Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro #plib2020

Classé dans : Avis littéraires — 12 décembre 2019 @ 13 h 12 min

Genre : Fantasy, Historique Je suis fille de rage

Editeur : ActuSF

Année de sortie : 2019

Nombre de pages : 536

Synopsis : 1861 : la guerre de Sécession commence. A la Maison-Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe.

Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes … Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile.

Après Royaume de vent et de colères et Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro nous propose un nouveau récit historique et fantastique.

 

Avis : J’ai reçu ce livre en service de presse, et je l’ai lu pour le Plib 2020 !

D’abord, je dois dire que je ne savais pas grand-chose, voire pratiquement rien, de cette période ! Donc j’ai appris beaucoup en lisant Je suis fille de rage, et ce grâce, notamment, aux points de vue multiples utilisés : on suit des personnages qui appartiennent à l’Union (le Nord), comme certains qui appartiennent à la Confédération (le Sud). Cela nous permet d’avoir le point de vue des deux camps. Evidemment, il est impossible de soutenir les Confédérés, étant donné qu’ils veulent conserver l’esclavage ; pour autant, il est assez difficile de ne pas s’attacher à certains personnages du Sud – mais je reviendrai sur ce point plus bas ! Le lecteur sent que l’auteur a fait beaucoup de recherches : il nous fournit même une bibliographie très utile pour ceux qui veulent approfondir le sujet ! Mais surtout, un des éléments excellents ici, c’est l’organisation de l’auteur. Sachant que je ne connaissais rien à la période, j’ai eu peur d’être perdue très rapidement : Jean-Laurent Del Socorro pallie à ce problème avant même que le roman commence avec une sorte de préface qui explique au lecteur comment s’y retrouver ! Honnêtement, sans cela, je n’aurais certainement pas autant apprécié ma lecture : grâce à son code donné au début, le lecteur sait s’il se trouve avec un personnage de l’Union ou de la Confédération, sur quel front, et, parfois, une carte en début de chapitre permet même de localiser plus précisément l’action. Une autre carte est fournie en « préface », avec la liste des personnages ! C’est beaucoup plus agréable de cette façon, puisque le lecteur n’a pas à chercher, à se documenter à côté du livre pour comprendre où on se trouve, de quoi on parle, et dans quel camp se trouve tel personnage !

Et heureusement, puisque, malgré cette organisation, je n’ai pas réussi à entrer tout de suite dans le livre : je ne sais pas si c’est à cause de ma dernière lecture, qui était vraiment prenante, et dont l’atmosphère était encore vivace, ou si c’est le sujet du livre lui-même qui ne me permettait pas d’entrer. Il faut avouer qu’il n’est pas évident de faire ressentir de l’émotion au lecteur dans ce genre de romans, très militaire : en effet, sont retranscrites pas mal de scènes de batailles, les questions tactiques sont discutées, l’auteur a traduit des lettres, des rapports et a ajouté des coupures de journaux à propos des batailles – ce qui permet, par la même occasion, de voir le mécanisme de la propagande des deux côtés, propagande qui pourrait, en partie, expliquer l’absence de soulèvement contre cette guerre longue et sanglante ! Pour autant, j’ai plusieurs fois eu les larmes aux yeux, et certains personnages, en particulier, m’ont touchée, malgré le fait que nous ne les côtoyions pas énormément finalement, étant donné la brièveté des chapitres. Je vous cite ici quelques-uns d’entre eux : Bleu, Willie, Lincoln, David, Caroline, Kate, Sherman, entre autres (et je vous mets tout en bas de la chronique les spoilers à propos de ces personnages). D’autres font ressentir autre chose ; c’est le cas de Nathan Bedford Forrest, premier Sorcier du Klu Klux Klan : un mélange de peur, de colère et de dégoût quand on voit ses agissements, et qu’on finit par comprendre ce dont il est le fondateur. Même mélange ressenti à la vue de l’incompétence impressionnante des chefs des armées de Lincoln, notamment McClellan : combien de fois cet homme aurait-il pu mettre fin à la guerre ? Et comment peut-il encore affirmer « Je peux tout faire » ?! Enfin, concernant les personnages, j’ai adoré l’originalité de l’auteur : ils ne sont jamais désignés par leur nom, mais par des périphrases : « Le Héros qui n’en est pas un », « Le Président et la Mort », « Le Général qui ne compte pas ses morts ». J’ai aimé l’ironie de certaines, et la beauté simple d’autres. 

Gros point positif : l’ajout, par l’auteur, de personnages féminins ! J’ai eu très peur de ne trouver, en lisant ce livre, que des personnages masculins, plus volontiers associés à la guerre. J’ai pu constater, en voulant regarder le film Lincoln de Steven Spielberg, qu’il n’y avait, apparemment, que deux personnages féminins … Donc, MERCI Jean-Laurent Del Socorro pour cette diversité ! (j’ai envie de dire, pas étonnant de la part d’un auteur qui écrit un roman sur Boudicca !) Donc, Je suis fille de rage ne tombe pas dans les travers potentiels de ce type de livre, à savoir, devenir très, voire entièrement, masculin ! C’était déjà présagé dans le titre, qui reprend, presque mot pour mot, les paroles d’un des personnages du roman ! Je trouve « rafraîchissant » de lire un livre où le genre ne compte pas quand on traite de guerre ou de mort : les femmes se battent au même titre que les hommes, elles sont générales et capitaines, et elles meurent salement, tuées par balle, par une baïonnette, par un tir d’artillerie ! En effet, préparez-vous à lire la mort de certains personnages, et à très mal le vivre ! Comme je le disais, malgré le fait que l’on passe des moments assez brefs avec chacun d’eux, il est surprenant de se rendre compte à quel point on est, en fin de compte, attaché à eux !

Autre ajout de personnage très intéressant : la Mort, que l’on voit dès la couverture, aux côtés de Lincoln. C’était fascinant, et glaçant de constater sa présence à la fois avec Lincoln, dans son bureau, avec ses fameuses craies et ses éternelles questions pour remettre en cause la guerre et son utilité, mais également auprès d’autres personnages, et à certains moments inattendus pendant lesquels on la reconnaît grâce à la façon dont sa parole est retranscrite, terriblement efficace soit dit en passant ! C’est elle dont nous avons le point de vue quand nous nous trouvons avec Lincoln, nous n’avons jamais celui du Président.

Enfin, l’écriture est très belle : même si, au début, je n’étais pas complètement dans le livre, je savais que ce ne serait pas une déception ou une mauvaise lecture rien que grâce à elle ! J’ai adoré que l’auteur emploie beaucoup de métaphores, qui permettent de rendre le récit plus vivant, notamment lors des scènes de bataille, qui aurait pu me lasser si elles avaient été écrites autrement !

Petit plus : le design du livre ! Je suis fille de rage est un magnifique hardback, avec marque-page ruban et effet vieilli !

A la fin se trouve une nouvelle, « Le Diable dans la boîte », qui est, elle aussi, très prenante ! J’ai trouvé qu’elle tombait un peu à plat au début, surtout quand elle vient après une telle fin, mais j’ai fini par être prise par l’histoire ! 

 

Donc, un excellent roman qui, même s’il n’est pas un coup de cœur, me fait découvrir un nouvel auteur : j’ai bien l’intention de lire tous ses livres !

 

[SPOILERS] les personnages : Bleu m’a brisé le cœur dans son dernier chapitre, c’était terriblement émouvant de la « voir » mourir dans les bras de Sam … Même chose pour Willie : terriblement émouvant de le voir mourir quasiment dans les bras de son père, avec cette lucidité, et toujours sa candeur enfantine. Ils seront tous les deux rejoints par Lincoln, qui lui m’a fait mal au cœur tout le long du livre : quel poids écrasant sur ses épaules … et quel choix impossible : faire la guerre et perdre des tas de soldats et de civils, ou arrêter la guerre, mais laisser l’esclavage ! Le pire est sans doute de se rendre compte qu’il meurt pile à la fin de la guerre, tué par un acteur lors d’une représentation de Jules César : quelle ironie du sort ! Dernière occasion de me briser le cœur pour ces trois personnages : le moment où ils apparaissent tous les trois et se rejoignent dans la mort ! La cordialité de Lincoln, l’enthousiasme et la sympathie de Bleu, la candeur, l’innocence de Willie, le fait qu’il parle de vérifier s’il n’y a pas de fantômes pour le moment où son papa va le rejoindre à son tour … bouh !

David, lui, n’est identifié qu’au moment où il meurt, ce qui m’a également brisé le cœur : on ne comprend son identité que quand il évoque sa sœur, Caroline, en regrettant de ne pas l’avoir revue ! Caroline m’a brisé le cœur en retrouvant son père : cette scène sur la terrasse … Kate, elle, m’a touchée par sa difficulté à se libérer de ses chaînes et, surtout, de sa culpabilité : son frère, Joshua, est mort, et elle ne veut pas le laisser partir. Comprendre que son frère était, depuis le début, un fantôme m’a fait un sacré choc ! Enfin, Sherman est touchant pour plusieurs raisons : il oscille aux limites de la schizophrénie et de la dépression. Il est à la fois l’excellent général qui travaille aux côtés de Grant, et l’homme aux bords de la folie. Le moment où il perd son fils, et les instants où il lui parle, lui demande de lui pardonner, lui dédie ses batailles étaient dévastateurs ! J’ai aussi adoré que la Mort lui apparaisse, à lui aussi ! C’est terriblement efficace de la faire parler à des personnages, puisque le lecteur comprend que celui-ci va mourir à ce moment-là ! J’ai été choquée la première fois, avec la vieille dame : je ne comprenais pas pourquoi la Mort venait lui parler ! Chaque nouvelle apparition de la Mort signait la fin d’un personnage souvent important, comme Stonewall Jackson. 

 

#ISBN9782366294774

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