Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour mars, 2018

Poutine, l’homme sans visage de Masha Gessen

Posté : 31 mars, 2018 @ 10:02 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

Genre : Historique, Biographie Poutine, l'homme sans visage

Editeur : Fayard

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 311

Titre en VO : The Man Without a Face: The Unlikely Rise of Vladimir Putin

Synopsis : En 1999, l’entourage de Boris Eltsine lui cherche un successeur. Pourquoi pas un ancien agent du KGB sans envergure, Vladimir Poutine, parfaite marionnette ? Mais voilà que, dès son arrivée au pouvoir, le jeune et terne réformateur démocrate imaginé par les oligarques et rêvé par l’Occident révèle sa vraie nature : celle d’un ancien truand devenu le parrain d’un clan mafieux qui met la Russie en coupe réglée, étouffant toute forme de contestation par la violence et la terreur.

Journaliste indépendante, Masha Gessen livre ici une enquête sans précédent, fondée sur des témoignages et des documents inédits. Elle a pris des risques réels – et fait d’ailleurs l’objet de menaces et d’intimidations, comme tous ceux qui, depuis dix ans, font entendre une voix dissonante dans la Russie de Poutine – pour dévoiler dans ce document unique la face obscure de l’ »homme sans visage ».

 

Avis : J’ai vu ce livre sur la chaîne d’Olive ; elle en parlait comme d’un ouvrage nécessaire pour bien saisir la situation de la Russie et de Vladimir Poutine. Cela m’a intriguée, et j’ai été ravie de le trouver à la fac !

En refermant Poutine, l’homme sans visage, je me suis demandé si je n’avais pas fait une erreur en le lisant. J’ai été tellement dégoûtée pendant la lecture, tellement indignée par ce que je lisais, que j’ai commencé un autre livre en même temps, histoire de me remonter un peu le moral ! Olive avait raison : le lecteur apprend ici comment Vladimir Poutine est devenu président – et honnêtement, en lisant, je continuais à me demander comment il avait fait pour en arriver là ! -, et aussi pourquoi la Russie est dans un tel état. Poutine était censé être un homme facile à manipuler pour les hauts dirigeants russes ; mais c’est finalement lui qui les a tous embobinés. Quelques éléments de sa vie – ceux que l’on peut connaître – sont racontés ici ; par exemple, le fait qu’il aime se présenter comme un voyou, et qu’il est très violent d’un coup, ce qui est visible dans certaines vidéos de lui. L’auteure évoque aussi une maladie, que je ne connaissais pas, dont serait atteint Poutine, la pléonexie, c’est-à-dire, le fait de vouloir avoir ce que d’autres possèdent légalement, et d’avoir plus qu’eux. Elle donne des exemples qui m’ont halluciné, comme pratiquement tout le reste du livre. Il permet vraiment d’ouvrir les yeux, et d’arrêter de se voiler la face, même si le lecteur ose à peine y croire, tellement cela semble énorme parfois.

Il faut dire que sa biographie commence par un assassinat. Pas top quand même ! Et le nombre de corps qui s’accumule par la suite est hallucinant … ça m’a tellement dégoûtée, et tellement désespérée. Il est tellement facile de se débarrasser de ses ennemis en envoyant d’autres les tuer, ou en les empoisonnant. Je m’attendais à lire l’histoire de Litvinenko, l’espion russe du KGB empoisonné au polonium à Londres ; et apprendre que ce serait Poutine lui-même qui aurait signé la demande d’exécution m’a achevée.

Ce livre m’a mise en colère à cause de l’impuissance que j’ai ressentie tout le long de ma lecture face à la corruption qui ronge la Russie. Des intellectuels ont tenté de renverser le gouvernement, de montrer à quel point les dirigeants sont pourris, à quel point ils sont capables de tout et de n’importe quoi. L’auteure explique tout de même comment l’Etat a orchestré des attentats dans tout le pays afin de mettre en avant la figure du président. Il a tenté de faire porter le chapeau aux Tchétchènes, mais des journalistes ont vite tout compris. Mais comment ce genre de choses est encore possible à notre époque ?!!

L’épilogue apporte un peu d’espoir au lecteur – jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’à nouveau Poutine a été élu cette année même. Un passage en particulier m’a fait mal au cœur, lorsque la petite fille de l’auteure lui demande si elle peut l’accompagner à la manifestation. Elle sait que, si sa mère dit non, c’est que c’est dangereux. Masha Gessen lui dit alors qu’elle pourra venir pour la toute dernière manifestation ; la petite lui répond : « Quand Poutine ne sera plus là ? » Pour elle, c’est un méchant, un monstre, quelqu’un de dangereux, alors qu’elle est encore petite ! Les frissons que ce passage a provoqués chez moi ! J’avais envie de leur faire des câlins à toutes les deux. L’auteure explique que les révolutions prennent du temps, que le renversement du régime ne pourra se faire que dans plusieurs années ; cela fait maintenant six ans, il serait temps !

 

Donc, une très bonne biographie, mais qui indigne le lecteur comme rarement.

Chroniques croisées #1 : Le livre : une histoire vivante de Martyn Lyons et Bibliothèques : une histoire mondiale de James W. P. Campbell et Will Pryce

Posté : 31 mars, 2018 @ 2:53 dans Avis littéraires, Chroniques croisées | Pas de commentaires »

Genre : HistoriqueLe livre une histoire vivante

Editeur : Ouest-France

Année de sortie : 2011

Nombre de pages : 224

Titre en VO : Books: A Living History

Synopsis : Depuis deux mille cinq cents ans, les livres servent à gouverner, consigner, vénérer, éduquer et distraire. Cet ouvrage aux illustrations luxueuses explore l’une des technologies les plus extraordinaires, essentielles et durables jamais inventées.

Le livre : une histoire vivante retrace l’évolution et l’influence du livre partout sur notre planète, des tablettes cunéiformes de la civilisation sumérienne jusqu’à l’essor du livre mobile et la révolution des moyens d’informations modernes. Parmi les illustrations, sélectionnées avec soin, figurent des manuscrits maya, des rouleaux de papyrus égyptiens, des enluminures médiévales, des chefs-d’œuvre de l’imprimerie de Gutenberg et Aldo Manuce, les atlas des Grandes Découvertes, des alphabets et des livres pour enfants, des romances à trois sous et des mangas japonais, ainsi que des œuvres de fiction allant de Don Quichotte à Level 26, le premier « roman numérique » au monde.

Un régal pour les amoureux du livre traditionnel, ainsi qu’une source d’inspiration pour les passionnés des nouvelles technologies électroniques : cet ouvrage magnifique célèbre le pouvoir et la magie éternels du livre.

 

 

Bibliothèques une histoire mondiale Genre : Historique 

Editeur : Citadelles & Mazenod 

Année de sortie : 2013 

Nombre de pages : 311 

Titre en VO : The Library: A World History 

Synopsis : Les collections de livres ont de tout temps symbolisé la culture et les savoirs de leurs propriétaires. Dans la plupart des langues, le mot « bibliothèque » a fini par désigner à la fois les collections et les bâtiments qui les hébergent. Les riches et les puissants ont dépensé sans compter pour ces constructions et, dans son expression la plus accomplie, la bibliothèque est devenue un ouvrage d’art total, associant peinture, sculpture, mobilier et architecture dans des espaces spectaculaires.

Les architectes ont cherché à se surpasser mutuellement, depuis les bibliothèques de la Rome antique jusqu’à la Bibliothèque nationale de France, en concevant des cadres toujours plus étonnants. Chaque époque, chaque culture a réinventé ce concept, le façonnant à l’image de ses priorités et de ses préoccupations, et transformant de ce fait la bibliothèque en un véritable miroir des civilisations.

Voici la première publication qui, en un seul volume, retrace cette histoire à travers le monde, des débuts de l’écriture à nos jours, de la Mésopotamie ancienne jusqu’au Japon contemporain. L’auteur et le photographe ont sillonné la planète ensemble, visitant et étudiant quelque quatre-vingt bibliothèques. L’historien de l’architecture James W. P. Campbell en a tiré une synthèse qui se lit aisément tout en faisant autorité. Will Pryce est l’un des photographes d’architecture les plus en vue. Ses clichés saisissants offrent une vision à la fois précise et évocatrice.

Les plus belles bibliothèques, au-delà des livres qu’elles abritent, reflètent aussi les acquis, la créativité et l’esprit d’un temps ; elles incarnent la quintessence des réalisations humaines. James W. P. Campbell et Will Pryce proposent ainsi un ouvrage de référence qui, par son ambition et son envergure, constitue une somme unique.

 

Avis : J’adore lire des œuvres sur les livres, leur histoire, et les lieux qui les renferment ; quand j’ai trouvé ces ouvrages à la BU, je les ai emportées avec plaisir ! Je me suis dit qu’étant donné que Le livre : une histoire vivante et Bibliothèques : une histoire mondiale traitent tous deux des livres, ce pouvait être sympa de faire, pour la première fois, une chronique croisée.

Le livre : une histoire vivante, possède un titre tout à fait explicite, comme Bibliothèques : une histoire mondiale ! Tous deux traitent de l’histoire, de l’Antiquité à nos jours, dans des endroits très divers, et pas seulement en Europe et aux Etats-Unis. Le lecteur voit donc évoluer les livres, et les endroits qui permettent de les conserver. Lire ces deux œuvres l’un après l’autre est vraiment enrichissant, et permet de rester plonger dans l’histoire ; le mieux aurait été de lire ensemble les chapitres qui se correspondent ! J’ai appris beaucoup de choses avec ces deux livres ! Je trouve que l’ouvrage de Martyn Lyons est plus une introduction à l’histoire du livre qu’une œuvre complète sur celle-ci. Il permet seulement d’aborder les grandes réflexions et les grandes questions liées à l’évolution du livre, son passé, mais aussi son avenir. L’auteur est convaincu que le livre papier a un avenir, et le défend presque férocement ; quand à James W. P. Campbell, lui aussi pense qu’il reste important et qu’il ne se fera pas détrôner par le livre numérique, étant donné que les bibliothèques restent très fréquentées, qu’encore aujourd’hui, de nouveaux bâtiments voient le jour. Ceux-ci s’adaptent aux nouvelles demandes, ce qui leur permet de rester importants dans le monde du livre.

Concernant les ouvrages, on passe des tablettes d’argile au rouleau, jusqu’au codex – encore en usage aujourd’hui – et au livre numérique. L’évolution de l’imprimerie est aussi évoquée, ainsi que la création des librairies et des bibliothèques ! Celles-ci suivent l’évolution des mouvements artistiques, du goût de l’époque, mais deviennent également de plus en plus fonctionnelles. Cela ne se fait pas pour autant au détriment de l’architecture ; les bibliothèques modernes restent magnifiques.

Les deux livres comportent de nombreuses photos en couleur et des illustrations. Honnêtement, Bibliothèques : une histoire mondiale est le rêve de tout lecteur passionné : des pages et des pages de photos qui donnent envie d’entrer dans le livre ! Elles m’intéressaient d’ailleurs plus que les descriptions et les explications, qui me paraissaient parfois de trop, justement à cause des photos – les légendes ne répétaient parfois que le texte central. J’ai tout de même aimé apprendre l’histoire même des bibliothèques, la raison de leur création, les personnes qui les ont « commandées », les constructeurs ; c’était très intéressant ! Ce livre m’a encore plus donné envie de faire le tour du monde des bibliothèques !! Et d’avoir, plus tard, ma propre bibliothèque (aussi gigantesque que possible !)

Les petits bémols : quelques fautes dans le premier livre, et le lecteur pouvait sentir qu’il avait été traduit. Pour le second : le poids !!!!! C’est une blague, bien sûr, mais c’est vrai qu’il était un peu compliqué de lire ce livre tant il était lourd à porter !

Donc, de très bons ouvrages qui permettent de découvrir un peu l’histoire des livres et des lieux dans lesquels ils se trouvent. Le type d’œuvres qu’on aimerait avoir sur ses étagères !!

The Secret History de Donna Tartt

Posté : 24 mars, 2018 @ 9:56 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Drame (parce que je ne vois pas dans quel genre le classer …)The Secret History

Editeur : Penguin

Année de sortie : 2002 [1992]

Nombre de pages : 629

Titre en français : Le maître des illusions

Synopsis : Truly deserving of the accolade Modern Classic, Donna Tartt’s novel is a remarkable achievement – both compelling and elegant, dramatic and playful.

Under the influence of their charismatic classics professor, a group of clever, eccentric misfits at an elite New England college discover a way of thinking and living that is a world away from the humdrum existence of their contemporaries. But when they go beyond the boundaries of normal morality their lives are changed profoundly and for ever.

 

Avis : The Secret History me tente depuis un moment ; je l’ai trouvé à la bibliothèque de ma ville !

J’étais déjà intriguée par le résumé que j’entendais/je lisais dans les chroniques des lecteurs : des amis issus d’un groupe très restreint et très sélect assassine un des leurs. Cela me semblait déjà bien sombre, et j’étais intéressé par le fait que l’on connaisse déjà la victime et les coupables : qu’allait raconter le livre dans ce cas ? En fait, The Secret History raconte la raison du meurtre, comment ils en sont arrivés là, puis, dans une deuxième partie, les conséquences sur leur vie. Ce n’est donc pas un thriller traditionnel dans lequel le lecteur est tenu par le suspense de savoir qui a fait le coup, mais plutôt un roman psychologique qui nous plonge dans la tête des personnages, nous fait découvrir ce qui les a poussés à le faire, et ce qui leur est arrivé ensuite.

Je suis sortie de ce livre comme frappée par la foudre. Je ne savais plus quoi faire de ma vie, ou quoi lire ; rien ne pouvait arriver à la hauteur de The Secret History – d’ailleurs, j’ai arrêté de lire le livre que j’ai choisi ensuite, je n’arrivais pas du tout à entrer dedans ! Tout d’abord, ce livre a une véritable atmosphère : j’étais à l’intérieur, j’étais avec les personnages. La narration à la première personne aide beaucoup ici : parfois, j’avais carrément l’impression d’être un lecteur-personnage embarqué dans leur groupe, j’en oubliais le nom du narrateur lui-même, comme s’il n’était qu’un relais. C’était à la fois formidable et affreux. Formidable parce que l’expérience de lecture est énorme ; affreux parce que l’histoire est très sombre, et si horrible que je me sentais vraiment mal parfois, j’avais la nausée. J’ai beaucoup aimé l’écriture, entre dialogues et descriptions ; c’est une des raisons pour lesquelles ce livre est si atmosphérique ! (il se lit aussi très très rapidement pour un roman de cette taille !)

J’ai rarement lu à propos d’autant de personnages aussi détestables ou en qui le lecteur ne peut pas avoir confiance dans un même livre ! Tous ont un trait de caractère qui les rend méprisants, arrogants, ou tout simplement insupportables. Malgré tout, l’auteure a un véritable talent : elle nous immerge tellement dans l’histoire qu’elle nous fait aimer les personnages parfois – je dis bien parfois, parce qu’il y a quand même des moments où j’avais envie de les tuer ! La première rencontre du lecteur dans ce groupe se fait avec un professeur élitiste, Julian Moore, un des maîtres des illusions du titre français selon moi ; et pourtant, comme je le dis juste au-dessus, on parvient à l’apprécier parce qu’il est chaleureux et adorable [SPOILER] mais est-il vraiment adorable ? Sa réaction à la fin et les commentaires de certaines personnes à son propos montrent clairement que ce n’est qu’un masque, et qu’il est bien un maître de l’illusion. Il est quand même devenu si proche des personnages que certains le considéraient comme leur père de substitution ! Il aurait pu leur demander n’importe quoi, ils l’auraient fait ; preuve : les bacchanales qu’ils organisent sont, en quelque sorte, une idée de Julian, qui veut voir en pratique ce que le mythe explique. Donc, si on le voit comme ça, tout arrive par sa faute. Et si le groupe est si peu socialisé, c’est aussi de sa faute : il a voulu se constituer un petit cercle privé d’adorateurs, quasi une secte en fait ! Je ne pensais pas que j’avais autant de ressentiment contre lui tiens ! [FIN DU SPOILER] Henry est sans aucun doute le personnage avec lequel j’ai eu le plus d’aller-retour « je t’aime » « je te hais ». Arrogant, méprisant, ayant développé un énorme complexe de supériorité [SPOILER] cultivé par Julian ! [FIN DU SPOILER], persuadé d’être au-dessus des autres, mais surtout d’être né dans un monde qui ne lui convient pas, il est parfois formidable, et parfois tellement … dégueulasse, je ne trouve pas d’autres mots, qu’on a envie de le frapper et de le ramener à la réalité. Extrêmement riche – le lecteur n’a pas de détails, et même les autres personnages ont du mal à imaginer l’étendue de ses ressources –, il n’étudie pas pour travailler, mais pour le plaisir de l’étude, pour le plaisir des classiques. En soi, c’est honorable, et magnifique de se dire que ce genre de personnes, qui aiment apprendre pour apprendre, existe ; mais toute sa personnalité à côté de ça invalide complètement ses bons côtés. Il est le pire du groupe, mais aussi, en quelque sorte, le meilleur. Difficile à expliquer, honnêtement ! Richard Papen, n’est pas beaucoup plus appréciable parce qu’il est narrateur ; au contraire, sa passivité et son manque de réaction en font un personnage assez faible, et parfois agaçant. Intoxiqué par le groupe, il se met aussi à se croire supérieur. Il a des regains de lucidité, qui le sauve peut-être aux yeux du lecteur. Il ne comprend son erreur qu’une fois qu’il est trop tard. C’est tout de même un excellent narrateur : par sa passivité, il permet au lecteur de prendre sa place, en quelque sorte ; par sa lucidité, il permet au livre d’aborder des réflexions très intéressantes dont je parlerai plus bas. J’ai ressenti de la pitié pour lui, et je me suis sentie très proche de lui à cause de cette possibilité de prendre sa place dans la fiction ; j’avais l’impression de vivre et de ressentir ce que lui-même vivait et ressentait. Richard est un peu la catharsis du lecteur : il lui permet de vivre son histoire pour comprendre son expérience, et ne jamais la vivre lui-même dans la réalité. Cela fait quand même de lui le personnage le moins détestable. Bunny fait, comme Henry, partie des pires du groupe. Homophobe, misogyne, touché par un complexe de supériorité, sans gêne, méprisant … autant de défauts qui poussent le lecteur à le détester ! Sauf que, c’est lui la victime du meurtre – non, ce n’est pas un spoiler, la première phrase du livre parle justement de Bunny mort depuis dix jours après que le groupe l’a tué. Et cette victimisation le rend touchant ; le lecteur ne peut pas s’empêcher de ressentir de la pitié mêlée à de la haine pour lui, des sentiments contradictoires que ressentent également les autres personnages – ce qui me pousse, encore une fois, à penser à la théorie du lecteur-personnage ! Les autres membres du groupe sont tout aussi détestables : Francis et sa manie d’abuser des gens bourrés ; Camilla et sa manipulation constante des sentiments des autres ; Charles, sa violence et sa jalousie. Aucun ne rattrape l’autre, et pourtant, le lecteur ne parvient pas à les haïr tout le temps. D’autres personnages, étudiants ou professeurs à Hampden College, parents des membres du groupe, se trouvent dans le livre. Concrètement, les parents sont complètement inutiles : soit ils ne se soucient pas de leurs enfants, comme c’est le cas des parents de Richard, soit ils sont complètement aveugles et ne voient pas ce qui arrivent à leurs enfants. Les parents de Bunny sont aussi très particuliers : après sa mort, le lecteur a l’impression qu’ils se préoccupent plus de l’image de leur famille que de la perte de leur fils ; mais, en même temps, le père de Bunny est complètement détruit par le chagrin à certains moments… Une famille bizarre vous dis-je ! Les autres étudiants sont des personnages moins fouillés parce que le narrateur ne passe pas énormément de temps avec eux. Seuls Cloke, Marion et Judy prennent du relief, les deux premiers à cause du meurtre, la dernière parce qu’elle est la voisine de Richard. Pour les profs, ils sont présentés soit de manière ridicule, soit comme des hommes séniles à travers les yeux du narrateur ; seul Julian trouve grâce à ses yeux et fait quasi office de dieu.

Ce qui aurait pu me faire détester ce livre est clairement l’aspect élitiste de l’histoire. Richard entre dans ce groupe d’étudiants complètement absorbés dans l’étude du grec, du latin et de l’ancien monde en général. C’est très honorable en apparence, et j’adore moi-même l’étude de l’Antiquité, cela me fascine ! Mais l’arrogance et le sentiment de supériorité des personnages annihilent complètement la beauté de l’étude. Et le pire, c’est qu’une part de ce sentiment de supériorité leur vient de l’argent ; d’ailleurs, Julian ne prend que des étudiants riches si j’ai bien compris, afin qu’ils soient complètement désintéressés et qu’ils se consacrent avec plaisir à l’étude qu’il leur propose. Le but n’est pas de travailler ensuite ; ce n’est que pour le plaisir. Richard entre dans ce groupe, mais ne correspond pas tout à fait à leur standard : ses parents ne sont pas fortunés, il doit travailler à côté de la fac pour pouvoir vivre. Il est fasciné par le groupe, et décide de mentir pour être intégré. Comme je l’ai dit, j’aurais pu détester ce livre à cause de toute cette arrogance ; mais j’ai adoré grâce à la manière dont le sujet est traité par l’auteure. Cette situation n’est pas du tout présentée comme normale ; j’ai été choquée par certaines idées, mais elles étaient formulées par des personnages choquants et détestables. Si je lis un livre de ce genre, et que je sens que l’auteur se cache derrière ces idées en tentant de me les faire accepter comme normales, j’aurais abandonné très rapidement, et haï le roman ! Grâce à ce traitement du sujet, The Secret History est un livre original, différent de tout ce que j’ai pu lire auparavant, unique. Pour une fois, je n’ai pas eu l’impression que l’auteure poussait le lecteur vers ses personnages, le forçait à les aimer malgré leurs défauts ; cela se fait naturellement. Et c’est peut-être pour cette raison qu’ils avaient l’air TELLEMENT réaliste !! C’est aussi ce qui m’a secoué pendant ma lecture : j’avais l’impression que tout était réel, et surtout eux, qu’ils allaient apparaître d’un instant à l’autre !

Comme je vous le disais, dès la première ligne, l’intrigue est installée : Bunny a été tué par les membres de son groupe. C’est clairement une des prémisses les plus affreuses de la littérature, et certaines parties étaient horribles à lire. J’avais envie de leur dire : « Vous êtes vraiment sérieux là ?!! Vous savez ce que ça veut dire « ami » au moins ?!! » Mais cela, et la narration à la première personne, permettent des réflexions très intéressantes, et un peu paradoxales (dans le sens étymologique du terme, différentes de l’opinion publique). Richard s’interroge sur le mal, la culpabilité, le meurtre. Il nous explique qu’il ne se considère pas comme quelqu’un de mauvais, ni en surface, ni profondément, même après avoir participé au meurtre, et qu’il se rend compte que c’est sans doute ce que se disent tous les criminels. Pour autant, il a tué – ou aidé à tuer quelqu’un – et doit vivre avec. La deuxième partie sur les conséquences nous montre peu à peu la déchéance de certains personnages, les ravages de la culpabilité. Cela peut paraître étrange de dévoiler la victime et les coupables dès le début ; et pourtant, ce n’est pas ce qui compte. J’ai trouvé beaucoup mieux de savoir qui mourrait et tué par qui pour bien comprendre les raisons de ce meurtre. Je me suis tellement attachée aux personnages, même en sachant que la scène du meurtre allait arriver.

La seule chose qui m’a agacée : l’alcool et la drogue. Ces deux éléments sont CONSTAMMENT présents, et quand je dis constamment, je suis sérieuse : pratiquement tout le long du livre, la majorité des personnages sont bourrés, et les étudiants autour d’eux sont shootés. Je me suis retrouvée à lever les yeux au ciel à de nombreuses reprises : « Non mais vous êtes sérieux là ?! » C’était un peu trop pour moi.

Je ne pensais pas que le livre allait se terminer de cette manière ; quand le retournement de situation est arrivé, je suis restée la bouche ouverte, incapable de comprendre, parce que c’était impossible que ça arrive – exactement comme les personnages, encore une fois ! La toute fin était assez mystérieuse et étrange ; j’ai aimé le message que j’en ai tiré.

 

Donc, un excellent roman original, que j’ai toujours l’impression d’habiter.

 

The Greek Myths, book 1 de Robert Graves

Posté : 20 mars, 2018 @ 4:04 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Mythologie The Greek Myths 1

Editeur : Pelican Books

Année de sortie : 1972 [1955]

Nombre de pages : 370

Titre en français : Les Mythes grecs

Synopsis : Few modern writers are better qualified than Robert Graves to retell the Greek legends of gods and heroes for a modern audience. In the two volumes of The Greek Myths, with a dazzling display of relevant knowledge, he provides a complete mythology to replace Smith’s Dictionary of Classical Mythology of the nineteenth century. Graves’s work covers in nearly two hundred sections, the creation myths, the legends of the birth and lives of the great Olympians, the Theseus, Oedipus and Heracles cycles, the Argonaut voyage, the tale of Troy, and much else.

All the scattered elements of each myth have been assembled into a harmonious narrative, and many variants are recorded which may help to determine its ritual or historical meaning. Full references to the classical sources, and copious indexes, make the book as valuable to the scholar as to the general reader; and a full commentary on each myth explains and interprets the classical version in the light of today’s archaeological and anthropological knowledge.

 

Avis The Greek Myths était déjà dans ma wish-list quand j’ai vu son nom dans The Penelopiad de Margaret Atwood, concernant une théorie à propos de Pénélope et de ses douze servantes. Il ne m’en fallait pas plus pour enfin le lire !

Ma fac n’avait pas l’intégrale de l’œuvre, donc je n’ai emprunté que le premier volume … et heureusement ! Je n’aurais jamais réussi à engloutir 780 pages de mythes et leurs commentaires en ayant en délai au-dessus de la tête ! Je pense que ce livre se lit très lentement, au rythme choisi par son lecteur, et donc avoir à le rendre m’a un peu forcée à me dépêcher de le finir, ce que je trouve dommage. Je me procurerai sans doute la version intégrale pour pouvoir piocher dans le livre quand je veux, à l’endroit que je veux ! Surtout que j’ai emprunté The Greek Myths pour découvrir la théorie sur Pénélope … qui se trouve dans le deuxième volume, bien sûr !

Ce livre est très intéressant, et plutôt original dans sa façon de reprendre les mythes ; en effet, l’auteur veut visiblement que son œuvre soit complète, et donne donc les mythes, leurs variantes, et un commentaire historique qui permet de comprendre d’où viennent les éléments qui constituent le mythe. C’est passionnant ; mais les noms grecs et les nombreuses variantes entraînent la confusion du lecteur. Heureusement, Robert Graves a fait des rappels vers d’autres mythes, afin de montrer en quoi ils sont similaires – un peu problématique quand le mythe se trouve dans le deuxième volume … J’ai vraiment hâte de pouvoir parcourir une version intégrale, et de pouvoir prendre mon temps !!

La seule chose énervante dans ce livre, c’est la mise en avant – logique, ce n’est pas l’auteur qui décide de la mettre particulièrement en avant, elle est importante pour comprendre les mythes et la société – de la misogynie de la société grecque. Le nombre de viols, d’enlèvements ou de remplacements de cultes féminins par des cultes masculins – que j’avais déjà rencontrés dans From Hell d’Alan Moore – est tellement important qu’il finit par être agaçant. On sent bien la pensée grecque que la femme doit rester dans la maison, et qu’elle n’a rien à faire dans la vie publique ou les décisions du gouvernement ; les femmes guerrières, telles les Amazones, sont presque des aberrations, et meurent systématiquement dans les mythes où elles apparaissent. Parfois, je me demande vraiment pourquoi j’adore la mythologie ?!

 

Donc, une œuvre très intéressante, mais qui prend plus de temps que je ne lui en ai accordé.

 

 

 

The Invention of Angela Carter d’Edmund Gordon

Posté : 19 mars, 2018 @ 1:34 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Biographie The Invention of Angela Carter

Editeur : Chatto & Windus

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 421

Titre en français : Pas encore traduit

Synopsis : Angela Carter is widely acknowledged as one of the most important and beguiling writers of the last century. Her work stands out for its bawdiness and linguistic zest, its hospitality to the fantastic and the absurd, and its extraordinary inventiveness and range. Her life was as modern and as unconventional as anything in her fiction.

Born Angela Olive Stalker in Eastbourne in 1940, her story spans the latter half of the twentieth century. After escaping an oppressive childhood and a difficult early marriage, the success of her first novels enabled the freedoms of travel – journeying across America in a Greyhound bus, and then on to Tokyo, where she lived for three transformative years – before settling in London to write her last, great novels, amid the joys of late motherhood and prestigious teaching posts abroad. By the time of her tragic and untimely death at the age of fifty-one, she was firmly established as an iconoclastic writer whose fearlessly original work had reinvigorated the literary landscape and inspired a new generation.

This is the story of how Angela Carter invented herself – as a new kind of woman and a new kind of writer – and how she came to write such seductive works as The Bloody Chamber, Nights at the Circus and Wise Children. Edmund Gordon has followed in Carter’s footsteps to uncover a life rich in incident and adventure. With unrestricted access to her manuscripts, letters and journals, and informed by dozens of interviews with her friends and family, this major biography offers a definitive portrait of one of our most dazzling writers.

 

Avis : J’ai vu ce livre sur la chaîne de Jen Campbell – comme la majorité des livres que je lis en ce moment on dirait ! J’ai lu entre temps deux œuvres d’Angela Carter que j’ai adorées ; je me suis dit que ce pouvait être sympa de lire sa biographie.

J’ai d’abord été surprise de constater que c’est la seule biographie de l’auteure, et qu’elle n’a été publiée qu’en 2016, soit vingt-quatre ans après la mort d’Angela Carter ! Souvent, il existe plusieurs biographies pour chaque auteur, et c’est plutôt compliqué de choisir laquelle lire en premier – ou lire tout court ! Donc, déjà, ici, pas le choix. Ensuite, Jen Campbell, en parlant de The Invention of Angela Carter, explique qu’elle pense que c’est un bon moyen de commencer à découvrir l’auteure. En un sens, oui, parce qu’on apprend à connaître sa façon de penser, les thèmes importants pour elle, et l’évolution de son travail au fil des ans ; mais, en un autre sens, non, parce qu’Edmund Gordon spoile ABSOLUMENT toutes les œuvres de l’auteure. Alors, visiblement, pour lui, ce n’est pas tant la fin qui compte que l’intrigue, et ce qui se cache derrière l’histoire, sa portée symbolique, ce qu’elle représente ; mais je dois quand même avouer que j’aime découvrir moi-même la fin. C’est, honnêtement, le SEUL point négatif de ce livre, avec le premier chapitre, qui m’a un peu rebutée : l’auteur remonte aux grands-parents d’Angela Carter, ce qui peut paraître un peu ennuyeux ; j’avais surtout envie d’en apprendre plus sur elle directement. C’est nécessaire pour comprendre ensuite la vie de l’auteure, mais ce n’était pas ce qu’il y avait de plus passionnant.

Ce premier chapitre m’a fait reposer le livre pendant une semaine – une semaine et demie ; j’ai attendu que l’envie de le reprendre se manifeste, j’étais dans une pause lecture assez agaçante et l’incipit ne m’avait pas assez accrochée pour poursuivre tout de suite la lecture.

Dès la lecture du deuxième chapitre, j’étais bien plus dans le livre qu’au tout début, parce que l’auteur commence à intégrer des passages de journaux d’Angela Carter, et des témoignages de personnes qui l’ont connue. Ces citations sont un gros point positif du livre, puisqu’elles permettent d’entendre autre chose que la voix de l’auteur. J’ai ensuite été emportée dans la vie de l’auteure ; difficile de reposer le livre, j’avais envie de savoir, d’apprendre, de vivre un peu avec elle – c’est dire le talent du biographe, étant donné que je ne connaissais pas du tout Angela Carter avant de lire ce livre, si ce n’est par ses deux œuvres de fiction, Fireworks et The Bloody Chamber. Le problème : je savais très bien qu’elle était morte jeune, et je n’avais pas envie d’arriver à cette fin. Lire sa vie me l’a rendu attachante, surtout qu’Edmund Gordon ne nous la présente pas de manière idéalisée, au contraire. Il a décidé ici de nous montrer en quoi elle s’est inventée, et en quoi les autres l’avaient inventée. Elle était souvent décrite comme une marraine bonne fée, ou une sorcière blanche, à cause de ses cheveux blancs, alors qu’elle était encore jeune ; donc mythifiée. Ici, l’auteur la rend plus humaine, et, étrangement donc, plus attachante. Il nous montre ses défauts, ses vraies qualités – et pas les fantaisies que certains ont voulu lui attribuer –, ses idées, ses principes, ses façons d’être avec les autres, qui contredisent parfois ses entrées de journal. Angela Carter est une femme qui paraît contradictoire, qu’il est parfois difficile de comprendre, qui vit dans un monde à part, mais aussi dans le monde réel. Malgré ce flou, c’était une joie de lire sa vie, parce qu’au fil du temps, elle est de plus en plus heureuse, elle trouve son identité, et parvient à vivre en accord avec ses principes. Il était passionnant de se rendre compte à quel point elle met de ses idées et de sa vie dans ses œuvres de fiction ! J’ai quasi envie de relire Fireworks et The Bloody Chamber à la lumière de ce que ce livre m’a appris – ce qui confirme l’idée de Jen Campbell que c’est un bon moyen de la découvrir, malgré les spoilers. J’ai aussi ressenti de l’indignation pour la façon dont elle était traitée par la société, et par le monde littéraire ; son talent n’est vraiment reconnu que le lendemain de sa mort, ce qui me paraît aberrant ! C’est d’une tristesse ! Le refus d’inclure Wise Children dans la sélection pour le Man Booker Prize a motivé la création du Bailey’s Prize – maintenant appelé le Women’s Prize for Fiction –, qui devait s’appeler, à l’origine, l’Angela Carter Prize ! Sa déception face à la réception de ses livres, ou face au manque de reconnaissance par rapport à ses pairs, comme Salman Rushdie ou Ian McEwan, m’a fait mal au cœur. Parlant de monde littéraire, j’ai aimé découvrir qui était ses amis, quels auteurs elle lisait, ceux qu’elle a aidé à percer, ou à qui elle a enseigné – comme Kazuo Ishiguro, qui est devenu son ami, et a obtenu le prix Nobel de littérature en 2017 ! L’auteur inclut les événements importants qui l’ont marquée pendant sa vie, comme la fatwa contre Salman Rushdie pour The Satanic Verse – il était assez consternant de voir la réaction de certains face à la situation de l’autre, et notamment la réaction du gouvernement, qui m’a choquée !! –, ou la guerre contre l’Argentine pour les îles anglaises sous le gouvernement de Margaret Thatcher – qu’Angela Carter détestait comme rarement elle a détesté quelqu’un. Ces événements permettent d’inclure des réflexions en parallèle de la vie de l’auteure, qui la concernent plus ou moins, mais qui, dans tous les cas, sont les bienvenues. Ses différentes façons de gagner de l’argent m’ont inspirée, et sa détermination à écrire, sa façon de travailler sont fascinantes ; j’ai découvert de nouvelles œuvres écrites par elle dont je n’avais jamais entendu parler ! J’ai maintenant envie de lire tous ses livres, comme une sorte d’hommage, mais aussi parce que je sais que je les aimerais !

En me rapprochant de la fin, les larmes commençaient à monter, jusqu’au dernier chapitre, où je n’ai plus su les retenir. C’est comme si j’avais perdu un être cher, alors que je ne la connaissais pas, et qu’elle est morte avant même que je sois née ! J’ai aimé l’épilogue, qui permet à l’auteur d’expliquer comment il s’est retrouvé à écrire la biographie d’Angela Carter, les choix qu’il a fait, ses sources. Il parle d’autres biographies qui seront sans doute écrites en la montrant d’un point de vue tout à fait différent. La dernière phrase du livre résume bien la complexité de la personnalité d’Angela Carter : « She’s much too big for any single book to contain. »

 

Donc, une excellente biographie, qui prend le parti de raconter la vie d’Angela Carter de sa naissance à sa mort. Un coup de cœur !

 

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