Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour août, 2017

In Cold Blood de Truman Capote

Posté : 30 août, 2017 @ 9:29 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Témoignage In Cold Blood

Editeur : Penguin (Essentials)

Année de sortie : 2012 (1965)

Nombre de pages : 343

Titre en français : De sang froid

Synopsis : ‘Dick became convinced that Perry was that rarity, « a natural killer » – absolutely sane, but conscienceless, and capable of dealing, with or without motive, the coldest-blooded deathblows’

On 15 November 1959, in the small town of Holcomb, Kansas, a wealthy farmer, his wife and their two young children were found brutally murdered. Blood all over the walls, the telephone lines cut, and only a few dollars stolen. Heading up the investigation is Agent Al Dewey, but all he has are two footprints, four bodies, and a whole lot of questions.

Truman Capote’s detailed reconstruction of the events and consequences of that fateful night, In Cold Blood is a chilling, gripping mix of jounalistic skill and imaginative power.

‘One of the stupendous books of the decade’
Sunday Express

 

Avis :Ce livre était dans ma wish-list depuis très longtemps quand j’ai vu que je devais (potentiellement) le lire pour un de mes cours pour l’année qui arrive ; je me suis dit que c’était une bonne occasion pour sauter le pas !

Il est difficile de dire que l’on a aimé ce genre de livres ; après tout, c’est quand même le compte-rendu d’un quadruple meurtre, d’une enquête, et les conséquences de ce meurtre. Puis, en règle générale, ce n’est pas vraiment ce que j’aime lire. Mais In Cold Blood fait partie de cette catégorie de livres importants pour lesquels ce n’est pas le plaisir que le lecteur prend à lire qui compte, mais la réflexion que le livre apporte, le point de vue qu’il donne sur la société. Certes, le style de Truman Capote ajoute clairement quelque chose, et fait de ce livre de la littérature : on peut parfois parler de suspense, même si on sait déjà qui sont les tueurs, et qu’ils seront arrêtés – sans quoi, il n’y aurait pas de livre ! L’auteur ajoute quelques effets dramatiques, du genre « C’est la dernière chose qu’il fit avant de mourir », « elle ne savait pas que c’était son dernier jour », etc. En un sens, ce livre m’a fait penser à Laëtitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka, mais en réussi ! Là où Jablonka échoue, est excessif, se met en avant, Truman Capote touche dans le mille, écrit parfaitement, ne fait rien de trop et, surtout, ne donne pas son opinion ! Jamais, dans les 343 pages de In Cold Blood, je n’ai trouvé de « je », de « à mon avis », ou d’éléments personnels de la vie de Truman Capote. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il n’oriente pas son livre dans la direction qu’il veut lui donner, mais jamais il ne met son avis personnel en avant, ce que j’ai beaucoup apprécié ! Aussi, j’ai trouvé que le compte-rendu était très bien réalisé : on suit d’abord, en parallèle, la famille Clutter et les tueurs le samedi 14 novembre, puis les tueurs et les enquêteurs, toujours en parallèle. Le « format » change souvent : on se retrouve parfois avec un aspect de l’histoire raconté uniquement à travers le témoignage d’un témoin, parfois, c’est le narrateur qui prend le relais pour toute une partie du récit. L’auteur cite énormément verbatim ce que les accusés ou les témoins disent, ce qui rend le livre encore plus glaçant.

Je disais un peu plus haut que ce livre nous donne un certain point de vue de la société : il traite d’un sujet important aux Etats-Unis comme partout, la criminalité. Et ici, plus précisément, un mass murder sans aucun motif, commis de sang-froid – l’expression est utilisé par un des tueurs à un moment donné. Le pire est sans doute cette phrase d’un des tueurs (ce n’est sans doute pas la phrase exacte, et je traduis, donc bon !) : « Je ne pensais pas lui faire du mal, jusqu’à ce que je lui tranche la gorge ». On dirait véritablement un psychopathe ! Lorsque Perry Smith et Richard Hickock sont arrêtés (ce n’est pas un spoiler puisque c’est une non-fiction !), à un moment donné, voyant qu’il n’y a pas de motif pour les meurtres, l’un des avocats demande une évaluation psychologique. Cela n’a pas été retenu en « faveur » des accusés, mais il est clair que les deux avaient un problème : entre manque d’éducation (familiale je veux dire), maltraitance et accidents, il est clair que leur vie n’était pas rose. Je ne réussis pas à les plaindre pour autant, et je ne comprends toujours pas, même après avoir lu leur confession, pourquoi ils ont tué toute la famille Clutter. C’est franchement effrayant. Et cette frayeur, de se dire que certains peuvent tuer comme ça, sur un coup de tête, est soutenue par l’émotion que l’on ressent à lire le dernier jour de chaque membre de la famille : Mr. Clutter, qui semblait apprécié de tous, intègre, travailleur, généreux et honnête, Mrs. Clutter, invalide, malade, dépressive, qui se remettait doucement, Nancy, la benjamine, qui avait tout pour réussir, tout pour être heureuse, et qui semblait l’être, Kenyon, qui, étrangement, m’a un peu plus ému que les autres, je ne saurais même pas expliquer pourquoi. Les détails sont donnés, mais on ne revient pas sans cesse dessus : ils sont répétés dans la confession de Perry Smith, pour les comprendre. Ce livre nous fait aussi réfléchir sur le système judiciaire aux Etats-Unis, et notamment sur la peine de mort. En effet, pour un quadruple homicide, il est certain que les deux coupables seront mis à mort, par pendaison, sans doute une des pires morts imaginables. Le sujet est traité dans le livre, étant donné qu’ils sont, effectivement, tous deux exécutés. L’agent chargé de l’enquête, Al Dewey n’assistait jamais à aucune exécution, excepté celles-ci, pour lesquelles il sentait qu’il se devait d’être présent. Différentes opinions sont données sur la question : certains expliquent pourquoi ils sont pour, d’autres pourquoi la peine de mort leur semble inutile. Les avocats des accusés utilisent la Bible (« Tu ne tueras pas », l’amour du prochain), tout comme ceux qui défendent la famille (la loi du Talion ; si quelqu’un tue, il doit mourir à son tour). Est mentionnée aussi le problème de la société qui réprime le crime par le crime, qui tue elle-même quand elle demande de ne pas tuer. Les exécutions sont racontées, et l’étonnement de l’agent est évoqué : les gens autour de lui parlent comme au café, normalement. L’un d’eux dit à son voisin que la pendaison n’est pas une mort douloureuse, et l’autre lui répond que, pourtant, il lui semble avoir entendu Hickock murmurer. Chacun a mis environ 20 minutes à mourir !! Même si le pendu ne sent rien parce que son cou est cassé net, qu’il perd conscience immédiatement, et que son cœur ne bat plus que de façon mécanique, cette exécution publique, ce spectacle est horrible, devrait révulser toutes les personnes qui y assistent ; or, ce n’est absolument pas le cas. C’est presque aussi effrayant que le manque de motif de Perry Smith ! Une des personnes venues voir arriver les accusés à la prison dans laquelle ils devaient attendre leur exécution a répondu, après qu’on lui a demandé quel châtiment devrait subir Smith et Hickoch, qu’ils devraient rester enfermés dans une cellule pour le restant de leur vie, sans distractions, l’un en face de l’autre, pour réfléchir et se repentir. Si seulement c’était possible !

Apparemment, la fin aurait été inventée par Truman Capote, afin de bien clore son livre. C’est, en tout cas, une sorte de boucle qui se ferme ; ceux qui restent sont toujours hantés par les Clutter, Nancy semble toujours vivre pour son amie, presque en son amie, puisque l’agent les compare.

Petit plus : l’écureuil Red m’a fait penser à Mister Jingles dans La Ligne verte de Stephen King ! Je me suis demandée si King ne s’était pas inspiré de Capote pour créer le personnage de la petite souris du coup !

 

Donc, un très bon livre, qui raconte le fait-divers, mais qui fait plus également : il nous montre un certain aspect de la société, et de l’homme, nous fait réfléchir sur la justice et la peine de mort, et nous laisse mal à l’aise, effrayé.

Les Larmes rouges, tome 1 : Réminiscences de Georgia Caldera

Posté : 26 août, 2017 @ 12:50 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Fantastique Les larmes rouges, tome 1 : Réminiscences

Editeur : J’ai lu

Année de sortie : 2013 [2011] 

Nombre de pages : 761

Synopsis : « Le temps n’est rien, il est des histoires qui traversent les siècles … »

Après une tentative désespérée pour en finir avec la vie, Cornélia, 19 ans, est assaillie de visions et de cauchemars de plus en plus prenants et angoissants.

Elle se retrouve alors plongée dans un univers sombre et déroutant, où le songe se confond à s’y méprendre avec la réalité.

 

Avis : J’étais un peu intriguée par cette série ; ma sœur a aimé et m’a prêté le premier tome !

Résultat : moi qui m’attendais à aimer, j’ai un avis très mitigé sur ce livre. Commençons par le côté positif ! J’ai trouvé les décors très beaux, comme les costumes : ils donnaient une bonne ambiance sombre, et un peu gothique que j’ai beaucoup apprécié. Mais – et c’est un gros mais ! – cette ambiance est alimentée également par des scènes d’horreur (en tout cas, très sanglantes) qui ne m’ont pas semblé avoir leur place. C’était tellement décalé par rapport à ce qui se passe le reste du temps que j’ai trouvé que c’était un peu trop. Et, il faut avouer que la plupart de ses passages sont gross, expression anglaise qu’utilise Stephen King dans Danse Macabre pour dire qu’elles sont dégoûtantes, au point de donner envie de vomir. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de demi-mesure : soit on a une scène « normale », soit la scène donne envie de vomir. Normalement, on les trouve dans les slashers, les films où on montre du sang pour montrer du sang, ou disséminés dans un film d’horreur, comme la scène du repas dans Alien, au début – vous savez, quand la bestiole a décidé de sortir par le ventre, hein … En voyant que les influences de Georgia Caldera sont Bram Stoker et Edgar Allan Poe, je me suis dit qu’elle aurait dû mettre des scènes qui faisaient peur, ce qui ne veut pas forcément dire des scènes où il y a du sang partout. Autre bémol : les clichés. Certes, l’auteur joue avec eux, et semble s’amuser de les trouver là – le narrateur dit même qu’une scène fait cliché. Mais ceux-ci ne sont pas là juste par rapport au vampire : Cornélia, elle aussi, est un cliché. Elle a besoin d’être protégée, ne peut pas se défendre toute seule, elle a même carrément besoin qu’on la force à manger et à prendre soin d’elle sans quoi elle se néglige, elle est belle mais elle ne le sait pas, elle ne voit pas ce qui saute aux yeux, etc. Etrangement, elle m’a fait penser à Bella Swan dans Twilight ! Et l’intrigue aussi y ressemblait légèrement : une petite ville, des disparitions étranges, un vampire à la beauté envoûtante, évidemment mystérieux et ténébreux et pas du tout commode (au début), qui la fuit autant qu’il la suit. Pas très original tout ça – surtout si on ajoute le fait que Cornélia est menacée par un être maléfique très puissant ! Ce que j’ai aimé, dans cette histoire, c’est – spoiler éventuel - l’aspect réincarnation. Mais, dans le même temps, ça amène l’histoire d’amour éternelle – elle aussi cliché, et ici, très énervante, à cause de Cornélia. Fin du spoiler éventuel ! Autres problèmes : ce livre se lit très vite, mais j’ai trouvé qu’il était trop long. Il aurait pu être diminué, en enlevant, par exemple, les répétitions nombreuses que fait Cornélia, ou les dialogues qui n’apportent rien parce qu’elle se répète encore ! Quant à l’écriture, il y a pas mal de fautes, que ce soit d’édition ou pour certaines expressions, des phrases mal dites, ou trop longues, et la ponctuation ne va pas. Exemples : « Ce fut à cet instant précis que le lien entre l’homme de ses rêves, pauvres rescapés d’une mémoire oubliée ; et celui qui se tenait là, recroquevillé devant elle, s’établit. », « Elle descendit à l’atelier attenant à la maison, là où Maurice rangeait tous les outils dont il se servait pour bricoler ; dans l’espoir d’y trouver de quoi s’occuper les mains ainsi que l’esprit. » Logiquement, il ne devrait pas y avoir de point-virgule. Alors, vous allez dire que je chipote, mais cette utilisation : 1) n’existe pas ; 2) se trouve partout dans le livre, et gêne la fluidité des phrases. Enfin, j’ai très peu apprécié le fait que l’héroïne soit si négative et qu’elle pense que le suicide va résoudre tous ses problèmes : j’ai atteint le paroxysme de l’énervement à ce moment-là ! Dernière chose : ce livre est assez, voire très, prévisible !

Passons aux personnages ! Comme je l’ai dit plus haut, Cornélia est un peu un cliché ; mais, pire, elle est agaçante, voire insupportable ! C’est dommage, j’avais eu un bon a priori sur elle rien qu’en voyant son prénom ! Mais, dès le début, je me suis dit que le contact ne passerait pas entre nous. Et cette impression n’a fait qu’empirer quand je me suis rendue compte qu’elle était très moralisatrice avec les autres personnages, assez contradictoire aussi, puisqu’elle change d’avis tout le temps, insultante même quand les autres ne sont pas de son avis. D’un autre côté, elle est très « héroïne naïve, fleur bleue et innocente » : j’ai levé les yeux au ciel un certain nombre de fois en lisant certaines de ses réflexions … Et je me suis aussi dit : encore une jeune fille vierge, qui ne connaît rien à la vie, et qui rêvasse en imaginant des choses ! Encore un cliché ! Et, bien sûr, vers la fin, elle perd son innocence et sa pureté quand [SPOILER] elle laisse son côté vampire prendre le dessus ! [FIN DU SPOILER] Alors, pour être héroïne dans un livre, il faut absolument être vierge et ignorante, être moralisatrice à l’excès et agaçante jusqu’à ce que le lecteur ait envie de coller une gifle à une jeune femme qui se comporte comme une gamine ? Quand à Henri, il est le vampire typique, celui qui a vécu de nombreuses années, qui connaît énormément de choses, qui a été jeune vampire et donc, qui s’est débauché, mais, aujourd’hui, il s’est calmé, évidemment, et il tente de protéger Cornélia d’une menace surpuissante. Evidemment, il est séduisant et effrayant (pour Cornélia, je précise), il est craint, impoli, supérieur, mais, au fond, il cache un être sensible et doux. [SPOILER] Et, évidemment, il est amoureux de l’héroïne depuis des siècles, et n’attendait que de la retrouver pendant tout ce temps. Il l’aime d’un amour pur et innocent, et elle, EVIDEMMENT, ne s’en rend pas compte. [FIN DU SPOILER] Moi, agacée ? Non ! Puis vient le père inquiet, M. Williamson, qui ne s’est pas occupé de sa fille pendant toute sa jeunesse, et qui, quand elle tente de se suicider, se transforme en père aimant, et surprotecteur, qui l’empêche de faire absolument tout. Bonjour M. Swan ! Et Bella, comment elle va ?! On rencontre quand même quelques vampires carnassiers – sauf qu’encore une fois, j’ai pensé à Twilight et aux Volturi quand ils amènent des prisonniers humains dans la salle pour les dévorer ! La scène n’est pas tout à fait la même, mais elle y ressemble quand même beaucoup !

Concernant la fin, il me semble que Cornélia va devenir moins agaçante dans le deuxième tome – et il le faut sérieusement ! Et il semble aussi qu’on va passer plus de temps avec les vampires ! Mais je ne lirai pas Déliquescence tout de suite, je vais me calmer avant !!

 

Donc, un tome qui m’a agacée, une héroïne insupportable, une histoire prévisible, des clichés, et les mêmes tropes que d’habitude.

Mysteries of Winterthurn de Joyce Carol Oates

Posté : 22 août, 2017 @ 11:51 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : Policier, Fantastique, Contemporaine Mysteries of Winterthurn

Editeur : Arena

Année de sortie :1986 

Nombre de pages : 482

Titre en français : Les Mystères de Winterthurn

Synopsis : I am happy to present here the three favourite cases of the great 19th century detective Xavier Kilgarvan. Each is, in its way, a classic – and each at the time gained notoriety for its cruel violence and brutality. There was even talk of preternatural forces emanating from the Manor.

Now, of course, with the hindsight of nearly a century, we may think about the inhabitant of Winterthurn as superstitious and naïve, yet the contemporary reader would do well to withhold such judgement, and to reflect that our ancestors, though less informed than ourselves, were perhaps more sensitive in comprehending Evil – and to reflect upon whether or not Justice ever holds sway.

Mysteries of Winterthurn

Appropriating the contents and style of Victorian melodrama for her own ends, Joyce Carol Oates has written a tantalizing pathology of violence, murder, mutilation, fear and bigotry – and underscored it with the insight and intelligence of one of the most accomplished novelists of our times.

‘A tour de force of mischievous proportions … an accomplished piece of subversion … the subtleties of Joyce Carol Oates’s autocritical feminist perceptions will take their place alongside the out-front challenges of the feminist presses’ The Listener

 

Avis : Dernier tome de la Trilogie gothique de Joyce Carol Oates, enfin !! (ce « enfin » ne voulant pas dire que la trilogie est inintéressante, ou ennuyeuse, mais que les livres sont gros et que je suis heureuse d’être arrivée au bout !)

Mysteries of Winterthurn, bien qu’étant le plus court tome de la « série », est celui qui m’a donné le plus de fil à retordre. D’abord, j’ai l’impression qu’il m’a pris plus de temps que les deux premiers, alors qu’il comporte moins de pages ! Ensuite, il m’a semblé assez différent de Bellefleur et d’A Bloodsmoor Romance ; en tout cas, je n’ai pas eu la même sensation d’être dans le livre, avec les personnages, je suis restée assez à l’extérieur. Du coup, je n’ai pas eu ce petit pincement de cœur en achevant la lecture. Dans Mysteries of Winterthurn, ce qui change vraiment par rapport aux deux premiers volumes est le fait qu’est introduite l’intrigue policière. Le personnage que nous suivons, Xavier Kilgarvan, est un détective consultant, qui fait son possible pour démêler les mystères qui ont lieu dans la petite ville de Winterthurn dans laquelle il est né. On retrouve alors deux gros éléments présents dans toute la trilogie : la grande famille riche, aristocratique même, divisée de deux façons, adultes/enfants et branche riche/branche pauvre, et la critique de la société, ici, plus spécifiquement, de l’absence de justice, de l’incompétence du gouvernement, de la police, de l’hypocrisie et de la prédominance des préjugés dans une petite ville. Comme Xavier, j’étais révulsée par la réaction des habitants face au présumé coupable et au véritable coupable, par l’absurdité de la police et des décisions judiciaires !! Ici encore, est traité le sujet du féminisme : des femmes soumises, ou indépendantes, des femmes qui travaillent, qui se marient. J’ai trouvé que c’était un peu moins dominant que dans les tomes précédents. Mais aussi, peut-être – et même sans doute ! - en raison de la présence de l’intrigue policière, j’ai trouvé que les éléments gothiques passaient un peu au second plan. Certes, on se trouve dans une petite ville, et, dans la première enquête, dans un manoir, tout ce qu’il y a de plus lugubre. On retrouve aussi l’ambiance gothique, avec meurtres, forêts, brume, apparitions fantomatiques, situations étranges, malédiction ; mais ce n’était pas aussi prononcé que dans les volumes précédents. Je n’ai pas été aussi emportée par l’histoire. Aussi, certains éléments m’ont agacé, notamment l’histoire d’amour qui se poursuit de la première à la dernière partie !

Concernant les personnages, Xavier Kilgarvan est un personnage assez attachant, sujet à des maux de tête dévastateurs, et sans doute doté de pouvoirs qui lui permettent de résoudre les mystères qui se présentent à lui. Son but dans la vie est d’éradiquer le crime, de faire régner la justice, de mettre fin à cet ersatz de justice qui a lieu dans la petite ville dans laquelle il vit, faite de préjugés, de racisme et de rumeurs. Sensible, il est complètement subjugué par un personnage féminin que je n’apprécie pas du tout, Perdita, sa cousine, qui joue avec lui sans qu’il s’en rende compte – ou pire, il s’en rend compte, mais ne peut que lui pardonner tant il l’aime ! Cette histoire d’amour fait d’autant plus de Xavier un homme maudit, à la fois par la profession qu’il s’est choisie et par sa dépendance par rapport à une femme qui se fiche de lui. Comme toujours dans ces romans, même quand il s’agit de personnages « secondaires », Joyce Carol Oates a développé et à donner une personnalité à chacun de ses personnages. J’ai particulièrement apprécié Thérèse, même si sa dévotion et sa retenue la rendent un peu agaçante.

La fin de chaque enquête est « atypique » : [SPOILER] en effet, contrairement à la plupart des romans policiers, ici, la justice ne triomphe pas ! Soit le coupable est lavé de tout soupçon alors qu’on sait qu’il est coupable !, soit on découvre une autre affaire sous la première, soit le coupable meurt sans que justice ait été rendue. Dans tous les cas, c’est assez frustrant ! [FIN DU SPOILER] Mon enquête « préférée » – si je peux employer ce mot – est la première, car elle possède le plus d’éléments gothiques, et que sa fin m’a laissée bouche bée !

 

Donc, un très bon roman, entre policier et fantastique ; mais je préfère tout de même Bellefleur et A Bloodsmoor Romance, bien plus gothique à mon sens.

La Vendetta d’Honoré de Balzac

Posté : 18 août, 2017 @ 11:56 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Drame, Romance

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2015 [1830]

Nombre de pages : 93

Synopsis : La Vendetta, histoire d’un amour contrarié et tragique, est un peu une version « corse » de Roméo et Juliette.

Cette nouvelle, publiée en 1830, présente la singularité d’être un des premiers écrits signé Balzac. Elle inaugure les « Scènes de la vie privée » de La Comédie humaine. Elle marque également l’intérêt que l’écrivain accorde aux liens familiaux et aux unions ratées. Le rôle de l’amour paternel, toujours présent dans son œuvre, et qu’il exploite ici avec beaucoup de brio, sert de révélateur pour dévoiler les non-dits de la nature humaine.

 

Avis : Petit livre à lire pour les cours !

Je n’ai pas beaucoup de Balzac, juste La Fille aux yeux d’or pour les cours, et Le Colonel Chabert. En voyant le résumé, je me suis dit que ce n’était pas très original, et que le lecteur connaissait déjà la fin. Mais programme oblige, je l’ai tout de même lu ! Eh bien je ne regrette pas du tout !! D’abord, La Vendetta se lit très vite, étant donné que la nouvelle ne fait que 93 pages ! Ensuite, c’est vrai que le lecteur connaît déjà l’histoire : deux familles rivales, les enfants de ces familles sont amoureux, mais leur amour est impossible, et a toutes les chances de mal finir. Rien d’original, surtout qu’on voit le problème arriver de très loin – dès le début pratiquement – , et pourtant, on se laisse quand même emporter. Et ce qui nous permet d’aimer, malgré la familiarité avec l’histoire, c’est l’écriture. Tellement tellement belle ! Elle rend la nouvelle authentique, poignante, elle provoqué l’émotion. S’ajoute aussi les réflexions sur l’amour – une comparaison entre l’amour et la mer qui sonne tellement juste ! -, la famille, et notamment sur l’amour parental, un amour parfois exclusif qui empêche les parents de laisser partir leurs enfants. 

Seul point négatif : les personnages sont très stéréotypés ! Ginevra est une belle jeune fille, Louis est un beau jeune homme ; l’un est riche, l’autre est pauvre ; la jeune fille est hors du commun, indépendante et sauvage parce qu’elle est italienne, et le jeune homme est courageux et sensible. Très classiques, et très prévisibles. Les parents aussi le sont : Bartholoméo est possessif, il ne veut pas donner sa fille en mariage, et encore moins à Louis ; Elisa, la mère, est très effacée, soumise à son mari, contrairement à sa fille, qui ose lui répondre et le braver.

La fin est prévisible, et pourtant, elle reste touchante. Encore une fois, tout aurait pu être évité facilement, si les personnages n’avaient pas été si orgueilleux ! C’est ce qui fait toute la tragédie de l’histoire, et c’est aussi ce qui est un peu agaçant parfois !

 

Donc, une très bonne nouvelle, peu originale, mais très bien écrite, qui touche le lecteur malgré sa familiarité avec l’histoire.  

Traité sur la tolérance de Voltaire

Posté : 14 août, 2017 @ 1:51 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Genre : Philosophie, Essai Traité sur la tolérance

Editeur : Folio (Sagesses)

Année de sortie : 2016 [1763]

Nombre de pages : 132

Synopsis : Convaincu de l’innocence de Calas exécuté en 1762, Voltaire met sa plume au service de la justice pour demander sa réhabilitation. Le négociant huguenot était accusé du meurtre de son fils qui voulait se convertir au catholicisme.

Avec une ironie mordante et un style inimitable, l’écrivain plaide pour le respect des croyances et l’esprit de tolérance.

 

Avis : Je n’avais pas l’intention de lire ce livre, mais il est au programme de l’année à venir ; donc, pas le choix !

Etrangement, je suis le genre de personnes qui ne lient pas les livres quand ils sont réédités pour une occasion particulière. Après l’attentat contre Charlie Hebdo, tout le monde s’est rué sur Traité sur la tolérance de Voltaire ; je me suis demandée à quoi ça leur servirait. Il était trop tard. J’ai maintenant lu ce livre, et je l’ai trouvé excellent, comme Micromégas, seul autre livre que j’ai lu de Voltaire. Et je me suis demandée ce que ces gens y ont trouvé. Je doute qu’il les ait rassurés, mais je pense qu’il a pu aider ceux qui ne savaient pas quoi penser, qui se retrouvaient bouche bée devant un événement qu’ils ne comprennent pas. Il a pu les empêcher de faire l’amalgame entre terroristes et musulmans, de répondre à la violence par la violence.

Mais parlons du livre en lui-même. Voltaire a écrit ce Traité sur la tolérance à l’époque de l’Affaire Calas, modèle d’intolérance et d’injustice. En effet, Jean Calas, protestant, est accusé d’avoir assassiné son fils parce qu’il voulait se convertir au catholicisme. Sans preuves, le capitoul de Toulouse a condamné Calas à la roue. La justice a tué un innocent à cause de sa religion, parce qu’elle n’était pas la tendance dominante. Peut-on faire plus intolérant, plus injuste et plus absurde ? Même si cette affaire date de 1763, je ne peux pas m’empêcher de m’énerver en y pensant. Mais comment peut-on être aussi cruel, aussi idiot, pour tuer quelqu’un parce qu’il ne pense pas comme nous ? Dans ce cas, si quelqu’un n’aime pas mon livre préféré, je vais le tuer parce qu’il a un avis différent du mien ? Mais, revenons à Voltaire ! Ici, il s’en prend à la religion catholique principalement, montrant en quoi elle a déformé l’histoire pour se faire plaindre – notamment quand Voltaire explique les relations entre Romains et chrétiens -, reproduisant une lettre scandaleuse d’un père de l’Eglise qui demande l’exécution de millions de personnes parce qu’elles sont protestantes. Mais comment peut-on concilier les principes de la religion avec ce genre de propos ?! Voltaire nous montre comment ils y parviennent – par hypocrisie et en jouant sur les mots, ce qui est agaçant au possible !! L’auteur nous parle également de la tolérance dans d’autres pays, et notamment au Japon et en Chine. J’ai vraiment aimé découvrir leur façon de penser, ainsi que l’histoire, racontée par Voltaire. Il nous explique même comment l’intolérance ne devrait pas exister dans la religion catholique, pourquoi, et qui a le droit d’être intolérants selon le texte de sa religion ! Bien sûr, Voltaire écrit avec une bonne dose d’ironie bienvenue ! Pour autant, il reste déiste, et sa prière à Dieu, à la fin du livre, sonne comme une prière aux hommes : réveillez-vous, rendez-vous compte que, si vous croyez en Dieu, et même si vous n’y croyez pas, l’homme n’a pas été créé pour s’entretuer, pour se nuire, pour se détruire. La vie est si courte, et notre passage sur Terre, si insignifiant, qu’il est idiot de passer ce temps dans la haine. J’ai retrouvé des réflexions de Micromégas vers la fin. Un chapitre a été ajouté pour nous parler de la réhabilitation de Calas et de l’indemnisation de sa famille ; ou comment réparer une injustice quand il est déjà trop tard. Je vous avoue que je suis souvent dégoûtée en voyant ce que l’homme est capable de faire à un autre homme pour des raisons ridicules.

 

Donc, ce livre est important, il délivre un message fort, et il est triste qu’il faille attendre un attentat pour qu’on écoute à nouveau Voltaire. Il est même triste qu’on est besoin de l’écouter : la tolérance devrait être acquise depuis le temps. Encore du chemin à faire !

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