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I found myself in Wonderland.

Biographie de la faim d’Amélie Nothomb

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 8 juillet 2016 @ 11 h 11 min

Biographie de la faim Genre : Autobiographie, Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 190

Synopsis : L’auteur de Stupeur et tremblements (Grand Prix du roman de l’Académie française 1999) et de Métaphysique des tubes fait revivre ses souvenirs d’enfance au Japon et en d’autres lieux où l’a conduite la carrière de son père diplomate. Au cœur du kaléidoscope : sa faim. Le mystère de la faim, goinfre, joyeuse ou tragique et angoissante, quête perpétuelle d’un accomplissement inaccessible. Un récit pudique et sincère, qui manie l’humour noir et la provocation.

 

Avis : J’avais laissé ce livre de côté, un peu à cause du titre, qui ne m’inspirait pas vraiment. Et puis, je me suis lancée !

Quelle bêtise de l’avoir écarté si longtemps ! Ce livre est un véritable coup de cœur. J’ai un peu tiqué à la lecture des premières pages ; puis, l’écriture d’Amélie Nothomb m’a à nouveau convaincue, et je me suis très vite laissée porter. C’était un véritable voyage qui représente l’enfance et l’adolescence de l’auteure : on passe par de nombreux pays, que l’on voit à travers les yeux de l’enfant qu’était l’écrivain à l’époque. D’abord le Japon, terre adorée entre toutes, terre de liberté, endroit sacré ; puis la Chine, opposé complet du premier pays qui entraîne de nouvelles découvertes ; les Etats-Unis, et surtout New-York, lieu d’ivresse, de débauche, de folie ; d’autres pays encore, qui entraînent différentes réactions, notamment l’enfermement dans la lecture, un monde qui permet à l’enfant de s’évader d’une réalité qui l’effraie. L’enfance de l’auteure est merveilleuse ; j’ai vu beaucoup de lecteurs déploraient le narcissisme d’Amélie Nothomb dans ce livre : c’est oublier que ce n’est pas d’elle en ce moment qu’elle parle, mais de l’enfant qu’elle était alors. Et, souvent, les enfants sont tout sauf modestes ; ce sont plutôt de petits monstres excessifs que l’on adore. Loin de m’agacer, cet aspect de la petite fille m’a amusé, et j’ai trouvé que cela contrastait avec ce que je vois de la Amélie Nothomb adulte. A nouveau, comme je le disais plus haut, son écriture m’a séduite. C’est un mélange d’ironie, d’humour et de poésie, de cynisme parfois, où les mots ont un impact, ne sont pas choisis au hasard. Aussi, j’ai appris des choses, notamment sur le Vanuatu, des mots que je ne connaissais pas, des traditions de cultures différentes qui m’ont sidérée, notamment celle de la Déesse Vivante ! Petit passage par la couverture : je la trouve très jolie, et elle me fait penser à l’enfance.

Amélie est, bien sûr, le personnage principal de ce livre, d’une manière double : elle est l’enfant qui grandit et se transforme en adolescente, mais aussi la narratrice. La dernière parle de la première sans la juger, mais en nous montrant ses petits excès caractéristique de l’enfance. Elle nous explique à plusieurs reprises qu’elle n’était pas capable, à l’époque, de comprendre les subtilités de la politique des pays dans lesquels elle vivait, comme la Chine ; les jugements politiques sont portés par l’auteure adulte. L’Amélie de cinq ans profite de son enfance de rêve à plein temps. Après avoir lu Métaphysique des tubes et Le Sabotage amoureux, je savais déjà qu’elle était spéciale, mais aussi très attachante. Intelligente, elle se sent divine et différente : les passages à l’école le montrent. Aussi, elle est différente des autres par ses obsessions, ses addictions, qui, étrangement, ne m’ont pas autant choquée que j’aurais pu l’être. Mais, à partir d’un certain passage à la mer, que j’ai trouvé particulièrement choquant, j’ai senti que la lecture prenait un tour différent, et que le lecteur était sur le point d’entrer dans une période noire. L’Amélie adolescente m’a fait mal au cœur sans me faire pitié pour autant. Elle a traversé cette étape de la vie dans la souffrance et la haine. Elle est passée dans le monde adulte, et a décidé de partir retrouver ce qu’elle considère comme ses racines, voyage relaté dans Stupeur et tremblements et Ni d’Eve ni d’Adam, deux livres complémentaires qui font aussi partie de mes préférés de l’auteure. Evidemment, le lecteur rencontre d’autres personnages, notamment Juliette, la sœur d’Amélie. L’admiration que la cadette ressent pour son ainée est vraiment belle à lire ; Juliette devient princesse, fée, elfe, un être supérieur à côté duquel Amélie grandit dans l’amour et la contemplation de la beauté. Ce qui les lie devient même presque surnaturel par la suite : elles s’identifient l’une à l’autre, et peinent à se quitter, même pour peu de temps. La mère d’Amélie est admirée elle aussi : elle est la beauté incarnée, l’ange parmi les anges. Elle semble avoir du mal à comprendre sa fille, mais l’aime aussi fort que l’on peut aimer un enfant. Le père, lui, est un support pour sa cadette, et un personnage que j’ai trouvé assez sympathique. Le lecteur rencontre également Inge, jeune Allemande au destin étrange, Roselyne et Marie, deux camarades de classe d’Amélie, son frère, qui m’a semblé un intrus pour elle.

Le thème principal de ce livre est la faim. Pas seulement la faim de nourriture, mais aussi celle de tout, une faim universelle, celle de vivre, de connaître, de comprendre, une faim de beauté aussi. Je me suis retrouvée parfois, au début du livre. Puis, cette faim devient physique, elle se transforme en maladie quand l’enfant devient adolescente. Ces passages étaient difficiles à lire après la lecture de la première partie ; je me suis amusée et attachée à la petite fille, dont la lucidité, assez pessimiste, m’a impressionnée, et de lire cette période difficile m’a déchiré le cœur. L’adolescence est vraiment une époque ingrate, où l’homme remet tout en question et perd le goût de vivre sans apparente raison ; il quitte le monde de l’enfance qu’il ne retrouvera jamais, perd l’étonnement et la magie de l’être innocent et se sent corrompu par la réalité. Il ne peut plus vivre exclusivement dans son monde, ce qui le coupe momentanément des autres, qu’il déteste alors. 

La fin, comme souvent, est assez abrupte, mais se termine sur une jolie note : la matérialité ne compte pas, l’important, c’est d’être en vie.

 

Donc, un excellent livre, qui m’a profondément touchée, que je place parmi mes livres préférés de l’auteure, auprès de Journal d’Hirondelle.

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