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Archive pour le 24 avril, 2019

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

Posté : 24 avril, 2019 @ 12:55 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Historique Au revoir là-haut

Editeur : Albin Michel 

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 564

Synopsis : « Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts …

Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants. 

 

Avis : Ce livre m’a été prêté par une amie il y a très longtemps – quelques années, pour être honnête ! – donc, conseil : ne me prêtez jamais de livres !

J’ai mis beaucoup de temps à lire Au revoir là-haut parce que j’étais intimidée : par la longueur, par le sujet, par le fait qu’il ait gagné un prix littéraire. Je dois avouer que je ne m’entends pas toujours très bien avec les lauréats, donc j’avais peur de ne pas aimer. Une amie m’a parlé de ce livre il y a peu, et je me suis dit qu’il était temps de me lancer ! Et j’ai été happée dès le premier chapitre !

Ce que j’ai vraiment adoré dans Au revoir là-haut, c’est le style d’écriture. Je ne suis pas une grande fan de l’oralité en littérature – grâce à Voyage au bout de la nuit, que je n’ai jamais réussi à finir tellement je déteste ! – mais, ici, cela ne m’a pas dérangée, au contraire ! L’auteur utilise beaucoup le discours indirect libre, ce qui rendait l’œuvre encore plus immersive ! 

En parlant d’immersion, le lecteur sent bien que l’auteur a fait pas mal de recherches : on se retrouve dans l’entre-deux guerres, l’atmosphère, l’hypocrisie, le désordre ! Mais aussi, et peut-être surtout, l’incompréhension à laquelle les soldats rentrés du front doivent faire face. Les gens de l’arrière laissent entendre que si les soldats sont revenus, c’est que ce n’était pas si dur pour eux ; les véritables héros sont morts à la guerre, donc ceux qui sont revenus n’ont pas vraiment combattu. Ils doivent être des lâches, ou des déserteurs. Loin le respect, loin la gratitude !! Je savais que les conditions des soldats revenus de la Première Guerre mondiale n’étaient pas glorieuses, mais je ne m’attendais pas à ça pour autant ! C’était la première fois que je lisais un livre sur le sujet !

Concernant l’histoire, c’est assez simple : elle m’a mise en colère, et je soutenais complètement les personnages … jusqu’à un certain moment, un rebondissement, où je suis devenue dubitative [SPOILER] ça semble effroyable injuste de voler des familles qui ne veulent que rendre hommage à leur père/fils/frère/ami disparu. L’arnaque montée par les deux amis est profondément immorale, et paraît inconcevable parce qu’ils ont eux-mêmes connu la guerre. D’un autre côté, ils ne reçoivent aucune récompense de leur dévouement pour leur pays, donc ils prennent là où ils voient du profit. Difficile de les justifier pour autant, et, en un sens, ce n’est sans doute pas le but. Le lecteur soutient ces personnages malgré leur arnaque ! [FIN DU SPOILER]. Je ne veux absolument RIEN spoiler, donc je ne vous dirai rien des protagonistes, mais sachez que j’ai rencontré un nouveau personnage qui a réussi à entrer sur ma liste des persos que je déteste le plus : Pradelle !! Mais quel niveau !! A un moment donné, je voulais juste qu’il morde la poussière : vive la vengeance ! [SPOILER] Entre sa tentative d’assassinat sur Albert et son arnaque aux cercueils, j’avais envie d’entrer dans le livre et de le faire payer moi-même !! Et quelle arrogance !! [FIN DU SPOILER] J’ai aussi détesté Labourdin !! En revanche, j’ai beaucoup aimé les Péricourt, père et fille. Le père est à la fois touchant et agaçant ; il est aussi l’incarnation de l’expression « on ne se rend compte de la valeur de quelque chose que quand on l’a perdu ». J’ai été ravie de constater que le second tome – je ne savais pas que c’était une série ! – est centré sur Madeleine, sa fille ! C’est un personnage de caractère, forte, et capable de gérer à la fois son père et son mari. Elle est lucide, sait des choses qu’elle n’est pas censée savoir. La seule chose qui m’a ennuyée avec elle : les relations féminines, et le fait que chaque personnage féminin est considéré pour son apparence et sa sexualité – les hommes aussi sont parfois considérés pour leur apparence cela dit. Les amies de Madeleine sont toutes qualifiées de « salopes » parce que TOUTES – je dis bien, toutes ! – couchent avec le mari de leur amie. On adore … Si l’on met Madeleine et la petite Louise de côté, aucune d’entre elles n’est plus qu’un corps – accompagné d’une langue de vipère parfois, ou d’une ambition amorale. Je trouve ça assez triste. Pas de relation saine entre deux personnages féminins, seulement de la haine, de la jalousie, et du mépris.

Donc, les deux personnages principaux : [SPOILER] Albert est assez effacé, paranoïaque à cause de son expérience traumatisante au début du roman : on ne sort pas indemne d’avoir été enterré vivant et laissé pour mort ! Surtout quand le soldat qui vous sauve se retrouve avec la partie inférieure du visage arrachée par un obus quelques secondes après vous avoir sorti de votre trou ! Albert vient d’une famille plutôt pauvre, si j’ai bien compris, en tout cas, pauvre comparé à celle d’Edouard ! Ce dernier semble très excentrique avant la guerre ; plus du tout quand le lecteur le rencontre. Il est mort à l’intérieur, une coquille vide. Et rien ne peut le ramener à la vie, pas même sa passion, le dessin. Et c’est là qu’arrive quelque chose qui a fini par me déranger : l’apparence d’Edouard. Je ne parle pas de son apparence en tant que telle, mais des réflexions qu’elle amène. Edouard, quand il découvre qu’il a perdu une grande partie de son visage, son nez, sa bouche, décide qu’il préfère mourir plutôt que de vivre comme ça ; et il meurt effectivement à la fin du roman. Il ne peut pas supporter son apparence et ne veut pas revoir sa famille. En fait, il semblerait qu’il se soucie peu de la réaction de ses proches : selon lui, c’est mieux pour eux qu’ils le croient mort plutôt que de devoir prendre soin de lui dans cet état. Hmmm … Je pensais vraiment qu’il trouverait, à un moment donné, la force de reprendre contact, qu’il reprendrait goût à la vie, qu’il s’accepterait : il semble le faire pendant qu’Albert et lui montent leur grande arnaque, mais ce n’est qu’une façade. Il n’accepte jamais. Et le fait que ce soit son père qui le tue … je comprends qu’ils aient une relation horrible, que M. Péricourt ne comprend pas et ne tolère pas son fils parce qu’il est gay ; mais je pensais vraiment qu’ils allaient se revoir, que quelque chose allait se passer entre eux. Je dois avouer que la fin m’a un peu déçue. Parlant de père et fils, j’ai aimé la relation entre Albert et Edouard : parent/enfant, frères, dépendants l’un de l’autre. C’était parfois très touchant. [FIN DU SPOILER]

Ce livre était si haletant à la fin que c’était presque insupportable ! Impossible de le poser, je devais connaître la fin !! C’était très frustrant quelque part, parce que je voulais vraiment que certaines choses arrivent avant la fin ! [SPOILER] Pradelle : j’ai rarement été aussi ravie du sort d’un personnage !! C’est peut-être affreux, mais j’avais vraiment envie qu’il paie ! Pour autant, comme je l’ai dit plus haut, la fin n’est pas à 100% satisfaisante pour moi : la mort d’Edouard ne m’a forcément plu. Due à son excentricité ? [FIN DU SPOILER]

Je lirai la suite !!

 

Donc, un très bon roman qui m’a transportée, mais quelques réflexions et aspects qui m’ont laissée dubitative. 

 

 

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