Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour juillet, 2016

The Selected Works of T.S. Spivet de Reif Larsen

Posté : 31 juillet, 2016 @ 2:46 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

The Selected Works of T.S. Spivet Genre : Aventure

Editeur : Penguin

Année de sortie : 2009

Nombre de pages : 374

Titre en français : L’extravagant du jeune et prodigieux T. S. Spivet

Synopsis : When twelve-year-old Genius cartographer T. S. Spivet receives an unexpected phone call from the Smithsonian announcing he has won the prestigious Baird Award, life as normal – if you consider mapping family dinner table conversation normal – is interrupted and a wild cross-country adventure begins, taking T. S. from his family ranch just north of Divide, Montana, to the museum’s hallowed halls. T. S. sets out alone, leaving before dawn with a plan to hop a freight train and hobo east. Once he’s aboard, his adventures step into high gear and he meticulously maps, charts, and illustrâtes his exploits, documenting mythical wormholes in the Midwest, the urban phenomenon of « rims », and the pleasures of McDonald’s, among other things. We come to see the world through T. S.’s eyes and in his thorough investigation of the outside world he also reveals himself. As he travels away from the ranch, we learn how the journey also brings him closer to home. A secret family history found within his luggage tells the story of T.S.’s ancestors and their long-ago passage west, offering profound insight into the family he left behind and his role within it. As T.S. reads, he discovers the sometimes shadowy boundary between fact and fiction and realizes that for all his analytical rigor, the world around him is a mystery. All he has learned is tested when he arrives at the capital to claim his prize and is welcomed into science’s inner circle. For all its shine, fame seems more highly valued than ideas in this new world, and friends are hard to find. T.S.’s trip begins at the Coppertop Ranch and the last known place he stands is Washington, D.C., but his journey’s movement is far harder to track : How does one map the delicate lessons learned about family, or communicate the ebbs and flows of heartbreak, loneliness, and love ? There are some answers here on the road from Divide, and some new questions too.

 

Avis : J’ai entendu parler de ce livre grâce à une amie il y a peu près trois ans, il me semble qu’elle appréciait sa lecture, et c’est ce qui m’a décidé à l’acheter en VO pour le lire un de ces jours. Ce jour est arrivé ! 

Je pensais vraiment beaucoup aimer ce livre (comme le précédent, The Martian) ; l’histoire avait l’air intéressante, je m’attendais à un voyage épique, et j’adore la couverture ! Et pourtant … Dès le début, et la première digression de T.S., j’aurais dû comprendre que ce livre serait long. Parfois même très long. Tellement que je l’ai arrêté pour lire un autre livre (qui m’a lui aussi un peu déçue …). Le voyage ne m’a absolument pas paru épique, je me suis même demandée quand il commençait vraiment ; les aventures promises dans le synopsis (qui, encore une fois, raconte l’intégralité de l’histoire !) sont pratiquement inexistantes. Quand elles arrivent, elles m’ont semblé un peu incohérentes, puis l’histoire dérive vers quelque chose d’étrange ; je n’ai pas réussi à adhérer. Certains passages sont très longs ; cela m’a fait penser à une phrase que j’ai lu dans Dictionnaire égoïste de la littérature française de Charles Dantzig à propos de livres courts qui sont longs, et de livres longs qui paraissent courts. C’est exactement mon impression sur ce livre ! Le format est sympathique et original, j’ai aimé l’idée d’une espèce de journal de bord avec des dessins ajoutés par T.S. ; mais cela fait aussi perdre le fil de l’histoire. L’écriture est à la fois celle de T.S., et celle d’un autre personnage qui raconte la vie de quelqu’un. Elle n’a rien de spécial, elle est agréable à lire.

Concernant les personnages, T.S. Spivet, le héros, est un petit garçon de douze ans, ce qui nous est rappelé par l’incompréhension de T.S. par rapport à ce que peuvent parfois dire les adultes. J’ai aimé ce personnage, intelligent et drôle, un humour d’enfant ravageur par son décalage et son innocence. Innocence ternie par certains événements et par certaines interrogations de T.S., notamment sur Layton : des petits passages qui mettent le lecteur mal à l’aise, qui le rendent triste. Il ne se rend pas compte qu’il n’est pas responsable de ce qui arrive autour de lui, et la culpabilité lui ronge la vie, vie faite de tristesse et de l’impression de ne pas compter pour ses parents. Il se sent plutôt à part dans sa famille, un peu supérieur aussi, notamment par rapport à sa mère. La science est tout pour lui, et il rêve de travailler avec le Smithsonian. Un peu surdoué, il ne se rend pas compte que la réalisation de son vœu peut se révéler plus un cauchemar qu’un rêve. Sa façon d’appeler sa mère m’a un peu choquée. Quant à sa relation avec son père, elle paraît un peu inexistante. T.S. se pose énormément de questions, et pousse le lecteur à réfléchir lui aussi. On rencontre d’autres personnages comme Dr Clair, une femme qui semble plutôt éteinte, un peu à côté de la plaque, dévouée à une quête inatteignable. A travers les yeux de T.S., j’ai une assez mauvaise image d’elle, tout comme pour son père. Il semble rustre, concentré sur le travail des champs, ses chèvres, sa barrière, sa ferme en général. Il n’a pas l’air de s’occuper de ses enfants, en tout cas, il ne montre pas à T.S. qu’il l’aime. Gracie, la sœur de T.S., est plutôt un personnage que j’ai apprécié, même si elle est assez sombre et semble se plaindre à propos de son enfance et de l’amour qu’elle a reçu, ou pas. Un autre personnage féminin, Emma, apparaît : j’ai préféré son histoire à celle de T.S., ce qui est assez étrange puisqu’elle est secondaire ! J’ai aimé la découvrir, et j’ai regretté que les passages qui la concernent ne durent pas plus longtemps. J’ai aimé également le personnage de Mr. Englethorpe. Beaucoup moins les hommes qui travaillent au Smithsonian : à peu près tous concentrés sur eux-mêmes, qui se fichent de l’individu en tant que tel, ici, notamment, de T.S.

La fin est étrange, comme la dernière partie. Tout se dénoue, et le lecteur y voit plus clair ; mais l’étrangeté n’est pas vraiment cohérente, en tout cas, je n’ai pas réussi à y croire. La toute fin est plutôt belle, mais arrive un peu trop rapidement.

 

Donc, une petite déception, j’espérais un voyage et des aventures plus intéressantes.

The Martian d’Andy Weir

Posté : 27 juillet, 2016 @ 4:24 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

The Martian Genre : Science-fiction, Thriller

Editeur : Crown Publishers

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 369

Titre en français : Seul sur Mars

Synopsis : A mission to Mars. A freak accident. One man’s struggle to survive. Six days ago, astronaut Mark Watney became one of the first people to walk on Mars. Now he’s sure he’ll be the first person to die there. After a dust storm nearly kills him and forces his crew to evacuate the planet while thinking him dead, Mark finds himself stranded on Mars’ surface, completely alone, with no way to signal Earth that he’s alive. And even if he could get word out, his supplies would be gone years before a rescue could arrive. Chances are, though, Mark won’t have time to starve to death. The damaged machinery, unforgiving environment, or plain-old « human error » are much more likely to kill him first. But Mark’s not ready to quit. Armed with nothing but his ingenuity and his engineering skills – and a gallows sense of humor that proves to be his greatest source of strength – he embarks on a dogged quest to stay alive, using his botany expertise to grow food and even hatching a mad plan to contact NASA back on Earth. As he overcomes one seemingly insurmountable obstacle after the next, Mark begins to let himself believe he might make it off the planet alive. But Mars has plenty of surprises in store for him yet. Grounded in real, present-day science from the first page to the last, yet propelled by a brilliantly ingenious plot that surprises the reader again and again, The Martian is truly remarkable thriller: an impossible-to-put-down suspense novel that manages to read like a real-life survival tale.

 

Avis : Je voyais et j’entendais parler de ce livre partout, dans des commentaires très positifs qui vantaient l’humour du personnage. J’ai fini par me lancer ! 

C’est étrange à dire, mais j’avais envie d’aimer ce livre : les personnes qui l’avaient lu avaient l’air si enthousiastes à propos du roman que je me suis dit qu’il était aussi fait pour moi. Peut-être que j’en attendais trop : j’ai un avis un peu mitigé. Je m’attendais à de l’intensité tout le long du livre, à des aventures trépidantes, à un récit captivant. Certes, à un moment donné, le lecteur est absorbé par le roman, il veut savoir ce qui va arriver à Mark, et celui-ci vit effectivement des (més)aventures ahurissantes parfois. Il y a un côté « réaliste » dans les techniques qu’il utilise pour survivre, le lecteur a vraiment l’impression que l’histoire est vraiment arrivée ; cela fait aussi comprendre à ceux qui ne s’y connaissent pas ce qui peut arriver à un astronaute, le fait qu’il soit obligé de vivre des années dans l’espace, loin de la Terre, la solitude. Malheureusement, je n’ai pas compris toutes les techniques de Mark ; la description de ses problèmes et de ce qu’il devait faire pour réparer quelque chose, ou pour obtenir autre chose, était assez longue, peut-être trop, cela m’a semblé ralentir le récit et laisser l’esprit du lecteur dériver doucement vers autre chose. J’avais du mal à garder le fil de ce qui se passait, de ce que Mark faisait, de ce que cela impliquait. En contrepartie, j’ai apprécié le fait que le héros explique en peu de mots ce qu’il fait, avec des termes simples (noyés malheureusement dans les manœuvres plus compliquées). Le livre montre le point de vue de plusieurs personnes : celui de Mark, drôle mais complexe, celui de plusieurs personnes sur la Terre (principalement des dialogues, ce qui est agréable), celui des membres de l’équipage. Partout, l’humour est présent : il cache les situations désespérées, il aide à supporter ce qui semble insupportable, il détend l’atmosphère. Mais je n’ai pas éclaté de rire comme certaines personnes en le lisant ; j’ai beaucoup souri, mais j’étais toujours un peu inquiète, ou peut-être, un peu consciente de comment tout allait finir. L’écriture est agréable, légère, excepté concernant les éléments scientifiques, qui m’ont, finalement, un peu gâché la lecture. Petit plus : la couverture est merveilleuse !! Je n’aime pas la couleur orange, mais celle-ci est tout de même formidable !

Mark Watney, le héros de The Martian, est un homme drôle, plein de ressources, capable de survivre sur Mars et de garder en même temps sa bonne humeur. C’est véritablement un des personnages les plus drôles qu’il m’ait été donné de « rencontrer » ! Seul sur Mars, il se permet de nommer les dunes, les cratères, de nouvelles unités de mesures, de se proclamer roi de la planète, de laisser son imagination dériver, faisant rire le lecteur. Celui-ci peut sentir des petits sursauts de désespoir chez son héros, sa solitude, sans aucun humain à qui parler, et son envie débordante de vivre ! Ce personnage donne de l’espoir, de la motivation, il nous montre que la vie continue, même dans les situations les plus désespérées. Un Robinson Crusoé doublé d’un MacGyver, comme le disent d’autres avis : je trouve que cela résume bien la position de Mark. Le lecteur rencontre également de nombreux autres personnages : Venkat Kapoor, le directeur des opérations sur Mars, qui prend l’histoire très à cœur, tente tout pour sauver Mark. Il est assez attachant, le lecteur est souvent de son avis, et comprend qu’il est lui aussi dans une position délicate ; les membres de l’équipage d’Ares 3, profondément attristés d’avoir dû abandonné Mark, ils tentent de se remettre du choc, de plaisanter de situations graves (une d’ailleurs m’a choqué, je n’y aurais absolument pas pensé !) ; Annie, dont le langage est bien fleuri, et à qui son métier va parfaitement ! ; Teddy, qui a peut-être la place la moins agréable, avec ses pochettes bleu et rouge ; d’autres membres de la NASA, comme Bruce, Mindy, Rich. J’ai aimé les membres d’équipage, leur bonne humeur et leur envie de bien faire.

La fin est très prévisible, ce qui m’a peut-être aussi empêché de vraiment apprécier le livre. C’était tellement évident que le suspense et le dramatique de l’histoire sont un peu annihilés. C’est vraiment dommage. En revanche, le livre fait vraiment film, et je pense que, peut-être, je préférerai l’adaptation (pour une fois !). Peut-être que voir les techniques et manœuvres de survie m’aidera à mieux apprécier ce qui se passe.

 

Donc, une très bonne lecture, malgré la difficulté de compréhension des techniques de survie, et une fin trop prévisible. Hâte de voir le film !

 

Les Catilinaires d’Amélie Nothomb

Posté : 20 juillet, 2016 @ 12:02 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Les Catilinaires Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 151

Synopsis : La solitude à deux, tel était le rêve d’Emile et Juliette. Une maison au fond des bois pour y finir leurs jours, l’un près de l’autre. Etrangement, cette parfaite thébaïde comportait un voisin. Un nommé Palamède Bernardin, qui d’abord est venu se présenter, puis a pris l’habitude de s’incruster chez eux chaque après-midi, de quatre à six heures. Sans dire un mot, ou presque. Et cette présence absurde va peu à peu devenir plus dérangeante pour le couple que toutes les foules du monde … C’est une comédie très noire, d’une lucidité tour à tour drôle et dévastatrice, que nous offre ici l’auteur d’Hygiène de l’assassin et de Stupeur et tremblements.

 

Avis : Une petite envie d’un bon livre d’Amélie Nothomb. J’ai opté pour celui-ci parce que j’en avais déjà entendu du bien.

J’ai vraiment aimé ce livre, pour plusieurs raisons. D’abord, je me suis facilement attachée aux personnages, j’ai eu l’impression d’une atmosphère agréable grâce à eux (en tout cas au début) : leur amour est beau, innocent, authentique, éternel. On sent une complicité rare entre deux personnes, et un reste d’enfance. Ils sont émouvants, surtout Juliette qui, par son prénom, m’a fait penser à la sœur de l’auteure, et à ce que cette dernière dit d’elle. Puis, leur rêve est beau, simple : vivre ensemble, à deux, isolés du reste de la société et de ce qu’elle fait de nous. Je me suis facilement imaginée à leur place à leur âge, et donc identifiée à eux. Leur petit rêve éveillé, qui se transforme vite en cauchemar. En effet, ils ne sont pas seuls ; près d’eux vit ce voisin qui va devenir invasif dès le premier jour, et ne plus les lâcher jusqu’à la fin. Peu à peu, cet homme exerce une pression psychologique sur le couple sans même parler. Ceux-ci sont incapables de le chasser, et même, ressentent de la culpabilité et de la gêne à sa place. Je dois avouer que certains passages m’ont énervé : comment peut-on laisser une situation s’enliser à ce point ? J’ai parfois ressenti de la haine pour ce voisin, du dégoût aussi, exactement comme le narrateur, qui change à cause de lui, qui devient différent de ce qu’il est depuis toujours, et que sa femme ne comprend plus. J’ai trouvé cela si triste … Il brise leur vie en s’immisçant chez eux de la sorte. Ce changement qui s’opère amorce la fin dont je parlerai plus bas. L’écriture est toujours aussi excellente, agréable à lire, à la fois cynique, parfois drôle, parfois cruel, et sérieuse. Petit plus : la couverture, que j’aime beaucoup !

Emile est le narrateur et personnage principal. Retraité, cultivé et désireux de passer tout son temps auprès de sa femme, son voisin est une véritable plaie pour lui, et il tente par plusieurs moyens de s’en débarrasser sans succès. Il lui tend ce qu’il croit être des pièges, veut l’ennuyer après avoir tenté de le faire parler, veut le mettre mal à l’aise, ou en colère. Rien ne marche, et il sent que sa vie devient un enfer sans jamais réussir à mettre à la porte ce malotru. Il change beaucoup au fur et à mesure du temps, ce qui est assez frappant, et m’a rendu triste, comme je l’ai dit. Juliette, quant à elle, semble la gentillesse et la pureté incarnée. Elle ne pense jamais à mal, plaide toujours en faveur de tous, sans qu’ils le méritent forcément. Pleine de bon sens, elle a déjà trouvé la solution, mais la politesse de son mari l’empêche d’agir. Juliette mêle l’enfant et l’adulte en une femme admirable, qui m’a touchée et à laquelle je me suis vite attachée. Le voisin est sans doute la personne la plus détestable que je connaisse ! Il m’a tellement énervé. J’ai ressenti une envie de le frapper comme rarement en lisant. Hautain, méprisant, persuadé que le couple lui doit quelque chose et que son attitude est normale, il se permet même de s’énerver quand ils font quelque chose qui ne lui convient pas ! Le sale type par excellence, et toutes les justifications du monde ne peuvent pas me le rendre sympathique. Il est vrai qu’avec ce que l’on apprend, il n’a pas l’air d’avoir eu la plus belle vie du monde, mais, comme dit Juliette, il a mal vieilli, et il suffit d’être indifférent, de ne pas le laisser interférer dans leur vie, ce qu’Emile n’est pas capable de faire. Sa femme est hallucinante, et m’a fait mal au cœur. Je ne veux pas gâcher la surprise, donc je ne dis rien, mais j’aurais aimé connaître véritablement son histoire. Dernier personnage de ce huis-clos : Claire, ou la joie incarnée. Ancienne élève d’Emile, je l’ai elle aussi trouvé tout de suite sympathique.

La fin est plutôt inattendue, je ne pensais vraiment pas que c’était une option envisageable ! Malgré tout, rien ne sera comme avant entre les personnages, ce qui me désole toujours !

 

Donc, un très bon Amélie Nothomb, dans lequel on retrouve son excellente écriture incisive, son imagination foisonnante, ses personnages attachants ou exécrables, et une fin à laquelle je ne m’attendais pas !

Le maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov

Posté : 19 juillet, 2016 @ 5:11 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Genre : Le maître et Marguerite Fantastique

Editeur : Robert Laffont (Pavillon Poche)

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 640

Synopsis : Pour retrouver l’homme qu’elle aime, un écrivain maudit, Marguerite accepte de livrer son âme au diable. Version contemporaine du mythe de Faust, transposé à Moscou dans les années 1930, Le maître et Marguerite est aussi une des histoires d’amour les plus émouvantes jamais écrites. Mikhaïl Boulgakov a travaillé à son roman durant douze ans, en pleine dictature stalinienne, conscient qu’il n’aurait aucune chance de le voir paraître de son vivant. Ecrit pour la liberté des artistes et contre le conformisme, cet objet d’admiration universelle fut publié un quart de siècle après la mort de celui qui est aujourd’hui considéré comme l’égal de Dostoïevski, de Gogol et de Tchekhov réunis.

 

Avis : J’ai ce livre depuis un moment, j’ai attendu presque un an pour le lire, je ne sais pas vraiment pourquoi (peut-être pour faire durer le plaisir ?), et je me suis enfin lancée !

D’abord, un clin d’œil pour la couverture ! Ce chat a l’air si fier ! La couronne lui va à ravir ! A la fois drôle et belle, cette couverture montre un léger préambule de la folie contenue dans ce livre. D’ordinaire, je n’aime pas les romans délirants, qui frisent parfois l’absurde ; mais là, j’ai vraiment été séduite ! Tout y est : la folie, la cruauté, le tragique, l’humour, la beauté. La première est partout : pratiquement chaque personnage la subit, ou la fait subir, se retrouve dans un état proche, certains vont même jusqu’à être enfermé en asile ! Elle peut être douce, difficile : elle est différente pour chacun. Elle se traduit aussi par la paranoïa de certains : ils appréhendent déjà ce qui risque de se passer. La cruauté, elle, va de paire avec la folie. La plupart des personnages n’ont rien fait de mal, ou très peu, mais le diable n’épargne personne. Elle est diluée avec l’humour, parfois cynique, apporté à la fois par les personnages et le narrateur. C’est agréable de pouvoir rire parfois de certaines situations qui, pourtant, ne semblent pas drôles du tout. Aussi, quand le lecteur pense que quelque chose arrive, il peut être surpris par un retournement de situation complètement improbable qui peut déclencher l’hilarité, comme un passage vers la fin, avec Béhémoth. Le « tragique » (entre guillemets parce que ce n’est pas du tout le tragique théâtral, ni celui où l’être est l’objet de forces qui le dépasse, même si c’est un peu le cas pour Marguerite) est surtout dans le fait que le Maître est maudit, et que Marguerite est prête à se maudire elle-même aussi pour le sauver, ou pour le rejoindre. La mort est sa délivrance si elle ne parvient pas à le retrouver. L’amour provoque ce « tragique », un amour que le narrateur défend, et dont le lecteur découvre peu à peu la force. Quant à la beauté, elle est elle aussi provoquée par l’amour, mais aussi par l’écriture. Comment ne pas tomber pour cette écriture ? Claire, elle est d’autant plus agréable que le narrateur joue avec le lecteur, lui parle, ou se glisse entre les lignes pour commenter ce qui arrive, ou pour laisser entendre les événements suivants. J’adore ce genre d’interaction qui plonge davantage le lecteur dans le livre. Aussi, ce livre est composé de plusieurs histoires qui se recoupent, ce que j’ai beaucoup aimé ! C’est très agréable, le roman ressemble à un arbre à plusieurs branches ; celle de Ponce Pilate est très intéressante, sans doute une de mes préférées. Chose étrange : comme dans Anna Karénine, les personnages principaux n’apparaissent que tardivement ! Cela n’empêche pas le livre d’être excellent, c’est juste une petite bizarrerie que je vois rarement dans un livre. Marguerite n’apparaît que dans la deuxième partie du livre ! Enfin, ce livre est une véritable escapade à Moscou, dans la vie de Russes ordinaires et moins ordinaires, une vie qui se retrouve chamboulée par l’arrivée du Diable !

Marguerite est l’héroïne du roman, même si elle apparaît très tard dans le livre. Amoureuse, elle est prête à tout pour le maître. Au naturel, elle m’a semblé calme, très présente pour ceux qu’elle aime, et pas du tout encline au mal. Son courage est énorme quand elle prend la décision d’accepter l’offre d’Azazello. Elle va ainsi jusqu’à changer de nature pour secourir son amant. Le changement opéré est une véritable transformation : elle n’est plus du tout elle-même, elle est méconnaissable et le mal ne semble plus lui faire peur. Le Maître, quant à lui, n’a pas de nom et m’a semblé sombre et assez pessimiste. C’est un écrivain dont le livre n’a pas plu alors qu’il y a mis tout ce qu’il pouvait. Il est devenu à moitié fou (comme pratiquement tous les personnages), persuadé que le Diable existe et qu’il frappe Moscou. Marguerite est sa bouffée d’oxygène et sa raison de vivre, mais il ne veut pas la voir souffrir auprès de lui et préfère la laisser partir. Woland est un homme tout-puissant qui ne s’encombre pas de ceux qu’il ne trouve ni intéressant ni intelligent. Il provoque un humour cynique et la folie de tous. Logiquement le méchant de l’histoire, au fur et à mesure du livre, cette assertion devient de moins en moins claire. Certes, il fait le mal, mais le lecteur ne parvient pas à le détester, ni à véritablement ressentir de l’antipathie pour lui. C’est encore pire pour ses compères, auxquels j’ai fini par m’attacher, comme pour Béhémoth. J’ai vu en lui le chat de la couverture, même si la description ne correspond pas du tout. C’est le pitre de la bande, et je dois dire qu’il m’a fait rire. Il prend parfois un air innocent ou outragé qui le rend d’autant plus drôle. Je crois qu’il n’est jamais sérieux dans tout le livre. Il est accompagné de Koroviev. A la première rencontre, je l’ai trouvé très désagréable (il fait quand même partie des personnages maléfiques après tout !) mais, comme les autres, le lecteur finit par s’adoucir, et même par en trouver certains attachants. Dans la bande se trouve aussi Azazello, que j’ai eu du mal à différencier de Koroviev au début, et Hella, une sorcière sensuelle dont on ne sait pas grand-chose. Le lecteur rencontre d’autres personnages, notamment les membres du personnel du théâtre des Variétés, pratiquement tous touchés par la folie, et plus précisément Likhodiéiev, Variénoukha (à qui il arrive quelque chose de plus singulier qu’aux autres), Rimsky, dont la situation est alarmante, etc, Berlioz, le point de départ du livre, personnage intéressant auquel il est facile de vite s’attacher, et qui fait part de ses convictions à la mauvaise personne, Biezdomny, seconde victime de Woland, qui sombre peu à peu dans la folie et l’indifférence, et que l’on suit tout le long du livre.

J’ai été touchée d’apprendre l’histoire autour de ce livre. L’édition Robert Laffont comporte une petite biographie de l’auteur sur la première page du livre, et j’ai eu mal au cœur de voir que Boulgakov n’a jamais vu son roman publié de son vivant, qu’il n’a donc pas été reconnu pour son talent, qu’il était victime du régime stalinien qui empêchait toute liberté, et qu’il a pourtant réussi à écrire un livre formidable, libre, un livre censuré par le régime, mais admiré par les lecteurs qui ont la chance de le lire, un livre fou pour une période folle.

La fin est satisfaisante : le lecteur sait ce qui arrive à tous les personnages, ce qui est plutôt rare dans d’autres livres ; le fait de ne pas savoir est souvent cause de frustration face à l’ignorance dans laquelle l’auteur laisse celui qui lit et qui s’est attaché aux personnages. C’était une fin agréable.

 

Donc, ce livre est excellent, un concentré de folie, je ne peux que le recommander !

Un coeur simple de Gustave Flaubert

Posté : 13 juillet, 2016 @ 4:48 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : Un coeur simple Nouvelle, Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2010

Nombre de pages : 95

Synopsis : L’Histoire d’un cœur simple est tout bonnement le récit d’une vie obscure, celle d’une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu’elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Cela n’est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. Gustave Flaubert.

 

Avis : Ce livre m’a été prêté il y a un petit moment, et vu l’épaisseur du livre (haha), je me suis dit qu’il était temps de le lire !

Flaubert nous offre ici un portrait de femme à travers une histoire très courte dans laquelle il est pourtant possible de s’attacher à Félicité. Elle m’a parfois donné mal au cœur tant elle est bienveillante, et tant certains passages sont beaux et chargés d’espoir. Sa vie se lit si vite ; cela contraste avec l’histoire d’autres personnages qui se racontent dans des livres énormes, comme Anna Karénine. Cela confirme la simplicité de cette vie. L’écriture est excellente, elle sied bien à la nouvelle. Il n’y a aucune comparaison avec des livres qu’on pourrait lire juste pour se détendre. La religion tient une place importante, mais Félicité ne la comprend pas vraiment ; elle semble juste impressionnée par quelque chose de plus grand qu’elle, de plus puissant, qui dirige sa vie. Elle a besoin de toujours donner de l’amour, et celui-ci se reporte sur plusieurs personnes successivement ; il lui faut s’occuper de quelqu’un plus que d’elle-même : elle pourrait être l’altruisme incarné.

Félicité est donc « l’héroïne » : c’est une femme simple, au grand cœur, illettrée, parfois bête, naïve dans tous les cas, et exploitée par certains. Elle ne se rend pas compte de la réalité de la vie, du fait que certaines personnes ne sont pas toujours bonnes, qu’elles ne viennent pas pour la voir, mais pour profiter de sa bonté. Elle voit le bien en tous, même quand ce n’est pas du tout ce que ces personnes montrent. Mme Aubain est très froide, mais l’on se rend compte vite que ce n’est qu’une apparence. Elle a un cœur, elle souffre elle aussi, elle aime, mais veut garder le contrôle et le pouvoir qu’elle exerce sur sa domestique et ses enfants. Elle veut garder la distance sociale nécessaire entre elle et Félicité. Elle connaît finalement son lot de tristesse, peut-être moindre que celui du personnage principal. Virginie est une sorte d’ange, sacralisé par la suite. Fille de Mme Aubain, Félicité l’aime tendrement, la couve peut-être, mais sent un gouffre se creuser quand la jeune fille s’éloigne, grandit puis revient. Elle doit reporter son amour ailleurs. Paul est l’enfant prodigue par excellence (petit clin d’œil au passage à Bernardin de Saint-Pierre !). D’autres personnages apparaissent, plus ou moins importants, comme le neveu de Félicité, qu’elle aime comme son enfant, ou un vieillard, qu’elle secoure. Egalement un perroquet, qui n’est pas celui de l’héroïne au début de la nouvelle, mais qui finit par devenir très important pour elle, si bien qu’elle finit par l’assimiler au Saint Esprit.

La fin est évidente. L’assimilation du perroquet et du Saint Esprit peut refléter la simplicité d’esprit de Félicité, ou sa capacité à associer des choses concrètes à des choses abstraites, afin de se représenter quelque chose qui ne peut normalement pas l’être. Le perroquet remplace la colombe, et l’héroïne a une explication à ce remplacement !

 

Donc, une bonne nouvelle, une belle parenthèse littéraire avant de se lancer dans un petit monument !

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