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I found myself in Wonderland.

La peste d’Albert Camus

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 1 juin 2016 @ 11 h 08 min

La peste Genre : Philosophie, Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 1967

Nombre de pages : 247

Synopsis :   »C’est moi qui remplace la peste », s’écriait Caligula, l’empereur dément. Bientôt, la « peste brune » déferlait sur l’Europe dans un grand bruit de bottes. France déchirée aux coutures de Somme et de Loire, troupeaux de prisonniers, esclaves voués par millions aux barbelés et aux crématoires, La Peste éternise ces jours de ténèbres, cette « passion collective » d’une Europe en folie, détournée comme Oran de la mer et de sa mesure.
Sans doute la guerre accentue-t-elle la séparation, la maladie, l’insécurité. Mais ne sommes-nous pas toujours plus ou moins séparés, menacés, exilés, rongés comme le fruit par le ver ? Face aux souffrances comme à la mort, à l’ennui des recommencenments, La Peste recense les conduites ; elle nous impose la vision d’un univers sans avenir ni finalité, un monde de la répétition et de l’étouffante monotonie, où le drame même cesse de paraître dramatique et s’imprègne d’humour macabre, où les hommes se définissent moins par leur démarche, leur langage et leur poids de chair que par leurs silences, leurs secrètes blessures, leurs ombres portées et leurs réactions aux défis de l’existence.
La Peste sera donc, au gré des interprétations, la « chronique de la résistance » ou un roman de la permanence, le prolongement de L’Étranger ou « un progrès » sur L’Étranger, le livre des « damnés » et des solitaires ou le manuel du relatif et de la solidarité – en tout cas, une oeuvre pudique et calculée qu’Albert Camus douta parfois de mener à bien, au cours de sept années de gestation, de maturation et de rédaction difficiles…

 

Avis : Cela fait un certain temps que j’aimerais lire ce livre, et pourtant, j’avais une petite appréhension. J’avais peur de ne pas du tout accrocher, ou de ne pas tout comprendre. 

C’était une lecture plutôt difficile. D’abord, par le sujet traité, la peste. Elle en fait un livre lourd de maladie et de morts, dans lequel le lecteur n’imagine que trop bien l’état physique des patients, le désespoir de ceux qui restent et qui tentent d’aider, le sentiment d’emprisonnement des habitants d’une ville désormais en quarantaine. Elle offre ainsi une myriade d’émotions différentes à celui qui lit, et qui traverse la lecture comme les personnages la peste, dans un huis-clos sombre et pesant qui ne laisse aucune chance d’évasion. L’atmosphère, lourde à certains moments, est allégée par des moments de dialogue et de révélation entre les personnages, mais aussi par un espoir sous-jacent constant. En effet, le narrateur ne cesse de croire en la bonté de l’homme, en l’espoir, en l’amour, et ne veut pas se résigner à ce que le bonheur soit perdu pour tous. Parlant de lui, dès le début, il semble instaurer une sorte de jeu avec le lecteur, lui parlant directement et se nommant lui-même « narrateur », sans nous dévoiler son nom. Il fait partie de la ville, est un personnage à part entière du livre, mais reste mystérieux jusqu’à la fin sur sa véritable identité. Cela donne l’effet d’un carnet qui se retrouverait entre les mains du lecteur, et qu’il serait le seul à lire, comme une espèce de rapport de la peste destiné à être lu par quelqu’un, d’où les nombreuses mentions du terme même de « narrateur ». Par ce procédé, on peut également ressentir une sorte d’impersonnalité, une envie de ne pas s’impliquer et de rester objectif malgré ce qu’il a ressenti. Ainsi, les faits sont rapportés de façon précises, concises, il n’y a pas d’artifices qui embelliraient à l’excès l’écriture. Lorsqu’il est question de la séparation, de la difficulté qu’ont les habitants à se dire qu’ils ne reverront peut-être plus jamais ceux qu’ils aiment et qui ne vivent dans à Oran, une véritable réflexion est introduite : celle de l’exil, des sentiments, de l’ignorance et de la méchanceté, des conséquences d’une telle catastrophe à long terme. Mais ce qui rend également la lecture difficile, c’est un parallèle que j’y ai vu, peut-être à tort, mais auquel je n’ai pas pu m’empêcher de penser. La peste ressemble étrangement à la Seconde Guerre mondiale, notamment en ce qui concernent les Juifs. Le fléau serait les nazis, qui décimeraient autant que possible ceux qu’ils jugent inférieurs. La mention de la séparation d’avec les êtres chers, des mères séparés de leurs enfants et les amants de leurs aimées, les fours crématoires, la peur, l’horreur, l’impossibilité de revenir à la vie « normale » après une catastrophe de ce genre, la notion d’exil, tout m’a fait penser à la Seconde Guerre mondiale, même la date de publication, 1947. Les hommes qui tentent de contrer la maladie sont même appelés « résistants » à un moment donné. C’est une façon particulière de voir la Shoah, comme une chose contre nature et qui n’a aucune raison d’être.

Le narrateur est la voix off qui nous relatent les événements d’Oran, en 194.. Je n’ai pas réussi à deviner qui il était réellement, mais il semble avoir été proche de plusieurs autres personnages dont il nous parle très souvent. Il tente d’être objectif, de ne pas laisser transparaître ce qu’il pense vraiment ; il ne sombre pas dans la défaite, mais parle constamment de la bonté inhérente aux hommes. Un des personnages principaux de son récit est le docteur Rieux. Au fur et à mesure de l’épidémie, il semble sombrer dans la défaite à travers une indifférence croissante envers les scènes de mort qui l’environnent. Il fait tout son possible pour endiguer la maladie, après l’avoir fait accepter en tant que telle à des hommes qui n’y croient pas, pour mettre en place des mécanismes afin de l’empêcher de se propager. Cela semble le vider de son énergie vitale, de son âme ; au fur et à mesure, les sentiments lui manquent, il ressemble de plus en plus à un fantôme, et ne semble tenir que grâce aux autres hommes autour de lui, comme Tarrou. Voyageur coincé dans la ville au moment de la déclaration de la maladie, il semble toujours joyeux, jamais dépassé par des émotions négatives ou positives. Il aide de bonne grâce les médecins à tout faire pour lutter contre la peste, il s’épuise à la tâche, et se révèle peu à peu à la fois à Rieux et au lecteur à travers lui. Celui rencontre également Rambert, journaliste français bloqué à Oran, qui cherche désespérément à s’évader. Il ne se sent pas à sa place dans la ville, se sent deux fois plus en exil que les autres habitants, et ne pense qu’à sa femme. Viennent ensuite Grand et Cottard. Le premier est attachant ; il travaille à la mairie et à une œuvre mystérieuse qui n’avance pas. Il s’épuise à tenter d’aider les médecins ; quant au second, il semble apprécier l’état de peste. Il peut facilement représenter le collaborateur, à qui l’état de guerre et d’occupation sied parfaitement. Il fait des affaires, profite de la maladie pour s’enrichir, et craint sa fin autant que les autres l’espèrent. On croise d’autres personnages comme M. Othon, juge d’instruction, venu à Oran avec sa femme et ses enfants, assez strict ; Mme Rieux, la mère du docteur, arrivée la veille de la fermeture des portes, une présence rassurante dans la vie du médecin, étant donné que sa femme est partie avant la peste.

La fin est douce-amère, marquée par l’injustice et l’espoir, comme le reste du livre. J’avoue que je ne m’attendais à rien de ce qui s’y passe.

 

Donc, un excellent roman qui représente la Shoah de manière allégorique, mettant en relief l’horreur de la situation, le désespoir des habitants, appelés aussi « prisonniers », mais garde quand même l’espoir d’un bonheur futur.

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