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Archive pour le 9 février, 2017

Le Fusil de chasse de Yasushi Inoué

Posté : 9 février, 2017 @ 2:57 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Genre : ContemporaineLe fusil de chasse

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2000

Nombre de pages : 88

Synopsis : « A bout de forces, trop fatiguée pour bouger le petit doigt, je laissai machinalement mon regard s’attacher à ton reflet sur la vitre. Tu avais fini de frotter le canon et tu remontais la culasse, que tu avais également nettoyée. Alors tu levas et abaissas plusieurs fois le fusil en épaulant à chaque fois. Mais peu après le fusil ne bougea plus. Tu l’appuyas fermement contre ton épaule et tu visas, en fermant un œil. Je me raidis soudain et me rendis compte que le canon était manifestement dirigé vers mon dos. » YASUSHI INOUE.

Le Fusil de chasse, ou les multiples facettes d’une impossible passion. Trois lettres, adressées au même homme par trois femmes différentes, forment la texture tragique de ce récit singulier. Au départ, une banale histoire d’adultère. A l’arrivée, une des plus belles histoires d’amour de la littérature contemporaine. Avec une formidable économie de moyens, dans une langue subtilement dépouillée, Yasushi Inoué donne la version éternelle du couple maudit.

 

Avis : Ce livre m’a été prêté par une amie, et recommandée par une deuxième : deux excellentes raisons de le lire enfin !

Ce « roman » m’a d’abord surpris par sa brièveté. Et je pense que j’aurais aimé qu’il soit un peu plus long peut-être. En tout cas, le fait qu’il soit petit aide à rendre les mots plus forts, à leur donner une portée plus grande, puisque l’impact doit se faire en 88 pages, et que le lecteur doit être capté dès le début. Le Fusil de chasse a réussi le pari. Dès la première page, je me suis intéressée à l’histoire. Celle-ci est en fait enchâssée dans une autre, ce qui était pour moi une surprise ! La première est celle d’un homme, le premier narrateur, qui écrit un poème et qui se voit, par la suite, envoyé quatre lettres, dont trois écrites par des femmes – je passe très vite ici, je ne veux pas tout vous dire pour que vous puissiez, vous aussi, être surpris ! La seconde est celle de l’homme auquel s’adressent ces trois femmes. Il faut que j’avoue que j’aime beaucoup les romans épistolaires : j’ai une véritable impression d’authenticité, d’être dans la tête des personnages ; de lire, peut-être encore plus que dans les autres livres, comme si tout était vrai. Les trois lettres parlent toutes de la même histoire, mais d’un point de vue différent : la première ne la vit pas, mais la découvre, et la juge, la deuxième est blessée et raconte pourquoi, la dernière est une lettre d’adieu et d’explication. Dès la première, on sait qui sont les trois femmes impliquées ; mais la découverte de leur point de vue jette à chaque fois une nouvelle lumière sur l’histoire, ce que j’ai trouvé original ! Toutes trois ressentent l’histoire – d’amour et d’adultère – de manière différente, et l’explique à l’homme concerné en des termes plus ou moins violents, plus ou moins forts. Cette histoire d’amour est belle, mais elle l’est grâce à ces différents points de vue : on comprend sa complexité, la façon dont on peut la voir de l’extérieur, la façon dont les femmes concernées la vivent, la façon de réagir. Elle est aussi triste, puisque adultérine, et donc fondée sur le mensonge : toutes ont menti, et toutes se révèlent ici, dans des lettres qui, en fait, sont toutes des lettres d’adieux. Concernant l’écriture, je l’ai trouvée forte et poétique – j’ai l’impression que c’est un peu le propre de l’écriture des auteurs japonais.

Le narrateur, tout d’abord, ne s’attend pas du tout à recevoir ces lettres, qui ne lui sont pas destinées. Surpris, il se laisse absorber par leur écriture, et y découvre l’histoire d’un autre homme, Josuke Misagi, chasseur occasionnel, dont le fusil est à l’origine de l’histoire. Shoko est la première femme à écrire, puis viennent deux autres femmes que l’on devine dès la première lettre : [SPOILER] Midori, la femme de Josuke (j’aime beaucoup ce prénom !) et Saïko, sa maîtresse [FIN DU SPOILER]. Ces envois sont déclenchés par la mort de la troisième femme, ce qui semble délier les langues des deux autres, et la sienne même, puisqu’elle n’écrit que parce qu’elle sait qu’elle va mourir. Par-là même, l’histoire d’amour est vouée à l’échec. Shoko, donc, voit l’histoire de l’extérieur, et juge tous ses protagonistes assez durement. [SPOILER] Midori, elle, explique à son mari qu’elle demande le divorce – ou plutôt, qu’elle lui demande de le demander -, et les raisons pour lesquelles elle le fait. Quant à Saïko, elle décide de se révéler pleinement à son amant, auquel elle a menti toutes ces années. [FIN DU SPOILER].

Une réflexion se fait sur l’amour, le fait d’être aimé, le couple, le mariage, et tout ce que cela implique. Dans la dernière lettre, il est fait mention d’une question que l’on pose à des jeunes filles : désirent-elles être aimées, ou aimer elles-mêmes ? Toutes répondent la même chose, et cela fait partie du mensonge des relations de couple présentées dans le livre. Shoko ment à sa mère, la laisse se débattre dans son secret ; [SPOILER] Midori ment à son mari pendant treize ans parce qu’elle espère être aimée un jour comme la maîtresse de Josuke est aimée ; elle pense que l’amour peut toujours éclore entre eux ; quant à Saïko, elle ment à son amant, à son amie, à sa fille : au premier, elle ne se révèle pas vraiment, il pense la connaître, mais ce n’est pas vraiment elle, juste l’apparence qu’elle veut se donner ; à la deuxième, elle ment par omission, parce qu’elle a peur de sa réaction, parce qu’elle se sent pêcher et qu’elle sait qu’un aveu la tuerait ; à la dernière, elle ne dit rien, parce qu’elle tient son rôle de mère, un exemple pour son enfant, un souvenir rassurant quand elle sera morte. [FIN DU SPOILER]

La fin nous fait revenir au narrateur et à sa réaction après la lecture de ces lettres : elle change sa vision de l’amour, et il se plonge dans la contemplation de la nature – une partie de la poésie japonaise.

 

Donc, une très bonne lecture, poétique et forte, mais peut-être un peu trop courte.

 

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