Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour la catégorie 'Avis littéraires'

Soif d’Amélie Nothomb

Posté : 8 janvier, 2020 @ 2:39 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : ContemporaineSoif

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2019

Nombre de pages : 152

Synopsis : « Pour éprouver la soif il faut être vivant. »

 

Avis : Je n’arrêtais pas de croiser ce livre depuis sa publication, et je ne l’avais toujours ni acheté ni lu. J’ai enfin sauté le pas !

J’avais entendu pas mal de critiques négatives sur ce livre ; mais, comme d’habitude quand Amélie Nothomb sort un nouveau roman. J’ai toujours envie de me faire ma propre opinion ; mais je dois avouer qu’entendre parler de Jésus m’a un peu rebutée sur le coup. C’est sans doute la raison pour laquelle j’ai mis tant de temps à le lire ! Pourtant, je sais que l’autrice ne pourrait pas écrire un bouquin vraiment religieux. En fin de compte, j’ai ouvert Soif sans attente particulière, en me laissant guider. Je pense que c’est la meilleure façon pour moi de me faire surprendre par un livre, et de l’apprécier, voire de l’adorer. Parce que j’ai adoré ma lecture.

Dès, les premières lignes, j’ai retrouvé l’écriture que j’aime tant, le ton que j’aime, le style que j’aime. Et j’ai été surprise – alors que je n’aurais pas dû l’être, c’est plutôt commun chez l’autrice – de constater que Soif était écrit à la première personne, ce qui fait que nous sommes dans la tête de Jésus. Ceux qui ne savent absolument rien de lui ne le reconnaîtront que lorsque son nom apparaît pour la première fois, page 21. Pour les autres, ils auront peut-être un doute au début : « Tiens, ça me dit quelque chose les Mariés de Cana … » Dans tous les cas, c’est assez surprenant et original de se retrouver dans la tête de ce personnage. Et malgré l’appréhension, je me suis rapidement laissé porter par les paroles, les réflexions de Jésus. J’ai souffert avec lui, j’ai pensé avec lui, et je me suis échouée à la fin du roman, en tournant la dernière page, le cœur gros. Amélie Nothomb est parvenue à écrire un livre sur Jésus qui n’est pas vraiment religieux, un livre qui nous fait réfléchir, un beau livre touchant qui m’a secouée. Je me suis armée de mon crayon pour souligner, écrire, annoter Soif : tant de belles citations à retenir, de vérité parfois.

Jésus est davantage un homme que le fils de « Dieu », même s’il parle parfois à son père. L’autrice reprend à la fois des éléments du mythe et des faits historiques, tout en faisant de l’homme un personnage « réaliste ». Egal à lui-même, il rappelle qu’il faut aimer son prochain, tout en montrant en quoi lui-même a failli. Soif est à la fois un éloge de l’amour et une prise de conscience que Jésus et « Dieu » s’y sont très mal pris. J’ai adoré qu’il réfléchisse lui-même sur la religion, sur son « père », sur la rédemption qu’il est censé apporter à l’humanité. J’ai adoré que Marie-Madeleine soit présente, la façon dont est représentée Marie, celle dont est présenté Judas.

Evidemment, le lecteur lit toute la passion du Christ, des passages assez douloureux à lire, que ce soit le chemin à parcourir avec la croix sur le dos, la rencontre de sa mère sur le chemin, la crucifixion, la présence de Madeleine, la mort … Et, comme dans tous les romans d’Amélie Nothomb, le titre finit par prendre tout son sens à un moment du roman : [SPOILER] Jésus refuse de boire avant de partir pour être exécuté. Il ressent donc la brûlure de la soif sur la croix ; juste avant, alors qu’il est dans sa cellule, il explique ce qu’est la soif, ce qu’elle représente, ses réflexions sur elle, le fait qu’elle permette de se sentir vivant, et que l’étancher est un tel plaisir après une longue exposition aux affres de la soif. Cela m’a fait penser aux réflexions sur la faim dans Biographie de la faim. La soif, elle, ne peut jamais être étanchée complètement, il n’y a pas de verbe équivalent à « rassasier » pour elle. Elle n’est jamais satisfaite. Cela permet à Jésus de supporter la douleur, car la soif est plus grande, et aussi de connaître un dernier moment de bonheur quand le soldat lui donne à boire avec une éponge. [FIN DU SPOILER] 

Mais, ce qui m’a particulièrement conquise dans ce livre, c’est sa fin. Cette vision de la mort était si paisible, si apaisante … J’avais envie de serrer l’autrice dans mes bras tant ses mots me faisaient du bien. Je ne peux pas tellement vous en dire plus, ce deviendrait trop personnel. Je ne peux que vous recommander de lire Soif

 

Donc, sans doute un de mes préférés d’Amélie Nothomb, ou, en tout cas, un de ceux qui m’ont le plus touchée. 

La Cité des Chimères de Vania Prates #plib2020

Posté : 7 janvier, 2020 @ 3:10 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : FantasyLa Cité des Chimères

Editeur : Snag

Année de sortie : 2019

Nombre de pages : 443

Synopsis : Le monde tel qu’on l’a connu a disparu. Chaos, misère, famine … Les Hommes ont enfin trouvé un équilibre et se sont organisés en guildes, guidé par leur chi, leur nature profonde. Guilde des Marchands, des Inventeurs, des Alchimistes, des Gardiens ; tous demeurent fidèles à ce qu’ils sont afin de vivre en harmonie avec la nature et les animaux particulièrement respectés, créant une cité semblable à une ville sylvestre.

Dans ce monde proche de l’utopie, Céleste, une jeune fille de 17 ans, n’a pas de chi. Le jour où elle rencontre Calissa, mystérieuse contrebandière, elle est loin de se douter qu’elle va se retrouver embrigadée bien malgré elle dans une histoire complexe qui même non seulement le dirigeant de Lowndon Fields, mais également la très redoutée « Confrérie des Sans-loi ».

Entre ruse, savoir, intrigues et faux-semblants, Céleste va devoir changer sa vision du monde.

 

Avis : J’ai découvert et lu ce livre grâce au Plib ! Une amie m’a recommandé La Cité des chimères, je l’ai donc ajouté dans ma sélection, et la maison d’édition Snag a gentiment accepté de me l’envoyer : je la remercie à nouveau !

Je n’ai jamais vraiment lu de Fantasy utopique avant de lire ce roman, donc je ne savais pas tellement à quoi m’attendre. Ce qu’on peut dire, c’est que La Cité des chimères met la barre très haut pour les futures fictions de ce genre que je pourrais lire ! J’ai été happée par l’univers, et j’ai tout adoré ! Je ne trouve vraiment aucun défaut, rien à redire sur ce roman ! L’univers est prenant, captivant, fascinant, et donne terriblement envie au lecteur de devenir lui-même immergeant pour se retrouver à Septentria, le paradis de la lecture, sans aucun doute !! Ces différentes salles sont idylliques, tout comme le fait que les immergeants soient payés pour lire et remplir des rapports sur leurs lectures ! J’ai adoré suivre un des personnages dans cet endroit merveilleux, un nouveau chez-soi si accueillant qu’on aimerait que le livre dure plus longtemps pour y rester encore ! J’ai adoré le statut d’immergeant, le rêve de tout lecteur je pense ! Cette capacité est fascinante, et, à plusieurs reprises, en lisant, je me suis dit que, si j’avais appartenu à ce monde, j’aurais sans doute fait partie de cette guilde, comme bon nombre de lecteurs avides ! Ou j’aurais été la compagne d’un Gardien, autre guilde fascinante !! En effet, j’ai aussi adoré cette harmonie avec les animaux, avec la nature, et avec le moi intérieur : les différents personnages sont sommés de suivre leur chi, une sorte de vocation, une certitude intérieure qui leur dit ce pour quoi ils sont faits. Cela est nécessaire parce qu’avant cette nouvelle ère, les hommes ont failli : en effet, cette Fantasy n’est pas seulement utopique, elle est aussi post-apocalyptique. On ne sait pas exactement ce qui est arrivé, mais on parle de notre époque actuelle comme de l’Ancien monde. Ces hommes ont échoué à vivre en harmonie, ce qui a mené l’humanité vers le déclin. Pour construire un monde meilleur, les êtres humains sont maintenant répartis en guildes, certaines très isolées, afin de ne pas faire les mêmes erreurs que par le passé. Donc, pas d’armes à feu, par exemple. Je ne vous en dis pas plus !

J’ai adoré l’intrigue ! Céleste n’a pas de chi et tombe un jour sur Calissa : rencontre tout à fait inattendue, et qui va s’avérer bouleversante pour les deux jeunes femmes. En plus de traiter d’Histoire, d’harmonie avec la nature et les animaux, d’harmonie avec soi-même et ses principes, ce roman traite aussi de la famille, de celle que l’on a d’office, et de celle que l’on se choisit. J’ai adoré les scènes de groupe : comme vous le savez, j’ai toujours l’impression d’en faire partie, et je m’y sens bien ! Ici, les membres sont si soudés, si complémentaires, que c’est vraiment un délice de lire les scènes qui les réunissent !! L’intrigue se scinde en deux et tourne autour d’un complot politique et des chimères ! Comment ne pas aimer ce livre avec tout ça ?! 

Concernant les personnages, je n’ai eu aucune difficulté à m’attacher à eux. Céleste est une jeune fille qui n’a pas de chi, et donc, qui n’a pas de famille de chi, qui reste avec sa famille de sang, et qui ne se sent pas du tout à sa place avec eux. Elle est considérée comme inutile par certains parce qu’elle n’a pas de « vocation ». Calissa, elle, est typiquement le genre de femme qui cache ses blessures sous une carapace. Son passé et son statut, que l’on découvre au cours du roman, la rendent fascinante, et lui accordent une place énorme pour la suite de la série ! J’ai adoré les autres membres du groupe également : Leire, très mystérieux, et toujours aussi intéressant quand on connaît son passé ; Alexian, le pitre de service, dont l’histoire n’est pas si superficielle qu’on pourrait le penser au premier abord ; Vénicia, compagne de Dao, son Gardien, qui semble la plus douce du groupe, et celle que tout le monde veut sur-protéger à cause de cela. J’ai également adoré Daniel, qui m’a touchée, comme la majorité des autres personnages, vous l’aurez compris ! J’ai très envie qu’il prenne une place plus importante dans la suite ! J’ai aimé les petites touches romantiques que l’on peut percevoir par-ci par-là entre certains personnages, et j’en viens à en vouloir davantage pour le tome 2 !

La fin m’a émue : j’ai terriblement envie de lire la suite !!!!

 

[SPOILER] J’ai adoré la scène où Céleste et Daniel immergent ensemble !! J’ai adoré comprendre les rumeurs de folie et d’immortalité au sein de Septentria, et surtout concernant les immergeants !! J’ai adoré la possibilité d’union entre les chiméristes et les chimères, cette compréhension mutuelle, ce lien ! Et cette scène de fin, cette auberge, ces fauteuils, et le cinquième qui arrive !! Oh les frissons !! J’AI TELLEMENT MAIS TELLEMENT HÂTE DE LIRE LA SUITE !! [FIN DU SPOILER]

#ISBN9782490151219

Les Brumes de Cendrelune, tome 1 : Le Jardin des âmes de Georgia Caldera #plib2020

Posté : 30 décembre, 2019 @ 11:18 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : FantasyLes Brumes de Cendrelune

Editeur : J’ai lu

Année de sortie : 2019

Nombre de pages : 348

Synopsis : Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes, et leur Exécuteur, l’Ombre, veille à condamner tous ceux qui nourriraient des envies de rébellion.

Or, il semble que certaines failles existent. À l’âge de 17 ans, Céphise ne vit en effet que pour se venger. Depuis qu’on l’a amputée d’une partie d’elle-même et privée de sa famille, elle ne rêve plus que d’une chose : s’affranchir de la tyrannie du tout-puissant Orion, Dieu parmi les dieux. Et contre toute attente, il se pourrait qu’elle ne soit pas seule…

 

Avis : J’ai reçu ce roman dans le cadre des livres voyageurs du Plib ! Merci aux organisatrices, à la personne qui a accepté de prêter son livre, et à celle qui me l’a envoyé !

Je dois bien l’avouer, je n’étais pas emballée par ce roman, non pas à cause du résumé, mais plutôt « à cause » de son autrice. J’ai lu le premier tome des Larmes rouges il y a quelques années, et j’ai détesté avec passion le personnage de Cornélia, qui a ruiné ma lecture. J’avais donc très peur de lire Les Brumes de Cendrelune et de ressentir la même chose pour Céphise ! Mais j’ai décidé de laisser une chance à ce roman, et j’ai bien fait ! Rien que le fait de suivre des dieux, d’être dans une société où ils existent vraiment, où ils gouvernent, m’a séduite ! Le lecteur croit aussi comprendre, à certaines allusions des personnages, qu’il se trouve dans un roman Fantasy « postapocalyptique », en quelque sorte, puisque la Seconde Guerre mondiale est évoquée, et que les dieux seraient descendus pour mettre fin aux bêtises des hommes. Ajoutons à cela une ambiance assez pesante, un Empereur-dieu tyrannique, et un étrange lien entre les deux personnages principaux : cela donne un roman qui m’a complètement happée, et qui ne m’a pas lâchée avant que je l’aie terminé !

Comme je l’ai dit plus haut, concernant les personnages, j’avais peur de ressentir la même chose que pour Cornélia, l’héroïne des Larmes rouges. Ce ne fut pas le cas : il arrive des choses horribles à Céphise, mais elle ne réagit pas vraiment – ou pas totalement – comme Cornélia, ce qui me l’a rendu plus sympathique. Mais, comme dans Les Larmes rouges, j’ai préféré le personnage masculin, Verlaine. Je le trouve captivant, et très complexe, quand Céphise est beaucoup plus transparente. J’étais également bien plus intéressée par les dieux, et les intrigues de certains d’entre eux, que par les humains et leur potentielle rébellion. C’est à partir du chapitre qui introduit Proserpine que j’ai été emportée par le roman !

Petits bémols : pas mal de répétitions de la part des personnages, notamment quand ils pensent à l’autre, ou quand ils s’auto-tourmentent ; la romance, qui ne me convainc pas tout à fait, qui qu’elle réunisse.

La fin … ce devrait être interdit d’écrire ce genre de fin !! C’est de la torture !! J’ai très envie de lire la suite !!

 

Donc, un très bon roman, qui introduit un monde intriguant, et qui donne terriblement envie de tourner les pages plus vite !

 

[SECTION SPOILERS] 

J’ai adoré le lien entre les personnages, et le fait qu’ils soient clairement confrontés à des vies antérieures pendant lesquelles ils se sont connus et aimés. J’ai un peu moins apprécié la naissance d’un triangle amoureux potentiel pour la suite de la série, entre Céphise, Halfdan et Verlaine…

Je suis aussi persuadée que Verlaine et Céphise sont frère et soeur, que Céphise est l’objet d’une expérience ratée par Orion : il parle à Proserpine de ses multiples essais pour créer un demi-dieu parfait, ce serait donc logique ! Et la révélation de Verlaine à Céphise dans le passé, ce qu’il commence à lui dire : « Je suis … », et la raison qui expliquerait qu’il la quitte si brutalement, sans explication, pourrait également être leur lien de parenté ! On nous explique au début du roman que seuls les dieux, ou demi-dieux, ont des pouvoirs, qu’ils se marient entre eux, et la symétrie entre les pouvoirs de Céphise et Verlaine est beaucoup trop flagrante ! Mais, cela signifie aussi qu’il existe sans doute d’autres demi-dieux qui pourraient aider nos héros à renverser l’Empereur-dieu, si besoin est !

J’ai aimé que l’on ait un autre éclairage sur Héphaïstos, qui est en fait un « gentil » dans le roman, étant donné qu’il tente d’aider les humains depuis des années. Il est la raison pour laquelle Orion ne peut pas entendre Céphise. J’ai aimé l’histoire entre lui et Proserpine ! Cela le rend plus « humain », plus attachant, et lui donne une vraie place sur l’échiquier.

J’ai, enfin, adoré les révélations finales : Proserpine est une Vestale, Janus est la Dame des Brumes disparue, et Verlaine sonnera le glas de son père, il est la clé pour le détruire. 

 

#ISBN9782290165614

Miss Islande d’Auður Ava Ólafsdóttir

Posté : 28 décembre, 2019 @ 3:01 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Historique Miss Islande

Editeur : Zulma

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 262

Titre en VO :Ungfrú Ísland

Synopsis : Islande, 1963. Hekla, vingt et un ans, quitte la ferme de ses parents et prend le car pour Reykjavík. Il est temps d’accomplir son destin : elle sera écrivain. Sauf qu’à la capitale, on la verrait plutôt briguer le titre de Miss Islande.

Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d’énergie créatrice, entraînant avec elle Ísey, l’amie d’enfance qui s’évade par les mots – ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas -, et son cher Jón John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche…

Miss Islande est le roman, féministe et insolent, de ces pionniers qui ne tiennent pas dans les cases. Un magnifique roman sur la liberté, la création et l’accomplissement.

 

Avis : J’ai reçu ce livre en service presse ; je remercie à nouveau les éditions Zulma pour cette découverte !

Je n’avais jamais lu d’auteurs islandais avant de lire Miss Islande ; je découvrais donc à la fois une autrice, et une culture tout à fait différente de la mienne ! Une des premières scènes du livre montre la découpe d’un cachalot sur un baleinier … autant vous dire que cela partait mal pour moi ! J’ai eu peur d’assister au dépecement de plusieurs animaux au cours du roman : ce ne fut pas le cas ! Au fil des pages, j’ai été séduite par à peu près tous les éléments de ce livre. D’abord, l’écriture : elle est tout en retenue. Jamais la narratrice, Hekla, ne nous livre sa pensée. Elle est très effacée face aux autres personnages qu’elle côtoie, comme Isey, Jon et Starkadur. Ce sont eux qui prennent le pas sur elle, même s’ils nous parlent souvent de leur relation avec Hekla, de ce qu’elle représente pour eux. Ils la décrivent pour nous, puisqu’Hekla ne parle jamais d’elle-même. Par cet effacement, le lecteur sent que l’autrice lui fait confiance : elle ne met pas de gros sabots, ne donne pas son opinion sur les personnages, leur situation, sur ce qui arrive à Hekla. C’est le lecteur qui doit se rendre compte de ce qu’implique le texte sans le dire. C’est le cas dans la scène pendant laquelle Hekla passe un entretien d’embauche : le patron lui laisse entendre qu’il la trouve très attirante, qu’il veut coucher avec elle si elle vient travailler pour lui, en gros. Le chapitre suivant commence par la deuxième possibilité d’emploi pour Hekla : on ne sait donc pas comment la jeune fille réagit face à l’homme, ni ce qu’elle pense. Puis, vient, comme je l’ai dit, la découverte d’une autre culture : Hekla lit beaucoup, comme les personnages qui gravitent autour d’elle. Sont donc évoqués de nombreux auteurs et autrices, islandais, mais aussi d’autres pays, comme James Joyce. Cela m’a donné très envie de lire ces auteurs et autrices !

Au fil des pages, le lecteur s’attache aux personnages proches d’Hekla. Ils sont très différents les uns des autres : Isey est une jeune femme de l’âge d’Hekla, qui écrit comme elle, mais qui est mariée et a une petite fille. Les passages qui la concernent sont empreints d’une tristesse sourde due à la certitude que sa vie est toute tracée ; mais, encore une fois, au début du roman en tout cas, c’est grâce à l’écriture,, derrière les mots prononcés par Isey, que le lecteur se rend compte de ce mal-être qui l’habite. Elle se dit profondément heureuse, mais ce n’est pas ce que dit son torrent de mots, ses regrets, ses rêves. Elle m’a fait profondément mal au cœur, tout comme Jon, l’ami d’Hekla. Homosexuel, il ne trouve pas sa place dans le monde, se sent exclu, à jamais rejeté. Différent, il est malmené partout où il se trouve. Vers la fin du roman, j’en suis venue à ressentir de l’angoisse pour ces deux personnages ! Ensuite, Starkadur. Poète, il rêve d’être publié. Sa vie avec Hekla la place dans un rôle de femme au foyer qu’elle ne refuse pas ouvertement ; mais le jeune homme finit par comprendre qu’elle est différente, et qu’elle ne désire pas se conformer aux attendus de la société. Il m’a profondément agacée la majeure partie du temps ! Enfin, les parents tiennent une certaine place dans le roman. Le père d’Hekla l’a nommée d’après un volcan parce que c’est sa passion ; il a, en quelque sorte, fait de sa fille un volcan, quelqu’un d’imprévisible, une explosion dans une société qui refuse leur juste place aux femmes. La mère, elle, décède, ou ne peut achever ses phrases, comme c’est le cas de la mère de Starkadur. Elles s’effacent donc, tout en laissant une trace.

J’ai adoré les thèmes abordés dans Miss Islande. Loin de se conformer aux diktat de la société, Hekla est différente, et, même si elle ne le revendique pas ouvertement, elle ne se laisse pas museler. Elle refuse, tout le long du roman, de participer à ce concours de beauté, qui donne son titre au livre ; elle n’est pas qu’un corps, elle n’est pas qu’une forme, et elle ne veut pas que l’on ne juge que son physique. Elle ose répondre aux hommes, porter des pantalons, écrire – et ce, mieux que les hommes -, lire des auteurs/autrices qui ne sont pas lu(e)s dans son pays, partir de son village pour la capitale, puis de son pays pour l’étranger, [SPOILER] se marier pour être libre, avec quelqu’un qui ne veut rien d’elle. [FIN DU SPOILER] Elle est symbole de liberté, quand Isey, elle, renvoie à la condition des femmes à l’époque. L’écriture leur est à toutes deux vitale, mais l’une doit peu à peu y renoncer, quand l’autre veut en vivre. A travers Jon, l’homosexualité et la façon dont elle est perçue est mise en avant : voir les tourments du jeune homme m’a brisé le cœur. J’ai adoré le passage dans lequel il déclare à Hekla que l’on ne verra pas plus deux hommes marcher main dans la main dans la rue que l’homme marcher sur la lune !

La fin … je ne sais trop quoi en dire ! Je ne m’attendais pas à ça ! J’ai été un peu déçue, surtout par ce que l’on apprend dans la dernière lettre de Starkadur. Mais n’est-ce pas « normal » dans les années 60 ? [SPOILER] J’ai eu un petit effet : « tout ça pour ça ? Toute cette quête de liberté pour être obligée de donner son manuscrit à un homme afin qu’il soit publié ? » Quelle tristesse … [FIN DU SPOILER]

 

Donc, une belle découverte !! Je pense lire d’autres livres de l’autrice, et lire d’autres auteurs/autrices islandais ! 

Game of Thrones : une fin sombre et pleine de terreurs de Marianne Chaillan

Posté : 20 décembre, 2019 @ 11:56 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Essai, Philosophie Game of Thrones : une fin sombre et pleine de terreur

Editeur : Editions des Equateurs (Philosophie) 

Année de sortie : 2019

Nombre de pages : 228

Synopsis : « Si vous pensiez que ça finirait bien, c’est que vous n’avez pas été très attentifs. » La réplique du cruel Ramsay Bolton résonne autrement depuis la conclusion de la saga au succès mondial, Game of Thrones. Comment interpréter cette fin jugée, par de nombreux fans, terriblement décevante ? Les créateurs de la série ont-ils manqué de souffle ou porté jusqu’au bout une certaine vision de l’homme ? Et si l’analyse philosophique, en nous offrant des clefs de compréhension, nous aidait à surmonter notre déception ? Eclairant cette fin douce-amère, elle permet aussi de dresser, à la manière du Hall of Faces – la galerie des visages du temple de Braavos -, un portrait définitif des merveilleux personnages qui ont peuplé la série. Héros d’une nouvelle mythologie, leurs trajectoires, riches d’enseignements, portent la leçon philosophique de cette formidable histoire de glace et de feu. De quoi Daenerys est-elle le nom ? Que nous a appris Cersei Lannister ? Quelle leçon de sagesse nous livrent Jon Snow ou Arya Stark ? Bref, à travers sa conclusion et ses personnages, il est temps d’expliciter la sagesse de Game of Thrones.

 

Avis : J’ai reçu ce livre en service de presse par les éditions des Equateurs, que je remercie à nouveau !!

En effet, comment ne pas remercier quand on peut lire un livre de cette qualité ?! Tout est excellent ! Mais, allons-y doucement, et commençons au commencement ! 

Ce n’est pas un secret : j’ai été profondément déçue par la saison 8 de Game of Thrones. Tellement que cette série n’est plus ma préférée. J’ai ressenti un profond malaise à la regarder, notamment l’épisode The Bells, qui est tout simplement un cauchemar. J’avais envie de pleurer, et je me demandais si je ne rêvais pas, si c’était bien réel. Révoltée, dégoûtée, triste, en colère, déçue. Globalement déçue. Alors, lire dans le résumé d’une non-fiction sur GoT que l’autrice va traiter de cette déception, pour moi, c’était assez rassurant. Parce que cela veut dire : 1) que je ne suis pas la seule dans mon cas, donc, 2) que mon opinion n’est pas illégitime et 3) que d’autres ont tenté de comprendre pourquoi une telle déception. Et après le coup de cœur monumental qu’a été pour moi Ainsi philosophait Amélie Nothomb, je me suis dit que Marianne Chaillan était la plus à même de m’aider.

Donc, quand une abonnée m’a parlé de ce livre, je me suis lancée et j’ai demandé à la maison d’édition si je pouvais le recevoir en service de presse. Quelle joie de les voir accepter, et de recevoir très rapidement ce livre ! J’avais envie de le commencer tout de suite, mais j’avais aussi envie de le faire durer un peu : j’ai avalé Ainsi philosophait Amélie Nothomb en une journée, et je sentais que Game of Thrones : une fin sombre et pleine de terreur allait subir le même sort ! Spoiler : j’avais raison ! Finalement, après plusieurs jours sans coups de cœur, et un roman en cours qui ne m’attire pas, je me suis décidée à le commencer !

Comme je l’ai dit plus haut, ce livre est EXCELLENT ! Tout est bon sincèrement ! L’autrice part de son expérience personnelle pour nous expliquer pourquoi elle a décidé d’écrire ce livre : sa déception, sa frustration, sa colère face à la saison 8, sentiments partagés par des milliers de fans à travers le monde. Après réflexion, elle s’est dit que les scénaristes ne pouvaient pas simplement massacrer leur série de cette façon, et a tenté de comprendre le message de GoT, la philosophie DE Game of Thrones, comme elle le dit, et plus la philosophie DANS Game of Thrones, comme c’était le cas dans son premier essai sur la série, Game of Thrones : une métaphysique des meurtres - que j’ai encore plus envie de lire maintenant que j’ai fini ce livre !! Les analyses philosophiques sont claires, sensées, expliquées de façon à ce que le lecteur comprenne bien où l’autrice veut en venir : j’ai appris énormément de choses, et ce livre permet d’offrir un nouvel éclairage à la série, éclairage qui permet de comprendre ce qui passe facilement pour incohérent. Bon, il reste tout de même quelque chose d’incompréhensible, [SPOILER] et j’ai aimé retrouver mes mots dans la bouche de Marianne Chaillan : un des personnages est bien mort avant sa mort physique, parce qu’il est méconnaissable à partir de ce moment ! [FIN DU SPOILER] J’ai adoré les nombreuses références et la façon de présenter les choses de l’autrice : comme avec Ainsi philosophait Amélie Nothomb - mais en un peu moins prégnant – on retrouve un ton qui invite le lecteur à entrer dans « l’histoire » que nous raconte Marianne Chaillan. La deuxième partie, le « Hall of faces », est introduite de telle façon que le lecteur a l’impression de se promener dans une pièce en compagnie de l’autrice ! A ce moment-là, chaque personnage important est passé au crible, afin de déterminer quelle est la leçon qu’il nous apprend en particulier. La première partie, elle, se concentre sur les leçons de la série en général : c’est très pessimiste, mais ce n’est pas étonnant ! L’autrice reprend des citations de G.R.R. Martin, mais aussi des personnages, pour appuyer son propos. Elle rapproche ces leçons de théories philosophiques, comme celles de Kant, Nietzsche, Spinoza, et d’autres encore ; elle fait même des personnages les « candidats » des philosophes, ceux pour qui ils auraient « voté » ! Pour ne rien gâcher, j’adore l’écriture de l’autrice : c’est fluide à lire, ce peut aussi être poétique, surtout l’introduction et la conclusion ! On ressent toute l’émotion de l’autrice face à cette série, émotion partagée à cent pour cent ! Au fil de la lecture, j’ai aussi cru comprendre que, certes, la déception s’est atténuée, mais elle est toujours présente en fond, malgré un amour sincère pour la série, et pour ce qu’elle apporte.

J’aurais envie de vous détailler ici tout ce que j’ai appris, tout ce qui m’a intéressée ou émue ; mais je vais vous laisser lire le livre ! Marianne Chaillan le dit bien mieux que moi !

En fin de compte, Game of Thrones : une fin sombre et pleine de terreur m’a permis de me réconcilier avec cette série, et de mieux la comprendre. J’ai maintenant envie, non de revoir la saison 8, je pense que ça n’arrivera jamais, mais de relire la série ; j’avais tenté de la recommencer mais la déception était si grande que je n’arrivais pas à apprécier ! J’ai également hâte de tenir ENFIN entre mes mains le sixième tome d’A Song of Ice and Fire – en 2020 ? *prière* 

 

Donc, un excellent essai philosophique, qui donne envie de se replonger dans la série, mais également de lire toutes les œuvres de l’autrice ! Quel talent ! 

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