Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour octobre, 2017

From Hell : Une autopsie de Jack l’Eventreur d’Alan Moore et Eddie Campbell

Posté : 31 octobre, 2017 @ 4:27 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Bande-dessinée, HistoriqueFrom Hell

Editeur : Delcourt

Année de sortie : 2000 [1998]

Nombre de pages : 576

Titre originel : From Hell

Synopsis : Scénariste phare de la bande dessinée actuelle (on lui doit notamment Watchmen et V pour Vendetta), Alan Moore brosse ici, avec le dessinateur Eddie Campbell, une fresque monumentale du Londres victorien de 1888. S’appuyant sur une recherche documentaire exhaustive, il nous livre une vision fulgurante, magistrale dans sa construction et son écriture, de l’énigme criminelle la plus célèbre de l’histoire : celle de Jack l’Eventreur, le meurtrier dont la seule lettre authentifiée fut expédiée, à en croire son auteur, « from hell », c’est-à-dire « de l’enfer ».

 

Avis : J’ai emprunté ce livre pour Halloween, me disant que l’histoire de Jack l’Eventreur était parfaite pour la période !

Je me suis pris une claque monumentale ! Je ne m’attendais pas à être autant secouée par ce roman graphique ! Dans From Hell, on suit une hypothèse sur l’identité de Jack l’Eventreur, ainsi que sur la façon dont ce serait déroulé les meurtres. Je préviens les âmes sensibles : il y a pas mal de scènes sanglantes, ainsi que des scènes sexuelles explicites - d’ailleurs, pendant la première, je ne sais pas ce qu’a fait le traducteur, mais cela rendait la scène ridicule ! Mais ce qui m’a surtout secoué, c’est d’apprendre les motivations du potentiel tueur, de voir le monde à travers ses yeux, de comprendre sa vision de la société et des relations homme/femme. Il pense être investi d’une mission, que c’est Dieu qui l’a choisi pour accomplir un dessein supérieur. Je ne veux pas tout vous raconter, donc je ne vous donnerai pas de détails, mais j’ai trouvé la situation assez ironique ! Au début du roman graphique, le lecteur se retrouve à voir le monde à travers les yeux du tueur ; en effet, on ne voit pas son visage, mais exclusivement ce qui est en face de lui, ses mains, les personnes avec qui il parle. Parfois, on semble entrer dans sa tête avec des bribes de souvenirs, des moments qui se répètent. Mais le pire, c’est sa perception des relations homme/femme : lors d’un voyage en calèche à travers Londres, il nous apprend l’histoire de la ville, mais aussi comment l’homme est parvenu à prendre le dessus sur la femme, à la soumettre. Pour lui, les deux sexes sont en lutte constante pour la suprématie, et les femmes peuvent revenir au pouvoir à n’importe quel moment ; il vit dans un monde où l’un des deux doit dominer. Ironie du sort : il est persuadé que les hommes ont pris le pouvoir, et c’est une reine, Victoria, qui gouverne l’Angleterre. J’ai appris énormément de choses sur Londres et sur l’histoire en général grâce à ce tour de la ville en calèche, et cette lecture a rejoint Reine d’Egypte, une nouvelle série de manga que j’adore, et qui évoque elle aussi l’obélisque érigé par Thoutmosis Ier ; mais aussi, j’ai vu le monde différemment dans l’espace de la lecture, j’ai perçu la religion et l’histoire en général de façon complètement différente, et c’est ce qui m’a particulièrement marquée. De plus, les auteurs ont fait énormément de recherches, au vu du nombre et de la taille des notes à la fin du volume !! J’avoue que je n’ai pas tout lu, mais ce doit être passionnant – pour la relecture, sans doute !!Concernant les graphismes, je pensais que j’allais avoir un peu de mal, mais je les ai appréciés, puisqu’ils correspondent parfaitement à l’histoire et à l’atmosphère très sombre du Londres victorien ! Seul bémol : parfois ils sont tellement sombres que l’on ne sait pas distinguer ce qu’ils représentent.

Les scènes des meurtres sont particulièrement difficiles à lire. La pire reste celle du dernier meurtre, celui de Mary Kelly. J’ai détourné les yeux, ou je suis passée rapidement sur certaines vignettes. Il est agaçant de voir l’enquête piétiner alors que [SPOILER] dans cette  »version » de l’histoire, le commissaire sait déjà qui commet les meurtres et pourquoi ! [FIN DU SPOILER] L’inspecteur Abberline devient sympathique au lecteur simplement parce qu’il est confronté à une affaire dix fois plus grosse que lui, qui va l’avaler, et qu’il ne peut pas espérer résoudre. Ici, la franc-maçonnerie est également impliquée, ce qui permet de découvrir un peu plus cette organisation. Le tueur, quant à lui, ne paraît pas fou, mais étrangement sur-lucide. Il croit à une puissance supérieure, à un Dieu soleil, et suit sa mission pour conserver la suprématie des hommes sur les femmes.

La fin est tout simplement grandiose. Ce n’est plus l’histoire de savoir qui est Jack l’Eventreur, mais le passage du mal de génération en génération, d’époque en époque, incarné à travers des tueurs connus, des déments, ou des êtres qui ont perçu quelque chose d’inhabituel et l’on retranscrit, et jamais éradiqué. J’ai trouvé cette réflexion énorme, tellement intéressante ! Ce qui fascine chez Jack l’Eventreur, c’est ce que l’homme – en général – est capable de faire, le mal qu’il peut faire ; l’identité du tueur importe peu maintenant. Rien que pour ce choc, je pense que je relirai From Hell. [SPOILER] Je suis persuadée que Jack s’est à nouveau trompé en voulant tuer Mary Kelly ; ce n’est pas elle qu’il tue, mais son amie qui logeait chez elle. C’est Mary Kelly que l’on découvre à la fin en Irlande, cela me semble évident ! Aussi, je pense que Mary Kelly est l’Emma de l’inspecteur Abberline ! [FIN DU SPOILER]

 

Donc, un très bon roman graphique qui secoue, qui impressionne et qui nous en apprend énormément. Parfait aussi pour se faire peur !

M Train de Patti Smith

Posté : 29 octobre, 2017 @ 11:43 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Autobiographie M Train

Editeur : Bloomsbury

Année de sortie :2015 

Nombre de pages : 253

Synopsis : From the national book award-winning author of Just Kids: an unforgettable odyssey of a legendary artist, told throught the prism of the cafés and haunts she has worked in around the world. It i a book Patti Smith has described as ‘a roadmap to my life’.

M Train begins in the tiny Greenwich village café where Smith goes every morning for black coffee, ruminates on the world as it is and the world as it was, and writes in her notebook. Through prose that shifts fluidly between dreams and reality, past and present, and across a landscape of creative aspirations and inspirations, we travel to Frida Kahlo’s Casa Azul in Mexico; to a meeting of an Artic explorer’s society in Berlin; to a ramshackle seaside bungalow in New York’s Far Rockaway that Smith acquires just before Hurricane Sandy hits; and to the graves of Genet, Plath, Rimbaud and Mishima.

Woven throughout are reflections on the writer’s craft and on artistic creation. Here, too, are singular memories of Smith’s life in Michigan and the irremediable loss of her husband, Fred Sonic Smith.

Braiding despair with hope and consolation, illustrated with her signature Polaroids, M Train is a meditation on travel, detective shows, literature and coffee. It is a powerful, deeply moving book by one of the most remarkable artists at work today.

 

Avis : J’avais adoré Just Kids et j’étais persuadée que j’allais tout aimer de Patti Smith. Dès que j’ai vu ce livre à la bibliothèque, je me suis dit que c’était l’occasion !

J’ai été très déçue. Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais, peut-être à un livre exclusivement sur son mari, mais pas à ça. Bien sûr, si elle est dans cette situation, c’est parce qu’elle a perdu son mari, et qu’elle ne s’en remet pas. Mais même dans l’intensité des émotions et dans la perception du monde, je n’étais plus en phase avec l’auteur. Je n’ai pas retrouvé ce qui m’avait tant touché dans Just Kids. Mais, allons-y doucement. D’abord, on se rend vite compte que la vie de l’auteur est découpée en phases de stagnation, et en phases de mouvement. Les phases de stagnation la voient faire le même trajet tous les jours, la même chose, une espèce de vie d’automate. Quant aux phases de mouvement, elles sont en fait des voyages que fait l’auteur, parfois pour des raisons professionnelles, parfois pour des raisons personnelles. Durant ces phases, on trouve des marathons de séries TV policières, des références littéraires, et des quêtes spirituelles. Tout cela paraît très intéressant, et ça l’est ; mais je n’ai pas réussi à être emportée par ce livre comme par Just Kids, je n’ai pas réussi à ressentir, je n’ai pas réussi à entrer dans la vie de l’auteur, à compatir, à vivre avec elle ces voyages et cette vie désolée. Je n’ai cessé de comparer les deux livres, et cela a clairement porté préjudice à M Train. Autre chose : j’avais oublié que l’auteur était si tournée vers la religion. J’ai eu quelques sujets de mésentente récente avec elle, donc j’ai très peu apprécié ces aspects du livre - non pas que je ne respecte pas les croyances de chacun, mais je n’ai pas réussi à penser la même chose que l’auteur dans certains cas, ce qui a créé une distance entre nous. La perception du monde de l’auteur, certaines de ses réflexions, de ses manières de penser étaient très éloignées des miennes, ce qui fait qu’encore une fois, je n’ai pas réussi à apprécier. Je n’ai pas non plus retrouvé l’émotion de Just Kids, excepté dans les passages qui évoquent directement son mari. J’ai l’impression d’être très insensible en écrivant cette chronique, mais je ne vais pas vous mentir. J’avais envie d’aimer ce livre, et peut-être ne l’ai-je pas pleinement apprécier aussi parce que ce n’était pas le meilleur moment pour le lire, ou parce que j’avais placé la barre trop haut. En tout cas, je suis vraiment déçue, et même frustrée, de ne pas avoir aimé.

 

Donc, une déception, peut-être l’ai-je trop comparé à son prédécesseur.

The Bloody Chamber d’Angela Carter

Posté : 25 octobre, 2017 @ 7:20 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Classique, Nouvelle The Bloody Chamber

Editeur : Vintage Classics

Année de sortie : 2016

Nombre de pages : 214

Titre en français : La compagnie des loups

Synopsis : From familiar fairy tales and legends – Red Riding Hood, Bluebeard, Puss in Boots, Beauty and the Beast, vampires and werewolves – Angela Carter has created an absorbing collection of dark, sensual, fantastic stories.

« Magnificent set pieces of fastidious sensuality » IAN McEWAN

« A mix of finely tuned phrase, luscious adjective, witty aphorism, and hearty, up-theirs vulgarity » MARGARET ATWOOD

« The Bloody Chamber is such an important book to me » NEIL GAIMAN

 

Avis : Ce livre était depuis longtemps dans ma wish-list, mais c’est Jen Campbell, en en parlant dans une vidéo, qui m’a poussé à enfin l’acheter et le lire ! Une lecture parfaite pour l’automne et Halloween !

The Bloody Chamber faisait partie de mes prédictions 5 étoiles ; j’étais persuadée que j’allais adorer ce livre, et je ne me suis pas trompée ! Dès la première nouvelle, j’ai d’abord été charmée par l’écriture d’Angela Carter, poétique parfois, parfois crue. J’ai aimé ce qu’elle faisait des contes, faisant ressurgir le contenu latent, ce qui devait rester caché, ce qui n’était que sous-entendu. J’ai aimé aussi le fait qu’elle considère son travail non comme de la réécriture, mais comme de la réinvention, de la réappropriation. Ces « nouveaux » contes choquent, bouleversent, et touchent le lecteur. J’imagine le nombre de personnes qui ont dû détester Angela Carter pour ce livre ! D’ailleurs, l’introduction - qui spoile absolument toutes les nouvelles, soit dit en passant, et que j’ai donc lu à la fin de chaque histoire – évoque des étudiants qui ont refusé d’étudier le recueil parce qu’ils considéraient qu’Angela Carter avait dénaturé et souillé les contes de leur enfance. Vous aurez compris que ce n’est pas du tout mon avis ! Concernant l’introduction, j’ai d’abord trouvé dommage qu’elle spoile toutes les nouvelles, et puis je me suis dit que la dernière partie aurait mieux placé en postface, afin de donner une espèce d’éclaircissement ou d’explication à la fin de chaque histoire. Elle est très bien faite, et permet au lecteur de mieux comprendre le véritable effet de chaque nouvelle sur lui ; par exemple, pour « The Snow Child », j’ai été tellement choquée que je me suis demandée pourquoi Angela Carter avait écrit un tel conte. L’introduction m’a aidé à comprendre, et j’ai pu pleinement l’apprécier. Enfin, d’ordinaire, j’ai du mal avec les recueils de nouvelles, puisque « nouvelles » signifie plusieurs incipits, et j’ai toujours du mal à entrer dans le livre ; il est difficile de m’accrocher immédiatement. Angela Carter a réussi cet exploit pour (presque) toutes les nouvelles !

La première nouvelle, « The Bloody Chamber » est une réappropriation de « Barbe Bleue« . La fin m’a été spoilée parce que je n’ai pas pensé que l’introduction la raconterait … Mais c’est tout de même ma préférée ! Malgré le fait que je savais comment tout finissait, le suspense était présent jusqu’à la fin, j’étais complètement dans l’histoire avec l’héroïne ! Celle-ci n’a pas de nom, mais est la narratrice de sa propre histoire. Le lecteur peut donc peu à peu s’identifier à elle, notamment avec la curiosité qui pousse l’homme à faire ce qu’on lui a expressément interdit de faire. Elle paraît superficielle au début de la nouvelle, attirée dans les bras d’un homme par les cadeaux qu’il peut lui offrir, mais l’on s’attache peu à peu à elle, elle se rend compte de son erreur, de sa vénalité. Bien sûr, si le lecteur connaît « Barbe Bleue », il se doute du contenu de l’histoire, mais cela reste surprenant ! [SPOILER] La découverte des épouses est assez affreuse, notamment la dernière, enfermée dans une Iron Maiden ! [FIN DU SPOILER] Cette nouvelle est la plus longue du recueil, à peu près soixante pages. La fin est surprenante pour qui ne la connaît pas déjà, mais je l’ai tout de même adoré !

La seconde nouvelle, « The Courtship of Mr. Lyon« , raconte une dérive de « La Belle et la Bête« . Cette histoire est plus « mignonne » que la précédente, moins sanglante et moins effrayante. Bien sûr, l’héroïne s’appelle Beauty, et son père va enfreindre les règles de la Bête dans son jardin. Beauty ressemble beaucoup à la Belle que l’on connaît : généreuse, elle désire sauver son père, en tout cas, ici, réparer les torts qu’il a pu causer à la Bête en volant une rose blanche dans son jardin. Elle accepte donc de vivre avec Mr. Lyon pendant un certain temps. Celui-ci ressemble également pas mal à la Bête que l’on connaît : il parle comme les hommes, mais a retrouvé des instincts animaux. J’ai adoré le chien cavalier King Charles qui fait presque office de gouvernante ! Une excellente réappropriation !!

L’histoire suivante, « The Tiger’s Bride« , est aussi une « réécriture » de « La Belle et la Bête« , mais bien moins « mignonne » que la précédente ! La première phrase donne déjà le ton : « My father lost me to The Beast at cards » (Mon père m’a perdu aux cartes contre la Bête). En gros, le père de la Belle est incapable de s’empêcher de jouer, et mise sa fille, qu’il perd, évidemment. La Belle a beau de ne pas se laisser faire une fois chez la Bête, elle reste tout de même, et ne cesse d’être appelée Lady par un étrange majordome simiesque. La Bête, ici, ne parle pas, et ressemble vraiment à une bête fauve, le tigre du titre. Je ne vous dis pas comment cela termine, mais j’ai vraiment aimé cette fin tout à fait différente des réécritures habituelles, très originale, et qui remet en perspective toute l’histoire du conte ! 

Vient ensuite « Puss-in-Boots« , inspiré du « Chat Botté » ! C’est la nouvelle la plus légère, celle à la lecture de laquelle j’ai ri, ce qui semble impossible avec les autres histoires. Puss est un chat acrobate qui parle, et qui aide son maître à séduire le plus de demoiselles et de dames possibles, jusqu’au jour où il tombe sur une jeune fille enfermée, apparemment inaccessible. Impossible de prendre cette histoire au sérieux, notamment quand on se rend compte que [SPOILER] la jeune fille n’est pas si pure et innocente que ça ! Les scènes sexuelles sont vraiment drôles, mais peuvent choquer ceux qui n’ont pas l’humour facile ! [FIN DU SPOILER] La fin est agréable à lire, et fait sourire le lecteur après tant de péripéties !

The Erl-King » n’est pas inspiré d’un conte de fées, mais d’une légende allemande selon laquelle un gobelin malveillant hante la Forêt Noire et tue les personnes qui s’y perdent. La nouvelle est l’une des plus poétiques, vraiment très belle, mais aussi très triste. Le point de vue est celui d’une jeune fille qui se perd dans la forêt et qui se retrouve face au Erl-King. La présence des oiseaux et de leur chant fait beaucoup pour la poésie et la mélancolie de l’histoire, ainsi qu’une sorte d’amour étrange et condamné. L’Erl-King fait figure de roi tyrannique, mais il semble plus faire ceux qu’il attire dans la forêt prisonnier parce qu’il ne veut pas être seul plutôt que parce qu’il est foncièrement mauvais. J’ai adoré l’atmosphère mélancolique de forêt abandonnée, hantée, où la joie n’est présente que parce qu’elle est enfermée.

Vient ensuite « The Snow Child« , inspiré de « Blanche-Neige » ! C’est, pour moi, la nouvelle la plus choquante et la plus directe du recueil, sans doute à cause de sa brièveté – la nouvelle ne fait que deux pages. Le contenu latent du conte est clairement mis en avant, mais je ne veux pas trop vous en dire pour ne pas vous gâcher la lecture. C’est poétique, puis violent d’un coup, le lecteur en reste bouche bée, il ne comprend pas.

Puis vient « The Lady of the House of Love« , qui n’est pas inspiré d’un conte mais qui reprend la légende du vampire transylvanien. C’est l’histoire d’une comtesse qui vit seule dans un manoir, avec un gardien et une servante (il me semble). Elle se tire régulièrement les cartes pour connaître son avenir, et désespère de sa condition de vampire qui l’empêche de connaître l’amour. Le manoir fait très gothique, ainsi que le personnage de la vampire, et l’histoire qu’elle vit dans la nouvelle. [SPOILER] La fin voit la vampire mourir par amour, parce que son aimé veut la « guérir », et l’amoureux part ensuite pour la France ; la phrase laisse présager qu’il y meurt. [FIN DU SPOILER]

Les trois dernières nouvelles sont différentes réappropriations du « Petit Chaperon rouge« . « The Werewolf » est la plus courte, introduit bien les trois personnages typiques du loup, du chaperon rouge et de la grand-mère, mais fusionne deux de ces personnages de manière assez originale, ce qui rend la fin elle-même surprenante et originale ! La petite fille est plus aguerrie que dans « The Company of Wolves« . Ici aussi, nous retrouvons les personnages typiques du conte, mais, avant l’histoire elle-même, le lecteur se retrouve à lire une sorte d’essai sur le loup, très intéressant et qui donne bien le ton de l’histoire qui va suivre. La fin, encore une fois, est originale, mais aussi étrange, [SPOILER] puisque le comportement du loup change radicalement en quelques instants : il passe de violent, à vouloir manger le petit chaperon rouge, à tendre, quand il dort avec elle. [FIN DU SPOILER] Enfin, la dernière nouvelle, « Wolf-Alice«  est aussi celle que j’ai le moins apprécié, sans doute parce que c’est celle qui m’a paru la plus confuse et la plus obscure de tout le recueil. En effet, on passe d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre, on ne comprend pas exactement le pourquoi de ce qui arrive. Mais, j’ai apprécié la découverte de son corps par Alice ; comme elle n’a pas été éduquée par des hommes, elle est seule face à son anatomie, aux secrets que son corps renferme, aux choses étranges qui peuvent se produire.

 

Donc, ce recueil était excellent, un vrai coup de cœur ! Je suis ravie d’avoir découvert Angela Carter, et j’ai hâte de lire d’autres de ses œuvres !

Thérèse Desqueyroux de François Mauriac

Posté : 22 octobre, 2017 @ 5:11 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Classique Thérèse Desqueyroux

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2010 [1927]

Nombre de pages : 148

Synopsis : Pour éviter le scandale et protéger les intérêts de leur fille, Bernard Desqueyroux, que sa femme Thérèse a tenté d’empoisonner, dépose de telle sorte qu’elle bénéficie d’un non-lieu. Enfermée dans sa chambre, Thérèse tombe dans une prostration si complète que son mari, effrayé, ne sait plus quelle décision prendre. Doit-il lui rendre sa liberté ? Dans ce livre envoûtant, François Mauriac a réussi un fascinant portrait de criminelle.

 

Avis : Relecture ici, pour un cours sur les fait-divers. J’avais aimé ce livre la première fois que je l’avais lu, et je savais déjà que j’apprécierai ma lecture.

J’ai lu Thérèse Desqueyroux pour la première fois pour les cours également, en Première il me semble et, depuis, ce livre est resté dans un coin de ma tête, j’y pensais sans y penser. Il avait laissé une marque, que je ne comprenais pas vraiment. A la fin de la relecture, je me suis dit que c’était en fait Thérèse qui m’avait marqué, son refus de vivre comme la société lui dit de vivre, son refus, en quelque sorte, du sexisme ambiant, même si elle est tout de même complice quand il s’agit d’empêcher Anne d’épouser celui qu’elle aime. Thérèse est terrifiante pour l’époque, parce qu’elle est destinée à être libre. Elle se sent monstrueuse, parce que différents scénarii lui passent par la tête pour parvenir à cette liberté, mais aussi parce que la société et la famille la jugent monstrueuse. En effet, elle a tenté d’empoisonner son mari, Bernard, pour, pensent-ils, être la seule propriétaire des pins. De plus, c’est une mauvaise mère, elle n’aime pas son enfant, alors qu’elle aurait dû, comme toutes les femmes, ressentir, à la vue de l’enfant, l’instinct maternel. Elle ne pense qu’à elle-même, égoïste et égocentrique, incapable de penser aux autres. Mais pourquoi n’en aurait-elle pas le droit, alors que les hommes, eux, le peuvent ? C’est pour ces raisons que j’ai toujours eu de la sympathie pour Thérèse, depuis la première lecture jusqu’à maintenant ; et pour ces raisons aussi que j’ai toujours détesté les autres personnages, Bernard, Anne, la belle-mère, le père de Thérèse. Bernard, d’abord, ce mari inutile, incompréhensif, incapable de faire découvrir l’amour à sa femme, qui comprend qu’elle ne sera jamais heureuse avec lui, qu’elle ne découvrira jamais la volupté, la vraie, et non la lutte que lui offre son mari quand il l’a décidé. Et voilà la bêtise des mariages arrangés ; et on s’étonne que les femmes rêvent d’amour, et non de leurs maris ! Anne, quant à elle, est plus ambivalente. J’ai commencé par l’apprécier. Puis, voyant ce que pensait vraiment Jean Azévédo d’elle, elle m’a agacée, et j’ai fini par la mépriser, comme Thérèse qui, clairement, était jalouse de son bonheur, jalousie qui disparaît quand elle comprend que celui-ci n’est en fait qu’une illusion ! Malheureuse parce que rejetée, elle se tourne vers les enfants, qui comblent son énorme besoin d’amour. Elle représente ainsi la jeune fille qui a complètement abandonné toute idée de fuite, de liberté, l’idée d’une autre vie, celle que Thérèse rêve de posséder. La belle-mère, elle, a pris la place de sa propre belle-mère au sein de la famille ; elle semble n’avoir jamais rêvé d’une autre vie, ou peut-être a-t-elle abandonné, comme sa fille après elle. Elle semble détester Thérèse pour son « hypocrisie », pour le fait qu’elle ait été gentille avec elle, alors qu’elle préméditait d’empoisonner son fils. Et le père, alors là … Sa fille n’est rien pour lui ; ce qui compte, c’est le nom, la réputation. Sa vie, ce qu’elle ressent, tout le monde s’en fiche. Elle ne compte pas. Mais quel bon père !!

J’ai aussi beaucoup aimé l’écriture de François Mauriac ; Thérèse Desqueyroux est le seul livre de l’auteur que j’ai lu, et j’ai vraiment très envie de découvrir d’autres œuvres, notamment Le Nœud de vipères, qui se trouve dans ma PAL depuis deux ans. J’aime sa façon d’utiliser les mots, sa façon de nous donner accès aux pensées de Thérèse, sa façon d’utiliser le discours indirect libre parfois, sa façon aussi de réutiliser un fait-divers pour le rendre fictif, pour faire de la criminelle son personnage, pour se réapproprier l’affaire en la faisant coller à la personnalité de Thérèse. La fin est assez abrupte, mais agréable à la fois pour le personnage principal et pour le lecteur.

 

Donc, une très bonne relecture, un personnage que j’aime beaucoup, une écriture agréable.

The House of the Seven Gables de Nathaniel Hawthorne

Posté : 20 octobre, 2017 @ 5:16 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Classique The House of the Seven Gables

Editeur : Barnes & Noble Classics

Année de sortie : 2007 [1851]

Nombre de pages : 276

Titre en français : La maison aux sept pignons

Synopsis : Greed, treachery, mesmerism, and murder are just some of the bricks Hawthorne uses to build The House of the Seven Gables. Generations before the present story begins, wealthy Colonel Pyncheon covets Matthew Maule’s land. When Maule is hanged for witchcraft, he puts a curse on the Colonel – and all his descendants. Now the menacing Judge Pyncheon continues the family tradition of hiding cruelty under a dazzlinh smile, while his scowling niece, Hepzibah, and half-mad nephew, Clifford, are reduced to poverty by his machinations. But the younger generation, embodied in their distant cousin Phoebe, becomes a ray of hope penetrating the dark house.

Though Hawthorne openly discusses his book’s « moral » in its preface, The House of the Seven Gables is no dry sermon. In fact, a strong stream of poetic fantasy runs through it, which the author acknowledges by calling it a « romance », rather than a novel. Like his other great works, The House of the Seven Gables reflects Hawthorne’s rich understanding of complex motives, and of individuals caught in the unending struggle between highest aspirations and basest desires.

 

Avis : Je m’attendais à aimer ce livre – gothique, écrit par un auteur plutôt apprécié, qui a aussi écrit The Scarlet Letter, dont j’ai lu des extraits que j’ai aimés.

Eh bien, comme quoi tout peut arriver ! J’ai rarement mis autant de temps à lire un peu plus de 200 pages. J’ai trouvé The House of the Seven Gables très long, ennuyeux même parfois ; pourtant, les livres lents, où il n’y a pas vraiment d’action, ne me dérangent pas, et me plaisent même souvent. Quelle déception ici ! Mais ce n’est pas tant l’absence d’action qui m’a gênée que le style de l’auteur. Au début, j’ai aimé sa façon de se moquer de ses personnages, son ironie ; et puis, j’ai commencé à me demander si c’était vraiment de l’ironie, le style a fini par me peser, le livre est devenu pénible. J’ai même cru que j’allais arrêter de le lire, mais, mémoire oblige, je me suis forcée à le finir. Ce n’était peut-être aussi pas le bon moment pour lire ce livre ; j’avais besoin de quelque chose de léger, et j’ai trouvé The House of the Seven Gables pesant, par le style, comme je l’ai dit, mais aussi parce que j’y ai retrouvé tous les stéréotypes du gothique que j’avais déjà vu dans tous les romans que j’ai lus précédemment. Clairement, trop de gothique tue le gothique : j’ai trouvé le roman trop traditionnel, je savais à quoi m’attendre, et la fin m’a agacée. Je vais donc me calmer sur le gothique « classique » pendant au moins un mois : il ne sert à rien que je m’acharne et que je me mette à détester des œuvres que j’aurais adorées si je les avais lues pour le plaisir. Cela tombe bien : c’est Non-fiction November le mois prochain !! Malgré tout, j’ai aimé la malédiction, la façon dont elle se dédouble dans le roman, la façon dont le lecteur comprend qu’il existe une sorte de réincarnation – mais encore une fois, un peu agacée, puisque l’auteur se sent obligé de préciser qu’il y a dédoublement, alors que le lecteur le comprend bien.

Comme je n’ai pas apprécié le livre, je n’ai pas réussi à aimer les personnages. Certes, au début, j’ai réussi à m’attacher un peu à Hepzibah, une vieille fille malheureuse qui vit seule dans la maison familiale. Mais elle m’a vite agacée ; elle refuse le bonheur, elle ne vit que pour son frère, elle se sent déchue de son rang d’aristocrate parce qu’elle doit travailler. On dirait qu’un nuage noir la suit constamment où qu’elle aille. Vient ensuite Phoebe, la jeune fille pure et innocente qui va découvrir que la vie n’est pas si rose en vivant dans la maison aux sept pignons. Stéréotype, quand tu nous tiens. Bien sûr, elle a du caractère, elle n’est pas naïve, elle réfléchit, ce n’est pas une postiche ; mais elle m’a tout de même agacée. Enfin, Clifford, le frère d’Hepzibah, qui aurait commis un crime dont personne n’ose parler, que la prison a rendu fou. Il a besoin de beauté dans sa vie, et donc rappelle constamment à sa sœur qu’elle ne l’ait pas, donc qu’il n’a pas envie de l’avoir près de lui. A partir de là, je pense qu’on comprend pourquoi je ne l’apprécie pas. D’autres personnages se trouvent dans le livre, comme le juge Pyncheon, qui incarne le « Gothic villain » par excellence, celui qui se dissimule derrière un sourire, alors que ses intentions sont mauvaises.

La fin, comme je l’ai dit, m’a aussi agacée – je pense que c’est le mot que j’ai le plus employé dans cette chronique ! Elle est exactement comme celle de tous les romans gothiques, mais je trouve qu’ici, elle est exagérée au possible ! [SPOILER] Tous les problèmes des personnages s’évaporent dans la nature, aucune charge n’est retenue contre Clifford, la famille devient riche et va carrément vivre dans la maison de celui que l’un d’eux a tué !! Tout est oublié, tout va bien, bon, il existe quelques séquelles quand même, il ne faut pas abuser, mais sinon, le soleil brille à nouveau, Phoebe peut se marier avec le descendant des Maule qui, évidemment, vivait dans la maison sous un faux nom, et la malédiction est éradiquée, youpi ! [FIN DU SPOILER] 

 

Donc, une lecture pénible, décevante, mais je lirai tout de même The Scarlet Letter.

 

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