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I found myself in Wonderland.

Je tue les enfants français dans les jardins … de Marie Neuser

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 28 juillet 2017 @ 14 h 07 min

Je tue les enfants français dans les jardins Genre : Thriller

Editeur : Pocket

Année de sortie : 2014 [2011]

Nombre de pages : 152

Synopsis : Lisa, jeune professeur d’italien, se rend chaque jour au collège comme on va à la guerre, avec, en guise d’armée ennemie, les élèves. Au fond de la classe, les garçons se disputent le rôle de commandant en chef en rivalisant d’insultes et de menaces. Du côté des filles, ce n’est guère plus apaisé : comment faire comprendre à une gamine de douze ans qu’elle ne doit pas se prostituer, même pour se payer des vêtements de marque ?

Seule solution pour survivre sur ce champ de bataille où règne la loi du plus fort, se forger une carapace, en attendant son heure … l’heure de la contre-attaque.

 

Avis : J’avais adoré Un petit jouet mécanique de la même auteur, et j’avais vraiment hâte de découvrir son premier roman !

Je tiens d’abord à préciser que je voudrais être prof ; c’est-à-dire que j’ai exactement les mêmes rêves que Lisa, exactement les mêmes attentes, les mêmes espoirs, et les mêmes agacements quand j’entends parler du métier de prof. C’est facile de critiquer quand on ne vit pas la même chose. C’est facile de parler quand on ne sait pas de quoi on parle. Ce livre est une véritable claque en pleine figure, histoire de réveiller un peu tout le monde, ceux qui rêvent et ceux qui critiquent. Lisa vit un cauchemar et, pourtant, elle s’accroche à son rêve, à son espoir qu’un jour, elle pourra enseigner à des êtres intelligents qui l’écouteront un tant soit peu. J’ai lu des avis qui disaient : « Je ne comprends pas Lisa ; si elle vit un tel enfer, pourquoi elle ne part pas, pourquoi elle ne change pas de métier ? » Et laisser tomber son rêve ? Laisser tomber sa dignité ? Et pour faire quel métier ? Elle est coincée, à la fois par fierté, parce qu’elle veut réussir, et par obligation, parce qu’elle ne peut rien faire d’autre. Ce livre montre aussi une « réalité » que tout le monde connaît : la difficulté d’enseigner à des enfants qui ne veulent pas apprendre, qui n’ont aucun respect pour les adultes. Et pourtant, on trouve encore le moyen de critiquer les profs parce qu’ils ont des vacances, et qu’ils n’ont rien à faire, concrètement : c’est vrai que c’est très facile de gérer une classe et d’apprendre des choses dont les élèves se fichent éperdument ! On aime beaucoup parler des avantages du métier, mais pas de ses « inconvénients ». C’est ici ce que fait Marie Neuser, et elle ne mâche pas ses mots !! Elle refuse de croire à l’hypocrisie de la société qui dénigre toute responsabilité individuelle aux élèves : s’ils sont méchants et irrespectueux, c’est pour une raison sociale, ce n’est pas de leur faute, ils ne comprennent pas. Alors, en plus de les excuser, on les fait passer pour des imbéciles sans cerveaux ! Elle évoque les profs qui ont abandonné leurs rêves, et qui se retrouvent à accepter de donner du coloriage à des élèves de seize ans – sur ce point, je m’interroge sur le synopsis : Lisa ne cesse de répéter qu’ils ont seize ans, et là, on nous dit qu’ils ont douze ans ! Il me semble qu’en troisième, on n’a plus douze ans ! J’ai aimé l’écriture, acerbe et sophistiquée, de Marie Neuser, qui n’hésite pas à parler de certains élèves comme de « sculptures en merde », et qui nous cite Baudelaire à la première phrase de son roman : « Mes ailes de géante m’empêchent de marcher. »

Concernant les personnages, je me suis, évidemment, beaucoup identifiée à Lisa. Quand elle se décrit étudiante, j’ai eu l’impression de me voir, et cela m’a mise mal à l’aise, parce que je ne veux absolument pas me retrouver dans les situations qu’elle décrit ! Jeune professeur, elle est au bord de l’amertume, au bord de l’abandon : seule sa dignité et son espoir pour l’avenir l’empêchent d’abandonner. Courageuse, elle est la seule qui met en avant les non-dits, qui se met en danger pour que justice soit faite, qui veut remettre de l’ordre et rendre leur dignité à ceux qui l’ont perdue ! Elle est secondée par Pierre, son compagnon. Joyeux, il travaille en librairie, et ne peut que constater la déchéance progressive de Lisa. Il est un pilier pour elle, le seul peut-être, parce qu’elle le retrouve tous les soirs, et qu’elle se sent en sécurité auprès de lui. Les élèves sont l’incarnation des délinquants que l’on retrouve un peu partout, et qui veulent semer la terreur pour montrer qu’ils ont de l’importance, qu’on doit les respecter, eux, sans qu’ils respectent quiconque. Les membres de l’admiration et certains autres professeurs sont tellement agaçants dans leur médiocrité et leur faiblesse !! A vomir.

La fin est évidente ! Impossible que le livre se termine d’une autre manière ! [SPOILER] Bizarrement, on se sent aussi joyeux que Lisa, et on ne se sent pas mal pour autant, exactement comme elle ! [FIN DU SPOILER] 

 

Donc, un excellent petit roman, fort, bien écrit, et que tout le monde devrait lire pour parler, enfin, de quelque chose en sachant de quoi ils parlent !

2 commentaires »

  1. Tassadanslesmyriades dit :

    Ça donne trop envie de le liiiiiire!!!!!

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