire vivre une série ou une adaptation parfois des années après sa sortie, continuant à l’alimenter par le biais de divers médias. Enfin, la passion des auteurs eux-mêmes est palpable : ils transmettent leur enthousiasme pour la Fantasy, donnant envie au lecteur de plonger, à corps perdu, dans cette mer de médias qui s’offre à lui.

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