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I found myself in Wonderland.

Choix de poèmes de Paul Celan

Classé dans : Avis littéraires — 26 août 2016 @ 22 h 23 min

Choix de poèmes Genre : Poésie

Editeur : Gallimard (NRF)

Année de sortie : 1998

Nombre de pages : 376

Synopsis : Cette édition propose un choix de poèmes réalisé par Celan lui-même. C’est le parcours de l’auteur dans son œuvre. L’extrême dispersion des éditions de Celan en français confère à ce livre une fonction d’éclaireur, de viatique. Celui-ci invite à plus qu’à la découverte d’un poète majeur de ce siècle : il favorise une approche qui se change en reconnaissance.À l’effrayante question : comment écrire après Auschwitz ? Celan répond : en usant du langage de la mort. Car il eut à affronter et à vivre l’un des plus tragiques paradoxes qui soit : sa langue maternelle, l’allemand, est à la fois celle qui fonde sa culture et son identité, mais aussi celle qui régit le camp d’extermination où disparaissent ses propres parents. Et pourtant, Celan ne peut sans «mentir» (c’est lui qui le note) se soustraire à cette langue de l’enfance et de l’oppression mêlées.

 

Avis : Je devais lire ce livre pour un cours sur la vie et le temps. J’avais déjà entendu parler de Celan, mais sans jamais vraiment lire un de ces recueils.

Ici, l’auteur a choisi, parmi tous les poèmes qu’il a publiés dans des recueils différents, ceux qui lui parlaient le plus peut-être, ou ceux qu’il jugeait les mieux écrits ; toujours est-il que ce n’est pas un éditeur qui a décidé de rassembler des œuvres de Celan pour les publier à nouveau, mais lui-même. Ce livre est donc divisé par rapport aux recueils déjà publiés : Pavot et mémoire, De seuil en seuil, Grille de parole, La Rose de Personne, Renverse du souffle. Rien que les titres peuvent paraître obscurs, mais ils sont déjà empreints d’histoire et d’émotion, plus particulièrement pour moi La Rose de Personne, que je trouve à la fois triste, énigmatique et beau. Aussi, on entre dans le recueil avec le contexte : la déportation, la Shoah, la Seconde Guerre mondiale, mais aussi la langue allemande, langue de la mort, mais aussi celle qui sert à Celan à écrire après cette mort. Je n’ai jamais fait d’allemand, donc j’ai dû lire les traductions, mais déjà rien que là, et malgré le fait que l’impact soit souvent (presque toujours) plus fort en VO, j’ai été parfois soufflée par les poèmes, bouleversée par certaines images assez particulières, mais qui parlent à la sensibilité du lecteur. Les grands thèmes de la littérature (et surtout de la poésie) d’après-guerre sont évoqués, et j’ai pensé à Fondane, que j’ai étudié l’année dernière, notamment avec les mentions au fait que les Juifs devaient divertir les Allemands sous la contrainte, celle de Babel, de l’exil, de la mort, de la voix, de la religion. J’ai particulièrement été touchée par certains poèmes, comme « Psaume » dans La Rose de Personne :

« Un Rien,

voilà ce que nous fûmes, sommes et

resterons, fleurissant :

la Rose de Néant, la

Rose de Personne. »

ou « Fugue de mort » dans Pavot et mémoire , qui prend la forme musicale d’une fugue qui devient, lue, une litanie :

« Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit

te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne

nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons

la mort est un maître d’Allemagne son œil est bleu

il atteint d’une balle de plomb il ne manque pas

un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or

il lance ses grands chiens sur nous il offre une tombe dans le ciel

il joue avec les serpents et rêve la mort est un maître d’Allemagne

tes cheveux d’or Margarete

tes cheveux cendre Sulamith » 

Les vers, le son et l’harmonie qui produisent touchent le lecteur en plein cœur, provoque l’émotion, provoque la prise de conscience (souvent répétée au cours des lectures) de la difficulté de survivre à cette guerre, de l’impossibilité, de sa violence, de sa cruauté, de son inhumanité, de son horreur. L’hermétisme que le lecteur peut trouver parfois se comprend : il n’est pas possible d’écrire comme avant, pas possible de dire non plus explicitement, les images parlent mieux, les images disent sans dire, elles font deviner, et c’est déjà suffisant pour que le lecteur sente qu’il ne pourrait pas supporter le dire.

 

Donc, un recueil qui frappe, qui bouscule, qui bouleverse, qui peut sembler difficile à comprendre, mais qui parle plus au cœur et aux sentiments qu’au cerveau.

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