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I found myself in Wonderland.

Le maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 19 juillet 2016 @ 17 h 11 min

Genre : Le maître et Marguerite Fantastique

Editeur : Robert Laffont (Pavillon Poche)

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 640

Synopsis : Pour retrouver l’homme qu’elle aime, un écrivain maudit, Marguerite accepte de livrer son âme au diable. Version contemporaine du mythe de Faust, transposé à Moscou dans les années 1930, Le maître et Marguerite est aussi une des histoires d’amour les plus émouvantes jamais écrites. Mikhaïl Boulgakov a travaillé à son roman durant douze ans, en pleine dictature stalinienne, conscient qu’il n’aurait aucune chance de le voir paraître de son vivant. Ecrit pour la liberté des artistes et contre le conformisme, cet objet d’admiration universelle fut publié un quart de siècle après la mort de celui qui est aujourd’hui considéré comme l’égal de Dostoïevski, de Gogol et de Tchekhov réunis.

 

Avis : J’ai ce livre depuis un moment, j’ai attendu presque un an pour le lire, je ne sais pas vraiment pourquoi (peut-être pour faire durer le plaisir ?), et je me suis enfin lancée !

D’abord, un clin d’œil pour la couverture ! Ce chat a l’air si fier ! La couronne lui va à ravir ! A la fois drôle et belle, cette couverture montre un léger préambule de la folie contenue dans ce livre. D’ordinaire, je n’aime pas les romans délirants, qui frisent parfois l’absurde ; mais là, j’ai vraiment été séduite ! Tout y est : la folie, la cruauté, le tragique, l’humour, la beauté. La première est partout : pratiquement chaque personnage la subit, ou la fait subir, se retrouve dans un état proche, certains vont même jusqu’à être enfermé en asile ! Elle peut être douce, difficile : elle est différente pour chacun. Elle se traduit aussi par la paranoïa de certains : ils appréhendent déjà ce qui risque de se passer. La cruauté, elle, va de paire avec la folie. La plupart des personnages n’ont rien fait de mal, ou très peu, mais le diable n’épargne personne. Elle est diluée avec l’humour, parfois cynique, apporté à la fois par les personnages et le narrateur. C’est agréable de pouvoir rire parfois de certaines situations qui, pourtant, ne semblent pas drôles du tout. Aussi, quand le lecteur pense que quelque chose arrive, il peut être surpris par un retournement de situation complètement improbable qui peut déclencher l’hilarité, comme un passage vers la fin, avec Béhémoth. Le « tragique » (entre guillemets parce que ce n’est pas du tout le tragique théâtral, ni celui où l’être est l’objet de forces qui le dépasse, même si c’est un peu le cas pour Marguerite) est surtout dans le fait que le Maître est maudit, et que Marguerite est prête à se maudire elle-même aussi pour le sauver, ou pour le rejoindre. La mort est sa délivrance si elle ne parvient pas à le retrouver. L’amour provoque ce « tragique », un amour que le narrateur défend, et dont le lecteur découvre peu à peu la force. Quant à la beauté, elle est elle aussi provoquée par l’amour, mais aussi par l’écriture. Comment ne pas tomber pour cette écriture ? Claire, elle est d’autant plus agréable que le narrateur joue avec le lecteur, lui parle, ou se glisse entre les lignes pour commenter ce qui arrive, ou pour laisser entendre les événements suivants. J’adore ce genre d’interaction qui plonge davantage le lecteur dans le livre. Aussi, ce livre est composé de plusieurs histoires qui se recoupent, ce que j’ai beaucoup aimé ! C’est très agréable, le roman ressemble à un arbre à plusieurs branches ; celle de Ponce Pilate est très intéressante, sans doute une de mes préférées. Chose étrange : comme dans Anna Karénine, les personnages principaux n’apparaissent que tardivement ! Cela n’empêche pas le livre d’être excellent, c’est juste une petite bizarrerie que je vois rarement dans un livre. Marguerite n’apparaît que dans la deuxième partie du livre ! Enfin, ce livre est une véritable escapade à Moscou, dans la vie de Russes ordinaires et moins ordinaires, une vie qui se retrouve chamboulée par l’arrivée du Diable !

Marguerite est l’héroïne du roman, même si elle apparaît très tard dans le livre. Amoureuse, elle est prête à tout pour le maître. Au naturel, elle m’a semblé calme, très présente pour ceux qu’elle aime, et pas du tout encline au mal. Son courage est énorme quand elle prend la décision d’accepter l’offre d’Azazello. Elle va ainsi jusqu’à changer de nature pour secourir son amant. Le changement opéré est une véritable transformation : elle n’est plus du tout elle-même, elle est méconnaissable et le mal ne semble plus lui faire peur. Le Maître, quant à lui, n’a pas de nom et m’a semblé sombre et assez pessimiste. C’est un écrivain dont le livre n’a pas plu alors qu’il y a mis tout ce qu’il pouvait. Il est devenu à moitié fou (comme pratiquement tous les personnages), persuadé que le Diable existe et qu’il frappe Moscou. Marguerite est sa bouffée d’oxygène et sa raison de vivre, mais il ne veut pas la voir souffrir auprès de lui et préfère la laisser partir. Woland est un homme tout-puissant qui ne s’encombre pas de ceux qu’il ne trouve ni intéressant ni intelligent. Il provoque un humour cynique et la folie de tous. Logiquement le méchant de l’histoire, au fur et à mesure du livre, cette assertion devient de moins en moins claire. Certes, il fait le mal, mais le lecteur ne parvient pas à le détester, ni à véritablement ressentir de l’antipathie pour lui. C’est encore pire pour ses compères, auxquels j’ai fini par m’attacher, comme pour Béhémoth. J’ai vu en lui le chat de la couverture, même si la description ne correspond pas du tout. C’est le pitre de la bande, et je dois dire qu’il m’a fait rire. Il prend parfois un air innocent ou outragé qui le rend d’autant plus drôle. Je crois qu’il n’est jamais sérieux dans tout le livre. Il est accompagné de Koroviev. A la première rencontre, je l’ai trouvé très désagréable (il fait quand même partie des personnages maléfiques après tout !) mais, comme les autres, le lecteur finit par s’adoucir, et même par en trouver certains attachants. Dans la bande se trouve aussi Azazello, que j’ai eu du mal à différencier de Koroviev au début, et Hella, une sorcière sensuelle dont on ne sait pas grand-chose. Le lecteur rencontre d’autres personnages, notamment les membres du personnel du théâtre des Variétés, pratiquement tous touchés par la folie, et plus précisément Likhodiéiev, Variénoukha (à qui il arrive quelque chose de plus singulier qu’aux autres), Rimsky, dont la situation est alarmante, etc, Berlioz, le point de départ du livre, personnage intéressant auquel il est facile de vite s’attacher, et qui fait part de ses convictions à la mauvaise personne, Biezdomny, seconde victime de Woland, qui sombre peu à peu dans la folie et l’indifférence, et que l’on suit tout le long du livre.

J’ai été touchée d’apprendre l’histoire autour de ce livre. L’édition Robert Laffont comporte une petite biographie de l’auteur sur la première page du livre, et j’ai eu mal au cœur de voir que Boulgakov n’a jamais vu son roman publié de son vivant, qu’il n’a donc pas été reconnu pour son talent, qu’il était victime du régime stalinien qui empêchait toute liberté, et qu’il a pourtant réussi à écrire un livre formidable, libre, un livre censuré par le régime, mais admiré par les lecteurs qui ont la chance de le lire, un livre fou pour une période folle.

La fin est satisfaisante : le lecteur sait ce qui arrive à tous les personnages, ce qui est plutôt rare dans d’autres livres ; le fait de ne pas savoir est souvent cause de frustration face à l’ignorance dans laquelle l’auteur laisse celui qui lit et qui s’est attaché aux personnages. C’était une fin agréable.

 

Donc, ce livre est excellent, un concentré de folie, je ne peux que le recommander !

2 commentaires »

  1. Sylphideland dit :

    Rolala ce livre ! ça doit faire 2 ou même peut-être 3 ans que je l’ai dans ma PAL !
    Tu as renforcé mon envie de le lire en tout cas !
    Figures-toi que je l’ai acheté en me disant, tout comme toi : oh ! très beau chat, fier comme tout ! hop, j’achète ! XD

    • redbluemoon dit :

      ça faisait un an pour moi, mais trois que je tournais autour en librairie xD
      J’en suis ravie !! C’est un chef d’œuvre pour moi !
      Cette couverture est énorme ! xD ça me rassure, je ne suis pas la seule alors xD

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