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I found myself in Wonderland.

Le soulier de satin de Paul Claudel

Classé dans : Avis littéraires — 3 mai 2016 @ 13 h 47 min

Genre :Le soulier de satin  Théâtre

Editeur : Folio

Année de sortie :1982 

Nombre de pages : 501

Synopsis : Dona Prouhèze : Qu’ai-je voulu que te donner la joie ! ne rien garder ! être entièrement cette suavité ! cesser d’être moi-même pour que tu aies tout ! Là où il y a le plus de joie, comment croire que je suis absente ? là où il y a le plus de joie, c’est là qu’il y a le plus de Prouhèze ! Je veux être avec toi dans le principe ! Je veux épouser ta cause ! je veux apprendre avec Dieu à ne rien réserver, à être cette chose toute bonne et toute donnée qui ne réserve rien et à qui l’on prend tout ! Prends, Rodrigue, prends, mon cœur, prends, mon amour, prends ce Dieu qui me remplit !

 

Avis : J’avais eu un oral sur le début de cette pièce, et depuis, je me disais que ce serait sympa de la lire en entier ; j’avais aimé le texte, il m’avait donné envie d’en découvrir plus !

Je n’avais pas fait attention à la taille du livre quand je l’ai d’abord vu sur Livraddict, mais, pour une pièce de théâtre, 501 pages, c’est assez conséquent et inhabituel ! De plus, la typographie de cette édition est assez serrée et petite, ce qui ne facilite pas la lecture. J’ai tenté de me laisser entraîner par l’histoire, mais cela n’a pas tout à fait fonctionné. Ma lecture a été longue, plutôt difficile comparée à d’autres pièces, sans doute en raison de la façon d’écrire de l’auteur, et par l’action assez étrange de la pièce : des notions abstraites sont évoquées, et les personnages, notamment Dona Prouhèze, parle de façon assez obscure, comme lors d’une réplique sur son absence/présence, sur sa promesse impossible à tenir, sur son envie de rester, mais son obligation de partir. Tout est compliqué, et comme le dit Saint Denys d’Athènes dans la pièce, « l’homme sait bien qu’il n’a pas été fait pour être heureux », d’où une vision assez pessimiste de la vie et de l’amour. En effet, l’histoire principale est celle de Dona Prouhèze et de Don Rodrigue : ils ne se sont vus qu’une seule fois, ils sont tombés sous le charme l’un de l’autre, mais la jeune femme est mariée. Ils deviennent alors amants maudits : incapables de se retrouver, jamais libres de s’aimer, ils peuvent faire penser à l’amour que l’on prête au soleil et à la lune. S’ils rejoignent, ils restent séparés, et jamais ne se touchent. Se greffent à cette intrigue d’autres branches qui finissent par se croiser : celle de Don Pélage, mari de Dona Prouhèze, celle de Don Camille, celle de Marie Sept-Epées, celle du Roi. Les personnages sont parfois désignés par des dénominations différentes, ce qui peut troubler le lecteur. Aussi, la pièce se déroule sur un temps très long, même si on ne sait pas exactement combien : elle est divisée en quatre journées prises à quatre époques. A la fin, Don Rodrigue est un vieil homme, quand, lors de la première journée, il devait avoir 20 ans. Les lieux également changent à l’intérieur même de la « journée » : l’Afrique, l’Amérique, l’Espagne. Autre chose : le texte joue avec les codes du théâtre, notamment avec un décor que l’auteur veut « baclé, incohérent et improvisé » ; il est ainsi assez difficile d’imaginer ce que la pièce peut donner une fois montée. Le jeu se fait également avec certains « personnages », qui sont présents pour faire avancer la pièce en rappelant que c’est une œuvre de fiction et en évoquant les spectateurs dans la salle. Cela plante donc une histoire que l’on sait artificielle, qui prend donc toute une dimension abstraite plutôt que concrète. Autre sorte de jeu : l’absurdité parfois des situations dans lesquels se trouvent les  »héros ». Enfin, ce que j’ai particulièrement aimé dans la pièce : les personnages finissent par sortir du déni, ou n’y entrent même pas. En effet, ils ne se mentent pas à eux-mêmes en prétendant qu’ils ne sont pas amoureux, ou qu’ils le sont de leur conjoint, ou qu’ils peuvent gagner une bataille. Ils sont ancrés dans une réalité pessimiste, une réalité qui leur fait dire la vérité, qu’elle blesse eux-mêmes ou les autres.

Les personnages principaux sont Dona Prouhèze et Don Rodrigue. La première est déjà mariée, mais aime éperdument le jeune homme, jusqu’à lui offrir son âme et à causer la mort d’autres personnages impliqués malgré eux dans leur histoire. Elle semble très pieuse – la religion est assez présente dans le texte, et souvent à travers elle. C’est sans doute le personnage qui parle le plus obscurément dans la pièce. Elle est faite de paradoxes et de contradictions, soumise à une loi contre laquelle elle ne peut rien. Quant à Rodrigue, lui aussi aime profondément Dona Prouhèze, mais il semble plus effacé dans leur relation. C’est elle qui agit, quand lui est plus passif, et attend. Il passe par de nombreux statuts avant la fin de la pièce : il semble être lui aussi le jouet de la loi, mais cette fois, plutôt de celle du Roi d’Espagne, qui le jette et le reprend à sa guise. L’amour de ces deux personnages semble impossible pour plusieurs raisons : la situation sociale, la guerre, la religion. Le lecteur rencontre également dans cette œuvre Dona Musique, qui semble très influençable, et à qui l’on ne sait pas vraiment ce qui arrive finalement, Don Pélage, marie de Dona Prouhèze, qui refuse évidemment que sa femme revoit un jour Rodrigue, et qui tente de la protéger de son mieux de la tentation, Don Camille, un « prétendant » de l’héroïne, qui tente de la séduire quand elle est complètement hermétique à ses avances, mariée et amoureuse de deux autres hommes, le Roi, qui se joue de ses sujets, les prend à sa guise, leur fait faire ce qu’il veut, et ne s’émeut pas lorsque l’un d’eux meurt, Marie Sept-Epées, une jeune femme espiègle qui tient à la fois de son père et de sa mère, et qui semble réaliser une union impossible. D’autres personnages plus secondaires se trouvent dans la pièce, comme des pêcheurs, deux actrices, le père jésuite, dont la harangue m’avait donné envie de lire le texte entier.

La fin conclut bien la pièce, dans la mesure où le lecteur peut deviner ce qui arrive à la plupart des personnages auquel il s’est éventuellement attachés – même si je dois dire que c’est assez difficile, et qu’on ne peut pas vraiment parler d’attachement.

 

Donc, une bonne pièce, plutôt difficile à lire, qui joue avec les codes du théâtre de façon plaisante, mais expose une histoire plutôt compliquée à suivre.

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