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I found myself in Wonderland.

Le Rocher de Tanios d’Amin Maalouf

Classé dans : Avis littéraires — 14 mars 2016 @ 22 h 58 min

Le Rocher de Tanios Genre : Contemporaine

Editeur : Le Grand Livre du mois

Année de sortie : 1979

Nombre de pages : 277

Synopsis : « Dans le village où je suis né, les rochers ont un nom. Il y a le Vaisseau, la Tête de l’ours, l’Embuscade, le Mur, et aussi les Jumeaux, encore dits les Seins de la goule. Il y a surtout la Pierre aux soldats ; c’est à qu’autrefois on faisait le guet lorsque la troupe pourchassait les insoumis ; aucun lieu n’est plus vénéré, plus chargé de légendes. Pourtant, lorsqu’il m’arrive de revoir en songe le paysage de mon enfance, c’est un autre rocher qui m’apparaît. L’aspect d’un siège majestueux, creusé et comme usée à l’emplacement des fesses, avec un dossier haut et droit s’abaissant de chaque côté en manière d’accoudoir – il est le seul, je crois, à porter un nom d’homme, le Rocher de Tanios … » Tel est le début de ce roman où le lecteur fera provision d’énigmes, d’émotions et de péripéties. On y rencontre, entre autres, un muletier savant, un cheikh prénommé Francis, une prostituée géorgienne, un patriarche que la Mort attend, embusquée derrière le fusil du consul d’Angleterre, et cette femme, Lamia, qui porte sa beauté comme une croix. On y rencontre, surtout, un jeune homme aux cheveux déjà blanchis, et qui devint, par hasard ou par fatalité, le héros d’une étrange légende. Le Rocher de Tanios est, enfin, un roman d’aventures et de fidélité. On y entend le bruit de ce Destin qui « passe et repasse à travers nous, comme l’aiguille du cordonnier à travers le cuir qu’il façonne. »

 

Avis : Encore un livre lu pour un cours sur la francophonie !

J’avoue que je me suis un peu obligée à lire ce livre, et que c’est sans doute la raison pour laquelle je ne l’ai peut-être pas tout à fait apprécié à sa juste valeur. Pourtant, j’ai eu affaire ici à quelque chose que je ne connaissais pas : la vie dans un petit village situé dans les montagnes du Liban, un lieu empli de légendes et d’histoire, point central d’un conflit entre puissances, notamment entre l’Angleterre et la France, à travers les pays voisins comme l’Egypte, et les puissances locales, comme l’émir et le cheikh. Cela donne au lecteur l’impression d’un voyage coloré dans un endroit inconnu de lui, un endroit assez mystérieux, puisque l’histoire tourne autour de la légende du rocher de Tanios, sur lequel les enfants ont interdiction de jouer depuis l’époque présumée de la vie de ce même homme. En effet, le roman est centré sur lui, avant même sa naissance à travers sa mère, Lamia, puis sur ce qui lui arrive en tant qu’enfant, que jeune homme, jusqu’à sa disparition après qu’il a été vu pour la dernière fois sur le rocher qui porte, depuis, son nom. On découvre, à travers son histoire, celle de son pays, et le rôle qu’il joue lui-même dans le conflit, rôle que l’on peut penser moindre mais qui, d’abord, a une sorte d’effet papillon, puis devient plus concret. Il semblerait que Tanios soit le jouet du sort, et que sa naissance soit cause de beaucoup de malheur, malheur alors imputé à sa mère, qu’il est pourtant difficile de blâmer. En effet, de nombreux événements arrivent, semble-t-il, à cause de Tanios, de son existence même ou de ses bêtises, de sa façon de réagir. Concernant la structure du roman, elle est assez intéressante, puisque le livre est constitué d’un mélange de points de vue sur l’histoire de Tanios ; le narrateur explique même que, parfois, il ne croit pas à certaines versions parce qu’elles ne sont pas cohérentes. A travers lui s’entremêlent les voix de Nader, du moine Elias, du pasteur Stolton et de Gébrayel, à différents niveaux, puisque les trois premiers écrivent de différente façon, et le dernier raconte au narrateur sa version de l’histoire. Concernant l’écriture, elle est agréable à lire, plutôt fluide.

Tanios, le personnage principal, est à la fois attachant et agaçant. Attachant d’abord parce qu’il souffre, et que ses réactions sont dictées par ce qu’il ressent ; agaçant parce qu’il semble parfois excessif, et que sa manière de réagir provoque des événements irrémédiables qui vont faire souffrir d’autres personnes autour de lui. Le personnage prend conscience de sa différence de façon brutale, et cela change radicalement sa vie et ses sentiments : il se croyait tout à fait normal, aimait ses parents et allait à l’école comme tout le monde, ressentait l’admiration de tous pour le cheikh et ne sortait pas du rang. A partir du moment où il se rend compte qu’on se moque de lui, il devient un peu marginal, et agit de façon complètement opposée à la manière de voir les choses dans son village. Le personnage évolue et découvre la vie, se rend compte de ses excès et s’en repent. L’histoire de ce qui arrive à ses cheveux est étonnant, et le rend encore plus différent et spécial par rapport aux autres. Sa mère, Lamia, est plus attachante que son fils. Douce, généreuse, elle semble être un ange. Sa beauté sans pareille est un fardeau qu’elle porte, et cela se ressent dans la façon d’en parler du narrateur. Dans une société où la femme doit obéir à l’homme, elle tente de prévenir le sien, qui ne fait rien pour l’aider. J’ai eu mal au cœur pour elle à ce moment-là : elle voulait se sentir soutenue, aimée, rassurée, et elle s’est retrouvée trahie et abandonnée. Gérios est un personnage peu attachant jusqu’à un certain événement du livre, qui montre une tout autre facette de sa personnalité. Plutôt froid, toujours obéissant, il ne vit que dans l’ombre du cheikh, ne prend jamais d’initiative, ne s’oppose jamais à lui, ce qui provoque une situation dont il semble être le seul responsable. En effet, le cheikh a tous les pouvoirs, et en use comme bon lui semble sur ses sujets. Il ne semble pas en abuser, mais s’arrange pour obtenir ce qu’il veut ; et quand il est déterminé, il trouve des subterfuges ingénieux. D’autres personnages se trouvent dans ce roman, comme Roukoz, doublement traître, Raad, égoïste et influençable, la cheikha, qui fait erreur sur erreur vis-à-vis du peuple, Asma, que le lecteur apprécie, tout comme Tamar, le pasteur Stolton et sa femme, qui tentent de donner à Tanios une vie différente.

Il est assez étonnant dans le roman de voir l’amour du peuple pour le cheikh : celui-ci n’est pas parfait, mais il pourrait être pire, il est bon, il fait tout son possible pour épargner certaines choses à ses sujets. A un lecteur européen qui vit en démocratie, cela peut sembler aberrant, comme les habitants du village préféraient être tenus en laisse que d’être libre. En réalité, la politique est toujours une sorte de laisse pour le peuple, qui doit accepter certaines contraintes pour avoir certaines libertés ; dans le roman, la situation est juste amplifiée par le fait qu’on ne se trouve pas en démocratie, mais que les privilèges existent encore, et que rien ne peut être refusé au cheikh sans punition.

La fin est assez abrupte, mais le livre n’aurait pas pu se finir autrement. L’espoir que le narrateur laisse sur la vie de Tanios est plutôt réconfortant, même si l’idée d’une disparition différente peut surgir.

 

Donc, un bon roman, même si je n’ai pas été transportée.

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