Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Auschwitz et après, tome 3 : Mesure de nos jours de Charlotte Delbo

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 19 août 2016 @ 17 h 42 min

Genre : couv25201360Historique

Editeur : Les Editions de Minuit

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 210

Synopsis : Et toi, comment as-tu fait ? pourrait être le titre de ce troisième volume de Auschwitz et après. Comment as-tu fait en revenant ? Comment ont-ils fait, les rescapés des camps, pour se remettre à vivre, pour reprendre la vie dans ses plis ? C’est la question qu’on se pose, qu’on n’ose pas poser. Avec beaucoup d’autres questions. Car si l’on peut comprendre comment tant de déportés sont morts là-bas, on ne comprend pas, ni comment quelques-uns ont survécu, ni surtout comment ces survivants ont pu redevenir des vivants. Dans Mesure de nos jours, Charlotte Delbo essaie de répondre, pour elle-même et pour d’autres, hommes et femmes, à qui elle prête sa voix.

 

Avis : J’ai dû lire ce livre pour les cours (eh oui, je prépare déjà un peu la rentrée !). Le nom de l’auteure me disait quelque chose, mais pas le nom de son livre.

Je m’attendais à quelque chose de très déprimant ; c’est souvent mon a priori sur les livres traitant de la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement des déportés. Je me suis dit que cela allait être dur à lire. Et j’avais raison. L’auteure parle de son expérience du retour, mais aussi de celle d’autres personnes qui étaient avec elle ou non dans le camp. Ces témoignages sont entrecoupés de poèmes qui en reprennent certains thèmes évoqués, comme le fait d’avoir l’impression de ne pas être revenu, le fait d’avoir attendu le retour de toutes ses forces, mais de ne pas avoir pensé au-delà, de l’avoir vu comme ce qu’il fallait atteindre sans penser à après – parce qu’il ne pouvait pas y avoir d’après -, les autres et leurs questions. Les thèmes principaux sont frappants, et montrent la difficulté de vivre après Auschwitz : le doute de sa propre existence, la certitude d’être morte, l’absence, la fatigue physique et psychologique, l’inutilité de la vie quotidienne et des soucis des autres, la futilité et l’ignorance de ces autres, qui ne peuvent pas comprendre, l’incompréhension de la part de ceux qui sont revenus, la mort, très présente parce que certains ont l’impression d’être mort, d’autres la revoient dans leurs cauchemars, les conditions du retour : certains doivent encore se battre pour vivre, pour avoir un logement et de quoi se nourrir, quand d’autres ont le soutien d’un être cher, soutien sans lequel ils seraient morts. Les souvenirs d’Auschwitz se superposent au monde du retour et empêchent de reprendre le dessus. Chez toutes les personnes qui témoignent, il reste quelque chose de cassé : l’une a un « anniversaire du typhus », l’autre ne peut plus sortir de chez elle et ne supporte pas le froid. Les images évoquées font froid dans le dos, par exemple, la mort de Sylviane. L’espoir aussi fait mal : celui d’Ida qui veut retrouver sa mère, celui de Loulou qui attend le retour de quelqu’un. Pourtant, tout est dit avec une écriture que j’ai trouvée très belle, avec certaines images qui émeuvent le lecteur, avec aussi des souvenirs heureux qui font chaud au cœur, même si les personnes qui s’y trouvent ont disparu. L’auteure touche le lecteur en plein cœur, et veut bien lui faire comprendre, ou au moins, imaginer, ce qu’elle a vécu, elle et tous les autres, ceux qui sont revenus mais qui sont toujours un peu là-bas.

Ces témoignages sont puissants, les mots pèsent, ils sont lourds, on ne trouve pas les bons, mais il faut dire, et ce livre dit. L’oubli est également évoqué : certains proches disent aux rescapés d’oublier, mais l’auteure considère que c’est ce qu’il ne faut surtout pas faire. Oublier, cela voudrait dire que cela peut recommencer. Les commémorations sont jugées hypocrites, mais il faut se souvenir. Certaines personnes aimeraient oublier - même l’auteure parfois, à laquelle de petits détails heureux ont échappé, mais qui se souvient de toutes les horreurs qu’elle a vues -, mais il reste toujours quelque chose quelque part, même caché. Aussi, est évoqué le futur, et les guerres prochaines qui pourraient être pires, raison de plus pour se souvenir, raison aussi pour dire, pour que même ceux qui ne l’ont pas vécu puissent imaginer et ne pas oublier. Le lecteur ressent beaucoup d’émotions à la lecture : du désespoir, de l’horreur en lisant les squelettes, la faim, le froid, la douleur, de l’indignation quand il se rend compte que certains doivent encore lutter pour vivre, pour avoir une place, du soulagement quand certains parviennent à vivre, de la culpabilité quand il se rend compte qu’il se plaint pour peu quand d’autres ont vécu pire, de la tristesse face à la solitude et au mal-être de certains. Ce livre fait réfléchir, nous remet en question, nous ouvre les yeux sur ce que l’on a, sur ce qui est arrivé, et nous permet de nous souvenir.

 

Donc, un témoignage bouleversant, qui m’a émue. Un livre qui hante, qui fait mal, mais aussi un livre d’espoir parfois, porté par une écriture qui frappe.

2 commentaires »

  1. LaLibrosphère dit :

    J’aime beaucoup les témoignages et encore plus à cette époque de l’Histoire. Un nouveau livre à ajouter dans ma wish list. Merci pour la découverte !

    • redbluemoon dit :

      J’espère qu’il te plaira autant qu’à moi ! C’est assez dur, mais il vaut le coup ! De rien, c’est toujours avec plaisir !

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

 

Baseball fans gather zone |
Eaudefiction |
Ici même |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Kpg1221gpk
| Elenaqin
| la saltarelle des baronnes